Archives pour: Janvier 2009, 15
Petite histoire du Rap (1) Founding Fathers
Pour écouter ce texte, cliquez ci-dessous :
C'est d'une sorte de sainte trinité du Hip-Hop dont je vais vous parler cette semaine. Chacune de ces trois personnes a joué un rôle fondamental dans l'émergence du Rap et de la culture Hip-Hop. Si le Hip-Hop était une religion, nul doute que DJ Kool Herc serait le Père, Afrika Bambaataa le Saint-Esprit et Grandmasterflash le fils."Le jour où DJ Kool Herc inventa le Hip-Hop" (Jeff Chang)
Clive Campbell a grandi en Jamaïque, à Kingston, où il est né en 1955 et où il a vu les sounds-systems mobiles fonctionner et entendu de loin les bruits de la fête. Son père collectionne les disques de reggae, de jazz, de gospel et de country.
Arrivé avec ses parents dans le West Bronx en 1967, à 12 ans , il s'efforce autant qu'il le peut de perdre son accent jamaïcain, pas encore à la mode... Déjà, enfant, en écoutant la collection de disques de son père, il s'efforçait d'imiter la voix des musiciens noirs américains. Il s'évertue à s'intégrer à cet environnement urbain à priori hostile, fréquente un peu les gangs mais s'en éloigne à partir du lycée où il se distingue en athlétisme. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il participe à l'émergence du graff dans ce début des années 1970. C'est à ce moment qu'il se fait appeler Clyde as Kool puis Kool Herc. Sa mère l'emmène dans des house parties et il achète ses premiers 45 tours, déjà désireux d'animer lui-même ses propres fêtes. Son père, qui parraine un groupe de rythm'n'blues, lui interdit de se servir de la sono du groupe. Pourtant, personne ne sait s'en servir comme il faut. Clive profite d'une absence de son père pour la bricoler et lui donner une puissance sans égale dans le quartier. Il n'entendit pas son père rentrer tellement le volume était fort. Clive n'eut bien sûr pas le droit à des remontrances et eut désormais le droit d'utiliser le sound-system...
Arrive le mois d’août 1973. Une fête est organisée par Cindy Campbell au 1250 Sedgwick Avenue. Pour animer cette soirée qui a lieu dans la salle de l'immeuble où réside la famille Campbell, Cindy fait appel à son frère Clive, qui se fait appeler Kool Herc. Celui-ci diffuse des disques et s'empare du micro pour chauffer la foule. Cette fête va devenir un mythe, une espèce d'aube du Hip-Hop (ci-dessous, flyer de cette fête).
Le rappeur qui accompagne DJ Kool Herc s'appelle Coke La Rock. Kool Herc a remarqué depuis longtemps que les danseurs attendent certaines parties des chansons diffusées par le DJ, plutôt les parties instrumentales. Il va s'efforcer de faire durer ce moment, le break, aussi longtemps que possible en une sorte de manège, de merry-go-round. Il enregistre le même break sur deux disques différents. Ce break ne dure pas longtemps, 5 secondes tout au plus, mais il fait durer le plaisir en enchainant les deux disques l'un après l'autre. Les Breaks-boys, que l'on appelle ensuite les b-boys (synonyme de fan de rap) se déchaînent sur le manège de Herc.
Progressivement, Herc élargit son audience et suscite des vocations. Il continue à jouer dans la rue, mais aussi dans les clubs où il obtient des contrats. Sa renommée s'étend bientôt au-delà du Bronx. La compétition entre DJs, ainsi qu'entre MCs prend des allures de rivalité lors des Battles. Cette tradition des Battles est toujours bien vivace. On la retrouve dans la danse et le graff. Herc connaît son heure de gloire juqu'en 1977 puis décline ensuite. Il prend du recul après une agression où il est blessé au couteau, signe que le Hip-Hop n'a pas fait disparaitre la violence. Dans le Sud-Ouest du Bronx l'étoile d'un autre DJ, Afrika Bambaataa, commençait à briller tandis que le South Bronx était le territoire de Grandmaster Flash.
Afrika Bambaataa et la Zulu Nation
Né avant 1960 à Manhattan de parents originaires de la Jamaïque et de la Barbade, Afrika Bambaataa ou "Bam" arrive en 1971 dans le Bronx. Sa famille quitte alors Harlem suite à un incendie et s'installe dans les Bronx River Houses, un project au coeur du Bronx. Il grandit dans un univers baigné à la fois par les mouvements culturels et les mouvements de libération noirs et par les musiques qu'écoute sa mère (des artistes comme Myriam Makeba, Mighty Sparrow, Joe Cuba ou Aretha Franklin). Il est alors fasciné par un film de 1964, Zulu relatant une victoire des Britanniques sur les Zulus en Afrique du Sud au XIXème siècle. Malgré tous les biais de ce film, il y voit le modèle d'une solidarité noire qui lui font alors prendre la décision de fonder plus tard un groupe s'appelant la Zulu Nation.
C'est l'époque où les "quatre éléments" du Hip-Hop se conjuguent dans le Bronx : la breakdance, le DJ-ing, le MC-ing et les graffitis.
Et voici en exclusivité pour vous une version abrégée de "Planet Rock". Afrika Bambaataa est en effet venu en concert le 21 mai 2010 à Nancy (L'Autre Canal). Vous vous doutez qu'en bon b-boy, j'y étais ! D'autres extraits du concert pour vous ici.
Afrika Bambaataa : "Planet Rock" version 2010
envoyé par augris.
Grandmaster Flash : "Précision, sophistication et don pour le spectacle"
Joseph Saddler, grandit à Fox Street, dans un quartier violent du South Bronx. Il est né en 1958 à la Barbade avant que ses parents n'immigrent à New York, il est le seul garçon parmi quatre sœurs. L'adolescent passe son temps à bricoler toutes sortes d'appareil, des autoradios aux sèche-cheveux. Il se rend aux fêtes organisées par DJ Kool Herc et Pete "DJ" Jones pour observer, admirer ce que faisait Herc tout en en percevant les limites, le manque de précision. En raison de son habileté à changer les disques, parfois les mains dans le dos ou même avec les pieds, il gagne le surnom de Grandmaster. Sa rapidité d'exécution lui valent celui de Flash par référence au héros de BD. Il trace des repères sur ses disques pour démarrer le break au bon moment, le cutting était né. Il perfectionne ensuite le scratch, découvert fortuitement par Theodore (futur Grand Wizzard Theodore, alors un enfant) lorsqu'il posa sa main sur la platine alors que sa mère l'appelait. Flash enregistre d'ailleurs en 1979 le premier morceau de scratch : "The Adventures of Grandmaster Flash on the Weels of Steel" (un vrai petit bijou truffé de samples). Suivent le backspin et le double-back, mais là, ça devient compliqué... Le mieux c'est de le voir à l'oeuvre !
Flash devient en peu de temps une figure incontournable grâce à ses talents : "Précision, sophistication et un don pour le spectacle" (Jeff Chang) et la réputation de celui qui "détruit les disques" mais sait mener la fête comme nul autre. Ayant longtemps refusé d'enregistrer des disques, il finit par accepter de le faire avec les Furious Five chez Sugarhill, le label qui a enregistré "Rapper's Delight" en 1979. Le titre le plus célèbre du groupe est "The Message", sorti en 1982, véritable rupture dans un rap jusqu'alors plutôt ludique, je vous en parle sur l'histgeobox. Mais le succès du titre cache le fait que le groupe n'a joué qu'un rôle mineur dans sa production et sa réalisation. Les désaccords s'intensifient et Flash quitte la label peu de temps après. Le groupe s'éteint progressivement pendant les années 1980. En 1998, Grandmaster Flash sort Flash is back. Aux dernières nouvelles, Flash doit sortir un album en 2009 avec de nombreux MCs mythiques comme KRS-One, ça s'appellera The Bridge.Voici la playlist de ce premier épisode :
"Le Prisonnier", une série hors norme
par Rico
Le 13 janvier dernier, l’acteur américain Patrick McGoohan s’est éteint à 80 ans à Los Angeles. L’information est passée relativement inaperçue, pourtant cet acteur américain (et non britannique même s’il fit le plus gros de sa carrière pour la télé anglaise) a laissé au monde l’une des plus étonnantes séries télévisées "Le Prisonnier", chef d’oeuvre télévisionnaire, comme le décrit un livre d’Alain Carrazé et Héléne Oswald.
Pour la première fois une série télé échappe à son statut de produit commercial et devient un objet artistique autonome. Quarante ans plus tard, elle demeure toujours aussi mystérieuse et fascinante.
Lorsqu’en 1967, McGoohan propose le projet "le Prisonnier" à la chaîne ITC, c’est déjà une immense vedette de la télé britannique. Il est John Drake, super espion de la série "Destination Danger" où, en bon collégue de travail de James Bond, il sauve chaque semaine l’Angleterre et le monde libre de complots internationaux. Fort de sa notoriété, Il peut donc imposer un concept novateur et très déstabilisant pour l’époque. Un projet qu’il mûrit depuis des années et qu’il va écrire, produire, interpréter et dont il réalise plusieurs épisodes. Un projet qui cueille les téléspectateurs par surprise.
Patrick MacGoohan est un agent secret qui dès le générique démissionne avec fracas de son service. Alors qu’il s’apprête à partir prendre sa retraite sous les cocotiers, un mystérieux croque mort l’endort avec un gaz soporifique. Quand il se réveille, il est dans un village étrange, isolé du reste du monde. Il est devenu le "Numéro 6" comme l’atteste le badge qu’il porte au revers de sa veste.
Le générique de la série
– Où suis-je ?
– Au Village.
– Qu’est ce que vous voulez ?
– Des renseignements.
– Dans quel camp êtes-vous ?
– Vous le saurez en temps utile… Nous voulons des renseignements, des renseignements, des renseignements.
– Vous n’en aurez pas !
– De gré ou de force, vous parlerez.
– Qui êtes-vous ?
– Je suis le nouveau Numéro 2.
– Qui est le Numéro 1 ?
– Vous êtes le Numéro 6.
– JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE !
Qui sont ces gens qui le retiennent dans ce village ? Pouquoi veulent-ils savoir la raison de sa démission ? Pourquoi, du haut de leur observatoire espionnent-ils régulièrement ses faits et gestes ? Impossible de le savoir. Mais désormais Numéro 6 n’a plus qu’un seul but : s’évader, partir de ce village. Mais ce n’est pas aussi simple que cela et même quand on croit s’être échappé de ce lieu mystérieux, on est peut-être encore manipulé par ces étranges geôliers.
Et qu’est donc ce village coupé du monde, sorte de station balnéaire hors du temps à l’architecture excentrique ? Les habitants y vivent tranquillement dans une insouciance un peu factice et vaquent à de futiles occupations comme si de rien n’était s’appelant par leur numéro et se saluant d’un amical "Bonjour chez vous". Sont-ils d’autres prisonniers ? Des gardiens surveillant d’une autre façon Numéro 6 pour mieux lui tirer les vers du nez ? De simples et innocents villageois ayant réellement oublié qu’un monde exterieur existe ?
La série joue sur une esthétique absolument superbe avec des trouvailles visuelles saisissantes . L’ambiance du village est toujours très anglaise. "A green and plaisant land", où l’on prend le thé en devisant aimablement dans une atmosphère trop aseptisée pour être honnête et où l’on participe comme un pion humain à des parties d’echec grandeur nature. Mais le fantastique n’est jamais loin, témoin le rôdeur, gigantesque ballon de baudruche blanc qui traque impitoyablement pour les étouffer tout ceux qui tenteraient de franchir les limites du village.
Mais la véritable prison est peut-être ailleurs, la série pouvant s’interprêter à de nombreux niveaux de lecture. Ce village pourrait-il être le symbole de la société qui finit par enfermer l’individu dans un rôle stéréotypé. Cette prison pourrait-elle n’exister que dans l’esprit même du Numéro 6, perdu dans ses obsessions et ses névroses. La série brouillant volontairement les points de repéres, on navigue dans un univers irréel qui semble progressivement sombrer dans la folie. Le dernier épisode qui voit enfin notre héros découvrir l’identité du numéro 1 et s’enfuir du village est à ce propos particulièrement destabilisant car il semble remettre en cause tout ce que l’on croit savoir et valut à la chaîne de télé, une avalanche de courrier de la part des spectateurs estomaqués.
Patrick Mac Goohan déclarait à propos de sa création "Si les gens ne l’aiment pas, il n’y a qu’une personne à blâmer : moi". Il n’y eut qu’une saison, les résultats initiaux (11 millions de spectateurs dans tout le royaume quand même) ayant été jugés décevants par les responsables d’ITC. Pourtant, allégorie traitant de l’enfermement, de la surveillance, du pouvoir et de la place de l’individu, cette série de 17 épisodes fut une véritable révolution tant visuelle que thématique qui pour la première fois fit d’un simple feuilleton télé une oeuvre d’art à part entière et a acquis au travers de ses rediffusions une notoriété qui, quarante ans plus tard, la rende toujours autant d’actualité.
Des fans-clubs se sont créés de par le monde et l’on vient toujours au Pays de Galles visiter Portmeirion, le village à l’architecture si particulière qui a servi de lieu de tournage. Une nouvelle mini-série se voulant un remake modernisé avec Jim Cazeviel et Ian McKellen est en cours de tournage et devrait arriver à l’été 2009 sur les écrans.
Pour compléter, un site de fan : Le rôdeur, une étude plus universitaire dans Cadrage.net.
Jean-Louis Murat:"Les souvenirs du peuple".

"La Campagne de France" par Jean-Louis Ernest Meissonier (1814).
Pour son album "1829", Jean-Louis Murat a adapté, en 2005, onze textes du chansonnier Pierre Jean de Béranger (1780-1857), nostalgique des gloires de l’Empire et avide de liberté pour le peuple. Murat a puisé notamment dans les textes révérant Napoléon Ier qui firent une bonne part de la gloire populaire de Béranger (Waterloo, Le 5 Mai, Les Souvenirs du peuple).
Lire la suite de l'article et écouter la chanson sur L'Histgeobox.






15.01.09 20:49:21,
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