Samarra

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Archives pour: Février 2009

Samarra aux Etats-Unis

par Aug Email

Des livres :

 

Des BD et mangas :

 

Des films :

 

A la télé :

 

Des photographies :

 

 

En images :
 

 

En kiosque :

 


De nombreux titres sur l'histgeobox :

 

 

En musique :


Sur le bues :


Petite histoire du rap :

Prélude : Bronx, années 1970

 
 
 
 
 
 
6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
 
7. La réponse de NYC
 
8. Le Dirty South se réveille

 

 

Haile Selassie en musique.

par blot Email

Hailé Sélassié.

 

Sur L'histgeobox, nous revenons sur la vie de l'empereur éthiopien (sa jeunesse, les années d'exil, le dynamisme diplomatique et l'autoritarisme du vieux négus), mais aussi sur sa légende et sa mémoire, largement mises en musique par les rastas. Trois morceaux en écoute: "I love king Selassie" de Black Uhuru, "Jah live de Bob Marley et ""un dub du petit prince du melodica, Augustus Pablo.

 

Lire l'article.

Des BD pour comprendre le monde (2)

par Aug Email

 

  • L'Allemand Reinhard Kleist, dans Johnny Cash, Une vie (1932-2003) nous retrace la vie mouvementée, pleine de moments de gloire comme de désespoir du chanteur américain Johnny Cash. Paru chez Dargaud.
  • En rendant hommage à l'engagement des auteurs de BD républicains de l'après-guerre en Espagne, le scénario de Felipe H. Cava et le dessin de Federico del Barrio tentent de mettre fin au "pacte de silence" qui a permis la transition en douceur de la dictature de Franco à la démocratie. Dans leur BD, ils tentent de restituer l'atmosphère de l'Espagne franquiste qui a suivi la défaite des Républicains lors de la guerre civile (1936-1939). Bref, un des ouvrages qui contribue à sa manière à la réémergence de la mémoire douloureuse du XXème siècle espagnol. Le Piège est publié chez Actes Sud-l'an 2.
  • Dans les années 1980, deux adolescents bretons vont à l'étranger pour apprendre l'anglais. Rien que de très banal en somme. Sauf qu'ils se rendent pour cela en Irlande du Nord, alors en pleine guerre civile entre unionistes protestants et nationalistes catholiques. Entre activités habituelles des adolescents livrés à eux-mêmes et éducation politique, Kris et Vincent Bailly nous livrent avec Coupures irlandaises un récit très personnel (en grande partie autobiographique) à hauteur d'adolescent. Comme à son habitude (dans le remarquable Un homme est mort avec Etienne Davodeau), Kris nous fait découvrir à la fin de l'ouvrage les coulisses du projet et des éclairages historiques très pertinents. C'est publié chez Futuropolis.
  • L'un des auteurs de BD israéliens les plus connus, Uri FInk, livre régulièrement ses chroniques. Il raconte dans Israël-Palestine entre guerre et paix (Berg International) la vie d'un Israélien qui veut la paix mais "qui est entrainé dans des logiques qui le dépassent".
  • Israël toujours avec la publication en BD du travail remarquable d'Ari Folman et de David Polonsky (dessin) Valse avec Bashir. C'est l'histoire d'un ancien soldat israélien qui tente de se remémorer la part qu'il a prise ou non lors du massacre de Palestiniens à Sabra et Chatila perpétré par les phalanges libanaise avec la complicité de l'armée israélienne pendant l'invasion par celle-ci du Liban en 1982. Je vous avait longuement parlé du contexte de cet évènement lors de la sortie du film (Quelle est la situation du Liban en 1982 ?, Qui est Bachir ?, Que font les Israéliens au Liban?, Que s'est-il passé à Sabra et Chatila ?). Retrouvez plus de détails en lisant l'article.

 

Histoire et géographie du Rap

par Aug Email

 [Afrika Bambaataa]

 

Le coin des Fly-Girls et des B-Boys

Vous êtes fan ou vous découvrez l'univers du rap, voici de quoi satisfaire votre curiosité

 

La petite histoire du rap à lire, à écouter (en podcast, avec une playlist) et à voir (vidéos, photos, cartes). Voici les épisodes :
 

Prélude

  1. The Founding Fathers : DJ Kool Herc, Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash
  2. Old School
  3. Un "Message" dans l'Amérique de Reagan
  4. Les années 1980 : From Ol' School to Nu School
  5. Public Enemy : Power To The People And The Beats
  6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
  7. La réponse de NYC
  8. Le Dirty South se réveille
  9. Naissance du Rap en France
  10. ...

 

Consultez également la petite bibliothèque du rappeur (livres, films, bd, disques,...) et le lexique. Vous pouvez télécharger les podcasts des différents épisodes.

Voici, grâce à Google maps, une cartographie du rap d'hier à aujourd'hui. Cette carte est évolutive. Elle vous permet d'accéder à des articles sur les différents artistes à partir de leur lieu d'origine,des lieux qu'ils ont fréquenté ou qu'ils évoquent dans leurs titres. Pour voir la carte dans une nouvelle fenêtre en plus grand, cliquez sur "Agrandir le plan".

 

 


Agrandir le plan
 
 
Des albums et des musiciens dont on vous parle sur Samarra :
 

 

 

Sur l'histgeobox, des titres à l'écoute, qui sont présentés et analysés :
 

 

Le rappeur du South SIde de Chicago nous raconte son histoire du Hip-Hop dans "I Used To Love Her" :


Découvrez Common!

 

Petite histoire du Rap (5) Public Enemy

par Aug Email

Power To The People And The Beats

 

Cinquième épisode à lire, à écouter ci-dessous et à télécharger ici. Retrouvez à la fin de ce message la playlist.

 

 

 

Les origines du groupe : Ségrégation à Long Island

 

Si le rap est né et a grandi dans les quartiers déshérités des inner cities, le groupe Public Enemy (PE) vient de la banlieue de Long Island. C'est de là que vient la troisième génération du rap. Long Island, c'est l'histoire d'une mixité impossible, d'une ségrégation qui ne dit pas son nom. Tentons de comprendre les raisons de toute cette rage qui habite le rap de PE.
 

Suivons Jeff Chang qui, dans Can't Stop Won't Stop, nous décrit précisément la géographie sociale et raciale des comtés de l'est new yorkais et son évolution.

 

"Noirs suburbains coincés entre la pauvreté noire et la fuite des blancs." (Jeff Chang)

 

La ville de New York est composée de 5 boroughs qui sont autant de comtés (Manhattan, le Bronx, Brooklyn, Staten Island et le Queens. Au-delà, les comtés font partie de la banlieue. Après 1945, des Afro-Américains commencent à s'installer dans le Queens puis, à partir des années 1960, dans les comtés proches, ceux de Nassau et de Suffolk sur Long Island, formant une "Black Belt" comme il en existe dans beaucoup de grandes villes comme Chicago. Dans le même temps, les blancs quittent également les centres, mais pour s'installer plus loin, dans les banlieues des classes moyennes comme à Levittown, projet-modèle existant dans plusieurs autres États. Il s'agit donc pour eux de s'éloigner un peu plus que les classes moyennes noires qui sont tentées elles aussi par ce "rêve suburbain américain". En 1980, 40% des New-Yorkais blancs vivent en banlieue contre 8% des noirs. Cette suburbanisation allait entraîner une ségrégation de fait (elle est interdite en droit depuis le Fair Housing Act de 1968). A partir d'un seuil inconscient de 10 à 20 % de noirs, les blancs quittent en effet le quartier pour s'installer un peu plus loin. Jouant sur ces antagonismes et la peur de la mixité, les agents immobiliers des villes concernées (Freeport, Glen Clove, Roosevelt, Amityville) vont tirer profit de l'attrait des classes moyennes noires pour la banlieue et procéder à un "torpillage" qui leur permet d'augmenter le nombre de transactions. ls poussent les blancs à vendre pour acheter plus loin et revendent à des familles noires. En quelques années, les quartiers changent du tout au tout, loin du rêve de mixité et d'intégration raciale. Cette ségrégation de fait marque donc l'échec de l'idée de l'intégration. Les membres de PE, nés entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, sont arrivés ensuite avec leur famille dans les villes de la Black Belt. Ils ont donc grandi avec le constat de cet échec. Dans les comtés de Suffolk et de Nassau, les noirs, 8% de la population de Long Island, étaient concernés par 30% des arrestations. D'où rage et ressentiment.

 

La plupart des futurs membres de Public Enemy se sont d'abord croisés à l'Adelphi, une université pour banlieusards blancs qui comptait une minorité d'étudiants noirs.

 

Dans les années 1970, Hank Boxley ("Shocklee") et Harold McGregor (futur Harry Allen alias "l'Activiste du Hip-Hop et l'Assassin des Médias"), DJ entre deux petits boulots, avaient créé le discomobile Spectrum City, un soundsystem surpuissant. Carlton Ridenhour, ayant en vain proposé de leur faire les flyers, fut finalement pris comme MC en 1979. Il devient alors Chuckie D.

 

A l'Adelphi, Chuck publie des cartoons dans le journal et croise Bill Stephney qui anime une émission de hip-hop sur la radio de la fac (WBAU). Il propose à Hank et Chuck de s'associer à l'émission. Devenu directeur des programmes en 1982, il leur confie une émission le samedi soir : la "Super Spectrum Mix Hour", à laquelle participe aussi Harold. Viennent ensuite s'associer Andre "Dr. Dre" (pas celui de L.A.) Brown et T-Money, puis un certain William "Rico" Drayton, pianiste classique un peu allumé se faisant appeler MC DJ Flavor... La sécurité de Spectrum City est assurée par un professeur d'arts martiaux et membre de la Nation Of Islam, Richard Griffin. L'émission marche très bien dans tout New-York. Run-DMC vient même s'y faire interviewer de Hollis. Hank loue un local à Hempstead, au 510 South Franklin Street. La plupart des participants à Spectrum suivent alors les cours d'un ancien batteur de jazz nommé Andrei Strobert qui s'intitulait "La musique et les musiciens noirs". Strobert contribue à sa manière à l'éducation politique de Chuck en insistant sur les racines de cette musique et sur le message qu'elle devrait porter à l'heure du triomphe de la violence et du clinquant sur fond de crack, le tout complaisamment relayé par les médias.

 

Après un premier essai de single peu convaincant en 1984, Chuck finit par céder à Rick Rubin (Def Jam) en 1985, sur l'insistance de Bill Stephney, désormais employé par le label. Chuck doit réaliser un album. Le groupe se met alors en place, chacun bénéficiant d'un surnom et d'un "titre" officiel. Richard Griffin devient Professor Griff et "Ministre de l'information", la sécurité de Spectrum, dirigée par Griffin devient la "Security of the first world" (SiWs, équipée de pistolets Uzi en plastique sur scène). Hank dirige l'équipe musicale (le Bomb Squad) qui compte son frère Keith ("Wizard K-Jee"), Eric "Vietnam" Sadler, le DJ Norman Rogers ("Terminator X"), Paul Shabazz, Johnny "Juice" Rosado. Flavor Flav, que Stephney ne voulait pas, est l'autre MC avec Chuck. Public Enemy venait de naître. [Photo à droite : Plusieurs membres de PE, au premier plan, Flavor Flav et Chuck D]

 

Les "prophètes de la rage"

 

En 1987, PE fait Bumrush (mot signifiant à peu près faire une incursion mouvementée dans une fête) dans le rapgame. Leur intrusion est radicale, sur le plan musical comme sur le plan lyrique. Le premier album s'appelle donc Yo! Bumrush The Show. La pochette faisait tout pour créer le malaise avec cette photo du groupe dans une cave, mal éclairée, préparant la révolution autour d'une platine. Sous le titre de l'album, ce message en boucle : "Le gouvernement est responsable...". Leur deuxième album, It Takes A Nation Of Millions To Hold Us Back, sort en 1988 et confirme ce statut de leader radical. S'ils s'inscrivent dans la lignée des Last Poets pour la radicalité, PE est à l'avant-garde du Hip-Hop sans être isolé.

 

Chuck D qualifié de "terroriste lyrique" est associé au bouffon Flavor Flav dans un duo de MCs complémentaire mais terriblement efficace. Pendant que Flav fait le clown avec son inévitable pendule autour du cou ("Mec, t'es en train de les semer!"), Chuck, de sa voix basse, fait passer le message. Comme le dit Adam Yauch dans l'anthologie de leurs titres parue en 2005 : "Si Bob Marley vous appâtait par la musique puis insinuait subtilement son message, Chuck D vous choppe par le col et vous faît écouter." La vie des deux MCs est d'ailleurs bien opposée. Si Chuck D n'est ni un délinquant ni un drogué, Flavor Flav en revanche a été arrêté à plusieurs reprises pour détention de crack et violences.

 

Donc Public Enemy, c'est le "CNN de la rue". Leur message est radical et très dur vis-à-vis des autorités et des médias. Pour les médias, c'est "Burn Hollywood Burn" qui dénonce les biais et l'image du noir (dealer, drogué ou clown) véhiculée par le cinéma. Dans "911 Is A Joke", PE descend en flèche les services d'urgence (dont le numéro est le 911), en particulier pour les noirs et tous ceux qui vivent dans des ghettos. Dans "Black Steel In The Hour Of Chaos" (1991, avec un sample d'Isaac Hayes), le groupe fait le parallèle entre le système pénitentiaire et l'esclavage. S'il ne rejette pas le mouvement pour les droits civiques des années 1960, PE est passé à autre chose. Les années 1980 ont vu le creusement des inégalités et la misère gagner du terrain dans les quartiers déshérités. PE va donc se poser en leader de la conscience noire revendiquant l'égalité et appelant à la révolution, dénonçant le racisme du pouvoir, de la justice, des médias ("Don't Believe The Hype"). Cette posture se constate dans le logo dessiné par Chuck, un noir dans le viseur d'un policier. PE a donc tout pour déplaire à des noirs qui ne veulent pas le paraître trop ("Oncle Tom matérialistes") à des blancs qui s'effraient du discours et des provocations de Chuck et sa bande. PE s'efforce d'utiliser les médias globalement considérés comme des adversaires. Harry Allen, l'attaché de presse, reçoit ainsi le titre de "Directeur des Relations avec l'ennemi"... Dans "She Watch Channel Zero", PE s'apitoie sur les "médias noirs".

Ecoutons Chuck présenter sa conception de l'histoire des noirs dans un entretien : "Dans les années 70, les victoires des droits civiques remportées dans les années 60 ont fait place à une certaine satisfaction. En plus, certains de nos leaders se sont fait assassiner, d'autres ont trahi ou laissé tomber. L'Etat a fait de la propagande pour faire croire que les choses avaient changé, une politique consistant à élever symboliquement quelques noirs à des situations importantes, dans des émissions de télé et tout ça, tout en maintenant les autres en bas de l'échelle. Les noirs n'en sont pas revenus d'avoir soudain tous ces avantages, alors ils ont oublié, ils sont devenus paresseux, ils ont négligé d'enseigner à leurs enfants ce qu'on leur avait appris dans les années 60 sur notre histoire et notre culture, la nécessité d'être soudés. Aussi il y a eu perte d'identité-nous avons comencé à penser que nous étions acceptés en tant qu'Américains à part entière, alors qu'en réalité nous sommes toujours confrontés à l'inégalité à chaque minute de notre vie."

[Entretien accordé en 1987 à Simon Reynolds pour Melody Maker, cité par Jeff Chang]

 

 

Le morceau qui symbolise sans doute le mieux cette dimension sociale et politique de PE est "Fight The Power". Le titre est écrit en 1989 pour le générique du film de Spike Lee Do The Right Thing. Spike Lee, dans la lignée des rappeurs, tente de faire passer le message du Hip-Hop au cinéma, même s'il n'est pas toujours bien compris. "Fight The Power" est une invitation à la mobilisation contre les injustices. Le clip commence par les actualités de 1963 rendant compte de la manifestation au cours de laquelle Martin Luther King a fait son discours le plus célèbre devant le Lincoln Memorial. Ensuite, nous voici en 1989, une manifestation contre le racisme et pour la fierté noire qui est en même temps un concert de rap. Les manifestants tiennent des photos des principaux leaders passés et présents de la cause noire (Luther King, Malcolm X, Angela Davis,...), les noms de lieux symboliques de cette lutte (Selma, Washington,...) et les noms des membres du crew. Chuck commençait à rapper en relativisant l'espoir de 1963. Au passage, Chuck taillait un costard à John Wayne et Elvis, deux héros de l'Amérique blanche. Côté musique, Branford Marsalis (figure du be-bop), était invité avec son saxophone. On entend aussi une référence au Planet Rock de Bambaataa.

 

Voyez le clip de "Fight The Power"

 

Le "mur du son" du Bomb Squad

 

En dehors même des paroles, en écoutant Public Enemy, on se dit que tout le reste est "clean" et joyeux. Ce son si particulier qui renforce la radicalité du message, on le doit au Bomb Squad. Le Bomb Squad , c'est un collectif de production dont font partie Hank et Keith Shocklee, Carl Ryder et Eric "Vietnam" Sadler. Le Squad superpose les couches de samples, n'hésite pas à sortir du tempo, comme pour mettre volontairement l'auditeur mal à l'aise. Les samples sont élaborés en fonction de la tonalité et de la structure des chansons. Rapidité, puissance, bruitages, beat lourd.

 

Prenons un exemple avec l'un des titres les plus connus du groupe. Prenez un break du "Funky Drummer" de James Brown, dans lequel on entend le batteur Clyde Stubblefield. Ajoutez l'introduction stridente d'un titre des années 1970, "The Grunt, Part I" des JB's (qui rappelle le "Blow Your Head" de James Brown utilisé dans "Public Enemy n°1"). Détachez les ingrédients (la guitare de Catfish Collins, le piano de Bobby Byrd et le saxophone de Robert Mc Collough) avec votre sampler Ensoniq Mirage. Ajoutez une sirène d'ambulance. Pour lier le tout, lancez le boum et le rythme avec la boîte à rythme Akaï. Pour souffler, ajoutez un break avec une guitare funky, quelques cuivres, la batterie de "Rock Music" de Jefferson Starship. Il ne vous reste plus qu'a détourner le cri poussé par Chubb Rock dans "Rock and Roll". Côté paroles, quelques mots ("Mes frères et mes soeurs, je ne sais pas où va ce monde") du leader proche de Martin Luther King et candidat démocrate à la présidentielle dans les années 1980, Jesse Jackson, prononcés lors de l'ouverture du concert Wattstax en 1972. Le message est bel et bien politique, appelant à la solidarité noire.

Et voilà vous obtenez "Rebel Without A Pause" !

 

 

PE, antisémite ?

 

Alors que le succès est au rendez-vous, l'unité du groupe commence à s'effriter. Chuck, véritable leader, ne souhaite pas pour autant interférer dans les querelles entre les différents membres du groupe. L'un de ces membres, Professor Griff (ci-contre), ayant sans doute du mal à trouver sa place à l'ombre des deux MCs et du Bomb Squad, en conçut sans doute de la jalousie. De tous, il était le plus proche de la Nation Of Islam, le mouvement sectaire créé en 1930 par Elijah Muhammad auquel avait appartenu Malcolm X avant de le quitter avec fracas en 1964. Son dirigeant, Louis Farrakhan, était réputé pour son antisémitisme. C'en était fini de l'alliance traditionnelle entre juifs libéraux et les militants les plus avancés de la cause noire, comme à l'époque du mouvement des droits civiques. A plus forte raison à New York, qui comptait une importante minorité juive. L'épisode de la campagne présidentielle de 1984 au cours de laquelle Jesse Jackson, donné gagnant dans les sondages, avait perdu tout crédit en parlant de "Youpinville" à propos de New York...

Mais revenons à Griff. Il était, avec Chuck, l'un des porte-paroles du groupe. Il parlait calmement et d'une voix sûre, mais pas toujours pour dire des choses censées... Se référant à Henry Ford, antisémite notoire, il parla de "complot juif", responsable en particulier du maintien d'un "joug sur nos frères en Afrique du Sud". A propos de la Palestine, il avait déclaré le 28 mai 1988 au Melody Maker : "Si les Palestiniens prenaient les armes et tuaient tous les Juifs, ça ne serait pas un problème." Peu à peu, les protestations se firent plus forte, Chuck ne souhaitant pas se démarquer des déclarations de Griff. Finalement, le 19 juin 1989, dans une lettre adressé à "tout ceux qui se sont sentis offensés, concernés ou non". Griff perdait son titre de "Ministre de l'Information". Mais les choses avaient sans doute trop trainé. Pour beaucoup de blancs en sont déçus, de même qu'une partie de la communauté noire pensant que Chuck a abandonné Griff.
 
D'ailleurs, la sortie de "Welcome To The Terrordome" (dans l'album Fear Of A Black Planet, sorti en 1990), on pouvait reprocher à Chuck D cette phrase effectivement douteuse qui rappelle l'accusation portée pendant près de 2000 ans par les chrétiens à l'encontre des Juifs : "Apologies made to whoever pleases/Still they got me like Jesus" (Je fais des excuses à qui veut/Mais ils m'ont attrapé comme ils ont attrapé Jésus) à propos des "so-called chosen" (soi-disants élus).
 
 
Public Enemy sortit en tout cas amoindri de cet épisode, ce qui ne l'empêcha pas de continuer son parcours.
 
 
Découvrez Public Enemy!

 

Retrouvez le prélude à cette petite histoire du rap

5. Public Enemy : Power To The People & The Beats
6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
7. La réponse de NYC
8. Le Dirty South se réveille
9. Naissance du Rap en France ...
 
En attendant la suite dans deux semaines, vous pouvez consulter ici la petite bibliothèque du rappeur (livres, films, bd, disques,...) et le lexique (en construction). Répondez à la devinette en fin de podcast en laissant un commentaire à ce message. Consultez également la Petite géographie du Rap en France et dans le monde qui vous permet de retrouver des informations sur les artistes à partir d'une carte. Le dossier complet sur l'histoire et la géographie du rap. Pour télécharger le podcast, vous pouvez le faire (notamment avec itunes) en cliquant ici.

 

Le site officiel de Public Enemy

Chicago : Cité dans le vent ?

par Aug Email

Depuis l'élection de Barack Obama, la métropole des bords du Michigan est un peu devenue le centre du monde. Même si le nouveau président réside bien sûr à Washington, il se rend régulièrement à Chicago où il résidait et où il a effectué son ascension politique. Au programme des ses week-ends, une petite visite chez le coiffeur ou un match de basket.

Surnommée "Windy City" autant pour le vent qui y souffle que pour la vantardise de certains de ses représentants, Chicago a connu une croissance fulgurante au XIXème siècle qui en a fait la deuxième ville des Etats-Unis derrière New York. Si elle a depuis perdu cette place au profit de Los Angeles, la ville n'en reste pas moins l'une des villes au rayonnement mondial du pays, en particulier pour sa bourse agricole, le Chicago Board Of Trade.

 

Plusieurs publications s'intéressent donc naturellement à l'histoire de la ville. En voici deux :

Le magazine L'Histoire de février propose un dossier sur l'histoire de la ville dont voici le sommaire :

  • La saga d'une forteresse démocrate - Pap Ndiaye et Caroline Rolland
  • « La ville aux larges épaules » - Jean Heffer
  • Sous la loi d'Al Capone - Romain Huret
  • Le laboratoire des idées neuves de l'Amérique - Jean-Michel Chapoulie
  • Mille et une tours - Hélène Trocmé
  • L'homme de Chicago - Pap Ndiaye

 

Autre publication sur Chicago, un hors-série du très bon mensuel Rap Mag consacré à "Chi-Town". Au sommaire, quelques articles sur Obama et les rappeurs de la ville, dont je vous parle ici régulièrement :

  • Chicago : Le Buckingham Palace du Rap ?
  • Yes I Can Tour, Obama tour
  • Obama par Chicago
  • The Sound Of Chi-Town
  • Common : Lieu Common
  • Kanye West : Far From West
  • Portfolio
  • Chicago Recording Company : Terror Studio
  • La nouvelle scène
  • City Guide : Chicago, une ville de patrons

 

Dans des Hors-série précédents, Rap Mag s'immergeait à New York, sur la Côte Ouest, dans le Sud et à Détroit.

 

Quant à moi, je reviendrais comme promis prochainement sur l'histoire passionnante de cette ville...

Je vous laisse avec la chanson "Homecoming" de Kanye West (feat. Chris Martin de Coldplay), hymne à sa ville. Le clip est superbe et laisse entrevoir les lieux emblématiques de Chi-City :

 

 

[Première photo : L'ombre de la Hancock sur le lac Michigan, octobre 2008, EA]

Des films pour comprendre le monde

par Aug Email

 Cliquez sur l'image du film ou sur le lien dans la liste en-dessous pour accéder aux articles

 


 

 

Irlande, IXème siècle : Brendan et le secret de Kells

par Aug Email

 Quel que soit votre âge, il faut aller voir le film Brendan et le secret de Kells. C'est un film magnifique, un enchantement. Vous pourrez ainsi apprécier la qualité de l'animation (orchestrée par Tomm Moore avec des dessinateurs irlandais, français, belges et hongrois) , une musique pleine de mystères (composée par Bruno Coullais) et l'histoire passionnante de ce jeune garçon qui vit dans un monastère irlandais. Brendan a 12 ans et n'est jamais sorti du monastère de Kells. Son oncle, l'abbé Cellach règne en maître sur des copistes et enlumineurs venus du monde entier. Oubliant son goût passé pour cet art, il est surtout préoccupé par la construction d'une muraille qui doit protéger l'abbaye des Vikings qui menacent. Le vol des corbeaux annonciateur des catastrophes fait d'ailleurs penser à un vol de bombardiers. Brendan est au centre de l'intrigue, entre excursions dans la forêt en compagnie de la mystérieuse Aislin, travail sur le livre d'Iona et jeux avec le chat Pangour. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir...
 
Le chat blanc du film s'appelle donc Pangour, on retrouve ce nom utilisé à l'époque pour nommer les chats. Une inscription dans la marge d'un psautier du VIIIème siècle en témoigne :
 
"Pangour, mon chat blanc et moi.
N'avons tous deux qu'un même art :
Lui, c'est des souris qu'il chasse;
Et moi, j'ai ma chasse à part.
 
Je préfère à toute gloire
Huis bien clos, plume et canif.
Lui, sans me porter envie,
Se plaît à son jeu naïf."
 
Derrière cette histoire, il y a l'histoire de l'Irlande au IXème siècle, entre splendeur artistique et menaces extérieures. Revenons sur cette histoire à laquelle se mêlent sans doute quelques légendes....
 
L'« Île des Saints et des Docteurs »
 
Peuplée par les Celtes Gaëls dès le VIème siècle avant Jésus-Christ, la verte Eirin devient, du VIème au VIIIème siècle de notre ère un foyer intellectuel et religieux de premier plan. A cette époque, l'Europe est dans une situation complexe du fait de la fin de l'Empire Romain et de l'émergence de royaumes barbares concurrents. Patrick, originaire de Bretagne, est emmené en captivité par un roi irlandais. Parvenant à s'évader, il reçoit une formation ecclésiastique à Auxerre (auprès de Saint Germain) et Lérins (près de Cannes) puis retourne en Irlande où il entame la conversion des populations, dans le courant du Vème siècle. Cette conversion rapide et sans violence est en partie due à l'habileté de Patrick qui s'adresse d'abord aux grands que suivront le reste des clans. Mais Patrick est aussi rapidement oublié même si l'île se couvre de monastères comme celui de Kells, créé dans le centre-ouest au VIème siècle (photo ci-contre de la tour de Kells aujourd'hui, source).
 
L'autre figure des débuts du christianisme en Irlande et en Écosse, c'est Columbkille. C'est lui qui fonde le monastère d'Iona, sur une île écossaise. Son disciple Aidan répand le christianisme sur le nord des îles britanniques. Le christianisme irlandais est essentiellement rural et très lié à la vie des tribus celtes. Les abbés appartiennent toujours à l'aristocratie et sont parfois même d'anciens druides. Ils s'occupent très souvent des enfants dans la lignée d'une tradition ancienne, celle du fosterage qui consiste à faire élever ses enfants par des amis ou des proches. On le voit dans le cas de Brendan, qui a toujours vécu au côté de son oncle dans l'enceinte de l'abbaye. Dans cette Église irlandaise, les moines sont les conservateurs de la tradition, ceux qui entretiennent le lien avec le passé réel ou mythique comme avec le futur. On le voit bien dans le poids des légendes.
 
Dans ce contexte, les abbayes irlandaises offrent à l'Europe bouleversée un phare intellectuel et religieux. De l'Europe entière viennent alors de nombreux savants et lettrés. Même si le film fait porter un peu loin ce rayonnement (on croise des moines venus d'Afrique, d'Asie, de Russie, d'Italie,...), il est alors bien réel. Les abbayes de Clonard, Clonmacnoise, Armagh puis Bangor et Lindisfarne sont des véritables foyers intellectuels autant que religieux. Les moines irlandais entament leurs missions dans toute l'Europe, faisant rayonner le christianisme de l'île. L'Eglise d'Irlande compte alors des savants comme le théologien Duns Scot Erigène ou le moine Dicuil, auteur d'une géographie universelle. D'Iona sur les rivages écossais (évoqué dans le film) à Kiev, ils vont participer au renouveau du christianisme et à sa croissance, préparant la renaissance carolingienne. Le plus connu de ces missionnaires est sans aucun doute Saint-Colomban. Il est né en Irlande, dans le Leinster, en 543 et entre au monastère de Bangor en Ulster, dirigé par l'abbé Corngall. Après s'être installé en Grande-Bretagne en 590 puis part vers le continent. Arrivé en Bourgogne, il fonde le monastère de Luxeuil (photo ci-contre) dont il est chassé en 610 par Thierry II et Brunehaut. Il se rend alors en Rhénanie et en Italie où il finit ses jours en 615 à Bobbio. Marqués par un ascétisme et une austérité toute irlandaise, le monachisme de Colomban est pourtant proche des ermites orientaux. La rigueur de sa règle font qu'elle est souvent associée à celle de Saint-Benoît (établie par Benoît de Nursie au VIème siècle), y compris à Luxeuil dès le VIIème siècle. Son influence dans le développement du monachisme est considérable à cette époque. C'est en partie grâce à lui que l'Irlande est connue comme l'« Île des Saints et des Docteurs ». Une histoire qui se raconte exprime toute la rigueur du modèle monastique irlandais : "Trois moines irlandais se réfugient au désert. Au bout d'un an, le premier risque : "La vie d'ermite est bonne". Au bout de deux, le second dit : "Oui". Au bout de trois, le troisième éclate : "Si l'on ne peut plus vivre tranquille ici, je rentre dans le siècle !"...
 
La fureur des Vikings
 
Mais revenons à Kells et aux Vikings. Si la royauté existe (un Ard Ri fédère les royaumes locaux), la division politique de l'île ne favorise pas la résistance aux vikings qui s'attaquent au pays à partir de la fin du VIIIème siècle. Les Vikings, montrés dans le film comme des machines monstrueuses, sont des Germains originaires de Scandinavie. Ils se différencient en trois peuples : les Danois au Sud, les Suédois à l'Est et les Norvégiens à l'Ouest. Ce sont probablement des Norvégiens (Lochlannach en gaélique) qui pillent Iona en 795 puis s'attaquent à l'Irlande. Avec leurs drakkars, ils remontent la Boyne et la Liffey au début du IXème siècle. A l'embouchure de cette dernière, ils établissent un enclos qui devient par la suite Dublin ("marais noir"). Certains de leurs établissements ponctuels deviennent donc les premières villes, des alliances s'établissant progressivement entre des Celtes et des Vikings.
 
[Début du livre de Matthieu dans le Livre de Kells, source]
 

Quant au livre de Kells, il aurait été achevé autour de 800 pour célébrer l'anniversaire de la mort de Saint-Colomban, passé par Iona en 590. Après le pillage de l'abbaye en 795, le livre a été apporté à Kells. Il s'agit en fait d'un ouvrage qui comprend les quatre évangiles en latin (Matthieu, Marc, Luc et Jean) avec des préfaces, une concordance mais surtout de magnifiques enluminures. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque du Trinity College de Dublin. (photo ci-contre)

 

Les monastères irlandais donnent à l'enluminure et à la calligraphie une originalité dont témoignent les livres de Durrow, Lindisfarne et donc Kells. Les décorations qui ornent les livres s'inspirent beaucoup de la tradition celtique, aussi bien dans le travail artisanal des métaux et dans l'orfèvrerie que dans l'écriture. L'art païen s'adapte à la nouvelle donne chrétienne sans perdre de sa force et de son imaginaire. Entrelacs, spirales, corps, animaux, végétaux se mêlent sans souci de réalisme mais toujours en mouvement. C'est l'un des atouts du film de nous initier à cette originalité.

 

Le site du film (in english) et le blog de Tomm Moore De nombreux extraits du livre de Kells

L'histoire sort simultanément en Bande-dessinée. Le tome 1 est paru en même temps que le film chez Glénat.

Des sites d'enluminures :

 

[Sources : Varia dont Encyclopedia Universalis et le Que sais-je ? déjà ancien de Roger Chauviré sur L'histoire de l'Irlande]

 

J'aime bien- Février '09 (Augmix # 6)

par Aug Email

  • Commençons notre sélection par le Mali et Bassekou Kouyaté [photo]. C'est un joueur de ngoni de Bamako qui ressemble comme deux gouttes d'eau au chanteur de soul Otis Reding. Il a joué avec les plus grands artistes d'Afrique de l'Ouest ( Ali Farka Touré, Salif Keita, Youssou N'Dour). Son instrument est une sorte de luth à quatre cordes, ancêtre du banjo. Kouyaté vient de Garana, un village non loin de Ségou, capitale de l'ancien royaume bambara et lieu de départs de nombraux esclaves vers l'Amérique. C'est son grand-père, Banzoumana Sissoko qui a composé l'hymne national en 1960. Sissoko jouait du ngoni un peu à la manière d'Hendrix plus tard... Sur "Jonkoloni" que j'ai sélectionné pour vous, les percussions répondent au ngoni. On entend la voix de la chanteuse Amy Sacko, épouse de Kouyaté. Je vous ai également sélectionné un morceau d'un autre grand musicien malien mort en 2004, Ali Farka Touré.
  • Autre style et autre pays avec un titre du groupe de rock russe DDT : "Не стреляй!" ("Ne tire pas") qui date de 1980. Au début des années 1980, un Leonid Brejnev viellissant maintient en URSS un régime stalinien. A partir de 1979, l'Union Soviétique s'est engagée dans une guerre sans issue en Afghanistan qui devient son "Vietnam". Iouri Chevtchouk et son groupe DDT deviennent alors célèbres... et suspects avec ce titre qui invite les jeunes soldats soviétiques à ne pas tirer ! Fin 2008, le groupe (dont l'âge moyen est maintenant proche de la cinquantaine) a organisé un concert pacifiste à Moscou en invitant des musiciens Ossètes et Géorgiens (le propre batteur du groupe). Je vous reparle plus longuement de cette chanson sur l'histgeobox.
  • Le groupe de hard-rock Guns N'Roses, après des années de disette, de colères du leader Axl Rose, des séparations et des remplacements vient de sortir l'album Chinese Democracy, sans doute l'un des plus chers de l'histoire (20 millions de $). La chanson-titre dénonce sobrement le régime chinois, en particulier sur la question du Tibet. Elle est d'ailleurs interdite en Chine.
  • Le Californien d'Oakland Raphael Saadiq a longtemps connu l'ombre tout en étant un compositeur et chanteur respecté. Grandi dans le Hip-Hop et la Soul, il est l'un des leaders de la Nu Soul. Il a sorti en 2008 l'album The Way I See It qui compte notamment le titre "Oh Girl" avec Jay-Z.
  • Même si des filles rappent dès les années 1970 (Queen Lisa et Sha-Rock avec Bambaataa), les MC au féminin ne sont pas chose courante dans le rapgame. Jean Grae, originaire d'Afrique du Sud et représentant New York où elle est venue étudier, fait partie des meilleurs MCs du moment. Illustration de son savoir-faire associée à Blacastan avec une production du duo californien Blue Sky Black Death : "Ahead Of The Game".
  • Par la grâce du sampling, des titres oubliés (certains à juste titre...) se voient ressuscités. Ainsi en est-il du chanteur des années 1970 Mike Brant. Vous ne vous rappelez pas de lui ? Mais si, demandez à votre maman ! Né en Israël, Mike Brant se produit dans des hôtels avant d'être repéré par Sylvie Vartan et Carlos. Il débarque en France en 1969 sans parler le français. Il le chante en reconstituant en hébreu phonétique les paroles. Il rencontre un succès phénoménal mais reste très instable. Il se suicide en 1975 à 28 ans. En 1970, il interprète "Mais dans la lumière". C'est ce titre qui retrouve aujourd'hui une deuxième vie grâce à quelques producteurs de rap et non des moindres. Le premier est Dr. Dre himself, le roi de L.A. qui a produit pour Eminem "Crack A Bottle". La boucle empruntée au morceau de Mike Brant a en effet un petit côté entêtant. On attend d'ailleurs toujours l'album annoncé depuis longtemps de Dre : Detox et celui du rappeur blanc de Detroit. Pour terminer sur le sample de Mike Brant, sachez que d'autres ont également eu l'idée, chacun à sa manière. Ainsi Havoc (feat. Synysta, And Tragedy Khadafi) avec "Live It Up" et Mokless (feat. Brasco Et Ch'Kla) "Dans Ma Rue". [Ma source, le très bon blog Samples.fr]
  • Voilà un trio plein de talent et de créativité. Il s'agit du collectif CRS (Child Rebel Soul) composé de Lupe Fiasco, Kanye West et Pharell Williams. Le titre "US Placers" est sorti en 2007, pour l'instant sans suite. Le morceau est pas mal et le clip vraiment très réussi, les enfants ont, par leur costume au moins, une ressemblance avec chacun des membres du trio. Tiens, je vous disais le mois dernier que Lupe Fiasco allait sortir cette année un triple album qui serait son dernier (LupEND). Apparemment, le rappeur du Westside de Chicago a changé d'avis. Il sortira en juin un album rap et le même jour un album avec son groupe de rock Japanese Cartoon (dans lequel il chante).
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"Courir" comme Zatopek

par died Email

 

Comme un 10 000 mètres, j'ai lu dans une belle foulée, le dernier livre "courir" de Jean Echenoz consacré à l'athlète tchèque le plus célèbre....Zaaaaaaaaaaaaatopek.



Tout d'abord quelques lignes sur le livre pour reprendre ensuite quelques éléments biographiques du grand bonhomme. Jean Echenoz avait déjà été l'auteur d'un roman quelque peu biographique sur le musicien Ravel, il réitère dans un style limpide et simple, ce genre hybride. Ce n'est pas une biographie d'historien, ce n'est pas un roman...c'est entre les deux. L'auteur nous raconte Zatopek, dans un récit court (c'est un peu la marque de fabrique d'Echenoz) ciselé et très agréable. Il nous prend souvent à témoin, pour nous faire suivre d'encore plus près ce coureur hors du commun. Il brosse comme un peintre impressionniste un portrait précis et intime par des traits rapides, évitant les longues descriptions, allant à l'essentiel. Au fil du livre, on a l'impression de toucher ce beau personnage dont le nom fait encore rêver....


(Extrait)

"Au point que son patronyme devient aux yeux du monde l'incarnation de la puissance et de la rapidité, ce nom s'est engagé dans la petite armée des synonymes de la vitesse. ce nom de Zatopek qui n'était rien, qui n'était rien qu'un drôle de nom, se met à claquer universellement en trois syllabes mobiles et mécaniques, valse impitoyable à trois temps, bruit de galop, vrombissement de turbine, cliquetis de bielles ou de soupapes scandé par le k final, précédé par le z initial qui va déjà très vite : on fait zzz et ça va tout de suite vite, comme si cette consonne était un starter. Sans compter que cette machine est lubrifiée par un prénom fluide : la burette d'huile Emile est fournie avec le moteur Zatopek"....



Bien écrit non ? J'adore Echenoz

Vous me direz que tout cela ne nous apprend guère sur le personnage le plus rapide de la Terre des années 50.


Reprenons ici, quelques éléments de sa biographie. Il est né en 1922 en Tchécoslovaquie dans une famille modeste. Rapidement, il doit entrer à l'usine....celle de Bata (les chaussures) à Zlin. La guerre éclate et les Allemands occupent le pays.  Sa carrière de sportif international débute réellement au lendemain de la guerre quand il remporte sa première grande victoire dans un Berlin en ruine et occupé. Entré dans l'armée, il trouve les conditions idéales pour s'entraîner. Sa carrière militaire avancera au rythme de ses victoires. Il accède ainsi rapidement aux grades d'officier quand il remporte sa première médaille d'or au 10 000 m au JO de Londres en 1948.  Très vite, le nouveau régime voit dans cet athlète un moyen de promouvoir le communisme. A la fois protéger et aduler par le peuple,  Zatopek devient pour tous les Tchèques  la "locomotive" qui ne cesse de collectionner les titres et les records du monde du 5000 m, du 10 000 m, du 20 000m, de l'heure etc...
Instrumentalisé par les communistes, il ne peut plus se rendre à tous les rendez-vous internationaux de l'ouest. On lui interdit même de se rendre au célèbre cross de l'Humanité organisé par le PCF.
Les jeux olympiques d'Helsinki marquent sans aucun conteste son apogée, car il obtient pas moins de 3 médailles d'or.... au marathon, au 10 000 m et au 5000 m (voir la vidéo avec son extraordinaire final au sprint comme nul autre ne savait le faire).





Après la mort de Staline (1953), le Parti lui permet de reprendre les compétitions au delà du rideau de fer....Il participe à des courses au Brésil, en France....Il gagne régulièrement tout....écrasant ses adversaires.

Mais à partir de 55, les victoires se font plus rares....aux JO de Melbourne en 56, il ne peut s'aligner qu'au marathon...qu'il termine difficilement à la sixième place.


Après les JO, il se retire de la compétition et devient entraîneur. Lors du Printemps de Prague (1968), poussé par l'enthousiasme de tout un peuple, il prend partie pour la voie des réformes de Dubcek.....Mais avec le retour des Russes et la normalisation, Zatopek est déchu de son grade d'officier et exclu du parti. Il est éloigné de Prague. A 46 ans, il doit désormais travailler dans les mines d'uranium de Jachymov. Quelques années plus tard, on le voit courir derrière une benne à ordure dans la capitale comme éboueur....

Il faudra attendre la révolution de velour (1989), pour que le grand homme d'1 m 72 soit à nouveau célébrer dignement par le pays comme l'homme le plus rapide du monde.....
Zzzzzzzzzzzzzzatopek !!!!



Tout le monde retiendra, ce grand athlète grimaçant à l'allure rapide mais au style peu académique

Bien sûr, Sanseverino...évoque aussi Zatopek dans sa chanson, la Cigarette.



Et  le Chauffeur est dans le pré dont la 8è chanson est consacrée à Zatopek

 

Jean-Christophe Diedrich

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