Samarra


Archives pour: Mars 2009

Malick Sidibé, photographe de la jeunesse malienne

par Aug Email

 

Malick Sidibé, 74 ans, est une mémoire vivante du Mali de la fin de la colonisation et de l'indépendance. C'est en effet à la fin des années 1950 qu'il a fait ses premières photos. Malheureusement, la plupart de ses premiers clichés (ceux du studio "Photo Service" qu'il gère de 1958 à 1962) sont perdus. Ayant quitté son village de Soloba assez tôt, Malick est engagé d'abord comme dessinateur par le photographe Gérard Guillat, un Français de Bamako. Rapidement, alors que "Gégé la pellicule" couvre les fêtes de la petite société coloniale, Malick couvre les fêtes des Bamakois. Il alterne donc travail en studio le jour et clichés "sur le vif" le soir.

Rappelons que les colonies françaises en Afrique étaient alors regroupées dans deux entités : l'AEF (Afrique équatoriale Française) et l'AOF (Afrique occidentale Française). L'actuel Mali est en fait appelé Soudan français. Comme les autres colonies, il bénéficie de la loi-cadre Defferre de 1956 qui prévoit une autonomie administrative. En 1958, De Gaullle créée la Communauté Française (refusée par la seule Guinée de Sékou Touré) qui accorde davantage d'autonomie et prépare l'indépendance.

Après l'échec de l'éphémère Fédération du Mali regroupant l'ancien Soudan français et le Sénégal de Senghor, l'indépendance du Mali est donc proclamée le 22 septembre 1960. Le jeune pays est alors dirigé par Modibo Keïta (jusqu'en 1968, date du coup d'Etat de Moussa Traoré) qui conduit le Mali vers le camp socialiste.

Une nouvelle ère s'ouvre donc au Mali, marquée par l'échec du panafricanisme et les difficultés poilitiques et sociales des nouveaux pays. Mais c'est aussi une période d'espoir.

Revenons à Malick Sidibé. A partir de 1962, il créé on propre studio dans le quartier de Bagadadji, situé sur la rive Nord du fleuve Niger à Bamako. Jusqu'en 1977, il y photographie avant tout les jeunes. La plupart viennent se faire photographier avant d'aller danser dans les clubs. Contrairement aux instantanés qu'il fait par ailleurs, Sidibé fait poser les personnes photographiées. Celles-ci ne se privent pas de jouer un rôle (footballeur, boxeur,...), mais les photographies sont aussi pleines de spontanéité et de fraîcheur. Les objets apportés dressent un tableau de la modernité de l'époque (transistors, mobylette,...). 

En voyant ces photographies, on ne peut s'empêcher d'imaginer la vie des ces jeunes Bamakois, leurs rêves, leurs difficultés, leurs joies. C'est tout l'art du portraitiste remarquable qu'est Malick Sidibé que de nous faire voyager dans ce Mali des années 1960.

 

  • Un ouvrage (sans commentaire malheureusement) a été publié avec les photographies de cette époque, vous pouvez en voir des extraits ici.
  • A lire sur le net, cet entretien avec Malick Sidibé dont est issue la photographie de l'artiste ci-dessus.
  • Si vous voulez apprécier ces photographies grandeur nature, vous pouvez visiter l'exposition "Bagadadji" (entrée libre) qui a lieu au Centre Culturel André Malraux à Vandoeuvre-lès-Nancy. Elle y est jusqu'au 30 avril. La brochure de présentation m'a servi pour cet article.

 

 

J'aime bien-Avril '09 (Augmix # 8)

par Aug Email

Le rap doit beaucoup à la Jamaïque. Certains pionniers du genre, à l'image de DJ Kool Herc, étaient originaires de l'île. Le toasting a ainsi influencé le mceeing naissant dans le Bronx des Block Parties dans les années 1970. En dehors de New York, l'autre ville mondiale où réside une forte communauté jamaïcaine, c'est bien sûr Londres. Rappelons que l'île fut une colonie britannique jusqu'en 1962. C'est dans l'East End de Londres qu'a grandi Roots Manuva, britannique d'origine jamaïcaine. Son rap, en même temps qu'il a un fort accent cockney (celui de l'est londonien avec son propre slang), résonne des sonorités de Kingston, à commencer par le dub et le reggae. Je vous ai choisi deux titres de l'album Slime & Reason, "Again & Again & Again" en version instrumentale. Vous pouvez regarder le clip rien que pour voir Roots Manuva s'essayer au cricket, sans doute l'impact le plus durable de la colonisation britannique (songez à la place de ce sport en Asie du Sud comme dans les West Indies). Voici surtout le très envoutant et très mystique "Let The Spirit" :
 
 
  • Dans la série "chansons sur la crise", voici "Une époque formidable" de Ysae Feat. Anis. Bon, le titre n'est pas formidable, mais j'aime beaucoup le clip, une sorte de collage d'images d'archives du début du XXème siècle à aujourd'hui :
 
 
  • Positive Black Soul est un groupe formé à la fin des années 1980 par deux MC Sénégalais rivaux, Didier Awadi et Doug E Tee Tee. Ils élaborent un rap africain conscient et qui devient très populaire à l'image du titre "Boul Falé". Une biographie sur RFi musique.
  • Dans les années 1990, alors que Los Angeles devient la capitale mondiale du Gangsta Rap (promis je vous en parle bientôt dans le prochain épisode de la petite histoire du rap), plusieurs groupes développent un son particulier à Oakland, la ville des Black Panthers. C'est le cas de The Coup, groupe très politique proche du marxisme. Voici un extrait de leur album Pick A Bigger Weapon sorti en 2006. En 2001, le groupe avait dû modifier la pochette de son album Party Music, celle-ci, imaginée avant les attentats du 11 septembre, devait en effet montrer une explosion des tours du World Trade Center...
  • Savez-vous ce que des policiers ont trouvé comme technique pour empêcher des manifestants de trouver le sommeil ? De la musique pardi ! Il s'agissait de camper pendant une semaine pour protester contre la construction d'une centrale à charbon l'été dernier. Parmi d'autres musiques comme les Walkyries de Wagner, les policiers britanniques, pleins d'imagination et d'humour, ont diffusé abondamment la nuit avec des parleurs le morceau des Clash "I fought The Law" dont les paroles disent à peu près ceci : "J'ai combattu la loi et la loi a gagné"... En cherchant les paroles de cette chanson sur le net, je suis tombé sur une autre chanson très intéressante des Clash : "Washington Bullets". Julien vous en parle en détail sur l'histgeobox.
  • Vous avez sans doute remarqué le nombre important de films consacrés à l'immigration, notamment Welcome ou Eden à l'Ouest de Costa-Gavras. Du côté de la chanson, je suis tombé sous le charme de "Bien mérité" de Clarika, qui fait partie de son dernier album Moi en mieux. C'est frais et insolent à souhait. Les paroles sonnent tellement justes que les bras nous en tombent... "T'avais qu'à naître en France" ou "T'avais qu'à tomber du bon côté de la mappemonde, ben ouais !". Le clip est pas mal ficelé.
  • Je vous avais déjà sélectionné "Je chante la France" de Roçé, mais je vous la fait réécouter rien que pour entendre cette punchline :
 
"Personne n'a à me dire le pied sur lequel je danse Qu'elle m'accepte comme être multiple et je chanterai la France" Roçé
 
  • Direction le Moyen Orient avec Y.A.S. Il s'agit d'un duo électro-arabe composé du producteur d'origine afghane et italienne Mirwais et de la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan. Lui a déjà travaillé avec Madonna. au programme, sonorités électro et musiques arabes. Un cocktail plein de pépites à découvrir.Plus d'infos sur Libé next.
  • Oxmo Puccino n'a pas son pareil pour raconter des histoires. Je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter son album L'arme de paix tout juste sorti en dehors de la chanson "365 jours". Par contre je viens de découvrir avec émerveillement l'album Lipopette Bar (sur le label mythique Blue Note). Tout l'album est un régal. Les sonorités très jazz grâce aux Jazzbastards, la voix d'Oxmo et ses paroles nous berçant au fil de l'histoire. Car tout l'album est une histoire, une sorte de polar où l'on croise belles pépés, flingues, malettes et parties de poker. J'adore cet album ! Pour vous mettre dans l'ambiance, allez voir le site.
  • J'ai pris comme un coup de poing dans le plexus le dernier titre de Kery James "Le retour du rap français". Il est à l'image du rappeur du 94, génial et ambigü... Il nous livre une sorte de rap d'anticipation, imaginant le futur de cette musique, entre tendances gangsta et surveilance policière. A l'image de Médine, on y croise quelques figures du rap conscient dont se réclame Kery. Le titre fait partie de son nouvel album Réel à paraître très prochainement, un an à peine après le succès d'A l'ombre du Showbusiness.

 

 

Voici donc ma playlist à écouter :


Découvrez Roots Manuva!

DDT : "Не стреляй!" ("Ne tire pas !") (1980)

par Aug Email

En 1979, l'armée rouge pénètre en Afghanistan. C'est le début d'une guerre de 10 ans appelée à devenir pour l'URSS ce que fût le Vietnam pour les États-Unis : un bourbier.


Pour comprendre ces dix années de guerre, nous vous invitons à découvrir la chanson "Nye streliai !" ("Ne tire pas !") écrite en 1980 par le groupe de rock soviétique DDT.
 

 

 

Histoire du Congo en musique 2: hommages à Patrice Lumumba.

par blot Email

 

Caricature de Tim exécutée après l'assassinat de Lumumba. Il y insiste sur son engagement panafricaniste.

 

Dans ce deuxième volet consacré à l'histoire du Congo en musique. Nous nous intéressons à Patrice Lumumba. Sa mort plonge dans la consternation de nombreux Africains. Les musiciens et chanteurs rendirent très très tôt hommage au Congolais. Ce que nous allons vérifier ici.

 

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Dans son ouvrage "Congo, terre d'avenir" qu'il écrit en 1956, il se place dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. A partir de 1958, il infléchit son discours et participe à la formation du Mouvement national congolais (MNC). Cette même année, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain.

Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable dans le contexte de la décolonisation du Congo. En 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui aboutissent à l'indépendance du Congo.

En mai 1960, son parti remporte la victoire aux élections. D'emblée, il s'oppose aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Il devient le premier ministre du président Kasavubu du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin 1960. En présence de Baudoin, le roi des Belges et de nombreux autres dirigeants internationaux, Lumumba se lance dans un discours courageux qui sera très peu apprécié par l'ancienne puissance coloniale (ci-dessous). Il y rappelle en effet les dégâts provoqués par le colonialisme. Il se créé à cette occasion de nombreuses inimitiés.

 

 

 

Très vite, les rapports se tendent entre Kasavubu et Lumumba. Très vite ce dernier se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre, en tant que premier ministre, très limitées. Le pays a très peu de cadres formés. Les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la rébellion sécessioniste du Katanga plongent le pays dans une période de chaos. Désemparé, il en appelle à l'ONU, en vain. Il se tourne alors vers l'URSS. Les puissances occidentales, Belges et Américains notamment, voient donc en lui un communiste. Dans le contexte de la guerre froide, cela n'est pas bon pour Lumumba. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Il est trahi par son chef d'état-major, Mobutu. Le 3 décembre, ce dernier lance à la radio: "Au nom de l'armée nationale, je peux vous dire que monsieur Lumumba est un homme fini. La chasse à l'homme est ouverte. Les soldats de Mobutu traque l'ancien premier ministre à bord d'hélicoptère grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 3 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga, qui le fait assassiner en janvier 1961.

 

 

Le corps de Lumba et de ses partisans sont déterrés et leurs corps plongés dans de l'acide sulfurique, fourni par l'union minière du Katanga, toujours aux mains de belges.

 

Lumumba est considéré au Congo comme le premier comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. Le courage et l'assassinat de Lumumba l'ont placé au panthéon des martyrs de l'Afrique

 

 

Les musiciens et chanteurs rendirent très très tôt hommage au Congolais. Plusieurs facteurs expliquent sans doute ce phénomène. D'abord, les musiques congolaises furent particulièrement populaires dans tout le continent, notamment l'indépendance cha cha de l'African Jazz, dans laquelle Lumumba est à l'honneur. Très tôt, il s'impose comme un leader charismatique populaire bien au delà des frontières du Congo. Son africanisme contribue également à le rendre très populaire dans toute l'Afrique noire, mais aussi auprès de nombreux Afro-américains. Enfin, sa mort particulièrement atroce fit de lui un véritable martyr.

Ci-dessous, une petit sélection de morceaux composés en l'honneur de Lumumba. La liste qui suit prouve que l'aura du leader nationaliste dépasse très vite le cadre du Congo.

 

 

 1.Miriam Makeba: "Lumumba". La chanteuse sud-africaine lutta tout au long de sa carrière contre le régime d'apartheid et le racisme en général. Exilée aux Etats-Unis, son soutien aux Black-Panthers l'oblige bientôt à s'exiler de nouveau, en Guinée-Conakry. Elle y est choyée par Sékou Touré, héros de l'indépendance qui se transforme très vite en un dictateur cruel. Makeba ferme les yeux sur les violences et multiplie les louanges musicales à Touré. Elle devient bientôt l'ambassadrice culturel de la Guinée à l'étranger.

Le discours téméraire de Lumumba lors de l'indépendance du Congo renvoie au non de Sékou Touré lancé à la figure de de Gaulle en 1958. Par ailleurs, les deux hommes se sont déjà rencontrés à Accra en 1958.

 

2. African Jazz (Vicky Longomba): "Vive Parice Lumumba". Nous l'avons vu dans l'article précédent, Grand Kalle, le meneur de l'African Jazz est un ami intime de Lumumba, dont il devient le secrétaire de l'information dans la jeune République du Congo. L'assassinat de Lumumba précipitera la dissolution de l'African Jazz. On assiste ici donc à son chant du cygne.


3. Franco et l'OK Jazz: "Lumumba, héros national". Franco et sa formation rendent ici hommage à Lumumba qui a été élevé au rang de "héros national" par ... Mobutu. Ce dernier n'hésite pas à utiliser l'aura et la popularité de Lumumba, qu'il a pourtant trahi et livré à Moïse Tschombé.


4. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba". Ce groupe britannique se fit connaître grâce à une poignée de morceaux bien sentis comme "Keep on running". Ici, on peut entendre un instrument débridé en hommage au "Verbe" (c'est ainsi que Césaire appelait Lumumba dont le talent oratoire était reconnu de tous).

 

5. Rico: "Lumumba dub". Le panafricanisme de Lumumba ne pouvait que séduire les rastas si attachés à l'Afrique, la "terre-mère". Le continent et ses leaders furent donc abondamment chantés. Ici, une version dub d'un morceau du trompetiste Rico Rodriguez.

 

6. Balla et ses balladins: "Lumumba". Un hommage par un des meilleurs orchestres guinéens, choyé comme Makeba par Sékou Touré.


7. Vincent Courtois et Ze Jam Afane: "L'arbre Lumumba". Une très belle chanson analysée avec brio par Etienne Augris sur l'Histgeobox (lien ci-dessous).

 

8. Maravillas de Mali: Lumumba". Le souvenir de Lumumba est ici chanté par les Maravillas de Mali, un orchestre malien formé à Cuba.

 

Pour compléter, rappelons que la simple évocation du héros par Dorothy Masuka dans sa chanson sobrement intitulée "Lumumba" en 1960, l'obligea à fuir l'Afrique du sud. Elle n'y reviendra qu'après 30 ans d'exil, une fois la page de l'apartheid tournée (pour en savoir plus sur Dorothy).

 

Plus près de nous, les rappers ne sont pas en reste comme l'attestent les morceaux "Souviens toi" du Camerounais Rasyn, "de Buenos Aires et Kinshasa" par Monsieur R et Kenny Arkana.

 

 

Annexe:

 

Discours de Patrice LUMUMBA, Premier ministre et ministre de la défense nationale de la République du Congo, à la cérémonie de l'Indépendance à Léopoldville le 30 juin 1960. (dans « Textes et Documents », no 123, Ministère des Affaires Étrangères, Bruxelles).

 

« A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cours, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

 

 

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. C'est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.

 

 

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

 

 

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ?

 

 

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n'était jamais la même, selon qu'il s'agissait d'un blanc ou d'un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

 

 

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu'un noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu'un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

 

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d'injustice ? Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre cour de l'oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants (...) ».

 

Source:

- Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", le Seuil, 2006.

- L'indispensable émission l'Afrique enchantée, sur France inter, consacrée au Congo.

 

Liens: 

Sur L'Histgeobox, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation à travers quatre titres.

* 121. Joseph Kabasele & l'African Jazz : "Indépendance cha cha cha" (1960)

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

* 52. Vincent Courtois et Ze Jam Afane : "L'arbre Lumumba" (2008)   Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo". L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

- Un portrait de Mobutu sur le blog de J.C. Diedrich: "Mobutu, le léopard de Kinshasa".

- La conférence de Berlin (1885) et le rôle de Léopold II, propriétaire du Congo à l'époque.

 

* Des échantillons de rumba congolaise à savourer:

- Congo fiesta sur le blog sea never dry.

- Un grand nombre de posts sur les musiques congolaises (Franco, dr Nico, Tabu Ley Rocherau) sur le blog world service.

 

* Afrisson, un très bon site sur les musiques africaines.

- Une chronologie avec en parallèle les évolutions musicales du Congo.

- Présentation de la rumba congolaise.

 

* Sur le Monde diplomatique.fr:

- Une chronologie sur l'histoire du Congo.

- Kinshasa, ville-pays.

 

Eddie Bo (1930-2009).

par blot Email

 

La Nouvelle-Orléans vient de perdre un de ses meilleurs ambassadeurs musicaux en la personne du chanteur et pianiste Eddie Bo. Il est décédé le vendredi 20 mars d'une crise cardiaque, à l'âge de 79 ans. Influencé par les pianistes de la Crescent city au son très reconnaissables tels Jerry "Roll" Morton, Fats Domino ou encore Professor Longhair, il mène une carrière particulièrement riche depuis plus de cinquante ans. Depuis 1955, il enchaîne les succès, tout en écrivant aussi pour les autres artistes de la très riche scéne néo-orléanaise tels Irma Thomas ou encore l'aîné des Neville brothers, Art.  C'est sans doute sur scène qu'il donne toute la mesure de son talent en embrasant les clubs louisianais au fil des ans.

 

En août 2005, après le passage de Katrina, sa maison d'édition et son studio sont dévastés. Eddie Bo, également charpentier, reconstruit tout de ses propres mains.

Ci dessous quelques échantillons de son funk abrasif.

 

 

 

 

Liens:

- Eddie Bo  "Tell It Like It Is" (Ric 969)

- Sur soul side: Eddie Bo RIP.

- Get on down with the stepfather of soul: RIP Eddie Bo.

- Eddie Bo (1930- 2009) et Pass out the hatchets sur Funky 16 corners.

L'histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise de pouvoir de Mobutu.

par blot Email

 

Franco Luambo Makiadi à 18 ans, en 1956.

 

Le Congo est la patrie de la rumba (musique connue sous le nom de soukous en Occident). Comme ailleurs en Afrique, la musique représente un des aspects essentiels de la vie politique, culturelle et sociale du Congo. C'est la rumba qui constitue la bande son du Congo lors du passage douloureux de la colonisation à l'indépendance.

 

 * Très riche musique congolaise.

 

Les musiques congolaises font danser toute l'Afrique depuis les années 1950, car les Congolais ont été pionniers dans les métissages en langue nationale. La rumba congolaise  mélange les chants aux tambours traditionnels, avec des musiques plus cuivrées arrivées de Cuba et des Antilles avec les marins, dont le rôle dans la transmission de nouvelles sonorités ne doit pas être négligé. Comme l'affirme le grand maître Franco: "la musique de la Rumba va du Congo à Cuba dans les coeurs et dans le souvenir des esclaves qui furent déportés là-bas." La musique de danse et le son cubain y furent épicés par les guitares amplifiées et des sections de cuivres dans la tradition de la soul. En fait, le terme rumba englobe d'autres styles latino et afro-cubains tels le son, le merengue, la pachanga, le cha cha cha, la biguine ou encore le boléro. Ces genres musicaux d'importation très populaires en Afrique centrale furent mixés avec les musiques de danses populaires locales comme la maringa, l'agbwaya et le soukous.

 

Traditionnellement, dans la musique congolaise, on distingue deux grandes écoles: l'African Jazz de Joseph kabasele et l'OK Jazz de Franco. Revenons sur ces deux institutions de la rumba congolaise.


                                                                                           Joseph Kabasele.

 

- Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba, y introduisant également tumbas et trompettes. Jusqu'en 1963, l'ensemble établit les canons de ce style raffiné sur des paroles très romantiques. Sa musique puise dans les répertoires des danses cubaines telles que la charanga, le bolero, le cha-cha-cha, le mambo... Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. L'African Jazz attire donc très vite les nombreux talents du pays comme Nico Kasanda, alias  Dr Nico, ou le grand chanteur Tabu Ley Rochereau (dont nous reparlerons bientôt).

 

Sur le plan politique, le Congo belge est alors le centre de nombreuses émeutes. Les nationalistes sont aux prises avec les forces coloniales belges. La situation à Léopoldville est intenable, les batailles et les arrestations se multiplient. Pour calmer le jeu, une conférence dénommée "Table Ronde" est convoquée à Bruxelles pour statuer sur le devenir de cette colonie belge. 

 

 

Lumumba lors de la Table ronde.

 

Comme nous l'avons vu sur L'Histgeobox, la popularité de Kalle lui vaut de faire partie de la délégation congolaise qui se rend à la conférence, en 1960. A cette occasion, il compose deux morceaux, dont le célébrissime et irrésistible "Indépendance cha cha cha". Le chanteur Tabu Ley Rocherau y égrène le nom des principaux acteurs de cette réunion au sommet (Lumumba, Kasavubu...). Chanté dans les trois langues véhiculaires du Congo, le lingala, le tshiluba, le kikongo, le titre servit de chant de ralliement dans tous les pays d'Afrique francophone qui accèdent à l'indépendance en cette même année 1960. Son titre "Table ronde", proche du précédent évoque cette fameuse conférence réunissant dans la capitale belge les autorités coloniales et les leaders nationalistes congolais.

 

 

 Au moment de l'indépendance, Kabasele fait partie des très proches de Lumumba. C'est d'ailleurs lors de la Table ronde, dans la capitale belge, qu'il enregistre Indépendance cha cha et Table ronde. Il joue aussi avec l'African Jazz lors des cérémonies d'indépendance du pays, le 30 juin 1960, devant le roi Baudoin et un parterre de dignitaires internationaux. Mieux, Kabasele devient le secrétaire de l'information de la République du Congo (qui devient "démocratique en 1966). Mais, comme nous le verrons, l'engagement politique de Kallé aura des revers.

 

 

 

- Le principal rival du Grand Kalle reste Franco Luambo Makiadi (1938-1989), alias Franco. Ce monstre sacré de la rumba congolaise n'a que 11 ans à la mort de son père. S'entraînant sur des guitares de fortune, il devient très tôt un prodige de la guitare et attire les chalands vers le stand de sa mère, vendeuse de beignets. À 17 ans, guitariste brillant, il fonde l'OK Jazz qui devint par la suite le TPOK Jazz (TP signifiant Tout Puissant). La devise de l'orchestre était "On Entre O.K. On Sort K.O.". C'est en effet sur scène, avec ses nombreux compères, qu'il donne le meilleur de lui-même. Il devient très vite l'attraction à Kinshasa et Brazzaville. Son  répertoire dansant aux paroles satiriques fait mouche auprès du public. Les filles raffolent du guitariste et le surnomment bientôt "Franco de mi amor".

 

 

L'OK Jazz lors de sa création, en 1956.

 

Comme pour l'African Jazz, une pléiade de musiciens se succèdent au sein de l'OK jazz. La plasticité des deux formations est grande et il n'est pas rare qu'un musicien débute dans une formation pour terminer dans l'autre (ces transferts sont montés en épingle par les médias qui font leurs gorges chaudes des tensions entre les deux formations stars). De 1956 à 1969, le chanteur Vicky Longomba s'impose comme l'autre personnalité marquante de l'OK Jazz. Cela dit, Brazzos (transfuge de l'African Jazz), Jean Serge Essous (fondateur des Bantous de la capitale), Verkys, contribuent eux aussi à la réputation de l'orchestre.

 

Certains musiciens de l'orchestre, Brazzos et Vicky Logomba, sont présents à la conférence de la Table Ronde précédemment évoquée. Comme Kalle, Franco donne de la voix pour Lumumba. Mais très vite, les événements l'invitent à se tourner vers d'autres mentors.

 

 

"Vive Patrice Lumumba" par l'African Jazz du Grand Kalle (1959-1960).

 

En effet, le nouvel Etat sombre vite dans le chaos. Le premier ministre, Patrice Lumumba est assassiné avec la complicité des militaires belges le 17 janvier 1961, sur ordre du président Kasavubu, avec le soutien actif du général Mobutu. Une guerre civile ravage alors le pays, jusqu'à ce que Mobutu s'empare du pouvoir, en 1965. Une fois son ami Lumumba assassiné, Kabasele tombe dans une relative disgrâce. Il dissout l'African Jazz en 1963. Pour autant, Tabu Ley Rochereau  pérennisera "l'école African Jazz" après la séparation de la formation.

 

 Ci-dessus, les premiers enregistrements de l'OK Jazz de Franco ("Merveilles du passé vol. 1, 1957-1959).

 

Franco comprend qu'il doit taire ses sympathies lumumbistes si il ne veut pas connaître un déclin similaire à celui du Grand Kalle. Il se tourne alors vers Moïse Tchombé, avant de se rapprocher de Mobutu qui lui apporte son soutien. En fait, il semble bien que ce soit le seul moyen d'assurer la pérennité de l'orchestre.

 

 

" Lumumba, héros national" par franco et l'OK Jazz.

 

L'assassinat de Lumumba fait de lui une véritable légende. On vante alors son courage. Il devient un des martyrs des décolonisations africaines, au même titre qu'Amilcar Cabral. Le discours qu'il prononce lors des cérémonies d'indépendance restera dans toutes les mémoires congolaises et Mobutu lui-même, pourtant impliqué dans la disparition de Lumumba, doit faire allégeance à la mémoire de son rival qui est élevé au rang de héros national en 1966.

 

Le prochain article de cette série sera justement consacré aux hommages musicaux à Lumumba... à suivre donc.

 

 

Sources:

- Livret de la compilation "Congo Rumba on the river", collection African Pearls chez Syllart, rédigé par François Bensignor.

- Le livret rédigé par Graeme Ewens pour la compilation Golden Africa vol. 2 consacrée aux musique d'Afrique congolaises (République Démocratique du Congo et Congo Brazzaville).

 

 

Liens: 

Sur L'Histgeobox, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation à travers quatre titres.

* 121. Joseph Kabasele & l'African Jazz : "Indépendance cha cha cha" (1960)

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

* 52. Vincent Courtois et Ze Jam Afane : "L'arbre Lumumba" (2008)   Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo". L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

- Un portrait de Mobutu sur le blog de J.C. Diedrich: "Mobutu, le léopard de Kinshasa".

- La conférence de Berlin (1885) et le rôle de Léopold II, propriétaire du Congo à l'époque.

 

* Des échantillons de rumba congolaise à savourer:

- Congo fiesta sur le blog sea never dry.

- Un grand nombre de posts sur les musiques congolaises (Franco, dr Nico, Tabu Ley Rocherau) sur le blog world service.

 - La genèse de l'OK Jazz sur Afriquechos.ch.

- La rumba congolaise sur RFI.com

Katrina, 2005 : "America the great became America the clown"

par Aug Email

Pour compléter l'article de Julien Blottière sur les inondations du Mississipi depuis le XXème siècle jusqu'à Katrina, je vous propose d'étudier le titre du rappeur d'origine soudanaise Emmanuel Jal. Ancien enfant-soldat dans le Sud du Soudan, il a réussi à s'enfuir au Kenya avant de se lancer dans le rapgame. Dans son titre "Ninth Ward", il s'intéresse à un quartier de la Nouvelle-Orléans particulièrement touché lors du passage de l'ouragan Katrina en 2005, le South Ninth Ward.

 

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