Malick Sidibé, photographe de la jeunesse malienne

Malick Sidibé, 74 ans, est une mémoire vivante du Mali de la fin de la colonisation e
t de l'indépendance. C'est en effet à la fin des années 1950 qu'il a fait ses premières photos. Malheureusement, la plupart de ses premiers clichés (ceux du studio "Photo Service" qu'il gère de 1958 à 1962) sont perdus. Ayant quitté son village de Soloba assez tôt, Malick est engagé d'abord comme dessinateur par le photographe Gérard Guillat, un Français de Bamako. Rapidement, alors que "Gégé la pellicule" couvre les fêtes de la petite société coloniale, Malick couvre les fêtes des Bamakois. Il alterne donc travail en studio le jour et clichés "sur le vif" le soir.
Rappelons que les colonies françaises en Afrique étaient alors regroupées dans deux entités : l'AEF (Afrique équatoriale Française) et l'AOF (Afrique occidentale Française). L'actuel Mali est en fait appelé Soudan français. Comme les autres colonies, il bénéficie de la loi-cadre Defferre de 1956 qui prévoit une autonomie administrative. En 1958, De Gaullle créée la Communauté Française (refusée par la seule Guinée de Sékou Touré) qui accorde davantage d'autonomie et prépare l'indépendance.
Après l'échec de l'éphémère Fédération du Mali regroupant l'ancien Soudan français et le Sénégal de Senghor, l'indépendance du Mali est donc proclamée le 22 septembre 1960. Le jeune pays est alors dirigé par Modibo Keïta (jusqu'en 1968, date du coup d'Etat de Moussa Traoré) qui conduit le Mali vers le camp socialiste.
Une nouvelle ère s'ouvre donc au Mali, marquée par l'échec du panafricanisme et les difficultés poilitiques et sociales des nouveaux pays. Mais c'est aussi une période d'espoir.
Revenons à Malick Sidibé. A partir de 1962, il créé on propre studio dans le quartier de Bagadadji, situé sur la rive Nord du fleuve Niger à Bamako. Jusqu'en 1977, il y photographie avant tout les jeunes. La plupart viennent se faire photographier avant d'aller danser dans les clubs. Contrairement aux instantanés qu'il fait par ailleurs, Sidibé fait poser les personnes photographiées. Celles-ci ne se privent pas de jouer un rôle (footballeur, boxeur,...), mais les photographies sont aussi pleines de spontanéité et de fraîcheur. Les objets apportés dressent un tableau de la modernité de l'époque (transistors, mobylette,...).
En voyant ces photographies, on ne peut s'empêcher d'imaginer la vie des ces jeunes Bamakois, leurs rêves, leurs difficultés, leurs joies. C'est tout l'art du portraitiste remarquable qu'est Malick Sidibé que de nous faire voyager dans ce Mali des années 1960.
- Un ouvrage (sans commentaire malheureusement) a été publié avec les photographies de cette époque, vous pouvez en voir des extraits ici.
- A lire sur le net, cet entretien avec Malick Sidibé dont est issue la photographie de l'artiste ci-dessus.
- Si vous voulez apprécier ces photographies grandeur nature, vous pouvez visiter l'exposition "Bagadadji" (entrée libre) qui a lieu au Centre Culturel André Malraux à Vandoeuvre-lès-Nancy. Elle y est jusqu'au 30 avril. La brochure de présentation m'a servi pour cet article.
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28.03.09 15:41:34, 
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