Samarra

Envoyer ce blog à un(e) ami(e)
Créer votre Blog

Mohammed Ali: hommages musicaux.

par blot Email

La future terreur des rings.

Cassius Clay naquit à Louisville en 1942. Il portait le nom d'un général abolitionniste du XIX° siècle qui avait affranchi ses esclaves. Le jeune garçon serait venu à la boxe un peu par hasard. Alors qu'il vient de se faire voler son vélo, il s'adresse à un policier, Joe Martin, qui est aussi entraîneur de boxe. Ce dernier prend Cassius sous son aile. Aussitôt le jeune homme se distingue par son tempérament difficile, ses déclarations pleines de crânerie, mais aussi par des dons exceptionnels pour le noble art.

 

Il se distingue par l'agilité de son jeu de jambe, la précision de son punch, son endurance. En 1960, il remporte le titre de champion olympique des mi-lourds à Rome. Il devient alors professionnel et rencontre celui qui sera son entraîneur pendant près de 20 ans, Angelo Dundee. Il peut aussi compter sur le soutien d'hommes d'affaires de Louisville, trop heureux de pouvoir valoriser la cité grâce à ce champion.

 

 

A 22 ans, il remporte le titre de champion du monde des poids lourds (en 1964) contre Sonny Liston, à Miami. Dès sa sortie du ring, il clame: "je suis le plus grand, j'ai secoué le monde". Dès cette époque, Clay agace. Ses détracteurs lui reprochent sa "big mouth", sa grande gueule, sa vantardise, son arrogance. Il n'hésite pas à se moquer de ses adversaires et à insulter ses adversaires noirs qu'il traite d'"oncle Tom" à l'image de Floyd Patterson.

 

 

On apprend alors que Cassius Clay s'est converti à l'islam et qu'il convient désormais de l'appeler Muhammad Ali. Cette décision lui aliène une partie de l'Amérique blanche dans la mesure où il intègre les Black Muslims, une organisation musulmane traditionnaliste à la réputation sulfureuse. C'est Malcom X qui débauche l'athlète. Une intense, mais brève, amitié, dédute alors. Ali devient un emblème fantastique pour la secte dont l'image est écornée par l'assassinat de Malcom X en 1965 (imputé par beaucoup au dirigeant des Black Muslims, Elijah Muhammad).

 

 

En 1967, Ali affirme son opposition à la guerre du Vietnam. Il refuse de servir sous les drapeaux, ce qui entraîne la perte de sa licence. Il lance: "Le Vietcong ne m'a rien fait". Pour lui, ces combattants sont des opprimés, à l'instar des Noirs américains. Cette prise de position intervient alors que l'opinion américaine n'est pas encore retournée. Le rejet du conflit se produit au cours des trois années de suspension d'Ali, qui devient dès lors très populaire. Quoi qu'il en soit, cette suspension reste un désastre pour un boxeur en pleine possession de ses moyens.

 

En 1971, Ali tente de reconquérir sa couronne en affrotntant Joe Frazier, au cours de ce que certains ont appelé le "match du siècle". Ali y encaisse les coups avec une grande abnégation. Mis à part un knock out, il parvient à tenir debout alors que les coups de Frazier redoublent, la mâchoire cassée. C'est en tout cas la première défaite d'Ali. Il perdra de nouveau face à Norton et se fera encore casser la mâchoire au cours du combat.

 

 

Mais le retour triomphal d'Ali se produit à Kinshasa, en 1974 (nous vous en parlerons dans un prochain billet). Entre temps, Ali passe dans l'écurie du fantasque Don King, un petit voyou devenu le maître du boxing business (désormais, les combats représentent une véritable mâne financière). Contre toute attente, il parvient à triompher alors que Foreman fait figure d'épouvantail (il n'a fait qu'une bouchée de Norton et Frazier). Ali semble alors à son apogée. Il conservera son titre encore six ans et livrera quelques autres combats homériques tels que le match qui l'oppose à Frazier à Manille en 1975. Les deux hommes repoussent leurs limites dans ce combat à mort. Finalement Frazier est arrêté à la 15ème reprise à la demande de son manager (afin de sauver ses yeux). Ali, quant à lui, s'évanouit. Il s'agit en tout cas d'une étape clef de sa carrière. Son médecin tente alors de le convaincre d'arrêter de combattre, en vain. Ali poursuit jusqu'en 1980. C'est sans doute là tout le drame pour ce boxeur qui sut, tout au long de sa carrière, encaisser les coups, sans rien montrer. Ainsi, en 1974, à Kinshasa, Ali encaisse les coups de Foreman, sans ciller, attendant la moindre défaillance de son adversaire. Cette stratégie s'avère gagnante sur un match, mais traumatisante pour l'organisme à long terme.

 

Mohammed Ali porte la flamme olympique lors de la cérémonie d'ouverture des J.O. d'Atlanta (1996). Ali est aujourd'hui atteint de la maladie de Parkinson (le mal du boxeur), particulièrement invalidante.

 

Mais au-delà de sa biographie, Ali est devenu une véritable icône moderne. Les photographes, musiciens, romanciers, journalistes ne s'y sont pas trompés.  Les  hommages musicaux ci-dessous démontrent l’énorme popularité du personnage.

 

1. Don Covay: "Rumble in the jungle". Ce très grand chanteur soul (à la voix assez proche de celle de Mick Jagger) évoque le match ("rumble in the jungle") organisé à Kinshasa par Don King, avec l'accord de Mobutu.

2. Orchestre G.O. Orchestra: "Welcome to Kinshasa".
Cet orchestre congolais revient sur l'organisation du match, en 1974. Cuivres et choeurs irrésistibles.

3. Dennis Alcapone: "Cassius Clay". Toaster star et fidèle du label Treasure Isle de Duke Reid, Dennis Alcapone rend hommage à celui que l'on appelle encore Cassius Clay. Il interprétera aussi "Muhammad Ali" une fois le boxeur converti (à retrouver sur une compilation de titres reggae sur le thème de la boxe).

4. Tom Russell: "Muhammad Ali". L'inoxydable Tom Russell livre ici une biographie en musique. Il revient sur les étapes de la carrière du boxeur. Depuis Louisville jusqu'au refus de la guerre du Vietnam en passant par "les petites phrases" qui firent aussi la célébrité d'Ali.

5. Mohammed Ali: "Ali's historical theme song". Ali au micro sur un album de 1976 où il fait la promotion d’une bonne hygiène bucco-dentaire! Musicalement, c'est très mauvais, mais la palme du mauvais goût revient sans conteste à la pochette

6. Mohammed Ali la "grande bouche". Ali possède une solide répartie et entame son travail de déstabilisation de l'adversaire avant de monter sur le ring. Ci- dessous, quelques extraits tirés du documentaire "When we were Kings".

Commentaire d'un journaliste: "Cassius Clay comme Corbett, Tunney et Braddock révolutionne l'histoire des poids lourds".

 

Conférence de presse d'Ali et Don King au Waldorf Astoria Hôtel de New York, en septembre 1974.

"Mohammed Ali: - Je finirai comme j'ai débuté en terrassant un monstre que personne n'arrivait à battre. ça c'est le petit Cassius Clay de Louisville battant Liston, deux fois vainqueur de Patterson. I l allait me tuer! Mais il cognait plus fort, il allongeait, il boxait mieux que George. Et je ne suis plus ce gamin de 22 ans qui se sauvait devant S. Liston. J'ai roulé, je suis pro. J'ai eu la mâchoire explosée deux fois. Je suis méchant, j'abats des arbres et ici, en plus, je me suis battu comme un alligator. Oui, un alligator. J'ai catché avec une baleine, mis des menottes aux éclairs, foutu la foudre en taule. La semaine dernière, j'ai tué un roc, massacré une pierre et expédié une brique à l'hosto. Je suis pire qu'un mal incurable.

Don King - Méchant!

M. A. - Oui!

D. K. - Je te crois.

M. A. - Rapide! Hier soir, j'ai éteint la lumière, j'étais au pieu avant qu'il fasse noir.

D. K. - Incredible.

M. A. - Rapide. Vous baisserez le nez quand je battrai George Foreman, vous tous. Vous pariez sur lui, mais il est mal barré. Vous verrez, je suis le plus grand."

7. Trio Madjesi: "8ème round". "Serrez vos gants car au 8ème round, c'est le k-o". Le groupe congolais revient sur le "combat du siècle" et notamment le 8ème round au cours duquel Foreman s'écroule.

8. Sir Mack Rice: "Muhammad Ali". Une petite bombe funky irréprochable pour terminer. La plupart des titres qui composent cette sélection proviennent de la compilation "Hits and Misses" de l'excellent label allemand Trikont, spécialisé dans les rééditions pointues et soignées.

 

 

Ali aura aussi droit à son dessin animé sur la NBC (en 1977), modestement intitulé "I'm the greatest".

 

 

Tout cela prouve qu'Ali est plus qu'un simple champion de boxe (ce qui est déjà pas mal en soi). Certes, il est devenu la référence absolue dans le monde de la boxe, mais il a su aussi épouser les grandes causes de son temps (le Vietnam, les droits civiques), sans jamais se renier. Surtout, il reste un personnage particulièrement charismatique. Il suffit  de regarder ses interviews de jeunesse pour s'en convaincre. Arrogant, provocateur, l'homme en a horripilé plus d'un, mais on ne peut lui retirer son sens de la formule (”je danse comme un papillon, pique comme une abeille”) et sa répartie qui fait mouche la plupart du temps.

 

 Sources:

- L'émission 2000 ans d'histoire de Patrice Gélinet sur France Inter avec le romancier Patrice Lelorain.

 

Liens:

 

- Thrilla in Manilla (1975), le troisième et terrible combat Ali / Frazier.

 

- Rumble in the jungle (1974). Ali / Foreman, le "combat du siècle".

Adresse de trackback pour cet article

Trackback URL (right click and copy shortcut/link location)

Aucun commentaire pour le moment

Laisser un commentaire


Votre adresse email ne sera pas révélée sur ce site.

Votre URL sera affichée.
(Les retours à la ligne deviennent des <br />)
(Nom, e-mail & site Web)
(Autoriser les utilisateurs à vous contacter par un formulaire de message (votre adresse email ne sera not révélée.))