Samarra


Archives pour: Février 2010, 22

Juge Bao : opération "mains propres" en l'an mil

par Aug Email

Bao Zheng (包拯) a vécu au XIème siècle dans la Chine de la dynastie des Song. Né dans la province de l'Anhui (Chine du Centre-Est), il est réputé pour son intégrité. Il a ainsi obtenu de l'Empereur Renzong des pouvoirs de justice exceptionnels de 1037 à sa mort en 1062. Juge itinérant, le juge Bao (Bao Gong) a lutté contre la coruption des puissants et le détournement des aides versées par l'Empereur pour la reconstruction à la suite de catastrophes naturelles.

Son histoire a survécu au temps puisqu'il est progressivement devenu le symbole de la justice dans la culture populaire chinoise. Il apparaît ainsi dans de nombreux écrits, notamment romanesques, et dans l'opéra. Plus récemment, des films, des téléfilms et même un jeu vidéo l'ont mis en scène accompagné de ses assistants, le très habile et très redouté Zhan Zhao et le greffier Gongsun Ce.

C'est que sa réputation d'intégrité et de lutte contre la corruption trouvent de puissants échos dans la Chine contemporaine. A l'heure où le développement de la Chine entraine la transformation de nombreux espaces périurbains, la cupidité de nombreuses personnes ne se dément pas. Mais sa dénonciation doit souvent prendre des formes indirectes. Les mésaventures du film Avatar en Chine témoignent de la difficulté d'aborder certains sujets. Parler du juge Bao aujourd'hui est donc un moyen de dénoncer la manière dont ce développement est effectué. Le juge s'attaque aux puissants sans scrupules et prend la défense des plus faibles.

Une jeune éditrice chinoise, Ge Fei Xu , un scénariste français et un dessinateur chinois ont compris toute l'actualité du juge Bao en entamant la publication d'une bande dessinée. Le premier tome, Juge Bao et le phoenix de Jade, vient de paraître en français aux Editions Fei, dans un format original mais finalement très pratique (13x18). Patrick Marty a écrit le scénario en souhaitant délibérément que le lecteur pense à la Chine d'aujourd'hui tout en se plongeant dans la Chine des Song. Son "road movie" suit le juge Bao dans ses déplacements qui sont autant d'enquêtes mêlant histoires d'amour, de corruption, combats et aventures. Il s'inspire du vrai Bao tel que le rapportent les sources tout en inventant une grande partie des détails. Le dessin en noir et blanc du Pékinois Chongrui Ne est d'une grande qualité et très précis.

Un extrait du tome 1. On y voit le juge Bao n'hésitant pas à se déguiser et à se faire jeter en prison pour les besoins de son enquête.

Ces aventures se lisent comme un roman policier. On attend la suite (prévue en avril 2010) avec impatience ! Lisez l'entretien accordé par Patrick Marty à ActuaBD

Les plages d'Agnès Varda

par died Email

 

 



Voici un film atypique qui a obtenu un César et une bonne critique quand il est sorti sur les écrans en 2008. Pourquoi atypique ? D'abord parce qu'il est inclassable : à mi-chemin entre le reportage, l'autobiographie, le récit....ensuite parce qu'il a été tourné par une vieille dame, dinosaure en voie d'extinction de la Nouvelle Vague. Cette petite femme est une grande cinéaste et la compagne d'un autre grand cinéaste, Jacques Demy (Demoiselle de Rochefort, les Parapluies de Cherbourg) : situation assez unique pour le souligner.
 

Alors que raconte ce film ? Agnès Varda nous raconte sa vie, tourne les pages de son album de famille. Mais une grande famille : ses enfants bien sûr, ses amis, Jacques Demy, les grands acteurs qu'elle a rencontrés mais aussi ses acteurs amateurs et occasionnels qui ont tourné dans ses films. On pense au film formidable Daguerréotype dans lequel Agnès Varda avait brossé le portrait plein d'humanité des gens de sa rue, la rue Daguerre. Aussi, son autoportrait ne tourne jamais à l'hagiographie, l'autosatisfaction, Agnès Varda remet en scène sa vie, ses films, son oeuvre...s'interroge, retourne sur les lieux, rencontre, retrouve les gens qu'elle a croisés en 60 ans de cinéma.
Et puis, il y a la poésie, parfois un peu de grotesque dans les reconstitutions.... mais que j'aime à voir comme du surréalisme belge (ce qu'expliquerait sa naissance à Bruxelles ?). Le film ne se prend pas au sérieux, Agnès multiplie les mises en abyme d'images de sa vie, confie, s'interroge, s'amuse de voir le temps qui passe et le temps passé. Raconte ses rencontres avec Jean Vilar, ses premières photographies prises à Avignon, ses premiers films et surtout sa rencontre avec Jacques Demy et la lente disparition de son alter-ego.

L'affiche du film donne tout à fait le ton de l'œuvre: une petite vieille femme sur une chaise démesurément haute, sur une plage.



Agnès Varda est une cinéaste rare....et si originale.







Voir l'article des Cahiers du Cinéma

Sa biographie et filmographie

Un long extrait de l'un de ses premiers films : Cléo de 5 à 7





JC Diedrich

 

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