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"Life on Mars" : Manchester, 1973.
"Life on Mars"ou la brassée des temps :
1973, "Life on Mars ?" de Bowie est n°1 au hit parade britannique. Sam Tyler ne s'en souvient pas car il vit en 2006. Brillant inspecteur de la police de Manchester, il sait mener ses enquêtes tambour-battant en s'appuyant sur les dernières technologies. Victime d'un inattendu accident de voiture , il se réveille sur le terrain vague d'une friche industrielle, toujours à Manchester mais ....en 1973.
"Am i mad , in a coma, or back in time?"1 se demande Sam Tyler et ses interrogations sont légitimes. En effet, en 1973, il n'y a pas de lecteur MP3, encore moins de cd dans la mesure où la musique s'écoute sur un disque vinyl format 33 tours et s'achète chez un disquaire ; et puis, les mots n'ont pas le même sens. Ainsi, quand vous demandez un numéro Virgin à l'opératrice, elle vous prend immédiatement pour un détraqué sexuel, un PC n'évoque rien d'autre pour le commun des mortels que le parti communiste ! Maigre consolation quand le hasard veut que vous croisiez l'une de vos idoles en la personne de Marc Bolan, figure emblématique du Glam-Rock mancunien, dans un club, vous pouvez tout au plus lui dire de faire attention en prenant la voiture, surtout si c'est une mini, espérant ainsi changer le cours de l'histoire.2

Quand notre héros émerge au milieu de son terrain vague, il est vêtu au goût du jour : affublé d'un magnifique pantalon pattes d'eph', il arbore de très jolies chemises col deltaplane confectionnées dans des tissus synthétiques légèrement transparents alternant une grande variété de tons beiges. C'est ainsi paré qu'il intègre le commissariat central dirigé par l'inspecteur chef, Gene Hunt.
Celui ci est un inconditionnel de Sergio Leone, pilier du pub tenu par Nelson, le mancunien de la Jamaïque un brin philosophe, dans lequel il s'approvisionne essentiellement en whisky. Il ne connait ni le téléphone portable, ni l'analyse ADN, et encore moins la glace sans tain pour protéger les témoins. Ses méthodes d'investigation sont assez peu orthodoxes et se terminent souvent au coup de poing mais c'est un meneur d'hommes. Avec un accent du nord à couper au couteau, il est entouré de 3 autres enquêteurs à l'efficacité approximative qui ne comprennent pas tout au comportement étrange de leur nouveau collègue. Cette fine équipe est bientôt complétée par la jeune Annie, aussi troublée que les autres par les propos incohérents du nouvel inspecteur mais davantage soucieuse de lui apporter de l'aide.
"Life on mars" : Manchester, la ville aux 3 visages.
"Life on mars" propose une plongée dans une ville à 3 identités : criminogène à souhait, Manchester fut aussi un des fleurons de la révolution industrielle, capitale des industries textiles et une ville dont la scène musicale n'a jamais cessé d'être active en dépit de ses excès et de la politique répressive très sévère qui tenta de les juguler. La série surfe de façon éhontée sur les 3 vagues à la fois avec une vraie jubilation et restitue un univers culturel, un air du temps, qui a le cachet de l'authenticité.
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Tout d'abord, "Life on Mars" s'applique à rappeler qu'avant "Les experts', la police n'était pas totalement inopérante. A l'heure où les séries surenchérissent en matière de hautes technologies, l'équipe de Gene Hunt nous ramène à l'époque durant laquelle on hésitait encore à utiliser le magnéto pour enregistrer les dépositions, l'usage du talkie-walkie restait tout à fait superfétatoire, et la police s'essayait tout juste à délimiter les scènes de crime ou à relever les empreintes des suspects sur les lieux de leurs méfaits. La série utilise pleinement le jeu du big bang chronologique puisque Sam Tyler, lui, venant du futur, connait tout des méthides du XXIème siècle et tente de les introduire dans le commissariat central de Manchester. Il obtient au mieux sous le regard dubitatif du chef, et parfois l'enthousiasme modéré de sa collègue Annie. On mesure à quel point, les séries policières se sont renouvelées, reflétant sans doute les grandes évolutions des techniques d'investigation de ces 40 dernières années.
La Manchester de "Life on Mars" est plus que jamais la ville du prolétariat industriel. Son décor est fait de cheminées d'usines, de manufactures de briques rouges et d'alignement de maisons ouvrières sur courées. Le marquage prolétaire de la ville est très assumé dans la série qui reprend à son compte aussi bien le parlé spécifique et populaire du nord (le possessif "my" devenant systématiquement un "me") que son accent très prononcé (en gros le "pub" devient le "pob"). "Life on Mars" s'adosse justement sans complexe à toutes les formes de sociabilité populaire d'Outre Manche en général et de Manchester en particulier, que ce soit celle que l'on développe au pub, dans les nombreux clubs de la ville ( sur lesquels le crime organisé a déjà la main mise, bien avant la période "Madchester"3) ou encore au stade, celui de Manchester City (le Manchester City Stadium) ou de Manchester United, le célèbre Old Trafford.
"Life on mars", morceaux choisis :
Deux épisodes permettent sans doute de bien saisir les différentes caractéristiques du Manchester des années 70 et d'en percevoir les échos dans la ville telle qu'elle est aujourd'hui.
On choisira d'abord l'épisode 3 de la première saison.
Un corps vient d'être trouvé dans la filature textile "Cresters". Le défunt est un des bras droit du patron qui prépare un plan de licenciement, annonciateur de la fermeture définitive de l'usine. Les soupçons se portent sur la famille Bannister dont le père et le fils travaillent à l'usine, ainsi que la belle fille. Syndicaliste, le père se bat corps et âme pour tenter de sauver un monde appelé à disparaître : celui qui fit la fortune de la ville au temps de la révolution industrielle mais qui en 1973 n'est plus compétitif. Filatures unique employeur de familles entières sinistrées à leur fermeture, trade-unions (syndicats) en survie, place de la main d'oeuvre d'origine étrangère, radicalisation des formes de lutte sociale : l'épisode fait le tour de la question. Il nous propulse également dans la rénovation des grandes cités des pays noirs puisque le lieu du crime est devenu, en 2006, l'immeuble dans lequel Sam Tyler, le héros de la série, vit. C'est précisément sous sa table de cuisine dans un appartement qu'on entrevoit comme ultra-moderne que le corps est retrouvé. L'occasion de saisir la brassée des temps qui rythme si bien la série.
L'épisode 5 de la première saison est également très intéressant pour ce qu'il restitue de l'image ouvrière de la ville.
Le corps d'un supporter de Manchester United vient d'être retrouvé dans une allée entre deux courées. A côté de lui, une écharpe bleue et blanche aux couleurs de Manchester City. A quelques jours du derby annuel entre les deux clubs, il y a là un motif imparable pour enflammer les supporters et créer une flambée de violence lors du match. Pour désamorcer cette bombe en puissance, l'équipe de Gene Hunt investit un pub afin de tirer les vers du nez des clients qui sont tous de fervents clients adeptes du ballon rond.
Hooliganisme, religion du football dans la culture populaire, paysages de courées des pays noirs à découvrir. L'épisode nous fait vivre l'acmé annuel des amoureux du foot dans la ville des deux clubs ennemis.
Pour prolonger la saga sur l'immigration irlandaise qui se déroule sur l'histgeobox, particulièrement en ce début d'année, on ne peut faire l'impasse sur l'épisode 3 de la saison 2.
Une bombe est découverte sous une voiture et l'IRA est soupçonnée de l'y avoir posée. Mais Sam Tyler, qui se souvient de son futur en 2006, ne reconnait pas, sur ce cas de figure, la marque caractéristique de l'armée républicaine irlandaise. Comme à Liverpool, Manchester a servi de lieu d'embauche et a permis à de nombreux déracinés de la verte Irlande chassés notamment par la famine, mais plus largement par la misère, de s'installer et faire souche dans ses murs. L'épisode garde pour toile de fond les relations tumultueuses des émigrants irlandais avec leur voisine anglaise, que ce soit par l'exemple des mouvements nationalistes violents ou celui du déclassement de la communauté irlandaise dans les grands centres urbains britanniques où elle tenta de se faire embaucher.
Morceaux choisis : le bonus !
"Life on Mars" possède une bande originale tellement renversante qu'elle a fait l'objet d'une édition CD en plus de l'édition DVD de la série. Ils sont tous là : Bowie, Pink Floyd, Roxy Music, The Who, Deep Purple, les Stones etc...
La BBC ne faisant jamais les choses à moitié a laissé ouvert le site consacré à la série et on peut y consulter épisode par épisode les références des morceaux qui rythment les aventures de Gene Hunt (qui se surnomme modestement "the Gene Genie") et de Sam Tyler :
pour la saison 1 : http://www.bbc.co.uk/lifeonmars/series1/
pour la saison 2 : http://www.bbc.co.uk/lifeonmars/series2/
et un aperçu ci-dessous:
Notes :
1 : "Suis-je fou? Dans le coma ? Suis je retourné dans le passé?"
2 : Marc Bolan est un des représentants les plus importants du mouvement Glam Rock, dont David Bowie et Roxy Music furent d'autres figures emblématiques. Il mourut prématurément en 1977 dans un accident de voiture, sa compagne conduisant une mini, ayant embouti un arbre.
3 : La scène dite de "Madchester" date de la fin des 80's. Elle associe des groupes intégrant des sonorités house (Stone Roses, Happy Mondays) à une scène underground portée par de nombreux clubs en particulier celui de l'Hacienda, lui même indissociable du label Factory Records (créé par Tony Wilson qui distribua les groupes les plus importants du post-punk mancunien à savoir Joy Division et The Buzzcocks). Le milieu tomba aux mains du crime organisé et la consommation de stupéfiants devint telle que la décision fut prise de fermer l'Hacienda pour stopper les dérives qui accompaganient pourtant l'affirmation d'une scène musicale très riche.
Au rayon manga : Vinland Saga, Le pavillon des hommes et Hokusai
Parmi les derniers mangas que j'ai pu lire ces derniers temps, je voulais vous signaler deux séries en cours et un one-shot :
Vinland Saga, au coeur de l'épopée viking
Il s'agit d'une série en 7 épisodes parus à ce jour dont le titre laisse penser qu'il s'agit du récit de l'installation de Vikings sur le continent américain (le fameux "Vinland" des sagas) autour de l'an mille. Cela est en partie vrai, mais l'essentiel de l'action se passe ailleurs, dans cette Europe du Nord qui a connu l'invasion de groupes vikings venus de Norvège, du Danemark et de Suède. Makoto Yukimura, le mangaka, nous fait voyager de l'Islande à la Norvège et au Danemark en passant par l'Angleterre où se déroule une grande partie de l'action.
Une lutte féroce s'y déroule en effet entre les Anglo-Saxons qui dominent le pays depuis la fin de l'époque romaine et les Vikings qui contrôlent une partie du pays (le territoire du Danelaw). Quelques celtes gallois viennent parfois se mêler aux rudes combats. Le récit fait en effet la part belle aux batailles et l'auteur semble fasciné par la force quasi surhumaine de certains guerriers (même si certains, comme attesté par certaines sources, mangent quelques champignons hallucinogènes pour ne plus craindre le danger..., voyez le premier extrait ci-dessous). Soulignons au passage, malgré quelques scènes un peu surnaturelles, la volonté de l'auteur de respecter autant que possible les faits historiques et le contexte de l'époque. Au total, cette série est vraiment très réussie. En suivant le désir de vengeance du jeune héros Thorfinn, à la fois allié et ennemi irréductible d'Askelaad avec qui il rêve d'en découdre, on suit les péripéties de la tentative de conquête de l'Angleterre par le roi Sven (ci-dessous au moment du siège de Londres) et la lutte pour sa succession prochaine entre ses fils Knut et Harald. Tout cela se passe donc au XIème siècle et c'est passionnant !


Makoto Yukimura, Vinland Saga (7 tomes parus), Kurokawa
Le Pavillon des hommes, quand les femmes prennent le pouvoir
La mangaka Fumi Yoshinaga aime, dans ses mangas, aborder la question du genre. C'est le cas avec la série Le Pavillon des hommes qui nous conduit dans le Japon du XVIIème siècle. Une maladie mystérieuse emporte la majorité des hommes, en particulier les jeunes. L'équilibre de la société s'en trouve bouleversé et certaines choses vont changer, y compris au coeur du pouvoir.
Mais évoquons en deux mots la situation du Japon à cette époque qui sert de toile de fond au récit de l'auteur. Depuis 1603 (et jusqu'au début de l'ère Meiji en 1868), la famille des Tokugawa est détentrice du shogunat et donc de la réalité du pouvoir dans le cadre du système du Bakufu. C'est le début de la période d'Edo, la ville du shogun située dans le Kanto, qui supplante l'impériale Kyoto comme siège du pouvoir réel (le nom Edo est changé en Tôkyô pendant la période Meiji). Au sein du palais du shogun à Edo, un pavillon est réservé à des femmes qui servent le Shogun, au besoin en lui permettant d'avoir un héritier.
C'est là que Fumi Yoshinaga situe son intrigue, mais en faisant de ce pavillon, suite aux effets de la maladie, un pavillon réservé aux hommes, le shogunat étant lui-même finalement dévolu à une femme...
On pourrait craindre la caricature avec des hommes qui se livrent à des querelles pour les meilleurs places, des coups bas, des secrets d'alcoves, mais finalement, l'auteur nous permet de réfléchir à l'essence du pouvoir et à sa masculinité si courante et si arbitraire. On songe alors à quelques pièces d'Aristophane dans lesquelles les femmes prenaient le pouvoir (L'Assemblée des Femmes) ou faisaient la grève du sexe pour que les hommes cessent la guerre... (Lysistrata). Sauf que les femmes au pouvoir dans ce manga, n'ont rien à envier aux hommes en termes d'ambition et de cruauté. Donc un Josei (le Seinen au féminin) intéressant et captivant.
Fumi Yoshinaga, Le Pavillon des hommes (5 tomes parus), Kana
Hokusai, le "vieux fou de la peinture"
Vous connaissez peut être Hokusai, peintre Japonais du XIXème siècle. Died avait évoqué dans un article récent le célèbre tableau La grande vague de Kanagawa (1831). Son oeuvre a inspiré de nombreux artistes, en particuliers des peintres français tels que Gauguin, Van Gogh ou Monet. Il a également popularisé le terme de "manga" (terme féminin pouvant signifier "dessin inabouti") en publiant en 1814 ses carnets de croquis.
Un manga de Shotaro IshinoMori récemment traduit en français nous permet de mieux connaître ce personage exceptionnel qui vécut 90 ans. L'auteur nous raconte une vie faite de multiples remises en cause, Hokusai ne souhaitant jamais s'installer dans un confort pour lui synonyme d'absence de créativité. Ainsi, à 42 ans et alors qu'il bénéficie déjà d'une grande notoriété, il décide de changer de nom d'artiste et d'adopter celui d'Hokusai qui le rendra encore plus célèbre. Aux sources de ces changements, la volonté d'être reconnu pour la valeur de son art et non pour autre chose. L'insatisfaction et le désir, comme pour beaucoup d'artistes, sont donc de puissants aiguillons. Le récit de Shotaro Ishino Mori n'est pas linéaire et y gagne en cohérence. Chaque chapitre est conçu autour de l'une ou l'autre des périodes de la vie du peintre mais sans respecter la chronologie. Voici deux extraits, l'un nous montre Hokusai jeune, l'autre nous permet d'entrevoir les coulisses de la réalisation de sa série d’estampes Fugaku Sanjūrokkei ou Trente-six vues du mont Fuji dont fait partie la vague, publiée en 1831 alors qu'il a plus de soixante-dix ans.


Shotaro IshinoMori, Hokusai, Kana
"Loca virosque cano" sur l'histgeobox
"Loca Virosque Cano", ("Je chante les lieux et les hommes"), inspiré du premier vers de l'Enéide de Virgile, est le titre d'une nouvelle rubrique de l'Histgeobox.
Le premier lieu mis en chanson est Liverpool, grand centre portuaire du nord ouest de l'Angleterre évoquée de façon tout à fait différente par ceux qui constituaient la colonne vertébrale des Beatles. Ce sont "Penny Lane" de Paul MacCartney et "Strawberry Fields Forever" de John Lennon, sortis en 1967 sur un inoubliable 45 tours de légende, qui nous servent de guides pour découvrir les quartiers périphériques de la ville.

Direction Liverpool sur l'histgeobox :
Ensuite, direction Berlin-ouest du temps de la guerre froide donc, lorsque cette partie de la ville devint une île cernée par l'occupation et l'influence soviétique. C'est un David Bowie venu chercher la rédemption et qui découvre en cette ville déchirée mais à l'ambiance et au passé riche, un terreau créatif unique qui nous sert de guide. Avec "Heroes", sorti en 1977, et ce qui entoure sa composition il nous promène du quartier de Schöneberg à la Potsdamer Platz, au pied du mur où se trouve les légendaires studios Hansa, dans les bars et les clubs du Berlin des années 70.

Direction Berlin sur l'histgeobox :
L'histoire du Brésil en chansons.

Luis Gonzaga remporte un très grand succès avec sa chanson Asa branca composée en 1947. Il y décrit une sécheresse désastreuse qui s'abat sur le sertão, vaste territoire de l'intérieur du Nordeste au Brésil, une zone connue par son aridité.
Le titre du morceau se réfère à une variété de pigeons connus comme étant les derniers êtres vivants à quitter la zone lors des pires sécheresses. Cet hymne officieux de la région nous offre l'occasion de nous focaliser sur le Nordeste.
Lire la suite sur l'histgeobox.
Cet article s'insère dans une série consacrée au Brésil:
- Chico Buarque: "Funeral de um labrador": Funérailles d'un laboureur, une mélopée lente, tragique. Le poète y décrit l'enterrement d'un pauvre hère qui n’a pour tout bien que la fosse dans laquelle il repose sur les terres du grand propriétaire terrien.
- Chico Buarque: "Construçao". Grâce à une très belle chanson de Chico Buarque, nous nous intéressons aux candangos, qui construisirent Brasilia, promue capitale du pays en 1960.
Benda Bilili!
Nous vous avons déjà parlé du Staff Benda Bilili, fantastique groupe congolais composé de 8 Kinois malmenés par l'existence. Depuis une dizaine d'années, ces musiciens animaient les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk et de reggae. La sortie l'année dernière d'un album salué par la critique permit au groupe de tourner un peu partout en Europe. Les prestations du Staff permirent à la formation de sortir de la confidentialité dans laquelle restent malheureusement trop souvent cantonnés de nombreux groupes africains. Or, l'aventure continue avec la sortie d'un film documentaire à la gloire du staff.

Ce film sur la misère, pas du tout misérabiliste, narre l'histoire passionnante du groupe autour de la figure du leader Papa Ricky et de Roger, l'enfant des rues de Kinshasa.
Les réalisateurs filment les bonheurs et déboires du groupe entre 2004 et 2009. Cette durée rend l'entreprise passionnante et ce documentaire si singulier. Le spectateur assiste à "l'intronisation du petit Roger, enfant des rues et génie du satongé, cet instrument fabriqué à partir d'une boîte conserve et d'un fil de fer. Au fil des ans, on verra Roger devenir un homme et une star." [cf: Mathilde Blottière dans le n°3165 de Télérama]
Le documentaire dresse un portrait en creux du pays. l'histoire du groupe est compté, avec ses bonheurs et ses déboires (nombreux). L'énergie prodigieuse du groupe écarte toute forme de sensiblerie ou de pathos. Belle leçon de courage et de persévérance qui ne saurait surprendre de la part d'un groupe qui chante: "un homme n'est jamais fini / la chance arrive sans prévenir / un jour, c'est sûr, on réussira".
La bande annonce:
Bonus:
- Le making of du film.
- D'autres extraits ici.
- Lire l'entretien qu'accordent Renaud Barret et Florent de la Tullaye (PDF) à Elisabeth Stoudmann pour Le Courrier.
- La critique de Télérama (bise soeurette) et un entretien filmé avec les deux réalisateurs (au festival de Cannes en 2010).
Enfin pour terminer un morceau interprété sur scène(là où ils sont les meilleurs, même si leur album est excellent).
Les Cahiers Ukrainiens, une fiction documentaire au coeur des enjeux mémoriels de l'ex-URSS.
Une mise en image de destinées tragiques dans l'Ukraine du XXème siècle.
Bd parue récemment chez Futuropolis, les "Carnets Ukrainiens" mettent en image une série de témoignages sur l'histoire de ce pays devenu indépendant en 1991.
Igort, l'auteur, nous explique la genèse de son projet dans les premières pages de son ouvrage (qui sera suivi d'un deuxième tome portant sur l'URSS). A la faveur d'un voyage de deux ans en Ukraine, au moment particulier des commémorations des 20 ans de la chute du mur de Berlin, il dit "avoir tendu l'oreille pour écouter les histoires" du temps où l'Ukraine n'était qu'une des républiques de l'URSS.
Au préalable, Il nous met en contact avec les lieux et les habitants tels qu'ils sont aujourd'hui et on comprend aisément que l'ère soviétique a profondément marqué les territoires (par exemple, Dniepropetrovsk, malgré son ouverture demeure Rocket City, la ville des missiles du temps de la guerre froide) aussi bien que les hommes (l'ancien officier de l'Armée Rouge qui continue de s'entrainer au stand de tir). Le pays est, encore aujourd'hui, marqué par la désorganisation issue de l'implosion de l'URSS et l'autre tragédie qui s'abattit sur lui quelques années auparavant, en avril 1986, celle de l'explosion du réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
Puis, vient le temps des témoignages. Ils sont 4, des petites gens dont les destinées ont été marquées par l'histoire violente de ce siècle. Il y a Serafima Andreievna, Nikolaï Vassilievitch,Maria Ivanovna et Nikolaï Ivanovitch. Leur restitution picturale est entrecoupée de pages qui viennent historiquement les éclairer. Elles sont construites à partir des archives de la police secrète.
Serafima a connu la Grande Famine en 1932-1933, Nikolaï Vassilievitch se souvient de l'occupation allemande pendant le 2° conflit mondial puis des années d'après guerre de Staline à Brejnev. On suit Maria Ivanovna de la Grande Famine Ukrainienne du début des années 30, aux années 70, durant lesquelles sa fille et son gendre vont travailler sur des projets nucléaires nord-coréens pour en revenir irradiés. Le dernier témoin,Nicolaï Ivanovitch, relate sa nostalgie du kolkhoze et semble perdu dans l'Ukraine d'aujourd'hui. Des destinées accablantes, parfois presque insupportables tant misère et injustice semblent s'être acharnées sur elles. La fiction documentaire montre aussi à "l'ère du témoin"(1) à quel point la mémoire peut être sélective (il n'y a aucune évocation de l'antisémitisme en Ukraine au début du siècle et encore moins de la complicité de certains ukrainiens dans l'accomplissement de l'extermination des juifs d'Europe).
Une fiction documentaire dont la Grande Famine de 33 constitue le fil rouge.
Novembre 1929, Staline décrète la collectivisation des terres agricoles. Dans les mois qui suivent des détachements ouvriers appuyés par la police politique font entrer des millions de paysans dans des kolkhozes et des sovkhozes (2). Les terres et les moyens de production (semences, outils manuels ou mécaniques) y sont regroupés dans ce qui forme de vastes fermes collectives. L'Etat soviétique y effectue des prélèvements sur la production destinés à financer l'industrialisation de l'URSS. (voir croquis ci dessous). Les paysans qui s'opposent à cette réforme sont qualifiés de koulaks (3). Malheureusement pour eux, en même temps que fut décrétée la collectivisation des terres, était prévue simultanément, l'élimination des koulaks en tant que classe.

Ci-contre : Augmentation des prélèvements effectués par l'Etat sur les récoltes alors que les exportations augmentent et que la part laissée aux paysans pour vivre se réduit.
La résistance des paysans à la mise en commun des terres et moyens de production est quasi immédiate et désorganise dès 1930 les productions dans les campagnes. C'est le cas en Ukraine, dans le Kouban, au Kazakhstan , dans les régions de la Volga où des famines sévissent entre 1931 et 1933.
L'Ukraine dans ce contexte global se retrouve au coeur d'une double menace. D'une part, c'est un des greniers à blé de l'URSS, donc elle sera soumise à la collectivisation. En 1931, elle doit céder au gouvernement 42% de sa récolte globale (4). La suivante est déjà passablement remise en cause par le fait que, dès cette date, les kolkhozes doivent, pour remplir les objectifs du plan, céder une partie des semences destinées à la future récolte. Dès lors la famine menace.
D'autre part, la paysannerie ukrainienne est à l'origine de très nombreuses émeutes contre la collectivisation et le pays est jugé peu loyal dans son adhésion à la fédération soviétique (il avait proclamé son indépendance en 1918) ; il va s'agir pour Staline de faire d'une pierre deux coups : la famine va être utilisée comme une arme pour mater la paysannerie ukrainienne et lui imposer aussi bien l'autorité centrale du parti que la collectivisation. Ainsi, dans les districts qui ne livrent pas le quota de récoltes, les magasins sont fermés, les importations alimentaires interdites. Les Ukrainiens ne peuvent même pas migrer vers les villes puisque, sur ordre du gouvernement soviétique la vente des billets de train est proscrite, l'armée se chargeant de surveiller, d'empêcher les déplacements des affamés en fermant et surveillant les routes.
L'ouverture des archives et les tensions mémorielles qui l'accompagne :

Ci contre : Commémoration du 70ème anniversaire de la Grande famine à Kiev, Ukraine.
"Holodomor" (5) est le terme qui désigne aujourd'hui en Ukraine cet épisode dramatique évoqué dans les carnets d'Igort par les témoins et les archives de la police politique. C'est un néologisme composé à partir de golod (la faim) et moryty (affamer, épuiser tuer par privations). La famine de 1933 a longtemps fait l'objet d'une omerta en URSS et dans l'Ukraine communiste. Toutefois, la chute du mur de Berlin en 1989, suivie de l'implosion de l'URSS dans la foulée, a permis l'ouverture de nombreuses archives que les historiens continuent d'étudier et exploitent pour rattraper le retard (télégrammes des plénipotentiares de Staline en Ukraine, journal de voyage de Kaganovitch).
L'état ukrainien devenu indépendant en 1991, va lui aussi profiter de la levée du secret des archives pour instrumentaliser le drame et lui donner, finalement le rôle d'un véritable "totem" (6), pour renouveler et renforcer l'identité et la citoyenneté ukrainienne d'après l'ère soviétique.
La famine fut d'abord reconnue par le parti communiste ukrainien en 1987. Puis, la question est convoquée dans le débat public lors de l'élection présidentielle de 1999 à laquelle se présente un candidat communiste. Son adversaire, futur élu, utilise la famine de 1933 pour priver de voix son adversaire. Il se lancera, une fois élu dans une campagne mémorielle tous azimuts concernant la grande famine : demande d'une reconnaissance officielle de la famine par l'ONU (2003), vote d'une loi en Ukraine reconnaissant le caractère génocidaire de la famine et condamnant sa réfutation (2006) etc. La surenchère mémorielle provoque de fortes variations du chiffre global des victimes qui oscille de 2.2 millions à 12 millions ! Les historiens ainsi que les démographes arrivent à un accord sur 3 à 3.5 millions de victimes, ce qui est déjà extrêmement lourd.
Une meilleure connaissance des faits ne conduit pas pour autant à une pacification sur le front des analyses historiques. Si la surenchère est parfois de mise d'un côté, de l'autre, côté russe donc, la négation des actes criminels de Staline n'a pas disparu, négation qui provoque automatiquement celle du drame ukrainien, le réduisant à une sorte de dommage collatéral nécessaire à la réalisation de la modernisation de l'URSS.
Le travail des historiens continue :
Du fait de ces tensions, on va trouver différents courants historiographiques pour qualifier la Grande famine ukrainienne du début des années 30. Un premier courant replace le cas ukrainien dans une série de famines qui touche les régions de céréaliculture soviétiques (Kouban, Kazakhstan) s'étalant sur la période 31-33. Ce courant réfute le qualificatif de génocide sans pour autant nier les intentions et les actes criminels de Staline dans la politique de collectivisation forcée. Ils prennent en compte d'autres causalités qui concernent l'Ukraine et d'autres régions, écartant ainsi la spécificité du cas ukrainien.
Un autre courant valide le terme génocide voyant dans la famine de 1933 le résultat de la politique organisée par l'état central soviétique dans le but de briser la paysannerie et le sentiment national ukrainien.
Une synthèse s'opère peut être autour des travaux de Nicolas Werth, historien spécialiste de l'URSS, qui concède que la famine ukrainienne reste identique à celle des autres régions de production de blé soviétiques jusqu'à l'été 32. Pour lui il s'opère ensuite un tournant car "Staline décide d'utiliser l'arme de la faim, d'aggraver la faminbe qui commençait, de l'instrumentaliser, de l'amplifier intentionnellement pour punir les paysans ukrainiens"(7) . A ce moment, la répression policière s'ajoute à l'emploi de l'arme alimentaire, et s'abat à la fois sur les responsables locaux (remplacés par des hommes du parti non-ukrainiens) et les intellectuels, ce qui brise, de fait, le nationalisme local.
Notes :
(1) A. Wieviorka," L'ère du témoin", Hachette pluriel 2002.
(2) Kolkhozes : fermes collectives, sovkhozes : fermes d'Etat.
(3) Le koulak est du temps de la Russie tsariste un paysan aisé. Puis, du temps du communisme et de l'URSS, il devient celui qui s'était enrichi à l'époque de la NEP, au cours de laquelle la propriété privée fut temporairement réintroduite, bien que de façon limitée, dans les campagnes. Avec la collectivisation, tous les paysans qui s'opposent à Staline sont assimilés à des koulaks. D'ailleurs, les campagnes sont dékoulakisées.
(4) N. Werth : "La terreur et le désarroi", Tempus, Perrin, 2007 p 117.
(5) Ce terme est au coeur des tensions sur "le front de l'histoire" comme le rappelle N. Werth. Il est utilisé en Ukraine comme synonyme de génocide du peuple arménien et ne qualifie pas seulement la Grande famine.
(6) L'expression est utilisée par E. Aunoble, dans son article sur le site du CVUH. Se reporter à la bibliographie.
(7) N. Werth : "La terreur et le désarroi", Tempus, Perrin, 2007 p 133.
Bibliographie :
N. Werth, "La terreur et le desarroi", Tempus, Perrin, 2007.
N. Werth : articles publiés dans le magazine "L'histoire"
- "Déportations,Goulag, Famines .... L'URSS où le règne de la Terreur" , n°247, octobre 2001.
- "Famine : la malédiction? ", n°344, juillet 2009.
- "Y a-t-il eu génocide en Ukraine ?", n°350, février 2010.
E. Aunoble, "La famine en Ukraine : du tabou au totem.", site du Comité de Vigilance face aux Usages publics de l'Histoire (CVUH), octobre2008.
http://cvuh.free.fr/spip.php?article208.
A consulter également les articles de l'étude de cas sur
l'Ukraine et a Grande famine sur le site Online Encyclopedia of mass violence : http://www.massviolence.org/The-1932-1933-Great-Famine-in-Ukraine
Le jeu des hirondelles, une BD sur Beyrouth en guerre et bien plus encore
" Vous savez, je pense qu'on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici". Au moment, où elle prononce ces mots, on entend des déflagrations de mitraillettes.


Enfin, je n'ai pas résisté à la mise en illustration de la tirade la plus célèbre de Cyrano...

JC Diedrich
A consulter également, une Chronologie du Liban contemporain : La guerre civile (1975-1990) ainsi que notre article sur le film Valse avec Bachir d'Ari Folman, nous répondons à ces questions : Pourquoi voir Valse avec Bachir ? Quelle est la situation du Liban en 1982 ?Qui est Bachir ?Que font les Israéliens au Liban? Que s'est-il passé à Sabra et Chatila ?





28.09.10 17:40:10, 

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