Archives pour: Décembre 2010
Treme : NOLA après Katrina

Le dieu des séries existe. Vous l'avez peut être déjà rencontré en visionnant sa création sise à Baltimore, intitulée "The Wire". Cinq saisons, 60 épisodes pour disséquer avec la précision d'un chirurgien ou nouer, avec celle d'une dentellière, les complexes relations entre les flics, les gangs, les dockers, les journalistes et les politiciens de cette grande métropole de l'est des Etats-Unis. Et autant pour faire naître, sous les yeux d'un spectateur ébahi, le quotidien sans concession, organique, poisseux des habitants de Baltimore avec lequel on se familiarise, dans lequel on sombre parfois, tant il est dénué d'angélisme et de manichéisme.

Autant dire, que "Tremé" (s'écrit "Treme" ou "Tremé" et se prononce "twemay") , nouvelle série de David Simon, qui donna vie à "The Wire", était attendue avec une certaine impatience...Saison 1 visionnée, le plus difficile maintenant est de patienter jusqu'à la deuxième et d'aller brûler un cierge pour que toutes celles qui suivront soient de la même facture.




[Albert Lambreaux dirige avec d'autres indiens une cérémonie funéraire.]

- "Katrina 2005, l'ouragan, l'état, et les pauvres aux Etats-Unis", EHESS, 2010
- "L'Amérique pauvre" , editions Thierry Magnier, 2010
- et sa contribution à "La riche histoire des pauvres", Institut de recherche de la FSu, éditions Syllepses, 2007
- Un article de la revue Vertigo : http://vertigo.revues.org/2096
- Un des derniers numéros du "Dessous des cartes" datant du 12/12/2010 : "Risques natrels, tous inégaux"
- Le site de l'office du tourisme de la ville
- Le site de la ville.
- Les dossiers du Times Picayune sur le site Nola.com en tapant Katrina das la barre de recherche.
- Site officiel de la série sur HBO
- Wendell Pierce, acteur emblématique de The WIre et de Treme, parle de son quartier natal de Treme à La Nouvelle-Orléans qu'il nous fait visiter. A voir absolument !
- Site officiel de la série sur HBO
- et sur l'Histgeoblog, un article que j'avais consacré à la série "The Wire, les territoires urbains des Etats-Unis"

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
et pour finir quelques morceaux choisis, bonne écoute !
X-Mas Jam (Augmix #15)
Pour achever l'année, je vous propose quelques titres, anciens ou récents, qui ont bercé mes oreilles en 2010. Faute de temps, je ne vous les présente pas en détail comme d'habitude... Retrouvez tous les titres à écouter en fin d'article. Enjoy !
Laissons les faire leur entrée....
....Puis un détour par le Mali avec Amadou et Mariam....
L'un des plus fameux diss de l'histoire du Hip-Hop fut clos par ce titre de Boogie Down Productions "The Bridge Is Over". L'enjeu de la dispute : l'origine du rap. Bronx ou Brooklyn ? Marley Marl plié en quelques mesures par les représentants du Bronx, DJ Scott La Rock (décédé peu après) et KRS-One (samples de Sly & Robbie et Billy Joel):
Et l'un des meilleurs titres du "Teacher" : KRS-One : "MC's Act Like They Don't Know" (1995), avec DJ Premier aux manettes... (sample de "The Breaks" de Kurtis Blow
Vous connaissez sans doute la Danse Hongroise n°5 de Brahms....
....Peut être grâce au Dictateur de Chaplin...
... J'aime beaucoup cette utilisation par le rappeur anglais Professor Green :
L'un des meilleurs titres de Gangstarr "Who's Gonna Take th Weight". "Guru is the Mike and Premier is the anchor.." (samples de Maceo & the Macks, Kool and the Gang et LL Cool J):
Assassin, l'un des groupes emblématiques du rap français des années 1990 :
Une version un peu plus pêchue ici
Petite visite de Philadelphie avec l'un des premiers titres du groupe The Roots. "Hé, Black Thought et ?uestlove, vous me passez un peu de popcorn ?" :
Que faire quand on ne perce pas véritablement dans le rapgame et qu'on a du groove et une belle voix comme Aloe Blacc ? De la soul ! "If I share with you my story, will you share your dollar with me?" :
"T'aimer me tue..."
Soul toujours avec Ben L'oncle Soul :
Quand Raphaël se confie à Jeanne d'Arc :
Oxmo pour terminer :
Retrouvez également la sélection de novembre de Blot
Toute l'équipe de Samarra vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année !
Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans.
Depuis "Quelque part entre les ombres", la série Blacksad, dont le dernier et quatrième volume est sorti en septembre dernier, a su se constituer un public fidèle, pour ne pas dire fanatique.
Juan Dias Cazalès au scénario, Juanjo Guardino, au dessin et aux couleurs, forment un duo à la production incomparable. Des histoires aux allures de polars, un trait de crayon magnifique, une colorisation élégante, une ambiance finalement à nulle autre pareille (à la jonction entre la BD et le dessin animé, qui s'expique par le fait que Guardino a travaillé pour Disney), font de la parution de chaque nouveau tome un moment attendu avec fébrilité.
La patte de la série Blacksad réside également dans la nature de ses personnages qui sont, comme on le voit sur la planche ci-contre des animaux antropomorphes. Ils sont savamment choisis en fonction de leur rôle dans l'histoire, de leur tempérament; ce parti pris, allié à la finesse des intrigues de chaque volume, loin de désservir la narration, en la rendant moins crédible, fait mouche à tous les coups tant le choix est assumé et intelligent. (ci-contre une planche du tome 2 intitulé "Arctic nation" dans lequel les animaux polaires veulent dominer le monde).
Les 3 premiers tomes de la série nous emmènent donc dans le sillage de John Blacksad, grand matou, élégant greffier, noir et blanc, fin limier et détective privé de profession. Un privé très années 50 qui évoque les figures imposées du genre, de Boggart voire de Nicholson dans le "Chinatown" de Polanski. L'antropomorphisme constitue un vrai challenge et renouvelle le genre. Notre détective affublé de Weekly, goupil fouineur, qui l'accompagne à partir du tome 2 en travaillant pour le "What's News", conduit ses enquêtes qui se déroulent dans le paysage socio-politique des années 50 états-uniennes.
Petit rappel des excellents épisodes précédents...
![]()
"Quelque part entre les ombres" nous plonge dans le New York mafieux des années 50. John Blacksad doit résoudre le meurtre de la comédienne Natalia Wilford, qui fut également son grand amour. Son enquête l'amène sur la piste du puissant Ivo Statoc.

Une ambiance glaciale préside au déroulemet de l'intrigue du tome 2 des aventures du privé John Blacksad parti à la recherche de Dinah, une enfant de couleur. Toujours paré de son trench-coat mastic et de son costume-cravate impeccable, il doit affronter l'Arctic-Nation, parti extrêmiste défendant la supériorité des animaux à pelage immaculé. Ce deuxième volume de la série permet donc de revisiter les thèmes de l'Amérique blanche et de ses défenseurs regroupés notament dans le Klu Klux Klan.
Troisième tome de la série, où lon retrouve John Blacksad à Las Vegas. Notre matou aux moustaches lissées y retrouve un ami de jeunesse, devenu brillant scientifique, postulant d'ailleurs sérieux au Prix Nobel pour ses travaux sur le nucléaire, O. Lieber. Dans cette période marquée par le Maccarthysme et la chasse aux sorcières, la protection de John Blacksad est plus que jamais nécessaire pour sortir d'affaire son vieil ami.
John Blacksad, un privé à la Nouvelle Orléans : "L'enfer, le silence", tome 4.

Et nous voici enfin rendus à ce tome 4 qui se déroule dans une ville qui nous interesse beaucoup actuellement : la Nouvelle Orléans. Loin de Katrina et de ses flots dévastateurs (pourtant la couverture de l'album les évoquent superbement) , nous restons dans les 50's. Rien ne manque de l'imagier commun sur la ville. L'intrigue se déroule en plein carnaval de mardi gras, le jazz y est omniprésent, le gumbo se déguste à l'ombre des tonnelles, le vaudou est convoqué comme de bien entendu dans cette ville où se rencontrent aussi bien les cultures françaises que caribéennes.
John Blacksad est en mission. A l'article de la mort, Faust Lachapelle lui a demandé de remettre la main sur un des musiciens les plus talentueux de son label de musique jazz, Sebastian "Litlle Hand" Fletcher, pianiste et junkie, qu'il considère comme son fils. Epaulé par Weekly, notre félin se met en quête du musicien de clubs de jazz en bars à filles, alors que le carnaval bat son plein. Au fil de son enquête, un autre fils apparait, la femme de Fletcher accouche, ses amis musiciens se mettent à table et l'on comprend que Lachapelle ne s'appelle pas Faust pour rien.
On y rencontre des boucs maléfiques, un boxer déprimé, une guenon possédée, un canasson estropié. On regrettera peut être que la résolution de l'intrigue arrive de façon un peu abrupte et pas suffisament dévelopée, mais on ne boudera pas non plus son plaisir de se replonger au milieu de ce bestiaire haut en couleur.

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Treme, Nola après Katrina
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
E.S.T le groupe de jazz qui nous manque
En 2008, on apprenait la disparition dans un accident de plongée du leader du groupe E.S.T (Esbjörn Svesson Trio), Esbjörn Svesson. Le grand public commençait à connaître ce groupe de jazz un peu atypique.
http://www.telerama.fr/musiques/leucocyte,34133.php
JC Diedrich
Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret

[La Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina]
Ce mois-ci sur Samarra, nous vous invitons à mieux découvrir le passé et le présent de la ville de la Nouvelle-Orléans, notamment au travers de la musique, du cinéma et des livres. Au programme, des articles sur la série Treme, sur l'histoire de la musique à la Nouvelle-Orléans (du blues au rap en passant par le jazz), sur la ville dans la BD, le cinéma et la littérature.
La ville occupe en effet une place à part dans l'imaginaire américain. Considérée par certains comme une ville de débauche (la "nouvelle Sodome" y aurait pour quelques-uns reçu son juste châtiment en 2005...), elle est un des berceaux de la musique américaine, du blues au jazz. Elle a conservé un héritage architectural et culturel de la période coloniale française, ce qui en fait une ville unique dans le pays. L'histoire de la ville est marquée par la récurrence des catastrophes naturelles (ou non, pensons à la fuite de pétrole de 2010...), en particulier au XXème siècle et en ce début de XXIème siècle, Katrina ayant même entrainé la baisse de la population de la ville. C'est une ville majoritairement peuplée d'Afro-Américains, en particulier dans le quartier déshérité du Ninth Ward, l'un des plus touchés par Katrina. L'identité de la ville et sa mémoire est d'ailleurs au coeur des enjeux de la reconstruction. Cela rend essentiel la compréhension dans le temps long de ce qui s'est passé au début du mois de septembre 2005.
Pour entamer cette série, nous avons donc demandé à l'historien Romain Huret (EHESS et Lyon 2) de nous parler de ces travaux sur l'ouragan Katrina qui a ravagé la ville à la fin de l'été 2005. A la fin de cet entretien, nous vous proposons une playlist de quelques titres sur la ville et les catastrophes naturelles et des vidéos de films.
Dans Katrina, 2005-L'ouragan, l'Etat et les pauvres aux Etats-Unis (éditions EHESS-collection Cas de figure), Romain Huret replace l'évènement dans le temps long de la perception de la pauvreté, de la question raciale, du rôle de l'Etat et de la définition de son périmètre d'action lors des catstrophes.
Dans ce livre, au-delà des évènements qu'il retrace précisément dans une première partie, l'historien s'intéresse aux interprétations de la catastrophe par les différents groupes qui composent la société américaine, qu'ils se définissent par des critères ethniques, sociaux, politques ou religieux. Il écrit ainsi : "La construction conservatrice puise dans la tradition américaine pour proposer une interprétation rationnelle à l'évènement : la décadence morale et les effets pervers de l'Etat-providence, deux thèmes récurrents du discours conservateur, seraient à l'origine de l'ampleur de la catastrophe. (p. 72)". De l'autre côté, beaucoup d'Afro-Américains constatent la permanence d'un racisme culturel qui a amplifié les effets de la catastrophe.
Dans la lignée de ses travaux sur la pauvreté, sur la reconquête conservatrice par la base depuis les années 1960 et sur Richard Nixon, il analyse donc avec brio ce que révèle la catastrophe des fractures de la société américaine.
1. N’est-il pas difficile pour les historiens d’étudier un évènement aussi récent que Katrina ?
Bien sûr, c’est un exercice délicat pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la catastrophe a effacé beaucoup de traces matérielles et a provoqué une désorganisation des institutions. Dès lors, il fut difficile de savoir combien de personnes sont mortes dans le Superdome ou le Convention Center, combien de prisonniers se sont échappés, les registres pénitentiaires ayant disparu etc. Ensuite, l’administration du président George W. Bush a fortement protégé l’accès aux documents officiels et a refusé de transmettre des transcriptions des discussions entre les principaux dirigeants aux élus du Congrès. L’historien devra donc attendre quelques années encore ! Enfin, l’émotion née de l’évènement, et la violence de la réaction des contemporains, comme le rappeur Kanye West (photo ci-contre) déclarant que « George W. Bush n’aime pas les Noirs », oblige à une prise de recul critique plus forte qu’à l’accoutumée.
Il y a eu de brillants pamphlets contre Bush et son administration. Dans ce livre, je voulais sortir du registre de l’indignation et du scandale pour comprendre la rationalité bureaucratique à l’œuvre au cours de la longue semaine des évènements.
2. Qu’a révélé la gestion de la catastrophe sur la perception de la pauvreté et de la question raciale aux Etats-Unis ?
Pour les populations noires de la ville, la catastrophe a révélé qu’elles étaient bien peu de choses, des « réfugiés » -- et le terme fut utilisé sans cesse dans les médias et par les hommes politiques-- dans leur propre pays. Plus encore, il fut frappant de constater que les pauvres ne furent pas considérés comme des victimes d’une catastrophe, les conservateurs les accusant d’être responsables de leur sort. Le commentateur conservateur Bill O’Reilly y vit un exemplum pour les plus jeunes à montrer dans les salles de classe pour leur expliquer ce qu’il allait leur arriver s’ils ne travaillaient pas en classe ! Enfin, la catastrophe a démontré les conséquences du délitement de l’assistance sociale dans le pays. Les pauvres et les plus vulnérables sont restés faute de mieux. Le « peu » qu’ils possèdent dans le 9th Ward est « tout » ce qu’il possède. Pour partir, il faut avoir un réseau social et familial. Beaucoup vivaient de petits boulots, plus ou moins licites, et ne pouvaient pas quitter la ville sans prendre le risque de tout perdre.

[La crue de 1927 fait des ravages dans toute la Louisiane]
3. Que nous apprend la comparaison avec les précédentes catastrophes ayant frappé la Nouvelle-Orléans en 1927 et 1965 ?
En 1927 et 1965, les catastrophes ont suscité des réactions inédites de l’Etat. En 1927, le ministre du Commerce, Herbert Hoover, utilise la catastrophe pour promouvoir ce qu’il appelle un Etat associatif dont le rôle est de coordonner le travail entre les institutions locales et les associations. Pour Hoover, les catastrophes sont le moment idéal pour développer ce cadre associatif. Ce fut un succès : Hoover en tira profit l’année suivante en étant élu président des Etats-Unis. Quarante ans plus tard, le président démocrate Lyndon Johnson ira plus loin en cherchant à créer un statut législatif des victimes des catastrophes et à développer les aides dans le cadre de son programme de Grande Société (Great Society).
4. Comment comprendre les félicitations de Georges W. Bush au patron de la FEMA, l’agence chargée des situations d’urgence ? L’histoire de la FEMA ne symbolise-t-elle pas l’évolution du rôle de l’Etat depuis plusieurs décennies?
Vous avez raison. Cette agence a toujours un double visage : d’un côté, elle doit venir en aide aux victimes des catastrophes ; de l’autre, elle fut utilisée, notamment par les républicains, pour faire face aux risques politiques. Cette dernière option se développa dans les années 1980. L’agence devint très opaque, multipliant les opérations secrètes. Son chef, Louis Giuffrida, servit même de modèle au fameux « homme à la cigarette » de la série X-Files ! Au lendemain du 11 septembre 2001, l’agence fut intégrée au Department of Homeland Security et renoua avec cette tradition militaire. Sans surprise donc, au lendemain du passage de l’ouragan, elle dut attendre que la zone soit sous contrôle militaire pour aider les populations. Ce retard à l’allumage n’en fut pas un du point de vue des dirigeants. C’est en ce sens que la FEMA fit un sacré boulot (« Heck of a job »), selon la formule désormais célèbre de George W. Bush
5. Terminons par une question qui nous intéresse particulièrement sur Samarra : Comment ces catastrophes sont-elles abordées dans la musique, au cinéma, dans les séries, dans la littérature ?
La catastrophe a imprégné la production culturelle après 2005. N’oubliez pas que la ville est un berceau culturel du pays, et que l’ouragan entraina la disparition de nombreux contrats pour les musiciens et les artistes. La belle série Treme d’HBO raconte cela très bien. Des réalisateurs comme Spike Lee (When the Levees Broke) ont filmé le désarroi des populations noires et des pauvres. La rancœur contre les conservateurs, qui veulent se débarrasser de cette Sodome américaine, affleure dans les chansons. La plus emblématique est celle de Randy Newman, qui rechanta les larmes aux yeux, son célèbre "Louisiana, 1927", au cours d’un concert de soutien. Originaire de la ville, Harry Connick Jr se mobilisa également fortement pour aider les musiciens. Bob Dylan y fait une allusion
dans sa chanson "When the Levees Broke", écrite en 2007. Dylan adore cette ville, comme tous les musiciens. Il y signa avec Daniel Lanois (autre habitué de la ville) le magnifique Oh, Mercy en 1989. Plutôt que d’énumérer tous les témoignages très nombreux dans le rap et le hip-hop, je me contenterai d’une remarque et de deux coups de cœur personnels. Tout d’abord, les musiciens de la ville, en particulier les jeunes, ont redécouvert leurs racines à cause de la catastrophe. Les brass-bands, tradition ancestrale de la ville, qui jouent spontanément dans les rues et demandent le soutien du public, ont renoué avec leur propre héritage en comprenant à quel point ils se devaient de transmettre la mémoire musicale de la ville. Ensuite, je me permets deux coups de cœur personnels. Le magnifique film de Bertrand Tavernier, adapté du livre de James Lee Burke, Dans la brume électrique. Avec finesse, Tavernier transpose le récit dans la ville post-Katrina. L’ambiance lancinante et « électrique », où les morts flottent et renvoient aux horreurs du passé, offre une formidable retranscription des récits et des malheurs de la ville. Et puis Steve Forbert, l’un des folk-singers les plus brillants et sous-estimés aux Etats-Unis, qui a écrit comme toujours une chanson très subtile sur la catastrophe ("Song for Katrina"), dont l’optimisme doux-amer renvoie à « l’optimisme de la catastrophe » dont l’Amérique s’est fait une spécialité. Bref, comme tous les évènements inattendus et incompréhensibles, Katrina est une veine inépuisable pour les artistes.
Propos recueillis par Aug. Un grand merci à Romain Huret
Retrouvez sur l'histgeobox, deux titres qui nous permettent de faire le récit des inondations de 1927 et de l'ouragan Katrina :
- l'histgeobox: 137. Randy Newman:"Louisiana 1927" (1974)
- l'histgeobox: 147. Emmanuel Jal : "Ninth Ward" (2008)
Voici une playlist de quelques titres qui évoquent la Nouvelle-Orléans, les ouragans et inondations qui ont frappé la ville (1927, 1965 et 2005) :
Un extrait du film de Spike Lee dans lequel il mêle des images de la Nouvelle-Orléans à différentes époques, avant et après Katrina :
La bande-annonce du documentaire Trouble The Water, réalisé à partir d'images fimées par des habitants du Ninth Ward :
La bande-annonce du film de Bertrand Tavernier Dans la brume électrique :

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Treme, Nola après Katrina
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)





26.12.10 10:41:37, 
Musique et cultures dans le Monde - magazine, actualités, artistes, mp3, agenda, forum || Le Grand Mix de la Planète
Commentaires récents