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Catégories: Livres, Atlas

1960-2010: ressources sur les indépendances africaines (web, radio, magazines...).

par blot Email

Alors que dix-sept pays du continent fêtent en 2010 les 50 ans de leur indépendance, les ressources intéressantes fleurissent sur la toile. Petit tour d'horizon:

 

 

A tout seigneur tout honneur...

... sur Samarra nous consacrons une série d'articles au processus de décolonisation et à l'accession des Etats d'Afrique subsaharienne aux indépendances avec la musique comme fil directeur.

- Les décolonisations africaines en musique. Premier volet (1957-1960).

- Les décolonisations africaines en musique. Deuxième volet (1960-1990).

- L’Afrique du sud : ultime décolonisation africaine.

A suivre dans les prochaines semaines avec d'autres volets (sur les "pères des nations africaines", "le panafricanisme et ses aléas", "les espoirs déçus du Tiers Monde")...

Tous les articles consacrés à l'Afrique sur Samarra et l'Histgeobox sont répertoriés par Etienne Augris dans un dossier plutôt copieux.

 

 

1. Des magazines:

 

* le numéro 39 de Mondomix consacre un dossier spécial aux indépendances. Les responsables de la revue ont eu la gentillesse de nous solliciter pour rédiger une courte présentation du processus de décolonisation qui conduit aux indépendances. Le numéro est téléchargeable ici ou consultable en lecture seule.



* Le magazine jeune Afrique revient tout au long de l'année sur cette "marche vers les indépendances".

* "La fin des colonies. Afrique 1960", à la une du magazine l'Histoire n°350, février 2010.

 

2. Sur le Web:

* Jeune Afrique a choisi de revenir sur les enjeux et les symboles culturels:

- "il était une fois les indépendances ... de 1960".

* France 24: "ils sont devenus indépendants en 1960".

* Le panafricanisme:

- "que reste-t-il des Etats-Unis d'Afrique?" (France 24).

- "Le rêve brisé de l'unité africaine" (RFI).


* Le site TV5 Monde consacre un dossier très complet sur les indépendances africaine: “Afrique 1960, un continent en marche vers son indépendance“.

* Rue 89: "l'Afrique a rendez-vous avec l'histoire."

* Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: "Un pays, une musique, un hymne" et de RFI: "L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains". Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée "Horoya"; Sénégal: "Pincez tous vos koras, frappez vos balafons"; Cameroun: "le chant du ralliement".

 

 

3. Des photos:

- Un Diaporama sur le site de RFI propose un retour en photos sur les temps forts de la décolonisation. Un autre  réalisé par trois photographes français en 1963 propose une série de très belles photos au sein des jeunes Etats d'Afrique de l'ouest.

 

 

4. Des émissions de radio:

 Les radios francophones publiques (la première chaîne de Radio-Canada, la Première de la Radio Télévision Belge Francophone, Espace 2 pour la Radio Suisse Romande et France Culture pour Radio France) se sont associées afin de réaliser une série documentaire sur les indépendances africaines. Ces 8 émissions ont pour objectif de comparer différents types de décolonisation et d'accès à l'indépendance. Ainsi, elles s'intéressent à trois anciennes colonies françaises (la Guinée Conakry, le Mali), une belge (le Congo), deux britanniques (la Zambie et le Kenya) et deux portugaises (la Guinée Bissau et l'Angola). Elles sont toujours disponibles en écoute sur le site de la RTBF.

Sur RFI: 

- "Archives d'Afrique" présentée par Alain Foka s'intéresse à "l'histoire contemporaine de l'Afrique à travers ses grands hommes (les dernières furent consacrées à Ahmadou Ahidjo et David Dacko).

- "L'atelier de l'histoire, mémoire d'un continent" présentée par l'historien Elikia M'Bokolo.

Sur france Inter: l'émission "l'Afrique enchantée" dont nous vous parlions récemment

 

 5. Des videos:

- Arte consacre un dossier très complet aux indépendances à travers un web-documentaire interactif.

 

Quelques ouvrages pour approfondir:

  • Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • Marc Michel: "Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accomodements en Afrique noire, 1830-1930", Perrin, 2009.
  • H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996 (très clair).
  • Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation au XXème siècle", Seuil, 2006 (l'ouvrage de référence sur le sujet).
  • Bernard Droz: "la fin des colonies françaises", Gallimard, "découvertes", 2009.
  • Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
  • "Afrique, une histoire sonore". Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny, Frémeaux, 2002.
  • J.P. Gourévitch: "la France en Afrique. Cinq siècles de présence: vérités et mensonges", Acropole, 2008.

 

N'hésitez pas à nous signaler des ressources intéressantes (toile, magazines, radio...) sur ce thème.

Samarra au Royaume-Uni et en Irlande

par Aug Email

La Guerre d'Algérie en BD (4) Là-Bas

par Aug Email

 

Poursuivons notre exploration des bande-dessinées qui ont pour toile de fond la guerre d'Algérie.

Je vous propose de découvrir Là-Bas de Tronchet et Sibran publié chez Dupuis en 2003.

 

Lire la suite

 

 

 

 

 

Nos précédents épisodes :

 

 

Comprendre les mafias

par Aug Email

Les groupes mafieux jouent un rôle économique important à l'heure de la mondialisation. Certains flux illégaux, comme le trafic de drogue, sont en grande partie contrôlés par la Mafia. Pour mieux comprendre ce que recouvre ce terme, souvent utilisé de manière abusive, voici quelques précisions et des conseils de lecture, de films ou de musique sur ce titre. Au départ, l'activité mafieuse est basée sur une offre de protection contre rémunération, c'est le racket de protection imposé aux entrepreneurs et commerçants. Cette rémunération est appelée pizzo en Sicile. Le patronat italien a établi en 2007 une cartographie permettant de mesurer l'étendue géographique des activités des différentes mafias en Italie. Outre Cosa Nostra, pionnière en la matière, l'Italie abrite en effet trois autres groupes mafieux : la 'Ndrangetha calabraise, la Camorra napolitaine et la Sacra Corona Unita qui sévit dans les Pouilles. En dehors de ces quatres groupes, cinq autres organisations criminelles peuvent être qualifiées de mafia dans le monde. Il s'agit de la Cosa Nostra américaine, prolongation de la sicilienne, de la mafia albanaise (Albanie, Kososvo, Macédoine), de la maffya turque, des Triades chinoises et des Yakuzas du Japon. Ces groupes forment ainsi une sorte de "G9" évidemment non structuré même si des liens existent entre ses groupes.
 
Quelles sont les caractéristiques de ces mafias ?
  1. Le contrôle d'un territoire, que ce territoire soit un secteur économique ou un espace géographique. 70 % des Napolitains ont ainsi affirmé dans un sondage que la Camorra contrôlait la ville... Ce contrôle ne permet aucune contestation, même de la part de l'Etat.
  2. Une capacité d'ordre et de domination : "Une mafia représente un ordre juridique alternatif, parallèle et concurrent de celui de l'Etat"
  3. La hiérarchie et l'obéissance : "L'individu disparaît derrière l'organisation"
  4. L'ethnie et la "Famille" : chaque mafieux appartient à cette nouvelle "famille" que constitue la mafia et ses liens sont plus forts que les liens du sang. Le recrutement des mafias se fait dans un même groupe ethnique, gage de sécurité et de confiance.
  5. La poly-criminalité : Les mafias ne sont pas spécialisées dans une activité criminelle mais s'investissent dans les activités criminelles de leur époque. Racket d'activités légales; trafic de drogues, de cigarettes, d'êtres humains, d'organes, d'armes; usure; jeu; contrefaçon; industrie du sexe (prostitution, proxénétisme, pornographie).
  6. Les mythes et les légendes : Les mafias s'inventent un récit fondateur, "un passé glorieux de patriotisme, de résistance à l'oppression et de pratiques chevaleresques" pour se légitimer.
  7. L'ancienneté et la pérennité : Il s'agit de sa capacité à survivre quelles que soient les conditions économiques et les pouvoirs en place (démocratie, régime autoritaire, fascisme,...).
  8. Le secret et l'initiation : Silence, codes entre mafieux, rites initiatiques empreints de religiosité font parite de l'univers mafieux.

En dehors de ce G9, de nombreux groupes criminels organisés ont des points communs avec ces mafias sans pour autant en avoir toutes les caractéristiques (maras d'Amérique centrale, groupes criminels russes, colombiens, balkaniques, nigérians, albanais...).

 

Des livres :

  • Toutes ces informations et les citations viennent de l'excellent ouvrage du commissaire Jean-François Gayraud, aujourd'hui disponible en poche : Le monde des mafias, Géopolitique du crime organisé, paru chez Odile Jacob en 2008.
  • Pour comprendre l'origine de ces entités criminelles, il faut lire le livre de John Dickie, Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, paru en poche dans la collection Tempus chez Perrin en 2007.
  • Un Atlas des mafias est paru fin 2009 chez Autrement. Ecrit par le géographe Fabrizio Maccaglia et l'historienne de l'Italie Marie-Anne Matard-Bonucci. Grand amateur des atlas Autrement, j'attendais avec impatience cet ouvrage. Pourtant, je dois avouer que je suis un peu déçu. Le livre parle plus de la criminalité transnationale organisée et de la face sombre et illégale de la mondialisation que des mafias elles-même. Les cartes en particulier me semblent décevantes dans leur forme comme par les thèmes qu'elles traitent. On ne perçoit pas vraiment la dimension locale de contrôle d'un territoire.
 
 
 Des BD :

 

Deux chansons sur l'histgeobox pour approfondir l'histoire de la mafia en Sicile et aux Etats-Unis :

  • Pour avoir un aperçu rapide mais pertinent de l'histoire de Cosa Nostra, écoutez "La Cosca" d'Akhenaton. Je vous en parle en détail sur l'histgeobox où vous pourrez l'écouter.
  • 98. Prince Buster : "Al Capone" Sur les traces du parrain de Chicago dans les années de la prohibition...

 

Des films :

  • Ne ratez pas le film Gomorra de Matteo Garrone. C'est une plongée passionnante dans la cité des Vele à Scampia dans la banlieue déshéritée de Naples, rongée par la drogue et la Camorra. Le film suit quelques uns des personnages du livre du même nom , écrit par Roberto Saviano. Saviano, originaire de Scampia, a écrit un livre magistral qui permet de comprendre les logiques économiques au coeur du fonctionnement de la Camorra. Il vit aujourd'hui sous protection policière. Voyez cet entretien qu'il a accordé à l'émission Métropolis sur Arte :
 

 

 

Une première version de cet article avait été publiée en 2008.

La petite bibliothèque du rappeur

par Aug Email

 
Vous aimez le rap (ou pas d'ailleurs...) et vous voulez comprendre son histoire, ses origines, ses codes, son évolution, sa géographie. Voici ce que vous pourriez trouver sur les rayons de la bibliothèque du parfait b-boy ou de la parfaite fly-girl (l'autre nom pour les fans de rap) :
 
  • Il faut commencer par l'ouvrage indispensable de l'américain Jeff Chang, Can't Stop, Won't Stop, Une histoire de la génération Hip-Hop, paru en français chez Allia en 2007. C'est un livre indispensable pour comprendre l'émergence du rap dans son contexte géographique, politique et social. J'ai personnellement adoré ce livre. Il est disponible intégralement sur Google books.

 

  • Côté français, l'auteur incontournable est le journaliste Olivier Cachin. Que ce soit à la télé (Rapline) ou dans la presse spécialisée (L'Affiche), il écrit sur le rap depuis plus de vingt ans. Pour commencer, vous pouvez dévorer son Découvertes Gallimard : L'offensive Rap, paru en 1996, réédité en 2001. Je vous recommande également son Dictionnaire du Rap paru chez Scali en 2007. C'est une mine de renseignements sur le rap US et français. C'est un outil indispensable pour qui s'intéresse à l'histoire du rap. On y voyage au fil des notices entre hier et aujourd'hui. Un petit reproche cependant, rien sur DJ Kool Herc... Signalons enfin son livre sur Les 100 albums essentiels du rap paru chez Scali en 2006.

 

  • Manuel Boucher, sociologue, a publié en 2002 chez L'Harmattan Rap, expression des lascars. Le livre étudie les significations et les enjeux du Rap dans la société française mais comporte une première partie qui étudie en détail les origines musicales du rap.

 

  • Jean-Claude Perrier, critique littéraire et musical, a publié en 2000 aux éditions de la Table Ronde une Anthologie intitulée Le rap français. Vous y trouverez les textes des chansons les plus fameuses des années 1990. Une édition actualisée Le rap français. Dix ans après est sortie en janvier 2010. Il y a en effet quelque chose de frustrant dans l'absence des paroles dans la plupart des pochettes de disques de rap. Les rappeurs ne seraient-ils pas toujours fiers de leurs textes ?

 

  • Les journalistes Thomas Blondeau et Fred Hanak ont publié en 2007 des entretiens avec des rappeurs américains. Ils sont regroupés avec une présentation très intéressante et tdans un style très percutant dans Combat Rap. 25 ans de Hip-Hop, chez Castor astral. Signalons que Thomas Blondeau ont également sorti en septembre 2008 chez le même éditeur et dans la même veine Combat Rap, 20 ans de Rap français.

 

  • Travailler sur les origines du Hip-Hop est extrêmement difficile. Les sources écrites sont plutôt rares (quelques flyers...). Les sources orales sont nombreuses mais parfois contradictoires. Le musicien et producteur Bruno Blum, excellent connaisseur des musiques jamaïcaine, a sorti en 2009 un très instructif Le Rap est né en Jamaïque chez le très bon éditeur Castor music. A la lecture de son ouvrage qui défend la thèse que les Jamaïcains, notamment King Stitt, U Roy ou Dillinger avaient déjà tout inventé à l'aube des années 1970, on est tenté de le croire et de crier à l'injustice. Pourtant, il semble que Blum connaisse bien mieux les musiques jamaïcaines que le Hip-Hop. Du coup, il sous-estime à mon avis les autre sources musicales du rap en voulant réhabiliter (à juste titre) l'apport de la Jamaïque au Hip-Hop. Autrement dit, le mouvement de balancier va peut être un peu trop loin.... On peut mettre en évidence la voie ouverte par les deejays jamaïcains (paradoxalement l'équivalent des MC en Jamaïque) et souligner l'origine jamaïcaine des pionniers comme DJ Kool Herc sans pour autant enlever sa spécificité au rap tel qu'il émerge dans le bronx des années 1970.

 

  • Un livre sur le rap est paru en 2009 dans la très saine collection Idées reçues du Cavalier Bleu. Son auteur, Anthony Pecqueux, ethnologue, revient sur les idées reçues concernant les origines du rap, son langage et sa musicalité, ses rapports à la morale et à la politique. ça se lit très bien.

 

  • Pierre Evil s'intéresse au Gangsta-Rap et nous livre avec Gangsta-Rap, paru chez Flammarion en 2005, un livre essentiel sur l'émergence du style West Coast. En retraçant l'histoire de la ville de Los Angeles, de ses mythes, de sa musique, il nous conduit jusqu'aux années 1980 et à la naissance du G-Funk à Compton autour des NWA. Il construit son ouvrage en chapitres centrés autour des personnalités à l'origine du G-Rap (Ice-T, Eazy-E, Ice-Cube, Dr Dre, 2Pac Shakur, Snoop Dogg), ce qui est parfois un peu perturbant car on envisage plus difficilement la dimension collective et l'évolution. C'est un détail mais Pierre Evil use et abuse du mot "séminal", très souvent utilisé en anglais, mais qui n'a pas tout à fait, à mon avis, le même usage en français. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage séduit par son érudition et sa pertinence. 

 

  • Un livre passionnant et dans un anglais tout à fait abordable a été publié en 2009 sur la poétique du Hip-Hop. Avec Book of Rhymes. The poetics of Hip-hop , Adam Bradley convainc ceux qui ne le sont pas encore que la poésie est au coeur de la démarche du rap. En fin connaisseur des paroles du rap américain, Adam Bradley analyse tour à tour le rythme, la rime, les jeux de mots, le style, les histoires et la compétition verbale.

 

  • Pas facile de comprendre l'anglais utilisé dans certains raps.... Pour vous aider dans cette tâche ardue, je vous recommande un ouvrage formidable de Jean-Paul Levet : Talkin That Talk. Le langage du blues et du Jazz, Kargo, 2003. Il est d'abord centré sur le jazz et le blues, mais n'hésite pas à s'aventurer également dans le rap. Il s'agit d'un dictionnaire qui définit les mots et donne à chaque fois un ou plusieurs exemples de titres ou de paroles de chansons.Si vraiment vous ne trouvez pas, vous pouvez consultez Slang (dictionnaire bilingue de l'argot d'aujourd'hui) édité par Pocket ou alors explorer le site de l'Urban Dictionnary, une véritable mine collaborative.

 

  • Le  magazine Rap Mag consacre chaque année plusieurs hors-séries aux grandes villes américaines et à leur scène rap. Bien qu'inégaux, ces numéros offrent toujours une plongée intéressante sur les origines et l'évolution du rap dans ces métropoles. Parmi les numéros déjà publiés, signalons New York, Los Angeles, Atlanta, Chicago, Détroit, Philadelphie, Miami et  Las Vegas.

 

  • Un numéro passionnant d'Art Press était consacré en 2000 aux Territoires du Hip-Hop. Vous y trouverez des articles sur le rap aux Etats-Unis, en France et ailleurs (Sénégal notamment). Voici la liste des thèmes abordés par les articles : Technologie et savoir-faire humain - Du flow au cash-flow - le Bomb-Squad - la foi du graffiti - Hip-hop et danse contemporaine - Cinéma et hip-hop - Dakar, du griot au rappeur - Géopolitique rapologique - Quinze bonnes raisons de croire en l'avenir du hip-hop.

 

Anthologies :

 

 

  • Une anthologie des premiers enregistrements de rap sur disque avec un petit livret très intéressant qui reproduit de nombreux flyers des parties organisées dans le Bronx et à Harlem au début des années 1980 (un exemple ci-dessous). L'anthologie ne propose pas les morceaux les plus connus mais donne un aperçu intéressant de ce tournant qu'a connu le rap à la charnière des années 1970-1980. On y retrouve notamment Spoony Gee, Xanadu, Cold Crush Brothers, T Ski Valley, Brother D. Big Apple Rappin'. The Early Days Of Hip-hop Culture In Nyc 1979-1982.(Soul Jazz Records). Big Apple ("la grosse pomme") est le surnom de New York.

  • En 2009, le fameux label Def Jam a sorti une compilation pour ses 25 ans avec quelques uns de ses interprètes les plus connus des années 1980, 1990 et 2000 : T La Rock, LL Cool J, Public Enemy, DMX, Jay Z, Ludacris, Rick Ross, Method Man, Redman, Kanye West.

 

Au rayon BD :

  • Si vous êtes plutôt West Coast et Gangsta Rap, vous adorerez la BD Mutafukaz de Run dont les deux premiers volumes sont parus chez Ankama (image ci-contre : un membre d'un gang de L.A., les Bloods, dont la couleur est le rouge, interpelle les deux héros (ou plutôt anti-héros...) Angelino et Vinz. Le tome 0 et le tome 3 sont annoncés pour la rentrée...

 

  • Autre BD imprégnée de l'univers rap, en particulier du Gangsta, The Boondocks d'Aaron Mc Gruder. Il s'agit au départ d'un comic strip paru dans les quotidiens à partir de 1998 et qui est devenu un dessin animé. Les dessins de Mc Gruder sont tout ce qu'il y a de plus politique, dans le sens "incorrect" du terme, n'épargnant personne, noirs et blancs. C'est l'histoire de deux gamins noirs qui passe d'un ghetto du Southside de Chicago à un quartier résidentiel blanc. Ils incarnent deux personnages caricaturaux de la communauté noire. Huey est le révolutionnaire noir alors que Riley est le futur gangster. Parmi leurs nombreux sujets de conversation, le rap.

  • Une Bd originale et autobiographique retrace la vie de MF Grimm., ça s'appelle Sentences et nous raconte l'histoire cahotique de Percy Carey aka MF Grimm. Une BD passionante.
  • Je vous ai parlé dans le prélude de la petite histoire du rap du délabrement du South Bronx dans les années 1970. Si vous voulez comprendre comment ce quartier en est arrivé là, je vous recommande la lecture de la BD de Will Eisner Dropsie Avenue (paru en 1994, réédité récemment chez Delcourt). Le dessinateur américain (1913-2005) y raconte la vie et la mort d'un quartier du South Bronx autour d'une avenue imaginaire (je ne crois pas qu'il existe d'avenue portant ce nom à New York). L'histoire démarre à la fin du XIXème siècle, alors que le Bronx n'est encore qu'une vaste prairie où vivent quelques Hollandais. Elle est centrée sur la question de l'immobilier et des relations entre les différents groupes ethniques, religieux ou raciaux. (Lire la suite...)

 

Des films :

  • Beat Street. Une fiction musicale pour voir d'admirables battles de breakdancers au Roxy. Un film réalisé en 1984 par Stan Lathan sur des musiques produites par Harry Belafonte et Arthur Baker (producteur du "Planet Rock" d'Afrika Bambaataa.

  • West Coast Theory, un documentaire pour  comprendre les raisons du succès de la Côte Ouest. Réalisé par les Français Maxime Giffard et Felix Tissier en 2009. Edité par Agnès B. DVD et Potemkine.


Retrouvez l'ensemble des articles de Samarra sur le rap dans le dossier sur l'histoire et la géographie du rap.

 

La Guerre d'Algérie en BD (3) Entretien avec J. Howell

par Aug Email

Jennifer Howell (Université de l'Iowa) prépare actuellement une thèse de doctorat sur la représentation de la Guerre d'Algérie dans la Bande dessinée. Passionnée par la question de l'image et des représentations, notamment dans le contexte colonial, elle nous livre quelques clés pour comprendre comment la BD aborde la période 1954-1962 en Algérie et en France. De nombreux bédéistes ont travaillé sur la Guerre d'Algérie et publié des BD ayant cette période comme toile de fond ou comme thème principal. Citons parmi elles Carnets d'Orient, Azrayen', Tahya El-Djazaïr, Moustache et les Belgacem, Pierrot de Bab el Oued, De l'Algérie, Petit Polio, Retour au bercail, Le combat ordinaire, Là-bas, Babel 2, Jambon-Beur. Toutes ces BD sont évoquées dans les réponses que Jennifer Howell a bien voulu donner aux questions préparées par les élèves de Première L2 du lycée Claude Gellée d'Epinal avec l'aide de leur professeur E. Augris. Retrouvez ces réponses sur le Blog Maghreb-France , une histoire commune :

 

Un grand merci à Jennifer Howell !

"Tintin au Congo" ou la mission civilisatrice de la colonisation.

par blot Email

Hergé dessine et écrit "Tintin au Congo" en 1930 et 1931. Il s'agit du second album des aventures du reporter. L'idée en revient à l'abbé Norbert Wallez, directeur du quotidien Le vingtième siècle où Hergé (alias Georges Remi) est embauché en 1925. Après avoir plongé Tintin en Bolchévie ("Tintin au pays des Soviets"), Wallez convainc le dessinateur de s'intéresser au Congo, l'unique, mais gigantesque colonie belge, un territoire 80 fois plus grand que celui de la petite métropole!

http://www.astrosurf.com/luxorion/Sciences/tintin-au-congo.jpg

Couverture de l'album (version 1946).

 

La colonisation du Congo fut tout à fait particulière, une des plus sauvages et des plus singulières du continent. A partir du dernier tiers du XIX° siècle, le roi des Belges Léopold II songe à se tailler un territoire au centre de l'Afrique équatoriale. En jouant des rivalités entre les grandes puissances (Royaume Uni, Allemagne, France), il parvient à ses fins à l'issue de la conférence de Berlin, en 1885. Le bassin du Congo lui est attribué à titre personnel. Seul contrainte pour Léopold II, maintenir la liberté de navigation et de commerce dans le bassin du Congo, pour les autres puissances européennes. Les compagnies étrangères ne peuvent obtenir de concessions qu'en passant des accords avec Léopold II.

 

Ce dernier entend bien exploiter au mieux les richesses de son nouveau bien, notamment l'ivoire, puis le caoutchouc. Les faibles densités du Congo posent très vite le problème du recrutement de la main d'oeuvre. Le monarque résoud la difficulté en ayant recours au recrutement contraint des populations, astreintes au travail forcé. Le souverain passe alors en Europe pour un roi philanthrope. Dans les faits, il utilise les procédés les plus cruels pour exploiter au mieux le Congo. Les populations locales sont obligées de fournir par tous les moyens le caoutchouc aux milices de Léopold. Les récalcitrants, ou ceux qui ne rapportent pas les quantités fixées par avance, subissent les pires violences: incendies des villages, mutilations, assassinats, quand leurs familles ne sont pas prises en otages!

 

Cette exploitation forcenée de la colonie est enfin dénoncée par des enquêtes courageuses menées par des Britanniques. Devant le tollé que provoque la révélation des violences perpétrées en son nom au Congo (il n'y a jamais mis les pieds), Léopold II lâche sa juteuse priopriété, dont il parvient encore à tirer profit puisqu'il la vend à la Belgique, en 1908.

 

Voilà pour le cadre territorial et historique dans lequel se déroule Tintin au Congo. Le dessinateur, lui non plus, ne se rend pas directement au Congo. Pour réaliser son travail, il utilise deux sources principales: la fréquentation assidue du Musée colonial de Tervueren, en Belgique, ainsi que Les silences du colonel Bramble d'André Maurois (1918). Ses choix sont aussi représentatifs de la représentation que se font alors de nombreux Européens de leurs colonies et des populations colonisées.

Couverture de Tintin au Congo dans l'édition des presses du Vingtième siècle.

 

Hergé déclarera ainsi à propos de l'album : « Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !", etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. » Certes, il convient d'éviter l'anachronisme et il ne s'agit pas d'exercer une justice rétrospective. Nombre de tenants de la colonisation étaient pétris de bonnes intentions. Par exemple, un personnage tel que Jules Ferry était réellement dans l'ambivalence: à la fois impérialiste et défenseur des droits de l'homme. Mais Hergé dessine son "tintin" en 1931, bien plus tard donc. Ce qui nous montre en tout cas le cheminement des esprits sur la question de la colonisation.

 

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Le jeune Hergé au travail.

 

Cette œuvre est révélatrice de la perception qu'ont de nombreux Européens des Africains. Sous le crayon du dessinateur, les Noirs apparaissent tour à tour paresseux, puérils, gentils, stupides et parlent "petit nègre". L'album est rempli de stéréotypes typiques de la vision qu'avaient de l'Afrique les Européens à cette époque. Ce qui passe sans problème dans un pays acquis à l'idée colonialiste. Cela n'est pas perçu comme du racisme, mais du paternalisme. En effet, les conquêtes coloniales européennes se déroulent dans la bonne conscience. Comment l'expliquer? L'universalisme des Lumières ou des missionnaires méthodistes britanniques est contrecarré dans la deuxième moitié du XIX° siècle par les théories "scientifiques" sur la classification des populations et l'inégalité des races. Considérer les populations indigènes comme arriérées ou primitives permet de justifier la mission "civilisatrice". Si les Africains ou les Asiatiques sont de grands enfants, alors il est du devoir des Européens de les éduquer, les placer sur la voie de la civilisation. Or, on le constate en parcourant "Tintin au Congo", ce discours paternaliste reste de mise au moins jusqu'à la seconde guerre mondiale.

 

Pourtant, à la même époque, les voyages au Congo (français en l'occurence) dessillent les yeux de nombreux Européens. André Gide avec son Voyage au Congo (1927),

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Albert Londres dans Terre d'ébène (1928) dénoncent les abus du système. Ils sont ainsi effrayés par les conditions de travail et d'existence sur les chantiers du Congo Océan, la ligne de chemin de fer construite au Congo français permettant de désenclaver le territoire en permettant l'exportation de ses ressources. Dans l'hebdomadaire Voilà, en 1932, un compatriote d'Hergé, Georges Simenon, dénonce violemment les méthodes coloniales de son pays dans "l'heure nègre".

 

Il faut dire qu'Hergé est à la fois catholique, nationaliste et conservateur. Fidèle à son mentor, il affirme qu'il doit tout à l'abbé Wallez, un personnage tonitruant, à la fois anticommuniste, antisémite et admirateur de Mussolini. Hergé concédera qu'il était "fascistisant". Bref, sans être un fasciste lui-même, le jeune Hergé gravite autour des milieux d'extrême droite nationaliste. Lorsque sort Tintin au Congo, en 1931, le système colonial paraît à son apogée. La même année, en France, l'exposition coloniale remporte un succès colossal. Les métropoles ont notamment pu mesurer l'apport appréciable des troupes coloniales au cours de la grande guerre. D'autre part, l'intense propagande coloniale commence à porter ses fruits.

 

 Le regard européen sur le monde dominé n’évolue que lentement. Les opinions publiques restent majoritairement colonialistes jusqu'à la seconde guerre mondiale (propagande, expositions coloniales). Ce qui ne veut pas dire pour autant que la curiosité n'ait pas sa place dans cet intérêt pour les colonies comme le prouve le regard des intellectuels et des artistes qui s’y intéressent : Matisse, Picasso se passionnnent pour la statuaire africaine, Malraux, parmi d'autres, revient ébloui de son voyage en Indochine.

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, sans se renier, le dessinateur corrige ses albums et rectifie parfois le tir. Ainsi, il dénationalise son héros dans ses aventures au Congo. De moins en moins Belge, le jeune reporter est de plus en plus Européen.

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Le cours d'histoire sur la Belgique de la version originale (1931) se transforme en un cours d'arithmétique dans la version de 1946.

 

On doit en grande partie ces évolutions à Casterman, l'éditeur de "Tintin", qui met en place une censure par crainte de susciter des remous. Anticipant le principe de précaution, pendant toute une période, l'éditeur ne réimprime pas "Tintin au Congo" par crainte des tiers-mondistes européens. De fait, au cours des années soixante, l'album décrié est relativement oublié.

 

Après avoir présenté le cadre général de l'élaboration et de la réception de l'album, tentons de nous pencher sur l'oeuvre en elle-même. La bande dessinée permet d'identifier les missions civilisatrices que prétendent y accomplir les métropoles. Il s'agit aussi d'un témoignage du regard que de nombreux Européens portent sur les populations indigènes.

 

  • Eduquer.

Le 28 juillet 1885, dans son fameux discours devant les députés, Jules Ferry évoque la “mission civilisatrice” de l'Europe. « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un devoir pour elle. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. » Il convient donc d'"éclairer" ces populations. Cette éducation passe par l'apprentissage de la langue, mais aussi de l'histoire, mais pas n'importe laquelle, celle de la métropole. Ainsi, en Belgique comme en France, l'objectif des autorités reste l'assimilation des populations colonisées. Dans cette optique, elles ne doivent donc rien ignorer du passé de leurs métropoles respectives. En Afrique occidentale française, les enfants s'intéressent à leurs "ancêtres les Gaulois". Tintin, quant à lui, s'adresse à ses élèves, non sans condescendance ( "mes chers amis") comme suit: "(...) je vais vous parler de votre patrie: la Belgique". Son cours s'interrompt très vite, puisqu'un léopard pénètre dans la salle de classe. On notera au passage que, loin de déserter, le bon Tintin est prêt au sacrifice. Il est responsable de ses élèves qu'il doit défendre coûte que coûte, quitte à y laisser la vie. C'est aussi une manière pour le dessinateur de souligner l'abnégation des colons qui donnent le meilleur d'eux-même pour les colonies, à l'image de la mère-patrie, toujours prodigue à l'égard de son empire ou de ses colonies.


 

A l'époque, l’enseignement élémentaire est parfois dispensé dans les langues indigènes, mais l’enseignement secondaire et supérieur l’est toujours dans la langue du colonisateur. Il y a une volonté d’acculturation des populations, et surtout des élites (celles-ci retourneront d'ailleurs souvent les valeurs de la métropole contre elle). La difficile maîtrise du français et les fautes de syntaxe abondent dans la bouche des Congolais dans la bande dessinée. Ils s'expriment en "petit nègre", un sujet de moquerie classique dont Hergé ne se prive pas. Par contraste, le chien, doté de la parole (ce qui est en soi surprenant) s'exprime beaucoup mieux que les Hommes.

 

L'extrait ci-dessous d'un manuel scolaire des frères de Saint-Gabriel, au Congo belge, en 1937 vaut sans doute toutes les explications. Il est important de savoir que cet ouvrage était rédigé en lingala, la langue vernaculaire la plus usitée au Congo. Il s'agit ici d'une leçon intitulée "Congolais":

"Le Congo est un grand pays renfermant la forêt et des eaux. Dieu y a mis beaucoup de bêtes pour nourrir les hommes. Les Noirs vivent au Congo. Jadis ils étaient des sauvages, mais actuellement leur intelligence s'est développée, rapidement. Nous remarquons que beaucoup d'argent sort des mains des travailleurs. Quelques Noirs sont capables de s'acheter un vélo ou une machine à coudre.
Mais la richesse de la terre est vaine devant Dieu. Les prêtres sont arrivés chez les Noirs pour apprendre aux sauvages la foi en Dieu. Beaucoup de Noirs se sont convertis à leur enseignement. Voilà pourquoi nous rencontrons de nombreux bons chrétiens au Congo.
Les prêtres soignent L'âme des Noirs ; des médecins soignent le corps des malades. A dire vrai, la terre du Congo est en train de progresser sur la voie de l'éducation. Nous rendons grâce à Dieu pour avoir envoyé des Belges dans notre pays.
"

 

 Rappelons pour terminer sur ce point qu'il ne faut pas exagérer l'importance de cette scolarisation qui concerna toujours un très faible pourcentage d'enfants. Ainsi, d'après Bernard Droz (voir sources), à la fin des années 1930, le taux de scolarisation n'atteint que 4% en AOF et 1% en AEF. A n'en pas douter, les chiffres pour le Congo belge devaient être approchants.

 

  • Juger et pacifier.

A plusieurs reprises, on peut voir Tintin rendre des jugements afin de clore des différends opposants les populations indigènes entre elles. Tel le sage Salomon, il ne trouve rien de mieux que de couper en deux un chapeau afin de satisfaire deux hommes qui se le disputent Ces derniers partent satisfaits du verdict rendu, même si leur moitié de chapeau ne leur est plus d'aucune utilité. De la même manière, nous le verrons plus loin, c'est Tintin qui ramène la paix et permet de mettre un terme aux querelles intestines qui minent la région. Certes les Européens forment des auxiliaires "indigènes" qui les aident et les secondent dans leurs tâches administratives. Or, comme le rappelle Jean-Pierre Chrétien (voir sources): " Finalement le "bon Africain", quand on lit la littérature coloniale, c'est celui qui reste dans son village avec son chef traditionnel. Les autres, précisément ceux qui "évoluent", sont considérés comme des déracinés, des gens qui mentent, des fauteurs de troubles."

 

 

  • Soigner.

La médecine traditionnelle, largement teintée de superstition, s'avère bien incapable de combattre les maladies qui affectent les populations congolaises. A contrario, le savoir faire de Tintin fait merveille et permet de remettre sur pied en un tour de main le malade qui était jusque là aux mains d'un charlatan.

 

Dans ce dernier domaine, les réalisations des autorités coloniales ne sont pas négligeables. En parallèle avec l'action des missionnaires, elles participent aux progrès de l’hygiène et de la médecine et contribuent ainsi à ce que la population indigène s’accroisse  fortement (du moins une fois passées les terribles hécatombes liées au travail forcé en Afrique centrale) . Il faut dire aussi que ces innovations intéressaient les colonisateurs pour leur propre santé. Des enquêtes sont menées sur les épidémies, les découvertes dans la lutte contre le paludisme ou la maladie du sommeil, permettent en outre de légitimer la colonisation.

 

  • Mettre au travail ou la justification du travail forcé.


L'idée que "l'Africain" se complaisait dans l'oisiveté, qu'il était naturellement paresseux a pris corps lorsque les Européens ont voulu utiliser sa force de travail dans le cadre de la traite des Noirs. Le stéréotupe se développe durant la période coloniale. Dès le début de la conquête, les Etats colonisateurs eurent besoin de main d'oeuvre pour le portage, pour l'exécution de travaux d'équipements. Les dures conditions de travail, très faiblement rémunéré, n'attirèrent guère les agriculteurs locaux. Aussi, les gouvernements coloniaux utilisèrent différents moyens pour obtenir les travailleurs dont ils avaient besoin. Le système des prestations ou corvées s'accompagna de nombreux abus. La main d'oeuvre restant toujours insuffisante, l'administration eut recours au travail forcé. Dans ces conditions, on comprend le peu de zèle des populations exploitées. Or, nombre de colonisateurs justifièrent l'emploi du travail forcé par la nécessité de civiliser les Africains.

 

Ainsi, Jean Brunhes Delamarre, dans son ouvrage "La France dans le monde, ses colonies, son empire" (1939) écrit en conclusion de son chapitre consacré à l'Afrique noire:

"La France a commencé par poursuivre une politique alimentaire. Jusqu'à notre arrivée, sauf peut être au Sénégal, les indigènes ne se nourrissaient qu'avec des produits de cueillette. Maintenant ils cultivent plus régulièrement des champs, et en bien des régions, ayant ainsi des vivres en suffisance, ils se nourrissent mieux. Mais il a fallu souvent vaincre la force d'inertie du Noir. Est-il sous alimenté, lui proposer gratuitement des semences de paddy suffit il ? Est-il dans la misère, essayer simplement de le soulager suffit-il ? Ne vaut-il pas mieux, pour sa propre dignité, l'astreindre au travail en attendant qu'il ait repris le goût de l'effort et la pratique des bonnes méthodes culturales ?"

 

  • Diriger et administrer.

Sur cette planche, Tintin est celui qui trouve la solution au problème en remorquant, grâce à une belle automobile européenne, la locomotive fatiguée. Son ingéniosité et sa débrouillardise interpellent les indigènes. Ces derniers, manifestement impressionnés, proposent d'eux-mêmes au jeune reporter de rencontrer le chef local. Ce dernier convie alors Tintin à l'une de ses parties de chasse. 

 

Au fond , même lorsqu'il est exploité par un colon, en tout cas un Blanc, l'indigène, soumis, se tourne automatiquement vers un autre blanc, comme si il avait intégré son incapacité à trouver une solution à ses problèmes. Ci-dessus, le garçonnet est humilié jusqu'au bout puisque c'est Milou, un vulgaire cabot, qui le ramène à la raison. Paternaliste, il rappelle à l'enfant qu'il se trouve entre de bonnes mains, celles du colonisateur. Il ne peut donc rien lui arriver de mauvais.

 

  • le décalage technologique.

Plusieurs dessins diffusent l'idée que la "civilisation européenne" représente UN modèle indépassable à suivre. De nombreuses planches permettent de souligner la supériorité technologique européenne. Lorsque le train percute la voiture de Tintin, c'est lui qui déraille et non l'automobile (ce qui se passe plutôt rarement dans la réalité!!!).

Ci-dessous encore, les équipements du chef local sont peu fiables ou mal utilisés. 

 

 

Un seul recours possible dans ces cas là, utiliser le savoir faire et la technologie européennne pour triompher d'autres potentats locaux (ci-dessus). Cette manière de présenter les populations indigènes est récurrente dans l'album. Les Africains singent le mode de vie des Européens de manière particulièrement grotesque.

 

  • Des populations belliqueuses.

Ce qui nous amène à évoquer un autre poncif maintes fois répété: les populations autochtones sont belliqueuses et passent leur temps à s'entredéchirer en d'interminables guerres civiles. 

Au fond, seul le sens de la diplomatie et de la médiation des Européens permettra de ramener un semblant de calme entre les chefs de tribu. Le fait que la grande guerre ait déchiré l'Europe, dont l'histoire est émaillée de nombreux conflits meurtriers, semble alors bien vite passé sous silence.

 

 

  • Les missionnaires comme relais actifs de l'administration coloniale.

Les missionnaires propagent le christianisme. Leur action est aussi sociale : rachat d’esclaves, fondation d'orphelinats et d'hospices, combat pour la monogamie. Ils partagent avec l’administration coloniale l’enseignement et l’action médicale (voir plus haut).

 


Cours de couture dans une école des soeurs de la charité à Nsona-Mbata, Congo belge, 1910.

 

  • la consécration.

 

Des populations, conscientes de leurs limites, qui acceptent la domination du Blanc. Elles se placent sous la férule, ferme mais juste, de Tintin. Ce dernier devient une référence indépassable en matière de bonté, d'efficacité, d'ingéniosité. Même Milou devient un modèle pour les chiens congolais, qui appartiendraient donc, eux aussi, à des "races inférieures" de canidés... Les populations vouent même un véritable culte au jeune reporter et à son fidèle compagnon, manière de souligner la crédulité de populations superstitieuses, qui se prosternent devant leurs nouvelles idoles.

 

 

Enfin, et pour être tout à fait honnête, n'omettons pas l'ultime pirouette de la bande-dessinée. En effet, l'auteur laisse entendre que les vrais méchants sont les Occidentaux, en tout cas certains d'entre eux, dépeints sous les traits d'affreux mafieux qui se livrent au pillage de l'Afrique. Rappelons aussi les prises de position tiers-mondistes d'Hergé dans ses albums ultérieurs.

 

Tout cela ne saurait néanmoins effacer l'impression d'ensemble. Même dans sa version de 1946, Hergé propose une vision particulièrement paternaliste, voire raciste, du monde colonial. Ces dernières années, des plaintes portées par des associations ou des particuliers au Royaume uni, en Belgique et en France, visent à interdire la BD, ou en tout cas la censurer. On peut s'interroger quant à l'opportunité de telles démarches. Juger le contenu d'une oeuvre n'a de sens que si on la replace dans le contexte de son époque.

 

Sources:

  • P. Assouline : "Le siècle de Tintin grand reporter", L'Histoire, n°317, février 2007.
  • Entretien avec J.P. Chrétien. Les collections de l'Histoire.
  • Un regroupement de documents sur le site Strabon: "quelle éducation pour les colonisés?".
  • Bernard Droz : La fin des colonies françaises, Découvertes Gallimard, 2009.

Liens:

 

 * L'histoire du Congo belge, puis Zaïre et désormais République démocratique du Congo en musique:

- Histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise de pouvoir de Mobutu.

- Histoire du Congo en musique 2: hommages musicaux à Patrice Lumumba.

 


* L'histoire du Congo en chansons (sur L'Histgeobox):

Voici, à travers quatres titres, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation.

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo"

L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

Qui était Nixon ? Entretien avec l'historien Romain Huret

par Aug Email

A l'occasion de la publication aux Presses de Sciences Po de sa biographie de Richard Milhous Nixon, nous avons demandé à l'historien Romain Huret de nous en dire plus sur celui qui fut président des Etats-Unis de 1969 à 1974. Ancien Vice-Président républicain du Président Eisenhower (1953-1961) avant de perdre de peu contre John Kennedy en novembre 1960, Nixon paraissait perdu pour la politique avant de réussir à revenir dans l'arène pour l'emporter en 1968 dans une Amérique en plein doute, embourbée dans le conflit vietnamien. Réélu en 1972, Nixon devait pourtant démissionner en 1974 suite au scandale du Watergate.

Le portrait que nous dresse Romain Huret est beaucoup plus nuancé que l'image qui colle habituellement à celui que l'on surnommait "Tricky Dick" (Richard le tricheur). Il nous parle également du Nixon des musiciens, l'occasion pour nous de vous fournir un playlist sur Nixon à retrouver à la fin de l'entretien.

 

 Romain Huret, pourquoi avoir écrit un livre sur Nixon ?

"Depuis de longues années, le personnage m’intéresse en raison des jugements antagonistes des historiens américains. Certains voient en lui un démagogue sans scrupule, d’autres un homme d’Etat d’exceptionnel. Cette aporie historique m’a conduit à écrire cet ouvrage, essayant de dépasser ces jugements antagonistes. Au terme de ce travail, Nixon apparaît comme un homme très ordinaire, produit de la démocratisation des Etats-Unis au cours du vingtième siècle dans le domaine éducatif et politique. Ce fils de petits commerçants californiens put faire carrière grâce à la démocratisation de l’enseignement secondaire et universitaire, ainsi que des modes de recrutement des candidats au sein du parti républicain. De façon similaire, son parcours n’a rien d’excessif ou de démoniaque lorsqu’il accède à la Maison-Blanche. Il ne fit qu’accentuer les modes de gouvernance de ses prédécesseurs aussi bien dans le domaine intérieur qu’en matière de politique étrangère. Son utilisation de la machine de l’Etat s’inscrit également dans la continuité. L’utilisation du secret, la surveillance des ennemis de l’Etat, la codification des procédures bureaucratiques, autant d’éléments qu’il prit le temps d’assimiler et de théoriser. A ce titre, comme il le répéta sans cesse, le Watergate n’avait rien d’extraordinaire ; ce fut un épisode ordinaire du fonctionnement de l’Etat secret américain. N’oubliez pas que Nixon passa quatorze années à la Maison-Blanche et eut tout le loisir d’intégrer les pratiques secrètes alors en cours ! Bref, dans la longue histoire de la démocratie américaine, il est un cas intéressant car il permet de faire apparaître les structures profondes de fonctionnement de la société et de l’Etat. Il n’apparaît en rien comme un cas clinique au sens où l’entendent les psychohistoriens ou les psychanalystes, cette lecture psychologique a longtemps été dominante dans le champs des études nixoniennes."

 

Quel bilan peut-on faire de sa présidence ?

"Refusant une approche héroïque ou une condamnation systématique, mon livre offre une évaluation pondérée de ses deux mandats présidentiels (1969-1974). En matière de politique intérieure, Nixon mit en place un programme que n’aurait pas renié Franklin Roosevelt : solutions keynésiennes dans le domaine économique, mesures pour les travailleurs pauvres, interventionnisme systématique de l’Etat (écologie, politique raciale, énergie). Contrairement à ses prédécesseurs démocrates, il fut plus attentif à la mise en place d’expériences préalables avant de lancer les programmes de réforme à l’échelle nationale afin de séduire l’électorat ouvrier et pauvre, de plus en plus rétif à l’encontre du développement de l’Etat-Providence. Toutefois, cette boulimie législative se heurta à un Congrès majoritairement démocrate et aux refus nixoniens de travailler avec les corps intermédiaires. Dès lors, il ne prit jamais le temps de mettre en œuvre les compromis nécessaires pour que les projets soient adoptés. Dans le domaine diplomatique, sa collaboration avec Henry Kissinger adapta la diplomatie américaine à un monde multipolaire et prépara lentement la dislocation de l’Empire soviétique. Novateur dans ce domaine, Nixon et Kissinger ont toutefois amplifié les travers de la coterie de décideurs qui prit les rênes de la guerre froide après la Seconde Guerre mondiale. Comme son mentor John Foster Dulles l’apprit à Nixon, les Américains n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts.

L’ouvrage démontre que, contrairement aux affirmations publiques de Nixon prétendant détester les diplomates de carrière, il appliqua, et le plus souvent « épura », leurs préceptes en matière de politique étrangère, du Vietnam au Chili en passant par la Chine. Pour conclure, enfin, cet activisme, et son échec partiel, démontrent que ses deux mandats furent une occasion manquée pour le pays. Nixon essaya de modérer les ardeurs volontaristes des démocrates dans un sens plus réaliste. Faute de succès, le pays céda aux forces conservatrices que Nixon combattit tout au long de sa carrière."

 

Quelle est aujourd'hui l'image de Nixon aux Etats-Unis ?

 "A l’instar des débats chez les historiens, l’image est contrastée. Pendant la campagne de 2008, regrettant peut-être encore d’avoir voté pour lui en 1968, le romancier Stephen King compara John McCain à Nixon et Sarah Palin à l’Apocalypse. Depuis le Watergate, les conservateurs américains ont transformé Nixon en martyr alors qu’ils n’avaient eu de cesse de le combattre. Dans leur bouche, Nixon est devenu la preuve de la malhonnêteté intrinsèque des démocrates et de leur morale à géométrie variable.

Pourquoi Nixon dut-il démissionner alors que John Kennedy et Lyndon Johnson commirent des actes tout aussi condamnables ? Du côté des militants démocrates, l’heure n’est pas à la réhabilitation. Pour encore longtemps, Richard Nixon reste Richard le Tricheur (Tricky Dick) l’homme du Watergate [ci-contre, la une du New York Times le lendemain de sa démission en 1974]. En dépit de ses multiples polémiques, l’homme fascine toujours comme le montre sa remarquable présence dans la production culturelle. Le succès récent du film Nixon/Frost (2008) de Ron Howard, tiré lui-même d’une pièce qui tint le haut de l’affiche à Broadway pendant de longues années, en est un exemple parmi d’autres. Des épisodes des Simpsons aux romans de Stephen King, Nixon est toujours présent, incarnation du Mal américain, voire du diable en personne. George Lucas a fort sérieusement reconnu s’être inspiré de Richard Nixon pour Dark Vador !"

 

Le personnage complexe de Nixon a inspiré les cinéastes. A-t-il également inspiré les musiciens ?

" Un chapitre du livre est consacré à l’intérêt pour le corps de Richard Nixon, corps qui le rendit pour beaucoup indigne d’exercer des fonctions politiques. Ce malaise traduit la distinction naturelle entre corps physique et corps politique au cœur de nos démocraties, et renvoie à des représentations bien circonscrites sur la légitimité de nos dirigeants. A plus d’un titre, les musiciens folk et rock banalisèrent les représentations nixoniennes. Dans sa chanson "Tricky Dickie" (1971), Joe McDonald chante ainsi en 1971 une « chose extraordinaire » vue à la télévision, « un nouvel homme mécanique qui ressemblait à un être humain » pour réaliser quelques instants après qu’il s’agit de Richard Nixon. la chanson "Ohio" du groupe Crosby, Stills, Nash and Young dénonce la massacre de Kent State et évoque la responsabilité directe du président. Dans son album Imagine (1971), John Lennon écrit une chanson « Give Me Some Truth » qui fait de Richard Nixon la cause de tous les maux de la société moderne.

Dans son album de 1974, Mothers of Invention, Frank Zappa enfonce le clou avec une chanson intitulée « Dick est un tel trou du cul » ("Dickie’s Such An Asshole"). Le groupe de rock sudiste, Lynyrd Skynyrd, prit sa défense dans "Sweet Home Alabama" (1974) et donna naissance à l’invention du martyr nixonien, évoqué plus haut. Avec leur chanson "I’m So Bored With The USA", The Clash refusa tout pardon à l’homme qui démissionna de la Maison-Blanche le 9 août 1974. Plus récemment, le chanteur Jean-Louis Murat consacre un titre éponyme à Nixon, dont la signification demeure en partie mystérieuse."

Propos recueillis par E. Augris

 

 Un grand merci à Romain Huret !

  •  Romain Huret, De l'Amérique ordinaire à l'Etat secret. Le cas Nixon, Presses de Sciences Po

 

Et pour continuer sur la musique, je signale que du côté du blues aussi, plusieurs musiciens s'intéressent à Nixon. Celui-ci a été le premier républicain à séduire l'électorat blanc du Sud (on parle de "stratégie sudiste"), traditionnellement démocrates mais déçus par les lois sur les droits civiques adoptées sous Johnson. Il  y remporte quelques Etats en 1968, malgré la candidature de Wallace, et rafle la mise en 1972. Du côté des bluesmen originaires de ce Sud en revanche, il suscite un peu de méfiance comme en témoignent ces quelques exemples :

Ainsi Thomas Shaw en 1971. Dans son "Richard Nixon's Welfare Blues", il s'inquiète de ce que le Président pourrait faire de l'Etat-providence mis en place sous Roosevelt :

Now I had a dream last night

I never dreamt before

I dreamed I saw Mr. Nixon

Standin'in the Welfare store

 Clarence Gatemouth Brown supplie le président dans son "Please Mr. Nixon" (1972) de ne pas démanteler l'Etat-providence. Alors que se profile en 1973 la menace d'un impeachment (destitution) par le Congrès, Arlene Brown ne veut pas être traitée par son amant comme Nixon...

You can impeach me, baby

Stop treatin' me like Nixon at Watergate

 D'ailleurs, Howlin'Wolf déclare dans son  "Watergate Blues" que si Nixon a démissioné, c'est grâce à un Afro-Américain puisque les cambrioleurs du Watergate ont été surpris par un noir....

Voici la playlist des titres évoqués par Romain Huret ainsi que quelques titres en plus. (notamment "Young Americans" de David Bowie) J'ai ajouté également quelques extraits des principaux discours de Nixon et du débat de 1960 avec Kennedy :

 

Découvrez la playlist Nixon avec The J.B.'s

 

Toujours sur Nixon et son temps, plusieurs messages à lire sur Samarra, l'histgeobox et nos autres blogs :

 

Allez, en cadeau (and in english...), le spot de campagne très "seventies" du candidat Nixon en 1972 et le discours de démission de Nixon le 9 août 1974 :

"Les fils de la terre" : au coeur du Japon rural

par Aug Email

Le Japon est aujourd'hui associé à la frénésie des villes de la Mégalopole. A juste titre puisque l'essentiel de la population japonaise (70% soit 90 millions) y réside. Pourtant, il y a un siècle, le pays était encore essentiellement rural. Une grande partie de l'identité et des traditions nippones (religieuses, culturelles,...) puise ses racines dans les campagnes.

 

C'est surtout après la défaite de 1945 que les campagnes se sont profondément transformées. Avec la réforme agraire voulue par la puissance occupante, les Etats-Unis. L'objectif : dans le contexte de guerre froide, éviter que les paysans adoptent une posture révolutionnaire en protestant contre la concentration des terres aux mains de quelques uns. Deux millions d'hectares ont alors été redistribués. Un million et demi de propriétaires fonciers (jinushi) doivent ainsi vendre à l'Etat qui les revend à quatre millions de paysans. Cet épisode est évoqué dans le manga Ayako d'Osamu Tezuka. La famille d'Ayako était proriétaire de nombreuses terres et doit se résigner à les céder (image ci-contre). La conséquence de cette réforme est d'émietter la propriété et de réduire la taille des exploitations. Accompagnée de la mécanisation et de l'utilisation d'engrais, cet émiettement a poussé de nombreux paysans à l'exode rural vers les villes et l'emploi industriel, souvent plus rémunérateur. Les années de la Haute-croissance (1955-1975) ont ainsi vu la population urbaine devenir majoritaire. Dès la première moitié des années 1950, les urbains étaient plus nombreux que les ruraux.

 


L'agriculture japonaise se modernise et engage une course à la productivité comme dans les autres pays du Nord (la PAC européenne date de 1963). Comme ailleurs, le nombre d'agriculteurs baisse. Entre 1950 et 2005, le nombre d'exploitations passe de 6 à moins de 3 millions. La population agricole a été divisée par 3 (37 millions en 1950, 13,5 en 2000). C'est une population vieillissante. la part de l'agriculture dans le PIB passe de 8,8% en 1960 à 1% en 2000. En parallèle, les agriculteurs sont de plus en plus endettés et dépendants des fluctuations du marché.

 

 [source : DF]

Pourtant, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis, le Japon n'est pas une puissance agricole. La surface agricole diminue et l'autosuffisance alimentaire recule passant de 90% en 1960 à 40% en 2000. Seule la riziculture échappe à cette dépendance croissante des importations, en particulier chinoises.

 

Au début du manga Les fils de la terre, c'est cette situation préoccupante de dépendance qui semble inquiéter le Premier Ministre japonais, au point qu'il organise un conseil des ministres sur ce sujet. Un jeune fonctionnaire du ministère de la culture et de l'éducation (en charge des lycées agricoles), Natsume, est envoyé dans une région agricole pour remédier à la crise des vocations. Même s'il ne s'agit pour les ministres et le premier d'entre eux (dont la coiffure rappelle celle du libéral et très populiste Junichiro Koizumi du PLD) que de s'attirer temporairement la sympathie d'une clientèle électorale, Natsume va prendre sa mission très à coeur.

 

En se rendant dans ce lycée et sa région, il va se heurter au scepticisme des premiers concernés, à savoir les agriculteurs et les habitants des campagnes. Mais sa naïveté et sa créativité débordante vont être de précieux atouts. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Ses recettes, faire appel à cette entraide paysanne (yui) et ne pas hésiter à mettre en place un Chisan-chisho, c'est-à-dire un système dans lequel la population locale consomme la plus grande partie des produits agricoles locaux. Voilà pour la leçon de japonais...

On aurait pu craindre d'un tel livre qu'il soit quelque peu manichéen en prônant une forme de retour à la terre contre les villes où les valeurs se perdent, bref qu'il ait quelques relents de pétainisme ("la terre, elle ne ment pas"...). Mais il n'en est rien. C'est un manga plein d'optimisme. Finalement, il s'inscrit assez bien dans un projet de reconquête de leur propre destin par les paysans. A défaut de convertir le Japon tout entier à leur système, ils décident de commencer par agir localement. Bref, un éloge de la transformation par le bas en vue d'un Mura-Okoshi (réveil des villages).

 

  • Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), Les fils de la terre, (3 tomes), Delcourt, coll. Akata, 2007
  • Osamu Tezuka, Ayako, Delcourt, coll. Akata, 2003
  • Les chiffres concernant l'évolution de l'agriculture et des campagnes japonaises proviennent de l'excellent Atlas du Japon de Philippe Pelletier paru chez Autrement en 2008.

 

Quand les Cubains tentaient d'exporter la Révolution en Afrique.

par blot Email

 

Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto (Photos : D.R. / Arte).


Les nombreux pays africains qui accèdent à l’indépendance autour de 1960 intéressent tout particulièrement Moscou et Washington qui y voient un moyen de diffuser leurs modèles respectifs et d’accroître leurs zones d’influence. Les jeunes Etats sont sommés de choisir leur camp (à moins qu’ils n’adhèrent au mouvement des non-alignés, qui peinent néanmoins à rester en dehors de la rivalité est-ouest).

 
 Avec la révolution cubaine de 1959, les barbudos emmenés par les frères Castro et Che Guevara renversent Batista.
Progressivement Cuba intègre le bloc de l’est. Très vite, Cuba joue un rôle essentiel en Afrique… Au cours des années 1970, des centaines de milliers de Cubains combattront au Congo, en Angola, Guinée-Bissau… Ils combattent au nom d'un idéal : l'internationalisme. Ils entendent aider les pays encore sous le joug colonial à se libérer, et les Etats nouvellement indépendants à se débarasser de toute tutelle néocoloniale; tout cela sans tirer pour autant profit de leurs richesses (dans l'idéal en tout cas).

 

 

Le Che entend mener une guerre de guérilla similaire à celle qui a permis la prise de pouvoir en 1959. Il souhaite mettre sur pied dans les points chauds du tiers-monde des armées populaires afin de multiplier les fronts pour combattre l'impérialisme yankee, afin de "créer deux, trois, plusieurs Vietnam" .

 

* Le Che en Afrique et l’échec congolais.

 

Amilcar Cabral et Fidel Castro.

   Le Che, ambassadeur de la révolution cubaine à l’étranger, part pour une tournée africaine. Il parcourt une douzaine de pays entre décembre 1964 et février 1965. Il se rend surtout dans les pays considérés comme révolutionnaires: le Ghana de NKrumah, l'Algérie de Ben Bella, la Guinée de Sékou Touré, le Congo Brazzaville de Massemba-Débat, l'Egypte de Nasser, le Mali de Modibo Keita... Il entend prendre contact avec tous les dirigeants nationalistes qui se battent encore pour obtenir leur indépendance et aussi avec les nouveaux régimes socialistes du continent. 

 

  Affiche rassemblants le dirigeant cubain, Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto après la célébration de l'indépendance de l'Angola, en 1975.

Le Che à Alger émet des critiques très dures face au "dévoiement bureaucratique" du grand frère soviétique qui n'hésite pas à exploiter les pays du Tiers-Monde selon le Che. De retour à la Havane, Castro lui reproche ces critiques. La décision est en tout cas prise d’exporter la guérilla révolutionnaire façon cubaine. Le Che n'apparaît plus en public. Les journaux l'annoncent en République Dominicaine, en Colombie. En fait, il se trouve en Afrique, en République du Congo. Il se rend incognito (il s'est fait coupé les cheveux, rasé la barbe, a subi une opération qui lui modifie la mâchoire) dans les maquis de l’est du pays ( tenus par le mouvement marxiste Simba pro-Lumumba), en lutte contre le pouvoir central (soutenu par la Belgique).

  

* Pourquoi la République du Congo (ex-Congo belge)?

 

En novembre 1964, Joseph-Désiré Mobutu, commandant de l'armée, a fomenté un coup d'Etat en République du Congo. Il impose aussitôt sa dictature, avec l'accord tacite des puissances occidentales, dont les entreprises convoitent les riches sous-sol congolais.

  

 

 Le Che alias "commandant Ramon" alias "Tatu".

  Le Congo intéresse depuis longtemps les Cubains. Le premier ministre, Patrice Lumumba avait fustigé l'attitude de l'ancienne métropole lors de la cérémonie d'indépendance (1960). Ses critiques lui aliénèrent sans doute d'autres dirigeants d'Europe de l'ouest. Très vite, Lumumba se trouve dans une situation très difficile et se voit contraint de réclamer l'aide internationale face à la sécession katangaise (la riche province minière du pays) qui menaçait l'unité du pays. Les puissances occidentales font la sourde oreille, à la différence des Soviétiques. Mais il est trop tard pour lui... Il est finalement trahi par son ancien secrétaire, le général Mobutu, qui est devenu l'homme fort du pays depuis qu'il contrôle la capitale. Traqué par les hommes de Mobutu, les services secrets belges, les agents de la CIA, Lumumba est arrêté le 3 décembre 1960 et transféré au Katanga, aux mains de son pire ennemi, M. Tshombé. Le 17 janvier 1961, il est assassiné.. Des liens ont en tout cas étaient tissés entre le Congolais et les dirigeants Cubains. Ces derniers décrètent d'ailleurs trois jours de deuil national à la suite de l'assassinat de Lumumba.

  

D’après les informations recueillies par le Che lors de son premier voyage, c’est là que le mouvement révolutionnaire serait le plus avancé, proche de remporter la victoire. 

 


  Le Che et ses barbudos au Congo.

  Après avoir traversés le lac Tanganyika depuis la Tanzanie, Le Che, et les quelques barbudos qui l’accompagnent, déchantent vite. Les rebelles ont perdu du terrain face aux troupes gouvernementales. Le mouvement s’avère particulièrement divisé, si bien que les hommes passent plus temps à se quereller qu’à lutter contre l’adversaire. Le chef de zone Laurent-Désiré Kabila ne bouge guère de la Tanzanie voisine. Surtout, les malentendus culturels qui séparent guérilleros cubains et soldats congolais révoltés, transforment l’expédition en un véritable fiasco. Les Cubains rentrent au pays, dépités.

 Si le Che et Castro avaient retenus le Congo c'est aussi parce qu'il se trouvait au centre du continent et pouvait donc constituer une extraordinaire base arrière pour aider à l’émancipation de l’Angola voisin, mais aussi de l’Afrique du sud où le régime de l’apartheid semble encore très solide. Intéressons-nous désormais à ces deux points chauds.

  

* Le soutien à l'ANC en Afrique du sud.


  

Pour son premier voyage hors d'Afrique du sud depuis sa libération (février 1989), Nelson Mandela se rend à Cuba (en juillet 1991). Cela ne doit rien au hasard. S'adressant à Fidel Castro, il lance: « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous, qui nous avez aidés à entraîner nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins, etc., vous n’êtes jamais venu chez nous .» En effet, Castro soutient les différentes organisations africaines en lutte contre le régime de l'apartheid qui continue de sévir avec virulence en Afrique du Sud Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe).

 

* La guerre d’Angola.

 Au Congo Brazzaville, en 1964, Che Guevara rencontre les leaders des mouvements nationalistes (ceux qui se réclament du marxisme en tout cas) en lutte pour leur indépendance dans les colonies portugaises: 

  - Amilcar Cabral, puis Luis Cabral, fondateurs du «Partido Africano da Independencia da Guiné e Cabo Verde» (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert ou PAIGC);

  - Agostinho Neto, le chef du mouvement populaire de libération de l’Angola aux prises avec la métropole portugaise.

  

  

En Angola où la guerre de libération dure depuis les années soixante. Cuba envoie à Agostinho Neto, dès le milieu des années 1960, une division entière. Mais à la veille de la « révolution des Œillets », qui met fin à la dictature salazariste, en 1974, le MPLA n'a pas remporté de succès militaires significatifs.

 La révolution des œillets (1974) précipite en tout cas les choses. Le nouveau régime qui s'impose au Portugal accorde l’indépendance à toutes ses colonies. La guerre est pourtant loin d'être finie...

Trois mouvements s’opposent désormais:

  •  le MPLA d’Agostinho Neto, résolument dans le camp socialiste,  
  • le FNLA de Holden Roberto et
  •  l’UNITA menée par Jonas Sawimbi, un dissident du FNLA.

 

Chacun des blocs lorgne sur ce pays riche en ressources pétrolières et diamantifères. Les Etats-Unis arment et financent les deux mouvements qui se battent contre le MPLA. Le gouvernement sud-africain, qui a fait de la Namibie voisine une province, a peur de la contagion socialiste. Aussi, en accord avec les Américains, ils entrent directement dans le conflit aux côtés de l’UNITA.


 

  

Le MPLA l'emporte finalement grâce à l'appui décisif de près de 35 000 soldats cubains envoyés par Castro. C'est donc épaulé par les troupes cubaines, armées par Moscou, que Neto parvient à conserver le contrôle de la capitale Luanda. Il proclame l’indépendance le 11 novembre 1975. La guerre, malheureusement, ne fait que débuter. L’UNITA et le FNLA continuent de combattre et le conflit reste un des plus meurtriers qu’est connue l’Afrique au XXème siècle. Les Cubains poursuivent l’envoi de soldats ( On estime que près de 350 000 Cubains ont combattu en Angola durant toute la durée de la guerre). L'élection de Reagan en 1980 consitue un tournant important. Celui-ci débloque des fonds substantiels qui permettent à l'UNITA de Sawimbi de reprendre l'avantage. Lors de la bataille de Cuito Canavale, en 1987, ses troupes écrasent la coalition angolo-cubaine. C'est l'impasse. Il faut dialoguer.

  En juillet 1988, un accord en 14 points est enfin trouvé entre l’Afrique du sud, le MPLA et Cuba. L’Afrique du sud promet de renoncer à la Namibie (des élections doivent être organisées sous le contrôle des Nations Unies), tandis que Cuba s’engage à retirer son contingent d’Angola. En décembre 1988, le protocole d’accord est ratifié. Il aboutit à l’indépendance de la Namibie et contribue à desserrer l’étau de l’apartheid en Afrique du sud. Six mois après, tous les militaires cubains ont quitté l’Afrique. Avec la chute du mur, en novembre 1989, Cuba n’a de toute façon plus les moyens d’exporter cette révolution en Afrique.

  En guise de conclusion, rappelons que la volonté première de ne pas s’aligner sur les Etats-Unis et l’Union Soviétique aura finalement été un voeu pieux pour de nombreux pays d'Afrique subsaharienne. En pleine Guerre froide, l’Afrique et ses étendues riches en ressources naturelles stratégiques restent un enjeu permanent pour les superpuissances.

Que reste-t-il de l'engagement internationaliste cubain en Afrique? Sur le plan politique, à peu près rien, en revanche, Castro continue à envoyer des médecins. C'est finalement sur le plan culturel que les legs semblent les plus solides, particulièrement dans le domaine musical. Nous vous le prouvons dans la suite de cet article: "de la Havane à Kinshasa, on danse la rumba".

  

Pour aller plus loin.

 * Un documentaire passionnant de Jihan El Tahri: "Cuba, une odyssée africaine".

Documentaire

éditeur : ARTE / Temps noir Big Sister / ITVS / BBC

parution : 2007

 

 Un documentaire passionnant, en deux parties, qui revient sur l'engagement des Cubains en Afrique.

 

* un livre.


 

* Ernesto Guevara Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo
Métailié (2000)

Le journal du Che durant son expédition au Congo en 1965. Il y raconte l'échec de l'intervention internationaliste. Il livre une analyse sévère et on se rend compte à le lire à quel point il était peu préparé aux réalités congolaises.

  Extraits: "« Ceci est l’histoire d’un échec. […] Pour être plus précis, ceci est l’histoire d’une décomposition. Lorsque nous sommes arrivés sur le territoire congolais, la Révolution était dans une période de récession ; ensuite sont survenus des épisodes qui allaient entraîner sa régression définitive ; pour le moment, du moins, et sur cette scène de l’immense terrain de lutte qu’est le Congo. Le plus intéressant ici n’est pas l’histoire de la décomposition de la Révolution congolaise […], mais le processus de décomposition de notre moral de combattants, car l’expérience dont nous avons été les pionniers ne doit pas être perdue pour les autres et l’initiative de l’Armée prolétaire internationale ne doit pas succomber au premier échec. »".

 

Sources:

  •  Article du magasine Jeune Afrique intitulé: "Le rêve africain de Castro".
  •  Le dossier qu'Arte consacre au documentaire "Cuba une odyssée africaine".
  • L'émission l'Afrique enchantée (sur France inter) du 18 janvier 2009: "Cubafrica".

 

Liens:

 Sur Samarra:


Sur l'histgeobox, plusieurs titres permettent d'évoquer:

 

  

* Ailleurs sur la toile:

- "Che Guevara est lui aussi Africain".

 

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