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Catégorie: Atlas

Comprendre les mafias

par Aug Email

Les groupes mafieux jouent un rôle économique important à l'heure de la mondialisation. Certains flux illégaux, comme le trafic de drogue, sont en grande partie contrôlés par la Mafia. Pour mieux comprendre ce que recouvre ce terme, souvent utilisé de manière abusive, voici quelques précisions et des conseils de lecture, de films ou de musique sur ce titre. Au départ, l'activité mafieuse est basée sur une offre de protection contre rémunération, c'est le racket de protection imposé aux entrepreneurs et commerçants. Cette rémunération est appelée pizzo en Sicile. Le patronat italien a établi en 2007 une cartographie permettant de mesurer l'étendue géographique des activités des différentes mafias en Italie. Outre Cosa Nostra, pionnière en la matière, l'Italie abrite en effet trois autres groupes mafieux : la 'Ndrangetha calabraise, la Camorra napolitaine et la Sacra Corona Unita qui sévit dans les Pouilles. En dehors de ces quatres groupes, cinq autres organisations criminelles peuvent être qualifiées de mafia dans le monde. Il s'agit de la Cosa Nostra américaine, prolongation de la sicilienne, de la mafia albanaise (Albanie, Kososvo, Macédoine), de la maffya turque, des Triades chinoises et des Yakuzas du Japon. Ces groupes forment ainsi une sorte de "G9" évidemment non structuré même si des liens existent entre ses groupes.
 
Quelles sont les caractéristiques de ces mafias ?
  1. Le contrôle d'un territoire, que ce territoire soit un secteur économique ou un espace géographique. 70 % des Napolitains ont ainsi affirmé dans un sondage que la Camorra contrôlait la ville... Ce contrôle ne permet aucune contestation, même de la part de l'Etat.
  2. Une capacité d'ordre et de domination : "Une mafia représente un ordre juridique alternatif, parallèle et concurrent de celui de l'Etat"
  3. La hiérarchie et l'obéissance : "L'individu disparaît derrière l'organisation"
  4. L'ethnie et la "Famille" : chaque mafieux appartient à cette nouvelle "famille" que constitue la mafia et ses liens sont plus forts que les liens du sang. Le recrutement des mafias se fait dans un même groupe ethnique, gage de sécurité et de confiance.
  5. La poly-criminalité : Les mafias ne sont pas spécialisées dans une activité criminelle mais s'investissent dans les activités criminelles de leur époque. Racket d'activités légales; trafic de drogues, de cigarettes, d'êtres humains, d'organes, d'armes; usure; jeu; contrefaçon; industrie du sexe (prostitution, proxénétisme, pornographie).
  6. Les mythes et les légendes : Les mafias s'inventent un récit fondateur, "un passé glorieux de patriotisme, de résistance à l'oppression et de pratiques chevaleresques" pour se légitimer.
  7. L'ancienneté et la pérennité : Il s'agit de sa capacité à survivre quelles que soient les conditions économiques et les pouvoirs en place (démocratie, régime autoritaire, fascisme,...).
  8. Le secret et l'initiation : Silence, codes entre mafieux, rites initiatiques empreints de religiosité font parite de l'univers mafieux.

En dehors de ce G9, de nombreux groupes criminels organisés ont des points communs avec ces mafias sans pour autant en avoir toutes les caractéristiques (maras d'Amérique centrale, groupes criminels russes, colombiens, balkaniques, nigérians, albanais...).

 

Des livres :

  • Toutes ces informations et les citations viennent de l'excellent ouvrage du commissaire Jean-François Gayraud, aujourd'hui disponible en poche : Le monde des mafias, Géopolitique du crime organisé, paru chez Odile Jacob en 2008.
  • Pour comprendre l'origine de ces entités criminelles, il faut lire le livre de John Dickie, Cosa Nostra. La mafia sicilienne de 1860 à nos jours, paru en poche dans la collection Tempus chez Perrin en 2007.
  • Un Atlas des mafias est paru fin 2009 chez Autrement. Ecrit par le géographe Fabrizio Maccaglia et l'historienne de l'Italie Marie-Anne Matard-Bonucci. Grand amateur des atlas Autrement, j'attendais avec impatience cet ouvrage. Pourtant, je dois avouer que je suis un peu déçu. Le livre parle plus de la criminalité transnationale organisée et de la face sombre et illégale de la mondialisation que des mafias elles-même. Les cartes en particulier me semblent décevantes dans leur forme comme par les thèmes qu'elles traitent. On ne perçoit pas vraiment la dimension locale de contrôle d'un territoire.
 
 
 Des BD :

 

Deux chansons sur l'histgeobox pour approfondir l'histoire de la mafia en Sicile et aux Etats-Unis :

  • Pour avoir un aperçu rapide mais pertinent de l'histoire de Cosa Nostra, écoutez "La Cosca" d'Akhenaton. Je vous en parle en détail sur l'histgeobox où vous pourrez l'écouter.
  • 98. Prince Buster : "Al Capone" Sur les traces du parrain de Chicago dans les années de la prohibition...

 

Des films :

  • Ne ratez pas le film Gomorra de Matteo Garrone. C'est une plongée passionnante dans la cité des Vele à Scampia dans la banlieue déshéritée de Naples, rongée par la drogue et la Camorra. Le film suit quelques uns des personnages du livre du même nom , écrit par Roberto Saviano. Saviano, originaire de Scampia, a écrit un livre magistral qui permet de comprendre les logiques économiques au coeur du fonctionnement de la Camorra. Il vit aujourd'hui sous protection policière. Voyez cet entretien qu'il a accordé à l'émission Métropolis sur Arte :
 

 

 

Une première version de cet article avait été publiée en 2008.

"Les fils de la terre" : au coeur du Japon rural

par Aug Email

Le Japon est aujourd'hui associé à la frénésie des villes de la Mégalopole. A juste titre puisque l'essentiel de la population japonaise (70% soit 90 millions) y réside. Pourtant, il y a un siècle, le pays était encore essentiellement rural. Une grande partie de l'identité et des traditions nippones (religieuses, culturelles,...) puise ses racines dans les campagnes.

 

C'est surtout après la défaite de 1945 que les campagnes se sont profondément transformées. Avec la réforme agraire voulue par la puissance occupante, les Etats-Unis. L'objectif : dans le contexte de guerre froide, éviter que les paysans adoptent une posture révolutionnaire en protestant contre la concentration des terres aux mains de quelques uns. Deux millions d'hectares ont alors été redistribués. Un million et demi de propriétaires fonciers (jinushi) doivent ainsi vendre à l'Etat qui les revend à quatre millions de paysans. Cet épisode est évoqué dans le manga Ayako d'Osamu Tezuka. La famille d'Ayako était proriétaire de nombreuses terres et doit se résigner à les céder (image ci-contre). La conséquence de cette réforme est d'émietter la propriété et de réduire la taille des exploitations. Accompagnée de la mécanisation et de l'utilisation d'engrais, cet émiettement a poussé de nombreux paysans à l'exode rural vers les villes et l'emploi industriel, souvent plus rémunérateur. Les années de la Haute-croissance (1955-1975) ont ainsi vu la population urbaine devenir majoritaire. Dès la première moitié des années 1950, les urbains étaient plus nombreux que les ruraux.

 


L'agriculture japonaise se modernise et engage une course à la productivité comme dans les autres pays du Nord (la PAC européenne date de 1963). Comme ailleurs, le nombre d'agriculteurs baisse. Entre 1950 et 2005, le nombre d'exploitations passe de 6 à moins de 3 millions. La population agricole a été divisée par 3 (37 millions en 1950, 13,5 en 2000). C'est une population vieillissante. la part de l'agriculture dans le PIB passe de 8,8% en 1960 à 1% en 2000. En parallèle, les agriculteurs sont de plus en plus endettés et dépendants des fluctuations du marché.

 

 [source : DF]

Pourtant, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis, le Japon n'est pas une puissance agricole. La surface agricole diminue et l'autosuffisance alimentaire recule passant de 90% en 1960 à 40% en 2000. Seule la riziculture échappe à cette dépendance croissante des importations, en particulier chinoises.

 

Au début du manga Les fils de la terre, c'est cette situation préoccupante de dépendance qui semble inquiéter le Premier Ministre japonais, au point qu'il organise un conseil des ministres sur ce sujet. Un jeune fonctionnaire du ministère de la culture et de l'éducation (en charge des lycées agricoles), Natsume, est envoyé dans une région agricole pour remédier à la crise des vocations. Même s'il ne s'agit pour les ministres et le premier d'entre eux (dont la coiffure rappelle celle du libéral et très populiste Junichiro Koizumi du PLD) que de s'attirer temporairement la sympathie d'une clientèle électorale, Natsume va prendre sa mission très à coeur.

 

En se rendant dans ce lycée et sa région, il va se heurter au scepticisme des premiers concernés, à savoir les agriculteurs et les habitants des campagnes. Mais sa naïveté et sa créativité débordante vont être de précieux atouts. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Ses recettes, faire appel à cette entraide paysanne (yui) et ne pas hésiter à mettre en place un Chisan-chisho, c'est-à-dire un système dans lequel la population locale consomme la plus grande partie des produits agricoles locaux. Voilà pour la leçon de japonais...

On aurait pu craindre d'un tel livre qu'il soit quelque peu manichéen en prônant une forme de retour à la terre contre les villes où les valeurs se perdent, bref qu'il ait quelques relents de pétainisme ("la terre, elle ne ment pas"...). Mais il n'en est rien. C'est un manga plein d'optimisme. Finalement, il s'inscrit assez bien dans un projet de reconquête de leur propre destin par les paysans. A défaut de convertir le Japon tout entier à leur système, ils décident de commencer par agir localement. Bref, un éloge de la transformation par le bas en vue d'un Mura-Okoshi (réveil des villages).

 

  • Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), Les fils de la terre, (3 tomes), Delcourt, coll. Akata, 2007
  • Osamu Tezuka, Ayako, Delcourt, coll. Akata, 2003
  • Les chiffres concernant l'évolution de l'agriculture et des campagnes japonaises proviennent de l'excellent Atlas du Japon de Philippe Pelletier paru chez Autrement en 2008.

 

Journal intime d'un marchand de canons

par Aug Email

Voici une activité du commerce mondial à la fois banale et peu commune. Peu commune par son mode de fonctionnement et ses objectifs : la fourniture de produits a priori destinés à tuer.

 

 

Le commerce des armes est en effet toujours sur le fil du rasoir entre intérêts publics et privés (voir le schéma ci-dessous), entre commerce légal et illégal. Il comporte une partie immergée qui n'apparaît que rarement au grand jour.

C'est tout le mérite du journaliste Philippe Vasset de nous restituer cette ambigüité en écrivant un récit de fiction à la première personne. Il nous livre les tranches de vie d'un "marchand de canons" spécialisé dans les missiles et l'armement naval qui se lit d'une traite. Si le personnage est fictif, les faits abordés sont tous réels et l'on navigue dans ce nouvel ordre mondial post-guerre froide où les marchands d'armes sont comme des poissons dans l'eau. On sent d'ailleurs de la fascination pour cet univers chez Philippe Vasset ,qui est rédacteur-en-chef du site Intelligence Online. Le film Lord Of War jouait déjà sur cette identification au personnage principal joué par Nicolas Cage, un héros fictif inspiré par deux véritables marchands d'armes aujourd'hui arrêtés, l'Ukrainien Leonid Minin et le Russe Viktor Bout. L'heure du jugement sonne en effet souvent pour ceux qui sortent du cadre légal fixé aux échelons nationaux et internationaux. C'est le moment où notre "héros", porté par son narcissisme, souhaite conserver toutes les traces de son passé d'aventures. La perspective d'être arrêté et de fournir lui-même les preuves de sa culpablité n'étant pas toujours une motivation suffisante pour détruire ces dernières.

"Cette capacité à vendre à un belligérant, puis à l'autre, voire aux deux en même temps, était à mes yeux la marque d'une vie même d'aventures." (p. 118)

Avec le narrateur, nous nous rendons ainsi en Irak pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) au cours de laquelle occidentaux et Soviétiques, pour une fois d'acoord contre la République Islamique d'Iran, soutiennent activement et militairement Saddam Hussein. Autres pays visités en compagnie du marchand, le Vénézuéla d'Hugo Chavez surveillé de près par les Etats-Unis, la Géorgie que menace Moscou, l'Afrique du Sud pendant et après l'Apartheid, la Libye de Khadafi réintégrant le "concert des nations" et suscitant un afflux de marchands de toutes nationalités lors de la levée de l'embargo.

Je vous ai choisi une citation qui nous explique en partie pourquoi rien ne change...

"Acte I, le soupçon : un quotidien annonce l'ouverture d'une information judiciaire. La rumeur s'affole, les protagonistes s'inquiètent. Acte II, l'infamie : les interrogatoires se succèdent, les photographes campent devant le pôle financier du Palais de justice, la presse publie le dossier d'instruction. Cerains inculpés craquent, d'autres trahissent. Acte III, le mur : l'Etat oppose le secret-défense aux investigations du juge. l'opposition s'étrangle, les accusés relèvent la tête. Acte IV, le grand sommeil : l'enquête piétine pendant de longues années et se clôt honteusement par un non-lieu. Personne ou presque n'en fait mention." (p.169)

 Voici quelques documents pour prolonger cette lecture et repérer les principaux acteurs du secteur de l'armement :

 

 [source : Atlas du Monde Diplomatique]

  

Sans compter les armes légères non comptabilisées.... 70 millions d'AK-K7 (la fameuse Kalachnikov) sont ainsi en circulation dans le monde.

 

Les principaux fournisseurs

On les trouve parmi les membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU, à commencer par les Etats-Unis et la Russie (essentiellement vers la Chine et l'Inde). Viennent ensuite le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne. Les principales firmes produisant des armes sont donc logiquement issues de ces pays (les Américaines Lockheed-Martin, Boeing et Northrop-Gruman, la Britannique BAEs, l'Européenne EADS et la Française Thalès).

 

 

Les principaux acheteurs

Les montants sont bien sûrs très variables d'une années sur l'autre en fonction des contrats signés. La carte ci-dessus nous montre ainsi les achats pour l'année 2004 uniquement. Pour bien mesurer, il faut comparer les achats sur plusieurs années. Si l'on prend la période 2001-2005, le premier acheteur est l'Arabie Saoudite avec 19 milliards de $, suivi de la Chine (9,5), des Emirats Arabes Unis (6), de l'Inde (6,6), de l'Egypte (5,8), d'Israël (4,4), de Taïwan (4,1), de la Corée du Sud (2,5), du Pakistan et de la Malaisie (1).

Si l'on regarde les achats par région, le Proche et le Moyen Orient constituent la première région avec 41 milliards de $ (dont plus de la moitié aux Etats-Unis) suivie de l'Asie avec (31,4 en Russie en majorité), de l'Amérique latine (3,8, Europe et Etats-Unis essentiellement) et de l'Afrique (2,9, Europe).

Bien sûr, si l'on regarde l'ensemble des dépenses militaires, la hiérarchie est différente. Les chiffres ci-dessus ne concernent que les échanges entre pays, pas la production.

 

Les pays sous embargo

Certains pays sont soumis à des embargos par les Etats-Unis, l'Union Européenne ou même l'ONU. On trouve dans cette dernière liste des pays comme la Côte d'Ivoire, la Corée du Nord, la RD Congo, l'Irak, le Liban, le Libéria, la Somalie et le Soudan. En revanche, la Chine, le Myanmar, le Sierra Leone, l'Ouzbekistan et le Zimbabwe ne sont pas sous embargo de l'ONU. Seule l'UE les a placés sur sa liste.

 

L'exemple chinois

 La Chine n'est pas évoquée par Philippe Vasset. La carte ci-dessus nous montre les achats et les ventes d'armes conventionnelles effectués par ce pays entre 2002 et 2006. On y constate que 95% des achats sont effectués en Russie (qui lui vend 45 % de ses armes).

 

Biblio

 

Samarra aux Etats-Unis

par Aug Email

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De nombreux titres sur l'histgeobox :

 

 

En musique :


Sur le bues :


Petite histoire du rap :

Prélude : Bronx, années 1970

 
 
 
 
 
 
6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
 
7. La réponse de NYC
 
8. Le Dirty South se réveille

 

 

Quelle est cette ville ? (1)

par Aug Email

Petite devinette, il s'agit d'identifier une ville d'après une représentation ancienne.

Cette image a été réalisée en 1575 par deux Allemands Georg Braun et Franz Hogenberg. Elle fait partie d'un Atlas des villes du monde.

Un indice, l'île au large du port a "accueilli" un prisonnier célèbre, au moins en littérature....