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Catégorie: Playlist

Liberté de Tony Gatlif : les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale

par Aug Email

Le réalisateur Tony Gatlif  a toujours célébré la liberté. C'est une sorte de fil conducteur dans les films qu'il réalise depuis plus de 30 ans. Certains ont contribué à sa célebrité comme Latcho Drom (1993), Gadjo Dilo (1999) ou Exils (2005).  Né d'un père kabyle et d'une mère gitane, Tony Gatlif a toujours eu à coeur de défendre la liberté et de dénoncer le sort réservé aux Tsiganes. 

 

Avec Liberté, il a décidé de faire oeuvre civique et de faire connaître un sujet difficile. Difficile parce que la persécution dont ont été victimes les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale a rarement suscité l'intérêt. Difficile parce qu'il réveille des souffrances que certains ont voulu oublier. Ne demandez pas à Tony Gatlif de vous faire un cours d'histoire, ce n'est pas son truc. Par contre, il excelle à faire un film qui célèbre la vie, la liberté et la musique pour parler d'une époque de souffrance et de mort.

 

 Pour incarner la liberté, Gatlif a imaginé le personnage de Talloche. Dans le film, il est un peu le "baromètre". Heureux lorsqu'il peut aller où bon lui semble, tourmenté et imprévisible lorsqu'il est sous la contrainte. C'est un peu l'ambassadeur du réalisateur. Contrairement aux apparences, Talloche n'est pas fou, c'est sans doute le personnage le plus lucide et le plus libre du film.  Comme pour les autres personages, Tony Gatlif et Eric Kannay (co-scénariste) se sont inspirés de personnes réelles. Pour Talloche, c'est Joseph Tolloche, un tsigane belge passé par le camp de Montreuil-Bellay avant d'être arrêté dans le Nord de la France puis déporté vers Auschwitz où il est mort (Voyez son histoire racontée par Jacques Sigot).Pour jouer le rôle, Gatlif a choisi un "gadjo" (un non-tsigane), le formidable acteur James Thiérée, qui a appris la langue des tsiganes et s'est initié à leur musique. Plusieurs "justes" ont également un rôle important dans le film, notamment ceux joués par Marie-José Croze, Marc Lavoine et Rufus.

J'ai eu l'occasion de voir Liberté lors d'une projection à Nancy en présence du réalisateur. Il n'était pas tellement intéressé par les discussions autour de ses choix artistiques. On sentait qu'il avait envie de réveiller les consciences sur cette amnésie partielle et sur la perpétuation de politiques d'exclusion vis-à-vis des Tsiganes, en France et en Europe. Car c'est l'autre objectif du film : dénoncer le racisme et l'intolérance dont sont aujourd'hui victimes les Rroms, Tsiganes, Sintis, Yéniches et autres Manouches. Une scène du film montre ainsi des voisins s'opposant à l'arrivée de ces tsiganes supposés voleurs et dangereux. La scène pourrait très bien se passer à notre époque et Gatlif a rappelé que des maires et des préfets en France ont récemment évoqué le "fléau" tsigane, reprenant ainsi (inconsciemment ?) les termes utilisés par les Nazis.

Bien sûr, le sort réservé aux Tsiganes entre 1940 et 1946, sur lequel nous reviendrons, dépasse de loin les persécutions ultérieures.

Pour ma part, j'ignorais que les Tsiganes ne sont sortis des camps d'internement en France qu'en 1946, rare cas de continuité entre le gouvernement de Vichy et le G.P.R.F...

 

Tony Gatlif avec Marc Lavoine sur le tournage

Pour filmer la persécution des Tsiganes, Gatlif voulait éviter le voyeurisme qui caractérise les images prises par les bourreaux. Pour lui, la plupart des images des camps ont en effet été prises par eux et on y sent dans le regard des gens la honte d'être filmés ou photographiés sans pudeur. Les moments les plus durs ne sont donc pas montrés crûment, comme pour rendre leur dignité aux victimes. La gamelle encore chaude des Tsiganes  et leur campement dévasté par la gendarmerie suffissent ainsi  à évoquer leur déportation.

 

La musique est un des personnages principaux du film. Elle apaise, elle libère les coeurs et les corps. Elle désamorce les tensions comme dans ce moment magnifique où Gatlif réussit à enlever toute portée politique à  "Maréchal, nous voilà" en proposant une version tsigane.... Mais juste après, comme pour se laver les oreilles, il nous fait entendre un "Temps des cerises" beaucoup moins apprécié du gouvernement de Vichy ! La bande originale, composée en partie par Tony Gatlif lui-même et par Delphine Mantoulet est magnifique. Le titre "Les Bohémiens" chanté par Catherine Ringer résume superbement le message : "Si quelqu'un s'inquiète de notre absence, dîtes-lui qu'on a été jetés du ciel et de la lumière, nous les seigneurs de ce vaste univers..." Je vous ai établi la playlist des chansons du film ci-dessous :

 

Découvrez la playlist Liberté avec Valentin Dahmani

 

Voici un entretien accordé par Tony Gatlif à Mondomix :


Découvrez Découvrez Mondomix.com, le magazine des Musiques et Cultures dans le Monde!

 

Pour prolonger ce film, nécessaire et magnifique, je vous propose d'évoquer très bientôt sur ce blog la politique nazie à l'égard des Tsiganes en Europe puis leur situation dans la France de Vichy et au-delà.

 

 

Augmix # 13

par Aug Email

Voilà un moment que je vous prépare cet Augmix... Il a eu le temps de mijoter tout l'hiver !

 

  • Commençons par remonter le temps avec Yasmin Levy. A la première écoute, vous aurez l'impression d'entendre chanter espagnol, tendance flamenco. C'est presque ça. Il s'agit de ladino. Le ladino est un peu l'équivalent du yiddish pour les juifs séférades originaires de la péninsule ibérique. Après leur expulsion par les Rois Catholiques Ferdinand et Isabelle en 1492, beaucoup ont traversé la Méditerranée et se sont rendus dans l'Empire Ottoman. Salonique, l'actuelle Thessalonique, est ainsi devenue l'une des villes comptant le plus de juifs au monde. La Shoah a quasiment fait disparaître cette communauté ladino dont la plupart des survivants ont alors gagné Israël. Dans ce pays neuf, les nombreuses langues parlées dans la diaspora ont dû s'effacer devant l'hébreu moderne. Le père de Yasmin Levy était chargé des programmes en ladino à la radio publique israélienne. Lorsqu'il est décédé, celle-ci n'avait qu'un an. Elle a décidé de reprendre le flambeau et de faire vivre cette langue en voie de disparition avec le vieillissement de ses locuteurs. Le résultat, une musique très plaisante bercée d'influences espagnoles et orientales. Je vous ai sélectionné deux chansons. La première s'appelle "Mi Korason". la deuxième est une version très réussie du "Hallelujah" de leonard Cohen dont je vous ai déjà parlé jadis. Vous pouvez écouter d'autres extraits de son dernier album Sentir sur son site.

 

 

  • Après la Méditerranée, traversons l'Atlantique, direction Cincinnati. C'est dans cette ville de l'Ohio que s'est formé en 1996 l'ensemble rap Iswhat ? Depuis une bonne dizaine d'années, il associe des sonorités jazz plutô free au hip-hop conscient et vif de Napoleon Maddox. Leur premier album Landmines, est sorti en 1999. Figure It Out a suivi en 2004, puis, en 2009, le très remarqué Big Appetite. Les artistes qui composent le groupe ne sont pas toujours les mêmes. Le dénominateur commun, c'est Napoleon Maddox qui se mue parfois en human beat box et le saxophoniste Jack Walker. Pour Big Appetite, Iswhat ? compte également le batteur Hamid Drake, le contrebassiste Joe Fonda, le saxophniste Cocheme’a Gastelum (à écouter ici avec N. Maddox dans le parking souterrain de Télérama... un vrai régal !) et Killa-O. Je vous ai choisi "Homestead", à mon avis de loin le meilleur titre de l'album.

 

 

  •  Restons dans le Nord-Est des Etats-Unis et dans un rap assez semblable qui a probablement inspiré Iswhat ? Je veux parler de The Roots, le groupe de Philadelphie. Autour du batteur et producteur ?uestlove (il a notamment produit quelques titres pour Al Green) et du rappeur Black Thought, ils ont contribué à développer la scène hip-hop de la métropole de Pennsylvanie. Depuis Organix en 1993, ils ont su produire un hip-hop très jazz et très soul en une dizaine d'albums dont le très réussi Game Theory en 2006. C'est un titre de cet album que je vous ai sélectionné. Il s'agit du magnifique "Don't Feel Right". Black Thought y rappe la difficulté d'être noir dans une grande métropole des Etats-Unis. Rien de très original sur le fond donc... mais la forme me plaît beaucoup ! The Roots devraient sortir un album intitulé How I Got Over en 2010. Depuis l'an dernier, ils sont le groupe invité dans le Late Night Show de Jimmy Fallon sur NBC. Je signale un excellent hors-série de Rap Mag paru en décembre 2009 sur la scène rap de la "cité de l'amour fraternel" aka Philadelphie. Le rôle de The Roots y est parfois critiqué. En-dessous je vous ai mis la troisième partie de cette trilogie au complet.

 

 

Continuons avec deux projets un peu semblables :

  • Rassemblez la fine fleur du hip-hop : Mos Def, RZA, Ludacris, Raekwon, Pharoahe Monch, Q-Tip., et même ODB (décédé en 2004...). Ajoutez des musiciens  plutôt rock, les Black Keys, cela donne le très beau projet Blackroc, sorti le jour du Black Friday. Au programme, beaucoup de spontanéité et des rappeurs qui prennent du plaisir. Les concepteurs du projet  sont  le rappeur Jim Jones et Damon Dash, ex-mentor de Jay-Z. Je vous ai d'abord choisi "Ain't Nothing Like You" (Hoochie Coo) Feat. Mos Def & Jim Jones puis un morceau interprété par RZA et Pharoahe Monch "Dollaz & Sense". Voyez comment Pharoahe Monch écrit son texte puis l'interprète avant d'écouter le titre.

 

     


     

     

  • Music'All rassemble des musiciens, les Illuminés Black Stamp, des chanteurs (Karl The Voice et des rappeurs (Oxmo Puccino, Casey, Busta Flex, Soklak,...), des sonorités jazz, soul, bossa nova. Le résultat est inégal mais quelques morceaux tirent bien leur épingle du jeu comme ce "Vais-je grandir un jour" qui  rassemble "Un rappeur (Casey), un gratteux et un bassiste" . Voyez ensuite ce qu'en disent les participants eux-mêmes.

 

 

  • C'est dans Music'All que j'ai découvert pour la première fois Casey, une rappeuse à la voix si particulière, un peu androgyne. Son morceau "Dans nos histoires" (sorti en 2006) revisite l'histoire des fils d'immigrés :

 

Je voulais également vous parler des Sud-Africains Ben Sharpa et Tumi & The Volume, du Sénégalais Abass Abass, de Rocé et de Disiz, mais je garde ça sous le coude pour la prochaine fois... Bonne écoute !

L'Afrique du sud : ultime décolonisation africaine.

par blot Email

Suite (épisode 1 et 2) et fin de notre série consacrée aux décolonisations de l'Afrique noire.

Il y a vingt ans, le 11 février 1990, Nelson Mandela était libéré après 27 années de prison. Au delà de l'émotion, cet épisode peut-être considéré d'un certain point de vue comme l'ultime décolonisation africaine. Plongeons nous sans plus attendre dans l'histoire sud-africaine.

 

 

La population de l'Afrique du sud s'avère particulièrement bigarrée ce qui s'explique par son histoire mouvementée. En effet, la conquête coloniale de ce territoire se déroule par étapes:

- Au XVème siècle, les populations noires indigènes (San et Khoi depuis le Ier millénaire av. JC, mais aussi des Bantous) sont confrontées aux navigateurs Portugais, à la recherche d'une nouvelle Route des Indes (depuis que la conquête de Constantinople par les Turc rend la Méditerranée orientale peu sûre). En 1488, Bartolomé Dias atteint le Cap de Bonne Espérance. A la Noëlle 1497, Vasco de Gama accoste sur les côtes orientales du pays qu'il baptise Natal (Noël en portugais). Aux navigateurs succèdent bientôt des colons.

 

Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

 

- Les Hollandais supplantent bientôt les Portugais et fondent le Cap, en 1652, qui devient une escale pour la Compagnie des Indes orientales, à mi-chemin entre la Hollande et les comptoirs néerlandais de Java. Pour permettre le développement agricole du territoire, la compagnie maritime, de concert avec Jan Van Riebeeck gouverneur du Cap, favorise l'immigration de colons européens: Hollandais bien sûr, mais aussi des Allemands et des Huguenots français qui fuient les persécutions religieuses. Ce sont ces colons européens, majoritairement constitués d'agriculteurs néerlandais, que l'on appelle les "Boers" («paysan» en néerlandais). Ces populations perdent rapidement contact avec leurs pays d'origine et se considèrent dès lors comme un peuple de l'Afrique à part entière revendiquant l'appellation d'Afrikaners. Le main d'oeuvre agricole incite bientôt la compagnie des Indes orientales à importer des esclaves depuis l'Angola, le Mozambique ou Madagascar. Le brassage de populations très diverses conduit à un important métissage entre Européens et Africains (leurs descendants sont appelés coloured people).

 

- A partir de la fin du XVIIIème siècle, les Britanniques s'intéressent de près à la région du Cap et recherchent à leur tour un poste de ravitaillement sur la route des Indes où ils sont implantés depuis peu. Dans un premier temps, les Boers considèrent les colons britanniques comme des alliés possibles dans leurs luttes contre les Xhosas (une population bantoue). Mais très vite, ils deviennent gênants puisque la Colonie du Cap passe sous souveraineté britannique, y entraînant du même coup l'abolition de l'esclavage en 1833. Or, les paysans boers utilisent une importante main d'oeuvre servile. L'emprise britannique sur le Cap est ainsi considérée comme une véritable remise en cause de la société boer, qui par réaction, se replie sur son identité afrikaners. L'hostilité grandit entre les Afrikaners et les Anglais.

 

 

 Les Afrikaners décident de migrer vers l'intérieur du continent afin d'échapper à la tutelle britannique. Ainsi, en 1836, 5000 Afrikaners environ partent à la conquête de nouvelles terres. Ils fondent ainsi l'Etat libre d'Orange (entre les fleuves Orange et Vaal), puis le Transvaal (au nord du Vaal) et enfin le Natal à l'est de la chaîne du Drakensberg. Ils y maintiennent une société esclavagiste particulièrement conservatrice. Convaincus d'être un "peuple élu", ils se replient sur leurs nouvelles "terres promises".

 

Après des tentatives pour conquérir ces territoires, les Anglais finissent par reconnaître les Etats boers: le Transvaal en 1852, puis l'Etat libre d'Orange en 1854. A cette date, 4 établissements blancs existent en Afrique du Sud: la colonie du Cap et le Natal, qui relèvent de l'autorité anglaise, et les deux Républiques  boers indépendantes. Toutes aspirent à s'étendre et ne tardent donc pas à rentrer en conflit avec les populations noires. La lutte pour la terre entraîne alors une série de guerres (guerres cafres) contre les Xhosas et les Zoulous. Mais bientôt l'antagonisme entre Boers et Britanniques l'emporte, en raison notamment de la découverte de richesses minières (diamants à Kimberley en 1867, or dans le Transvaal 20 ans plus tard)  qui relance l'intérêt britannique pour la région et attise de nouveau les rivalités.

Les gisements d'or font de la République du Transvaal la partie la plus dynamique de l'Afrique du Sud. Le gouvernement anglais de Disraeli, partisan d'une politique coloniale active, le comprend très vite et annexe les deux Républiques Boers en 1877. Quelques années plus tard, ces derniers, emmmenés par Paul Kruger, se révoltent et déclenchent la première guerre des Boers, en 1881. Finalement, le gouvernement britannique Gladstone restaure l'indépendance du Transvaal par la Convention de Pretoria (avril 1881). Deux ans plus tard, la découverte de nouveaux gisements d'or au Grand Reef (dans le Transvaal) déclenchent une nouvelle ruée vers l'or qui assure l'essor et la prospérité de Johannesburg. Le coeur économique de l'Afrique du Sud s'est donc déplacé du Cap vers le Transvaal. Les Anglais redoutent désormais que les importantes exportations de la région ne leurs échappent (via le port de Louranço Marques au Mozambique).

 

 

Désormais, il existe un réel conflit d'intérêt entre Le Cap et le Transvaal. Le Britannique Cecil Rhodes, directeur de la compagnie Or et Diamants De Beers, devient alors l'artisan zélé d'un projet britannique qui vise à relier l'ensemble de ses colonies africaines allant du Cap jusqu’au Caire. Il finance ses entreprises d'expansion britannique en Afrique australe grâce aux fonds de la Compagnie Britannique d'Afrique du Sud (la BSAC) qu'il a fondée en 1889. En 1895, il tente de renverser le gouvernement du Transvaal. L'expédition vire au fiasco. Le gouverneur et haut-commissaire anglais en Afrique du Sud, Alfred Milner, prend son relais et tente de convaincre Kruger (élu pour la quatrième fois président du Transvaal en 1898) de collaborer avec lui. En vain. Londres utilise un prétexte (mauvais traitements infligés aux mineurs anglais dans le Transvaal) pour déclencher à nouveau les hostilités contre les Boers. La deuxième guerre des Boers dure de 1899 à 1902 et se solde par l'annexion des Républiques Boers par les Anglais.Si les Britanniques remportent facilement les batailles à la régulière, ils doivent affronter une longue guérilla très meurtrière. Les Afrikaners se replient sur leur identité culturelle qui repose en premier lieu sur la langue . Désormais l'afrikaans supplante chez eux le néerlandais.

 

 

Finalement, l'indépendance de l'Union sud-africaine intervient en 1910 (membre du Commonwealth). Pretoria devient la capitale administrative et Le Cap la capitale législative. A la tête du Suid-Afrikaanse Partij, l'ex-général des Boers, Botha, devient le premier ministre. Les Afrikaners parviennent donc à s'imposer à la tête du nouvel Etat.  Soucieux de récupérer les pouvoirs politique et économique, ils renforcent la ségrégation entre les peuples. Presque tous les Blancs adultes obtinrent le droit de vote à la différence des Sud-Africains noirs. La loi sur la propriété foncière de 1913 impose une répartition du sol particulièrement injuste. Les populations noires, largement majoritaires (70% de la population), se voient cantonnées dans des « réserves indigènes » qui ne forment que 7 % de la superficie du pays. Ailleurs, l'accès à la propriété foncière leur est interdit.

 

Progressivement, tout un arsenal juridique organise une stricte séparation des populations aboutissant à l'exclusion politique et économique:

- en 1923, les Africains n'ont accès aux villes qu'à condition d'y posséder un emploi.

- en 1926, l'accès aux emplois qualifiés dans l'industrie leur est interdit.

L’aboutissement de ce processus d'exclusion intervient avec l'arrivée au pouvoir en 1948 du Parti National de Daniel Malan. Ce mouvement ultranationaliste impose alors l'apartheid ("séparation" en afrikaans). Ce système politique, et juridique repose sur la stricte séparation des Blancs et des non-Blancs, assurant l'hégémonie d'une petite minorité blanche sur le reste de la population (piste audio n°1 ci-dessous).

 

Une des nombreuses plaques apposées sur les lieux publics en Afrique du sud au temps de l'Apartheid.

 

* Au cours des années 1950, une série de lois et ajustements juridiques permettent de contrôler la population:

- Le population registration act (loi d'enregistrement de la population) de 1950 aboutit à la classification, sur des bases raciales, de la population. Quatre groupes sont distingués: les Blancs, les Coloured People (métis), les indiens et les Noirs qui deviennent des étrangers à l'intérieur de leur propre pays.

- La prohibition of mixed mariages interdit les mariages inter-raciaux (1949) , tandis que l'immorality amendment act prohibe aussi les relations sexuelles.

- La reservation of separate amenities act (loi sur la séparation des équipements publics de 1953) aboutit à la ségrégation dans tous les lieux publics (transports, écoles, hôpitaux, cimetières...). On parle de Petty apartheid.

Une corde sépare Blancs et Noirs dans un stade.

 

- Le Group aeras act conduit à une ségrégation spatiale implacable puisqu'il détermine, pour chaque groupe racial, une zone d'habitation. Pour les Noirs sont ainsi créés 10 homelands ("patries") ou bantoustans, régions rurales bien délimitées qui se transforment en "réserves" indigènes prétendument autonomes. Ces Etats n'ont aucune viabilité économique, leurs frontières contournent les mines et les terres arables, et ils n'ont aucune continuité territoriale. Bernard Droz (voir sources) rappelle que" les Bantoustans répondent à un triple objectif: freiner la mobilité géographique de la main d'oeuvre, et par là son insertion urbaine; atténuer les tensions en permettant à une élite noire d'accéder à des responsabilités, entraver et diviser le nationalisme noir en ranimant la diversité ou les hostilités ethniques". Cette mesure (Grand Apartheid) réserve l'immense majorité du territoire (les meilleures terres) à la minorité blanche.

 L'Afrique du sud au temps de l'apartheid (source: atlas historique).

 

Il convient d'ajouter à ce dispositif législatif l'apartheid urbain, qui oblige les Noirs à vivre à l'écart des villes, dans des agglomérations de petites habitations, les townships, dont Soweto (acronyme de South West Townships), constitue l'archétype (piste 4). A 16 ans, tous les Noirs doivent posséder un pass qui détermine où ils peuvent vivre, travailler. La législation réglemente ou interdit en effet les déplacements intérieurs.

Maisons dans le township de Soweto. Ce quartier -au départ simple appendice de Johannesburg- s'est rapidement transformé en un gigantesque lotissement formé de plus de 90 000 petites maisons cubiques identiques appelées matchboxes ("boîtes d'allumettes"). 

 

Sous couvert d'anticommunisme, les gouvernements successifs autorisent la répression de toute activité d'opposition. La loi sur le terrorisme (1967), terme à la définition particulièrement élastique dans la loi, légalise les mesures d'exception (état d'urgence, couvre-feu...) et conduit le pays dans une dérive totalitaire. De fait, la classification des individus selon des critères raciaux, l'emprise de l'Etat sur l'individu, jusque dans la sphère la plus intime; les déplacements de personnes dans des territoires réservés ne manquent pas de faire songer à l'Allemagne nazie, même si évidemment la comparaison s'arrête là.

 

 

La photo, en noir et blanc, a fait le tour du monde, symbole de la brutalité du régime d'apartheid: Hector Pieterson, écolier abattu par la police le 16 juin 1976, première victime du soulèvement de Soweto, gît dans les bras d'un plus grand que lui, en larmes.

 

La politique d'Apartheid entraîne une contestation intérieure importante. C'est particulièrement vrai après la nomination de Hendrick Frensch Verwoerd comme premier ministre en 1958. Toute tentative de remise en cause du statu quo est combattue avec violence par le pouvoir blanc, qui maintient de fait les populations noires dans la misère et la marginalité. Ces injustices contribuent ainsi à gonfler les rangs de l'ANC.

 

L'African National Congress (créé en 1912) anime la lutte des Noirs depuis soixante ans et se renforce avec l'accession à sa tête d'une génération de jeunes gens déterminés au cours des années 1940, en particulier Oliver Tambo, Nelson Mandela, Walter Sisulu. L'ANC opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire. En 1952, avec le South African Indian Congress (organisation populaire auprès des importantes populations indiennes du pays), l'ANC orchestre la Defiance Campaign against injust Laws. Ce mouvement de désobéissance civile fustige en particulier les Pass Laws, ces lois interdisant les déplacements des non-Blancs à l'intérieur du pays (ils ne peuvent ainsi quitter les terres appartenant aux Blancs, et sur lesquelles beaucoup travaillent, pour émigrer vers les villes). Le mouvement se prolonge en 1953, mais il est rudement réprimé.

Oliver Tambo et Nelson Mandela, en 1962.

 

 

En réaction, l'ANC organise en 1955, à Klipfontein près de Johannesburg, un "congrès du peuple", au cours duquel est adoptée la "Charte de la liberté", qui sert dès lors de plate-forme pour l'ANC. Cette charte repose sur quelques principes intangibles:

- égalité raciale,

- la démocratie,

- nationalisation des grandes entreprises,

- réformes agraires,

- instauration d'un salaire minimum...

 

L'influence grandissante de l'ANC inquiète bientôt les autorités qui durcissent la répression. Une série de procès intentés aux leaders du mouvement s'engage. Entre-temps, une scission se forme au sein de l'ANC. Un groupe dirigé par Robert Sobukwe s'inquiète de l'influence des "communistes" sur la politique du mouvement. Expulsé de l'ANC en 1958, il fonde le Pan-Africanist Congress (PAC), favorable au nationalisme africain.

 

Massacre de Sharpeville en mars 1960.

 

En 1960, le gouvernement prépare un référendum sur la transformation du pays en République et sur la sortie du Commonwealth. L'ANC et le PAC, taisent alors leurs différences, pour organiser d'importantes manifestations pour obtenir des augmentations de salaires et la suppression des Pass Laws. Le 21 mars, alors que 300 000 Africains se dirigent vers le Parlement du Cap, la police ouvre le feu et abat 69 habitants de Sharpeville. Le mouvement de contestation prend une ampleur colossale. Les autorités décident alors d'interdire l'ANC et le PAC. Pour la première fois, la communauté internationale sort de son apathie et condamne le massacre de Sharpeville.

 

 

 

Les leaders de l'ANC, contraints à opérer dans la clandestinité, tirent les enseignements du drame et abandonnent la résistance passive pour la lutte armée. En 1962, la police arrête une partie de la direction clandestine de l'ANC, notamment Nelson Mandela, qui fait désormais figure de dirigeant de l'organisation. Le procès de Rivonia, en 1964, condamne Mandela et 7 autres co-accusés à perpétuité dans la prison de Robben Island, au large du Cap. Les partisans de l'ANC et du PAC qui sont parvenus à passer entre les mailles du filet s'exilent dans les pays limitrophes, notamment en Zambie, en Tanzanie. L'éloignement limite leur influence sur le plan local. En éliminant la direction de ces organisations, les autorités s'assurent une relative tranquillité pour une dizaine d'années, même si, tout au long de cette période des militants sont constamment arrêtés puis incarcérés sans procès.

 

En 1966, le premier ministre Hendrik Verwoerd se fait poignarder par un huissier au Parlement. B. J. Vorster lui succède et continue de bâillonner toute forme d'opposition. A partir des années 1970, le gouvernement décide d'accélérer le processus d'"indépendance" des bantoustans. L'objectif est de priver tous leurs habitants de leur citoyenneté sud-africaine.

 

Steve Biko.

 

L'annonce que l'afrikaans devient obligatoire dans les écoles suscite une immense colère dans les townships. Soweto s'embrase le 16 juin 1976. En réalité, les causes de ces révoltes sont bien plus profondes. Le Mouvement de la conscience noire animé par Steve Biko semble l'instigateur de cette explosion de colère. Pendant 18 mois, , les lieux publics sont incendiés, les voitures brûlées, les commerces pillés. De proche en proche, la fièvre gagne bientôt les quartiers résidentiels métis et indiens. Une terrible répression s'abat de nouveau sur le pays. Les services de sûreté arrête Steve Biko le 18 août 1977. Il mourra 26 jours plus tard des suites des blessures qui lui sont faites lors de son interrogatoire (piste 2, 3).

 

Cette répression policière dans les townships révoltés aura néanmoins de fortes répercussions:

- elle frappe le monde entier avec des clichés qui font le tour du monde. On relève entre 600 et 1000 morts. L'opinion internationale prend enfin véritablement conscience de la nature du régime.

- De jeunes militants fuient le pays et rejoignent les rangs de l'ANC en exil, ce qui contribue à galvaniser le mouvement après l'atonie de la décennie précédente. L'organisation, désormais dirigé par Oliver Tambo, multiplie les attaques sur le front militaire. Il sabote des installations statégiques. Surtout, elle parvient enfin à obtenir des relais au sein de la communauté internationale qui prend des mesures fortes (sanctions économiques, embargo sur les armes, boycotts des rencontres culturelles et sportives).

 

 

Le 21 juin 1976, des émeutiers utilisent des voitures en guise de barricade ( Keystone/Getty Images).

 

* A l'intérieur du pays, l'opposition noire réapparaît progressivement.

- Bien qu'interdits, les syndicats deviennent très puissants à l'instar du Congress of South African Trade Unions (COSATU).

- les leaders religieux tels que Allan Boesak ou l'archevêque anglican Desmond Tutu prennent la parole au nom des Noirs et se font l'écho de leurs aspirations.

- en 1985, une fédération de mouvements anti-apartheid, proches de l'ANC, forment l'United Democratic Front.

Les pays de la "ligne de front" (cf: le Dessous des cartes).

 

 

Incontestablement à partir des années 1980, si la situation s'est décantée dans le reste de l'Afrique australe, le régime de l'apartheid, bien que fragilisé, semble encore solide. Pourtant, c'est aussi au cours de cette décennie que la mobilisation anti-apartheid prend une dimension internationale. Les projecteurs se braquent désormais sur l'Afrique du sud. En 1984, l'archevêque anglican Desmond Tutu reçoit le Prix Nobel de la Paix, pour son action contre le régime. L'isolement des autorités sud-africaines grandit. Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. Le Zimbabwe accède à l'indépendance en 1980. En exil, les leaders de l'ANC poursuivent la lutte depuis les "pays de la ligne de front" (pistes 2 et 7). L'ANC renforce ses camps d'entraînements en Angola, au Mozambique, en Zambie et en Tanzanie et développe des missions diplomatiques en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis. Il faut dire que depuis la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide, le gouvernement sud-africain ne peut plus se targuer de constituer le dernier rempart contre le communisme en Afrique australe. Ses soutiens occidentaux l'abandonnent. 

L'embargo économique décrété par l'ONU se durcit fortement et contribue à l'asphyxie du pays qui avait pu jusque là vivre en relative autarcie. La situation économique est aggravée aussi par de grandes grèves menées par la COSATU, le syndicat des travailleurs noirs. La révolte intérieure se généralise au milieu de la décennie, animée notamment par l'United Democratic Front (sorte de vitrine légale de l'ANC toujours interdit) et sa branche armée, "la lance de la nation" qui opère depuis les pays de la "ligne de front". Tous ces éléments expliquent aussi que la campagne internationale en faveur de la libération de Mandela prenne une ampleur sans précédent (piste 5).
 

 

Affiche de la COSATU, en 1989.

   

A la fin des années 1980, la minorité blanche au pouvoir doit lâcher du lest sous la pression de plusieurs pays occidentaux, notamment les Etats-Unis. Des négociations secrètes s'ouvrent donc à l'initiative de Nelson Mandela (auquel s'associe Oliver Tambo, président de l'ANC en exil en Zambie). L'arrivée au pouvoir de Frederik De Klerk en 1989 accélère le processus de sortie de l'apartheid. Membre du parti national, cet Afrikaner se persuade de mener des réformes indispensables. Il est alors mis sous pression par la poussée électorale de l'extrême droite qui recueille 30% des voix. Par la déclaration de Harare, l'ANC se dit prêt à négocier sous condition: levée de l'état d'urgence, libération des prisonniers politiques, légalisation des organisations dissoutes, suspension de la peine de mort. 

 

 

Nelson et Winnie Mandela le jour de la libération du grand leader sud-africain.

 

Après 26 ans d'incarcération, Mandela est libéré le 11 février 1990. L'année 1991 voit l'abrogation de la plupart des lois de l'apartheid. Pour autant, le plus dur reste à faire. La minorité blanche n'entend pas se dessaisir du pouvoir à n'importe quel prix. La transition démocratique s'opère dans un climat de grandes violences politiques attisées par les ultanationalistes blancs qui multiplient les attentats, mais aussi par l'Inkhata, une organisation zulu militant pour une restauration monarchique dans le bantoustan du Kwazulu. Elle enclenche un cycle de violences avec les partisans de l'ANC. Mandela redoute toute forme de séparatisme et reste attaché à une vision unitaire de la future nation. Le pays est au bord de l'explosion, l'état d'urgence est réinstauré. Malgré tout, ces violences n'enrayent pas le processus de négociation en cours. Un compromis est enfin trouvé et permet l'adoption d'une constitution intérimaire en décembre 1993. Ainsi, les membres du gouvernement sortant restent associés à la gestion des affaires pendant 2 ans à partir des élections. Il convient en effet de ménager les Blancs qui détiennent toujours le pouvoir économique.

 

Avril 1994, Nelson Mandela vote lors des premières élections démocratiques dans le pays.

 

Lors des premières élections libres et multiraciales d'avril 1994, l'ANC rassemble 63% des suffrages. Le 10 avril 1994, Nelson Mandela devient le premier président noir du pays. Il choisit aussitôt deux vice-présidents, Thabo Mbeki, issu de son parti, et Frederik De Klerk, issu de la minorité blanche et précédent chef du gouvernement. Enfin, il nomme un gouvernement d'union nationale. De Klerk et Mandela reçoivent conjointement le prix Nobel.


 

Frederik De Klerk et Nelson Mandela.

 

Forcément, 50 ans d'un régime aussi terrifiant que celui de l'apartheid laisse des traces profondes dans les esprits, aussi la Commission vérité et réconciliation présidée par l'archevêque anglican Desmond Tutu en 1996-1997 a pour mission de faire la lumière sur les crimes de l'apartheid.

 

Conclusion:

 

Il est assez remarquable de constater qu'après un demi-siècle d'apartheid, régime au combien brutal et destructeur, l'Afrique du sud a réussi sa transition démocratique. Certes, tout n'est pas rose dans la nation arc-en-ciel. Le pays est ravagé par une insécurité endémique, des inégalités sociales énormes subsistent, des problèmes sanitaires majeurs liés notamment au sida frappent la société sud-africaine. Pour autant, le pays bénéficie d'une certaine stabilité et n'a pas sombré dans le chaos comme tant d'observateurs le redoutaient. On doit incontestablement cet état de fait à la personnalité exceptionnelle de Mandela (piste 5, 6, 7, 8). Fr. X. Fauvelle-Aymar (voir sources) rappelle à ce propos:

"Il faut dire (...) ce que ce tour de force doit à la personnalité et à la vision politique de Nelson Mandela, héros de la lutte des Noirs contre l'apartheid durant un quart de siècle, et qui sut acquérir dans les années 1990, auprès de ses concitoyens blancs, une popularité due en partie à sa rhétorique consensuelle et à son action volontariste dans un registre symbolique et identitaire auquel les Afrikaans étaient particulièrement sensibles [...]. De même, le "geste" politique consistant à ne pas briguer de second mandat en 1999 permit à la figure inentamée du père de la nation de conserver un prestige moral sans égal, à l'heure où les chefs d'Etat de certains pays africains avaient sans discontinuer présidé aux destinées de leur pays depuis les années 1970."

Cette libération suscite une allégresse immense dans toute l'Afrique, elle représente un signal fort de liberté et de justice pour tout le continent.

 

Nelson Mandela et Desmond Tutu.

 

L'apartheid a des répercussions immenses sur la vie quotidienne. Les musiciens et chanteurs furent, comme les autres, victimes de cette politique ségrégationniste. Les musiques jouées par des Noirs furent boudées par les grands médias nationaux. La censure prive aussi de nombreux chanteurs d'une notoriété pourtant méritée. Des circuits commerciaux séparés tentèrent aussi de cloisonner "musiques blanches" et "musiques noires". Pour autant, quelques chanteurs se firent d'inlassables dénonciateurs du régime oppressif.

 

 

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La lutte contre l'apartheid et la haute figure morale de Nelson Mandela inspirent de nombreux musiciens. L'impact de la musique, son caractère fédérateur ne saurait être négligé. Les textes forts de nombreux morceaux contribuent indirectement, à leurs niveaux, à une prise de conscience de la sitution politique en Afrique du sud, dès les années 1970 dans le reggae ou au cours des années 1980 par le biais de la musique rock.

D'innombrables chansons ont donc pris pour thème Mandela et l'apartheid. Citons parmi les gros succès: "Soweto blues" par Miriam Makeba, "l'Esclave" de Papa Wemba, "Sisi Mandela" du Congolais Tabu-Ley Rochereau, "Soweto" de Sam Mangwana, "Apartheid" par Xalam, "Apartheid is nazism" d'Alpha Blondy, "Biko" de Peter Gabriel, "Mandela day" des Simple Minds, Brenda Fassie "black president"... la liste est loin d'être exhaustive. Ci-dessous, 7 autres morceaux plus ou moins connus:

 

1. Ras Menelik: Chant down apartheid". Le reggae est une musique de combat qui fustige l'oppression et le racisme. Le régime de l'apartheid devint donc une des cibles favorites des musiciens jamaïcain ou africain comme le prouve le morceau du reggaeman nigérian Sonny Okosum. 

2. Sonny Okosun: "Fire in Soweto".

Pochette du disque "Fire in Soweto" de Johnny Okosun, reggaeman nigérian.

3. Tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)". Steven Biko est un jeune militant charismatique qui meurt en détention le 12 septembre 1977. Peter Gabriel lui rend un poignant hommage avec son morceau "Biko". A Tribe Called Quest propose ici un rap très réussi.

4. Super Diamono de Dakar: "Soweto". La superstar sénégalaise du mbalax, Omar Pené et le super diamono dénonce l'oppression dont sont victimes les Noirs entassés dans les townships.

5. Specials: "Nelson Mandela". Ce morceau écrit par Jerry Dammers, leaders des Specials, en 1984, s'impose comme un chant de ralliement pour la communauté internationale, enfin prête à mettre sous pression le système de l'apartheid. Un élan de compassion apparaît pour le plus ancien prisonnier politique de la planète en Europe et aux Etats-Unis où Mandela restait alors largement méconnu du grand public. D'autres chanteurs anglo-saxons tels que Jeff Beck, Eric Clapton, Phil Collins ou Sting soutiennent alors l'action d'amnesty international.

 

Le 11 juin 1988, le stade de Wembley à Londres accueille les plus grandes stars internationales pour un concert géant en l'honneur de Nelson Mandela. A 70 ans, ce dernier reste enfermé dans sa cellule de Pollsmoor dans la banlieue du Cap. En septembre 1988, Amnesty International organise une tournée mondiale à laquelle participent Peter Gabriel, Bruce Springsteen, Tracy Chapman, Sting et Youssou N'Dour pour le respect de la déclaration universelle des droits de l'Homme. Les protagonistes du concerts de 1988 se réunissent de nouveau dans le stade de Wembley en 1990, en présence de Nelson Mandela, tout juste libéré.

6. Johnny Clegg et Savuka: "Asimbonanga" (1987). En 1986, Johnny Clegg fonde le groupe Savuka ("nous nous sommes levés") qui rencontre un succès international, notamment en France, grâce au totre "Asimbonanga", un titre hommage à Nelson Mandela. La chanson se voit immédiatement interdite d'antenne dans son pays. Peine perdue, Asimbonanga devient l'hymne de la résistance portée à l'échelle internationale. Condamné à la prison à vie en 1964, le nom de Nelson Mandela doit être oublié. "Nous ne l'avons pas vu" (traduction littérale d'Asimbonaga), dit le refrain en zoulou. Dans l'un des couplets, écrits, eux, en anglais, Clegg évoque Steve Biko, Victoria Mxgengen, Neil Agget, des militants de la lutte anti-apartheid assassinés.



Johnny Clegg et Sipho Mchunu.

7. Youssou N'Dour: "Nelson Mandela". Le chanteur sénégalais, très inmpliqué dans la lutte pour le respect des droits de l'Homme dans le monde aux côtés d'Amnesty International, dédie son morceau à Mandela.

 

8. Discours de Nelson Mandela lors de sa libération suivi de commentaires de l'historien Elikia MBokolo.

 

Sources:

Cet article est basé sur une série de d'articles de l'histgeobox consacrés à l'histoire de l'Afrique du Sud. Mais il est largement étoffé et complété grâce aux ouvrages ou émissions suivants ...

  • Henri Wesseling, Les empires coloniaux européens. 1815-1919, folio histoire, 2004.
  • L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006.
  • E. Melmoux et D. Mitzinmacker, Dictionnaire d'histoire contemporaine, Nathan, 2008.
  • L'Afrique enchantée: "l'Afrique du sud: on dit quoi?".
  • Bernard Droz, Histoire de la décolonisation, Point, Le Seuil.
  • Les émissions du dessous cartes consacrées à l'histoire de l'Afrique du Sud: "une nation arc en ciel" et "la transition post-apartheid".
  • Odile Goerg, L'Afrique XVIIIè-XXIè siècle, Junior Histoire, Autrement, 2005.
  •  L'épopée des musiques noires sur RFI: "Mandela day".
  • Frank Tenaille, Le swing du caméléon, Actes sud, 2000.

 

 

Liens:


* Sur Samarra et l'Histgeobox:

 

 

* Ailleurs sur la toile:

 

Les décolonisations africaines en musique (2) 1960-1990

par blot Email

Dans un premier épisode, nous nous sommes intéressés aux premières décolonisations en Afrique noire, de 1957 à l'année 1960. Il semble possible de distinguer deux autres périodes dans ce processus qui court de 1957 à 1990.

 

- Une deuxième phase s’étend de 1960 à 1965 avec la décolonisation hésitante des possessions britanniques en Afrique orientale (Tanganyika, Kenya, Ouganda) et centrale (les Rhodésies ainsi que le Nyassaland).

- L'ultime phase, particulièrement longue et conflictuelle, oppose d'un côté le Portugal salazariste, les régimes d'apartheid du Zimbabwe et de l'Afrique du Sud aux mouvements nationalistes africains déterminés à obtenir satisfaction.

Dans un troisième épisode, nous étudions le cas spécifique de l'Afrique du Sud.

 

 

  • La seconde phase des décolonisations africaines (1960-1965).

 

L'Afrique occidentale.

 

L'émancipation des deux derniers territoires d'Afrique de l'ouest encore colonisés, la Sierra Leone et la Gambie, ne pose guère de difficultés. Dans ces deux petits pays aux ressources modestes, les Britanniques adoptent le processus gradualiste classique de transfert des pouvoirs qui s'y réalise sans heurts, en 1961.

Dans les territoires britanniques d'Afrique orientale et centrale en revanche, la question politique est compliquée par l'existence d'une population hétérogène: un colonat blanc important, des groupes asiatiques et une population noire majoritaire mais marginalisée.

 

 Julius Nyerere lors de l'indépendance de la Tanzanie.

 

 L'Afrique orientale:


- En décembre 1961, le Tanganyika accède à l'indépendance sous la houlette du Tanganyika African National Union (TANA) de Julius Nyerere (qui présidera aux destinées du pays jusqu'en 1985). Ce leader charismatique rassure les Britannique par sa modération. Membre du Commonwealth, le nouvel État s'unit en 1964 au Zanzibar pour former la Tanzanie.

 

- En Ouganda, les forces ethniques centrifuges menacent d'éclatement cette entité territoriale. Dans le cadre de l'Indirect rule, les Britanniques s'étaient appuyés sur la monarchie et l'aristocratie ganda au détriment des autres groupes ethniques. Andrew Cohen, nommé à la tête de la colonie en 1952, tente de la conduire vers davantage de démocratie, en assurant désormais une meilleure représentation aux différents groupes ethniques. Craignant pour son autorité, le Kabaka, c'est à dire le souverain du Bouganda, un protectorat administré séparément, proteste (en 1953). Il est aussitôt déposé et déporté ce qui contribue au bout du compte à souder les populations derrière lui. Il est donc réintronisé en 1955 après avoir accepté un compromis. A partir de 1959, des troubles éclatent et des actions de boycottage sont menés contre les boutiques tenues par l'importante minorité asiatique du pays qui a profité du boom économique des années 1950. Ces troubles accélèrent l'obtention de l'autonomie interne en 1961 avant l'accession de l'Ouganda à l'indépendance le 9 octobre 1962. Milton Obote, dirigeant de l'Uganda People's Congress, en devient le président.

 

- Au Kenya, l'indépendance n'est acquise qu'après une longue lutte. Dans cette colonie de peuplement, l'économie de plantation domine. Les propriétaires blancs monopolisent les terres fertiles des hauts plateaux (Londres leurs accorde l'utilisation exclusive de ces White Highlands) dont ont été expropriées les populations indigènes, contraintes de se louer comme ouvriers agricoles auprès des nouveaux détenteurs du sol.

 

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 Répression des soulèvements au Kenya lors de la guerre des Mau Mau.

 

En 1947, un économiste kikuyu, Jomo Kenyatta fonde l'Union africaine du Kenya, dont le slogan “un homme, un vote” entend remettre en cause les profondes inégalités liées à la colonisation. L'administration coloniale ne pouvait accéder à cette demande. Or, dans le même temps éclate une insurrection paysanne encadrée par les Mau-Mau, une société secrète traditionnelle, dont les membres faisaient serment de lutter pour la libération de leur terre et s’attaquaient aux Kenyans «loyalistes», employés de l’Etat, enseignants… D'une manière générale, les Mau-Mau entendent expulser les colons européens par les armes. Il développent bientôt des techniques de guérillas efficaces. En 1952, les Britanniques refusent toute réforme et proclament l'état d'urgence (il se prolonge pendant 8 ans). Ils en profitent pour arrêter Jomo Kenyatta qui est condamné à sept ans de prison pour collusion avec les Mau-Mau. Pourtant, ce dernier dénonce les violences perpétrées par les Mau-Mau. Finalement la rébellion est vaincue en 1955. Libéré, Kenyatta crée un nouveau parti, le KANU qui remporte les élections et devient l'interlocuteur obligé des autorités coloniales qui acceptent de négocier. L'indépendance est finalement obtenue en décembre 1963.

 

 

  Jomo Kenyatta dans les rues de Nairobi, le 1er juin 1963.

 

L'Afrique centrale:

 

Au nom du principe du partenariat (partnership) et de "l'association des races", le Royaume uni crée la Fédération d'Afrique centrale qui groupe les Rhodésies et le Nyassaland, en 1953. Dans les faits, 290 000 Blancs conservent la suprématie politique. Les minorités asiatiques jouent, quant à elles, un rôle important dans l'économie. Enfin, les Noirs, de loin les plus nombreux, restent marginalisés. Cette fédération, contrôlée par la minorité blanche, permettait donc d'engager une politique d'apartheid, à l'exemple du système sud-africain.

 

C'est au Nyassaland, où les Blancs restent très peu nombreux, que les contestations se développent d'abord. Sous la direction du docteur Hastings Banda, le Nyassaland African Congress, fondé en 1945, lance le pays dans une action de désobéissance civique contre la fédération à partir de 1958. En Rhodésie du Nord, Kenneth Kaunda se lance dans une confrontation directe et radicale contre le premier ministre de la Fédération, le syndicaliste Roy Welensky. Pour couper court aux velléités contestatrices, les autorités répriment fermement dans l'ensemble de la Fédération, ce qui accuse encore davantage les antagonismes entre Blancs et Noirs. La situation s'avère bientôt ingérable et convainc le gouvernement britannique Macmillan de la faillite de la fédération. Au cours d'une tournée en Afrique au début de 1960, Macmillan demande aux Blancs d'accepter le "vent du changement" en Afrique. Ceci aboutit à la dissolution de la Fédération en 1963. En 1964, le Nyassaland devient indépendant sous le nom de Malawi et la Rhodésie du Nord sous celui de Zambie. La Rhodésie du Sud en revanche conserve alors son statut de self-governing colony.

 

  • La phase finale des décolonisations africaines (1965-1990).

 

De la Rhodésie au Zimbabwe

En 1965, le premier ministre Ian Smith déclare l'indépendance de la Rhodésie du Sud unilatéralement, rompant avec le Royaume Uni, qui voulait une participation noire au gouvernement comme préalable à l'indépendance. L'importante minorité blanche refuse précisément cette évolution et impose un régime d'apartheid en tout point comparable à celui de l'Afrique du sud. La communauté internationale finit par s'émouvoir. L'ONU et l'Organisation de l'Unité Africaine condamnent ce régime raciste.

 

A partir des années 1970, une guerre de libération est menée depuis les Etats voisins par deux mouvements:

- la ZAPU, Zimbabwe African Porpular Union, de Joshua N'Komo soutenue par l'URSS et qui opère depuis la Zambie voisine.
- la ZANU, Zimbabwe African National Union, de Robert Mugabe, aidée quant à elle par la Chine et dont la base arrière se situe au Mozambique.

 

Robert Mugabe et Holden Roberto.

 

Les deux mouvements parviennent à faire front commun pour lutter plus efficacement contre le régime de Ian Smith. Ce dernier bénéficie du soutien de l'Afrique du sud, mais aussi de quelques puissances occidentales qui réussissent à contourner l'embargo de l'ONU en vendant des armes.

 En fait, aucune bataille décisive n'intervient et des négociations s'ouvrent au Royaume Uni en 1979. Le Front de libération se trouve en position de force puisqu'il contrôle de vastes zones du territoire. En décembre 1979, les accords de Lancaster House à Londres sont signés. Les intérêts des Blancs sont sauvegardés, mais des élections multipartites et multiraciales doivent être organisées dans les deux mois suivant la signature de l'accord.

 

Le parti de Robert Mugabe l'emporte très largement. En avril 1980, la proclamation de l'indépendance de la Rhodésie à lieu. Elle devient alors le Zimbabwe.

 

 

La décolonisation portugaise.

 

A l'exception de la Zimbabwe et de la Namibie, ce sont donc les colonies portugaises qui ferment la marche des indépendances, obtenues au prix de longues guerres très meurtrières. Le dictateur Salazar refusait toute idée d’émancipation. Alors que les autres empires coloniaux disparaissent, l'Estado Novo s'investit soudainement dans un empire jusque là plutôt négligé et n'entend rien des désirs d'émancipation qui se font jour dans la colonie. Lisbonne forge l'idée d'une égalité entre la métropole et l'outre-mer, menant à contre-temps une politique de recolonisation, avec une promesse de réussite outre-mer permettant de soulager la crise économique chronique qui touche alors la métropole. L'immigration est donc facilitée, notamment en Angola, colonie la plus vaste (10X la métropole) et la plus riche (pétrole, diamant, fer, café, etc.) de l'empire.

 

Le Portugal avait élaboré en Angola une doctrine coloniale fondée sur l’assimilation et l’intégration. Dans les faits, les colons ( les civilisados), citoyens portugais bénéficient de privilèges au détriment des autochtones, victimes de discriminations. Au sein de ces derniers, on distingue:

 - une minorité (Noirs ou métis) qui profite du statut d’assimilés (assimilados), conférant tous les droits attachés à la citoyenneté portugaise.

- Les non-assimilés restent soumis au statut de l'indigena (95% de la population de l'Angola). Ils réclament bientôt une évolution sociale et politique de leur pays.

Malgré les promesses, Guinée-Bissau, Mozambique et Angola végètent dans le marasme économique.
Le sous-équipement sanitaire et scolaire, l'immobilisme autoritaire du régime contribuent un peu plus à marginaliser les populations colonisées.

 

Pourtant, une apathie trompeuse semble régner dans les colonies portugaises au cours des années 1950. Les colons en armes, l'armée, la police politique (PIDE) assurent le maintien de l'ordre, guère perturbé par une population qui semble résignée. D'autre part, le Portugal, membre de l'OTAN, insiste sur son rôle de rempart contre le communisme en Afrique australe.

Face aux inégalités flagrantes, la fiction d'une nation multiraciale vole bien vite en éclat. Les arrestations sous prétexte de subversion se multiplient à partir de 1959-1960, ce qui pousse de nombreux nationalistes à l'exil.

 Timbre angolais (1975).

 

Les meneurs des mouvements de libération (Amilcar Cabral en Guinée, Agostinho Neto en Angola, Marcelino de Santos au Mozambique), des assimilados, formés dans les universités portugaises, adhèrent au marxisme et coopèrent avec le parti communiste portugais clandestin. Ils forment bientôt leurs propres partis:

 - le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) d'Amilcar Cabral (en 1956).

 - le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) de Samora Machel (il remplace de Santos tué lors des combats) qui entre en rébellion en 1964.

 - En Angola, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) d'Agostinho Neto.

 Dans ce pays, d'autres organisations, non marxistes, combattent aussi contre les troupes portugaises. Ainsi l'Union des populations de l'Angola (UPA), qui devient plus tard le Front National de Libération de l'Angola (FLNA) de Holden Roberto se réclame de l'ethnonationalisme

 

 

Sur le plan international, le Portugal se trouve dans la ligne de mire des pays afro-asiatique à l'ONU. Ainsi, en décembre 1961, l'Assemblée générale de l'organisation adopte une résolution condamnant la politique coloniale portugaise. Par ailleurs, au cours des années 1960, les colonies portugaises se retrouvent cernés par des pays nouvellement indépendants qui servent dès lors de bases arrières aux mouvements de libérations (la Guinée-Conakry pour la Guinée-Bissau, le Congo-Léopoldville pour l'Angola, la Zambie et la Tanzanie pour le Mozambique).

 

Finalement, une révolte éclate à Luanda en février 1961, bientôt relayée par une insurrection paysanne massive. Les mouvements nationalistes lancent des actions de guérilla. Ces révoltes, mal préparées, sont suivies de représailles particulièrement sanglantes et déclenchent l'exode de populations très nombreuses vers la République du Congo.

 La guérilla armée gagne la Guinée-Bissau en 1963 et le Mozambique en 1964. La force militaire portugaise, épaulée par la redoutable police secrète (PIDE) arrête, emprisonne et traque les révoltés, sans pour autant en venir à bout. De nombreux nationalistes poursuivent la lutte en exil depuis les pays voisins.

 

A partir de 1965, les Portugais doivent combattre sur tous les fronts. Pour vaincre, les autorités engagent des moyens considérables. En 1971-1972, le Portugal consacre la moitié de son budget à la préservation de son empire et porte à 4 ans le service militaire! On compte alors 200 000 soldats outre-mer. Les techniques de contre-guérilla se révèlent assez efficaces sur le terrain. En Angola, le MPLA et le FLNA sont contenus, mais dans le Sud, l'armée affronte un nouvel adversaire, l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola créée par Jonas Savimbi en 1966). En revanche, en Guinée-Bissau, le PAIGC parvient à contrôler de vastes régions à partir de 1968.

 

 Amilcar cabral, le charismatique leader du PAIGC et chef incontesté de guerre de libération en Guinée-Bissau.

 

Inflexibles, les autorités portugaises accélèrent la politique de peuplement des colonies, surtout en Angola (avec un maximum de 550 000 Blancs dans les colonies portugaises en 1973).Elles tentent en parallèle d'attirer les investisseurs étrangers afin d'assurer le développement économique de la colonie pour mieux convaincre la communauté internationale de la validité de son action outre-mer. Mais il est trop tard.

A partir du début des années 1970, le Portugal se trouve dans l'impasse, de plus en plus isolé. En 1970, le conseil de sécurité de l'ONU obtient la condamnation solennelle du pays. L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) sert également de forum aux nationalistes.

Ces conflits de décolonisation s'internationalisent bientôt, puisque les mouvements nationalistes africains recherchent des appuis extérieurs, principalement dans le bloc de l'Est. La Chine et l'URSS fournissent des conseillers militaires et des armes. La rivalité sino-soviétique est telle qu'elles soutiennent des factions opposées (en Angola, la Chine épaule l'UNITA et le FLNA tandis que l'URSS  soutient le MPLA) qui se combattent sur le terrain. Ses divisions expliquent en partie la difficulté des mouvements nationalistes à s'imposer.  

 

Défilé organisé par le MPLA dans un stade de Luanda, en 1975.

 

En fait, c'est en métropole que le sort des colonies se jouent. Les très lourdes dépenses budgétaires consacrées à la guerre et la conscription obligatoire suscitent un vif mécontentement populaire au Portugal qui entraîne la chute la chute de la dictature en 1974 (Révolution des oeillets). C'est ce soulèvement qui permet le processus d'émancipation dans les colonies aboutissant aux indépendances.

Le PAIGC dirige la Guinée-Bissau indépendante en septembre 1974 et obtient l'année suivante le rattachement du Cap Vert.


Luis Cabral (frère d'Amilcar), nouveau président de la Guinée-Bissau et vice-président du PAIGC s'entretient avec des soldats de l'armée de Libération, en juin 1974 (photo: AFP).

 

Le cessez-le-feu en Angola et au Mozambique s'accompagne d'incidents très graves entre Blancs et Noirs précipitant le départ des 300 000 colons portugais. Après de très longues négociations entre les factions rivales, le Mozambique accède à l'indépendance en juin 1975 et l'Angola au mois de novembre. Dans ce nouveau pays, l'UNITA, le MPLA se livrent à une véritable course au pouvoir. L'appui de troupes cubaines envoyées par Castro permet finalement au MPLA d'Agostinho Neto de contrôler la capitale, mais les combats ne font alors que commencer. Au Mozambique, ce sont aussi les "marxistes" du FRELIMO qui s'imposent. Les nouveaux Etats se trouvent alors confrontés aux divisions héritées de la période de lutte anticoloniale. La lutte entre formations "marxites" et "antimarxistes" s'avère en outre propice aux interventions étrangères dans le cadre de la guerre froide (nous en reparlerons dans un autre épisode).

 Affiche de propagande du FRELIMO (Mozambique).

 

La Namibie.

L'ancienne colonie allemande du Sud-Ouest africain possède d'importantes richesses minières (diamants, uranium...). Elle est placée sous mandat de l'Union sud-africaine à l'issue de la grande guerre et prend le nom de Namibie en 1967. A cette date, l'Afrique du Sud a annexé le territoire comme cinquième province de l'Union (après un référendum très encadré). Cette appropriation pure et simple du territoire est dénoncée par le comité de décolonisation de l'OUA, mais aussi par l'ONU qui retire en 1966 son mandat à l'Afrique du sud. Reste que, sur le terrain, cette dernière n'entend absolument pas se retirer.

A partir de 1966, la SWAPO (South West Africa People's Organisation), une organisation nationaliste fondée en 1960, lance la lutte armée contre les forces sud-africaines. Les premers affrontements virent au désastre pour le mouvement nationaliste dont les dirigeants sont presque tous arrêtés. Finalement, les combats reprennent de plus bel au cours des années 1970 à partir des Etats voisins (dits de la "ligne de front": Bostwana, Zambie, Malawi et Tanzanie) où se sont repliés les nationalistes.

La guerre civile angolaise complique la donne. En effet, le MPLA au pouvoir dans le pays, jouit du soutien des Soviétiques et des Cubains ce qui convainc progressivement les Etats-Unis d'intervenir à leur tour en épaulant l'UNITA. L'organisation angolaise "non-marxiste" reçoit également une aide importante de l'Afrique du sud. Cette dernière soumet son retrait de la Namibie au départ des Cubains d'Angola. Cette stratégie se fonde sur sa volonté de maintenir à la fois une domination économique sur l'Afrique australe, mais aussi son régime d'apartheid. Dans cette optique, elle a besoin d'un "glacis protecteur" de bastions blancs constitué par les colonies portugaises (jusqu'en 1975) et par la Rhodésie du Sud (Zimbabwe en 1980). Ainsi, elle finance et arme tous ceux qui combattent les mouvements de libération lors de la colonisation (le Portugal, les autorités rhodésiennes), puis les mouvements anticommunistes une fois l'indépendance obtenue (UNITA).

Cette situation complexe et l'incapacité de l'ONU et de l'OUA d'abréger ces conflits expliquent la longueur et la cruauté des guerres d'Afrique australe.

 

Finalement, la Namibie accède à l'indépendance en 1990 (une fois les Cubains partis d'Angola). Sam Nujoma, ancien dirigeant de la SWAPO devient le président du nouvel Etat.  

 

 

1. Bob Marley: "War".

L'empereur éthiopien Haïlé Sélassié prononce une allocution devant l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, le 4 octobre 1963, quelques mois seulement après la création de l'Organisation de l'Unité Africaine à Addis-Abeba. 

Treize ans plus tard, le Jamaïcain Bob Marley met en musique une partie du discours. Au-delà de la musique, l'intérêt de la chanson "War" est de fournir un instantané de la situation du continent africain en 1963. A cette date, le Maghreb, la plupart des pays d'Afrique noire francophone, anglophone et belge, sont indépendants. L'Afrique australe, en revanche, reste soumise et ferme la marche du processus de décolonisation. De fait, les colonies portugaises restent solidement tenues par le Portugal salazariste (Marley chante "en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui itennent nos frères, en Angola, au Mozambique...)", tandis que le régime d'apartheid sévit toujours an Afrique du Sud et en Rodhésie ("en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui tiennent nos frères (...) en Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humains aient été renversés..."). Au nom du panafricanismeet de la solidarité entre Etats du Tiers-Monde, Selassie appelle à la lutte contre le colonisation et les régimes racistes.

2. Super Mama Djombo: "Alma".

 Amilcar Cabral est le fondateur du Parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Pendant 13 ans, il mène la guérilla contre les troupes portugaises. En 1974, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance, mais Cabral n'est plus là pour assister à ce moment tant attendu, car il a été assassiné. Il devient aussitôt le héros national et, d'une manière générale, un des grands martyrs des luttes de libération. Les musiciens et chanteurs ne tardèrent pas à exalter sa mémoire. C'est la cas ici avec le Super Mama Djombo qui devient le groupe officiel du PAIGC et donc du pays. La formation chante ici:

"une âme chante. C'est Amilcar Cabral qui chante pour la victoire / Cabral nous a appris comment nous rassembler pur combattre / et toujours lutter pour l'unité de notre peuple. / Il nous a montré une vision claire du monde

Il nous a donné les outils et un guide pour nous aiderles plus jeunes construiront sur son travail. (...) / nous suivrons toujours les traces d'Amilcar Cabral."

 

3. Sam Mangwana: "Moçambique oyé".

Une célébration de l'indépendance du Mozambique par le Congolais Sam Mangwana.

 

4. Mirol: "Independancia". Ce morceau et le suivant évoquent l'indépendance de l'Angola et le surtout le nouveau régime marxiste aux mains du MPLA d'Agostinho Neto dont on vante les mérites ici.

 

5. David Ze: "Guerrilhero". Au cours des années de guerre civile qui suivent l'indépendance, ce compositeur angolais est assassiné, avec deux autres musiciens de talent, Artur Nunes et Urbano do Casto, en 1977.

 

6. Sonny Okosun: "Fire in Soweto".

En Afrique du sud, toute tentative de remise en question du régime de l'apartheid est combattue avec violence par le pouvoir blanc tout au long des années 1960 et 1970. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont incarcérés,malmenés, voire tués. Les manifestations sont réprimées avec une brutalité meurtrière. Les manifestations étudiantes de 1976 se soldent par plus de 600 victimes. La répression est systématique et ne laisse que peu d'espoir.

Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. En exil, les leaders de l'ANC continuent d'ailleurs la lutte depuis ces pays.

 

 

7. Thomas Mapfumo: "Nyarai".

Dans les années 1970, en Rhodésie du Sud, alors que la Zimbabwe African National Union (ZANU) tentent de renverser le régime d'apartheid. Les musiciens, avec leurs moyens, prennent part au combat pour l'indépendance du pays en développant les chimurenga songs. Ces chants de la guerre de libération introduisent des messages politiques dans les formes musicales inspirées des mélodies traditionnelles d'hommage aux ancêtres. Les autorités interdisent alors ces pratiques musicales traditionnelles, notamment l'usage du mbira, le piano à pouce, à lames métalliques, cher aux shona, l'ethnie majoritaire au Zimbabwe. Dans ce morceau, Mapfumo chante:

"Nous célébrons la naissance du Zimbabwe (...) Félicitations aux camarades / félicitations à tous ceux / qui ont combattu / pour libérer le Zimbabwe / tous les esprits ancestraux les en remercient / la nation toute entière les remercie / félicitations M. Mugabe / ainsi qu'à tous ceux / qui ont combattu dans la guerre de libération / ils ont libéré le Zimbabwe (...) Félicitations à M. Machel / et à tous ceux qui se sont battus / ils ont libéré le Zimbabwe."

 

 

8. Bob Marley: "Zimbabwe".

 Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités de l'indépendance. De nombreux dirigeants internationaux ou dignitaires, tels le prince Charles sont présents, ainsi que les artistes tels que Thomas Mapfumo et ses Black Unlimited, mais aussi Bob Marley. Le Jamaïcain jouit d'une immense popularité dans le pays, d'autant plus qu'il a composé en 1979 un hymne à la gloire du nouvel Etat, sobrement intitulé Zimbabwe.

 

Sources:

 

  • Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.
  • Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
  • L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
  • Marc Michel, Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
  • H. d'Almeida-Topor, Naissance des Etats africains, XXème siècle, Casterman, 1996.
  • Numéro spécial de L'Histoire consacré à "La fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.

 

 

Liens:

 

 

 

Les décolonisations africaines en musique (1) 1957-1960

par blot Email

Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique (voir la sélection en fin d'article), nous vous proposons de revenir sur les années qui ont mené aux indépendances (il s'agit du premier volet d'une série d'articles. Le 2ème épisode est consacré à la période 1960-1990 et le troisième épisode au cas particulier de l'Afrique du Sud).

 

 

I. La longue marche vers les indépendances.

 

La conquête de territoires outre-mer par les pays européens commence au XVIème siècle, mais la constituion de véritables empires coloniaux ne date que du XIXème. En 1914, les pays européens maîtrisent 60% des terres mondiales et 65 % de la population. Deux grands Empires coloniaux dominent; ceux de la Grande-Bretagne et de la France. Ils se trouvent encore renforcés après la Grande Guerre pusiqu'ils récupèrent des mandats territoriaux (les possessions allemandes en Afrique: Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain...). Les autres colonies sont de moindre ampleur: Belgique avec l'immense Congo, l'Italie en Libye et en Somalie, le Portugal dans le sud de l'Afrique.

 

 Les occupations coloniales en Afrique (1914-1918).

 

  • Les contestations de l'entre-deux-guerres.

 

 

Dès l'entre-deux-guerre, la contestation monte dans les colonies, notamment en Asie (parti du Congrès de Gandhi, Vietminh de Hô Chi Minh en 1930) et en Afrique du Nord (l'étoile nord-africaine devenue le parti du peuple algérien en 1937 ou encore le Néo-Destour en Tunisie en 1938). Elle se fonde sur la misère et les humiliations dont sont victimes les populations indigènes.

A l'intérieur des empires, la frustration des élites indigènes, marginalisées par une bureaucratie coloniale pléthorique, ainsi que la paupérisation des masses, notamment paysannes, attisent la contestation grandissante au cours des années 1930.

Le contexte international joue également également un grand rôle, notamment le message libérateur du président américain Wilson ("droit des peuples à disposer d'eux-même") et surtout l'activisme communiste déployé par le Komintern, levier d'une contestation radicale du colonialisme occidental, notamment en Asie (Chine, Indochine).

Les puissances coloniales (en particulier la France) répriment sans états d'âme ces contestation (ainsi la révolte de Yen Bay en 1930 remplit les bagnes de Poulo-Condor au Vietnam). En Afrique noire, la remise en cause du fait colonial reste plutôt rare.

 

 

  •  De nouveaux acteurs "au secours" des colonies:

La seconde guerre mondiale entraîne le discrédit des puissances coloniales (particulièrement la France, les Pays-Bas et la Belgique, dans une moindre mesure la Grande Bretagne), car, pour la première fois, l'homme blanc est vaincu, ce qui met un terme au mythe de son invincibilité.

Les deux Grands vainqueurs de la guerre, les Etats-Unis et l'URSS, continuent de diffuser un message libérateur à l'adresse des colonies.

- Les Etats-Unis, ancienne colonie britannique, sont anticolonialistes par tradition historique et idéologique, mais aussi par intérêt économique: les colonies pourraient être de nouveaux marchés. En gage de bonne volonté, ils accordent d'ailleurs l'indépendance aux Philippines en 1946.

- les Soviétiques sont eux aussi contre les colonies, par idéologie marxiste (le colonialisme est vu comme un avatar du capitalisme) et par calcul politique: si ces territoires accèdent à l'indépendance, ils pourraient y installer des régimes proches.

- L'ONU s'impose également comme une tribune pour les mouvements indépendantistes. La charte de 1945, puis la Déclaration universelle des Droits de l'Homme en 1948 appuient le "droit des peuples à l'autodétermination".

 

 

Bref, les puissances coloniales se trouvent sur la défensive en 1945, même si leurs attitudes diffèrent quelque peu.


  • Des attitudes divergentes.

 

Les Britanniques ont déjà l’expérience de la transformation de leurs colonies blanches en dominions au sein du Commonwealth (1931 Canada, Australie, NZ, Afsud) et ils favorisent l’émergence des élites. Le Royaume uni mène avec pragmatisme une politique d’association, souhaitant préserver ses intérêts économiques et diplomatiques, quitte à négocier et accorder l'indépendance politique.

 

 

Au contraire, la France s'accroche au statut de grande puissance impériale. Déjà traumatisée par la débâcle de 1940 elle ne saurait accepter la nouvelle défaite que serait pour elle la perte de son empire. Beaucoup se souviennent du loyalisme parfait des colonies lors de la tourmente de la grande guerre avec la participation de près de 300 000 coloniaux à la première guerre mondiale. Le second conflit mondial conforte au fond cette idée que l'Empire a contribué à la victoire alliée et qu'il est un élément capital de la grandeur nationale. L'intense propagande coloniale de l'entre-deux-guerre, qui culmine en France lors de l'exposition coloniale de 1931, explique également l'attachement de nombreux Français à leur Empire (pistes 1 et 2 de la sélection audio ci dessous). Par son administration directe la France tient les populations indigènes totalement à l'écart du pouvoir.

 

 

De timides tentatives de réformes existent néanmoins.

La conférence de Brazzaville se tient en janvier-février 1944 et réunit les gouverneurs généraux de l'Afrique Occidentale française, de l'Afrique équatoriale française et de Madagascar auxquels se joignent quelques notables coloniaux, mais pas d'Africains. Dans son discours de Brazzaville, en 1944, De Gaulle envisage le droit à la "gestion de leurs propres affaires" des indigènes intégrés à la communauté française, une politique sociale audacieuse, mais refuse catégoriquement toute idée d’autonomie des colonies. Elle se limite à des réformes administratives et sociales, dénuées de tout prolongement politique: suppression du travail forcé, participation de l'élite indigène à l'administration, mesures pour développer l'éducation parmi les colonisés.

 

 

La Constitution de 1946 maintient l’essentiel de la domination métropolitaine dans le cadre de l’Union française. Jusqu'à cette date, seuls étaient représentés à l'Assemblée nationale française les quatre communes du Sénégal (Saint Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) et les trois départements d'Algérie. A partir de 1946, les territoires de l'AOF, de l'AEF, ainsi que Madagascar envoient des représentants au Parlement français. La constitution rappelle que l'objectif de la France est de conduire les peuples colonisés à ce point qu'ils pourront s'administrer eux-même un jour. Elle reconnaît la citoyennté à tous les ressortissants de l'Union française qui diffère néanmoins de la citoyenneté des Français des métropole, puisque les populations de l'outre-mer ne disposent pas du droit de vote. Mais ils se voient reconnaître des droits juridiques et judiciaires (restés parfois théoriques), qui constituent une amélioration indéniable. D'autre part comme le rappelle Marc Michel (cf: sources), "les institutions de l'Union française furent des lieux d'apprentissage pour la classe politique en formation en formation et des "espaces de sociabilité" pour les futurs dirigeants africains qui purent y nouer des amitiés personnelles et des alliances politiques.

 

 

Par ailleurs, à l'intérieur de l'empire colonial français apparaît le Rassemblement Démocratique Africain. Crée en 1946, ce grand parti politique possède des sections dans toute l'Afrique noire française. C'est qu'au sortir de la seconde guerre mondiale, on assiste à d'importants mouvements sociaux (grèves, manifestations). Des mouvements syndicalistes se multiplient alors en Afrique (union générale des travailleurs africains). Dans un premier temps, le RDA s'affilie au Parti communiste français, le seul à refuser le maintien des colonies en Afrique, ce qui inquiète beaucoup en métropole dans le contexte de la guerre froide. Finalement, sous la houlette de Félix Houphouët, le RDA se débarasse de l'hypothèque communiste ,ce qui permet de renouer le dialogue avec le personnel politique dirigeant de la IVème République. Il se transforme alors véritablement en un grand parti de masse, prêt à prendre les rênes des gouvernements territoriaux en 1956. 

 

Alors que le Royaume Uni accorde l'indépendance des Indes, la France de la IVème République marque sa volonté de maintenir son Empire. La classe politique communie dans la conviction que la France ne peut se reconstruire qu'avec son Empire colonial, garant de sa prospérité économique. Toute manifestation d'indépendance doit donc être impitoyablement châtiée (l'insurrection malgache est écrasée avec la plus grande violence en 1947). En Indochine, après des hésitations, la France se lance dans une Guerre de réappropriation coloniale.

 

 

  • Les premiers craquements.

La défaite française à Dien Bien Phu en 1954 constitue un tournant majeur dans le processus de décolonisation puisqu'il s'agit dans l'Empire français de la première grande victoire d'un peuple colonisé. Les Africains, nombreux dans cette armée française qui combat en Indochine, assistent ainsi aux premières loges à la fin d'un des mythes fondateurs de la colonisation, celui de l'invincibilité des peuples blancs. Les accords de Genève qui mettent un terme à la présence française en Indochine (séparée désormais en quatre entités: Laos, Cambodge, Vietnam Su et Nord) précèdent de trois mois seulement le déclenchement de l'interminable guerre d'Algérie qui ne s'achève qu'en 1962.

 

 http://bricabraque.unblog.fr/files/2010/01/bandoung.jpg

 

* Le contexte international remet en effet chaque jour un peu plus en cause le maintien de la colonisation en Afrique noire et ailleurs.

- Du 18 au 24 avril 1955 se tient à Bandung en Indonésie la conférence internationale dite des non-alignés. Elle réunit 29 Etats du Tiers Monde. Il s'agit de la première manifestation publique de ce que l'on appelle le groupe afro-asiatique qui voit le jour à l'ONU en 1950. Si la plupart des pays participants sont asiatiques, l'Afrique est néanmoins présente à Bandung. Elle y est représentée par l'Egypte, l'Ethiopie, le Soudan, le Liberia, mais aussi ce qu'on appelle la Gold Coast (futur Ghana) qui est en train de devenir indépendante. La conférence proclame le neutralisme, exprime l'anticolonialisme, le refus du néocolonialisme, la volonté de sortir du sous-développement et la dénonciation du racisme qui continue de sévir avec virulence en Afrique du sud notamment.

 

- La crise de Suez en 1956. Le 26 juillet 1956, le chef de l'Etat égyptien nationalise le canal de Suez (prise de possession de la société du canal). Il entend ainsi récupérer l'argent dont il a besoin pour construire le barrage d'Assouan (il escomptait une aide de l'occident qui n'est pas venue). Cette crise revêt bientôt une dimension internationale puisque, parallèlement à la guerre entre l'Egypte et Israël, interviennent les troupes anglaises et françaises. Finalement, les Etats-Unis désavouent la France et de l'Angleterre en parallèle à la menace de l'Union soviétique d'intervenir dans la crise. Nasser exalte alors le sentiment national. Son attitude séduit dans une grande partie de l'opinion publique du monde arabe. L'affaire génère une amorce de panafricanisme et le raïs égyptien ressort grandi du succès de l'opération. Rappelons aussi que la même année, le protectorat français sur le Maroc prend fin. Le pays accède alors à l'indépendance.


 

 

 

II. La "ruée vers les indépendances".

 

Bref comme nous venons de le voir précédemment, le maintien du système colonial était devenu impossible pour le Royaume uni et la France.

Même si il est difficile de périodiser le processus des décolonisations africaines, il semble néanmoins possible de distinguer quelques grandes étapes. La première couvre les années 1957-1960. Au cours de ces trois années, une vingtaine d’États accède à l’indépendance de manière négociée et relativement pacifique.

 

 

  • Décolonisation britannique.

C'est la Gold Coast, futur Ghana, qui ouvre le bal en 1957, dans le cadre du Commonwealth (voir piste n°3). Cette indépendance a un retentissement considérable dans toute l'Afrique de l'ouest, d'autant plus que Nkrumah organise dans la foulée une conférence panafricaine à Accra en avril 1958. Elle accélère ainsi la revendication séparatiste de la Guinée française (cf plus bas) et inspire largement Patrice Lummumba qui organise et dirige le Mouvement national congolais, parti indépendantiste et intertribal, qui devient l'interlocuteur obligé des autorités belges qui se voient contraint d'accorder l’indépendance dans la plus grande hâte le 30 juin 1960.

 

 

- Le Nigeria

Les Portugais, premiers à établir des contacts dans cette région, avaient été chassés par les Anglais dès le XVIème siècle.

En réponse au nationalisme montant, après la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques dotent le pays d'un gouvernement représentatif en 1951, puis d'une constitution fédérale en 1954. Ils cherchent avant tout à doter chacune des trois grandes régions qui composent la fédération d'une large autonomie. En effet, ils se trouvent confronter au problème de l'unité nationale d'un territoire où les principales forces socio-politiques peinent à collaborer: le Northern People's Congress des émirs très conservateurs du nord, l'Action Group qui représente les revendications des Yoruba, enfin le National Congress of Nigeria and Cameroons très populaire chez les Ibo (la partie est du Cameroun allemand avait été avait été attribuée au Royaume-Uni avec le traité de Versailles).

 

 

Récemment affranchie de la tutelle française (voir plus bas), les élites camerounaises qui circulent dans les pays voisins donnent le coup de fouet au mouvement indépendantiste. Nnamdi Azikiwe, fondateur de l'Union pour l'indépendance du Cameroun et du Nigéria, réclame immédiatement l'indépendance du Nigéria au Royaume uni. C'est chose faite le 1er octobre 1960. Le nouvel Etat intègre en même temps le Commonwealth.

Le poids économique (pétrole) et démographique du pays l'impose comme un des pays les plus riches d'Afrique de l'ouest. Néanmoins, les forces centrifuges qui tiraillent la société nigériane se réveillent rapidement et plongent le pays dans une terrible guerre civile en 1967 (la guerre du Biafra, riche région du sud peuplée majoritairement d'Ibos qui aspirent à l'indépendance).

 

 Lors de sa tournée africaine De Gaulle expose son projet de Communauté franco-africaine" pour lequel il prévoit un référendum. Le 26 août 1958, alors qu'il se trouve à Dakar, il aperçoit des porteurs de pancartes indépendantistes, il leurs lance: "Si vous voulez l'indépendance, vous n'avez qu'à la prendre!"

 

 

  • La décolonisation française en Afrique noire.

 

La défaite en Indochine, l'insurrection algérienne, pèse d'un point déterminant sur la politique de la France en Afrique subsaharienne. Gaston Defferre, le ministre socialiste de la France d'outre-mer, comprend très tôt qu'il faut y changer de politique et remplacer l'Union française vermoulue par une instance plus adaptée. "Ne laissons pas croire que la France n'entreprend des réformes que lorsque le sang commence à couler" lance-t-il devant le Conseil de la République alors qu'il y présente sa future loi.

 La loi Cadre-Defferre, adoptée le 23 mars 1956, entre en vigueur l'année suivante. Elle accorde l'autonomie interne aux territoires d'outre-mer qu'elle dote d'une "personnalité" politique propre, en instituant des exécutifs locaux responsables devant des assemblées législatives locales. Toutefois, la France continuait de contrôler les attributs de la souveraineté internationale (monnaie, défense, politique extérieure). La politique d'indigénisation amorécée par cette loi s'est révélée une bonne école et un vivier de dirigeants africains.

 

 

Beaucoup d'élus applaudissent à l'esprit nouveau de la réforme. Le problème reste que les Africains sont divisés en gros entre deux tendances. D'un côté les partisans du maintien des fédérations de l'AOF et de l'AEF telles qu'elles existent alors. De l'autre, ceux qui considèrent qu'il faut constituer les territoires en Etats souverains, au risque de précipiter la balkanisation de l'Afrique.


 

Lorsqu'il revient au pouvoir, De Gaulle propose la création d'une Communauté française, au sein de laquelle la France conserverait des prérogatives dans des "domaines réservés" (affaires étrangères notamment). Du 20 au 29 août 1958, le général de Gaulle effectue une tournée dans plusieurs capitales africaines. Le but de son voyage est de présenter aux populations son projet de Communauté. Tous les observateurs sont frappés par les ambigüités, involontaires ou pas, du discours. Alors que les Africains attendent le mot indépendance, de Gaulle parle de Communauté. Celle-ci n'est plus la colonisation, elle n'est pas non plus le Commonwealth (puisqu'il suppose des Etats autonomes ou indépendants). Mais en instaurant des gouvernements autonomes, la Communauté mettait l'Afrique sur la voie de l'indépendance.

 

 

Une question cruciale se pose du côté des Africains, faut-il prendre l'autonomie avec la perspective d'une indépendance à moyen terme ou faut-il demander l'indépendance tout de suite? Les populations de l'Union française sont donc appeler à se prononcer lors du référendum instituant la Communauté française. La plupart des dirigeants africains appellent à voter oui (piste 4). Parmi les plus radicaux, qui veulent que le mot "indépendance" figure dans le texte et qui souhaitent accélérer le processus, se trouve Sékou Touré. Il avait lancé lors de la campagne électorale précédent le référendum: " Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage". Le oui l'emporte partout, sauf en Guinée où le "non" triomphe. La Guinée devient aussitôt indépendante, rompt avec la France et se rapproche de l'URSS (piste 5).

 


Le général, outré, suspend immédiatement toute aide à la Guinée. L'administration guinéenne, privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, doit repartir de zéro. Pire, certaines infrastructures sont démantelées sciemment par les anciens colonisateurs. Le divorce est définitivement consommé entre l'ancienne colonie et sa métropole. Paris tentera même d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.


 

La décolonisation de l’Afrique noire française est octroyée par étapes.
Nous l'avons vu, après la La loi-cadre Defferre accorde en 1956, qui reconnaît l’autonomie interne à des gouvernements territoriaux, la constitution de 1958 en fait des "Etats associés" dans la Communauté Française.
Mais cette Communauté ne durera que quelques mois avant l’accession des colonies françaises à l’indépendance complète en 1960. L'indépendance est alors accordée à quinze Etats africains restant liés à la France par la Coopération.

 

 

L'évolution commence par le Togo et le Cameroun, deux territoires placés sous la tutelle de la France sous le contrôle de l'ONU:

- Togo, 27 avril. Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Quatre ans après le rattachement du Togo britannique au Gold Coast, devenu l'État indépendant du Ghana, la République du Togo s’en sépare. La question de la réunification des Togo britannique et français au sein d'un même État, avait dominé le débat politique pendant les années 50. La victoire du Comité de l'unité togolaise aux élections du 28 février 1958 sonne le glas de cette union. Le premier président, Sylvanus Olympio sera abattu lors d'un coup d'État, en janvier 1963.

 

- Cameroun, le 1er janvier 1960:

Cette ancienne colonie allemande, avait été divisée en deux et placée sous tutelle française et anglaise au lendemain de la Première guerre mondiale. Au cours des années 1940 et 1950, c'est l'Union des population du Cameroun (UPC) de Ruben Um Nyobé (d'obédience marxiste) qui réclame l'indépendance du territoire. Devant le refus des autorités coloniales de transiger, le mouvement se lance dans une guérilla violente qui sera sauvagement réprimée par la France. Alors que les médias braquent leurs objectifs sur l'Algérie, le pouvoir colonial n'hésite pas à utiliser la manière forte et une véritable guerre s'engage au Cameroun. A Paris, l'indépendance est négocié avec des individus beaucoup plus dociles, qui accepte de maintenir le pays dans le giron français.

 

 

- Madagascar, 26 juin. Le Parti social démocrate de Philibert Tsiranana, fondé en 1956, joue un rôle de premier plan dans la marche vers l'indépendance, avec un nouvel élan vers la fin des années 50. Colonie française à la fin du XIXe siècle, Madagascar est le théâtre d'une sanglante rébellion en 1947-1948, matée par une brutale répression, avant de devenir une république au sein de la Communauté française, en 1958. Investi des pouvoirs spéciaux en janvier 1960, le président Tsiranana négocie une entente de coopération avec la France qui mène à l'indépendance.

 

 

Les autres Etats, anciennes colonies intégrées aux deux fédérations de l'Afrique Occidentale Française et de l'Afrique Equatoriale française seront tour à tour membres de l'Union française (1946), puis de la Communauté, avant leurs accessions respectives à l'indépendance au cours de l'année 1960.

 

 

- Bénin (ex Dahomey), 1er août. Ancien point de départ de la traite négrière, le Bénin a accédé à l’indépendance sous la dénomination de République du Dahomey, avant de prendre son nom actuel en 1975.

Après une lutte acharnée du roi Béhanzin, le Dahomey est intégré à l’Afrique occidentale française (AOF) en 1899. En 1958, le pays devient la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française qui accède à l'indépendance deux ans plus tard. Le général Mathieu Kérékou s'empare du pouvoir en 1972 et l'oriente dans l'orbite soviétique. En 1975, la République du Dahomey devient la "république populaire du Bénin".

 

 

- Niger, 3 août. Ce riche territoire (or, fer, charbon, uranium et pétrole) est colonisé par la France au début du XXème siècle. Il fait partie de l'éphémère entente Sahel-Bénin (avec le Burkina, la Côte d'Ivoire, le Dahomey).

 

 

- Haute-Volta (Burkina-Faso), 5 août.
En 1896, le royaume mossi de Ouagadougou devient un protectorat français, à partir duquel les troupes coloniales organisent la conquête de la majeure partie de l'actuel Burkina. En 1904, ces territoires intègrent l'AOF en tant que colonie du Haut-Sénégal-Niger. Le charismatique Thomas Sankara débaptise la Haute-Volta qui devient le Burkina Faso ("pays des hommes intègres") en 1984.

 

 

Félix Houphouët-Boigny.

 

- Côte d'Ivoire, 7 août
Découverte par les Portugais, elle devient colonie française à la fin du XIXème siècle.Elle accède à l'indépendance sous la houlette de
Félix Houphouët-Boigny, un médecin de 55 ans devenu planteur de cacao et militant syndical, député à la Chambre des représentants sous la IVème République, mais aussi ministre d'Etats sous différents gouvernements.

 

 

- Tchad, 11 août. La conquête du territoire par la France débute vers 1900 avant son rattachement à l’Afrique équatoriale française en 1910.

La marche vers l'émancipation est menée par le Parti progressiste tchadien de François Tombalbaye qui s'impose à la tête de l'Etat qu'il entend conserver coûte que coûte. L'opposition est éliminée et le pays sombre dans la guerre civile en 1965.

 

 

- Centrafrique (Rép. centrafricaine, ex Oubangui-Chari), 13 août
Cette colonie française était connue sous le nom d'Oubangui-Chari (1905). Elle devient la République centrafricaine en 1958 dans le cadre de la Communauté française. Elle accède à l'indépendance un mois après la conclusion d'ententes négociées avec le gouvernement français, le 12 juillet 1960.

 

 

- Congo (Brazzaville), 15 août.

La pénétration française débute en 1875 avec Pierre Savorgnan de Brazza. Très vite (1899) l'exploitation du territoire est abandonnée à des compagnies concessionnaires qui se livrent à un véritable pillage de la région. Cette colonie française intègre la fédération de l'Afrique-équatoriale française (A-EF) dès sa création, en 1910. Territoire d'outre-mer en 1946, puis memebre de la Communauté française, le territoire connaît des affrontements sanglants en 1959. La même année, l'abbé Fulbert Youlou à la tête de l'Union démocratique de la défense des intérêts africains triomphe aux élections législatives. Sa volonté de développer la coopération avec la France facilite la passation des pouvoirs (piste 8).

 

 

- Gabon, 17 août 1960

Ce petit pays dispose de ressources importantes (manganèse, uranium, bois précieux, pétrole). Depuis le milieu du XIXèmle siècle, ce territoire se trouve dans l'orbite françasie. Il intègre l'AEF (1910-1958). Sous la houlette de Le député-maire de Libreville, chef du Bloc démocratique gabonais, Léon M'Ba, avait demandé la départementalisation du Gabon. De fait, le pays restera un des acteurs les plus sûrs du pré-carré français en Afrique, sous la conduite d'Omar Bongo.

 

 

- Mali (ex Soudan français). Jadis connu sous le nom de Soudan français, le Mali obtient une autonomie administrative relative en 1956.
Le Soudan français et le Sénégal s'unissent en 1960 au sein de la Fédération du Mali. Lors de la proclamation d'indépendance, le 20 juin 1960, Léopold Sédar Senghor assure la présidence de l'Assemblée fédérale et Modibo Keita exerce la fonction de Premier ministre. Des différends politiques entraînent le retrait rapide du Sénégal de la fédération, laissant seul le Mali. Modibo Keita prend la tête du nouveau pays, rompt avec la France et oriente son pays vers le socialisme.


Le président Léopold Sédar Senghor, le 18 avril 1966 à Dakar, lors de l'inauguration du premier festival mondial des arts nègres.

 

 

- Sénégal, 20 août. Investi tour à tour par les Hollandais, puis les Portugais, ce territoire devient finalement membre de l'AOF en 1895, après de longues affrontements. Après avoir exprimé le désir de se retirer de la Fédération du Mali, le Sénégal proclame son indépendance.

C'est l'écrivain Léopold Sédar Senghor, une des figures de proue du mouvement de décolonisation en Afrique, qui préside aux destinées du Sénégal (jusqu'à son retrait volontaire en 1981).

 

 

- Mauritanie, 28 novembre
La Mauritanie devient française au début du XXème siècle.

Lors des élections tenues en mai 1959, le Parti du regroupement mauritanien de Moktar Ould Daddah, seule formation sur les rangs, rafle tous les sièges. La Mauritanie deviendra l'une des premières Républiques islamistes. Les revendications marocaines sur ce territoire restent lettre morte.

 

 

  • La naissance de la République du Congo.

L'indépendance de la République du Congo, est proclamée le 30 juin 1960, dans des conditions dramatiques. Le système colonial imposé par les Belges reposait sur la ségrégation et le refus catégorique des colons, comme des autorités, de toute élévation sociale des Congolais ("pas d'élites, pas d'ennuis"… pour reprendre la formule des colons belges). Pourtant l'industrialisation et l'urbanisation de la colonie permirent l'essor d'une classe moyenne congolaise. Des associations (l'Abako de Kasavubu), des journaux amorcèrent une timide opposition au sytème colonial. Il semble que ce soit l'accession de la Gold Coast à l'indépendance en 1957 qui ait servi de détonateur au processus de décolonisation du Congo belge. Des émeutes éclatent dès 1958-1959 prenant pour cible les colons européens.

 

Fêtes de l'indépendance de la République du Congo, le 30 juin 1960 à Léopoldville. Un spectateur congolais vient de s'emparer du sabre du roi Baudoin, le roi des Belges.

 

 

Il semblerait que la conférence des peuples africains organisée à Accra par NKrumah en 1958 ait eu une grande influence sur Patrice Lumumba en le convertissant à un anticolonialisme radical. Il crée en octobre de la même année le Mouvement national congolais qui remporte un grand succès lors des élections de mai 1960. Lumumba, devenu premier ministre, préside aux négociations d'indépendance de la Table ronde tenue à Bruxelles en janvier 1960. Le gouvernement belge accorde une indépendance immédiate (piste 6 et 7). Elle s'accompagne de l'exode de la population blanche (environ 100 000 personnes) dans un chaos total. 

Très vite un conflit personnel oppose le président de la République Joseph Kasavubu à son premier ministre. Les thèses tiers-mondistes et panafricaniste adoptées par Lumumba l'inquiètent tout comme elles indisposent les forces conservatrices et les pays occidentaux.

 

 

La sécession de la riche province minière du Katanga menée par Moïse Tshombé, soutenue en sous-main par la Belgique, complique davantage encore la position du premier ministre. Il fait alors appel aux casques bleus de l'ONU et accepte une aide matérielle de l'Union soviétique pour mater les séparatistes. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est assassiné en janvier 1961.

Surpris par les émeutes de 1958-1959 et n’ayant pas préparé des élites locales , ils concèdent précipitamment l’indépendance en 1960 au Mouvement national congolais du marxiste Patrice Lumumba.
Le pays est livré à des luttes ethniques qui entraînent une guerre civile (compliquée par les interventions indirectes des deux grands et de l'ancienne métropole dans le cadre d'une guerre froide qui se transporte désormais en Afrique) qui entraînent une guerre civile conclue par la prise du pouvoir par l
e chef de l’armée, le général Mobutu, qui s’empare du pouvoir en 1965 pour longtemps.

 

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ANNEXE: sélection audio

 


1 et 2. Propagande coloniale. Deux échantillons types de la propagande coloniale développée alors dans la métropole française. Le premier échantillon met en avant les bienfaits de l'oeuvre coloniale et, dans la lignée d'un Ferry par exemple, développe les arguments classiques des tenants de la mission civilisatrice française:

- le “devoir moral”: Les Européens sont convaincus de la supériorité de la « civilisation blanche » et se doivent donc de porter « la » civilisation chez les peuples « primitifs », “sauvages”.

- Des raisons stratégiques et politiques. La possession des colonies est vue comme une condition pour être une puissance internationale.Les colonies participent au prestige d’un Etat.

- Un intérêt économique. Comme l'avait affirmé Jules Ferry en son temps, la colonisation est “fille de la révolution industrielle”. Les colonies sont ainsi envisagées comme des marchés potentiels pour les entreprises métropolitaines. L’étroitesse des marchés intérieurs pousse les industriels et les financiers à conquérir à l’extérieur des débouchés pour les marchandises et les capitaux. Avoir des colonies, c'est aussi pouvoir disposer d'un réservoir important de matières premières, de nouvelles ressources à commercialiser. Au cours des années 1930, la crise économique mondiale semble conforter cette analyse et les métropoles se tournent tout particulièrement vers leurs possessions ultramarines.

On insiste ici tout particulièrement sur "l'oeuvre fantastique" que la France accomplit dans les colonies au profits des peuples indigènes. Le second extrait rappelle quelques unes des grandes étapes de la conquête coloniale.

 

 

 

3. Lord Kitchener: "Birth of Ghana". En 1949, le charismatique Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance. Elle abandonne alors son toponyme colonial et se rebaptise Ghana, en référence à un ancien Empire africain. Le retentissement de cet événement est immense en Afrique noire et Accra devient la capitale des peuples en lutte. Star de la calypso (très populaire dans de nombreux pays du Golfe de Guinée), Lord Kitchener célèbre ici l'avènement du nouvel Etat, espérant que son exemple soit rapidement suivi par les autres colonies d'Afrique noire.

 

 

4. "Oui ou non". Chanson écrite sur une musique américaine en 1958 par les services du ministère de la France d’outre mer et destinée à inciter les électeurs africains à voter « Oui » lors du référendum sur la Communauté franco-africaine.

 

 

5. Bembeya Jazz National: "République de Guinée". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de ce morceau.

 

 

6. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Independance cha cha". Lors de la réunion de la table-ronde de négociations sur l’indépendance du Congo belge, l’African jazz crée cette rumba congolaise qui devient rapidement un hymne pour les jeunes nations africaines.

 

 

7. Joseph Kabasele et l'African Jazz: "Table ronde". Dans la foulée de son tube, Kabalese compose ce morceau consacré à la conférence de la Table Ronde. Organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, cette conférence préside aux destinée du Congo. La date d'indépendance retenue est le 30 août 1960. Elle fixe les détails politique de la séparation de la Belgique te du Congo. Elle sera suivie d’une table-ronde économique qui ne parviendra pas à aboutir.

 

 

8. Philos: "Indépendance 28 novembre". Cette chanson célèbre l'indépendance de l'autre Congo, le Congo-Brazzaville, ex-colonie française intégrée à l'AEF.

 

 

Sources:

 

- Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.

  • Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
  • L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
  • Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996.
  • Numéro spécial de L'Histoire consacré à la "fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.

 

 

Liens:

 

 

Plongée dans l'histoire du Bénin avec l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou.

par blot Email

 A partir du milieu du XIX° siècle, grâce à des traités commerciaux (1851) ou des accords de protectorat (1883), la France s'implante dans la région de Cotonou et Porto-Novo. Elle doit alors compter avec le royaume d'Abomey du roi Béhanzin  qui tente de reconquérir la région occupée par les Français. Après de rudes combats entre 1892 et 1894, il est finalement capturé en janvier 1894 et mourra en exil à Alger en 1906. Tous les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey.

 

A partir de 1899, le Dahomey fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF). Très vite, le sud du territoire se distingue par l'important niveau de scolarisation des populations par l'intermédiaire des nombreuses missions religieuses qui s'y implantent. Le Dahomey devient ainsi  un des principaux foyers politiques et intellectuels de l’AOF. De nombreux Dahoméens occupent alors des postes de fonctionnaires et de cadres dans les autres territoires d'AOF. Dans ces conditions, le pays connaît une importante et précoce fermentation politique. Des partis se créent et une presse d'opposition au système colonial prospère. En 1958, le pays devint la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française.

 

http://www.afrique-express.com/archive/OUEST/benin/beninphotos/kerekoujeune.jpg

Le jeune Mathieu Kérékou.

 

L'indépendance fut proclamée le 1er août 1960, à Porto Novo, la capitale du nouvel État. Le président Hubert Maga se trouve très vite dans unesituation délicate avec le retour contraint au pays de nombreux cadres et fonctionnaires dahoméens licenciés par les pays de l'AOF devenus indépendants. La stabilité du régime est ainsi rapidement mise à mal. En 1963, le colonel Christophe Soglo impose un gouvernement tripartite fragile. Finalement, il s'empare seul du pouvoir en 1965, avant d'en être chassé deux ans plus tard. Un Conseil présidentiel associant les membres du triumvirat précédent (Justin Ahomadegbé, Sourou Migan Apithy et Hubert Maga) est instauré en 1970, mais reste bien fragile face à l'instabilité politique endémique.

Le coup d'état militaire perpétré par le commandant Mathieu Kérékou  (originaire du Nord du pays à la différence des anciens dirigeants originaires du sud) en 1972 met un terme à cette instabilité. Il prend la tête du gouvernement militaire et s'appuie sur un vaste soutien d'une population lassée par les coups d'Etats militaires à répétition (5 en 12 ans!). Après trois ans à la tête du pays, Kerekou donne une orientation marxiste-léniniste au régime. Toujours en 1975, il abandonne le nom de Dahomey (trop lié aux ethnies du sud du pays aux yeux de Kerekou), remplacé par celui de Bénin, en référence à un royaume qui s’était autrefois épanoui au Nigeria voisin. La "République populaire du Bénin" rejoint donc le camp socialiste, après avoir adopté une nouvelle constitution, instaurant un régime à parti unique.


Le drapeau porte les trois couleurs de l'unité panafricaine : le vert, le jaune et le rouge.

 

Les tentatives de coups d'Etat avortées aboutissent au durcissement du régime. La censure, l'arrestation des opposants (ainsi les trois premiers présidents du pays sont emprisonnés durant 9 ans) et les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient. Nombre d'intellectuels se voient dans l'obligation de s'exiler.

 

Le régime s'appuie, selon un schéma classique sur des organisations de masse qui diffusent les discours du Conseil National de la révolution. L'encadrement de la population est assuré par une propagande constante: discours, chansons... Dans la sélection ci-dessous, le troisième titre permet d'entendre un morceau intitulé "la jeunesse béninoise marche fièrement". Les paroles très simples contribuent à la formation idéologique des organisation de jeunesse. Extrait: "La jeunesse béninoise marche fièrement / remplie de vaillance comme un régiment ". Le refrain remplit en choeur permet de galvaniser la foule "pour la Révolution / nous sommes prêts / pour la production / nous sommes là / gloire immortelle à la République populaire du Bénin / gloire immortelle au parti de la Révolution populaire du Bénin / gloire immortelle au socialisme scientifique"...

 

Dans le domaine économique, Kérékou entreprend une vague de nationalisation des banques et de l'industrie pétrolière. Et, durant une dizaine d'années, le régime dispose d'une certaine assise populaire. Sans être un eldorado, l'économie est stable, les salaires sont payés... Mais, progressivement la situation se dégrade. Au cours des années 1980 les finances de l'Etat virent dans le rouge (sans mauvais jeu de mot), les fonctionnaires ne perçoivent plus leurs salaires et la corruption gangrène l'économie du pays. Bref, le régime, qui bafoue en plus les libertés fondamentales, perd ses derniers soutiens dans la population. En décembre 1989, l'Etat se déclare en situation de cessation de paiement, alors que les banques sont en faillite. Le Bénin est paralysé par de grandes grèves qui rassemblent des milliers d'étudiants. La "république populaire du Bénin" ne l'est plus du tout. Kérékou remise donc Marx au placard et renonce à l'idéologie marxiste-léniniste. Il y est aussi incité par le contexte international: le mur de Berlin vient de s'écrouler et le bloc soviétique d'imploser.

 

L'année suivante le discours de la Baule prononcé par François Mitterrand fait sensation. Le président français y appelle à la démocratisation du continent. Le grand mérite de Kérékou est de relever ce défi. Il est le premier dirigeant d'un régime autoritaire africain à tenter l'ouverture vers le mulitpartisme. Cette transition se déroule certes sous la pression de la rue, mais elle a lieu et ne se termine pas en coup d'Etat ou en répression comme ce fut le cas trop souvent ailleurs. Une conférence nationale s'ouvre en 1991 et réunit les partis d'opposition. Elle permet au pays de se doter d'une constitution et d'organiser des élections libres. Kérékou est battu lors des élections de mars 1991 par Nicéphore Soglo qui hérite d'un pays dans une situation économique catastrophique. Les caisses sont vides et les mesures drastiques imposées par le FMI ne contribuent à miner sa position. Accusé de népotisme, Soglo se fait ainsi battre lors des élections de 1996 par un certain ... Mathieu Kérékou (qui triomphe de nouveau lors de la présidentielle de 2001 en réunissant 84 % des suffrages).



 

En matière culturelle, le leader de  "la République populaire du Bénin" alterne le chaud et le froid. Il interdit les rituels vaudaous (dont le pays est le berceau), instaure un couvre-feu, malmène tous ceux qui ne se plient pas aux canons du socialisme scientifique alors en vogue dans le pays. Mais, dans le même temps, il incite les musiciens à se tourner vers les rythmes traditionnels béninois et n'hésite pas à soutenir les talents muciaux (tant qu'ils vantent les bienfaits du régime et louent ses mérites personnels). Une usine de pressage de disque ouvre d'ailleurs ses portes à Cotonou, tandis que les labels Satel et Polydisco prospèrent sans être inquiétés par le régime en place. Aussi, au cours de ces années, le Bénin s'impose comme un foyer musical d'une extraordinaire vitalité. Il est temps de s'y intéresser.

 

Une des formations stars du pays est l'orchestre poly Rythmo de Cotonou formé en 1965 sur les fondations du Sunny Black Band. Grâce à leurs instruments électrifiés, les musiciens embrasent les discothèques de la ville et acquièrent rapidement une grande popularité qui dépasse les frontières de l'Etat pour gagner l'ensemble de l'Afrique de l'ouest. Ils font alors la renommée des nuits béninoises au Canne à Sucre notamment. 

 

 

L'orchestre doit sa notoriété à la virtuosité de la dizaine de musiciens qui le compose, mais aussi à la diversité de son répertoire. Sur scène, ils reprennent des standards funk et soul américains, des tubes afro-cubains, mais aussi les succès de la chanson française d'alors. Ils enchaînent ainsi les hits dans de nombreuses langues, en mina, fon, français, yoruba... Si leur impressionnante discographie souffre parfois de quelques faiblesses, ils parviennent néanmoins  la plupart du temps à associer avec bonheur funk, soul, salsa, afrobeat aux ryhtmiques caractéristiques du culte vaudou, originaire de la région (le rythme sakpata dédié à la divinité de la terre et des maladies contagieuses ou encore le sato, un grand tambour, mais aussi un rythme joué en hommage aux morts qui se marie à merveille aux guitares, cuivres et claviers utilisés par le Poly-Rythmo). Ces rythmes vaudous furent d'ailleurs interdits par les missionnaires européens et par le régime marxiste de Kérékou.

 

 

Sans être un orchestre officiel inféodé au pouvoir en place à l'instar du Bembeya Jazz guinéen ou encore du Super Mama Djambo de Guinée Bissau, l'orchestre poly-rythmo s'est en tout cas très bien accomodé du régime de Mathieu Kérékou. Le groupe a en effet droit de citer tous les jours sur les ondes de la radio nationale et ne rechigne pas, de temps à autre, à exalter le régime marxiste national.

 

Des membres fondateurs du groupe ne restent que quatre musiciens: Maximus Ajanohoun (guitariste), Pierre Loko (saxo), Bento Gustave (basse) et Mélomé Clément (accordéoniste, guitariste et chanteur), auxquels sont venus s'ajouter d'autres musiciens tels que le guitariste virtuose du groupe, Fifi Leprince. Ce dernier témoigne dans un entretien accordé à Elodie Maillot pour le magazine Vibration de la plasticité du répertoire de la formation et son adaptation aux évolutions politiques et culturels du pays:

"On écoutait de tout: de la variété française, congolaise, cubaine, du funk, de la soul et même de la musique arabophone. Lorsqu'il y avait une visite officielle d'un pays arabe au Bénin, il fallait jouer le répertoire de leur terroir. Même Sékou Touré, le président guinéen, avait été surpris de voir comment on reprenait les tubes de son Bembeya Jazz national".

 

L'Orchestre Poly-Rythmo dans ses oeuvres.

Un des plus gros succès du groupe: "Gbeti Majro".

Morceau tiré de l'excellente compilation sortie en 2004 sur Soundway: "OPRC: the kings of Benin urban grooves (1972-1980)".

 

En 1982, la mort de deux des membres fondateurs, Papillon (guitare) et Yehoussi Leopold (batterie), entraîne le déclin du groupe qui périclite alors pour quelques années; les survivants du groupe continuant de jouer de manière épisodique au Bénin. Or, à la faveur de rééditions des trésors de l'OPRC, ce dernier jouit d'une nouvelle popularité en Occident. En 2004, une compilation sortit sur le label anglais Soundway remporte un succès d'estime. En 2008-2009, le label allemand Analog Africa prend le relais en sortant deux volumes irréprochables. Mieux, la journaliste Elodie Maillot (Radio France, Mondomix, Vibrations) est parvenue à convaincre les membres du groupe  de se lancer dans une tournée européenne.  Ils se sont ainsi produits  à l'automne dernier au festival Marsatac, à Marseille. Ce fut l'occasion d'une rencontre entre Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo et le groupe de rock écossais de Franz Ferdinand, des fans inconditionnels du groupe béninois.

 


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Mais, le riche patrimoine musical du Bénin des années 1960-1970 ne se réduit pas à l’Orchestre Poly-Rytmo, loin s'en faut (de la même manière que Fela est loin d'être le seul musicien digne d'intérêt dans cette région). Le monumental travail d'exhumation des merveilles sonores du pays opéré par Samy Ben Redjeb, patron d'Analog Africa, le prouve. Deux sublimes compilations sorties récemment permettent de découvrir plusieurs formations tout à fait dignes d'intérêt.


 

1. Antoine Dougbè et l'OPRC: "Ako Sea Guera-Behanzin".

Ce morceau évoque un des grands rois du royaume d'Abomey. D'ailleurs, le rythme tchinkounmey, dont Anatole Houndeffo Alokpon s'est fait une spécialité, renvoie aux funérailles royales de la cour du roi d'Abomey.

2. Mathieu Kérékou: "plaidoyer pour le parti unique". Extrait d'un discours de Kérékou tiré du coffret "Afrique, une histoire sonore (1960-2000)", édité chez Frémeaux et associés en partenariat avec RFI et l'INA.

3. Formation idéologique: "La jeunesse béninoise marche fièrement."

Chanson de propagande à la gloire du régime marxiste de Kérékou. Les mauvaises langues parleront plutôt de "laxisme-béninisme".

4. Gnonnas Pedro and his Dadjes band: "Pt. Yhombi moniga wezon".

Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.

5. Orchestre Poly-Rythmo: "Hwe towe hun". L'orchestre star du pays fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Ils y associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues. L'influence des musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains) complètent cet assaisonnement musical réussi.

6. El Rego et ses commandos: "feeling you got". De nombreux orchestre urbains de danse voient le jour au Bénin au cours des années 1960. Et, à l'instar de ce qui se faisait en Guinée ou au Mali, chaque ville et préfecture possède alors son orchestre moderne. Une ville comme Cotonou concentre les talents tels que El Rego et ses commandos ou encore les Volcans de la capitale.

 

7. Les volcans de la capitale: "Oya ka jojo".

8. Leon et Germain Keita et le black santiago: "madou yeye". Rencontre au sommet entre les deux frères Keita (Mali) et l'orchestre des Black Santiago (Bénin). Plus d'informations ici.

 

 

 

Sources:

- Florent Mazzoleni: "L'épopée de la musique africaine", Hors Collection.

- Jean Sellier: "Atlas des peuples d'Afrique", la découverte, 2008.

- Reportage d'Elodie Maillot au Bénin pour le magazine Vibrations de février 2009.

- Mondomix n° 36, septembre-octobre 2009:"OPRC: la renaissance à l'âge de la retraite".

- Afrique, une histoire sonore (1960-2000), Frémaux et associés.

 

Liens:

- Le blog Oro propose une plongée dans la richesse du patrimoine musicale béninois (entre autres), une vraie merveille.

- Des mixes de musique du Bénin sur le blog Voodoo Funk : "Mede Woui", "Beware", "beyond the beat", "life is a game".

- Le site officiel du poly-rythmo.

- Le site d'Analog Africa (qui propose d'intéressants podcasts).

* Des articles consacrés au groupe béninois sur Libération.fr: "Fièvre groovy poly rythmée", Vibration, l'Humanité.fr, soul brothers.fr.

* Pour compléter sur d'autres musiques africaines, voir les nombreux articles de L'Histgeobox et Samarra rassemblés dans notre dossier Afrique:

- L'épopée mandingue en musique.

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré... suite

- De la Havane à Kinshasa: on danse la rumba. (Cuba en Afrique/2)

 

Augmix # 12

par Aug Email

  • Commençons par une jeune canadienne à la voix incomparable. Coeur de Pirate (c'est son nom de scène) compose elle-même ses chansons. Ecoutez, c'est très agréable !
  • Retour en arrière avec Manau et un titre des années 1990 (la préhistoire !) que nous a choisi Anne lors de sa revue de l'actualité. Il s'agit de "L'avenir est un long passé" qui évoque un poilu de la Grande Guerre, un résistant et la montée de l'extrême droite à la fin du XXème siècle.
  • Quel est le rapport entre Queen et Léo Ferré ? Je sens que vous ne trouverez pas... Il s'agit du film L'affaire Farewell sorti cette année (je vous en reparle sur ce blog prochainement, c'est promis). Le film est basé sur une histoire vraie, celle d'un agent du KGB qui choisit de livrer des secrets à la France au début des années 1980. En échange, il ne demande pas d'argent mais juste des cassettes de Léo Ferré pou lui (en particulier ce "Mélancolie") et de Queen pour son fils.
  • Un peu de negro-spiritual maintenant avec un titre bien connu "Didn't My Lord Deliver Daniel". Comme souvent, en évoquant des passages bibliques, les esclaves du XIXème siècle faisaient allusion à leur propre situation, Julien Blottière nous en parlé sur l'histgeobox à propos de "Go Down, Moses". Ici, l'évocation de Daniel dans la fosse aux lions est une invitation à l'espoir. Si Daniel a été délivré par Dieu, Il pourra aussi délivrer les noirs de l'esclavage. J'ai entendu l'an dernier à Chicago la chorale de l'université Trinity (dirigée par Paul Satre) près de Chicago interpréter ce titre en répétition. J'en ai filmé un extrait :

 

 
  • Après les spirituals, le blues et ce morceau de Bessie Smith de 1927 "Back Water Blues" qui décrit les ravages causés par les inondations dans la vallée du Mississippi. Retrouvez l'article de Blot sur l'histgeobox à propos de la chanson de Randy Newman sur ce même sujet.
  • Crosby, Stills, Nash & Young avaient dénoncés les actions de Nixon après le massacre de Kent State en 1970, c'était "Ohio" (retrouvez mon article sur cette chanson). Plus récemment, ils appelaient à une destitution de Bush dans ce même esprit à propos de la guerre en Irak. ça s'appelle "Let's Impeach The President".
 
  • Poursuivons avec du rap.  Nas, rappeur du Queens (quartier de Queensbridge comme Jay-Z), s'est fait connaître en 1994 avec Illmatic. Son père Olu Darra est un ancien chanteur de blues et de soul. Je vous avais sélectionné un titre rassemblant les deux générations. En 2008, son album Untitled avait créé la polémique en raison du titre qu'il voulait lui donner (Nigger). Je vous ai choisi  "Queens Get The Money" le premier titre que je trouve sublime (produit par Jay Electronica). Il contient un sample de Yann Tiersen tiré de la BO du film Good Bye Lenin...

 

  • Nas avait eu au début de la décennie un beef  (querelle par rimes interposées) de légende avec Jay-Z. Les deux MC se sont ensuite réconciliés. Ce dernier vient de sortir le troisième volet très attendu de sa trilogie The Blueprint III, en tête des ventes aux Etats-Unis. Je vous ai sélectionné "Empire State Of Mind", hymne à New York interprété avec Alicia Keys. En hommage à l'équipe de Base Ball des Yankees dont c'est la couleur (pas le bleu du gang angelenos des Crips précise-t-il...) , Jay-Z déclare qu'il a le "sang bleu". Leur récente victoire aux World Series a donc dû lui faire le plus grand plaisir...

  

 

  • Kid Cudi nous vient de Cleveland, au coeur de la Rust Belt. Il sort son premier album Man on the moon : The End of day  dont je vous ai choisi le titre "Make Her Say" (qui sample Lady Gaga). Bon, les lyrics sont plutôt "explicites" mais le clip est pas mal et la présence de Kanye West et Common suffisent à enchanter mes oreilles !
 
 
  •  Common toujours avec un titre de son album Be de  2005 qui marquait le grand retour. du MC de Chicago. Aux manettes, l'inévitable Kanye West (qui sample "What It Is" des Temptations et "You Make The Sun Shine" des Temprees), au refrain les Last Poets, un groupe formé en 1969 et aux origines du rap dans sa dimension politique (plus de détails ici). Le résultat c'est "The Corner", un morceau en hommage à ce que "l'école de la rue" peut offrir de meilleur, en particulier dans le Southside de Chicago.
 
 
 

 

Enjoy !

 

Découvrez la playlist Fall session avec Temprees

Oxmo Puccino au NJP : "Hé, ouais !"

par Aug Email

Petit cadeau pour les fidèles de Samarra, une vidéo d'un titre peu connu d'Oxmo Puccino : "Hé, ouais !". Il s'agit d'un titre produit par DJ Cream pour une mixtape. Cette version a été interprétée la semaine dernière par Oxmo au Nancy Jazz Pulsations. J'ai eu la chance d'assister à ce concert oxceptionnel où le flow du "Cactus de Sibérie", ses textes et sa présence sur scène ont fait mouche.
 
 
 

Oxmo Puccino n'est pas un nouveau venu dans le game. Né en 1974 au Mali, il s'appelle alors Abdulaï Diarra. Il arrive en 1979 à Paris, dans le XIXème. Pour ne pas sombrer dans la délinquance, il choisit le rap. Il est d'abord bassiste, rencontre Ali de Lunatic et fait partie du collectif Time Bomb.

En 1998, son album solo Opéra Puccino connaît le succès. En 2001, moins de succès avec L'amour est mort. Mais Oxmo tient à sa liberté, quitte à déstabiliser ses fans. Avec "Le tango des belles dames" et "A ton enterrement" (avec Dany Dan), il signe des titres plein d'audace. En 2004, Le cactus de Sibérie contient quelques tubes comme la chanson-titre, le fameux "J'ai mal au mic" ("c"est du son qui coule dans mes veines...") et "On danse pas" qui est toujours aussi efficace en concert. Cette première période est marquée par son association avec DJ Cream qui produit bon nombre de ses tubes.

A partir de 2006, Oxmo utilise davantage les instruments plutôt que la platine et se tourne vers des musiciens de jazz qui se font appeler les jazzbastards (Vincent Taurelle au piano, Vincent Taeger aux percussions et Ludovic Bruni à la guitare). Ce mariage entre rap et jazz sur fond d'histoires de gangsters à l'ancienne donnent à Lipopette Bar une saveur particulière qui lui donnent une audience au-delà de son public traditionnel.

En 2009, L'arme de paix consacre un artiste original et un poète hors-pair.

 

Voici une petite sélection de titres d'Oxmo Puccino :

 

Découvrez la playlist Oxmo Puccino avec Oxmo Puccino
 
Voici un entretien réalisé par l'équipe du NJP avec des extraits du concert :
 

Qui était Nixon ? Entretien avec l'historien Romain Huret

par Aug Email

A l'occasion de la publication aux Presses de Sciences Po de sa biographie de Richard Milhous Nixon, nous avons demandé à l'historien Romain Huret de nous en dire plus sur celui qui fut président des Etats-Unis de 1969 à 1974. Ancien Vice-Président républicain du Président Eisenhower (1953-1961) avant de perdre de peu contre John Kennedy en novembre 1960, Nixon paraissait perdu pour la politique avant de réussir à revenir dans l'arène pour l'emporter en 1968 dans une Amérique en plein doute, embourbée dans le conflit vietnamien. Réélu en 1972, Nixon devait pourtant démissionner en 1974 suite au scandale du Watergate.

Le portrait que nous dresse Romain Huret est beaucoup plus nuancé que l'image qui colle habituellement à celui que l'on surnommait "Tricky Dick" (Richard le tricheur). Il nous parle également du Nixon des musiciens, l'occasion pour nous de vous fournir un playlist sur Nixon à retrouver à la fin de l'entretien.

 

 Romain Huret, pourquoi avoir écrit un livre sur Nixon ?

"Depuis de longues années, le personnage m’intéresse en raison des jugements antagonistes des historiens américains. Certains voient en lui un démagogue sans scrupule, d’autres un homme d’Etat d’exceptionnel. Cette aporie historique m’a conduit à écrire cet ouvrage, essayant de dépasser ces jugements antagonistes. Au terme de ce travail, Nixon apparaît comme un homme très ordinaire, produit de la démocratisation des Etats-Unis au cours du vingtième siècle dans le domaine éducatif et politique. Ce fils de petits commerçants californiens put faire carrière grâce à la démocratisation de l’enseignement secondaire et universitaire, ainsi que des modes de recrutement des candidats au sein du parti républicain. De façon similaire, son parcours n’a rien d’excessif ou de démoniaque lorsqu’il accède à la Maison-Blanche. Il ne fit qu’accentuer les modes de gouvernance de ses prédécesseurs aussi bien dans le domaine intérieur qu’en matière de politique étrangère. Son utilisation de la machine de l’Etat s’inscrit également dans la continuité. L’utilisation du secret, la surveillance des ennemis de l’Etat, la codification des procédures bureaucratiques, autant d’éléments qu’il prit le temps d’assimiler et de théoriser. A ce titre, comme il le répéta sans cesse, le Watergate n’avait rien d’extraordinaire ; ce fut un épisode ordinaire du fonctionnement de l’Etat secret américain. N’oubliez pas que Nixon passa quatorze années à la Maison-Blanche et eut tout le loisir d’intégrer les pratiques secrètes alors en cours ! Bref, dans la longue histoire de la démocratie américaine, il est un cas intéressant car il permet de faire apparaître les structures profondes de fonctionnement de la société et de l’Etat. Il n’apparaît en rien comme un cas clinique au sens où l’entendent les psychohistoriens ou les psychanalystes, cette lecture psychologique a longtemps été dominante dans le champs des études nixoniennes."

 

Quel bilan peut-on faire de sa présidence ?

"Refusant une approche héroïque ou une condamnation systématique, mon livre offre une évaluation pondérée de ses deux mandats présidentiels (1969-1974). En matière de politique intérieure, Nixon mit en place un programme que n’aurait pas renié Franklin Roosevelt : solutions keynésiennes dans le domaine économique, mesures pour les travailleurs pauvres, interventionnisme systématique de l’Etat (écologie, politique raciale, énergie). Contrairement à ses prédécesseurs démocrates, il fut plus attentif à la mise en place d’expériences préalables avant de lancer les programmes de réforme à l’échelle nationale afin de séduire l’électorat ouvrier et pauvre, de plus en plus rétif à l’encontre du développement de l’Etat-Providence. Toutefois, cette boulimie législative se heurta à un Congrès majoritairement démocrate et aux refus nixoniens de travailler avec les corps intermédiaires. Dès lors, il ne prit jamais le temps de mettre en œuvre les compromis nécessaires pour que les projets soient adoptés. Dans le domaine diplomatique, sa collaboration avec Henry Kissinger adapta la diplomatie américaine à un monde multipolaire et prépara lentement la dislocation de l’Empire soviétique. Novateur dans ce domaine, Nixon et Kissinger ont toutefois amplifié les travers de la coterie de décideurs qui prit les rênes de la guerre froide après la Seconde Guerre mondiale. Comme son mentor John Foster Dulles l’apprit à Nixon, les Américains n’ont pas d’amis, mais seulement des intérêts.

L’ouvrage démontre que, contrairement aux affirmations publiques de Nixon prétendant détester les diplomates de carrière, il appliqua, et le plus souvent « épura », leurs préceptes en matière de politique étrangère, du Vietnam au Chili en passant par la Chine. Pour conclure, enfin, cet activisme, et son échec partiel, démontrent que ses deux mandats furent une occasion manquée pour le pays. Nixon essaya de modérer les ardeurs volontaristes des démocrates dans un sens plus réaliste. Faute de succès, le pays céda aux forces conservatrices que Nixon combattit tout au long de sa carrière."

 

Quelle est aujourd'hui l'image de Nixon aux Etats-Unis ?

 "A l’instar des débats chez les historiens, l’image est contrastée. Pendant la campagne de 2008, regrettant peut-être encore d’avoir voté pour lui en 1968, le romancier Stephen King compara John McCain à Nixon et Sarah Palin à l’Apocalypse. Depuis le Watergate, les conservateurs américains ont transformé Nixon en martyr alors qu’ils n’avaient eu de cesse de le combattre. Dans leur bouche, Nixon est devenu la preuve de la malhonnêteté intrinsèque des démocrates et de leur morale à géométrie variable.

Pourquoi Nixon dut-il démissionner alors que John Kennedy et Lyndon Johnson commirent des actes tout aussi condamnables ? Du côté des militants démocrates, l’heure n’est pas à la réhabilitation. Pour encore longtemps, Richard Nixon reste Richard le Tricheur (Tricky Dick) l’homme du Watergate [ci-contre, la une du New York Times le lendemain de sa démission en 1974]. En dépit de ses multiples polémiques, l’homme fascine toujours comme le montre sa remarquable présence dans la production culturelle. Le succès récent du film Nixon/Frost (2008) de Ron Howard, tiré lui-même d’une pièce qui tint le haut de l’affiche à Broadway pendant de longues années, en est un exemple parmi d’autres. Des épisodes des Simpsons aux romans de Stephen King, Nixon est toujours présent, incarnation du Mal américain, voire du diable en personne. George Lucas a fort sérieusement reconnu s’être inspiré de Richard Nixon pour Dark Vador !"

 

Le personnage complexe de Nixon a inspiré les cinéastes. A-t-il également inspiré les musiciens ?

" Un chapitre du livre est consacré à l’intérêt pour le corps de Richard Nixon, corps qui le rendit pour beaucoup indigne d’exercer des fonctions politiques. Ce malaise traduit la distinction naturelle entre corps physique et corps politique au cœur de nos démocraties, et renvoie à des représentations bien circonscrites sur la légitimité de nos dirigeants. A plus d’un titre, les musiciens folk et rock banalisèrent les représentations nixoniennes. Dans sa chanson "Tricky Dickie" (1971), Joe McDonald chante ainsi en 1971 une « chose extraordinaire » vue à la télévision, « un nouvel homme mécanique qui ressemblait à un être humain » pour réaliser quelques instants après qu’il s’agit de Richard Nixon. la chanson "Ohio" du groupe Crosby, Stills, Nash and Young dénonce la massacre de Kent State et évoque la responsabilité directe du président. Dans son album Imagine (1971), John Lennon écrit une chanson « Give Me Some Truth » qui fait de Richard Nixon la cause de tous les maux de la société moderne.

Dans son album de 1974, Mothers of Invention, Frank Zappa enfonce le clou avec une chanson intitulée « Dick est un tel trou du cul » ("Dickie’s Such An Asshole"). Le groupe de rock sudiste, Lynyrd Skynyrd, prit sa défense dans "Sweet Home Alabama" (1974) et donna naissance à l’invention du martyr nixonien, évoqué plus haut. Avec leur chanson "I’m So Bored With The USA", The Clash refusa tout pardon à l’homme qui démissionna de la Maison-Blanche le 9 août 1974. Plus récemment, le chanteur Jean-Louis Murat consacre un titre éponyme à Nixon, dont la signification demeure en partie mystérieuse."

Propos recueillis par E. Augris

 

 Un grand merci à Romain Huret !

  •  Romain Huret, De l'Amérique ordinaire à l'Etat secret. Le cas Nixon, Presses de Sciences Po

 

Et pour continuer sur la musique, je signale que du côté du blues aussi, plusieurs musiciens s'intéressent à Nixon. Celui-ci a été le premier républicain à séduire l'électorat blanc du Sud (on parle de "stratégie sudiste"), traditionnellement démocrates mais déçus par les lois sur les droits civiques adoptées sous Johnson. Il  y remporte quelques Etats en 1968, malgré la candidature de Wallace, et rafle la mise en 1972. Du côté des bluesmen originaires de ce Sud en revanche, il suscite un peu de méfiance comme en témoignent ces quelques exemples :

Ainsi Thomas Shaw en 1971. Dans son "Richard Nixon's Welfare Blues", il s'inquiète de ce que le Président pourrait faire de l'Etat-providence mis en place sous Roosevelt :

Now I had a dream last night

I never dreamt before

I dreamed I saw Mr. Nixon

Standin'in the Welfare store

 Clarence Gatemouth Brown supplie le président dans son "Please Mr. Nixon" (1972) de ne pas démanteler l'Etat-providence. Alors que se profile en 1973 la menace d'un impeachment (destitution) par le Congrès, Arlene Brown ne veut pas être traitée par son amant comme Nixon...

You can impeach me, baby

Stop treatin' me like Nixon at Watergate

 D'ailleurs, Howlin'Wolf déclare dans son  "Watergate Blues" que si Nixon a démissioné, c'est grâce à un Afro-Américain puisque les cambrioleurs du Watergate ont été surpris par un noir....

Voici la playlist des titres évoqués par Romain Huret ainsi que quelques titres en plus. (notamment "Young Americans" de David Bowie) J'ai ajouté également quelques extraits des principaux discours de Nixon et du débat de 1960 avec Kennedy :

 

Découvrez la playlist Nixon avec The J.B.'s

 

Toujours sur Nixon et son temps, plusieurs messages à lire sur Samarra, l'histgeobox et nos autres blogs :

 

Allez, en cadeau (and in english...), le spot de campagne très "seventies" du candidat Nixon en 1972 et le discours de démission de Nixon le 9 août 1974 :

Une sélection musicale de rentrée (Augmix #11)

par Aug Email

  • Commençons par un titre de Bob Dylan de 1965 "Highway 61 Revisited" où il évoque une autoroute coupant les Etats-Unis du Nord au Sud en reliant la Nouvelle-Orléans à sa ville natale de Duluth (Minessota) près de la frontière du Canada. La route de la liberté pour Dylan vers le sud et de nombreuses inspirations musicales, notamment le blues. Pour faire connaissance avec cette route, vous pouvez lire la série d'articles passionnants publiés cet été dans Le Monde par Nicolas Bourcier.

 

  • Poursuivons avec Kamel El Harrachi, un chanteur algérien qui a repris le nom d'artiste de son père, auteur du célèbre "Ya Rayah" et figure du chaâbi. Son album Ghana Fenou, en même temps qu'un hommage à son père, est aussi son premier. Et cela semble très prometteur. Ecoutez plutôt... [Plus d'infos sur Mondomix]
  •  Petit détour par le Cap-Vert et par ....Rochefort avec la chanteuse Mariana Ramos. J'ai eu la chance d'assister à la répétition d'un de ses concerts cet été. C'était un vrai enchantement. Comme vous avez été sages, en voici un petit extrait filmé par mes soins :

 

 
  •  Allez, un peu de rap pour continuer. Je vous ai sélectionné un titre du groupe Sexion d'assaut qui s'intitule "Tu t'es ficha" (spéciale dédicace à Emma, Pierre et Hélène !). Ecoutez ces 8 MC parisiens, c'est un régal.
  • Vous aimez le rap suisse ? Vous ne connaissez pas ? Moi non plus, à part depuis quelques temps le rappeur Stress qui s'est rendu célèbre en s'attaquant au très populiste Christoph Blocher, leader de l'UDC, parti d'extrême droite un temps associé au pouvoir. Sa chanson "F**k Blocher" n'est pas sur Deezer mais je vous en ai mis deux autres qui sont plutôt conscientes.

 

  • Du rap toujours, mais pas seulement, avec Guru et son Jazzmatazz. Guru c'est la moitié de Gangstarr (avec DJ Premier), mais c'est aussi la volonté de créer une musique originale à partir de beaucoup de choses. L'expérience Jazzmatazz, entamée en 1993, c'est poursuivie en 1995,  2000 et 2007. Pour ma part, j'ai commencé avec le volume 3 intitulé Streetsoul qui m'a emballé. je compte bien explorer les autres volumes. Pour le moment, je vous ai choisi deux titres : Une reprise avec "Plenty", chanté en duo avec Eryka Baduh et "Certified".

 

  • Direction l'Angleterre et l'East End londonien avec Speech Debelle, une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole, c'est le titre de son album et de l'une des chansons qui est magnifique : Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). A la production, Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva dont je vous ai déjà dit du bien sur ce blog.[Plus d'infos sur Speech Debelle]

 

  • Retour à la chanson pour terminer. Dans ma sélection du mois de mai, je vous avais sélectionné un titre de Melody Gardot. Depuis, j'ai pris la peine de véritablement l'écouter, et pas seulement sur internet. Ecoutez, c'est simple, c'est bouleversant, émouvant, apaisant. D'ailleurs c'est ce que j'écoute en écrivant cet article. Je vous ai choisi deux titres : Le sublime "Some Lessons" de son album Worrisome Heart et la chanson-titre de My One And Only Thrill.

 

 Voici la playlist. Bonne écoute !

Découvrez la playlist Back to school jam avec Speech Debelle

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