Catégories: Télévision, Séries Télé
Cartographie musicale de la planète 2.
Pour compléter un premier post consacré aux "cartes musicales de la planète". Voici quatre nouvelles cartes collaboratives:
*Télérama.fr est à l'origine de deux initiatives intéressantes:
1. La carte de France en chansons:
"Un coin de rue, un monument ou tout simplement une ville : on connaît tous une chanson qui raconte ou simplement mentionne un lieu. Dutronc, NTM, Nougaro, Zebda et de nombreux autres ont chanté leur région d'origine. Et si on les répertoriait ?" [passage tiré du site du magazine]
Une carte collaborative proposée par Télérama.fr. La carte de France des chansons
2. Mondo Sono- Télérama.fr
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* Enfin, en parallèle à l'histgeobox (dont la carte est consultable ici), nous nous avons inauguré une nouvelle rubrique intitulée Loca virosque cano. Nous vous y présentons des titres évoquant directement ou non, différents lieux dans le monde.
Afficher Loca virosque cano sur une carte plus grande
Déjà sur l'histgeobox :
- The Beatles : "Penny Lane" et "Strawberry Fields" (1967) pour Liverpool (Royaume-Uni) : par vservat
- Gilbert Bécaud : "Nathalie" (1964), la Place Rouge à Moscou par Aug
- David Bowie : "Heroes" (1977) pour Berlin (Allemagne) : par vservat
- Jay-Z (Feat. Alicia Keys) : "Empire State of Mind" (2009) pour New York (NY-Etats-Unis) par Aug
- U2 : "Where the streets have no name" (1987) pour Belfast (Irlande du Nord) par vservat
- Bruce Springsteen, "American Land", (2006), pour Ellis Island, (NY-Etats-Unis) par vservat
- The Clash, "Guns Of Brixton" (1979), pour Brixton (Londres, Royaume-Uni) par vservat.
- U2 : "Zoo Station" (1991) pour Berlin, Allemagne, par vservat.
- Jacques Douai : "Au port du Havre" (1978), pour le Havre, France, par vservat.
- Anis: "Cergy", pour Cergy (95), France, par Blot.
* Sans lien cette fois avec la musique, Pierre Sérisier propose sur son blog une carte des séries américaines.
"Où se passent vos séries favorites ? Dans les grandes villes pour la plupart. Avec une sur-représentation de Los Angeles et de New York, bien que depuis quelques années Chicago et Miami semblent attirer les scénaristes. Bien sûr, les fictions ne sont pas tournées in situ, mais il est intéressant de voir le choix des localités." [tiré du blog de PS]
Afficher La carte des séries américaines sur une carte plus grande
Une carte des séries américaines proposée par Pierre Sérisier sur son blog.
The Hour, la série sur l'Angleterre des années 50
Il ne faut plus s'étonner aujourd'hui, les séries TV sont devenues en une décennie un genre cinématographique à part entière....où les scénaristes mettent en place dans la longueur des personnages complexes et des intrigues haletantes. The Hour est l'exemple de la série réussie.

Bien plus encore, elle est une série estampillée "qualité supérieure" et "appellation d'origine contrôlée"production BBC à consommer sans modération. Cela tombe bien, il n'y a que 6 épisodes pour cette première saison. Aussi a-t-elle tout de suite attiré mon attention. Non seulement parce qu'elle a l'originalité de nous emmener dans une époque peu explorée par les séries mais parce que la photographie est soignée.
En un clin d'oeil, les décors, les costumes nous plongent dans ll'Angleterre du début de la Guerre froide avec un rare sens du détail (voir les illustrations). L'histoire nous conduit successivement dans les rues de Londres, les appartements au confort limité ou dans un manoir de l'aristocratie britannique. Mais l'essentiel de l'intrigue se déroule dans les bureaux et les studios de la BBC. Le décor s'inscrit plus largement dans une toile de fond historique, l'affaire du canal de Suez en octobre-nov 1956 et la répression soviétique en Hongrie.

Deux jeunes journalistes se voient confier une nouvelle émission d'information à la BBC. Bel Rowley (Romola Garaï qui a déjà tourné pour les plus grands : Woody Allen, Kenneth Branagh ou François Ozon) est la principale héroïne et vient de se voir attribuer le poste, très convoité de productrice de l'émission : ce qui est assez rare pour un époque plus marquée encore qu'aujourd'hui par la mysoginie. Jeune mais aussi jolie, elle entraîne dans son aventure son camarade, Dominic West qui est de la trempe des journalistes incorruptibles qui ne lâchent jamais leur enquête contre vents et marées : un vrai pitbull (tout le contraire de Claire Chazal) qui cherche la vérité sur une sombre histoire. Mais revenons à l'émission !

The Hour diffusée à la BBC semble jouer sur la nouveauté. Son présentateur, un bellâtre séducteur, ambitieux peine à trouver ses marques mais il emballe quand même la belle productrice. The Hour rencontre alors le succès tant espérer car l'émission sait parler d'actualité tout en essayant (sans jamais y arriver complètement) de s'extraire de la contrainte de la censure du pouvoir politique....C'est là tout l'intérêt de la série : comment les démocraties (déjà anciennes) gèrent la liberté de l'information à la télévision dans les années 50 ? A l'instar du Ministère de l'information dans la France gaullienne, les Britanniques de la BBC doivent aussi apprendre à composer avec les maîtres censeurs qui traînent dans les couloirs et les bureaux de la BBC.

Enfin, il y a une enquête policière : des morts, des assassinats.....et un truc plus grave qui rime avec espionnage. Mais je n'en dis pas plus !
Un article dans un autre blog compare cette série à Mad Men, il y a des liens, c'est sûr mais pas tant que cela. Et comme dans Mad Men, le générique est extraordinairement réussi.
Enfin, voici la bande annonce sur la BBC two !
Jean-Christophe Diedrich
Regards sur l'Italie des années de plomb. (1)
Simonetta Greggio écrit ici une chronique très singulière de l’Italie contemporaine. Dans « Dolce Vita, 1959-1979 », elle louvoie, en effet, entre fiction et reconstitution historique pour livrer une œuvre poignante, originale et savante sur ces 20 ans d’une Italie qui bascule subitement dans la violence aveugle, le terrorisme et laisse ses démons (mafias, corruption, nostalgiques du Duce) tracer, en sous main, l'autoroute qu'empruntera le cavaliere S. Berlusconi, très récemment déchu.
Son livre est une broderie impressionniste autour d’un dialogue entre un homme aux portes de la mort et son confesseur. Sur Ischia, une des trois îles de la sublime baie de Naples, le prince Malo, aristocrate aussi flamboyant que décadent, livre à son confesseur Saverio, homme aux sentiments torturés, les secrets de sa vie dissolue. La vie du prince se mêle intimement à l’histoire de son pays, aux évolutions politiques, révélant la face sombre et les intrigues qui se trament dans l’ombre de la toute puissante Démocratie Chrétienne.
De tous les grands moments de la vie publique et surtout culturelle de l’Italie d’après guerre, homme à femmes, on le découvre à la première romaine de la « Dolce Vita » de Fellini. Le film marque un tournant dans l’histoire culturelle et cinématographique du pays ; il donne le la aux années qui vont suivre : un parfum de scandale, d’insouciance, une libération certaine des mœurs, un art de vivre aussi qui font qu’on se tourne vers l’Italie comme vers une référence qui donne le tempo, permet de sentir l’air du temps. La carrière du film jusqu'à son triomphe à Cannes, (marquée de quelques soubresauts et surprises) est un des fils rouges du récit de S. Greggio. Grace à lui elle nous emmène dans une Italie entrant, non sans tensions, dans la modernité avec des transformations sociales fortes, se traduisant par l’adoption de la loi autorisant le divorce, ou par des épisodes plus symboliques telle l’apparition de la mini jupe.
Autour de ce dialogue et de la « Dolce Vita » de Fellini, l’auteure, par touches successives et alternées, nous plonge également dans les affres d’une démocratie fragilisée, dans laquelle les pouvoirs traditionnels (l’Eglise) sentent le vent tourner et œuvrent en sous main pour récupérer la part d’influence qui leur échappe. On découvre également la lente décadence du pouvoir en place, qui sclérosé et usé cherche son salut dans les compromissions, la corruption et les scandales de mœurs, les financements douteux. Une Italie dans laquelle les forces politiques donnent naissanceà des mouvements violents (terrorisme noir des nostalgiques du fascisme, terrorisme rouge des organisations d’extrême gauche) qui plongent le pays dans un bain de sang jusqu’à l’épisode hautement traumatique de l’exécution d’Aldo Moro.
L’auteure par ce procédé un peu particulier, arrive à dépeindre la décomposition intérieure du monde politique italien, gangréné, gagné par la putréfaction, et s’en sert comme élément explicatif de l’Italie d’aujourd’hui dans laquelle le monde politique se vautre dans les scandales sexuels, financiers, et judicaires. Entre la lumière de la baie de Naples, les dialogues prononcés par Mastroianni, les errements des responsables politiques, Simonetta Greggio réveille nos mémoires, convoque des images familières, ravive nos imaginaires, suscite leur mise en réseau, en cohérence dans un exercice d’équilibriste qu’il est très méritant de tenir jusqu’au bout. Si celui-ci donne une vision des faits dont on peut discuter (comme pour tout travail historique), il restitue une atmosphère mi nostalgique, mi terrifiante en ce qu’elle porte d’éléments de compréhension du présent.
Pour qui souhaiterait une approche plus scientifique, on peut se procurer le très bon ouvrage de Philippe Foro édité chez les non moins remarquables éditions Vendémiaire. Professeur à l’université de Toulouse Le Mirail celui-ci propose «Une longue saison de douleur et de mort : l’affaire Aldo Moro ». En quelques 200 pages, il donne un récit aussi clair que passionnant et documenté sur cette période tourmentée de l’histoire de l’Italie contemporaine.

PS : Un remerciement appuyé, amical et chaleureux à Genevieve R. qui m'a conseillé le livre de S. Greggio et qui a mis ainsi ma curiosité en éveil sur ce sujet.
This is England
Jeudi 24 novembre, Arte diffuse This is England, réalisé par Shane Meadows en 2006.
Nous sommes en 1983 dans une ville côtière du Nord de l'Angleterre en prise avec les difficultés économiques que traverse alors le pays. Shaun, 12 ans, est un garçon solitaire lorsqu'il rencontre au début des vacances d'été un groupe de skinheads qui l'adopte comme mascotte. Le jeune garçon découvre alors un autre univers, dans lequel il semble s'épanouir, tout au moins jusqu'à l'arrivée de Combo, un skinhead raciste et plus âgé, fraîchement sorti de prison...
Sans être un chef d'oeuvre, le film a le mérite de nous plonger au Royaume Uni, à un moment essentiel de son histoire. Sur fond de guerre des Malouines, le pays, alors dirigé par la dame de fer, connaît de graves tensions raciales. Or ici, le réalisateur se focalise sur les milieux skinheads alors en pleine mutations.
* Mais d'où viennent les skinheads?
A la fin des années 60, des Mods qui fréquentent les clubs de reggae de Londres découvrent les musiques noires américaines, en particulier le ska. C'est de ces groupes que sont issus les premiers skinheads, des adolescents originaires des milieux ouvriers anglo-jamaïcains britanniques. Ils se dotent progressivement de valeurs communes et de répères identitaires: passion pour les musiques jamaïcaines, adoption d'un style vestimentaire spécifique...

Groupes de Skinhead première génération sur Piccadily. Cheveux courts voire rasés, ils arborent chemises blanches, bretelles, parfois des costumes. Ces tenues martiales rappellent les difficultés de l'existence et la nécessité de se battre pour s'en sortir.
Au cours des années 1980, le mouvement se divise. Si beaucoup de skins restent peu politisés, on voit néanmoins se développer une mouvance extrémiste de droite. Influencés par les discours xénophobes du National front, ses adeptes s'en prennent violemment aux communautés immigrées, en particulier pakistanaises. Ces skins racistes au crâne rasé (Skinehead), chaussés de Dr Martens, arborent désormais des tenues paramilitaires et adoptent la Oï, sorte de punk rock dont le nom vient de l'argot anglais, contraction de "Hey you!" . Par réaction, les redskins - skins anti-fascistes qui écoutent du ska, la musique originelle du mouvement- s'organis et se livrent à des batailles rangées avec leurs adversaires.
L'intérêt du film réside enfin dans sa bande originale avec des extraits de titres reggae et surtout le sublime "Dark end of the street", sommet de deep soul interprété par James Carr. A écouter ici.
Bref, un film à ne pas manquer.
Sources:
- Esther Benbassa (dir): Dictionnaire du racisme, de l'exclusion et des discriminations, Larousse, 2010.
- Maison des images: "This is England" (PDF)
- Zéro de conduite: "âge tendre et tête de skin."
- La critique du film sur Télérama.fr par l'excellente Mathilde Blottière (bise soeurette).
Liens:
Abdelkrim et la guerre du Rif.
Samedi 1er octobre, Arte diffuse (après un premier passage mercredi 21 septembre) un documentaire sur "Abdelkrim et la guerre du Rif". La clarté du propos permet de s'intéresser à ce conflit colonial aujourd'hui un peu oublié. Le réalisateur Daniel Cling s'attache tout particulièrement à la personnalité fascinante d'Albdelkrim. " On a cherché à me faire passer pour un rebelle sanguinaire, un esprit retors, alors qu'il ne s'agissait pour nous que de défendre nos droits en faisant valoir la légitimité de notre cause. Nous l'avions fait savoir à l'Espagne [...]. Nous avions déclaré la même chose à la France, au maréchal Lyautey et au sultan. Nous l'avons clamé à Londres et à la Société des nations. Personne ne voulait entendre que nous désirions la paix, l'ordre, le commerce et l'alliance avec le monde entier. Mais puisque les Espagnols voulaient notre extermination, qui peut nous reprocher d'avoir défendu notre liberté et notre religion [...]" se demande-t-il, perplexe.
Le Maroc est le dernier pays du Maghreb à être colonisé. Or, dès les années 1920, les tribus berbères du Rif se rebellent contre leurs colonisateurs espagnols et françaissous la conduite d’Abdelkrim El Khattabi.
En 1921, les Espagnols emmenés par le général Manuel Fernandez Silvestre subissent la terrible défaite d’Anoual, à l’ouest de Melilla. Au cours des combats, ils perdent plusieurs milliers d’hommes et une grande partie de leur artillerie légère.
Cette victoire des Rifains connaît un retentissement exceptionnel puisqu’elle démontre qu’un groupe mobile connaissant les théâtres d’opérations peut battre une armée conventionnelle (même en situation d’infériorité numérique et logistique). Cette guérilla fera d’ailleurs de nombreux émules lors des guerres de décolonisation (le Vietminh au cours de la guerre d’Indochine, le FLN en Algérie).
Fort de ce succès retentissant, Abdelkrim étend son autorité sur l’ensemble du Rif. En février 1922, il proclame la République rifaine, un Etat indépendant axé autour d’un projet politique novateur : faire du Rif une République moderne, en développant l’économie et l’éducation tout en étant reconnu, sur la scène internationale, par la jeune Société des Nations (SDN). Ce projet politique et le désastre d’Anoual inquiètent la France qui possède d’importants territoires au sud du Maroc. A partir de 1925, la confrontation avec la France devient inévitable et un conflit très violent s’engage. Lyautey, résident général à Rabat, favorable à une solution politique qui passe par la reconnaissance de l’autonomie du Rif, est remplacé par Pétain, partisan d’une solution militaire. Paris envoie de très nombreux renforts aussitôt engagés dans une guerre totale dans le Rif insurgé.
Les villages rifains sont rasés par l’artillerie et l’aviation, l’utilisation du gaz moutarde se généralise. Avec l’appui des troupes espagnoles dirigées par le dictateur Miguel Primo de Rivera (au pouvoir en Espagne depuis 1923), les troupes coloniales composées de 400 000 hommes défont les 75 000 Rifains. Abdelkrim est encerclé à Targust puis battu à Alhucemas. Il se rend à l’état-major français en mai 1926.
D'abord plutôt favorable à l'instllation occidentale dans le Rif, les positions d'Abdelkrim se radicalisent à mesure que les Espagnols s'embourbent dans le conflit. Emprisonné en 1917 pour s'être déclaré favorable à l'indépendance, il mène bientôt la lutte à la tête des tribus rifaines. En 1922, il cherche à faire reconnaître la République du Rif par la SDN. En vain. Pris en tenaille par les troupes espagnoles et française, il capitule en 1926. Réfugié au Caire en 1947, il devient, jusqu'à sa mort en 1963, un symbole de la lutte anticoloniale.
Cette reddition met fin à la guerre du Rif mais non à l’extraordinaire espoir qu’il a suscité dans le monde colonisé. Abdelkrim devient alors un des symboles de la lutte anticoloniale. Exilé à la Réunion, il parvient à s’évader lors d’un transfert en 1947 et s’installe en Egypte où il participe au Comité de Libération pour le Maghreb arabe.
La guerre a aussi de fortes répercussions dans la métropole. En effet, les communistes, conformément aux objectifs de la IIIème Internationale, mènent une campagne anti-impérialiste et milite pour la reconnaissance d’une République indépendante du Rif. Le conflit provoque aussi l’éclatement du Cartel des gauches.
Abdelkrim et la guerre du Rif par figra
Sources :
- L'Histoire n°367, septembre 2011. Olivier Thomas: "Abdelkrim et l'indépendance du Rif".
- E. Melmoux, D. Mitzinmacker : « Dictionnaire d’histoire contemporaine », Nathan, 2008.
- C. Taraud : « La colonisation », collection idées reçues, le Cavalier bleu, 2008.
Liens:
- La video encore visible quelques jours ici.
- La vie des idées: "une guerre coloniale oubliée: le Rif, 1921-1926." (Romain Ducoulombier)
Treme : NOLA après Katrina

Le dieu des séries existe. Vous l'avez peut être déjà rencontré en visionnant sa création sise à Baltimore, intitulée "The Wire". Cinq saisons, 60 épisodes pour disséquer avec la précision d'un chirurgien ou nouer, avec celle d'une dentellière, les complexes relations entre les flics, les gangs, les dockers, les journalistes et les politiciens de cette grande métropole de l'est des Etats-Unis. Et autant pour faire naître, sous les yeux d'un spectateur ébahi, le quotidien sans concession, organique, poisseux des habitants de Baltimore avec lequel on se familiarise, dans lequel on sombre parfois, tant il est dénué d'angélisme et de manichéisme.

Autant dire, que "Tremé" (s'écrit "Treme" ou "Tremé" et se prononce "twemay") , nouvelle série de David Simon, qui donna vie à "The Wire", était attendue avec une certaine impatience...Saison 1 visionnée, le plus difficile maintenant est de patienter jusqu'à la deuxième et d'aller brûler un cierge pour que toutes celles qui suivront soient de la même facture.




[Albert Lambreaux dirige avec d'autres indiens une cérémonie funéraire.]

- "Katrina 2005, l'ouragan, l'état, et les pauvres aux Etats-Unis", EHESS, 2010
- "L'Amérique pauvre" , editions Thierry Magnier, 2010
- et sa contribution à "La riche histoire des pauvres", Institut de recherche de la FSu, éditions Syllepses, 2007
- Un article de la revue Vertigo : http://vertigo.revues.org/2096
- Un des derniers numéros du "Dessous des cartes" datant du 12/12/2010 : "Risques natrels, tous inégaux"
- Le site de l'office du tourisme de la ville
- Le site de la ville.
- Les dossiers du Times Picayune sur le site Nola.com en tapant Katrina das la barre de recherche.
- Site officiel de la série sur HBO
- Wendell Pierce, acteur emblématique de The WIre et de Treme, parle de son quartier natal de Treme à La Nouvelle-Orléans qu'il nous fait visiter. A voir absolument !
- Site officiel de la série sur HBO
- et sur l'Histgeoblog, un article que j'avais consacré à la série "The Wire, les territoires urbains des Etats-Unis"

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)
et pour finir quelques morceaux choisis, bonne écoute !
Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret

[La Nouvelle-Orléans après le passage de l'ouragan Katrina]
Ce mois-ci sur Samarra, nous vous invitons à mieux découvrir le passé et le présent de la ville de la Nouvelle-Orléans, notamment au travers de la musique, du cinéma et des livres. Au programme, des articles sur la série Treme, sur l'histoire de la musique à la Nouvelle-Orléans (du blues au rap en passant par le jazz), sur la ville dans la BD, le cinéma et la littérature.
La ville occupe en effet une place à part dans l'imaginaire américain. Considérée par certains comme une ville de débauche (la "nouvelle Sodome" y aurait pour quelques-uns reçu son juste châtiment en 2005...), elle est un des berceaux de la musique américaine, du blues au jazz. Elle a conservé un héritage architectural et culturel de la période coloniale française, ce qui en fait une ville unique dans le pays. L'histoire de la ville est marquée par la récurrence des catastrophes naturelles (ou non, pensons à la fuite de pétrole de 2010...), en particulier au XXème siècle et en ce début de XXIème siècle, Katrina ayant même entrainé la baisse de la population de la ville. C'est une ville majoritairement peuplée d'Afro-Américains, en particulier dans le quartier déshérité du Ninth Ward, l'un des plus touchés par Katrina. L'identité de la ville et sa mémoire est d'ailleurs au coeur des enjeux de la reconstruction. Cela rend essentiel la compréhension dans le temps long de ce qui s'est passé au début du mois de septembre 2005.
Pour entamer cette série, nous avons donc demandé à l'historien Romain Huret (EHESS et Lyon 2) de nous parler de ces travaux sur l'ouragan Katrina qui a ravagé la ville à la fin de l'été 2005. A la fin de cet entretien, nous vous proposons une playlist de quelques titres sur la ville et les catastrophes naturelles et des vidéos de films.
Dans Katrina, 2005-L'ouragan, l'Etat et les pauvres aux Etats-Unis (éditions EHESS-collection Cas de figure), Romain Huret replace l'évènement dans le temps long de la perception de la pauvreté, de la question raciale, du rôle de l'Etat et de la définition de son périmètre d'action lors des catstrophes.
Dans ce livre, au-delà des évènements qu'il retrace précisément dans une première partie, l'historien s'intéresse aux interprétations de la catastrophe par les différents groupes qui composent la société américaine, qu'ils se définissent par des critères ethniques, sociaux, politques ou religieux. Il écrit ainsi : "La construction conservatrice puise dans la tradition américaine pour proposer une interprétation rationnelle à l'évènement : la décadence morale et les effets pervers de l'Etat-providence, deux thèmes récurrents du discours conservateur, seraient à l'origine de l'ampleur de la catastrophe. (p. 72)". De l'autre côté, beaucoup d'Afro-Américains constatent la permanence d'un racisme culturel qui a amplifié les effets de la catastrophe.
Dans la lignée de ses travaux sur la pauvreté, sur la reconquête conservatrice par la base depuis les années 1960 et sur Richard Nixon, il analyse donc avec brio ce que révèle la catastrophe des fractures de la société américaine.
1. N’est-il pas difficile pour les historiens d’étudier un évènement aussi récent que Katrina ?
Bien sûr, c’est un exercice délicat pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la catastrophe a effacé beaucoup de traces matérielles et a provoqué une désorganisation des institutions. Dès lors, il fut difficile de savoir combien de personnes sont mortes dans le Superdome ou le Convention Center, combien de prisonniers se sont échappés, les registres pénitentiaires ayant disparu etc. Ensuite, l’administration du président George W. Bush a fortement protégé l’accès aux documents officiels et a refusé de transmettre des transcriptions des discussions entre les principaux dirigeants aux élus du Congrès. L’historien devra donc attendre quelques années encore ! Enfin, l’émotion née de l’évènement, et la violence de la réaction des contemporains, comme le rappeur Kanye West (photo ci-contre) déclarant que « George W. Bush n’aime pas les Noirs », oblige à une prise de recul critique plus forte qu’à l’accoutumée.
Il y a eu de brillants pamphlets contre Bush et son administration. Dans ce livre, je voulais sortir du registre de l’indignation et du scandale pour comprendre la rationalité bureaucratique à l’œuvre au cours de la longue semaine des évènements.
2. Qu’a révélé la gestion de la catastrophe sur la perception de la pauvreté et de la question raciale aux Etats-Unis ?
Pour les populations noires de la ville, la catastrophe a révélé qu’elles étaient bien peu de choses, des « réfugiés » -- et le terme fut utilisé sans cesse dans les médias et par les hommes politiques-- dans leur propre pays. Plus encore, il fut frappant de constater que les pauvres ne furent pas considérés comme des victimes d’une catastrophe, les conservateurs les accusant d’être responsables de leur sort. Le commentateur conservateur Bill O’Reilly y vit un exemplum pour les plus jeunes à montrer dans les salles de classe pour leur expliquer ce qu’il allait leur arriver s’ils ne travaillaient pas en classe ! Enfin, la catastrophe a démontré les conséquences du délitement de l’assistance sociale dans le pays. Les pauvres et les plus vulnérables sont restés faute de mieux. Le « peu » qu’ils possèdent dans le 9th Ward est « tout » ce qu’il possède. Pour partir, il faut avoir un réseau social et familial. Beaucoup vivaient de petits boulots, plus ou moins licites, et ne pouvaient pas quitter la ville sans prendre le risque de tout perdre.

[La crue de 1927 fait des ravages dans toute la Louisiane]
3. Que nous apprend la comparaison avec les précédentes catastrophes ayant frappé la Nouvelle-Orléans en 1927 et 1965 ?
En 1927 et 1965, les catastrophes ont suscité des réactions inédites de l’Etat. En 1927, le ministre du Commerce, Herbert Hoover, utilise la catastrophe pour promouvoir ce qu’il appelle un Etat associatif dont le rôle est de coordonner le travail entre les institutions locales et les associations. Pour Hoover, les catastrophes sont le moment idéal pour développer ce cadre associatif. Ce fut un succès : Hoover en tira profit l’année suivante en étant élu président des Etats-Unis. Quarante ans plus tard, le président démocrate Lyndon Johnson ira plus loin en cherchant à créer un statut législatif des victimes des catastrophes et à développer les aides dans le cadre de son programme de Grande Société (Great Society).
4. Comment comprendre les félicitations de Georges W. Bush au patron de la FEMA, l’agence chargée des situations d’urgence ? L’histoire de la FEMA ne symbolise-t-elle pas l’évolution du rôle de l’Etat depuis plusieurs décennies?
Vous avez raison. Cette agence a toujours un double visage : d’un côté, elle doit venir en aide aux victimes des catastrophes ; de l’autre, elle fut utilisée, notamment par les républicains, pour faire face aux risques politiques. Cette dernière option se développa dans les années 1980. L’agence devint très opaque, multipliant les opérations secrètes. Son chef, Louis Giuffrida, servit même de modèle au fameux « homme à la cigarette » de la série X-Files ! Au lendemain du 11 septembre 2001, l’agence fut intégrée au Department of Homeland Security et renoua avec cette tradition militaire. Sans surprise donc, au lendemain du passage de l’ouragan, elle dut attendre que la zone soit sous contrôle militaire pour aider les populations. Ce retard à l’allumage n’en fut pas un du point de vue des dirigeants. C’est en ce sens que la FEMA fit un sacré boulot (« Heck of a job »), selon la formule désormais célèbre de George W. Bush
5. Terminons par une question qui nous intéresse particulièrement sur Samarra : Comment ces catastrophes sont-elles abordées dans la musique, au cinéma, dans les séries, dans la littérature ?
La catastrophe a imprégné la production culturelle après 2005. N’oubliez pas que la ville est un berceau culturel du pays, et que l’ouragan entraina la disparition de nombreux contrats pour les musiciens et les artistes. La belle série Treme d’HBO raconte cela très bien. Des réalisateurs comme Spike Lee (When the Levees Broke) ont filmé le désarroi des populations noires et des pauvres. La rancœur contre les conservateurs, qui veulent se débarrasser de cette Sodome américaine, affleure dans les chansons. La plus emblématique est celle de Randy Newman, qui rechanta les larmes aux yeux, son célèbre "Louisiana, 1927", au cours d’un concert de soutien. Originaire de la ville, Harry Connick Jr se mobilisa également fortement pour aider les musiciens. Bob Dylan y fait une allusion
dans sa chanson "When the Levees Broke", écrite en 2007. Dylan adore cette ville, comme tous les musiciens. Il y signa avec Daniel Lanois (autre habitué de la ville) le magnifique Oh, Mercy en 1989. Plutôt que d’énumérer tous les témoignages très nombreux dans le rap et le hip-hop, je me contenterai d’une remarque et de deux coups de cœur personnels. Tout d’abord, les musiciens de la ville, en particulier les jeunes, ont redécouvert leurs racines à cause de la catastrophe. Les brass-bands, tradition ancestrale de la ville, qui jouent spontanément dans les rues et demandent le soutien du public, ont renoué avec leur propre héritage en comprenant à quel point ils se devaient de transmettre la mémoire musicale de la ville. Ensuite, je me permets deux coups de cœur personnels. Le magnifique film de Bertrand Tavernier, adapté du livre de James Lee Burke, Dans la brume électrique. Avec finesse, Tavernier transpose le récit dans la ville post-Katrina. L’ambiance lancinante et « électrique », où les morts flottent et renvoient aux horreurs du passé, offre une formidable retranscription des récits et des malheurs de la ville. Et puis Steve Forbert, l’un des folk-singers les plus brillants et sous-estimés aux Etats-Unis, qui a écrit comme toujours une chanson très subtile sur la catastrophe ("Song for Katrina"), dont l’optimisme doux-amer renvoie à « l’optimisme de la catastrophe » dont l’Amérique s’est fait une spécialité. Bref, comme tous les évènements inattendus et incompréhensibles, Katrina est une veine inépuisable pour les artistes.
Propos recueillis par Aug. Un grand merci à Romain Huret
Retrouvez sur l'histgeobox, deux titres qui nous permettent de faire le récit des inondations de 1927 et de l'ouragan Katrina :
- l'histgeobox: 137. Randy Newman:"Louisiana 1927" (1974)
- l'histgeobox: 147. Emmanuel Jal : "Ninth Ward" (2008)
Voici une playlist de quelques titres qui évoquent la Nouvelle-Orléans, les ouragans et inondations qui ont frappé la ville (1927, 1965 et 2005) :
Un extrait du film de Spike Lee dans lequel il mêle des images de la Nouvelle-Orléans à différentes époques, avant et après Katrina :
La bande-annonce du documentaire Trouble The Water, réalisé à partir d'images fimées par des habitants du Ninth Ward :
La bande-annonce du film de Bertrand Tavernier Dans la brume électrique :

- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Treme, Nola après Katrina
- Le rap de La Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)





23.01.12 20:59:28,
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