Samarra

Envoyer ce blog à un(e) ami(e)
Créer votre Blog

Tags: allemagne

Lucian Freud, un génie du portrait

par died Email

 

-Dans la famille Freud, je voudrais le petit-fils...
- Sigmund ?
- Non, le petit-fils, Lucian, né en 1922 à Berlin. Ville qu'il a rapidement quittée pour l'Angleterre en 1933, au moment où Hitler et ses sbires antisémites prenaient le pouvoir.
Jeune homme, Lucian Freud entre à l'école des arts et métiers de Londres. A ses débuts, juste avant la guerre, il peint déjà des portraits de femmes et d'hommes dans un style intégrant à la fois la technique flamande (avec le souci du détail) et les proportions et attitudes simplistes et parfois naïves des peintres surréalistes.
Le portrait de sa première femme Kathleen Garnan illustre cette double influence mais surtout la maîtrise technique du peintre  (observez par exemple les reflets du regard).
 

C'est au milieu des années 1950 qu'il change une première fois de style, il privilégie désormais la peinture au dessin. Pour cela, il décide d'accentuer la texture en adoptant une brosse dont les poils laissent des traces sur la toile. La surface est découpée par les couleurs. La peau est l'objet de toute son attention, elle en devient son paysage, son art. La peau qu'il représente de plus en plus marbrée se décline en une large palette de couleurs, le plus souvent audacieuses. La carnation est désormais au coeur de son oeuvre, la froideur cruelle de ces corps, son style.

Autoportrait 1962
 
Ce style est, en effet, de plus en plus marqué. Ses nus autant que ses autoportraits lui permettent d'acquérir un certain succès au sein de ce qu'on appelle l'Ecole de Londres (composée également de Ronald B. Kitaj, Michaels Andrew) et à côté de l'autre grand peintre britannique de l'époque, Francis Bacon.

 

A partir de 1977, la représentation des corps gagne encore en vérité grâce à une plus grande maîtrise des empâtements et à l'utilisation du blanc d'argent (appelé aussi blanc de cremnitz) qui renforce la luminosité et le relief des compositions.

Autoportrait 1985

Au début des années 90, Lucian Freud change encore son style et choisit délibérément d'épaissir encore son trait, accentuant les empâtements en prenant le risque de quitter cette représentation figurative et fidèle des corps pour flirter avec des représentations entre le génie et l'échec. Vieillissant, il ne demeure néanmoins pas dans le confort de son art maîtrisé et se met en danger.....Est-ce cela le génie ? Hector Obalk le pense dans son reportage consacré à ce peintre.

Autoportrait 1993


Voici un extrait de Grand'art, avec une belle étude d'une nature morte inédite, le lavabo.


Grand' Art - Lucian Freud 2





Vous pourrez voir ici, un large panel des portraits et nus du peintre :


Sources : l'excellent n° de Grand'art d'Hector Obalk pour ses commentaires lumineux


JC Diedrich


 

La ballade de la Stasi.

par blot Email

Groupe de dissidents dans l'appartement de Wolf Biermann (qui tient une guitare). A gauche, on distingue le physicien Robert Havemann.

 

 

Dans sa chanson "Die stasi ballade", le chanteur Wolf Biermann dépeint avec brio le quotidien de nombreux Est-Allemands, surveillés et contrôlés par la redoutable police politique, connue sous le nom de Stasi.

 

Pour en savoir plus sur le quotidien des citoyens est-allemands surveillés par cette redoutable police politique, allez faire un tour sur l'histgeobox.

Le ruban blanc n'y allez pas c'est un chef d'oeuvre !

par died Email

Alors oui, Michaele Haneke a été couronné (en fait palmé) pour ce film, le Ruban blanc.
Je commence par éloigner le spectateur habitué à la facilité ......action, sexe, humour, montage serré, musique tonitruante etc..... Bref, ici rien de cela....


Ce film se mérite. Il est en noir et blanc, en allemand (sous-titré tout de même !) et dure 2 h 24 minutes. Le générique est long et muet...
Alors ? Oui, votre jugement est fait ! Je vais m'ennuyer ! Sauf, si vous décidez de vous laissez emporter dans cette histoire un peu sordide qui se passe dans un village de Prusse orientale à la veille de la 1ère Guerre mondiale. Haneke décide d'entrer dans la communauté villageoise avec l'aide d'un narrateur qui est  le jeune nstituteur. Il raconte une série d'événements étranges qui bouleversent la communauté. Des enfants sont battus, des accidents ont lieu et des gens finissent par se suicider ou disparaître. Pourtant, la population apparaît comme tout à fait vertueuse, en se retrouvant dans le temple à écouter le pasteur ou devant le château du baron. Engoncé dans une morale rigoriste les personnages apparaissent un à un comme des hommes soit odieux soit brutaux ou tout simplement piégés  par des hiérarchies sociales écrasantes.
Le portrait de cette société allemande à la veille de la Guerre n'est pas une simple description de l'Allemagne qui succombera au nazisme. Non, le message d'Haneke est, me semble-t-il bien plus universel. La vision de l'homme n'est certes pas très optimiste mais rien n'a pu contredire le réalisateur au cours du XXè siècle.

Le propos comme on l'a vu, est intéressant pas seulement parce qu'il est historique mais  par son ambition universelle. Il est également servi par des choix esthétiques remarquables. La photographie d'abord....les plans séquences longs sont des photographies qui saisissent ces hommes (comme le photographe allemand August Sander  l'a fait durant près d'un siècle, avec un exemple ci-dessous) avec une certaine distance...une certaine pudeur.

                      

August Sander, Young farmers, 1914

Lorsque le veuf entre dans la chambre, le cadavre nu de sa femme apparaît, il s'approche, se recueille mais le mur nous masque les visages, la tristesse et la mort.
Un peu plus loin dans le film, le pasteur décide de corriger par dix coups de verges ses enfants....la caméra reste encore à distance, derrière la porte... et enfin quand le fils responsable du suicide de son père intègre le cortège qui emmène le cercueil, la caméra de Haneke s'éloigne encore afin qu'on ne devine que des ombres qui s'approchent ou rejettent le fils maudit....



Enfin, je n'évoquerai pas ici la scène extraite ci-dessous où le pasteur veut faire avouer à son fils qu'il a fauté parce qu'il se masturbe....on y voit une belle torture morale et un terrible ascendant du père sur ce jeune garçon terrorisé ....





L'autre scène est un dialogue entre une grande soeur et son frère qui tente de comprendre ce qu'est la mort....encore une fois la pudeur et la rigueur des dialogues rendent cette scène bouleversante.




Alors voilà, j'ai beaucoup aimé ce film exigeant d'un point de vu formel mais finalement terriblement fort et beau.


JC Diedrich

 

"Lady Marlene".

par blot Email

Photo de Paul Schutzer tirée des riches fonds de Life. Citoyens de Berlin Ouest observant de l'autre côté du mur un garde qui les ignore (1961).

 

Le 13 août 1961, vers 2 heures du matin, les autorités est-allemandes commencent à édifier le Mur de Berlin. L'information ne semble pas avoir filtré à l'ouest. La plupart des Berlinois, quant à eux, ne le découvrent qu'au matin. Le « mur de Berlin » coupe la ville en deux sur une longueur de 43 km, tandis qu'il couvre 112 km en dehors (soit une longueur totale du Mur de 155 km autour de Berlin-Ouest). La plupart des points de passage entre secteurs sont murés.

 

Au début de sa carrière, le jeune Daniel Balavoine consacra un album entier au Mur. Nous présentons un de ces morceaux sur l'Histgeobox où nous revenons sur l'origine de cette construction.

3 films sinon rien !

par Aug Email

 

La Vague, un film choc

 

On ne sort pas indemne de ce film. Il nous offre un rappel salutaire : la démocratie est  le résultat d'un travail de construction permanente et est sans cesse en danger. C'est sans doute l'essentiel du message transmis par l'histoire. De quoi s'agit-il ?

Un professeur plutôt anarchiste dans ses idées comme son mode de vie est chargé par sa direction de traiter pendant toute une semaine du thème de l'autocratie. Malgré sa réticence initiale, il prend le sujet à bras le corps et décide de faire à ses élèves une démonstration par l'absurde. Pour cela, il met en pratique dans la classe certains principes comme la discipline, la solidarité du groupe, la cohésion qui passe parfois par l'exclusion ou la stigmatisation de ceux qui ne se conforment pas aux règles communes. Bien sûr, les élèves semblent tomber un peu naïvement dans le panneau, mais le mérite du film est de montrer comment ce groupe solidaire offre des repères aux plus paumés et un exutoire aux frustrations des adolescents. En analysant le processus de construction du mouvement de la vague (Die Welle), Dennis Gansel nous permet de mieux comprendre comment des circonstances historiques ont permis l'arrivée au pouvoir de régimes totalitaires. Les dialogues entre les jeunes pourraient avoir lieu dans n'importe quel pays pour l'essentiel. Il y a cependant des discussions intéressantes sur la possibilité du retour du nazisme en Allemagne et sur le poids de la responsabilité des générations actuelles dans les crimes du IIIème Reich.

Je ne vous raconte pas la suite pour ne rien gâcher et vous incite fortement à aller voir le film. Précisons qu'il est inspiré d'une expérience menée en 1967 en Californie par un professeur d'histoire. Un roman de Ted Strasser, publié en 1981, a relaté l'expérience. L'histoire est également disponible en BD (illustrée par Stefani Kampmann).Le livre et la BD sont publiés chez JC Gawsewitch éditeur, ou en poche chez Pocket.

En savoir plus ici (infos, dossier de presse) et sur le blog Zéro de conduite.

  

 

Welcome, bienvenu ?

 

Aucun lien avec le film précédent ? Pas si sûr.... Une polémique a d'ailleurs opposé le nouveau ministre de l'immigration Eric Besson et le réalisateur Philippe Lioret  sur le parallèle établi par ce dernier entre la situation des Juifs sous l'occupation et celle des clandestins en transit vers le Royaume-Uni dans la ville de Calais. L'histoire : Un jeune kurde irakien de 17 ans (superbement interprété par Firat Ayverdi) tente de passer en Angleterre pour rejoindre la fille qu'il aime. Il est décidé à traverser la Manche à la nage. Pour cela, il prend des leçons auprès d'un maître-nageur de Calais interprété par Vincent Lindon qui se prend de sympathie pour lui. Le mérite du film est de nous rendre concrêt et humain ce que les journaux télévisés évoquent périodiquement. Pas de chiffres mais les histoires personnelles bouleversantes de ces parias des temps modernes que sont les migrants, refoulés des magasins, causant des ennuis judiciaires à tous ceux qui tentent de les aider au nom de la solidarité humaine la plus élémentaire. Je ne sais pas si ce film peut changer quelque chose au débat français sur l'immigration, mais il apporte sa contribution et elle me semble fondamentale. Vincent Lindon, d'ordinaire assez peu engagé, a dit avoir été personnellement choqué par ces lois qui condamnent tous ceux qui tentent d'aider les migrants. Espérons qu'il en sera de même pour beaucoup d'autres.

En savoir plus sur le blog zéro de conduite.

 

Les Trois Royaumes, dans la Chine du IIIème siècle

 

Tout autre style avec le film de John Woo inspiré d'un classique chinois du XIV ème siècle écrit par Luo Guanzhong. L'histoire (d'après le site du film) :

"En 208 de notre ère, l'Empereur Han Xiandi règne sur la Chine pourtant divisée en trois royaumes rivaux [Wei, Shu et Wu]. L'ambitieux Premier Ministre Cao Cao rpeve de s'installer sur le trône d'un empire unifié, et se sert de Han Xiandi pour mener une guerre sans merci contre Shu, le royaume du Sud-Ouest dirigé par l'oncle de l'Empereur Liu Bei. Celui-ci dépêche Zhuge Liang, son conseiller militaire, comme émissaire au royaume de Wu pour tenter de convaincre le roi Sun Quan d'unir leurs forces. A Wu, Zhuge Liang rencontre le Vice-Roi Zhou Yu, celui-ci est marié à la belle Xiao Qiao, également convoitée par Cao Cao... Très vite, les deux hommes deviennent amis et concluent une alliance. Furieux d'apprendre que les deux royaumes se sont alliés, Cao Cao envoie une force de 800 000 hommes et 2000 bâteaux pour les écraser. L'armée campe dans la forêt du corbeau, de l'autre côté du fleuve Yangtzé, dans le camp de la falaise rouge, sont installés les alliés. Face à l'écrasante supériorité de Cao Cao, le combat semble joué d'avance, mais Zhou Yu et Zhuge Liang ne sont pas décidés à se laisser faire."

 

[Les Trois royaumes, source]

 C'est un film de guerriers mélomanes, capables des pires violences dans la journée puis de conter fleurette à leur épouse le soir venu. Quelques acteurs sortent du lot comme le japonais Takeshi Kaneshiro et le remarquable Tony Leung, l'une des plus belles gueules du cinéma asiatique. Il figure toujours en bonne place dans les films de Wong Kar-Waï. Je vous en avais parlé pour son rôle dans le passionnant Lust Caution qui se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale à Shanghaï.

Deux scènes mémorables, celle où deux des guerriers font une sorte de "boeuf" en jouant sur des instruments à cordes de l'époque. On a l'impression d'entendre deux bluesmen du delta du Mississippi... Et puis une partie de ballon assez étrange, un sport qui ressemble un peu à du football mais avec plusieurs buts.

Vous pouvez prolonger par la lecture du livre (chez plusieurs éditeurs) ou des différents manhuas  et mangas qu'il a inspiré :

  • Li Zhiqing, Les trois Royaumes, Toki, 2008 (5 tomes parus en français). Un manhua chinois.
  • Buronson et Ryōichi Ikegami, Lord, Pika éditions, 2008 (5 tomes parus en français). Une vision japonaise.