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Catégorie: Peinture

Le ciel au-dessus du Louvre : dans la tourmente révolutionnaire

par Aug Email

 Voilà une BD qui donne envie de connaître les mille et unes histoires, fictives ou réelles, qui se cachent derrière les peintures les plus célèbres. Voilà une BD qui donne également envie de comprendre cette période pleine d'espoir et de désillusions que fut la Révolution française. En s'associant pour retracer un moment de cette Révolution en plein coeur de la Terreur, l'écrivain Jean-Claude Carrière et le dessinateur Bernard Yslaire nous livrent une BD originale et très réussie.

Alors que Robespierre souhaite qu'il réfléchisse à la représentation de l'Être suprême qui doit être célébré pour ne pas "laisser le ciel vide", le peintre Jacques-Louis David n'a qu'une idée en tête : peindre le jeune Bara.

 

Qui est Bara ?

Il s'agit d'un jeune soldat républicain de 13 ans tué en Vendée le 7 décembre 1793. Selon la légende, des insurgés vendéens l'auraient oblogé à crier "Vive le Roi". Préférant crier "Vive la République", il serait mort sous les coups des Vendéens. Depuis l'abolition de la royauté en 1792, les Vendéens s'opposent par les armes à la République. Cette menace intérieure sert de justification à la Terreur exercée par le Gouvernement révolutionnaire. La mort héroïque de Bara tombe à point nommé pour des généraux en échec et pour le Comité de Salut Public dirigé par Robespierre. Il devient un héros, à l'image du jeune Vialla tué en Provence en juillet 1793 dans la lutte contre un autre ennemi intérieur, les fédéralistes. Robespierre demande que Bara entre au Panthéon, Barrère réclame à David une gravure destinée à être reproduite pour toutes les écoles. Il doit également préparé les cérémonies de panthéonisation qui doivent avoir lieu le 10 thermidor.... Mais le 9, Robespierre est renversé puis executé le lendemain. Bara n'entre donc pas au Panthéon mais bel et bien dans la postérité. Les poètes (tel Marie-Joseph Chénier dans "Le chant du départ"), peintres, écrivains, sculpteurs louent ses mérites pendant tout le XIXème siècle. Des rues et des établissements scolaires (comme celui de Palaiseau où il a vécu) portent encore son nom.

En suivant la réalisation de cette oeuvre, Carrière et Yslaire tentent de comprendre le mystère de cette oeuvre. David y représente l'incarnation de la vertu pronée par Robespierre et la défense de la République jusqu'à la mort. Il peint un enfant nu, androgyne, dans une position très allanguie. La violence de la mort n'est pas directement évoquée. Bara sert près de son coeur une cocarde trricolore. David travaille sur cette peinture dans son atelier du Louvre qui vient tout juste de devenir un Musée sur décision de la Convention le 10 août 1793 (l'inauguration a eu lieu le 18 novembre).

 

 

 

 

Robespierre et "l'Être suprême"

 Emprunant aux philosophes des Lumières, en particulier à Rousseau, Robespierre propose à la Convention de rendre un culte à "l'Être suprême". Celle-ci en adopte le principe par décret le 18 floréal an II (7 mai 1794). C'est une manière pour lui de proclamer à la fois le rejet du christianisme et de l'athéisme. Il souhaite ainsi canaliser les tentatives d'un "culte de la raison" (établi par les hébertistes l'année précédente) qu'il juge excessif et de proclamer un déisme officiel qui encouragerait les valeurs civiques (vertu, égalité). La voie est d'ailleurs libre puisque les hébertistes ont été conduits à l'échafaud en mars 1794.

 

 

La première de ces fêtes a lieu le 8 juin 1794, David est chargé de régler les détails des cérémonies qui se déroulent au jardin des Tuileries et au Champ de Mars. Robespierre veut en faire, dans ces temps de guerre civile, un moment d'unité derrière les valeurs républicaines. Les statues de la tyrannie, de l'égoïsme, de l'athéisme et de la superstition sont brûlées. Une "montagne" est bâtie sur le Champ de Mars. Un arbre de la liberté domine la hauteur et une statue de l'Être suprême est placée au sommet d'une colonne.

 

 [Pierre-Antoine Demachy, Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794), 53,5x88,5, huile sur toile-Musée Carnavalet]

 

Cette fête est considérée comme l'apogée de la domination politique de Robespierre, surnommé l'incorruptible. Voici comment il théorise l'importance de la Terreur.

"Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante."

 

Le 9 thermidor, il est renversé par la Convention. Mais revenons à Jacques-Louis David. Prix de Rome en 1774, il devient le peintre emblématique du clacissisme, puisant dans l'Antiquité ses thèmes (Serment des Horaces, L'enlèvement des Sabines) et son idéal de beauté. Il s'enthousiasme pour la Révolution qui puise grand nombre de ses références symboliques dans l'Antiquité grecque et romaine. Il est élu à la Convention en 1792 avec les Montagnards. Lorsque ceux-ci arrivent au pouvoir après la chute des Girondins en juin 1793, il fait partie des personnages importants puisqu'il entre au Comité de Sûreté générale et devient un des agents de la Terreur. Deux de ses toiles ornent d'ailleurs la tribune de la Convention : La mort de Michel Lepeltier et La mort de Marat. Pourtant impliqué dans la politique de Robespierre, il parvient à échaper à l'exécution et entame une "traversée du désert" de plusieurs années. Il trouve ensuite avec Bonaparte un nouveau maître dont il relaie efficacement les idées (Le sacre).

 

Réviser les chef-d'oeuvre de la peinture en musique: solutions.

par blot Email

La boîte de production l'Ogre a réalisé un clip particulièrement réussi et original. Il propose une galerie de chefs d'oeuvre de la peinture, de Vinci à Warhol, revus et corrigés par les membre du groupe parisien Hold Your Horses ! qui incarnent les protagonistes de ces tableaux.

 

 Nous vous proposions il y a quelques jours d'identifier ces tableaux et leurs auteurs. Comme promis, voici les solutions. Vous trouverez ci-dessous les différents tableaux incarnés dans le clip, dans leur ordre de passage.

 

70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.

 

 

Léonard de Vinci: "la cène" (1495-1498), fresque du couvent de Santa Maria delle Grazie, Milan. Plus d'infos ici.

 

 

Sandro Boticelli: "la naissance de Vénus" (vers 1484-1486), musée des Offices, Florence. Une analyse ici.

 

 


Rembrandt: "La leçon d'anatomie du Professeur Tulp" (1632), La Haye, Mauritshuis. Une analyse ici.

 

 

Hans Holbein le Jeune: Portrait d'Henri VIII à quarante ans (1539-1540), galerie d'art ancien, Rome.

 

Johannes Vermeer: "la jeune fille à la perle" (1665), La Haye, Mauritshuis.

 

 

Théodore Géricault: Le radeau de la Méduse (1818-1819), Paris, musée du Louvre.

 

 

 

Jacques-Louis David: La mort de Marat (1793), Musées royaux des Beau-Arts de Belgique.

 

 

Michel Ange: La création d'Adam, voûte de la Chapelle Sixtine à Rome.

 

 

Refrain:

- René Magritte: Le fils de l'homme (1964), thurston royce gallery, Allentown.

 

 

- Piet Mondrian: Tableau I, (1921, Bâle, collection privée.

 

 

 

Frida Kahlo: Autoportrait (1940).

 

 

- Pablo Picasso Tête de femme en gris et rouge (1926), collection privée.

 

- Edvard Munch le Cri (1893), Oslo, galerie nationale.

 

 

Vincent Van Gogh Autoportrait à l'oreille bandée (1889), Chicago, collection Block. Explications supplémentaires ici.

 

 

 

Andy Warhol: Marilyn (1967), collection particulière.

 

 

Anonyme français: Gabrielle d'Estrées et une de ses soeurs (vers 1594), Paris, musée du Louvre.

 

 

 

Cimabue: Vierge et l'enfant en majesté entourés de six anges (vers 1280), Paris, musée du Louvre.

 

 

Le Caravage: la décapitation de saint Jean-Baptiste (1608), cathédrale saint Jean, Valletta, Malte.

 

 

Edouard Manet: Olympia (1863), Paris, musée d'Orsay. Je vous renvoie ici à l'excellente analyse de J.C. Diedrich sur son blog Histoire des arts de Rombas (dont on ne saurait trop recommander la fréquentation).

 

 

Eugène Delacroix: la Liberté guidant le peuple (1830), Paris, musée du Louvre.

 

 

Otto Dix: Portrait de la journaliste Sylvia von Harden (1926), Musée national d'art moderne, Paris. De plus amples informations sur ce tableau ici (fichier PDF).

 

Gustav Klimt: le baiser (1907-1908), Osterreische Galerie du Belvédère, Vienne.

 

 

Refrain

 

Joseph Chagall: La mariée (1950), collection privée.

 

 

Diego Velasquez: Les Ménines (1656), Musée du Prado de Madrid.

 

 

Vincent Van Gogh: Les tournesols (1889), cette version se trouve au Museum of art de Philadelphie.

 

 

  

 

Samarra au Royaume-Uni et en Irlande

par Aug Email

Réviser les classiques de la peinture en musique...

par blot Email

La boîte de production l'Ogre a réalisé un clip particulièrement réussi et original. Il propose une galerie de chefs d'oeuvre de la peinture, de Vinci à Warhol, revus et corrigés par les membre du groupe parisien Hold Your Horses ! qui incarnent les protagonistes de ces tableaux.

 

Voilà un excellent moyen de réviser ses classiques! Chiche? Nous vous proposons d'identifier ces tableaux et leurs auteurs en commentaire. La solution dans quelques jours.

En attendant, à vous de jouer...

 

70 Million by Hold Your Horses ! from L'Ogre on Vimeo.

Lucian Freud, un génie du portrait

par died Email

 

-Dans la famille Freud, je voudrais le petit-fils...
- Sigmund ?
- Non, le petit-fils, Lucian, né en 1922 à Berlin. Ville qu'il a rapidement quittée pour l'Angleterre en 1933, au moment où Hitler et ses sbires antisémites prenaient le pouvoir.
Jeune homme, Lucian Freud entre à l'école des arts et métiers de Londres. A ses débuts, juste avant la guerre, il peint déjà des portraits de femmes et d'hommes dans un style intégrant à la fois la technique flamande (avec le souci du détail) et les proportions et attitudes simplistes et parfois naïves des peintres surréalistes.
Le portrait de sa première femme Kathleen Garnan illustre cette double influence mais surtout la maîtrise technique du peintre  (observez par exemple les reflets du regard).
 

C'est au milieu des années 1950 qu'il change une première fois de style, il privilégie désormais la peinture au dessin. Pour cela, il décide d'accentuer la texture en adoptant une brosse dont les poils laissent des traces sur la toile. La surface est découpée par les couleurs. La peau est l'objet de toute son attention, elle en devient son paysage, son art. La peau qu'il représente de plus en plus marbrée se décline en une large palette de couleurs, le plus souvent audacieuses. La carnation est désormais au coeur de son oeuvre, la froideur cruelle de ces corps, son style.

Autoportrait 1962
 
Ce style est, en effet, de plus en plus marqué. Ses nus autant que ses autoportraits lui permettent d'acquérir un certain succès au sein de ce qu'on appelle l'Ecole de Londres (composée également de Ronald B. Kitaj, Michaels Andrew) et à côté de l'autre grand peintre britannique de l'époque, Francis Bacon.

 

A partir de 1977, la représentation des corps gagne encore en vérité grâce à une plus grande maîtrise des empâtements et à l'utilisation du blanc d'argent (appelé aussi blanc de cremnitz) qui renforce la luminosité et le relief des compositions.

Autoportrait 1985

Au début des années 90, Lucian Freud change encore son style et choisit délibérément d'épaissir encore son trait, accentuant les empâtements en prenant le risque de quitter cette représentation figurative et fidèle des corps pour flirter avec des représentations entre le génie et l'échec. Vieillissant, il ne demeure néanmoins pas dans le confort de son art maîtrisé et se met en danger.....Est-ce cela le génie ? Hector Obalk le pense dans son reportage consacré à ce peintre.

Autoportrait 1993


Voici un extrait de Grand'art, avec une belle étude d'une nature morte inédite, le lavabo.


Grand' Art - Lucian Freud 2





Vous pourrez voir ici, un large panel des portraits et nus du peintre :


Sources : l'excellent n° de Grand'art d'Hector Obalk pour ses commentaires lumineux


JC Diedrich


 

Samarra aux Etats-Unis

par Aug Email

Des livres :

 

Des BD et mangas :

 

Des films :

 

A la télé :

 

Des photographies :

 

 

En images :
 

 

En kiosque :

 


De nombreux titres sur l'histgeobox :

 

 

En musique :


Sur le bues :


Petite histoire du rap :

Prélude : Bronx, années 1970

 
 
 
 
 
 
6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
 
7. La réponse de NYC
 
8. Le Dirty South se réveille

 

 

Irlande, IXème siècle : Brendan et le secret de Kells

par Aug Email

 Quel que soit votre âge, il faut aller voir le film Brendan et le secret de Kells. C'est un film magnifique, un enchantement. Vous pourrez ainsi apprécier la qualité de l'animation (orchestrée par Tomm Moore avec des dessinateurs irlandais, français, belges et hongrois) , une musique pleine de mystères (composée par Bruno Coullais) et l'histoire passionnante de ce jeune garçon qui vit dans un monastère irlandais. Brendan a 12 ans et n'est jamais sorti du monastère de Kells. Son oncle, l'abbé Cellach règne en maître sur des copistes et enlumineurs venus du monde entier. Oubliant son goût passé pour cet art, il est surtout préoccupé par la construction d'une muraille qui doit protéger l'abbaye des Vikings qui menacent. Le vol des corbeaux annonciateur des catastrophes fait d'ailleurs penser à un vol de bombardiers. Brendan est au centre de l'intrigue, entre excursions dans la forêt en compagnie de la mystérieuse Aislin, travail sur le livre d'Iona et jeux avec le chat Pangour. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir...
 
Le chat blanc du film s'appelle donc Pangour, on retrouve ce nom utilisé à l'époque pour nommer les chats. Une inscription dans la marge d'un psautier du VIIIème siècle en témoigne :
 
"Pangour, mon chat blanc et moi.
N'avons tous deux qu'un même art :
Lui, c'est des souris qu'il chasse;
Et moi, j'ai ma chasse à part.
 
Je préfère à toute gloire
Huis bien clos, plume et canif.
Lui, sans me porter envie,
Se plaît à son jeu naïf."
 
Derrière cette histoire, il y a l'histoire de l'Irlande au IXème siècle, entre splendeur artistique et menaces extérieures. Revenons sur cette histoire à laquelle se mêlent sans doute quelques légendes....
 
L'« Île des Saints et des Docteurs »
 
Peuplée par les Celtes Gaëls dès le VIème siècle avant Jésus-Christ, la verte Eirin devient, du VIème au VIIIème siècle de notre ère un foyer intellectuel et religieux de premier plan. A cette époque, l'Europe est dans une situation complexe du fait de la fin de l'Empire Romain et de l'émergence de royaumes barbares concurrents. Patrick, originaire de Bretagne, est emmené en captivité par un roi irlandais. Parvenant à s'évader, il reçoit une formation ecclésiastique à Auxerre (auprès de Saint Germain) et Lérins (près de Cannes) puis retourne en Irlande où il entame la conversion des populations, dans le courant du Vème siècle. Cette conversion rapide et sans violence est en partie due à l'habileté de Patrick qui s'adresse d'abord aux grands que suivront le reste des clans. Mais Patrick est aussi rapidement oublié même si l'île se couvre de monastères comme celui de Kells, créé dans le centre-ouest au VIème siècle (photo ci-contre de la tour de Kells aujourd'hui, source).
 
L'autre figure des débuts du christianisme en Irlande et en Écosse, c'est Columbkille. C'est lui qui fonde le monastère d'Iona, sur une île écossaise. Son disciple Aidan répand le christianisme sur le nord des îles britanniques. Le christianisme irlandais est essentiellement rural et très lié à la vie des tribus celtes. Les abbés appartiennent toujours à l'aristocratie et sont parfois même d'anciens druides. Ils s'occupent très souvent des enfants dans la lignée d'une tradition ancienne, celle du fosterage qui consiste à faire élever ses enfants par des amis ou des proches. On le voit dans le cas de Brendan, qui a toujours vécu au côté de son oncle dans l'enceinte de l'abbaye. Dans cette Église irlandaise, les moines sont les conservateurs de la tradition, ceux qui entretiennent le lien avec le passé réel ou mythique comme avec le futur. On le voit bien dans le poids des légendes.
 
Dans ce contexte, les abbayes irlandaises offrent à l'Europe bouleversée un phare intellectuel et religieux. De l'Europe entière viennent alors de nombreux savants et lettrés. Même si le film fait porter un peu loin ce rayonnement (on croise des moines venus d'Afrique, d'Asie, de Russie, d'Italie,...), il est alors bien réel. Les abbayes de Clonard, Clonmacnoise, Armagh puis Bangor et Lindisfarne sont des véritables foyers intellectuels autant que religieux. Les moines irlandais entament leurs missions dans toute l'Europe, faisant rayonner le christianisme de l'île. L'Eglise d'Irlande compte alors des savants comme le théologien Duns Scot Erigène ou le moine Dicuil, auteur d'une géographie universelle. D'Iona sur les rivages écossais (évoqué dans le film) à Kiev, ils vont participer au renouveau du christianisme et à sa croissance, préparant la renaissance carolingienne. Le plus connu de ces missionnaires est sans aucun doute Saint-Colomban. Il est né en Irlande, dans le Leinster, en 543 et entre au monastère de Bangor en Ulster, dirigé par l'abbé Corngall. Après s'être installé en Grande-Bretagne en 590 puis part vers le continent. Arrivé en Bourgogne, il fonde le monastère de Luxeuil (photo ci-contre) dont il est chassé en 610 par Thierry II et Brunehaut. Il se rend alors en Rhénanie et en Italie où il finit ses jours en 615 à Bobbio. Marqués par un ascétisme et une austérité toute irlandaise, le monachisme de Colomban est pourtant proche des ermites orientaux. La rigueur de sa règle font qu'elle est souvent associée à celle de Saint-Benoît (établie par Benoît de Nursie au VIème siècle), y compris à Luxeuil dès le VIIème siècle. Son influence dans le développement du monachisme est considérable à cette époque. C'est en partie grâce à lui que l'Irlande est connue comme l'« Île des Saints et des Docteurs ». Une histoire qui se raconte exprime toute la rigueur du modèle monastique irlandais : "Trois moines irlandais se réfugient au désert. Au bout d'un an, le premier risque : "La vie d'ermite est bonne". Au bout de deux, le second dit : "Oui". Au bout de trois, le troisième éclate : "Si l'on ne peut plus vivre tranquille ici, je rentre dans le siècle !"...
 
La fureur des Vikings
 
Mais revenons à Kells et aux Vikings. Si la royauté existe (un Ard Ri fédère les royaumes locaux), la division politique de l'île ne favorise pas la résistance aux vikings qui s'attaquent au pays à partir de la fin du VIIIème siècle. Les Vikings, montrés dans le film comme des machines monstrueuses, sont des Germains originaires de Scandinavie. Ils se différencient en trois peuples : les Danois au Sud, les Suédois à l'Est et les Norvégiens à l'Ouest. Ce sont probablement des Norvégiens (Lochlannach en gaélique) qui pillent Iona en 795 puis s'attaquent à l'Irlande. Avec leurs drakkars, ils remontent la Boyne et la Liffey au début du IXème siècle. A l'embouchure de cette dernière, ils établissent un enclos qui devient par la suite Dublin ("marais noir"). Certains de leurs établissements ponctuels deviennent donc les premières villes, des alliances s'établissant progressivement entre des Celtes et des Vikings.
 
[Début du livre de Matthieu dans le Livre de Kells, source]
 

Quant au livre de Kells, il aurait été achevé autour de 800 pour célébrer l'anniversaire de la mort de Saint-Colomban, passé par Iona en 590. Après le pillage de l'abbaye en 795, le livre a été apporté à Kells. Il s'agit en fait d'un ouvrage qui comprend les quatre évangiles en latin (Matthieu, Marc, Luc et Jean) avec des préfaces, une concordance mais surtout de magnifiques enluminures. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque du Trinity College de Dublin. (photo ci-contre)

 

Les monastères irlandais donnent à l'enluminure et à la calligraphie une originalité dont témoignent les livres de Durrow, Lindisfarne et donc Kells. Les décorations qui ornent les livres s'inspirent beaucoup de la tradition celtique, aussi bien dans le travail artisanal des métaux et dans l'orfèvrerie que dans l'écriture. L'art païen s'adapte à la nouvelle donne chrétienne sans perdre de sa force et de son imaginaire. Entrelacs, spirales, corps, animaux, végétaux se mêlent sans souci de réalisme mais toujours en mouvement. C'est l'un des atouts du film de nous initier à cette originalité.

 

Le site du film (in english) et le blog de Tomm Moore De nombreux extraits du livre de Kells

L'histoire sort simultanément en Bande-dessinée. Le tome 1 est paru en même temps que le film chez Glénat.

Des sites d'enluminures :

 

[Sources : Varia dont Encyclopedia Universalis et le Que sais-je ? déjà ancien de Roger Chauviré sur L'histoire de l'Irlande]

 

Quelle est cette ville ? (1)

par Aug Email

Petite devinette, il s'agit d'identifier une ville d'après une représentation ancienne.

Cette image a été réalisée en 1575 par deux Allemands Georg Braun et Franz Hogenberg. Elle fait partie d'un Atlas des villes du monde.

Un indice, l'île au large du port a "accueilli" un prisonnier célèbre, au moins en littérature....

La figuration narrative ce n'est pas du Pop Art !

par died Email

 

La Figuration narrative ce n'est pas du Pop Art !

Bernard Rancillac, Bloody comics, 1977

On connaît l'expressionnisme, le symbolisme, la peinture figurative mais la figuration narrative reste un mouvement encore peu connu du grand public. L'exposition qui s'est déroulée entre avril et juillet 2008 au Grand Palais avait pour but de faire découvrir une peinture ludique et accessible à un large public.



Quels sont les principes de ce courant pictural ?


Naissance et polémiques

Le mouvement voit le jour en 1964 à l'occasion d'une exposition intitulée "mythologies quotidiennes" au musée d'art moderne de Paris. Ce mouvement apparaît au moment où l'abstraction connaît un déclin alors que la BD, le cinéma et la photographie s'imposent comme des arts à part entière.
La technique et les thématiques s'apparentent quelque peu au Pop Art. Pour distinguer la figuration narrative, Gérard Gassiot-Talabot, critique d'art de l'époque explique que le mouvement n'a pas rompu "avec les moyens picturaux traditionnels" alors que "le Pop Art a choisi l'évidence brutale du sujet, sans interprétation plastique".
La figuration narrative tente également de prendre en compte l'image de masse de la société de consommation. Mais la critique n'est pas tendre et dénonce cette jeune génération d'artistes comme étant seulement justement à la remorque même du Pop Art....
Toujours Gérard Gassiot-Talabot  constitue une typologie des oeuvres du mouvement en définissant quatre types de narration: l'anecdotique, l'évolutive, les scènes cloisonnées et la juxtaposition de plans temporels.

Une nouvelle génération de peintres

                               Dîner de vernissage de l'exposition "Mythologies quotidiennes", 1964

Plus de 34 peintres participent à la première exposition "mythologies quotidiennes" dont Rancillac, Télémaque, Arroyo, Klasen, Martial Raysse ou Niki de Saint Phalle.
Tous ont en commun d'explorer un nouveau figuratif en s'inspirant de l'actualité de l'époque, de la société de consommation et de son nouvel univers matériel mais également en allant puiser dans les tableaux du passé, des figures ou des attitudes. L'entremêlement des techniques et des influences constituent avec la narration la recette de ce mouvement qui ne va durer qu'une petite quinzaine d'années.

Une peinture qui se politise progressivement
Les sujets choisis par ces peintres sont de plus en plus inspirés de l'actualité et d'une certaine manière d'une prise de position : la guerre du Vietnam inspire, Cuba ou l'IRA également. En 1968, les ateliers populaires des Beaux-Arts voient une large participation des peintres de cette école dont Fromanger, Rancillac ou Arroyo.

Gilles Aillaud, la bataille du riz, 1968.

Le mouvement semble connaître ses derniers avatars quand le peintre Géard Gassiot-Talobot réunit une nouvelle fois tous les artistes à l'occasion d'une nouvelle exposition intitulée " Mythologies quotidiennes 2" en 1977.

Jean-Christophe Diedrich



Sources : Bergerot Anne, Catalogue de l'exposition sur la figuration narrative, Paris 1960-1972, au Grand Palais 16 avril - 13 juillet 2008.


Voici quelques tableaux qui ont attiré mon attention :


Eduardo Arroyo, Grand pas du St-Bernard, 1965


Equipo Cronica, Las Meninas...... revisitées.


Fromanger, Boulevard des Italiens
Hervé Télémaque, Banania n°3, 1964