Samarra

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Catégorie: Photographie

1960-2010: ressources sur les indépendances africaines (web, radio, magazines...).

par blot Email

Alors que dix-sept pays du continent fêtent en 2010 les 50 ans de leur indépendance, les ressources intéressantes fleurissent sur la toile. Petit tour d'horizon:

 

 

A tout seigneur tout honneur...

... sur Samarra nous consacrons une série d'articles au processus de décolonisation et à l'accession des Etats d'Afrique subsaharienne aux indépendances avec la musique comme fil directeur.

- Les décolonisations africaines en musique. Premier volet (1957-1960).

- Les décolonisations africaines en musique. Deuxième volet (1960-1990).

- L’Afrique du sud : ultime décolonisation africaine.

A suivre dans les prochaines semaines avec d'autres volets (sur les "pères des nations africaines", "le panafricanisme et ses aléas", "les espoirs déçus du Tiers Monde")...

Tous les articles consacrés à l'Afrique sur Samarra et l'Histgeobox sont répertoriés par Etienne Augris dans un dossier plutôt copieux.

 

 

1. Des magazines:

 

* le numéro 39 de Mondomix consacre un dossier spécial aux indépendances. Les responsables de la revue ont eu la gentillesse de nous solliciter pour rédiger une courte présentation du processus de décolonisation qui conduit aux indépendances. Le numéro est téléchargeable ici ou consultable en lecture seule.



* Le magazine jeune Afrique revient tout au long de l'année sur cette "marche vers les indépendances".

* "La fin des colonies. Afrique 1960", à la une du magazine l'Histoire n°350, février 2010.

 

2. Sur le Web:

* Jeune Afrique a choisi de revenir sur les enjeux et les symboles culturels:

- "il était une fois les indépendances ... de 1960".

* France 24: "ils sont devenus indépendants en 1960".

* Le panafricanisme:

- "que reste-t-il des Etats-Unis d'Afrique?" (France 24).

- "Le rêve brisé de l'unité africaine" (RFI).


* Le site TV5 Monde consacre un dossier très complet sur les indépendances africaine: “Afrique 1960, un continent en marche vers son indépendance“.

* Rue 89: "l'Afrique a rendez-vous avec l'histoire."

* Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: "Un pays, une musique, un hymne" et de RFI: "L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains". Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée "Horoya"; Sénégal: "Pincez tous vos koras, frappez vos balafons"; Cameroun: "le chant du ralliement".

 

 

3. Des photos:

- Un Diaporama sur le site de RFI propose un retour en photos sur les temps forts de la décolonisation. Un autre  réalisé par trois photographes français en 1963 propose une série de très belles photos au sein des jeunes Etats d'Afrique de l'ouest.

 

 

4. Des émissions de radio:

 Les radios francophones publiques (la première chaîne de Radio-Canada, la Première de la Radio Télévision Belge Francophone, Espace 2 pour la Radio Suisse Romande et France Culture pour Radio France) se sont associées afin de réaliser une série documentaire sur les indépendances africaines. Ces 8 émissions ont pour objectif de comparer différents types de décolonisation et d'accès à l'indépendance. Ainsi, elles s'intéressent à trois anciennes colonies françaises (la Guinée Conakry, le Mali), une belge (le Congo), deux britanniques (la Zambie et le Kenya) et deux portugaises (la Guinée Bissau et l'Angola). Elles sont toujours disponibles en écoute sur le site de la RTBF.

Sur RFI: 

- "Archives d'Afrique" présentée par Alain Foka s'intéresse à "l'histoire contemporaine de l'Afrique à travers ses grands hommes (les dernières furent consacrées à Ahmadou Ahidjo et David Dacko).

- "L'atelier de l'histoire, mémoire d'un continent" présentée par l'historien Elikia M'Bokolo.

Sur france Inter: l'émission "l'Afrique enchantée" dont nous vous parlions récemment

 

 5. Des videos:

- Arte consacre un dossier très complet aux indépendances à travers un web-documentaire interactif.

 

Quelques ouvrages pour approfondir:

  • Marc Michel: "Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • Marc Michel: "Essai sur la colonisation positive. Affrontements et accomodements en Afrique noire, 1830-1930", Perrin, 2009.
  • H. d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains, XXème siècle", Casterman, 1996 (très clair).
  • Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation au XXème siècle", Seuil, 2006 (l'ouvrage de référence sur le sujet).
  • Bernard Droz: "la fin des colonies françaises", Gallimard, "découvertes", 2009.
  • Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
  • "Afrique, une histoire sonore". Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny, Frémeaux, 2002.
  • J.P. Gourévitch: "la France en Afrique. Cinq siècles de présence: vérités et mensonges", Acropole, 2008.

 

N'hésitez pas à nous signaler des ressources intéressantes (toile, magazines, radio...) sur ce thème.

Bonne année 2010 !

par Aug Email

 

 

Toute la joyeuse équipe de Samarra

vous souhaite une excellente année 2010 !

 

Petite devinette géographique pour commencer l'année (répondez en laissant un commentaire à ce message). La photographie ci-dessus montre une chute d'eau sur une rivière. A cet endroit précis, une rive est située en France et l'autre rive dans un autre pays.

Quel est ce cours d'eau et le pays de l'autre côté ?

 

[Photo : Barbara]

Sin Nombre et La Vida Loca : au coeur des Maras en Amérique centrale

par Aug Email

Un film magnifique du jeune réalisateur américain Cary Joji Fukunaga est actuellement en salles en France. Le réalisateur est originaire d'Oakland en Californie mais vit à New York. Son père est d'origine japonaise et sa mère d'origine suédoise. Il a vécu dans plusieurs pays dont le Mexique. C'est justement dans le sud de ce pays, au Chiapas, qu'il nous emmène avec Sin Nombre. Nous suivons deux histoires parallèles de jeunes latino-américains qui vont se croiser sur un train en route pour El Norte : les Etats-Unis, eldorado tant désiré en Amérique Centrale. Sayra est une jeune fille qui vit à Tegucigalpa, capitale du Honduras. Séparée de son père remarié, elle le retrouve après plusieurs années pour gagner les Etats-Unis. Willy  "Casper" vit au Chiapas, il fait partie d'une clica (cellule locale) de la Mara Salvatrucha. Entre violence imposée et subie (la sienne et celle de ses supérieurs) et désir normal d'adolescent de son âge, il dispose de peu de liberté. Le film est très sombre et en même temps plein d'espoir. Il montre l'Amérique latine dans sa réalité sociale sordide, celle des bidonvilles (image saisissante à Tegucigalpa), de la pauvreté, de la drogue, de la violence omniprésente et insupportable. Il nous montre aussi ce que peuvent représenter les Etats-Unis pour ses jeunes sans espoir de s'en sortir là où ils ont grandi.

  

Pour "Sans Nom" (Sin Nombre), Fukunaga a lui-même parcouru le Mexique, n'hésitant pas à monter sur le toit de ces trains de marchandises que les migrants empruntent vers le Nord. Il y a vu la violence et la cruauté parfois à l'oeuvre, mais aussi la solidarité. Question récurrente : "Pourquoi partent-ils ?" Fukunaga répond dans une interview au LA Times en donnant cet exemple d'un Hondurien qui ne gagnait que 3$ par jour dans son pays et qui peut en gagner 13 dans la construction aux Etats-Unis. "Ce n'est pas parce qu'il pense que nos rues sont pavées d'or, ce n'est pas parce qu'il pense que tout sera rose." Il s'est également rendu en prison pour rencontrer des membres de gangs. Pour jouer les rôles principaux, il a choisi deux jeunes acteurs remarquables. Ironiquement, Paulina Gaitan qui joue l'Hondurienne Sayra est mexicaine et Edgar Flores, qui joue le jeune Mexicain, vient du Honduras. C'est son regard qui a séduit Fukunaga. Ces deux jeunes acteurs ont su donner au film toute sa force.

Pour prolonger le film, voici ce que j'aurais aimé savoir en sortant de la salle de projection...

 

L'immigration hispanique aux Etats-Unis

 

 

Le Mexique est le pays qui compte le plus de ressortissants aux Etats-Unis avec plus de 26 millions de personnes (chiffres de 2004). Viennent ensuite les Philippines et l'Inde. Les Hispaniques représentent aujourd'hui 15 % de la population américaine. Depuis 2000, ils sont plus nombreux que la minorité noire (12% environ). La carte ci-dessus vous indique leurs régions d'installation privilégiées : les grandes métropoles et le Sud-Ouest (qui correspond d'ailleurs aux Etats appartenant au Mexique jusqu'au XIXème siècle...).

Parmi les Hispaniques, les Porto-Ricains (Etat associé aux Etats-Unis) sont plus de 3 millions, les Cubains 1,5 millions (en particulier en Floride), les Salvadoriens 1,2 millions et les Dominicains 1 million. Les autres pays comptent moins d'un million de leurs ressortissants aux Etats-Unis. Les Guatémaltèques sont 0,7 millions, les Honduriens 0,5 et les Nicararaguayens 0,3.

 

 

 Qu'est-ce que les Maras ?

 

Les Maras sont des gangs transnationaux formés de jeunes. Ils sont implantés dans toute l'Amérique centrale et aux Etats-Unis. Ils ont été formés dans les années 1980-1990 après la fin des guerres civiles qui ont frappé les pays d'Amérique centrale pendant la Guerre froide. Les deux principaux sont la Mara Salvatrucha 13 (MS13) à laquelle appartient le héros du film et la Mara 18 (M18). Ils tiennent ces numéros des rues de Los Angeles où ils auraient été créés. Rien n'est sûr cependant sur leurs origines. Il s'agit peut être au départ de groupes d'autodéfense des migrants. Après les émeutes de Los Angeles en 1992, de nombreux centre-Américains sont expulsés des Etats-Unis. Coïncidant avec la fin des guerres civiles, en particulier au Salvador, cet évènement ramène au pays de nombreux jeunes affiliés aux gangs.

 

Très implanté au Honduras et au Nicaragua, la plaque tournante de ce réseau est néanmoins le Salvador en raison du nombre important de Salvadoriens aux Etats-Unis, en particulier en Californie.

L'entrée dans la clica d'une mara se fait entre 9 et 12 ans, la moyenne d'âge des mareros étant de 17-20 ans. C'est un milieu essentiellement masculin (à 90%). Les jeunes mareros ont souvent été victimes de violences domestiques, connaissent la prison, mais la plupart savent lire et écrire. L'entrée dans une clica n'implique pas l'arrêt de l'école. Avec le temps, les maras ont pris de l'ampleur et leur activité s'est criminalisée (Trafic de drogues et de clandestins vers le Nord notamment). Les responsables sont devenus de véritables professionnels. L'un des signes distinctifs de l'appartenance, les tatouages, a d'ailleurs tendance à se faire plus discrets pour ne pas se faire repérer. Les maras ont en effet de nombreux rites (salutation, initiation par la violence subie ou à accomplir, souvent le meurtre) à l'image des mafias.

 

De nombreux débats agitent les sociétés centre-américaines sur les origines et la véritable ampleur du phénomène. Les maras sont-elles les seules responsables de la criminalité ? Faut-il employer la manière forte ou la prévention pour réduire leur importance ?

Si le Salvador et le Honduras comptent le taux d'homicide le plus important de la région (55 pou 100 000 habitants), la violence n'est pas le seul fait des maras. Depuis le 11 septembre, les partisans de la manière forte ont trouvé un allié dans le gouvernement américain qui y voit un véritable problème de sécurité nationale. Les anciens mouvements armés de gauche des années de la Guerre froide, aujourd'hui devenus partis politiques, voient une permanence entre les méthodes des militaires et des compagnies de séccurité privée qui prolifèrent aujourd'hui (éxécutions extra-judiciaires) et celles du passé. La réponse à la violence par la violence ne semble en tout cas pas porter de fruit comme au Salvador, malgré l'aide des Etats-Unis. Au contraire, elle a renforcé la cohésion des maras. Le Nicaragua et le Honduras misent davantage aujourd'hui sur la prévention avec des résultats plus probants. Reste la difficulté de la réinsertion, comme après les guerres civiles, de ces jeunes habitués dès leur plus jeune âge à une violence sans limite.

 

Un photographe et réalisateur français, Christian Poveda, a été assassiné le 2 septembre 2009, probablement par un membre de la Mara 18. Il enquêtait sur les maras. Son film La vida loca, est sorti le 30 septembre. C'est un documentaire sur cet univers des gangs d'Amérique centrale. N'hésitez pas à donner votre avis si vous l'avez vu. Voyez ci-dessous la bande-annonce du documentaire.

 

Des liens

 

 

 

[Cartes réalisés par E.Augris. à partir des données du recensement des Etats-Unis et de l'Atlas de l'Amérique latine dirigé par Olivier Dabène, Autrement, 2006]

Le ruban blanc n'y allez pas c'est un chef d'oeuvre !

par died Email

Alors oui, Michaele Haneke a été couronné (en fait palmé) pour ce film, le Ruban blanc.
Je commence par éloigner le spectateur habitué à la facilité ......action, sexe, humour, montage serré, musique tonitruante etc..... Bref, ici rien de cela....


Ce film se mérite. Il est en noir et blanc, en allemand (sous-titré tout de même !) et dure 2 h 24 minutes. Le générique est long et muet...
Alors ? Oui, votre jugement est fait ! Je vais m'ennuyer ! Sauf, si vous décidez de vous laissez emporter dans cette histoire un peu sordide qui se passe dans un village de Prusse orientale à la veille de la 1ère Guerre mondiale. Haneke décide d'entrer dans la communauté villageoise avec l'aide d'un narrateur qui est  le jeune nstituteur. Il raconte une série d'événements étranges qui bouleversent la communauté. Des enfants sont battus, des accidents ont lieu et des gens finissent par se suicider ou disparaître. Pourtant, la population apparaît comme tout à fait vertueuse, en se retrouvant dans le temple à écouter le pasteur ou devant le château du baron. Engoncé dans une morale rigoriste les personnages apparaissent un à un comme des hommes soit odieux soit brutaux ou tout simplement piégés  par des hiérarchies sociales écrasantes.
Le portrait de cette société allemande à la veille de la Guerre n'est pas une simple description de l'Allemagne qui succombera au nazisme. Non, le message d'Haneke est, me semble-t-il bien plus universel. La vision de l'homme n'est certes pas très optimiste mais rien n'a pu contredire le réalisateur au cours du XXè siècle.

Le propos comme on l'a vu, est intéressant pas seulement parce qu'il est historique mais  par son ambition universelle. Il est également servi par des choix esthétiques remarquables. La photographie d'abord....les plans séquences longs sont des photographies qui saisissent ces hommes (comme le photographe allemand August Sander  l'a fait durant près d'un siècle, avec un exemple ci-dessous) avec une certaine distance...une certaine pudeur.

                      

August Sander, Young farmers, 1914

Lorsque le veuf entre dans la chambre, le cadavre nu de sa femme apparaît, il s'approche, se recueille mais le mur nous masque les visages, la tristesse et la mort.
Un peu plus loin dans le film, le pasteur décide de corriger par dix coups de verges ses enfants....la caméra reste encore à distance, derrière la porte... et enfin quand le fils responsable du suicide de son père intègre le cortège qui emmène le cercueil, la caméra de Haneke s'éloigne encore afin qu'on ne devine que des ombres qui s'approchent ou rejettent le fils maudit....



Enfin, je n'évoquerai pas ici la scène extraite ci-dessous où le pasteur veut faire avouer à son fils qu'il a fauté parce qu'il se masturbe....on y voit une belle torture morale et un terrible ascendant du père sur ce jeune garçon terrorisé ....





L'autre scène est un dialogue entre une grande soeur et son frère qui tente de comprendre ce qu'est la mort....encore une fois la pudeur et la rigueur des dialogues rendent cette scène bouleversante.




Alors voilà, j'ai beaucoup aimé ce film exigeant d'un point de vu formel mais finalement terriblement fort et beau.


JC Diedrich

 

Willy Ronis, le photographe humaniste

par died Email

 
Sa mort, courant septembre est passée presqu'inaperçue. Bien sûr Télérama et Libération ont fait leur Une sur la disparition du photographe à la longévité exceptionnelle. Mais Willy Ronis est longtemps resté dans l'ombre de Robert Doisneau ou de Cartier-Bresson.



Qui était Willy Ronis (Ronisen de son vrai nom), en quoi son oeuvre est-elle humaniste ?

Né à Paris en 1910, il est le fils d'un immigré juif ukrainien qui fuyait les pogroms. Sa mère est pianiste, il rêve lui aussi de devenir musicien mais à son retour de service militaire, son père photographe, lui demande de l'aider à son atelier.

Sa carrière de photographe débute vers 1936, à la mort de son père lorsqu'il abandonne le studio pour se lancer dans la photo de rue.
Très vite, il apprend à saisir des instants, des personnages ....Son sujet de prédilection est la rue, plus précisément les quartiers populaires : Ménilmontant et Belleville.

"Je ne mets pas en scène, je négocie l'aléatoire", cette phrase résume le travail patient de Willy Ronis, observateur infatigable de la beauté fugace des scènes de la vie. Il saisit d'abord, les milieux populaires dans leurs loisirs mais également dans leurs luttes : les manifestations du Front Populaire sont les premiers clichés qu'il réussit à vendre, les occupations d'usine avec cette femme qui harangue la foule lors des grèves à Citroën (1938).

Rose Zehner est cette femme qui a osé prendre la parole au milieu de cette foule en colère. Longtemps ce cliché est resté dans les cartons du photographe. Quarante ans plus tard, il publie et expose la photographie, la cousine de Rose contacte alors Willy Ronis. 




Des histoires comme cela, Willy Ronis en raconte des dizaines et des dizaines à travers ses interviews ou ses livres.

Une autre photographie est prise en 1947 à Joinville lors d'un reportage sur les guinguettes. Chez Maxe, Ronis est immédiatement attiré par un groupe de danseurs. Il n'arrive pas à les prendre d'aussi loin, il s'installe sur une chaise et fait signe au danseur accompagné de deux femmes de s'approcher. L'ayant remarqué, le danseur continue à danser tout en s'approchant. Elégant et sûr de lui, le jeune homme laisse transparaître sa jeunesse et sa robustesse. Mais quand la musique s'est arrêtée et qu'il a repris sa place, Ronis s'aperçut qu'il avait un pied bot, handicap complètement invisible pendant la danse et sur le cliché.

Laissons s'exprimer encore WIlly Ronis pour comprendre son art :

" Le moment où je choisi de prendre une photo est très difficile à définir. C'est très complexe. Parfois, les choses me sont offertes, avec grâce. C'est ce que j'appelle le moment juste. Je sais bien que si j'attends, ce sera perdu, enfui. J'aime cette précision de l'instant. D'autres fois, j'aide le destin. Par exemple, ici, je sais que le premier couple ne s'est rendu compte de rien, mais pour avoir cette photo précise, je les ai vraiment appelés, mes danseurs. L'histoire ne s'arrête pas là. Il y a trois ans, j'ai reçu une lettre de la danseuse qui est sur la droite. Elle me disait qu'elle voyait cette photo de temps en temps dans la presse et qu'elle tenait à me dire combien elle était touchée par tout ce qu'elle représentait. Sa jeunesse, l'ambiance de ces guinguettes, et bien sûr la jeune fille qui dansait sur la gauche qui était une copine d'enfance. Mais le garçon, non, elles ne l'avaient plus jamais revu. Elles n'avaient dansé que cette fois-là avec lui."




 

Les années 40 et 50, l'école humaniste française, autour du Groupe des XV ( 15 photographes  dont Doisneau se réunissant  régulièrement à partir de 1946) connaît une sorte d'apogée. Willy publie ses photos pour de nombreux journaux et arrive également à publier ses livres (qui ne sont pas tous un succès).

 

Durant les années 60 et 70, Willy Ronis doit quitter la capitale et s'installe dans le Midi où il enseigne son art. Ces années sont un peu des années d'oubli, les photographes qualifiés d'humanistes (Ronis, Doisneau, Boubat, Izis) sont passés de mode mais dans les années 80 avec la mode du rétro, on les redécouvre : on republie poster, carte postale et autres supports d'un Paris disparu : Doisneau, Boubat et Ronis, bien sûr.
Des livres sont republiés. J'ai entre les mains, une nouvelle édition de Belleville Ménilmontant chez Hoëbecke datant de 1999 dans laquelle Willy Ronis représente pour cette 3è réédition, de nouveaux clichés et Didier Daeninckx, le romancier de talent qui nous emmène dans une petite histoire dans ce quartier populaire.

Le photographe infatigable continue à hanter les rues des quartiers populaires parisiens encore quelques années....saisissant les Parisiens dans un Paris qui s'est transformé, tours, de verre cabines téléphoniques, voitures....les visages, les attitudes nous racontent toujours les mêmes histoires.



Finissons ce portrait de Willy Ronis en évoquant  Le mineur silicosé, 1951...le portrait de ce mineur usé par la vie, le travail, la maladie.... ne devrait pas vous laisser insensible.

Lors d'un reportage à Lens, on avait conduit Ronis, chez un mineur silicosé. Ce dernier était très malade et en avait plus pour très longtemps. Il regardait dehors, fumait encore et encore. Il est mort quelques mois après à l'âge de 47 ans....


 

 






Willy Ronis, Ce jour-là, Folio, 2008, 192 p
Willy Ronis, Didier Daeninckx, Belleville Ménilmontant, 1999, 99 p.

 

JC Diedrich

Samarra: la lutte pour les droits civiques des Noirs Américains.

par blot Email

 

* Sur L'Histgeobox:

 

- Sagbohan Danialou: "Commerce triangulaire". Le chanteur béninois interprète une émouvante chanson sur la traite négrière.

 

- 2 J.B. Lenoir:"Alabama blues". Blues sur le racisme qui gangrène le Sud profond.

 

- 3 Billie Holiday:"Strange fruit". Retour sur les lynchages dont furent victimes de très nombreux Afro-américains.

 

- 9. Nina Simone:"Why the king of love is dead?". Hommage en musique à Martin Luther King.

 

- 15. Bob Dylan:"Oxford town". Sur la difficile déségrégation scolaire aux Etats-Unis.

 

- 16. Bob Dylan: "Emmet Till". Un des cas de lynchage les plus tristement célèbre.

 

- 17 Betty Fikes:"Back of the bus". Chanson d'espoir dénonçant la ségrégation dans les transports en commun.

 

- 19. Charles Mingus:"Fable of Faubus". Dénonciation du gouverneur de l'Arkansas, qui empêche la déségrégation scolaire dans son état (Little Rock).

 

- 23. John Coltrane:"Alabama". Charge contre ce bastion du racisme dans les années 1960.

 

- 24. Nina Simone: "Mississippi goddam". Chronique du racisme ordinaire dans le Mississippi.

 

- 27. The temptations: "Message from a black man". Ode à la black pride revendiquée.

 

- 33. James Brown: "Say it loud!" .

 

- 73. Marlena Shaw:"Woman of the ghetto" Une chanson d'espoir consacrée aux femmes du ghetto.

 

- 71. Sam Cooke:"A change is gonna come" Le chanteur sent poindre un changement d'état d'esprit à l'endroit du "problème noir" aux Etats-Unis.

 

-70. Freedom singers: "In the Mississippi river". Sur les crimes dont sont victimes les Noirs dans le Sud des Etats-Unis.

 

- 69. J.B. Lenoir:"Vietnam blues (1966). Blues dénonçant le conflit au Vietnam.

 

- 65. Nina Simone:"Backlash blues".

 

Foule raciste protestant contre l'inégration de quelques élèves noirs à Little Rock (Arkansas) en 1957.

 

- 42. Bob Dylan:"The time they're A-Changin'". Sur le fossé qui sépare la jeunesse américaine de ses aînés.

 

- 41. Phil Ochs:"Freedom riders". (1962) Les tentatives mouvementées pour faire cesser la ségrégation dans les bus inter-états aux EU.

 

- 40: Earl Sixteen: "Malcom X". Hommage à cette grande figure américaine.

 

- 39. George Perkins & The Silver Stars - Cryin' in ... Sur le désespoir qui s'empare de ceux qui apprennent la mort du dr King (avril 1968).

 

- 37. Bob Dylan:"Blowin' in the wind". Sur les attentes de changements immenses de la jeunesse américaine.

 

Le "dimanche sanglant" de Selma, en 1965.

 

- 48. Gil Scott Heron:"Klan". Dénonciation cette secte raciste qui fit régner trop longtemps la terreur.

 

- 87. Edwin Starr:"War". Une charge contre la guerre du Vietnam.

 

94. Grandmaster Flash & The Furious Five : "The Message. Plongée dans le quotidien sinistre des ghettos sous l'ère reaganienne.

 

- 101. Archie Shepp:"Attica blues". Retour sur le drame survenu dans la prison d'Attica.

 

- 107. Nina Simone:"I wish I knew how it would feel ... Une superbe chanson sur la quête de la liberté.

 

- 111. Phil Ochs:"Too many martyrs". Retour sur deux assassinats racistes qui choquèrent profondément l'Amérique: ceux d'Emmett Till et Medgar Evers.

 

- 113. Big Bill Broonzy: "Black, brown and white". Un blues qui dénonce les lois Jim Crow, institutionnalisant la ségrégation aux Etats-Unis.

 

- Bob Dylan: "Only a pawn in their game". Dylan revient sur l'assassinat de Medgar Evers.

 

- 126. Skatalites:"Malcom X". Un ska en hommage au charismatique meneur afro-américain.

 

Le chef de police Laurie Prichett fait face à Martin Luther King à Albany en 1961.

 

- Neil Young: "Alabama". Violent pamphlet contre le racisme qui continue de gangrèner cet état du sud des Etats-Unis dans les années soixante et son gouverneur George Wallace.

 

- MC5: "Motor city is burning". Sur les émeutes raciales à Detroit, en 1967.

 

- Bob Dylan: "George Jackson". Sur Angela Davis et les Soledad brothers.

 

- Louis Armstrong: "Go down Moses". Sur l'underground railroad, le chemin de fer souterrain, qui permit a de nombreux esclaves en fuite de rallier le Canada ou le nord des Etats-Unis.

- Joan Baez: "Birmingham sunday". Cette chanson revient sur l'attentat a la bombe qui tua quatre jeunes filles dans une église de Birmingham (Alabama), après le mouvement pour les droits civiques qui agita la ville en 1963.

- Simon and Garfunkel: "7 o'clock silent night". Cette contine évoque les marches de protestation des Afro-américains menés par Martin Luther King à Chicago, en 1966.

 

- Burning Spear: "Marcus Garvey". Hymne reggae à la gloire d'un des théoriciens du panafricanisme et leader d'une des plus importantes organisations de masse du début du XXème siècle.

 

* Sur Lire-Ecouter-Voir:

 

- La musique au temps des Black Panthers.

 

- Why the King of love is dead?

 

- Martin Luther King: une lutte en musique.

 

- Quand la soul s'engage.

 

- La lutte pour les droits civiques en musique.

 

Harry Belafonte (à gauche), ami et soutien indéfectible de Martin Luther King (centre) et Samy Davis Jr (à droite).

 

 * Histoire des Afro-américains en musique.

 - Histoire des Afro-américains en musique (5): les racines noires du rock'n'roll.

 

- Histoire des Afro-américains (4): blues et folk.

 

-  Histoire des Afro-américains en musique (3) : blues et folk-blues.

 

  - Histoire des Afro-américains en musique (2) : le blues.

 

-  Histoire des Afro-américains en musique (1) : gospel et work songs.

 

 

* STAX et la Motown, les deux grands labels de soul music et leurs rapports avec le mouvement pour les droits civiques:

- STAX et Wattstax.

 

- La Motown fête ses 50 ans.


- L'usine à tubes: les clefs du succès.


- Connaissez-vous bien la Motown (playlist et quizz)?

 

* Photographies.

 


Uploaded on authorSTREAM by bricabraque


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* Bibliographie:

 

- Pap Ndiaye: "Les Noirs américains", découverte Gallimard, 2009. Une synthèse limpide qui propose en outre de très nombreux documents (photos, textes...) savamment présentés.

 

- Nicole Bacharan: "Les Noirs américains. Des chaps de coton à la Maison Blanche", Panama, 2008. Une synthèse claire et tout de même très précise.

 

- M.A. Combesque: "Martin Luther King. Un homme et son rêve", Le félin poche, 2008. Un portrait vivant du pasteur et de ses engagements.

 

- "Freedom. Une histoire photographique de la lutte des noirs américains", Phaidon, 2005. Sublime recueil de plus de 500 clichés retraçant l'histoire des Afro-américains, des dernières années de l'esclavage jusq'à aujourd'hui.

 

 

 

Samarra en 1968

par Aug Email

- L'atelier populaire et les affiches de mai 68 puis l'impact de ces affiches (Died)

 

Les musiques de 68 :

 

free music

 

- Hippies et Summer of Love (Blot)

 

Les festivals  (Blot) :

 

Les films de 68 :

 

Les livres de chevet d'une génération :

- Mai 68, histoire d'un printemps en BD (Aug)

 

Les photographies de 1968 :

 

Utopies :


- Evolution des mœurs : Sous les pavés, le sexe et le plaisir (Died)

 

Et pour ceux qui veulent en apprendre encore plus sur l'année 1968 en France et dans le monde, consultez le sommaire de notre dossier. Vietnam, Lorraine, Grenoble, Nanterre, Pologne, Prague, Japon, Etats-Unis, Jeux Olympiques....

Malick Sidibé, photographe de la jeunesse malienne

par Aug Email

 

Malick Sidibé, 74 ans, est une mémoire vivante du Mali de la fin de la colonisation et de l'indépendance. C'est en effet à la fin des années 1950 qu'il a fait ses premières photos. Malheureusement, la plupart de ses premiers clichés (ceux du studio "Photo Service" qu'il gère de 1958 à 1962) sont perdus. Ayant quitté son village de Soloba assez tôt, Malick est engagé d'abord comme dessinateur par le photographe Gérard Guillat, un Français de Bamako. Rapidement, alors que "Gégé la pellicule" couvre les fêtes de la petite société coloniale, Malick couvre les fêtes des Bamakois. Il alterne donc travail en studio le jour et clichés "sur le vif" le soir.

Rappelons que les colonies françaises en Afrique étaient alors regroupées dans deux entités : l'AEF (Afrique équatoriale Française) et l'AOF (Afrique occidentale Française). L'actuel Mali est en fait appelé Soudan français. Comme les autres colonies, il bénéficie de la loi-cadre Defferre de 1956 qui prévoit une autonomie administrative. En 1958, De Gaullle créée la Communauté Française (refusée par la seule Guinée de Sékou Touré) qui accorde davantage d'autonomie et prépare l'indépendance.

Après l'échec de l'éphémère Fédération du Mali regroupant l'ancien Soudan français et le Sénégal de Senghor, l'indépendance du Mali est donc proclamée le 22 septembre 1960. Le jeune pays est alors dirigé par Modibo Keïta (jusqu'en 1968, date du coup d'Etat de Moussa Traoré) qui conduit le Mali vers le camp socialiste.

Une nouvelle ère s'ouvre donc au Mali, marquée par l'échec du panafricanisme et les difficultés poilitiques et sociales des nouveaux pays. Mais c'est aussi une période d'espoir.

Revenons à Malick Sidibé. A partir de 1962, il créé on propre studio dans le quartier de Bagadadji, situé sur la rive Nord du fleuve Niger à Bamako. Jusqu'en 1977, il y photographie avant tout les jeunes. La plupart viennent se faire photographier avant d'aller danser dans les clubs. Contrairement aux instantanés qu'il fait par ailleurs, Sidibé fait poser les personnes photographiées. Celles-ci ne se privent pas de jouer un rôle (footballeur, boxeur,...), mais les photographies sont aussi pleines de spontanéité et de fraîcheur. Les objets apportés dressent un tableau de la modernité de l'époque (transistors, mobylette,...). 

En voyant ces photographies, on ne peut s'empêcher d'imaginer la vie des ces jeunes Bamakois, leurs rêves, leurs difficultés, leurs joies. C'est tout l'art du portraitiste remarquable qu'est Malick Sidibé que de nous faire voyager dans ce Mali des années 1960.

 

  • Un ouvrage (sans commentaire malheureusement) a été publié avec les photographies de cette époque, vous pouvez en voir des extraits ici.
  • A lire sur le net, cet entretien avec Malick Sidibé dont est issue la photographie de l'artiste ci-dessus.
  • Si vous voulez apprécier ces photographies grandeur nature, vous pouvez visiter l'exposition "Bagadadji" (entrée libre) qui a lieu au Centre Culturel André Malraux à Vandoeuvre-lès-Nancy. Elle y est jusqu'au 30 avril. La brochure de présentation m'a servi pour cet article.

 

 

Samarra au Moyen Orient et en Asie Centrale

par Aug Email

 

Des BD qui sont parfois aussi des films (à moins que ce ne soit l'inverse...)

 

 

  • Zeina Abirached, Mourir Partir Revenir. Le jeu des hirondelles, Cambourakis, 2007. Beyrouth en 1984
  • Les auteurs de manhwa (la BD coréenne) n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplouse. Le premier tome est paru chez Hanguk.
  • L'un des auteurs de BD israéliens les plus connus, Uri FInk, livre régulièrement ses chroniques. Il raconte dans Israël-Palestine entre guerre et paix (Berg International) la vie d'un Israélien qui veut la paix mais "qui est entrainé dans des logiques qui le dépassent".
  • L'Américain Joe Sacco avait consacré plusieurs BD-reportages à la Palestine dans les années 1990, au moment où les premiers espoirs de paix liés aux acoords d'Oslo semblaient mettre fin aux abus les plus criants de l'occupation. Sa plongée pleine d'humour et d'intelligence dans le quotidien en Cisjordanie et à Gaza est très instructive. Joe Sacco, Palestine. Une nation occupée et Palestine. Dans la bande de Gaza parus chez Vertige Graphic en 1996. Retrouvez l'article consacré sur ce blog à un autre album de Joe Sacco sur la guerre en Bosnie, Goražde.
  • L'italien Paolo Cossi nous offre un récit graphique pour comprendre le génocide arménien de 1915. La BD vient de paraître chez Dargaud. Cela s'appelle Medz Yeghern.
  • Ted Rall a plusieurs qualités, c'est un très bon reporter qui sait dessiner et qui a de l'humour. Illustration avec Passage Afghan, paru en 2004 et La route de la soie en lambeaux, annoncé pour août dernier et qui paraît enfin à La Boîte à Bulles. Rall est américain et a voulu se rendre compte sur place des effets de la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan après le 11 septembre 2001.
  • Kaboul Disco ou l'histoire de Nicolas Wild, dessinateur qui se retrouve à Kaboul en 2005. 2 tomes parus à La boîte à bulles.

 

  • Faisons une place à part à la BD-reportage photo Le Photographe de Guibert, Lefèvre et Lemercier récemment rééditée en édition intégrale dans la collection Aire Libre chez Dupuis. Le photographe DIdier Lefèvre y raconte merveilleusement bien son voyage en Afghanistan  à l'été 1986, alors que le pays est envahi par les Soviétiques depuis 1979. Il accompagne une équipe de Médecins Sans Frontière encadrée par des moujahidines.

 

De la musique

 

  • "La Guerre du Golfe a eu sa (belle) part de désinformation (si, si, je vous jure, n'en déplaise aux journalistes qui trouvent qu'ils ont fait honnêtement leur travail), le chanteur Jean Leloup en a aussitôt fait une chanson érotico-sarcastique..." En 1990, c'est l'heure de la "conscientisation" par Jean Leloup
  • Médine, le rappeur du Havre, a consacré un titre de son album Jihad à Malcolm X et à Massoud, héros de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan : "Du Panshjir à Harlem"L'Algérino  reprend un concept proche dans son titre "Etoile d'un jour" sur son album Les derniers seront les premiers.
  • Une chanson du Colonel Bagshot sur la guerre des Six-jours de 1967.

 

 

  • Le groupe de rock russe DDT s'est rendu célèbre en 1980 par son titre  "Не стреляй!" ("Ne tire pas").  Iouri Chevtchouk et son groupe DDT deviennent alors célèbres... et suspects avec ce titre qui invite les jeunes soldats soviétiques à ne pas tirer ! Nous vous en parlons plus en détail sur l'histgeobox où vous pouvez écouter ce titre emblématique.
  • L'Afghanistan est également évoqué dans la chanson "Washington Bullets" des Clash en 1981. Plus de détails sur l'histgeobox.

 

    Des films

     

    La terre est un des enjeux essentiels du conflit qui oppose depuis plusieurs décennies Israël et les Arabes. Bien sûr, il y a également des enjeux symboliques non négligeables, ils se superposent et s'enchevêtrent sur cette terre que chacun s'accorde à penser comme sienne. Face à la complexité de ces enjeux, une approche trop manichéenne est souvent de mise. Le cinéma offre parfois, mieux que la télévision et internet, la possibilité de se plonger dans un univers qui nous est inconnu quand bien même il fait partie de notre univers médiatique.
    Deux films réalisés par des cinéastes israéliens nous permettent cette plongée.

     

    En kiosque

     

     

    Nous retenons pour ce dossier une conception très large de la notion de Moyen Orient incluant tous les pays suivants :

    Egypte, Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Irak, Iran, Koweït, Arabie Saoudite, Qatar, Barheïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Yemen, Afghanistan, Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan) et Caucase (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan).

    Pour le reste de l'Asie (orientale et méridionale), retrouvez la sélection de BD, mangas, manhwas et manhuas sur l'Asie.

     

     

Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges

par Aug Email

A l'occasion de la parution en français du tome 1 du manga d'Akira Fukaya et Aki Ra, Enfant-Soldat (Delcourt, coll. Akata), nous vous proposons d'en apprendre plus sur l'histoire récente du Cambodge. Ce manga est en effet basé sur l'histoire vraie d'Akira, né en 1973, et qui a grandi sous le régime Khmer Rouge de 1975 à 1979. Après le repli des partisans de Pol Pot dans la jungle, il a été enrôlé de force dans les troupes Khmères Rouges en 1983. Il a ainsi participé activement à la pose de mines antipersonnel avant d'être capturé par l'armée vietnamienne, maîtresse du pays depuis début 1979.
 
C'est dans cette armée, alors âgé de 13 ans, qu'il continue bon gré mal gré à se battre. Lorsque les Vietnamiens quittent le pays en 1989, laissant le pouvoir à un gouvernement qu'ils ont installé, Aki Ra reste militaire dans l'armée cambodgienne. A partir de 1993, il met sa connaissance des mines au service du déminage mis en œuvre par l'ONU. Il continue par la suite de déminer seul et ouvre un Musée de la mine. C'est en le visitant qu'Akira Fukaya, mangaka, a fait la connaissance d'Aki Ra et a eu l'idée de ce manga.
 
Ce livre est vraiment passionnant. Il sait nous raconter la guerre à hauteur d'enfant. Le regard de ces enfants enrôlés de force est dépourvu de toute approche idéologique. Ils sont confrontés à la guerre depuis toujours, ils voient leurs proches disparaître, ils commettent des actes dont ils ne comprennent pas le sens mais dont la portée est terrifiante. Enfant-Soldat touche ainsi à l'universalité de ce drame de notre époque tout en nous restituant parfaitement le contexte de ces années 1970 et 1980 où des millions de Cambodgiens ont perdu la vie (exécutions, famines, mauvais traitements,...).
 
Voici un extrait qui montre comment l'imaginaire des enfants a été façonné : Les Khmers Rouges ont inculqué la haine et la peur des Vietnamiens aux plus jeunes.
 
Le tome 2 doit sortir le 15 avril 2009
 
Retour sur l'histoire récente du Cambodge autour de quelques dates
 
1953

Le Cambodge accède à l’indépendance, après des années de lutte contre la France, avec à sa tête le prince Sihanouk. C’est ce monarque constitutionnel qui utilise l’expression « Khmer rouge » pour désigner l’opposition de gauche (khmer désigne l'ethnie majoritaire au Cambodge). Très rapidement, le régime prive l’opposition de toute forme d’expression. Les Khmers rouges sont au départ d'anciens étudiants formés en France dans les années 1950. Ils créent en 1960 le Parti Communiste Khmer, très influencé par la Chine de Mao.

Pourchassés par Sihanouk, ils se réfugient dans les maquis afin de mener la lutte contre le pouvoir en place. Saloth Sar alias Pol Pot, le "frère numéro 1", entre ainsi dans la clandestinité.

 

1970

Le premier ministre, le général Lon Nol, soutenu par les Etats-Unis, renverse le prince Sihanouk en mars 1970 et proclame la République. Sihanouk doit s’allier aux Khmers rouges afin de retrouver son pouvoir. Il forme ainsi, avec ces derniers, un gouvernement en exil en Chine. Dès lors, une guerre civile sévit durant cinq ans dans le pays. Les bombardements américains se multiplient sur le Cambodge.

 

[Chassé du pouvoir par Lon Nol, Sihanouk s'allie à ses anciens ennemis. Il pose avec eux à plusieurs reprises comme ici en 1973; Source]
 

Deux camps s'opposent alors : la République khmère de Lon Nol, soutenue par les EU et le Vietnam du Sud face à la coalition monarchistes-khmers rouges (Sihanouk et les communistes), aidée par la Chine et le Vietnam du Nord.

 

1975

Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh et fondent bientôt un nouveau régime, le Kampuchéa démocratique. Sihanouk est placé sous résidence surveillée. Ils conservent le pouvoir près de quatre ans, en pratiquant une politique de terreur systématique.

 

Les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh le 17 avril 1975. En quelques jours, la capitale est évacuée.
 

Le nouveau régime entend imposer un égalitarisme absolu dans le pays et mène une Révolution radicale et immédiate. Les Cambodgiens doivent se soumettre au nouveau pouvoir et renoncer à l’argent, leur famille, leur religion (abolition du commerce, de l’argent, collectivisation des biens, fermeture des tribunaux et des hôpitaux)… Il convient de briser les solidarités anciennes pour créer une société nouvelle fondée sur une idéologie égalitariste. L’individu doit se fondre dans la communauté. Toute forme de contestation est synonyme d’arrêt de mort.

 

[Carte : Le monde.fr]

Les Khmers rouges se lancent dans des opérations spectaculaires : sitôt prise, la ville de Phnom Penh est vidée de ses 2,5 millions d’habitants, déportés dans les campagnes. Aux yeux des Khmers rouges, la ville représente la corruption, la débauche.

 

Les intellectuels, jugés fourbes, les cadres et soldats de l’ancien régime républicain de Lon Nol ; les immigrés vietnamiens, « traîtres en puissance » pour Pol Pot, (en photo ci-dessous) certaines minorités comme les Cham, musulmans cambodgiens, les communautés chinoises deviennent les cibles favorites du régime et sont victimes de répression.

 

En fait, tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule imposé par Pol Pot et ses proches, sont tués. Mey Mann, un des familiers de Pol Pot résume la situation ainsi: « Pol Pot voulait que tous les Khmers mesurent 1,60 mètre exactement, et on coupait tout ce qui dépassait. »

 

 

 

La surveillance et un contrôle de tous les instants s’abattent sur les Cambodgiens, contraints de travailler dans des coopératives d’Etat ou sur les grands chantiers. Les milices de village (chhlorp) espionnent et dénoncent. Aucun système judiciaire n’existe, la torture et les exécutions sommaires sont érigées en mode de gouvernement. Le climat de terreur est entretenu par la discrétion des exécutions, dans les zones reculées de chaque village ou dans le centre de torture de Tuol Sleng (autrement appelé S-21), à Phnom Penh.

 

 

Photos de vicitmes des Khmers rouges, torturées à Tuol Sleng ou S21.

 

Ces massacres, auxquel s’ajoute la famine provoquée par la désorganisation complète de l’agriculture cambodgienne, entraînent la mort d 1,5 million à 2 millions de Cambodgiens, pour une population de 7 millions d’habitants à l’époque (famines et maladies auraient provoqué 1 million à 1,5 million de morts ; auxquels s'ajoutent 500 000 victimes d’exécutions).

 

Certains qualifient ces massacres de génocide, voire d’« auto génocide ». Il semblerait plutôt qu’il s’agisse de crimes contre l’humanité à très grande échelle, dans la mesure où il n’y a pas une « intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Les Chams, les Vietnamiens ne sont pas tués pour des raisons raciales, mais parce qu’ils ne se conforment pas au modèle khmer rouge.

"Dans cette société, le droit à la différence n'existe plus...". C'est ainsi qu'est défini le Cambodge des Khmers rouges dans un reportage diffusé sur Antenne 2 en 1978. Ce reportage est le premier à montrer des images autorisées par le régime pour le troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Il est réalisé par un journaliste yougoslave, Nicola Vitorovic, autorisé à le faire car venant également d'un pays communiste. C'est donc plutôt un reportage censé relayer la propagande khmère rouge. Mais les images et certaines phrases ("Les villes sont vides, les campagnes sont pleines...") parlent d'elles-mêmes et créent un certain malaise. Dans cette émission, Pol Pot (le "frère numéro un") est interviewé pour la première fois.

Nous avons entendu parler de cette vidéo que vous pouvez voir sur le site de l'INA en écoutant l'excellente série d'émissions réalisées sur France Culture par Laure de Vulpian.

 

1979

Le régime s’écroule le 7 janvier 1979, avec l’entrée des troupes vietnamiennes dans Phnom Penh, qui imposent un régime révolutionnaire et occupent le pays pendant dix ans. Les Khmers rouges, appuyés par la Chine, engagent la guérilla dans l’ouest du pays et ne désarment que très tardivement. Hun Sen, un ancien khmer rouge, dirige le pays depuis 1985 avec son parti le Parti du Peuple Cambodgien (PPC).

 

1989

Après l'arrêt de l'aide soviétique décidé par Gorbatchev, l'armée vietnamienne est contrainte de quitter le Cambodge. Des affrontements reprennent entre les khmers Rouges, les partisans de Sihanouk et ceux du gouvernement de Hun Sen (encore au pouvoir aujourd'hui). Des accords de paix sont finalement signés à Paris en 1991. L'ONU envoie une Autorité PROvisoire (APRONUC) qui tente de réconcilier les factions et lance une campagne de déminage. Malgré des périodes de fortes tensions et un régime discuté, le pays retrouve peu à peu la paix. Après avoir été jugé par son propre parti, Pol Pot est mort en 1998 dans la jungle proche de la frontière thaïlandaise où se sont réfugiés les derniers partisans des Khmers Rouges.

[Les deux photos ci-dessus ont été prises par Nehm En, chargé de photographier les détenus entrant à S-21. Il était alors adolescent. C'est un témoignage unique sur ces personnes aujourd'hui disparues. Retrouvez ses photographies ici.]
 
 

2009

20 ans après la fin du régime des Khmers rouges en 1979, les responsables du génocide qui a causé la mort de 1 à 2 millions de personnes sur une population de 7 millions commencent à répondre de leurs crimes.

L'un des principaux tortionnaires, surnommé Duch, comparait devant un tribunal composé de juges cambodgiens et internationaux. Il a dirigé le centre d'interrogatoire de Tuol Sleng appelé aussi S-21 où 17 000 personnes ont été torturées puis exécutées, le plus souvent après avoir été photographiées. Même s'il ne faisait pas partie des principaux responsables des Khmers rouges, dont la plupart sont aujourd'hui décédés (comme le frère numéro un" Pol Pot), il a joué un rôle important dans le génocide perpétré de 1975 à 1979.

Egalement arrêtés récemment Nuon Chea, ancien "frère numéro deux" du régime des Khmers rouges. Celui-ci était l'adjoint de Pol Pot. Ieng Sary, ancien ministre des affaires étrangères, a été arrêté avec sa femme, elle aussi inculpée pour crime contre l'humanité. Le dernier haut responsable Khmer rouge à âvoir été arrêté est l'ancien président Khieu Sampan. La totalité des dignitaires du régime est donc maintenant sous les verrous et devra répondre de ses crimes devant le tribunal spécial cambodgien parrainé par l'ONU. [Photo AFP-Le Monde : Khieu Sampan arrivant à Pékin en août 1975]

 

Julien Blottière et Etienne Augris

 

Pour prolonger

  • Autre BD sur le Cambodge des Khmers rouges, L'eau et la terrre par Séra est une plongée  remarquable dans la noirceur de cette période.(Paru chez Delcourt)
  • Le film S-21, la machine de mort Khmère rouge, du cinéaste cambodgien Rithy Pahn, réalisé en 2002 fait témoigner victimes et bourreaux dans les lieux-même du centre S-21 (ancienne école aujourd'hui transformée en musée). En voici plus bas un extrait.
  • Un autre film moins connu, Derrière le portail, raconte l'expérience du chercheur français François Bizot, arrêté par les Khmers rouges avant même leur prise du pouvoir et qui ne doit la vie sauve qu'à la sollicitude de ce même Duch.
  • L'ancien roi Sihanouk a donné en 2004 toutes ses archives dont de nombreuses photographies à l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO). Après quatre ans d'inventaire, elles sont enfin accessibles.[Des extraits dans Le Monde 2 du 28 février 2009 accompagnant un article de Francis Deron, "Sihanouk dans l'ombre des Khmers Rouges"]

 

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