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"Tokyo sanpo" : la ville mondiale vue d'une chaise pliante.
Comme il l'explique dans la préface de son ouvrage, Florent Chavouet, a passé 6 mois en 2006, à Tôkyô, la "plus belle des villes moches". Il ne prétend pas, loin de là, donner dans "Tokyo sanpo" un compte rendu précis à usage touristique ou documentaire de cette pieuvre urbaine, mais livre le regard d'un simple promeneur, immédiatement plongé dans l'inconnu puisqu'à Tôkyô on "peut admirer un panneau de route tout simplement parce qu'il n'est pas comme chez nous".
Florent Chavouet part donc arpenter la capitale japonaise, certains de ces quartiers en tous cas, "armé" de ses crayons, de son vélo et de sa chaise pliante. De Takanadobaba à Roppongi , d'Okubo à Shinjuku ou Shibuya, on suit son butinage tokyote avec délectation. Sans doute parce que les images que nous avons de Tôkyô, sont celles de la démesure, de la verticalité, de l'enchevêtrement, de l'urbanisme délirant et que Florent Chavouet, nous remet la ville en perspective, à hauteur d'homme, et que notre regard s'en retrouve totalement renouvelé, et certainement un peu bouleversé.
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Chaque chapitre du livre s'ouvre par un plan du quartier visité ; on entre ensuite dans chacun de ceux que F. Chavouet a exploré par un koban, ou commissariat de quartier (l'équivalent local du monument aux morts de 14-18, dit-il) devant lequel se trouve posté un policier amené à renseigner le chaland. Traquant le cocasse de la vie quotidienne (confrontation avec les taxis ou rencontre avec le "vieux bourré" à Okubo, notament,) les paysages de la ville, son architecture, ses styles vestimentaires, ses héros anonymes, ses mystères culinaires, l'agencement de ses maisons, "Tokyo sanpo" est tout autant une merveille graphique qu'un voyage unique et original dans la capitale nippone, succession de croquis librement inspirés des vagabondages de son auteur.
"Tokyo sanpo" a reçu le prix Ptolémée du festival internationalde géographie de Saint Dié des Vosges 2009.
Il a été chroniqué par G. Fumey sur le site des cafés géographiques : lire la chronique de Gilles Fumey sur "Tokyo sanpo".
F. Chavouet possède son site internet : http://www.florentchavouet.com/
et un blog : http://florentchavouet.blogspot.com/ . Ce sont des outils intéressants pour découvrir son très riche travail.
Juge Bao : opération "mains propres" en l'an mil
Bao Zheng (包拯) a vécu au XIème siècle dans la Chine de la dynastie des Song. Né dans la province de l'Anhui (Chine du Centre-Est), il est réputé pour son intégrité. Il a ainsi obtenu de l'Empereur Renzong des pouvoirs de justice exceptionnels de 1037 à sa mort en 1062. Juge itinérant, le juge Bao (Bao Gong) a lutté contre la coruption des puissants et le détournement des aides versées par l'Empereur pour la reconstruction à la suite de catastrophes naturelles.
Son histoire a survécu au temps puisqu'il est progressivement devenu le symbole de la justice dans la culture populaire chinoise. Il apparaît ainsi dans de nombreux écrits, notamment romanesques, et dans l'opéra. Plus récemment, des films, des téléfilms et même un jeu vidéo l'ont mis en scène accompagné de ses assistants, le très habile et très redouté Zhan Zhao et le greffier Gongsun Ce.
C'est que sa réputation d'intégrité et de lutte contre la corruption trouvent de puissants échos dans la Chine contemporaine. A l'heure où le développement de la Chine entraine la transformation de nombreux espaces périurbains, la cupidité de nombreuses personnes ne se dément pas. Mais sa dénonciation doit souvent prendre des formes indirectes. Les mésaventures du film Avatar en Chine témoignent de la difficulté d'aborder certains sujets. Parler du juge Bao aujourd'hui est donc un moyen de dénoncer la manière dont ce développement est effectué. Le juge s'attaque aux puissants sans scrupules et prend la défense des plus faibles.
Une jeune éditrice chinoise, Ge Fei Xu , un scénariste français et un dessinateur chinois ont compris toute l'actualité du juge Bao en entamant la publication d'une bande dessinée. Le premier tome, Juge Bao et le phoenix de Jade, vient de paraître en français aux Editions Fei, dans un format original mais finalement très pratique (13x18). Patrick Marty a écrit le scénario en souhaitant délibérément que le lecteur pense à la Chine d'aujourd'hui tout en se plongeant dans la Chine des Song. Son "road movie" suit le juge Bao dans ses déplacements qui sont autant d'enquêtes mêlant histoires d'amour, de corruption, combats et aventures. Il s'inspire du vrai Bao tel que le rapportent les sources tout en inventant une grande partie des détails. Le dessin en noir et blanc du Pékinois Chongrui Ne est d'une grande qualité et très précis.

Un extrait du tome 1. On y voit le juge Bao n'hésitant pas à se déguiser et à se faire jeter en prison pour les besoins de son enquête.
Ces aventures se lisent comme un roman policier. On attend la suite (prévue en avril 2010) avec impatience ! Lisez l'entretien accordé par Patrick Marty à ActuaBD
- Patrick Marty, Chongrui Ne, Juge Bao et le Phoenix de Jade, Editions Fei, 2010 (9 volumes prévus, tome 2 en avril 2010). Disponible en téléchargement numérique pour iphone.
Chine : "Avatar" contre "Confucius"

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Le film de James Cameron bat en ce moment tous les records aux Etats-Unis, en Europe, mais aussi en Asie. Les jeunes Chinois l'apprécient particulièrement. Le film y a déjà fait 100 millions de $ de recettes. Oui, mais voilà, ne fait-il pas l'éloge de la révolte violente contre les démolitions illégales d'habitations ? On le sait, les exemples sont nombreux en Chine d'un développement économique peu soucieux des populations, en particulier dans les marges urbaines qui connaissent une croissance spatiale importante.
Dans le même temps, un biopic financé par les autorités tente de transmettre un message quelque peu différent. Il s'agit d'un film sur Confucius, figure tutélaire de la philosophie chinoise ayant vécu au Vème siècle avant J.-C. Confucius n'a pas toujours été en odeur de sainteté dans la Chine communiste, mais il a opéré un retour en force depuis la fin de l'ère maoïste à la fin des années 1970.
Evidemment, le Confucius du Parti communiste est instrumentalisé. Ainsi le film met en avant l'obéissance et la reconnaissance aux autorités. Confucius demande à un responsable de s'assurer que le peuple est prospère et que celui-ci, en retour, manifeste de la gratitude. Les Chinois y voient une allusion très claire au slogan de "société harmonieuse" mis en avant par le Président Hu Jintao et affiché partout en Chine, y compris dans les rues.
Pourtant, la ficelle est un peu grosse et les spectateurs ne sont pas dupes qui trouvent le film ennuyeux et préfèrent "Avatar". Aussi, dans un premier temps, les autorités ont tenté de réduire le nombre de salles attribuées au film de James Cameron, arguant du moindre succès de la version 2-D. Face aux nombreuses protestations et à l'inflation de discussions sur le sujet sur internet, les autorités ont fait marche arrière.
En même temps qu'une volonté de contrôle, cette affaire témoigne également des fenêtres qui s'ouvrent parfois en Chine, notamment lorsque la population se mobilise massivement.
"Les fils de la terre" : au coeur du Japon rural
Le Japon est aujourd'hui associé à la frénésie des villes de la Mégalopole. A juste titre puisque l'essentiel de la population japonaise (70% soit 90 millions) y réside. Pourtant, il y a un siècle, le pays était encore essentiellement rural. Une grande partie de l'identité et des traditions nippones (religieuses, culturelles,...) puise ses racines dans les campagnes.
C'est surtout après la défaite de 1945 que les campagnes se sont profondément transformées. Avec la réforme agraire voulue par la puissance occupante, les Etats-Unis. L'objectif : dans le contexte de guerre froide, éviter que les paysans adoptent une posture révolutionnaire en protestant contre la concentration des terres aux mains de quelques uns. Deux millions d'hectares ont alors été redistribués.
Un million et demi de propriétaires fonciers (jinushi) doivent ainsi vendre à l'Etat qui les revend à quatre millions de paysans. Cet épisode est évoqué dans le manga Ayako d'Osamu Tezuka. La famille d'Ayako était proriétaire de nombreuses terres et doit se résigner à les céder (image ci-contre). La conséquence de cette réforme est d'émietter la propriété et de réduire la taille des exploitations. Accompagnée de la mécanisation et de l'utilisation d'engrais, cet émiettement a poussé de nombreux paysans à l'exode rural vers les villes et l'emploi industriel, souvent plus rémunérateur. Les années de la Haute-croissance (1955-1975) ont ainsi vu la population urbaine devenir majoritaire. Dès la première moitié des années 1950, les urbains étaient plus nombreux que les ruraux.
L'agriculture japonaise se modernise et engage une course à la productivité comme dans les autres pays du Nord (la PAC européenne date de 1963). Comme ailleurs, le nombre d'agriculteurs baisse. Entre 1950 et 2005, le nombre d'exploitations passe de 6 à moins de 3 millions. La population agricole a été divisée par 3 (37 millions en 1950, 13,5 en 2000). C'est une population vieillissante. la part de l'agriculture dans le PIB passe de 8,8% en 1960 à 1% en 2000. En parallèle, les agriculteurs sont de plus en plus endettés et dépendants des fluctuations du marché.
[source : DF]
Pourtant, contrairement à ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis, le Japon n'est pas une puissance agricole. La surface agricole diminue et l'autosuffisance alimentaire recule passant de 90% en 1960 à 40% en 2000. Seule la riziculture échappe à cette dépendance croissante des importations, en particulier chinoises.

Au début du manga Les fils de la terre, c'est cette situation préoccupante de dépendance qui semble inquiéter le Premier Ministre japonais, au point qu'il organise un conseil des ministres sur ce sujet. Un jeune fonctionnaire du ministère de la culture et de l'éducation (en charge des lycées agricoles), Natsume, est envoyé dans une région agricole pour remédier à la crise des vocations. Même s'il ne s'agit pour les ministres et le premier d'entre eux (dont la coiffure rappelle celle du libéral et très populiste Junichiro Koizumi du PLD) que de s'attirer temporairement la sympathie d'une clientèle électorale, Natsume va prendre sa mission très à coeur.

En se rendant dans ce lycée et sa région, il va se heurter au scepticisme des premiers concernés, à savoir les agriculteurs et les habitants des campagnes. Mais sa naïveté et sa créativité débordante vont être de précieux atouts. Je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Ses recettes, faire appel à cette entraide paysanne (yui) et ne pas hésiter à mettre en place un Chisan-chisho, c'est-à-dire un système dans lequel la population locale consomme la plus grande partie des produits agricoles locaux. Voilà pour la leçon de japonais...
On aurait pu craindre d'un tel livre qu'il soit quelque peu manichéen en prônant une forme de retour à la terre contre les villes où les valeurs se perdent, bref qu'il ait quelques relents de pétainisme ("la terre, elle ne ment pas"...). Mais il n'en est rien. C'est un manga plein d'optimisme. Finalement, il s'inscrit assez bien dans un projet de reconquête de leur propre destin par les paysans. A défaut de convertir le Japon tout entier à leur système, ils décident de commencer par agir localement. Bref, un éloge de la transformation par le bas en vue d'un Mura-Okoshi (réveil des villages).
- Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), Les fils de la terre, (3 tomes), Delcourt, coll. Akata, 2007
- Osamu Tezuka, Ayako, Delcourt, coll. Akata, 2003
- Les chiffres concernant l'évolution de l'agriculture et des campagnes japonaises proviennent de l'excellent Atlas du Japon de Philippe Pelletier paru chez Autrement en 2008.
Quelques BD et mangas pour l'été
Aya de Yopougon (tome 4)
Je vous ai déjà longuement parlé des trois premiers tomes d'Aya de Yopougon écrits par Marguerite Abouet et dessiné par Clément Oubrerie. L'atmosphère d'Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, dans ces années 1980 où semble fonctionner le "miracle ivoirien". J'ai enfin réussi à lire le tome 4 qui, comme les précédents, nous fait entendre ce parler délicieux et plein d'expressions très imagées. Plus que les précédents, ce tome évoque les liens entre la Côte d'Ivoire et la France par le biais de l'émigration. Les dialogues les plus savoureux de l'ouvrage naissent de l'incompréhension entre un Abidjanais fraîchement débarqué et les Français qu'ils croisent, notamment dans le métro, haut lieu de la sociabilité parisenne... Par ces dialogues et des situations rocambolesques, les auteurs nous montrent la difficulté de l'intégration des immigrés malgré les bonnes volontés. On ne tourne donc pas en rond dans cette série décidément très réussie. On attend la suite annoncée pour l'automne chez Gallimard dans la collection Bayou de Johan Sfar (mais en avant-première cet été dans Libération).
Journaliste : A qui sert la presse ?
Mineo Mutsu est journaliste à Tôkyô au quotidien Maiasa Shimbun (shimbun veut dire quotidien en japonais). Il a un caractère bien trempé et va au bout de ses idées. Le scénariste Funwari (c'est un pseudo qui signifie moelleux...) et le dessinateur Masao Yajima nous montrent les dessous du journalisme d'investigation. En plongeant dans les histoires parfois sordides de la société japonaise sur lesquelles enquête Mineo, on mesure la difficulté du travail journalistique aux prises avec l'autocensure, les pressions poltiques et financières et le goût du sensationnalisme. Les auteurs enchaînent les enquêtes que l'on peut lire indépendamment, toujours en tentant de répondre à cette question mise en exergue : A qui sert la presse ? Une question encore plus aigüe avec la crise que traversent actuellement les journaux (disparition de journaux acentenaires aux Etats-Unis, concurrence de la presse en ligne,...). Le Japon, dont les journaux sont les plus diffusés au monde (plus de 10 millions d'exemplaires quotidiens pour le Yomiuri Shimbun !) n'échappe donc pas à cette réflexion.
Malgré ses défauts et sa vie sentimentale un peu difficile, on s'attache à Mineo et à ses combats qui semblent perdus d'avance pour la recherche de la vérité. Sa fille Sara est une précieuse alliée dans sa quête. Deux tomes sont déjà parus en français dans la très bonne collection Akata de Delcourt.
Voici enfin deux BD que je n'ai pas encore eu le temps de lire mais qui me semblent intéressantes :


Piscine Molitor : Une biographie de Boris Vian
L'artiste est mort il y a 50 ans cette année et de nombreuses publications reviennent sur son parcours et l'oeuvre. Cailleaux et Bourhis publient une BD dans la collection Aire Libre chez Dupuis.
Pour en savoir plus et écouter quelques uns des titres les plus connus du poète et musicien, rendez-vous sur l'histgeobox :
- 80. Boris Vian :"La complainte du progrès"
- 83. Boris Vian "La java des bombes atomiques"
- 153. Boris Vian:"le déserteur"
Une vie chinoise : la Chine au temps de Mao
Voici un mahnua qui n'a pas été édité en Chine. Il faut dire qu'elle aborde une période encore peu "refroidie" de l'histoire récente de la Chine : les années Mao, en particulier le "Grand Bond en avant" de la fin des années 1950. Trois tomes sont prévus chez Kana. Le premier intitulé "Le temps du père" vient de sortir. Le scénariste est européen mais a vécu en Asie, il s'agit de P.Ôtié qui a adapté l'histoire de Li Kunwu. Celui-ci est aussi le dessinateur puisqu'il a été pendant plusieurs années artiste au service de la propagande du régime communiste
Quelques nouveautés au rayon BD-Manga
Voici une petite sélection de quelques BD et mangas récentes qui ont attiré mon attention :

Sentences : La vie de MF Grimm
Percy Carey aka Grimm Reaper ou MF Grimm n'est pas une figure extrêmement connue du grand public. Pourtant, c'est un acteur important du hip-hop underground newyorkais depuis les années 1980. Ayant grandi à Harlem, il a croisé quelques grandes figures comme les membres du Rock Steady Crew, Kool G Rap, MF Doom, Chuck D. de Public Enenmy, Dr. Dre, ... Menant de front carrières de dealer et de MC, il s'attire souvent des ennuis, comme ce jour de 1994 où il se fait canarder et qu'il perd l'usage de ses jambes. La BD commence d'ailleurs par cet épisode avant de revenir sur son enfance et les épisodes marquants de sa vie. Il participe ainsi en 1993 à la fameuse compétition de MC : "Battle for World Supremacy", qu'il perd de peu.
Sorti de prison en 2003, il semble avoir pris un tournant dans sa vie, aujourd'hui essentiellement consacrée à la musique et au label qu'il a créé et qu'il dirige, Day by Day Entertainment. En tout cas, il a plein de choses à raconter dans ses titres ce qui donne à son rap un aspect très authentique.
Je vous recommande donc cette BD sobrement intitulée Sentences (phrases), réalisée par Ronald Wimberley à partir de l'autobiographie écrite par MF Grimm.[Publié chez Dargaud]
Pour prolonger, je vous conseille de lire cet entretien passionnant (en français) avec MF Grimm, alors qu'il était encore en prison pour trafic de drogue, dans lequel il revient sur son parcours pour le moins cahotique. Ecoutez son histoire (in english) sur la radio publique américaine (NPR). Son site officiel et son blog.
Enfin pour tous ceux que l'histoire du rap intéresse, retrouvez la petite histoire du rap. Déjà 6 épisodes à lire ou à écouter en podcast.
Petit cadeau pour vous, une sélection de quelques titres et interviews de MF Grimm :
Découvrez MF Grimm!

Enfant-Soldat (tome 2)
Nous vous parlions il y a peu du tome 1 d'un manga racontant la vie d'un enfant-soldat au Cambodge nommé Aki Ra. Ayant tué ses parents, les Khmers Rouges le contraignent à poser des mines à partir de 1983. Utilisé ensuite par les Vietnamiens puis l'armée cambodgienne, il se consacre, une fois la paix revenue, au déminage dont il devient un spécialiste. En parallèle à cette activité, il crée lui-même près d'Angkor Vat un musée consacré aux mines qui attire rapidement beaucoup de monde dont le mangaka Akira Fukaya qui décide de mettre en dessin son histoire.
Ce deuxième tome est essentiellement consacré aux années de paix, a priori plus faciles à vivre. Mais il montre que réussir la paix et la réinsertion des soldats est très compliquée, à plus forte raison quand il s'agit d'enfants. De la difficulté de sortir de la guerre et de démobiliser les esprits.
Publié dans la collection Akata des éditions Delcourt. Vous pouvez découvrir quelques pages sur leur site.
Pour comprendre ce qui s'est passé au Cambodge, retrouvez notre article intitulé "Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges".

Carnets d'Orient, dernier tome !
La série Carnets d'Orient, commencée il y a plus de 20 ans, est désormais finie. Pour ceux qui la découvrent, c'est donc le moment idéal pour dévorer les 10 tomes sans attendre un an ou plus de connaître la suite !
Cette fresque remarquable conçue et dessinée par Jacques Ferrandez est une aventure sur plus d'un siècle qui permet de comprendre l'histoire commune de l'Algérie et de la France, de la conquête en 1830 à l'indépendance en 1962. Je n'ai pas encore lu ce dernier tome mais les 9 épisodes précédents sont passionnants. Le style et la manière d'aborder l'histoire évoluent bien sûr (qui n'a pas changé en 20 ans ?!) sans pour autant faire perdre à cette épopée son caractère unique et original.
L'envolée sauvage
A l'occasion de la publication des 2 tomes (parus en 2006 et 2007) dans un même fourreau, je vous propose de découvrir une magnifique BD écrite par Laurent Galandon et dessinée par Arno Monin.
Voici le résumé d'après le site de Bamboo/Grand Angle :
"France, 1941. Jeune orphelin fasciné par les oiseaux, Simon vit dans une petite commune de campagne éloignée de la tourmente. Pourtant, comme une maladie que l'on ne sent pas venir, l'antisémitisme s'insinue jusque dans son quotidien pour lui rappeler qu'il est juif.
Confronté à la bêtise humaine, Simon va devoir fuir. Pourtant, où qu'il se trouve, la Dame Blanche apparaît : prédateur de mauvais augure ou ange gardien nocturne ?
De son village, en passant par un orphelinat, la fuite de Simon l'emmènera jusque dans les montagnes où il trouvera, auprès d'une étrange famille, un nouveau temps de paix. Mais la gangrène se propage rendant toujours plus provisoires les moments de répit.
Et ce que Simon croyait être une descente aux enfers ne fait que commencer..."
Cette BD a été plusieurs fois primée, notamment à Angoulême et à Blois. Signalons également la sortie du premier tome de L'enfant maudit par les mêmes auteurs. L'histoire d'un "rejeton de boche" qui arrive à l'âge adulte en 1968. Si vous aimez les scénarios de Laurent Galandon (et les dessins de A. Dan), je vous invite à guetter la sortie début juin de Tahya El-Djazaïr dont je vous parlais hier.
3 films sinon rien !
La Vague, un film choc

On ne sort pas indemne de ce film. Il nous offre un rappel salutaire : la démocratie est le résultat d'un travail de construction permanente et est sans cesse en danger. C'est sans doute l'essentiel du message transmis par l'histoire. De quoi s'agit-il ?
Un professeur plutôt anarchiste dans ses idées comme son mode de vie est chargé par sa direction de traiter pendant toute une semaine du thème de l'autocratie. Malgré sa réticence initiale, il prend le sujet à bras le corps et décide de faire à ses élèves une démonstration par l'absurde. Pour cela, il met en pratique dans la classe certains principes comme la discipline, la solidarité du groupe, la cohésion qui passe parfois par l'exclusion ou la stigmatisation de ceux qui ne se conforment pas aux règles communes. Bien sûr, les élèves semblent tomber un peu naïvement dans le panneau, mais le mérite du film est de montrer comment ce groupe solidaire offre des repères aux plus paumés et un exutoire aux frustrations des adolescents. En analysant le processus de construction du mouvement de la vague (Die Welle), Dennis Gansel nous permet de mieux comprendre comment des circonstances historiques ont permis l'arrivée au pouvoir de régimes totalitaires. Les dialogues entre les jeunes pourraient avoir lieu dans n'importe quel pays pour l'essentiel. Il y a cependant des discussions intéressantes sur la possibilité du retour du nazisme en Allemagne et sur le poids de la responsabilité des générations actuelles dans les crimes du IIIème Reich.
Je ne vous raconte pas la suite pour ne rien gâcher et vous incite fortement à aller voir le film. Précisons qu'il est inspiré d'une expérience menée en 1967 en Californie par un professeur d'histoire. Un roman de Ted Strasser, publié en 1981, a relaté l'expérience. L'histoire est également disponible en BD (illustrée par Stefani Kampmann).Le livre et la BD sont publiés chez JC Gawsewitch éditeur, ou en poche chez Pocket.
En savoir plus ici (infos, dossier de presse) et sur le blog Zéro de conduite.
Welcome, bienvenu ?
Aucun lien avec le film précédent ? Pas si sûr.... Une polémique a d'ailleurs opposé le nouveau ministre de l'immigration Eric Besson et le réalisateur Philippe Lioret sur le parallèle établi par ce dernier entre la situation des Juifs sous l'occupation et celle des clandestins en transit vers le Royaume-Uni dans la ville de Calais. L'histoire : Un jeune kurde irakien de 17 ans (superbement interprété par Firat Ayverdi) tente de passer en Angleterre pour rejoindre la fille qu'il aime. Il est décidé à traverser la Manche à la nage. Pour cela, il prend des leçons auprès d'un maître-nageur de Calais interprété par Vincent Lindon qui se prend de sympathie pour lui. Le mérite du film est de nous rendre concrêt et humain ce que les journaux télévisés évoquent périodiquement. Pas de chiffres mais les histoires personnelles bouleversantes de ces parias des temps modernes que sont les migrants, refoulés des magasins, causant des ennuis judiciaires à tous ceux qui tentent de les aider au nom de la solidarité humaine la plus élémentaire. Je ne sais pas si ce film peut changer quelque chose au débat français sur l'immigration, mais il apporte sa contribution et elle me semble fondamentale. Vincent Lindon, d'ordinaire assez peu engagé, a dit avoir été personnellement choqué par ces lois qui condamnent tous ceux qui tentent d'aider les migrants. Espérons qu'il en sera de même pour beaucoup d'autres.
En savoir plus sur le blog zéro de conduite.
Les Trois Royaumes, dans la Chine du IIIème siècle
Tout autre style avec le film de John Woo inspiré d'un classique chinois du XIV ème siècle écrit par Luo Guanzhong. L'histoire (d'après le site du film) :
"En 208 de notre ère, l'Empereur Han Xiandi règne sur la Chine pourtant divisée en trois royaumes rivaux [Wei, Shu et Wu]. L'ambitieux Premier Ministre Cao Cao rpeve de s'installer sur le trône d'un empire unifié, et se sert de Han Xiandi pour mener une guerre sans merci contre Shu, le royaume du Sud-Ouest dirigé par l'oncle de l'Empereur Liu Bei. Celui-ci dépêche Zhuge Liang, son conseiller militaire, comme émissaire au royaume de Wu pour tenter de convaincre le roi Sun Quan d'unir leurs forces. A Wu, Zhuge Liang rencontre le Vice-Roi Zhou Yu, celui-ci est marié à la belle Xiao Qiao, également convoitée par Cao Cao... Très vite, les deux hommes deviennent amis et concluent une alliance. Furieux d'apprendre que les deux royaumes se sont alliés, Cao Cao envoie une force de 800 000 hommes et 2000 bâteaux pour les écraser. L'armée campe dans la forêt du corbeau, de l'autre côté du fleuve Yangtzé, dans le camp de la falaise rouge, sont installés les alliés. Face à l'écrasante supériorité de Cao Cao, le combat semble joué d'avance, mais Zhou Yu et Zhuge Liang ne sont pas décidés à se laisser faire."

[Les Trois royaumes, source]
C'est un film de guerriers mélomanes, capables des pires violences dans la journée puis de conter fleurette à leur épouse le soir venu. Quelques acteurs sortent du lot comme le japonais Takeshi Kaneshiro et le remarquable Tony Leung, l'une des plus belles gueules du cinéma asiatique. Il figure toujours en bonne place dans les films de Wong Kar-Waï. Je vous en avais parlé pour son rôle dans le passionnant Lust Caution qui se déroulait pendant la Seconde Guerre mondiale à Shanghaï.
Deux scènes mémorables, celle où deux des guerriers font une sorte de "boeuf" en jouant sur des instruments à cordes de l'époque. On a l'impression d'entendre deux bluesmen du delta du Mississippi... Et puis une partie de ballon assez étrange, un sport qui ressemble un peu à du football mais avec plusieurs buts.
Vous pouvez prolonger par la lecture du livre (chez plusieurs éditeurs) ou des différents manhuas et mangas qu'il a inspiré :
- Li Zhiqing, Les trois Royaumes, Toki, 2008 (5 tomes parus en français). Un manhua chinois.
- Buronson et Ryōichi Ikegami, Lord, Pika éditions, 2008 (5 tomes parus en français). Une vision japonaise.
DDT : "Не стреляй!" ("Ne tire pas !") (1980)
Pour comprendre ces dix années de guerre, nous vous invitons à découvrir la chanson "Nye streliai !" ("Ne tire pas !") écrite en 1980 par le groupe de rock soviétique DDT.
Des BD pour comprendre l'Asie (mangas et Cie)
- Ikki Mandara, du grandissime Osamu Tezuka est une épopée qui nous conduit sur les traces d'une jeune fille qui va traverser et participer à la révolte des Boxers en Chine (1900) avant de se retrouver au Japon au moment de la guerre Russo-japonaise (1904-1905). C'est un One-Shot paru chez Kana.
- Dans la série L'arbre au soleil (8 volumes), Tezuka explore également cette problématique de la modernisation des pays d'Asie au XIXème siècle, entre désir de conserver les traditions et modernisation-occidentalisation. Dans Ikki Mandara, Tezuka s'intéressait à cette question à propos de la Chine des Mandchous. Dans L'arbre au soleil, il situe son action à la fin du shogunat des Tokugawa, au moment où les Américains tentent de forcer le Japon à s'ouvrir à leur commerce. Au coeur de cette série passionnante (ni trop courte, ni trop longue...) la place de la médecine occidentale au Japon. La série est publiée chez Tonkam, un regret, le sens de lecture à l'européenne qui gâche un peu le plaisir.
- Gen d'Hiroshima de Nakazawa Keiji, l'histoire vraie d'un enfant de 6 ans en 1945 qui a vécu le cataclysme du 6 août.
- L'histoire des 3 Adolf d'Osamu Tezuka commence lors des Jeux Olympiques de Berlin et se poursuit pendant la Seconde Guerre mondiale. Ayako, du même auteur, qui nous décrit le Japon de l'après-guerre, contrôlé par les Etats-Unis. Une famille de propriétaires fonciers doit partager la terre.
- Zipang de Kaiji Kawaguchi, une réflexion sur le pacifisme au travers de l'histoire d'un navire des forces d'autodéfense actuelles pris dans a bataille de Midway en 1942.
- Shigeri Mizuki, Opération Mort, Cornélius. Auprès de soldats japonais sur une île isolée du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1943. Des survivants d'une opération suicide doivent-ils se donner la mort pour "sauver dignement l'honneur de l'armée et de la patrie" ?
- Yoshiriro Tatsumi, L'enfer, Cornélius. Un manga réaliste (Gegika) dans le Japon de la guerre et de l'Après-guerre. Il s'agit en fait d'histoire courte qui mettent en scène la vie quotidienne pendant ces temps difficiles. Nous suivons ainsi des prostituées, un homme ayant pris des photos juste après la bombe atomique sur Hiroshima, des enfants, des employés et beaucoup d'autres personnages. La plupart de ces personnages sont tourementés par les "frustrations sexuelles et sociales" (présentation de l'éditeur).
- Les vents de la colère deYamagami Tatsuhiko restitue la contestation de la fin des années 1960 avec force.
- Les Fils de la Terre de Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin). Comment redonner aux jeunes des campagnes le goût pour l'agriculture ? C'est le défi auquel est confronté Natsume. L'occasion pour nous de parler de l'évolution des campagnes japonaises au XXème siècle.
- Trois mangas pour évoquer la peine de mort au Japon. Motorô Mase, Ikigami. Préavis de mort, Asuka, 2009 (4 volumes parus en français, 7 en japonais), Yua Kotegawa, Détenu 042, Kana, 2006 (série en 5 épisodes) et Syuho Sato, L'île des téméraires, Kana, 2009 (one-shot).
La Bande-dessinée coréenne : les manhwas



- Chagrin dans le ciel de Lee Youn-bok dessiné par Lee Hee-jae. Un enfant survit dans la pauvreté dans la Corée du Sud des années 1960.
- Nambul de Ya Sul-lok et Lee Yun-se. Une histoire de la guerre fictive entre la Corée et le Japon. Un mahwa très nationaliste.
- Femmes de réconfort, esclaves sexuelles de l'armée japonaise de Jung Kyung-a. Un manhwa très documenté pour comprendre une des exactions emblématiques de l'armée japonaise en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale.
- Le massacre au pont de No Gun Ri explore une face peu connue de la guerre de Corée (1950-1953), le massacre de civils coréens en fuite par l'armée américaine craignant les espions communistes. C'est un manhwa difficile mais qui restitue bien l'ambiance des débuts de la guerre, au moment de l'invasion du Nord par le Sud, alors que ne sont présentes que les troupes américaines déjà stationnées sur place. C'est paru chez Vertige Graphic.
- Un autre manhwa, Le visiteur du Sud, sous-titré "Le voyage de Monsieur Oh en Corée du Nord", se situe beaucoup plus tard dans le temps. M. Oh est un ingénieur du Sud qui vient travailler sur un chantier au Nord. C'est l'occasion de revisiter les relations compliquées entre Nord et Sud depuis 1945. L'auteur Oh Yeong Jin est un peu une sorte de Guy Delisle qui parlerait coréen.... Une suite est annoncée, chez Flblb toujours.
- Les auteurs de manhwa, comme ceux de manga, n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplous. Le premier tome est paru chez Hanguk.
D'autres bandes-dessinées sur l'Asie
- L'oeuvre du québécois Guy Delisle avec des livres sur Pyongyang, Shenzen et ses Chroniques birmanes(R. Tribouilloy).
- Deux BD sur deux périodes de l'immigration chinoise aux Etats-Unis : Chinaman de Serge Le Tendre, TaDuc et Claude Guthet sur le XIXème siècle et American Born Chinese de Gene Luen Yang.
- Et un autre aller-retour entre l'Asie et les États-Unis avec Eagle, un manga de Kawaguchi sur un candidat d'origine japonaise dans la campagne présidentielle américaine.
- Paru chez Delcourt, le premier tome d' Enfant-soldat raconte la vie d'Aki Ra, enfant-soldat au Cambodge à partir de 1983 et balloté entre Khmers Rouges, armée vietnamienne (qui contrôle le pays à partir de 1979) et armée cambodgienne. Le mangaka Akira Fukaya sait rendre vivant et émouvant ce récit d'une histoire vraie à hauteur d'enfant. Je vous en parle plus en détail ici.
- Autre BD sur le Cambodge des Khmers rouges, L'eau et la terrre par Séra est une plongée remarquable dans la noirceur de cette période. (Delcourt)
- Le classique chinois Les Trois Royaumes, écrit au XIV ème siècle par Luo Guanzhong, a inspiré les dessinateurs chinois et japonais : Li Zhiqing, Les trois Royaumes, Toki, 2008 (Un manhua chinois, 5 tomes parus en français). Buronson et Ryōichi Ikegami, Lord, Pika éditions, 2008 (5 tomes parus en français). Une vision japonaise.
- La BD chinoise s'ouvre au monde
Quelques liens
- Le dossier sur l'histoire de l'Asie orientale au XXème siècle (chronologie, entretien, documents,...)
- Un blog spécialisé sur les Bédés d'Asie
Sur les conseils éclairés de Nicolas, cette liste devrait bientôt s'allonger de quelques titres :
- Jirô Taniguchi et Kan Furuyama, Kaze No Shô, Le livre du Vent, Panini-Manga. Dans le Japon des Tokugawa.
Ne sont pas inclues dans cette sélection les BD qui traitent du Moyen Orient et de l'Asie Centrale que vous pouvez retrouver ici.
Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges
A l'occasion de la parution en français du tome 1 du manga d'Akira Fukaya et Aki Ra, Enfant-Soldat (Delcourt, coll. Akata), nous vous proposons d'en apprendre plus sur l'histoire récente du Cambodge. Ce manga est en effet basé sur l'histoire vraie d'Akira, né en 1973, et qui a grandi sous le régime Khmer Rouge de 1975 à 1979. Après le repli des partisans de Pol Pot dans la jungle, il a été enrôlé de force dans les troupes Khmères Rouges en 1983. Il a ainsi participé activement à la pose de mines antipersonnel avant d'être capturé par l'armée vietnamienne, maîtresse du pays depuis début 1979. Le Cambodge accède à l’indépendance, après des années de lutte contre la France, avec à sa tête le prince Sihanouk. C’est ce monarque constitutionnel qui utilise l’expression « Khmer rouge » pour désigner l’opposition de gauche (khmer désigne l'ethnie majoritaire au Cambodge). Très rapidement, le régime prive l’opposition de toute forme d’expression. Les Khmers rouges sont au départ d'anciens étudiants formés en France dans les années 1950. Ils créent en 1960 le Parti Communiste Khmer, très influencé par la Chine de Mao.
Pourchassés par Sihanouk, ils se réfugient dans les maquis afin de mener la lutte contre le pouvoir en place. Saloth Sar alias Pol Pot, le "frère numéro 1", entre ainsi dans la clandestinité.
1970
Le premier ministre, le général Lon Nol, soutenu par les Etats-Unis, renverse le prince Sihanouk en mars 1970 et proclame la République. Sihanouk doit s’allier aux Khmers rouges afin de retrouver son pouvoir. Il forme ainsi, avec ces derniers, un gouvernement en exil en Chine. Dès lors, une guerre civile sévit durant cinq ans dans le pays. Les bombardements américains se multiplient sur le Cambodge.
[Chassé du pouvoir par Lon Nol, Sihanouk s'allie à ses anciens ennemis. Il pose avec eux à plusieurs reprises comme ici en 1973; Source] Deux camps s'opposent alors : la République khmère de Lon Nol, soutenue par les EU et le Vietnam du Sud face à la coalition monarchistes-khmers rouges (Sihanouk et les communistes), aidée par la Chine et le Vietnam du Nord.
1975
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh et fondent bientôt un nouveau régime, le Kampuchéa démocratique. Sihanouk est placé sous résidence surveillée. Ils conservent le pouvoir près de quatre ans, en pratiquant une politique de terreur systématique.
Les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh le 17 avril 1975. En quelques jours, la capitale est évacuée.Le nouveau régime entend imposer un égalitarisme absolu dans le pays et mène une Révolution radicale et immédiate. Les Cambodgiens doivent se soumettre au nouveau pouvoir et renoncer à l’argent, leur famille, leur religion (abolition du commerce, de l’argent, collectivisation des biens, fermeture des tribunaux et des hôpitaux)… Il convient de briser les solidarités anciennes pour créer une société nouvelle fondée sur une idéologie égalitariste. L’individu doit se fondre dans la communauté. Toute forme de contestation est synonyme d’arrêt de mort.
[Carte : Le monde.fr]
Les Khmers rouges se lancent dans des opérations spectaculaires : sitôt prise, la ville de Phnom Penh est vidée de ses 2,5 millions d’habitants, déportés dans les campagnes. Aux yeux des Khmers rouges, la ville représente la corruption, la débauche.
Les intellectuels, jugés fourbes, les cadres et soldats de l’ancien régime républicain de Lon Nol ; les immigrés vietnamiens, « traîtres en puissance » pour Pol Pot, (en photo ci-dessous) certaines minorités comme les Cham, musulmans cambodgiens, les communautés chinoises deviennent les cibles favorites du régime et sont victimes de répression.
En fait, tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule imposé par Pol Pot et ses proches, sont tués. Mey Mann, un des familiers de Pol Pot résume la situation ainsi: « Pol Pot voulait que tous les Khmers mesurent 1,60 mètre exactement, et on coupait tout ce qui dépassait. »
La surveillance et un contrôle de tous les instants s’abattent sur les Cambodgiens, contraints de travailler dans des coopératives d’Etat ou sur les grands chantiers. Les milices de village (chhlorp) espionnent et dénoncent. Aucun système judiciaire n’existe, la torture et les exécutions sommaires sont érigées en mode de gouvernement. Le climat de terreur est entretenu par la discrétion des exécutions, dans les zones reculées de chaque village ou dans le centre de torture de Tuol Sleng (autrement appelé S-21), à Phnom Penh.

Photos de vicitmes des Khmers rouges, torturées à Tuol Sleng ou S21.
Ces massacres, auxquel s’ajoute la famine provoquée par la désorganisation complète de l’agriculture cambodgienne, entraînent la mort d 1,5 million à 2 millions de Cambodgiens, pour une population de 7 millions d’habitants à l’époque (famines et maladies auraient provoqué 1 million à 1,5 million de morts ; auxquels s'ajoutent 500 000 victimes d’exécutions).
Certains qualifient ces massacres de génocide, voire d’« auto génocide ». Il semblerait plutôt qu’il s’agisse de crimes contre l’humanité à très grande échelle, dans la mesure où il n’y a pas une « intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Les Chams, les Vietnamiens ne sont pas tués pour des raisons raciales, mais parce qu’ils ne se conforment pas au modèle khmer rouge.
"Dans cette société, le droit à la différence n'existe plus...". C'est ainsi qu'est défini le Cambodge des Khmers rouges dans un
reportage diffusé sur Antenne 2 en 1978. Ce reportage est le premier à montrer des images autorisées par le régime pour le troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Il est réalisé par un journaliste yougoslave, Nicola Vitorovic, autorisé à le faire car venant également d'un pays communiste. C'est donc plutôt un reportage censé relayer la propagande khmère rouge. Mais les images et certaines phrases ("Les villes sont vides, les campagnes sont pleines...") parlent d'elles-mêmes et créent un certain malaise. Dans cette émission, Pol Pot (le "frère numéro un") est interviewé pour la première fois.
Nous avons entendu parler de cette vidéo que vous pouvez voir sur le site de l'INA en écoutant l'excellente série d'émissions réalisées sur France Culture par Laure de Vulpian.
1979
Le régime s’écroule le 7 janvier 1979, avec l’entrée des troupes vietnamiennes dans Phnom Penh, qui imposent un régime révolutionnaire et occupent le pays pendant dix ans. Les Khmers rouges, appuyés par la Chine, engagent la guérilla dans l’ouest du pays et ne désarment que très tardivement. Hun Sen, un ancien khmer rouge, dirige le pays depuis 1985 avec son parti le Parti du Peuple Cambodgien (PPC).
1989
Après l'arrêt de l'aide soviétique décidé par Gorbatchev, l'armée vietnamienne est contrainte de quitter le Cambodge. Des affrontements reprennent entre les khmers Rouges, les partisans de Sihanouk et ceux du gouvernement de Hun Sen (encore au pouvoir aujourd'hui). Des accords de paix sont finalement signés à Paris en 1991. L'ONU envoie une Autorité PROvisoire (APRONUC) qui tente de réconcilier les factions et lance une campagne de déminage. Malgré des périodes de fortes tensions et un régime discuté, le pays retrouve peu à peu la paix. Après avoir été jugé par son propre parti, Pol Pot est mort en 1998 dans la jungle proche de la frontière thaïlandaise où se sont réfugiés les derniers partisans des Khmers Rouges.
[Les deux photos ci-dessus ont été prises par Nehm En, chargé de photographier les détenus entrant à S-21. Il était alors adolescent. C'est un témoignage unique sur ces personnes aujourd'hui disparues. Retrouvez ses photographies ici.]2009
20 ans après la fin du régime des Khmers rouges en 1979, les responsables du génocide qui a causé la mort de 1 à 2 millions de personnes sur une population de 7 millions commencent à répondre de leurs crimes.
L'un des principaux tortionnaires, surnommé Duch, comparait devant un tribunal composé de juges cambodgiens et internationaux. Il a dirigé le centre d'interrogatoire de Tuol Sleng appelé aussi S-21 où 17 000 personnes ont été torturées puis exécutées, le plus souvent après avoir été photographiées. Même s'il ne faisait pas partie des principaux responsables des Khmers rouges, dont la plupart sont aujourd'hui décédés (comme le frère numéro un" Pol Pot), il a joué un rôle important dans le génocide perpétré de 1975 à 1979.
Egalement arrêtés récemment Nuon Chea, ancien "frère numéro deux" du régime des Khmers rouges. Celui-ci était l'adjoint de Pol Pot. Ieng Sary, ancien ministre des affaires étrangères, a été arrêté avec sa femme, elle aussi inculpée pour crime contre l'humanité. Le dernier haut responsable Khmer rouge à âvoir été arrêté est l'ancien président Khieu Sampan. La totalité des dignitaires du régime est donc maintenant sous les verrous et devra répondre de ses crimes devant le tribunal spécial cambodgien parrainé par l'ONU. [Photo AFP-Le Monde : Khieu Sampan arrivant à Pékin en août 1975]
Julien Blottière et Etienne Augris
Pour prolonger

- Autre BD sur le Cambodge des Khmers rouges, L'eau et la terrre par Séra est une plongée remarquable dans la noirceur de cette période.(Paru chez Delcourt)
Le film S-21, la machine de mort Khmère rouge, du cinéaste cambodgien Rithy Pahn, réalisé en 2002 fait témoigner victimes et bourreaux dans les lieux-même du centre S-21 (ancienne école aujourd'hui transformée en musée). En voici plus bas un extrait.- Un autre film moins connu, Derrière le portail, raconte l'expérience du chercheur français François Bizot, arrêté par les Khmers rouges avant même leur prise du pouvoir et qui ne doit la vie sauve qu'à la sollicitude de ce même Duch.
- L'ancien roi Sihanouk a donné en 2004 toutes ses archives dont de nombreuses photographies à l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO). Après quatre ans d'inventaire, elles sont enfin accessibles.[Des extraits dans Le Monde 2 du 28 février 2009 accompagnant un article de Francis Deron, "Sihanouk dans l'ombre des Khmers Rouges"]






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