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"When you're strange" nous ouvre les portes de la fin des 60's aux Etats-Unis.

Arrivé sur les grands écrans français il y a quelques semaines, "When you're Strange" remet en haut de l'affiche un des groupes américains les plus importants des années 60, The Doors. Tom DiCillo construit ici un documentaire, uniquement illustré d'images d'archives ; Johnny Depp, en voix off, lui sert de narrateur.
Sans aller au delà des sentiers balisés, le documentaire vampirisé par la personnalité de Jim Morisson nous permet de mieux saisir en quoi il a incarné une jeunesse américaine en rupture avec les générations précédentes et d'interroger la fin très sombre de cette décennie aux Etats-Unis par le prisme de cette personnalité charismatique au destin tragique.
A lire sur l'histgeoblog.
Du rire aux larmes, parcours cinématographique dans la Grande-Bretagne du Thatcherisme.
Paradoxalement, le moribond cinéma britannique a retrouvé ses lettres de noblesse en filmant quelques uns des aspects les plus tragiques de la crise industrielle et sociale qui toucha la Grande Bretagne des années Thatcher, (1979-1990), et Major (1990-1997). Si Ken(neth) Loach s'impose comme le metteur en scène attitré de l'injustice sociale et des dégâts du libéralisme (de "My name is Joe", à "Sweet sixteen", en passant par "The navigators" ou "Raining stones") il n'est pas logntemps resté seul derrière sa caméra pour aborder ce sujet. Quitte à lui emboîter le pas, autant y introduire un peu de variété : qu'il s'agisse de la comédie du 'Full monty", de l'humour grinçant (et parfois glaçant) de "Trainspotting", ou du tire-larmes que sont "Les virtuoses", on n'a que l'embarras du choix pour découvrir la diversité des regards cinématographiques sur ces années de croissance ralentie et de flambée du chômage.
Les années 80-90, en Grande Bretagne, ont été marquées par une présence continue des conservateurs au pourvoir. Le poste de "prime minister" fut occupé successivement par Margaret Thatcher, surnommée avec clairvoyance " the iron lady" - la dame de fer- et son successeur, bien moins "charismatique", John Major.
Comme toute l'Europe, la Grande Bretagne est alors affectée par une grave crise industrielle. Celle-ci résulte autant de l'obsolescence de certaines de ses industries, que de l'épuisement de ses gisements miniers entrainant une hausse des coûts de leur exploitation, ou de l'arrivée de nouveaux pays d'Asie sur le marché mondial. Les "tories", inspirés par les économistes de l'école de Chicago, mettent en place une politique néo-libérale consistant à sectionner sans état d'âme les membres malades (non rentables) de l'industrie nationale.
La totalité des films dont il est question ci-dessous a donc pour cadre les régions industrielles, les pays noirs de l'Angleterre (Sheffield, Manchester), et de l'Ecosse (Leith, le port d'Edimbourg, pour "Trainspotting"). Récompensés à l'international ("Raining stones" reçoit le prix du jury à Cannes, "Brassed Off" - "Les Virtuoses"- le César du meilleur film étranger en 1998), ces films ont aussi lancé la carrière de la fine fleur des acteurs britanniques des années 90-2000, parmi lesquels Robert Carlisle ou Ewan McGregor.
"Raining stones" de Ken Loach (1993)/"The navigators" de Ken Loach (2001) :
Nous
sommes dans le Manchester des années post-Thatcher, dans une banlieue ouvrière tellement affectée par le chômage que les discours politiques du parti travailliste ne font plus recette depuis longtemps. Deux amis, chômeurs, la cinquantaine bien sonnée, tentent d'éponger leurs dettes, de lutter contre leur sentiment d'inutilité et de faire face à la nécessité de survivre en enchainant petits boulots, menus larcins et système D. Difficle de rester digne quand c'est votre fille qui vous donne votre argent de poche ou quand il faut, pour payer une robe de communion à sa gamine, accepter que sa femme soit menacée et molestée par des usuriers sans vergogne.
Ken Loach dit qu'il aime l'humour qui ressort de ces situations désespérées et son film n'en est pas dénué (la scène d'ouverture au cours de laquelle les deux comparses s'emparent d'un mouton afin d'en vendre la viande alors qu'ils n'arrivent pas le à tuer, ou encore celle du vol de la pelouse du club de golf des conservateurs en sont des exemples assez savoureux). Le film montre aussi très bien comment la décomposition des espaces publics (l'habitat urbain est ici particulièrement dégradé) menace les fragiles équilibres des cellules familiales et des individus qui, mis en péril, peuvent voler en éclat à tout moment, confrontés à la précarité extrême. "Raining Stones", en dépit d'un happy end en forme de pirouette qu'on pourra trouver facile, puise indéniablement sa force dans l'impact de son discours sur les ravages sociaux des politiques conservatrices.
Il n'est pourtant p
as inutile de porter, en complément, son intérêt , sur un autre film de l'anglais intitulé "The navigators". Le propos cette oeuvre se concentre sur la dénonciation des effets pervers de la privatisation des chemins de fer britanniques. Le film vint également faire écho à l'accident de train de Hatfield survenu en 2000. D'une gravité relative (4 morts néanmoins) l'accident frappa les esprits. Il fut, en effet, attribué, après enquête, à l'entretien défectueux des rails alors même que la compagnie responsable du convoi engrangeait des bénéfices qui auraient dû lui permettre de rénover et entretenir son réseau ferré. Le film de Ken Loach fut évidemment mis en relation avec l'accident qui venait d'avoir lieu, non sans raison : la politique des Tories de destruction du service public et de valorisation des intérêts du capitalisme débridé expliquait la catastrophe, la sécurité de tous étant sacrifiée sur l'autel de l'augmentation des dividendes à verser aux actionnaires. Dans la" fiction" de Ken Loach, on suit un groupe de cheminots, très solidaires au départ, qui se divise progressivement sous l'effet des réformes qui affectent la gestion de leur dépôt de Sheffield. Quand K. Loach montre les conditions de travail qui se dégradent, la dangerosité qui s'accroît en raison des restrictions budgétaires, et la précarité galopante qui accompagne la sous traitance de multiples activités cela lui permet de critiquer vigoureusement la politique de J. Major (rappelons que M. Thatcher n'avait pas osé mettre en oeuvre la privatisation du rail anglais et que c'est son successeur qui franchit le Rubicon). Les solidarités professionelles, syndicales et humaines fragilisées par les menaces sur l'emploi conduisent le groupe de cheminots à des compromissions difficiles. "The navigators" par son sujet et le contexte particulier de sa sortie avance donc un discours politisé, très accessible, sur les orientations des politiques anti crise menées par les conservateurs britanniques.
"Trainspotting" de D. Boyle (1996) : les années de crise version trash.
Adapté d'un roman d'Irvine Welsh l'enfant terrible des letttes écossaisses,sorti en 1993, "Trainspotting" est un protrait au vitriol des enfants de la crise évoluant dans le décor de Leith, le port d'Edimburgh, dont l'écrivain est lui même natif. Chômage, drogue, combines, esbrouffe, gouaille, rythment quelques tranches de vie d'un groupe de comparses liés par l'instinct de survie. "Trainspotting", avec outrance parfois, culot et provocation souvent , ainsi qu'un humour très britannique, se veut le film d'une génération perdue dans les années de crise, renforcée par la politique de M. Thatcher. Pour ces jeunes du Royaume Uni, il n'y a rien à perdre, les perspectives sont bouchées dans le nord, plus qu'ailleurs ; il ne leur reste que la solution de l'illégalité ou alors les paradis artificiels dont ils usent et abusent. S'insérer dans le modèle sociétal proposé par "la dame de fer" est absolument inenvisageable pour cette troupe de paumés qui ne vit qu'au jour le jour, bien en marge, mais ancrée dans un univers de "prolo" très identifiable dans les paysages du film : pubs, terrains de foot, squats improbables, docks ... Résolument rock dans sa bande son, le film est aussi l'héritier du mouvement punk (avec lequel Welsh a beaucoup fricoté) en ce qu'il est habité par cette "philosophie" du rien à perdre. Celle ci est résumée dans la scène d'ouverture qui, à elle seule, est un manifeste contre le conformisme porté par les conservateurs et, la société de consommation que les jeunes du film reccusent puisqu'ils en sont les laissés pour compte. "Trainspotting", c'est une version trash de la crise dans la forme et dans le fond, c'est aussi un rendu (pour son propos mais aussi son visuel) assez fracassant du creusement des inégalités sociales dans les sociétés occidentales de la dernière décennie du XXème siècle.
De le mine au Royal Albert Hall : "Les Virtuoses" de M. Herman (1997)
La nécessité quasi impérieuse de se munir d'un paquet de kleenex ne doit pas pour autant disqualifier "Les Virtuoses". Moins rock n' roll que "Trainspotting" certes, le film trouve toutefois remarquablement sa place dans cette famille des fictions témoignant de la fin des Trente Glorieuses. Nous sommes à Grimley, dans le nord de l'Angleterre où le dernier puits de mine va fermer (le paysage minier avec ses corons de briques rouges est indissociable du film). Les syndicats sont moribonds, les patrons voyous déjà aux commandes, gérant les plans sociaux de grande ampleur aussi vite qu'ils s'enfuient dans leurs grosses berlines aux vitres teintées. Avec la fin de la mine, c'est tout une région qui s'effondre, tout un monde qui disparait. Les familles de mineurs se mobilisent d'autant plus que la fin des activités extractives met en péril l'existence de la fanfare (le Brass Band qui donne son titre original au film "Brassed Off", signifiant aussi "en avoir par dessus la tête"), fierté locale et ciment des amitiés ouvrières. Maintenir son activité et emmener le groupe en finale des championnats nationaux, qui se déroulent au prestigieux Royal Albert Hall de Londres, est, en soi, une revanche sur le rouleau compresseur qui a broyé l'univers des mineurs et l'occasion pour eux de garder la tête haute face aux requins qui leur avait pourtant fait comprendre que leur temps était révolu. Une belle revanche, si futile soit elle.
Film à petit budget, "Les Virtuoses" fut un des succès cinématographiques de l'année 97 et les multiples récompenses que reçut le film ont donné une nouvelle ampleur au discours politique qui le sous-tend. Il est devenu l'étendard déployé d'une profession brisée par Thatcher-Major, comme un ultime barroud d'honneur d'un univers condamné par la société post-industrielle, par les partis conservateurs auxquels la social-démocratie ne s'est pas privée d'emboîter le pas.
"The full monty" de P. Cattaneo (1997), une synthèse ?
Sheffield,
Yorkshire, ancien fleuron de la metallurgie britannique est devenue une ville fantôme. Les usines sont vides, les halls de l'ANPE , eux, ne désemplissent pas. "The Full Monty" avec son air de comédie légère et son ton badin, réussit, peut être, le tour de force d'opérer une synthèse des multiples regards cinématographiques sur la crise industrielle et le thatchérisme. Par la transformation improbable de chômeurs de longue durée dans l'impasse en une troupe de chippendales redoutables, le film montre avec beaucoup d'autodérision mais aussi une certaine tendresse, la cruauté au quotidien et les humiliations du chômage, l'impossibilité de se contenter du système D et de la vie au jour le jour quand on a une famille à charge, la douleur du déclassement social, la difficulté de rester digne ou d'assumer son rôle de père quand la précarité est ce que l'on peut espérer de mieux. Les moments de franche rigolade ne font jamais disparaître le fond tragique et sérieux de la situation de ces gens simples des pays noirs. La bande son du film a contribué à son succès (voir l'extrait ci-dessous) , tout comme cette galerie de personnages aussi émouvants que drôles.
Voir aussi sur l'histgeobox, la contribution de Blot sur le "Miss Maggie" de Renaud, un vibrant hommage à la "dame de fer".
Le "cinématographe" de Boris Vian.
Le 28 décembre 1895, des spectateurs médusés découvrent le cinéma dans une salle de spectacle de Paris, dans le sous-sol du Grand Café, boulevard des Capucines. Les frères Lumière sont les organisateurs de cette première projection publique. Le ticket ne coûte qu'un franc et la séance dure un quart d'heure. Dix films sont projetés, notamment "la Sortie de l'usine Lumière à Lyon", "l'arrivée du train en gare de La Ciotat".

Justement le facétieux Boris Vian propose avec sa chanson "cinématographe" une admirable peinture des moeurs de la société de son époque. Il se souvient d'abord, petit enfant, de l'excitation qui le gagnait une fois assis dans la pénombre, l'expérience extraordinaire que constituait pour lui une sortie au cinéma.
Samarra en 1968
- L'atelier populaire et les affiches de mai 68 puis l'impact de ces affiches (Died)
Les musiques de 68 :
- Les chansons anti-guerre du Vietnam aux Etats-Unis (Blot)
- La musique au temps des Black Panthers. (Blot)
- Hair, la comédie musicale à Broadway
- Au Brésil, la musique populaire défie la dictature (Blot)
- Dominique Grange, "A bas l'Etat policier" (Blot)
- James Brown, "Say it loud" (Blot)
- Nina Simone, "Why the king of love is dead?" (Blot)
- Crosby Still Nash and Young :"Chicago" (Blot)
- Histgeobox n°93. Evariste: "la révolution". (Blot)
- Des chansons qui sont sorties pendant l'année 1968 ou qui ont été des succès cette année-là, voici La Playlist de l'année 1968 : (Aug)
- Hippies et Summer of Love (Blot)
Les festivals (Blot) :
- Monterrey et l'apogée du rock psychédélique (1967)
- Woodstock (1969) : Première partie, Deuxième partie
- Altamont : la fête est finie (1969)
Les films de 68 :
- A bientôt j'espère raconte la grève chez Rhodiaceta en 1967 (Died)
- Mai 68 s'invite à Cannes (Rico)
- ...
Les livres de chevet d'une génération :
- De la misère en milieu étudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier, brochure publiée à Strasbourg en 1966
- La société du spectacle de Guy Debord et Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem (Died)
- Un manga : Les vents de la colère de Yamagami. (Aug)
- Mai 68, histoire d'un printemps en BD (Aug)

Les photographies de 1968 :
- Quelques photos célèbres par Depardon, Koudelka, Olson , Mc Cullin (Vietnam, France, Etats-Unis, Tchécoslovaquie, Biafra,...) (Blot).
- Caroline de Bendern, icône de 68, malgré elle (Died)
Utopies :
- Une cité utopique construite en février 1968 en Inde, Auroville(Died)
- L'utopie communautaire post 68 (Died)
- Evolution des mœurs : Sous les pavés, le sexe et le plaisir (Died)
Et pour ceux qui veulent en apprendre encore plus sur l'année 1968 en France et dans le monde, consultez le sommaire de notre dossier. Vietnam, Lorraine, Grenoble, Nanterre, Pologne, Prague, Japon, Etats-Unis, Jeux Olympiques....
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