Samarra


Tags: enfant-soldat

"Naître adulte, arriver sur terre par catapulte..."

par Aug Email


A l'occasion des 20 ans de la Convention internationale des droits de l'enfant, le rappeur Oxmo Puccino a offert une chanson à l'Unicef. Je vous propose sur l'histgeobox de découvrir cette chanson et d'en apprendre plus sur la situation des enfants dans le monde avec quelques aspects du rapport 2009 de l'agence.



Quelques nouveautés au rayon BD-Manga

par Aug Email

Voici une petite sélection de quelques BD et mangas récentes qui ont attiré mon attention :

 

 Sentences : La vie de MF Grimm

Percy Carey aka Grimm Reaper ou MF Grimm n'est pas une figure extrêmement connue du grand public. Pourtant, c'est un acteur important du hip-hop underground newyorkais depuis les années 1980. Ayant grandi à Harlem, il a croisé quelques grandes figures comme les membres du Rock Steady Crew, Kool G Rap, MF Doom, Chuck D. de Public Enenmy, Dr. Dre, ... Menant de front carrières de dealer et de MC, il s'attire souvent des ennuis, comme ce jour de 1994 où il se fait canarder et qu'il perd l'usage de ses jambes. La BD commence d'ailleurs par cet épisode avant de revenir sur son enfance et les épisodes marquants de sa vie. Il participe ainsi en 1993 à la fameuse compétition de MC : "Battle for World Supremacy", qu'il perd de peu.

Sorti de prison en 2003, il semble avoir pris un tournant dans sa vie, aujourd'hui essentiellement consacrée à la musique et au label qu'il a créé et qu'il dirige, Day by Day Entertainment. En tout cas, il a plein de choses à raconter dans ses titres ce qui donne à son rap un aspect très authentique.

Je vous recommande donc cette BD sobrement intitulée Sentences (phrases), réalisée par Ronald Wimberley à partir de l'autobiographie écrite par MF Grimm.[Publié chez Dargaud]

Pour prolonger, je vous conseille de lire cet  entretien passionnant (en français) avec MF Grimm, alors qu'il était encore en prison pour trafic de drogue, dans lequel il revient sur son parcours pour le moins cahotique. Ecoutez son histoire (in english) sur la radio publique américaine (NPR). Son site officiel et son blog.

Enfin pour tous ceux que l'histoire du rap intéresse, retrouvez la petite histoire du rap. Déjà 6 épisodes à lire ou à écouter en podcast.

 

Petit cadeau pour vous, une sélection de quelques titres et interviews de MF Grimm :

 


Découvrez MF Grimm!

 

 

 

Enfant-Soldat (tome 2)

  

Nous vous parlions il y a peu du tome 1 d'un manga racontant la vie d'un enfant-soldat au Cambodge nommé Aki Ra. Ayant tué ses parents, les Khmers Rouges le contraignent à poser des mines à partir de 1983. Utilisé ensuite par les Vietnamiens puis l'armée cambodgienne, il se consacre, une fois la paix revenue, au déminage dont il devient un spécialiste. En parallèle à cette activité, il crée lui-même près d'Angkor Vat un musée consacré aux mines qui attire rapidement beaucoup de monde dont le mangaka Akira Fukaya qui décide de mettre en dessin son histoire.

Ce deuxième tome est essentiellement consacré aux années de paix, a priori plus faciles à vivre. Mais il montre que réussir la paix et la réinsertion des soldats est très compliquée, à plus forte raison quand il s'agit d'enfants. De la difficulté de sortir de la guerre et de démobiliser les esprits.

Publié dans la collection Akata des éditions Delcourt. Vous pouvez découvrir quelques pages sur leur site.

 

Pour comprendre ce qui s'est passé au Cambodge, retrouvez notre article intitulé "Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges".

 

 

Carnets d'Orient, dernier tome !

 

La série Carnets d'Orient, commencée il y a plus de 20 ans, est désormais finie. Pour ceux qui la découvrent, c'est donc le moment idéal pour dévorer les 10 tomes sans attendre un an ou plus de connaître la suite !

Cette fresque remarquable conçue et dessinée par Jacques Ferrandez est une aventure sur plus d'un siècle qui permet de comprendre l'histoire commune de l'Algérie et de la France, de la conquête en 1830 à l'indépendance en 1962. Je n'ai pas encore lu ce dernier tome mais les 9 épisodes précédents sont passionnants. Le style et la manière d'aborder l'histoire évoluent bien sûr (qui n'a pas changé en 20 ans ?!) sans pour autant faire perdre à cette épopée son caractère unique et original.

Retrouvez l'article que j'avais écrit lors de la sortie du tome précédent avec un entretien avec Jacques Ferrandez à visionner.

 

 

L'envolée sauvage

 

 A l'occasion de la publication des  2 tomes (parus en 2006 et 2007) dans un même fourreau, je vous propose de découvrir une magnifique BD écrite par Laurent Galandon et dessinée par Arno Monin.

Voici le résumé d'après le site de Bamboo/Grand Angle :

 

"France, 1941. Jeune orphelin fasciné par les oiseaux, Simon vit dans une petite commune de campagne éloignée de la tourmente. Pourtant, comme une maladie que l'on ne sent pas venir, l'antisémitisme s'insinue jusque dans son quotidien pour lui rappeler qu'il est juif.
Confronté à la bêtise humaine, Simon va devoir fuir. Pourtant, où qu'il se trouve, la Dame Blanche apparaît : prédateur de mauvais augure ou ange gardien nocturne ?
De son village, en passant par un orphelinat, la fuite de Simon l'emmènera jusque dans les montagnes où il trouvera, auprès d'une étrange famille, un nouveau temps de paix. Mais la gangrène se propage rendant toujours plus provisoires les moments de répit.
Et ce que Simon croyait être une descente aux enfers ne fait que commencer..."

 

 Cette BD a été plusieurs fois primée, notamment à Angoulême et à Blois. Signalons également la sortie du premier tome de L'enfant maudit par les mêmes auteurs. L'histoire d'un "rejeton de boche" qui arrive à l'âge adulte en 1968. Si vous aimez les scénarios de Laurent Galandon (et les dessins de A. Dan), je vous invite à guetter la sortie début juin de Tahya El-Djazaïr dont je vous parlais hier.

 

 

Survivre dans le Cambodge des Khmers Rouges

par Aug Email

A l'occasion de la parution en français du tome 1 du manga d'Akira Fukaya et Aki Ra, Enfant-Soldat (Delcourt, coll. Akata), nous vous proposons d'en apprendre plus sur l'histoire récente du Cambodge. Ce manga est en effet basé sur l'histoire vraie d'Akira, né en 1973, et qui a grandi sous le régime Khmer Rouge de 1975 à 1979. Après le repli des partisans de Pol Pot dans la jungle, il a été enrôlé de force dans les troupes Khmères Rouges en 1983. Il a ainsi participé activement à la pose de mines antipersonnel avant d'être capturé par l'armée vietnamienne, maîtresse du pays depuis début 1979.
 
C'est dans cette armée, alors âgé de 13 ans, qu'il continue bon gré mal gré à se battre. Lorsque les Vietnamiens quittent le pays en 1989, laissant le pouvoir à un gouvernement qu'ils ont installé, Aki Ra reste militaire dans l'armée cambodgienne. A partir de 1993, il met sa connaissance des mines au service du déminage mis en œuvre par l'ONU. Il continue par la suite de déminer seul et ouvre un Musée de la mine. C'est en le visitant qu'Akira Fukaya, mangaka, a fait la connaissance d'Aki Ra et a eu l'idée de ce manga.
 
Ce livre est vraiment passionnant. Il sait nous raconter la guerre à hauteur d'enfant. Le regard de ces enfants enrôlés de force est dépourvu de toute approche idéologique. Ils sont confrontés à la guerre depuis toujours, ils voient leurs proches disparaître, ils commettent des actes dont ils ne comprennent pas le sens mais dont la portée est terrifiante. Enfant-Soldat touche ainsi à l'universalité de ce drame de notre époque tout en nous restituant parfaitement le contexte de ces années 1970 et 1980 où des millions de Cambodgiens ont perdu la vie (exécutions, famines, mauvais traitements,...).
 
Voici un extrait qui montre comment l'imaginaire des enfants a été façonné : Les Khmers Rouges ont inculqué la haine et la peur des Vietnamiens aux plus jeunes.
 
Le tome 2 doit sortir le 15 avril 2009
 
Retour sur l'histoire récente du Cambodge autour de quelques dates
 
1953

Le Cambodge accède à l’indépendance, après des années de lutte contre la France, avec à sa tête le prince Sihanouk. C’est ce monarque constitutionnel qui utilise l’expression « Khmer rouge » pour désigner l’opposition de gauche (khmer désigne l'ethnie majoritaire au Cambodge). Très rapidement, le régime prive l’opposition de toute forme d’expression. Les Khmers rouges sont au départ d'anciens étudiants formés en France dans les années 1950. Ils créent en 1960 le Parti Communiste Khmer, très influencé par la Chine de Mao.

Pourchassés par Sihanouk, ils se réfugient dans les maquis afin de mener la lutte contre le pouvoir en place. Saloth Sar alias Pol Pot, le "frère numéro 1", entre ainsi dans la clandestinité.

 

1970

Le premier ministre, le général Lon Nol, soutenu par les Etats-Unis, renverse le prince Sihanouk en mars 1970 et proclame la République. Sihanouk doit s’allier aux Khmers rouges afin de retrouver son pouvoir. Il forme ainsi, avec ces derniers, un gouvernement en exil en Chine. Dès lors, une guerre civile sévit durant cinq ans dans le pays. Les bombardements américains se multiplient sur le Cambodge.

 

[Chassé du pouvoir par Lon Nol, Sihanouk s'allie à ses anciens ennemis. Il pose avec eux à plusieurs reprises comme ici en 1973; Source]
 

Deux camps s'opposent alors : la République khmère de Lon Nol, soutenue par les EU et le Vietnam du Sud face à la coalition monarchistes-khmers rouges (Sihanouk et les communistes), aidée par la Chine et le Vietnam du Nord.

 

1975

Le 17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh et fondent bientôt un nouveau régime, le Kampuchéa démocratique. Sihanouk est placé sous résidence surveillée. Ils conservent le pouvoir près de quatre ans, en pratiquant une politique de terreur systématique.

 

Les Khmers Rouges entrent dans Phnom Penh le 17 avril 1975. En quelques jours, la capitale est évacuée.
 

Le nouveau régime entend imposer un égalitarisme absolu dans le pays et mène une Révolution radicale et immédiate. Les Cambodgiens doivent se soumettre au nouveau pouvoir et renoncer à l’argent, leur famille, leur religion (abolition du commerce, de l’argent, collectivisation des biens, fermeture des tribunaux et des hôpitaux)… Il convient de briser les solidarités anciennes pour créer une société nouvelle fondée sur une idéologie égalitariste. L’individu doit se fondre dans la communauté. Toute forme de contestation est synonyme d’arrêt de mort.

 

[Carte : Le monde.fr]

Les Khmers rouges se lancent dans des opérations spectaculaires : sitôt prise, la ville de Phnom Penh est vidée de ses 2,5 millions d’habitants, déportés dans les campagnes. Aux yeux des Khmers rouges, la ville représente la corruption, la débauche.

 

Les intellectuels, jugés fourbes, les cadres et soldats de l’ancien régime républicain de Lon Nol ; les immigrés vietnamiens, « traîtres en puissance » pour Pol Pot, (en photo ci-dessous) certaines minorités comme les Cham, musulmans cambodgiens, les communautés chinoises deviennent les cibles favorites du régime et sont victimes de répression.

 

En fait, tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule imposé par Pol Pot et ses proches, sont tués. Mey Mann, un des familiers de Pol Pot résume la situation ainsi: « Pol Pot voulait que tous les Khmers mesurent 1,60 mètre exactement, et on coupait tout ce qui dépassait. »

 

 

 

La surveillance et un contrôle de tous les instants s’abattent sur les Cambodgiens, contraints de travailler dans des coopératives d’Etat ou sur les grands chantiers. Les milices de village (chhlorp) espionnent et dénoncent. Aucun système judiciaire n’existe, la torture et les exécutions sommaires sont érigées en mode de gouvernement. Le climat de terreur est entretenu par la discrétion des exécutions, dans les zones reculées de chaque village ou dans le centre de torture de Tuol Sleng (autrement appelé S-21), à Phnom Penh.

 

 

Photos de vicitmes des Khmers rouges, torturées à Tuol Sleng ou S21.

 

Ces massacres, auxquel s’ajoute la famine provoquée par la désorganisation complète de l’agriculture cambodgienne, entraînent la mort d 1,5 million à 2 millions de Cambodgiens, pour une population de 7 millions d’habitants à l’époque (famines et maladies auraient provoqué 1 million à 1,5 million de morts ; auxquels s'ajoutent 500 000 victimes d’exécutions).

 

Certains qualifient ces massacres de génocide, voire d’« auto génocide ». Il semblerait plutôt qu’il s’agisse de crimes contre l’humanité à très grande échelle, dans la mesure où il n’y a pas une « intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Les Chams, les Vietnamiens ne sont pas tués pour des raisons raciales, mais parce qu’ils ne se conforment pas au modèle khmer rouge.

"Dans cette société, le droit à la différence n'existe plus...". C'est ainsi qu'est défini le Cambodge des Khmers rouges dans un reportage diffusé sur Antenne 2 en 1978. Ce reportage est le premier à montrer des images autorisées par le régime pour le troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir. Il est réalisé par un journaliste yougoslave, Nicola Vitorovic, autorisé à le faire car venant également d'un pays communiste. C'est donc plutôt un reportage censé relayer la propagande khmère rouge. Mais les images et certaines phrases ("Les villes sont vides, les campagnes sont pleines...") parlent d'elles-mêmes et créent un certain malaise. Dans cette émission, Pol Pot (le "frère numéro un") est interviewé pour la première fois.

Nous avons entendu parler de cette vidéo que vous pouvez voir sur le site de l'INA en écoutant l'excellente série d'émissions réalisées sur France Culture par Laure de Vulpian.

 

1979

Le régime s’écroule le 7 janvier 1979, avec l’entrée des troupes vietnamiennes dans Phnom Penh, qui imposent un régime révolutionnaire et occupent le pays pendant dix ans. Les Khmers rouges, appuyés par la Chine, engagent la guérilla dans l’ouest du pays et ne désarment que très tardivement. Hun Sen, un ancien khmer rouge, dirige le pays depuis 1985 avec son parti le Parti du Peuple Cambodgien (PPC).

 

1989

Après l'arrêt de l'aide soviétique décidé par Gorbatchev, l'armée vietnamienne est contrainte de quitter le Cambodge. Des affrontements reprennent entre les khmers Rouges, les partisans de Sihanouk et ceux du gouvernement de Hun Sen (encore au pouvoir aujourd'hui). Des accords de paix sont finalement signés à Paris en 1991. L'ONU envoie une Autorité PROvisoire (APRONUC) qui tente de réconcilier les factions et lance une campagne de déminage. Malgré des périodes de fortes tensions et un régime discuté, le pays retrouve peu à peu la paix. Après avoir été jugé par son propre parti, Pol Pot est mort en 1998 dans la jungle proche de la frontière thaïlandaise où se sont réfugiés les derniers partisans des Khmers Rouges.

[Les deux photos ci-dessus ont été prises par Nehm En, chargé de photographier les détenus entrant à S-21. Il était alors adolescent. C'est un témoignage unique sur ces personnes aujourd'hui disparues. Retrouvez ses photographies ici.]
 
 

2009

20 ans après la fin du régime des Khmers rouges en 1979, les responsables du génocide qui a causé la mort de 1 à 2 millions de personnes sur une population de 7 millions commencent à répondre de leurs crimes.

L'un des principaux tortionnaires, surnommé Duch, comparait devant un tribunal composé de juges cambodgiens et internationaux. Il a dirigé le centre d'interrogatoire de Tuol Sleng appelé aussi S-21 où 17 000 personnes ont été torturées puis exécutées, le plus souvent après avoir été photographiées. Même s'il ne faisait pas partie des principaux responsables des Khmers rouges, dont la plupart sont aujourd'hui décédés (comme le frère numéro un" Pol Pot), il a joué un rôle important dans le génocide perpétré de 1975 à 1979.

Egalement arrêtés récemment Nuon Chea, ancien "frère numéro deux" du régime des Khmers rouges. Celui-ci était l'adjoint de Pol Pot. Ieng Sary, ancien ministre des affaires étrangères, a été arrêté avec sa femme, elle aussi inculpée pour crime contre l'humanité. Le dernier haut responsable Khmer rouge à âvoir été arrêté est l'ancien président Khieu Sampan. La totalité des dignitaires du régime est donc maintenant sous les verrous et devra répondre de ses crimes devant le tribunal spécial cambodgien parrainé par l'ONU. [Photo AFP-Le Monde : Khieu Sampan arrivant à Pékin en août 1975]

 

Julien Blottière et Etienne Augris

 

Pour prolonger

  • Autre BD sur le Cambodge des Khmers rouges, L'eau et la terrre par Séra est une plongée  remarquable dans la noirceur de cette période.(Paru chez Delcourt)
  • Le film S-21, la machine de mort Khmère rouge, du cinéaste cambodgien Rithy Pahn, réalisé en 2002 fait témoigner victimes et bourreaux dans les lieux-même du centre S-21 (ancienne école aujourd'hui transformée en musée). En voici plus bas un extrait.
  • Un autre film moins connu, Derrière le portail, raconte l'expérience du chercheur français François Bizot, arrêté par les Khmers rouges avant même leur prise du pouvoir et qui ne doit la vie sauve qu'à la sollicitude de ce même Duch.
  • L'ancien roi Sihanouk a donné en 2004 toutes ses archives dont de nombreuses photographies à l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO). Après quatre ans d'inventaire, elles sont enfin accessibles.[Des extraits dans Le Monde 2 du 28 février 2009 accompagnant un article de Francis Deron, "Sihanouk dans l'ombre des Khmers Rouges"]

 

Une sélection de BD, mangas et manhwas

par Aug Email

Il y en ce moment beaucoup de BD dont j'aimerais vous parler. En voici une sélection avec quelques mots de présentation. Je vous parlerais de chacune plus longuement par la suite :

  • Nous vous avons déjà présenté quelques BD et manga (Crumb et Me & The Devil Blues) sur la naissance du Blues, une nouvelle série, réalisée par Philippe Thirault et Steve Cuzor démarre chez Dargaud, elle s'intitule O'Boys et le premier tome a pour titre "Le sang du Mississipi". Une nouvelle fois, c'est la figure de Robert Johnson qui sert de modèle.
  • Marzena Sowa a vécu enfant sous le communisme en Pologne, au début des années 1980. A l'époque, le syndicat Solidarnosc est en pleine ascension avec Lech Walesa, le pouvoir de Jaruzelski (en arrière-plan sur la couvertue) reconnaît un temps le syndicat (une première à l'Est) avant de proclamer l'état de siège en 1981. C'est cette enfance qu'elle raconte dans Marzi (Dupuis) grâce au dessin de Sylvain Savoia qui partage sa vie.

  • Ted Rall a plusieurs qualités, c'est un très bon reporter qui sait dessiner et qui a de l'humour. Illustration avec Passage Afghan, paru en 2004 et La route de la soie en lambeaux, annoncé pour août dernier et qui paraît enfin à La Boîte à Bulles. Rall est américain et a voulu se rendre compte sur place des effets de la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan après le 11 septembre 2001.
  • L'italien Paolo Cossi nous offre un récit graphique pour comprendre le génocide arménien de 1915. La BD vient de paraître chez Dargaud. Je ne l'ai pas encore lue. Cela s'appelle Medz Yeghern.

La BD coréenne, les manhwas, est plutôt méconnue mais permet de mieux comprendre l'histoire du pays :

  • Le massacre au pont de Ni Gun Ri explore une face peu connue de la guerre de Corée (1950-1953), le massacre de civils coréens en fuite par l'armée américaine craignant les espions communistes. C'est un manhwa difficile mais qui restitue bien l'ambiance des débuts de la guerre, au moment de l'invasion du Nord par le Sud, alors que ne sont présentes que les troupes américaines déjà stationnées sur place. C'est paru chez Vertige Graphic.
  • Un autre manhwa, Le visiteur du Sud, sous-titré "Le voyage de Monsieur Oh en Corée du Nord", se situe beaucoup plus tard dans le temps. M. Oh est un ingénieur du Sud qui vient travailler  sur un chantier au Nord. C'est l'occasion de revisiter les relations compliquées entre Nord et Sud depuis 1945. L'auteur Oh Yeong Jin est un peu une sorte de Guy Delisle qui parlerait coréen.... Une suite est annoncée, chez Flblb toujours.
  • Les auteurs de manhwa, comme ceux de manga, n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplous. Le premier tome est paru chez Hanguk.

Terminons ce tour d'horizon par les mangas :

  • Tout juste paru chez Delcourt, le premier tome d' Enfant-soldat raconte la vie d'Aki Ra, enfant-soldat au Cambodge à partir de 1983 et balloté entre Khmers Rouges, armée vietnamienne (qui contrôle le pays à partir de 1979) et armée cambodgienne. Le mangaka Akira Fukaya sait rendre vivant et émouvant ce récit d'une histoire vraie à hauteur d'enfant. Je vous en parle plus en détail ici.
  • Ikki Mandara, du grandissime Osamu Tezuka est une épopée qui nous conduit sur les traces d'une jeune fille qui va traverser et participer à la révolte des Boxers en Chine (1900) avant de se retrouver au Japon au moment de la guerre Russo-japonaise (1904-1905). C'est un One-Shot paru chez Kana.
  • Dans la série L'arbre au soleil (8 volumes), Tezuka explore également cette problématique de la modernisation des pays d'Asie au XIXème siècle, entre désir de conserver les traditions et modernisation-occidentalisation. Dans Ikki Mandara, Tezuka s'intéressait à cette question à propos de la Chine des Mandchous. Dans L'arbre au soleil, il situe son action à la fin du shogunat des Tokugawa, au moment où les Américains tentent de forcer le Japon à s'ouvrir à leur commerce. Au coeur de cette série passionnante (ni trop courte, ni trop longue...) la place de la médecine occidentale au Japon. La série est publiée chez Tonkam, un regret, le sens de lecture à l'européenne qui gâche un peu le plaisir.

 

D'autres BD et mangas pour comprendre l'Asie

 

Les rappeurs dénoncent les "diamants du sang"

par Aug Email

Les matières premières semblent pour certains pays une malédiction alors qu'ils devraient permettre le développement. Derrière beaucoup de conflits qui déchirent les pays africains, la lutte pour l'appropriation des richesses est à la fois une fin et un moyen. La captation et le pillage des ressources se font grâce à la force et servent à entretenir des groupes armés aux intentions criminelles. Il en est ainsi de la République démocratique du Congo, dont je vous ai déjà parlé grâce à Baloji ou encore de l'Angola pour le diamant. Autre cas dramatique, toujours à propos du diamant, celui de la Sierra Leone.
 
 

 

[Photo de Sylvain Savolainen : Des diamants découverts en Sierra Leone]

Enfant-soldat : l'humanité au péril de la guerre

par Aug Email

 

 

Le premier procès qui vient de s'ouvrir devant la Cour Pénale Internationale concerne Thomas Lubanga, un milicien congolais accusé d'avoir enrôlé de nombreux enfants parmi ses troupes (en savoir plus ici). Je vous propose à cette occasion quelques lectures et des chansons qui abordent le drame des enfants-soldats.

 

Livres et témoignages

 

L'humanité de l'homme qui participe à la guerre en tant qu'acteur, sans même parler des victimes, est toujours mise entre parenthèse. L'enfant qui devient soldat, de gré ou de force, plonge encore plus profondément dans ces ténèbres. Certains de ces enfants, une fois sortis de cet enfer, tentent de se reconstruire par la poésie, la littérature ou le témoignage. C'est le cas d'Ismaël Beah, enfant-soldat en Sierra Leone (en photo ci-contre). Il a publié son autobiographie, Le chemin parcouru, dans laquelle il raconte son parcours et la difficulté de sortir de l'engrenage de la guerrre.

 

Sans remonter à des périodes trop éloignées, on peut dire que rôle des enfants dans la guerre n'est pas une nouveauté. Prenons le cas de la guerre d'Algérie. Le film L'ennemi intime, sorti en 2007, évoque cela par le personnage de cet enfant balloté entre les deux camps. A ce sujet,  voyez ce reportage sur Saïd Ferdi, 10 ans en 1954, auteur du livre Un enfant dans la guerre.

 

Autre témoignage, celui de Yussef Bazzi (ci-contre), aujourd'hui poète reconnu au Liban. Il avait 14 ans en 1981 lorsqu'il s'engage dans une milice pendant la guerre civile qui ravage le pays (1975-1990). Publié en 2005, son récit de ses années de guerre est aujourd'hui traduit en français.

"Tout est pris dans un brouillard de peur, d’euphorie mégalomaniaque, du sentiment de toute-puissance de celui qui remet sa vie en jeu tous les matins et ne s’en est pas encore trouvé puni de mort ou de mutilation."

(extrait du compte-rendu du livre dans Libération)

 

Du côté de la fiction, je signale aussi le roman d'Ahmadou Kourouma, Allah n'est pas obligé, paru en poche au Seuil.

 

Quelques chansons

Desartistes se sont emparés de ce sujet, je vous en ai sélectionné quelques uns (n'hésitez-pas à m'en signaler d'autres) :

  • Emmanuel Jal est lui-même un ancien enfant-soldat du Soudan. Il a réussi à s'enfuir et est devenu rappeur. Plusieurs de ses chansons comme "Warchild" racontent son expérience. Je vous en parle plus en détail de son parcours et de son excellent album ici.
  • Le groupe Dub Inc. a consacré une chanson au sujet qui s'intitule "Petit Soldat"
  • La délicieuse chanteuse canadienne Grace consacre une chanson de son album aux enfants-soldats, c'est "Who Will Tell Them".
  • Enfin, le rappeur Nas, sollicité pour la bande-originale du film Blood Diamond qui, outre le traffic de diamant (je vous en parlerais prochainement), dénonce aussi le sort des enfants-soldats, chante sur ces deux sujets  "Shine On".

 


Découvrez Grace!

 

Je vous invite enfin à consulter le remarquable travail géographique de Bénédicte Tratnjek sur les villes en guerre. Elle étudie en particulier la question des enfants-soldats.

[Photos : affiche de G. Voirin pour une exposition photo au FIG de Saint-Dié en 2008, guerre du Liban et Yussef Bazzi]

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