Samarra


Tags: fait religieux

Comment devient-on terroriste ? (2) Shahidas

par Aug Email

 

Décidément, Laurent Galandon a l'art de s'intéresser à des sujets qui nous préoccupent. Nous vous avons parlé régulièrement sur ce blog de ses différents scénarios mis en image par des dessinateurs variés (Arno Monin, A. Dan). Après avoir travaillé sur la Seconde Guerre mondiale et Mai 68 avec Arno Morin, la Guerre d'Algérie avec A. Dan, il s'intéresse à un sujet plus contemporain (à l'image de Gemelos).

En écrivant ce scénario, Laurent Galandon a tenté de comprendre ce qui poussait des femmes à commettre des attentats-suicides. Depuis l'attentat perpetré en 2002 à Jérusalem par une jeune Palestinienne de 26 ans, des femmes ont malheureusement contribué à ces actions terroristes. Le tout récent double attentat dans le métro de Moscou, probablement commis par des femmes, vient de le rappeler.

Shahidas nous emmène donc en Egypte, au Caire plus exactement. Ici encore, comme dans le roman de Mahi Binebine dont je vous parlais la semaine dernière, la somme des frustrations est un élément d'explication mais n'est évidemment pas suffisant. Il y a toujours cette partie de mystère sur les motivations intimes et psychologiques du passage à l'acte. Nous suivons, avec Laurent Galandon et grâce au dessin sobre de Frédéric Volante, un policier qui tente d'avancer dans un monde fragile et déstabilisant et de comprendre pourquoi des jeunes filles décident de mourir en "martyres" (la traduction en français du mot shahidas). C'est évidemment une histoire sombre et qui laisse peu de place à l'espoir. Sur un sujet complexe qui échappe rarement au manichéisme, les auteurs parviennent  néanmoins à nous faire réfléchir sans apporter de réponse toute faite.

Nous avons demandé à Laurent Galandon de répondre à quelques questions sur Shahidas, ce qu'il a fait bien volontiers. Nous le remercions pour cela.

 

  • Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet ?

Parce que je ne comprenais pas ce qui pouvait pousser ses femmes (mais également les hommes) à un tel acte : donner sa vie en cherchant à en détruire le plus possible. Je ne suis pas sûr de pouvoir y apporter une explication parfaite aujourd'hui.

 

  • A partir de quelles sources et documents avez-vous travailler ?

Comme pour chacune de mes histoires, j'ai connu un temps de recherche documentaire assez long. Les documents francophones sur le sujet sont assez rares. Je me suis donc appuyé sur de articles de presse, quelques sites qui évoquent le sujet et d'un ouvrage - intitulé également Shahidas - construit autour  de rencontres avec des Shahidas (arrêtées avant de se faire exploser) et d'enquête auprès de familles de victimes ou de kamikazes.

 

  • Quel message avez-vous voulu faire passer ? 

Pour moi, Shahidas reste avant tout un thriller. Et je ne sais pas si mes histoires, celle-ci comme les autres, cherchent à faire passer un message. Il s'agirait plutôt d'attirer l'attention et la curiosité des lecteurs et, éventuellement de les inviter à aller plus loin si le sujet les intéresse. Néanmoins, j'espère que Shahidas peut également modérer les jugements trop hatifs à l'égard de ses femmes poussées à de telles extrémités.

 

  • Quels sont vos projets pour l'année 2010 ?

En avril, le premier tome du Cahier à fleurs sera en librairie. Il s'agit de l'histoire d'une famille arménienne confrontée au premier génocide du 20ème siècle. En mai, le second tome conclura Tahya El-Djazaïr. Enfin, dans le courant du dernier trimestre, le premier volet d'une nouvelle histoire, Les Innocents coupables devrait également paraître. Il s'agit ici de l'histoire de quatre poulbots conduits dans une colonie pénitenciaire agricole, lieu que la presse dénoncera (tardivement) comme des Bagnes d'enfants.

 

 

Voici la bande-annonce du tome 1 de Shahidas, le tome 2 est annoncé pour la fin de l'année :

 


Shahidas - Cycle 1 - Tome 1/2
envoyé par grandangle-bd

 

  • Shahidas de Laurent Galandon et Frédéric Volante, Bamboo (coll. Grand Angle), 2009

 

Précisons que le roman L'attentat de Yasmina Khadra (dont nous vous parlerons sans doute prochainement) évoque également les femmes-kamikazes.

Comment devient-on terroriste ? (1) Casablanca

par Aug Email

Il y a plusieurs manières de réagir face au terrorisme. On peut répondre par un assaut de virilité et montrer ses muscles. C'est ce qu'ont fait les Etats-Unis de Georges Bush avec les effets désastreux que l'on connaît (Irak, Guantanamo, waterboarding,...). On peut également essayer de comprendre les raisons qui ont poussé des hommes ou des femmes jeunes à se faire sauter en tuant le plus possible de personnes quelles qu'elles soient. Comprendre n'est pas justifier mais tenter de désamorcer les mécanismes qui conduisent aux attentats-suicides. Naturellement, les écrivains et les artistes sont en première ligne dans cette quête.

Je vous propose de découvrir deux exemples récents de cette démarche, dans des genres assez différents. Cette semaine, je vous parle du très beau roman Les étoiles de Sidi Moumen. La semaine prochaine, je vous parlerais de la BD de Galandon et Volante Shahidas (+ un entretien avec Laurent Galandon).

 

Les étoiles de Sidi Moumen de Mahi Binebine

 

Le 16 mai 2003 à Casablanca, quatorze jeunes hommes déclenchent une ceinture d'explosifs à la même heure en différents lieux de la capitale économique du Maroc.  On relève plus de 40 morts et des dizaines de blessés au Centre culturel juif, à la Casa de Espana, à l'hôtel Fara, dans un restaurant et près du Consulat de Belgique. 12 d'entre eux meurent et 2 ne parviennent pas au résultat esperé et sont arrêtés.

Parmi les terroristes, 11 venaient d'un bidonville de Casablanca appelé Sidi Moumen.

 

Le peintre et écrivain marocain Mahi Binebine (voir sa biographie en fin d'article) s'est inspiré de ces évènements pour son roman Les étoiles de Sidi Moumen paru chez Flamarrion en 2010 (une adptation au cinéma par Nabil Ayouch est prévue). Les étoiles de Sidi Moumen, c'est le nom d'une équipe de foot qui n'a rien d'officiel. Elle rassemble quelques uns des nombreux enfants qui vivent à Sidi Moumen et qui tirent quelque argent de la décharge. L'un d'entre eux se fait appeler Yachine. Il est en effet le gardien de but et son idole est le légendaire gardien soviétique surnommé "l'araignée noire" : Lev Yashin. Lev Yashin a gardé les buts de l'équipe d'URSS à 75 reprises (il a participé à pas moins de 4 coupes du monde de 1958 à 1970) et joué au football jusqu'à plus de 40 ans. Il reste l'un des meilleurs gardiens de l'histoire du football. Mais revenons à Sidi Moumen. C'est donc le jeune Yachine qui nous narre cette descente aux enfers annoncée comme une montée au paradis.

 

 

La fin est donc connue d'avance. Mais Mahi Binebine choisit de suivre cette bande jusqu'à son funeste destin dans les beaux quartiers de la métropole. Auparavant, il nous décrit ce quartier de Sidi Moumen "confluence naturelle de tous les déclins". Ce bidonville est peuplé de Marocains qui, "venus des campagnes desséchées et des métropoles voraces, chassés par un pouvoir aveugle et des nantis sansgues [...], se coulent dans le moule d'une défaite résignée, s'habituent à la crasse, jettent leur dignité aux orties, apprennent la débrouille, le rafistolage d'existences."

Au milieu de cette misère, il y a donc ces garçons qui survivent grâce à la décharge. "Au commencement, il y eut la décharge et la colonie de garnements qui germaient dessus. Le religion du foot, les bagarres incessantes, les vols à l'étalage et les courses effrénées, les avatars de la débrouille, le haschich, la colle blanche et les errances qu'ils entraînent, la contrebande et les petits métiers, les coups à répétition qui pleuvent, les fugues et leur rançon de viols et de maltraitances...". [photographie trouvée sur le site de l'auteur]

Bien sûr, rien n'est écrit d'avance et on se prend à rêver d'une autre fin.  La misère et la religion ne sont pas les seules explications au terrorisme. Les hasards sont légion dans cet itinéraire complexe. Un seul mot d'une être aimée aurait peut être changé beaucoup de choses. Il y a bien entendu la dérive collective d'une bande savamment manipulée par des êtres habiles qui envoient ces jeunes à la mort en leur promettant le paradis. Mais il y a aussi les méandres de la pensée de chaque individu, singulièrement unique.

Nos futurs kamikazes sont d'ailleurs habités par le doute, jusqu'à l'instant final. Ainsi à propos du voile que se voit imposée celle qu'il aime, Yachine pense  : "Je trouvais cependant que les yeux, en terme de séduction, étaient bien plus efficaces que les cheveux; mais à ce train, c'était la burqua qu'il aurait préconisée."

La langue juste et précise de Mahi Binebine fait de ce roman un ouvrage précieux qui est bien sûr une fiction mais qui, mieux sans doute que n'importe quel reportage, nous aide à ouvrir les yeux. Comme lors des attentats de Londres en 2005 commis par des jeunes nés au Royaume-Uni, les attentats de Casablanca ont profondément ébranlé le Maroc, considéré jusqu'alors comme exempt de tout risque de terrorisme.


  • Bio de Mahi Binebine :

Mahi Binebine est un artiste marocain ayant pendant longtemps vécu en France (il y a enseigné les maths). Son grand frère, un brillant officier, a été enfermé dans le bagne de Tazmamart par Hassan II après le coup d'Etat manqué de Skhirat en 1971. Cette absence, qui dure jusqu'en 1991, le marque durablement, notamment dans son oeuvre de peintre et d'écrivain. En 2002, il décide de se réinstaller à Marrakech. Il devient l'une des figures importantes symbolisant le renouveau du Maroc sous Mohammed VI. Ses peintures se vendent dans le monde entier et sont exposées au musée Guggenheim de New York. Vous pouvez consultez le site de l'artiste et voir quelques unes de ses oeuvres.

 

P.S. : Rappelons que le terme de "bidonville" est attesté pour la première fois en 1953 dans un article du Monde signé R. Gauthier qui traitait de l'habitat informel de Casablanca. Les habitations y étaient construites avec des matériaux de récupération, en particulier des bidonvilles.

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour un entretien avec Laurent Galandon, scénariste de la BD Shahidas.

 

Le ciel au-dessus du Louvre : dans la tourmente révolutionnaire

par Aug Email

 Voilà une BD qui donne envie de connaître les mille et unes histoires, fictives ou réelles, qui se cachent derrière les peintures les plus célèbres. Voilà une BD qui donne également envie de comprendre cette période pleine d'espoir et de désillusions que fut la Révolution française. En s'associant pour retracer un moment de cette Révolution en plein coeur de la Terreur, l'écrivain Jean-Claude Carrière et le dessinateur Bernard Yslaire nous livrent une BD originale et très réussie.

Alors que Robespierre souhaite qu'il réfléchisse à la représentation de l'Être suprême qui doit être célébré pour ne pas "laisser le ciel vide", le peintre Jacques-Louis David n'a qu'une idée en tête : peindre le jeune Bara.

 

Qui est Bara ?

Il s'agit d'un jeune soldat républicain de 13 ans tué en Vendée le 7 décembre 1793. Selon la légende, des insurgés vendéens l'auraient oblogé à crier "Vive le Roi". Préférant crier "Vive la République", il serait mort sous les coups des Vendéens. Depuis l'abolition de la royauté en 1792, les Vendéens s'opposent par les armes à la République. Cette menace intérieure sert de justification à la Terreur exercée par le Gouvernement révolutionnaire. La mort héroïque de Bara tombe à point nommé pour des généraux en échec et pour le Comité de Salut Public dirigé par Robespierre. Il devient un héros, à l'image du jeune Vialla tué en Provence en juillet 1793 dans la lutte contre un autre ennemi intérieur, les fédéralistes. Robespierre demande que Bara entre au Panthéon, Barrère réclame à David une gravure destinée à être reproduite pour toutes les écoles. Il doit également préparé les cérémonies de panthéonisation qui doivent avoir lieu le 10 thermidor.... Mais le 9, Robespierre est renversé puis executé le lendemain. Bara n'entre donc pas au Panthéon mais bel et bien dans la postérité. Les poètes (tel Marie-Joseph Chénier dans "Le chant du départ"), peintres, écrivains, sculpteurs louent ses mérites pendant tout le XIXème siècle. Des rues et des établissements scolaires (comme celui de Palaiseau où il a vécu) portent encore son nom.

En suivant la réalisation de cette oeuvre, Carrière et Yslaire tentent de comprendre le mystère de cette oeuvre. David y représente l'incarnation de la vertu pronée par Robespierre et la défense de la République jusqu'à la mort. Il peint un enfant nu, androgyne, dans une position très allanguie. La violence de la mort n'est pas directement évoquée. Bara sert près de son coeur une cocarde trricolore. David travaille sur cette peinture dans son atelier du Louvre qui vient tout juste de devenir un Musée sur décision de la Convention le 10 août 1793 (l'inauguration a eu lieu le 18 novembre).

 

 

 

 

Robespierre et "l'Être suprême"

 Emprunant aux philosophes des Lumières, en particulier à Rousseau, Robespierre propose à la Convention de rendre un culte à "l'Être suprême". Celle-ci en adopte le principe par décret le 18 floréal an II (7 mai 1794). C'est une manière pour lui de proclamer à la fois le rejet du christianisme et de l'athéisme. Il souhaite ainsi canaliser les tentatives d'un "culte de la raison" (établi par les hébertistes l'année précédente) qu'il juge excessif et de proclamer un déisme officiel qui encouragerait les valeurs civiques (vertu, égalité). La voie est d'ailleurs libre puisque les hébertistes ont été conduits à l'échafaud en mars 1794.

 

 

La première de ces fêtes a lieu le 8 juin 1794, David est chargé de régler les détails des cérémonies qui se déroulent au jardin des Tuileries et au Champ de Mars. Robespierre veut en faire, dans ces temps de guerre civile, un moment d'unité derrière les valeurs républicaines. Les statues de la tyrannie, de l'égoïsme, de l'athéisme et de la superstition sont brûlées. Une "montagne" est bâtie sur le Champ de Mars. Un arbre de la liberté domine la hauteur et une statue de l'Être suprême est placée au sommet d'une colonne.

 

 [Pierre-Antoine Demachy, Fête de l'Etre suprême au Champ de Mars (20 prairial an II - 8 juin 1794), 53,5x88,5, huile sur toile-Musée Carnavalet]

 

Cette fête est considérée comme l'apogée de la domination politique de Robespierre, surnommé l'incorruptible. Voici comment il théorise l'importance de la Terreur.

"Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante."

 

Le 9 thermidor, il est renversé par la Convention. Mais revenons à Jacques-Louis David. Prix de Rome en 1774, il devient le peintre emblématique du clacissisme, puisant dans l'Antiquité ses thèmes (Serment des Horaces, L'enlèvement des Sabines) et son idéal de beauté. Il s'enthousiasme pour la Révolution qui puise grand nombre de ses références symboliques dans l'Antiquité grecque et romaine. Il est élu à la Convention en 1792 avec les Montagnards. Lorsque ceux-ci arrivent au pouvoir après la chute des Girondins en juin 1793, il fait partie des personnages importants puisqu'il entre au Comité de Sûreté générale et devient un des agents de la Terreur. Deux de ses toiles ornent d'ailleurs la tribune de la Convention : La mort de Michel Lepeltier et La mort de Marat. Pourtant impliqué dans la politique de Robespierre, il parvient à échaper à l'exécution et entame une "traversée du désert" de plusieurs années. Il trouve ensuite avec Bonaparte un nouveau maître dont il relaie efficacement les idées (Le sacre).

 

Le ruban blanc n'y allez pas c'est un chef d'oeuvre !

par died Email

Alors oui, Michaele Haneke a été couronné (en fait palmé) pour ce film, le Ruban blanc.
Je commence par éloigner le spectateur habitué à la facilité ......action, sexe, humour, montage serré, musique tonitruante etc..... Bref, ici rien de cela....


Ce film se mérite. Il est en noir et blanc, en allemand (sous-titré tout de même !) et dure 2 h 24 minutes. Le générique est long et muet...
Alors ? Oui, votre jugement est fait ! Je vais m'ennuyer ! Sauf, si vous décidez de vous laissez emporter dans cette histoire un peu sordide qui se passe dans un village de Prusse orientale à la veille de la 1ère Guerre mondiale. Haneke décide d'entrer dans la communauté villageoise avec l'aide d'un narrateur qui est  le jeune nstituteur. Il raconte une série d'événements étranges qui bouleversent la communauté. Des enfants sont battus, des accidents ont lieu et des gens finissent par se suicider ou disparaître. Pourtant, la population apparaît comme tout à fait vertueuse, en se retrouvant dans le temple à écouter le pasteur ou devant le château du baron. Engoncé dans une morale rigoriste les personnages apparaissent un à un comme des hommes soit odieux soit brutaux ou tout simplement piégés  par des hiérarchies sociales écrasantes.
Le portrait de cette société allemande à la veille de la Guerre n'est pas une simple description de l'Allemagne qui succombera au nazisme. Non, le message d'Haneke est, me semble-t-il bien plus universel. La vision de l'homme n'est certes pas très optimiste mais rien n'a pu contredire le réalisateur au cours du XXè siècle.

Le propos comme on l'a vu, est intéressant pas seulement parce qu'il est historique mais  par son ambition universelle. Il est également servi par des choix esthétiques remarquables. La photographie d'abord....les plans séquences longs sont des photographies qui saisissent ces hommes (comme le photographe allemand August Sander  l'a fait durant près d'un siècle, avec un exemple ci-dessous) avec une certaine distance...une certaine pudeur.

                      

August Sander, Young farmers, 1914

Lorsque le veuf entre dans la chambre, le cadavre nu de sa femme apparaît, il s'approche, se recueille mais le mur nous masque les visages, la tristesse et la mort.
Un peu plus loin dans le film, le pasteur décide de corriger par dix coups de verges ses enfants....la caméra reste encore à distance, derrière la porte... et enfin quand le fils responsable du suicide de son père intègre le cortège qui emmène le cercueil, la caméra de Haneke s'éloigne encore afin qu'on ne devine que des ombres qui s'approchent ou rejettent le fils maudit....



Enfin, je n'évoquerai pas ici la scène extraite ci-dessous où le pasteur veut faire avouer à son fils qu'il a fauté parce qu'il se masturbe....on y voit une belle torture morale et un terrible ascendant du père sur ce jeune garçon terrorisé ....





L'autre scène est un dialogue entre une grande soeur et son frère qui tente de comprendre ce qu'est la mort....encore une fois la pudeur et la rigueur des dialogues rendent cette scène bouleversante.




Alors voilà, j'ai beaucoup aimé ce film exigeant d'un point de vu formel mais finalement terriblement fort et beau.


JC Diedrich

 

Tudor or not Tudors ?

par Aug Email

Cela ressemble à du Shakespeare. Pouvoir, ambition, amour,  sexe, sang... Le grand William s'était intéressé à ce personnage-clé du XVIème anglais, mais son Henry VIII n'est pas sa plus grande pièce. Il faut dire que c'est davantage l'Angleterre du XVème siècle, avec sa guerre des deux-roses, York contre Lancastre, qui lui avait donné matière à plusieurs drames historiques conclus par un Richard III exceptionnel ("My horse, my kingdom for a horse").
Peut être avez-vous, comme moi, été frappés dans votre enfance par ce roi d'Angleterre qui eut six femmes et qui créa une nouvelle religion pour pouvoir divorcer sans l'accord du Pape. Ce "Barbe-bleue" du XVIème siècle est d'ailleurs un des personnages marquants de Mme Tussaud, le Musée Grévin londonien, avec ses différentes épouses.

Le film Deux sœurs pour un roi de Justin Chadwick (sorti en France en 2008) nous offrait déjà une plongée dans cette période décisive pour l'Angleterre. Après les luttes du XVème siècle, Henry VII Tudor, le père d'Henry VIII, conquiert le trône par la force à la bataille de Bosworth Field en 1485 en tuant Richard III. Son règne marque le retour à une certaine stabilité. Son fils Henry lui succède donc en 1509 à 18 ans.  Il est marié à Catherine d'Aragon, veuve de son défunt frère ainé. Celle-ci ne parvient pas à lui donner le fils qu'il souhaite pour lui succéder. Cette question devient son obsession à partir des années 1520. Il songe donc à divorcer. Devant le refus du Pape, il se sépare de Rome et crée l'Eglise d'Angleterre qui devient progressivement une branche du Protestantisme, notamment sous le règne de sa fille Elizabeth Ière.

Le film ne s'éternise pas sur la grande histoire, toile de fond à un drame somme toute intimiste et c'est un reproche que l'on peut lui faire. Mais il montre ainsi l'importance démesurée qu'ont eu certaines personnes dans le cours de cette histoire. Ainsi du rôle d'Anne Boleyn, l'une des deux sœurs du film, magnifiquement interprétée par Nathalie Portman, sa soeur Mary étant jouée par Scarlett Johansonn. Anne va jouer des sentiments du roi envers elle pour lui faire prendre des décisions d'une importance capitale.


Une série irlando-canado-américaine, les Tudors (diffusée en ce moment sur Arte le samedi soir), plante également son décor sous le règne d'Henry VIII. On y retrouve les principaux personnages du film et d'autres intrigues plus politiques (Buckingham, Wolsey,...).  Le roi y dialogue également souvent avec l'humaniste Thomas More (auteur d'Utopia en 1516),dont il a été très proche. On y perçoit donc un peu mieux les enjeux politiques de l'époque. Le premier épisode montrait ainsi les coulisses de la fameuse entrevue entre Henry VIII et François Ier au camp du drap d'or en 1520.

Dans la série (où il est interprété magnifiquement par Jonhatan Rhys-Meyers) comme dans le film, Henry VIII est jeune et plein de fougue et d'entrain pour la chasse, le sport (on le voit jouer à la paume) et beaucoup d'autres activités physiques pour lesquelles son apétit semble sans limite.... C'est un colosse flamboyant, séducteur, pas encore le personnage obèse du portrait de Hans Holbein en 1536 (ci-dessus). Que s'est-il donc passé entre sa jeunesse et les représentations plus tardives ?

 

Une exposition à la Tour de Londres sur les armures d'Henry VIII avance quelques explications. Les armures du Roi nous permettent en effet de connaître précisément sa taille (6 pieds 1 pouce soit plus de 1,90 m), son tour de taille et son tour de poitrine. On sait ainsi qu'à 23 ans, son tour de poitrine était de 1,04 m et son tour de taille de 86,36cm. A 28 ans, l'armure qui lui a été confectionnée pour le Camp du Drap d'Or mesurait 1,04 à la poitrine mais 91,44 cm. L'armure en elle-même pesait plus de 42 kg ! Un an plus tard, ces tours de poitrine et de taille étaient passés à 111,76 et 93,98 cm. Une vingtaine d'années plus tard, une armure (ci-contre) est confectionnée pour un tournoi de mai. Il a alors 48 ans, tour de poitrine et de taille étaient de 137,16 et 129,54... Henry VIII a donc pris du poids et de l'envergure avec l'âge. Les armures d'Henry VIII n'ont pas cessé jusqu'à aujourd'hui d'être étudiées. AInsi des amples braguettes (les historiens pensent que leur taille était volontairement exagérées), que des femmes stériles venaient parfois toucher en espérant un miracle... Dans les années 1960, la NASA a étudié le chevauchement des multiples pièces pour ses combinaisons.

 

 

La bande-annonce de Deux soeurs pour un Roi (The Other Boleyn)



La bande-annonce de la série :

Irlande, IXème siècle : Brendan et le secret de Kells

par Aug Email

 Quel que soit votre âge, il faut aller voir le film Brendan et le secret de Kells. C'est un film magnifique, un enchantement. Vous pourrez ainsi apprécier la qualité de l'animation (orchestrée par Tomm Moore avec des dessinateurs irlandais, français, belges et hongrois) , une musique pleine de mystères (composée par Bruno Coullais) et l'histoire passionnante de ce jeune garçon qui vit dans un monastère irlandais. Brendan a 12 ans et n'est jamais sorti du monastère de Kells. Son oncle, l'abbé Cellach règne en maître sur des copistes et enlumineurs venus du monde entier. Oubliant son goût passé pour cet art, il est surtout préoccupé par la construction d'une muraille qui doit protéger l'abbaye des Vikings qui menacent. Le vol des corbeaux annonciateur des catastrophes fait d'ailleurs penser à un vol de bombardiers. Brendan est au centre de l'intrigue, entre excursions dans la forêt en compagnie de la mystérieuse Aislin, travail sur le livre d'Iona et jeux avec le chat Pangour. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir...
 
Le chat blanc du film s'appelle donc Pangour, on retrouve ce nom utilisé à l'époque pour nommer les chats. Une inscription dans la marge d'un psautier du VIIIème siècle en témoigne :
 
"Pangour, mon chat blanc et moi.
N'avons tous deux qu'un même art :
Lui, c'est des souris qu'il chasse;
Et moi, j'ai ma chasse à part.
 
Je préfère à toute gloire
Huis bien clos, plume et canif.
Lui, sans me porter envie,
Se plaît à son jeu naïf."
 
Derrière cette histoire, il y a l'histoire de l'Irlande au IXème siècle, entre splendeur artistique et menaces extérieures. Revenons sur cette histoire à laquelle se mêlent sans doute quelques légendes....
 
L'« Île des Saints et des Docteurs »
 
Peuplée par les Celtes Gaëls dès le VIème siècle avant Jésus-Christ, la verte Eirin devient, du VIème au VIIIème siècle de notre ère un foyer intellectuel et religieux de premier plan. A cette époque, l'Europe est dans une situation complexe du fait de la fin de l'Empire Romain et de l'émergence de royaumes barbares concurrents. Patrick, originaire de Bretagne, est emmené en captivité par un roi irlandais. Parvenant à s'évader, il reçoit une formation ecclésiastique à Auxerre (auprès de Saint Germain) et Lérins (près de Cannes) puis retourne en Irlande où il entame la conversion des populations, dans le courant du Vème siècle. Cette conversion rapide et sans violence est en partie due à l'habileté de Patrick qui s'adresse d'abord aux grands que suivront le reste des clans. Mais Patrick est aussi rapidement oublié même si l'île se couvre de monastères comme celui de Kells, créé dans le centre-ouest au VIème siècle (photo ci-contre de la tour de Kells aujourd'hui, source).
 
L'autre figure des débuts du christianisme en Irlande et en Écosse, c'est Columbkille. C'est lui qui fonde le monastère d'Iona, sur une île écossaise. Son disciple Aidan répand le christianisme sur le nord des îles britanniques. Le christianisme irlandais est essentiellement rural et très lié à la vie des tribus celtes. Les abbés appartiennent toujours à l'aristocratie et sont parfois même d'anciens druides. Ils s'occupent très souvent des enfants dans la lignée d'une tradition ancienne, celle du fosterage qui consiste à faire élever ses enfants par des amis ou des proches. On le voit dans le cas de Brendan, qui a toujours vécu au côté de son oncle dans l'enceinte de l'abbaye. Dans cette Église irlandaise, les moines sont les conservateurs de la tradition, ceux qui entretiennent le lien avec le passé réel ou mythique comme avec le futur. On le voit bien dans le poids des légendes.
 
Dans ce contexte, les abbayes irlandaises offrent à l'Europe bouleversée un phare intellectuel et religieux. De l'Europe entière viennent alors de nombreux savants et lettrés. Même si le film fait porter un peu loin ce rayonnement (on croise des moines venus d'Afrique, d'Asie, de Russie, d'Italie,...), il est alors bien réel. Les abbayes de Clonard, Clonmacnoise, Armagh puis Bangor et Lindisfarne sont des véritables foyers intellectuels autant que religieux. Les moines irlandais entament leurs missions dans toute l'Europe, faisant rayonner le christianisme de l'île. L'Eglise d'Irlande compte alors des savants comme le théologien Duns Scot Erigène ou le moine Dicuil, auteur d'une géographie universelle. D'Iona sur les rivages écossais (évoqué dans le film) à Kiev, ils vont participer au renouveau du christianisme et à sa croissance, préparant la renaissance carolingienne. Le plus connu de ces missionnaires est sans aucun doute Saint-Colomban. Il est né en Irlande, dans le Leinster, en 543 et entre au monastère de Bangor en Ulster, dirigé par l'abbé Corngall. Après s'être installé en Grande-Bretagne en 590 puis part vers le continent. Arrivé en Bourgogne, il fonde le monastère de Luxeuil (photo ci-contre) dont il est chassé en 610 par Thierry II et Brunehaut. Il se rend alors en Rhénanie et en Italie où il finit ses jours en 615 à Bobbio. Marqués par un ascétisme et une austérité toute irlandaise, le monachisme de Colomban est pourtant proche des ermites orientaux. La rigueur de sa règle font qu'elle est souvent associée à celle de Saint-Benoît (établie par Benoît de Nursie au VIème siècle), y compris à Luxeuil dès le VIIème siècle. Son influence dans le développement du monachisme est considérable à cette époque. C'est en partie grâce à lui que l'Irlande est connue comme l'« Île des Saints et des Docteurs ». Une histoire qui se raconte exprime toute la rigueur du modèle monastique irlandais : "Trois moines irlandais se réfugient au désert. Au bout d'un an, le premier risque : "La vie d'ermite est bonne". Au bout de deux, le second dit : "Oui". Au bout de trois, le troisième éclate : "Si l'on ne peut plus vivre tranquille ici, je rentre dans le siècle !"...
 
La fureur des Vikings
 
Mais revenons à Kells et aux Vikings. Si la royauté existe (un Ard Ri fédère les royaumes locaux), la division politique de l'île ne favorise pas la résistance aux vikings qui s'attaquent au pays à partir de la fin du VIIIème siècle. Les Vikings, montrés dans le film comme des machines monstrueuses, sont des Germains originaires de Scandinavie. Ils se différencient en trois peuples : les Danois au Sud, les Suédois à l'Est et les Norvégiens à l'Ouest. Ce sont probablement des Norvégiens (Lochlannach en gaélique) qui pillent Iona en 795 puis s'attaquent à l'Irlande. Avec leurs drakkars, ils remontent la Boyne et la Liffey au début du IXème siècle. A l'embouchure de cette dernière, ils établissent un enclos qui devient par la suite Dublin ("marais noir"). Certains de leurs établissements ponctuels deviennent donc les premières villes, des alliances s'établissant progressivement entre des Celtes et des Vikings.
 
[Début du livre de Matthieu dans le Livre de Kells, source]
 

Quant au livre de Kells, il aurait été achevé autour de 800 pour célébrer l'anniversaire de la mort de Saint-Colomban, passé par Iona en 590. Après le pillage de l'abbaye en 795, le livre a été apporté à Kells. Il s'agit en fait d'un ouvrage qui comprend les quatre évangiles en latin (Matthieu, Marc, Luc et Jean) avec des préfaces, une concordance mais surtout de magnifiques enluminures. Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque du Trinity College de Dublin. (photo ci-contre)

 

Les monastères irlandais donnent à l'enluminure et à la calligraphie une originalité dont témoignent les livres de Durrow, Lindisfarne et donc Kells. Les décorations qui ornent les livres s'inspirent beaucoup de la tradition celtique, aussi bien dans le travail artisanal des métaux et dans l'orfèvrerie que dans l'écriture. L'art païen s'adapte à la nouvelle donne chrétienne sans perdre de sa force et de son imaginaire. Entrelacs, spirales, corps, animaux, végétaux se mêlent sans souci de réalisme mais toujours en mouvement. C'est l'un des atouts du film de nous initier à cette originalité.

 

Le site du film (in english) et le blog de Tomm Moore De nombreux extraits du livre de Kells

L'histoire sort simultanément en Bande-dessinée. Le tome 1 est paru en même temps que le film chez Glénat.

Des sites d'enluminures :

 

[Sources : Varia dont Encyclopedia Universalis et le Que sais-je ? déjà ancien de Roger Chauviré sur L'histoire de l'Irlande]

 

La victoire en chantant

par died Email

La victoire en chantant est un film très grinçant sur la guerre et le colonialisme. Jean-Jacques Annaud, jeune réalisateur obtint en 1976 pour son premier film, l'Oscar du meilleur film étranger, pour un coup d'essai, ce fut un coup de maître.

Je rappelle pour les moins cinéphiles que J-J Annaud (voir son site) a, par la suite enchaîné les succès internationaux dont voici quelques exemples : La guerre du feu (1981), Le nom de la rose (1986), L'Ours (1988), L'Amant (1992), Sept ans au Tibet (1997), Stalingrad (2000), Les Deux frères (2004). Il est possible de consulter sur son site de nombreux extraits avec des commentaires personnels sur chacun de ses films.

Le générique de la Victoire en chantant (Blacks and Whites in Colours dans la version américaine) est illustré de vieilles cartes postales patriotiques de la Première Guerre mondiale sur un fond sonore de chants patriotiques annonçant le ton satirique du film.
Ce premier long-métrage est en effet, un véritable pamphlet contre le système colonial. Il raconte l'histoire d'une petite communauté française aux confins de l'Afrique à Fort-Coulais (petit poste-frontière entre le Cameroun et l'Oubangui). Le village est composé d'un bar, de l'épicerie Rochampot Frères (négociants en gros) et d'un fort au milieu duquel se dresse sur un mat d'un bois grossier en haut duquel le drapeau français a du mal à flotter.



La colonie est composée d'un groupe d'à peine 10 colons, chacun incarnant ce qu'il y a de plus détestable dans la colonisation :
Les missionnaires

Le film règle d'abord ses comptes à la christianisation de ces missionnaires. L'administrateur de la petite communauté n'est d'ailleurs pas tendre avec eux :
« Nos religieux sont en brousse, ils sont en train de fabriquer du chrétien, si on y s'font pas bouffer, ils seront là dans quinze jours. »
Quelques séquences plus tard, on voit deux missionnaires échanger des statues païennes contre des statues de la Vierge. L'échange donne lieu à la confrontation de deux habitudes commerciales, le noir tente de marchander alors que les religieux n'y comprennent rien.
La démonstration du vélo est un épisode plus édifiant encore. Le religieux fait la démonstration que seuls les chrétiens arrivent à faire du vélo. Bien sûr les blancs, et, seul le religieux noir y réussit également. La foi en Dieu permet donc de pratiquer le vélocipède alors que les religions animistes laissent l'homme dans son état de bipède !




L'administration
Elle est représentée par un sous-officier aux allures débonnaires (Jean Carmet qui est encore une fois formidable, deux ans plus tôt, il avait incarné Dupond Lajoie, français moyen, raciste et violeur) qui aspire avant tout à l'oisiveté que lui offre son statut de colon. Il est donc un piètre administrateur à l'image de colonisation française.
Les autres colons

Quant aux autres colons, nous trouvons les frères Rochampot qui partagent la même femme et qui se caractérisent par leur avidité et leur brutalité vis-à-vis des indigènes.
Seul, un jeune géographe sorti des grandes écoles semble échapper à ce triste tableau, il est jeune, éduqué, socialiste et apparemment respectueux des indigènes. Il décrit la colonie et ses coreligionnaires avec un peu de mépris et semble pouvoir incarner l'image pure ( ?) et désintéressée de la colonisation.


Le film tourne vite à la farce quand le jeune normalien reçoit un colis dans lequel il apprend, avec plus de six mois de retard que Jaurès a été assassiné et que la guerre contre l'Allemagne est déclarée. La nouvelle fait le tour de la petite communauté et à l'unissons, elle braille la Marseillaise après qu'elle ait décidé presqu'unanimement d'attaquer leurs voisins allemands (jusqu'à présent si pacifiques). Le jeune normalien est hostile à cette guerre arguant l'inutilité d'un grand massacre d'hommes.
Le premier frère Rochampot (Jacques Dufilho) répond
« Quels hommes ? Il n'y a que nous et les nègres ! »

 

Une expédition est préparée à la hâte pour le surlendemain ; quelques indigènes sont enrôlés. Les colons prévoient d'assister au spectacle de la guerre lors d'un pique-nique. Mais l'offensive tourne rapidement au fiasco. Les Français battent en retraite et ont désormais très peurs des représailles teutonnes.
Désemparés, les colons en appellent au jeune géographe qui contrairement à ses engagements socialistes (et donc pacifistes) prend la direction de cette guerre grotesque du fond de l'Afrique. Il enrôle des tirailleurs sénégalais à tour de bras, lançant une vaste offensive qui, comme en Europe s'enlise dans une guerre de position....avec tranchées et pertes humaines à grande échelle.

La paix arrive aussi subitement que la guerre et la colonie retourne à son quotidien paisible. Seul changement, le colonisateur défait a été remplacé par les Britanniques.

 

    La victoire en chantant qui est au départ, un chant révolutionnaire (de M.J Chénier) incarnant les idées des Républicains s'est pour le moins dévoyée en Afrique. La IIIè République a ainsi perdu ses valeurs au nom d'un patriotisme aveugle et afin de compenser la perte de l'Alsace-Lorraine (dans le film, l'expédition pitoyable franchit symboliquement le Rhin). J.-J. Annaud qui a travaillé en Afrique a découvert aux archives du Cameroun, le récit du révérend père Mveng qui a inspiré, en partie le scénario du film. La victoire en chantant est donc une pierre, au devoir de mémoire du fait colonial et de sa critique, ouvrant la voie aux historiens qui ont depuis, beaucoup travaillé, permettant la publication d'une première synthèse en 1998, intitulée, le livre noir du colonialisme (dirigée par Marc Ferro).
En 1976, le film ne connaît pas un grand succès, les Français ne sont pas encore prêts à ce pamphlet anticolonialiste si cinglant. Les EU, en décernant l'Oscar à JJ Annaud n'étonnent pas non plus...ils ont toujours combattu la colonisation car ils en ont été d'une part, les premières victimes et d'autres part la décolonisation leur a permis d'affirmer durablement leur leadership sur la vieille Europe.

 

Jean-Christophe Diedrich

 

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