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Art District ou le Hip Hop en toute liberté

par Aug Email

Le hasard vous fait parfois entendre des sons qui vous accrochent tout de suite l'oreille. Ce fut mon cas en entendant l'album d'un groupe de Hip Hop que je ne connaissais pas. Son nom : Art District, en soi tout un programme. Donner ou redonner au Hip Hop toute sa dimension artistique loin des clichés commerciaux. Le Hip-Hop est par essence eccléctique et Art District l'a bien compris. Le groupe puise dans des styles variés : le jazz bien sûr (le groupe compte plusieurs instrumentistes) mais aussi la soul, la musique classique et beaucoup d'autres dont la liste constitue l'essentiel des paroles de la superbe chanson "Moz'Art District".  Sans rien céder sur la forme, ils sont exigeants sur le fond. Leur musique est une invitation : Invitation à la fête, à la danse, à la solidarité et à l'engagement pour la paix et la démocratie. Bref, comme l'aurait dit Afrika Bambaataa : "Peace, Love, Unity & Havin'Fun". Leur premier album Live In The Streets est sorti en 2011.

 

[Photo : Bartosch Salmanski - m4tik.fr- Avec l'aimable autorisation du groupe]

 

Nous avons décidé de creuser un peu et nous avons demandé au groupe de répondre à nos questions. Mr. E (leur MC), s'est chargé des présentations.

 

1.    Depuis quand fonctionne votre groupe ? Comment s’est-il formé ?


Le groupe fête ses 5 ans cette année. Le projet Art District (AD) a démarré en 2007 suite à la rencontre de Rhum One (beatboxer/beatmaker) et Geo (batteur). Ils avaient envie d'allier du beatbox avec de la batterie dans une formation hip-hop live. Geo avait côtoyé Seb (clavier) au Conservatoire, Rhum connaissait Sam (basse) et moi Mr. E (MC) de mes freestyles spontanés dans les rues de Strasbourg et l’équipe a appris à se connaître à l'occasion de jam sessions de Strasbourg. On a  travaillé 2 ans à cinq avant de rajouter une trompette et un saxophone en 2009 (Serge et Romux).



2.    Quelles sont vos sources d’inspiration musicales, en particulier dans le Hip Hop ? Comment définiriez-vous votre style ?


Le point fort d’Art District est que nos influences viennent de styles très variés. Des Red Hot Chili Peppers à Miles Davis en passant par Electro Deluxe. En matière de Hip-Hop, il est clair que The Roots est notre référence par excellence (presque tous les artistes qui nous influencent sont cités dans le morceau “Back in the Day” [Clip à voir ci-dessousVous pouvez vous amusez à repérer les pochettes de disques connus...]). Mais la meilleure réponse est la dernière phrase de “Moz’Art District”: “Influenced by everything around.” C'est de cette façon que l'on définit notre style ou tout simplement : nous sommes un groupe de Hip-Hop. Le hip-hop est à l'origine un genre nourri d'influences diverses, un métissage musical dans lequel nous nous retrouvons.

 

 

 

 

"Cause an artist never really stops being influenced by everything around
All the beauty he ever found in every sound
Words weren’t found but understanding remained
The remainder of what’s left to do lies inside of you and it’s itching to explode
Inside the moment of creation
an instinct of the collective imagination"
("Moz'Art District")

 

 

 

 

 

 


3.    Parlez-nous un peu de vos textes. Êtes-vous porteurs de messages particuliers ?


Les messages et thèmes abordés varient d'un morceau à l'autre. Il était très important pour nous de rendre hommage aux artistes hip-hop d'antan et on l'a fait sur « Back in the Day ». Parallèlement on a été influencé par d'autres artistes et d'autres styles que le hip-hop, et on en parle sur « Moz'Art District ». « My Muse » est notre "invocation" à la muse; c'est une chanson sur l'inspiration et le processus de création. A la base, le rap est un style engagé avec des commentaires sociaux et politiques.  « Live in the Streets » est une chanson qui parle du printemps arabe et des mouvements populaires partout dans le monde. Notre méta-récit coïncide avec celui du hip-hop en général. C'est à dire: « Peace, love, unity and having fun ».


 
4.    J’ai cru comprendre que vos horizons géographiques et culturels étaient différents. Cela est-il parfois un problème dans votre travail ou au contraire une richesse ?


Je viens de New York, mais je suis installé  à Strasbourg depuis six ans. Sinon, le reste du groupe est Alsacien et habite également en région. Nos différences culturelles sont presque inexistantes aujourd'hui car les Français sont très américanophiles et je suis un ricain très franchouillard (le seul dans le groupe qui préfère les escargots au MacDo).



5.    Quels sont vos projets à court et à plus long terme ?


A court terme on se prépare pour les belles dates qui arrivent (Printemps de Bourges, Les Eurockéennes, Festival de Jazz de St. Germain des Prés, etc...)
Concernant le plus long terme, nous travaillons sur un deuxième album ainsi que sur un projet de clip pour « Moz'Art District ». Nous cherchons aussi à nous exporter plus en dehors de l'hexagone.

 

Un grand merci à Mr. E et à Charlotte



Art District - Back In The Day HD from Art District on Vimeo.

Premier clip officiel du groupe Art District. Réalisé par Eve-Agency.

 

 

Retrouvez le groupe sur la toile :

 

Ce trimestre sur l'histgeobox

par Aug Email

 

Le cap des 250 chansons a été franchi sur l'histgeobox ! Pour ceux qui auraient râté les derniers articles publiés depuis septembre, voici un petit récapitulatif avec les liens :

 

 

 N'hésitez pas à consulter notre index par interprète, nos pages thématiques et les rubriques "Loca Virosque Cano" et  "Les hymnes ont une histoire".

 

Augmix # 16 : du son pour l'été !

par Aug Email

 

[Abd Al Malik au festival Là-Haut sur la colline, juillet 2011, EA]

 

 

 

Commençons par Abd Al Malik qui aime à sortir des sentiers battus. Sa culture est le Hip Hop mais son univers sonore s'esst progressivement élargi. Son quatrième album solo Château Rouge est un objet sonore non identifié, il rappe, slam, chante... et nous fait réfléchir. Avec le morceau "Ma Jolie", il dénonce la violente faite aux femmes.

 

 

 

 Autre rappeur non-conformiste, Médine. Il aime provoquer pour suciter la réflexion. Le slogan inscrit en exergue de Table d'écoute 2 en dit long sur ses intentions : "Sois journaliste de ta propre vie plutôt que spectateur de celle des autres". Dans cette sorte de mixtape, il rassemble ses compères havrais de Din Records (Brav, Tiers-Monde, Koto et le producteur Proof) pour faire connaître leur travail. Et en matière de journalisme et de médias, il donne une belle leçon avec le morceau "Téléphone arabe", un "attentat burlesque" dans lequel il enrôle quelques MC et pas les moins connus (Salif, Tunisiano, Mac Tyer, Ol'Kainry, La Fouine, Rim-K & Keny Arkana). Médine a apparemment pété les plombs et chacun inteprète cet évènement à sa manière : La Fouine prévoit déjà de faire venir des filles autour de la piscine pour entourer Médine pour son prochain clip... jusqu'à ce que Keny Arkana, pourtant portée à l'occasion sur la dénonciation de complots, ramène tout le monde à la raison. C'est parti pour 11 minutes !

 

 

 

Oh No a grandi dans la musique, entre son chanteur de père, son trompettiste d'oncle, son rappeur et DJ de frère (Madlib). Son vrai nom est ... Michael Jackson, ça ne s'invente pas ! Il vient de Oxnard en Californie et a sorti en 2006 l'album Exodus into Unheard Rythms qu'il a produit en samplant uniquement la musique du pianiste et compositeur canadien Galt MacDermot. Sur cet album, il invite de nombreux rappeurs.

Premier morceau que je vous ai choisi "Beware" avec Cali Agents :

 

 

Deuxième exemple avec le morceau "Cofee Cold" qui sample le morceau du même nom de Galt MacDermot que l'on entend dans une scène mythique du film de 1968 L'affaire Thomas Crown avec Steve McQueen et Faye Dunaway. Ecoutons d'abord la version de Oh No :

 

 

 

 

Voici maintenant l'original, ça va Steve ? :

 


Galt MacDermot - Coffe Cold 

 

Et une version différente samplée par DJ Premier pour Gangstarr, d'autres producteurs de Hip Hop ont également samplé le morceau

 

 

 

Terminons par la chanteuse belge Selah Sue (découvert grâce à Died). Elle n'a que 22 ans mais est une des révélations de l'année écoulée. Elle vient de sortir son premier album, plein d'énergie et de promesses. Je vous ai chosi "Peace of Mind" dans lequel elle...rappe !

 

 

Voilà, très bon été à tous !

 

 

Retour sur le 17 octobre 1961 avec le rappeur Médine

par Aug Email

Photographie de Jean Texier, pour le journal l'Humanité

 

Voilà un rappeur qui, selon ses propres mots, "ne parle que de guerres, d'histoire-géographie". Il a donc toute sa place dans l'histgeobox. Dans sa chanson "17 octobre", Médine nous relate ce qui s'est passé à Paris, en pleine Guerre d'Algérie, ce 17 octobre 1961. Il replace la journée dans le temps long des relations complexes et tendues entre la France et sa colonie. Sa connaissance de cette histoire et la force qu'il met à la transmettre en font un rappeur atypique.
Nous commençons par la musique en vous proposant le clip et les paroles de la chanson. Dans un deuxième temps, VServat nous fait le récit de cette journée et évoque la manière dont sa mémoire a évolué dans le temps jusqu'à aujourd'hui. Enfin, nous avons demandé à Nathanaël, qui connaît et apprécie l'oeuvre de Médine depuis plusieurs années, de nous retracer le parcours du rappeur. Quelques liens, lectures et prolongements terminent l'article.
Mais place à la musique et bonne lecture !

 

Rendez-vous sur l'histgeobox...

 

 

 

Les frères Caillebotte au Musée Jacquemart-André.

par vservat Email

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les frères Caillebotte, Gustave et Martial, Anonyme.

 

 

 

 

 

 

L'un s'appelle Gustave,il est peintre, l'autre se nomme Martial, il est compositeur de musique mais pratique, en amateur, la photographie.

 

Le premier, bien que connu des plus grands peintres de son époque dont il a collectionné les oeuvres et dont il fut l'ami parfois (comme Renoir), ne fut que tardivement présenté au grand public, le second n'est presque jamais sorti de l'ombre.

 

Depuis l'exposition qui lui fut consacrée en1994 au Grand Palais on connaît mieux le premier, au moins pour son tableau des "Raboteurs de parquet" ; les photos de son frère sont inédites.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 [G. Caillebotte, Les raboteurs de parquet, 1875]

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui, ils sont de nouveau réunis, par l'intermédiaire de leurs œuvres, au Musée Jaquemart- André, en une exposition qui sait jouer subtilement des liens fraternels unissant Gustave à Martial : les frères Caillebotte. 

 

 

 

Deux frères proches qui évoluent dans un univers bourgeois : 

 

 

Avec cette exposition on pénètre dans l'intimité familiale des frères Caillebotes. L'affection des deux frères  fut, semble-t-il, renforcée par la perte rapprochée des trois autres membres de leur famille proche  : le père (Martial, qui meurt en 1874) puis, le frère René (qui décède à 26 ans, en 1876) et enfin la mère, Céleste, qui les suit en 1878., Habitant depuis leur enfance dans un hôtel particulier au 77 rue de Miromesnil, ils élisent alors  domicile commun  au n°31 boulevard Haussmann. A l'abri du besoin pour un moment en raison de l'héritage familial, ils se rendent acquéreurs d'une propriété au bord de la Seine, au petit Genevilliers, sur la rive opposée à Argenteuil. Gustave en fera sa résidence permanente à partir de 1888.

 

 

 

En parcourrant les salles, on devient vite des familiers des membres de la famille Caillebotte, l'oeil du photographe y fait sans doute pour beaucoup. Que l'on s'installe dans l'intimité bourgeoise d'un salon parisien ou dans le décor plus champêtre du petit Genevillers. Les photos de Martial nous entrainent à la découverte de tous les membres de la famille, fixant sur l'image des moments importants de la vie de ses membres (comme lorsque son fils se sépare de sa longue chevelure voir photo ci dessous) ou les immortalisant dans des moments du quotidien. Au piano, au jardin, au coin du feu, dans la cuisine, avec Renoir et sa femme...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Les enfants de Martial Caillebotte au Petit Genevillers

et Jean qui perd sa longue chevelure à 10 ans]

 

 

Et que peint son frère ?  Des portraits bien évidemment, de sa mère, Céleste, de Mme Renoir, un déjeuner, un moment de lecture dans un fauteuil. Ames sœurs, les deux frères croisent leurs regards sur les mêmes sujets ; c'est le fil rouge de l'exposition et il est très bien illustré.

 

 

 

Deux scènes intimes par Gustave Caillebotte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[Mme Caillebotte mère, 1877]

[Intérieur, femme à la fenêtre, 1880]

 

 

 

Rendre compte des bouleversements de l’époque :

 

 

L'interêt de l'exposition ne réside pas seulement ce qu'elle dit de l'univers bourgeois ou dans ce qu'elle propose en matière de regards posés en mirroir par deux frères aux productions artistiques complémentaires. En effet, elle attirera aussi ceux qui s'interessent à l'histoire en elle même ou à travers les témoignages qu'en portent les oeuvres d'art. Celui des Frères Caillebotte est précieux à double titre puisque par la photo aussi bien que par la peinture, il forme une description picturale très riche de ce que fut Paris dans la deuxième moitié du XIX siècle.  Les percées haussmaniennes, la rue, les places, la révolution des transports et plus généralement l'âge industriel passent à l'examen de leurs yeux avertis.

 

Gustave déploie sa palette de couleurs pour illuminer Paris vu du balcon de son appartement boulevard Haussman, il l’éteint pour saisir Paris sous la neige, il fait merveilleusement miroiter la pluie sur le pavé parisien [ci dessous, à gauche, Paris, Temps de pluie, 1877] .Il peint un rond point servant de refuge aux piétons, laissant poindre une certaine espièglerie vis à vis de la frénésie de la vie parisienne qui s'épanouit sous ses fenêtres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martial mène un travail parallèle : il photographie son frère qui traverse, avec sa chienne Bergère [ci -dessus à droite, 1892], la place du Carrousel, rendant justice à la beauté du pavé parisien, fixe les embouteillages de fiacres avenue de l’Opéra ou la place de la Concorde sous la neige adoptant, à l’instar de son frère, un point de vue souvent surplombant. Quand Gustave peint les peintres en bâtiment [G. Caillebotte, Les peintres en bâtiment, 1877] , Martial photographie les ouvriers réparant l’Arc de Triomphe [ci dessous, à gauche, 1892] . C'est évidemment d'un seul Paris dont il est question ici, celui des beaux quartiers, mais doit-on pour autant bouder le plaisir de ce que les deux frères nous en disent ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, il y a cette fabuleuse révolution des transports et de l’industrie, ce chemin de fer qui déchire un paysage verdoyant et inhabité, ce pont de l’Europe près de Saint Lazare (que Gustave Caillebotte a peint de nombreuses fois) duquel on peut admirer les voies ferrées qu’il permet d’enjamber[ ci dessous à gauche, G. Caillebotte, Le Pont de l'Europe, 1876], ou encore cette grande fabrique à Argenteuil avec ses cheminées sur le bord de la Seine [ci dessous à gauche, G. Caillebotte, La fabrique à Argenteuil, 1888].

 

Des photos de Martial sur ce thème, on retiendra peut etre celle des passagers attendant le train à même les voies car il n'y avait pas encore de gares pour chaque arrêt si bien que les passagers devaient faire signe au machiniste : ici, on hélait le train comme on hèle aujourd’hui un taxi [ci-dessous, à droite, non datée]. Et cette locomotive rutilante lancée à pleine puissance d’où s’échappe un panache de fumée blanche. Autres fumées… Martial photographie aussi la Seine à Argenteuil ; au loin on distingue les grandes cheminées fumantes d’une fabrique [ci-dessous à droite, 1891].

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'exposition, il faut le signaler, laisse une place également importante à ce qui constitua des passions partagées par Gustave et Martial Caillebotte, loin du bruit et de la fureur de Paris et de ses transformations. Le jardin, la nature et le yachting. Peut être moins porteuses de sens historique, cette partie de l'exposition permet d'apprécier toute la palette des talents de frères Caillebotte et de les suivre dans une autre partie de leur univers marquée par la douceur de vivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[à gauche, photo de G. Caillebotte par son frère, dans ses serres, 1892] et [à droite, G.Caillebotte, Les roses du jardin du petit Genvillers, 1186]

 

 

 

L'exposition : "Dans l'intimité des frères CAILLEBOTTE, Peintre et photographe" se tient au Musée Jacquemart-André, jusqu'au 11/07/2011. Pour de plus amples renseignements : le site de l'exposition.

1962: le temps des yéyé.

par blot Email

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Au cours des années 1950, la hausse de la natalité, du temps libre et du pouvoir d'achat des adolescents constituent autant de facteurs permettant l'émergence de la jeunesse comme acteur social et culturel. Comme jamais auparavant , les jeunes se distinguent de leurs parents. Nous nous intéresserons ici plus particulièrement au phénomène yéyé dont l'apparition s'explique, entre autres, par l'existence d'un public potentiel conséquent, par la prise de conscience de ce marché par les acteurs économiques (industrie du disque avec l'apparition du microsillon, l'émission Salut Les Copains sur Europe N°1...) en lien avec l'essor des médias de masse.

 

Lire la suite sur l'histgeobox consacré au titre "l'idole des jeunes" de Johnny Hallyday.

 

 

Chronique BD : Quai d'Orsay de Blain et Lanzac

par Aug Email

Les BD qui nous font pénétrer au coeur de la décision politique sont plutôt rares. Je pense plutôt à un manga, la série Eagle, comme meilleure mise en scène d'une campagne électorale. Saluons donc le mérite de la BD Quai d'Orsay, scénarisée par Christophe Blain et Abel Lanzac et dessinée par Blain. Les deux auteurs rendent superbement les limites de l'action politique à l'heure de la communication. Ils montrent d'ailleurs que l'action se limite parfois à la parole, en particulier en matière diplomatique. Le personnage principal, une plume chargée d'écrire des notes et des discours pour le Ministre, est confronté aux mirages de son utilité ce qui nous permet d'entrevoir quelques uns des travers actuels : querelles de chapelles, primat du temps médiatique sur le temps politique, recherche de slogans, réduction de la politique à ce que les Anglais appellent le "spin", c'est-à-dire la stratégie de communication et donc finalement de l'impuissance... Lanzac connait bien son sujet puisqu'il a travaillé au cabinet du Ministre.

 

Rappelons pour les plus jeunes que le Ministère français des Affaires étrangères est situé Quai d'Orsay à Paris. Le ministre français est un personnage important dans la mesure où la France est l'un des pays ayant la représentation diplomatique la plus importante après les Etats-Unis. La France compte en effet 160 ambassades et de nombreux consulats. Même si le rayonnement de la France  n'est plus le même qu'à l'époque de Louis XIV ou même de Charles de Gaulle, elle reste une puissance qui compte, notamment dans le cadre européen. Puissance nucléaire depuis 1960, la France possède de nombreuses bases militaires (en particulier en Afrique, plus récemment dans le Golfe), elle est également membre du G8 et du Conseil de Sécurité de l'ONU de manière permanente. Et même si le monde (et en particulier celui de la diplomatie) ne parle plus français comme au XVIIème siècle, la langue française est encore une des plus parlées.

 

 

Autre particularité du ministre des Affaires étrangères, contrairement à un régime parlementaire où il est directement sous l'autorité du Premier Ministre (Allemagne, Royaume-Uni), il est sous la double autorité du Premier Ministre et du Président de la République qui exerce, depuis la création de la Vème République en 1958, un droit de veto sur le choix du titulaire du poste, y compris en période de cohabitation. La politique étrangère relève en effet, avec la défense, du "domaine réservé" du Président de la République. C'est donc souvent un homme de confiance du Président qui hérite de ce poste. C'était le cas en 2002 lorsque Dominique de Villepin, alors Secrétaire-Général de l'Elysée, a été nommé Ministre par Jacques Chirac. Il succédait d'ailleurs à Hubert Védrine qui avait suivi le même parcours que lui sous François Mitterrand.

Si les personnages sont fictifs, le Ministre mis en scène par Blain et Balzac ressemble comme deux gouttes d'eau à Villepin. Même chevelure flamboyante, même emportements, même panache déployé à coup d'effets de manche. On ne peut s'empêcher de penser à l'épisode du discours  devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 14 février 2003 :

 

 

 

On mesure par ce discours la force du Verbe dans la sphère diplomatique. Il s'agit alors de s'opposer au voeu des Etats-Unis de s'engager militairement contre Saddam Hussein en Irak. La France brandit la menace d'un droit de veto qui oblige Georges Bush et Tony Blair à se passer de l'accord de l'ONU pour intervenir. Dominique de Villepin est applaudi à l'issue de ce discours, chose rare dans ce lieu feutré qu'est le Conseil de Sécurité. On aperçoit à sa gauche le Secrétaire-Général de l'ONU de l'époque, le Ghanéen Koffi Annan. La phrase sur le "vieux pays" est une réponse directe à la phrase du Ministre de la Défense des Etats-Unis Donald Rumsfeld (2001-2006) qui dénonçait la "vieille Europe" que représentaient l'Allemagne et la France par opposition à la "Nouvelle Europe", les pays d'Europe centrale soutenant le projet américain d'invasion de l'Irak.

 

La BD n'est pas pour autant un panégyrique du candidat potentiel à l'élection présidentielle de 2012. Son image est, disons, contrastée, toute en agitation. Le Ministre, au grand désespoir de ses conseillers, est toujours soucieux de placer des aphorismes d'Héraclite.. Le mieux est de vous faire vous-même votre opinion en lisant cette BD très drôle magré le sujet en apparence grave, une suite est annoncé par Dargaud, l'éditeur. Voyez pour terminer ce reportage de France 3 ci-dessous et une analyse de la BD par un historien de la BD (lien suggéré par N. W.).

 


 

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