Samarra


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Hommages musicaux aux héros des indépendances africaines.

par blot Email


Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

 

- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".

- La bande son des inédpendances".

- Le dossier "Samarra en Afrique".

 

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Au cours de la période de l'accession aux indépendances, les assassinats de leaders nationalistes charismatiques aboutirent à la constitution d'un panthéon panafricain de héros et martyrs. Ces morts atroces changent en destin les vies de ces hommes, qui souhaitaient tous rompre nettement avec les métropoles.

  Aux yeux de nombreux Africains, des meneurs de la trempe de Um Nyobé, Lumumba, Cabral ou encore Sankara sont autant de héros, eux qui n'hésitèrent pas à aller jusqu'au sacrifice pour faire triompher leurs idées et libérer leurs compatriotes de la tutelle européenne, à l'instar de Lumumba au Congo ou plus tard, dans un autre contexte, du Burkinabé Thomas Sankara. Nous allons nous intéresser à quatre grandes figures des indépendances africaines: le Camerounais Ruben UmNyobé, le Congolais Patrice Emery Lumumba, le Guinée-Bisséen Amilcar Cabral et enfin le Burkinabais Thomas Sankara. Le choix de ce dernier ne saurait surprendre dans une série s'intéressant aux indépendances africaines, dans la mesure où il aspire à mettre un terme à la relation néocoloniale qui unit alors la Haute Volta à la France. Il veut doter son pays d'une véritable indépendance.

Ces hommes ne sont pas des saints. Pas question donc de verser dans l'hagiographie. Mais, ils ne ressemblent pas non plus aux portraits que firent d'eux les propagandes coloniales.

 

Ce martyrologe permet d'identifier quelques points communs chez ces personnages.

* Tous connurent des morts tragiques, fauchant des hommes jeunes au faîte de leurs actions politiques. Lumumba meurt à 36 ans, alors qu'il occupait quelques jours plus tôt encore le poste de premier ministre du Congo. Dirigeant incontesté de l'Union des Populations du Cameroun, Um Nyobé décède à 45 ans. Sankara n'a que 38 ans lors de son assassinat, Amilcar Cabral 49 ans. Leurs assassins s'ingénient tous à les calomnier. Lumumba et Nyobé deviennent l'incarnation du péril communiste en Afrique, tandis que les autorités françaises dénigrent "Sankara l'autocrate", alors qu'elles s'acoquinent ailleurs avec des dictateurs "plus arrangeants". Et comme salir leurs mémoires ne suffit pas, il s'agit en outre de mettre en scène leurs corps ou de faire disparaître leurs restes. Le corps de Lumumba, comme celui de Ben Barka quelques années plus tôt, est dissous dans l'acide; la dépouille de Nyobé photographiée et exposée de longues heures durant.

 

* Tous sont de brillants rhéteurs, capables de subjuguer les foules grâce à leurs discours enflammés (cf: ci-dessous). La dénonciation véhémente du système colonial belge par Lumumba lors des cérémonies d'indépendance du Congo reçoit un accueil enthousiaste de l'auditoire quand le reste de l'assistance grince des dents. Le discours sur la dette prononcé par Sankara devant l'Assemblée générale de l'ONU.

 

* Ils impressionnent par leur courage physique et l'activité inlassable qu'ils déploient pour triompher: Ruben Um Nyobé prend le maquis et mène la guérilla depuis la forêt; Amilcar Cabral dirige l'armée de libération de Guinée Bissau et parvient à prendre possession des trois quarts du territoire guinéen.

 

* Tous aspirent à trancher le noeud goerdien qui unit les ex-colonies à l'ancienne métropole. Pour Sankara, il convient de mettre un terme définitif aux rapports néo-colonialistes (Sankara). Nyobé, Lumumba, Cabral réclament très tôt une indépendance véritable sur les plans politique, éconimique et culturel. Dans cette optique, Cabral, à la fois musicien et poète, place la culture au coeur de son projet.

 

* Dirigeants nationalistes, ils se réclament dans le même temps du programme panafricaniste formulé par NKrumah.  Sankara tente  par exemple de créer un front panafricain contre la dette.

 

Les points communs abondent certes entre ces individus, mais les différences sont légions. Tous s'inscrivent dans un contexte différent. Nyobé engage son combat dès 1948 alors que Sankara n'accède au pouvoir qu'en 1983. Le Camerounais reste fondamentalement un pacifiste quand Cabral combat sans relâche. Intéressons nous désormais plus en détail à ces quatre personnalités.

 

* Lumumba.

 

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Il se place initialement dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. En 1958, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain. Les violentes émeutes de janvier 1959 entraînent le départ précipité des Belges. Lumumba dirige désormais le Mouvement national congolais (MNC). Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable des pourparlers belgo-congolais. En janvier 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui déterminent les conditions d'accesion du Congo à l'indépendance. En mai, son parti remporte la victoire aux élections. Le président Joseph Kasavubu le nomme premier ministre du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin. Lors des cérémonies de passation des pouvoirs à Léopoldville, Baudoin, le roi des Belges, exalte la mission "civilisatrice" de la Belgique.

"L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage et continuée avec persévérance par la Belgique. [...]

Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des États indépendants d'Afrique […] Lorsque Léopold II a entrepris la grande oeuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement, il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur. […] Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. [...] Nous sommes heureux d'avoir ainsi donné au Congo, malgré les plus grandes difficultés, les éléments indispensables à l'armature d'un pays en marche sur la voie du développement.
[…] En face du désir unanime de vos populations nous n'avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance. C'est à vous, Messieurs, qu'il appartient de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance."

 

Le nouveau président du Congo, Joseph Kasavubu lui succède à la tribune. Il y remercie Dieu et le roi. C'est alors que Patrice Lumumba prononce son célèbre discours dans lequel il prend le contrepied du roi en présentant le régime de spoliation, d'exploitation et de ségrégation qui sévissait dans le Congo belge.

 

" Congolais et Congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez. [...]

 

 Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au un régime d'une justice d'oppression et d'exploitation! [...]

Ainsi le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. [...]

Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale! Vive l'indépendance et l'unité africaine! Vive le Congo indépendant et souverain!»

 

On s'en doute, ce discours brillant et courageux lui aliène de nombreux soutiens.

 

 

 

Lumumba s'oppose dès l'indépendance aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Très rapidement, deux provinces dont le riche Katanga, font sécession, encouragées par les entrepreneurs belges soucieux de préserver leur mainmise économique et financière sur le Congo. Les rapports entre le président et le premier ministre deviennent exécrables. Lumumba se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre très limitées: les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la sécession katangaise plonge un peu plus le pays dans le chaos. Désemparé, il se tourne vers l'ONU qui lui offre une aide timide et vers l'URSS. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Les soldats de Mobutu le traque à bord d'hélicoptères grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 6 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga (photo ci-dessous).

 

Il aurait été torturé longuement, fusillé avec un ancien ministre et le président du Sénat le 17 janvier 1961, en présence d'un officier belge. Leurs corps auraient été découpés et dissous dans l'acide. Si de nombreuses zones d'ombre entourent toujours ces assassinats, nous savons désormais que la CIA et la Belgique y furent impliqués. En 2001, la Belgique a d'ailleurs reconnu sa "responsabilité morale.

 

Lumumba est considéré au Congo comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. 

 

 

* Thomas Sankara

 

Depuis l’indépendance en 1960, la Haute Volta n’a connu qu’une succession de coups d’Etat, de tentatives de démocratisation avortées sur fond de corruption et de misère économique. Le pays est pauvre et sa population considérée par les pays voisins comme un vivier de main d’œuvre bon marché. C’est dans ce contexte que survient le putsch militaire du 4 août 1983. Thomas Sankara, un officier atypique, accède au pouvoir à 34 ans. Depuis 1981, il a participé à plusieurs gouvernements où il se fait remarquer par ses dénonciations virulentes de la corruption et du néocolonialisme. Ces critiques acerbes entraînent son arrestation en mai 1983. Il sort de prison à l’occasion du soulèvement d’une partie de l’état-major voltaïque.

 

L’accession au pouvoir d’une énième junte militaire en Afrique de l’ouest, voilà qui ne laisse rien augurer de bon. Pourtant très vite, le style politique de Sankara détonne dans le paysage françafricain. A la tête du Conseil national de la Révolution (CNR), il engage d’ambitieuses réformes. Pour en finir avec les errements des régimes précédents, il entame une réduction drastique du train de vie de l’Etat et réprime sévèrement la corruption. La Haute Volta est rebaptisée Burkina Faso, qui signifie le « pays des hommes intègres ». Dans une logique de démocratie participative, des comités de défense de la révolution (CDR), élus, supplantent les chefs traditionnels.

Le CNR multiplie les mesures sociales : campagne de vaccination, cours d’alphabétisation pour les adultes, construction de logements sociaux, d’écoles et d’hôpitaux, campagne de reboisement afin de lutter contre la désertification, interdiction de l’excision.

 

Au plan économique, Sankara dénonce la dépendance du Burkina aux aides alimentaires. Dans cette optique, il entend valoriser les cultures vivrières et industries locales afin d’accéder à l’autonomie alimentaire. "Celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés [...] Ils y en a qui demandent: mais où se trouve l'impérialisme? Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c'est ça l'impérialisme, n'allez pas plus loin."

Dans ses harangues, Sankara dénonce le modèle consumériste néocolonial. Lors de la conférence internationale sur l’arbre et la forêt, à Paris en 1986, il affirme : « la plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayé de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »

 

En politique extérieure, Sankara fustige le FMI et la Banque mondiale et prend pour cible les Etats-Unis, Israël, l’Afrique du sud et la France néocoloniale qui cesse toute aide budgétaire. Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, il y prononce un remarquable discours: "Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu".
Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques. [...]
".

Le CNR remporte quelques succès : les conditions de vie et la situation sanitaire des milieux les plus populaires s’améliorent, tandis que l’autonomie alimentaire progresse. Mais, ces résultats sont obtenus de manière autoritaire. Le régime sankariste restreint les libertés politiques. Syndicats, partis d’opposition sont interdits et l’information sévèrement contrôlée.

 

Les timides progrès économiques peinent à compenser l’absence de libertés et les mécontents se font plus nombreux et viennent grossir les rangs des ennemis de Sankara : les chefferies traditionnelles destituées, les classes moyennes et aisées malmenées, les dirigeants des pays voisins qui craignent une contagion révolutionnaire depuis le Burkina, Jacques Foccart, revenu à la tête de la cellule africaine de l’Elysée…

 

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné. Un coup d’état porte au pouvoir un de ses anciens compagnons, Blaise Compaoré qui impose un régime aux antipodes du précédent. Corruption, népotisme, privatisation ont de nouveau droit de cité.

Aujourd'hui, Sankara est devenu un véritable mythe et certaines de ses idées restent plus que jamais d'actualité (la priorité aux biens publics, le panafricanisme, la recherche d'autonomie alimentaire, matérielle et culturelle, la critique du développement).

 

 

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* Ruben Um Nyobe.


De 1955 jusqu'aux années 1960, le Cameroun devient le théâtre d’une guerre coloniale particulièrement cruelle. Dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, de violents incidents éclatent à Douala. Le colonat blanc, particulièrement conservateur, n'entend nullement remettre en cause l'ordre établi et repousse les timides réformes avancées  lors de la conférence de Brazzaville.
Les populations indigènes restent marginalisées, totalement écartées des postes de direction.

 

C'est pour lutter contre cet état de fait qu'est créé en 1948 l'Union des Populations du Cameroun (UPC) emmenée par Ruben Um Nyobé. L'UPC, qui gravite dans l'orbite du PCF, s'impose rapidement comme un parti de masse. Nyobé est un personnage intriguant et pétri de contradictions apparentes. Indépendantiste farouche, il n'en reste pas moins pacifiste; éduqué par des missionnaires américains, ce chrétien est tôt attiré par le marxisme.

D’origine modeste, Nyobé exerce différents métiers. Il fait l'école normale. C'est un intellectuel, très grand lecteur, un personnage charismatique qui jouit d'une très grande popularité dans le sud et le sud-ouest du Cameroun ou vivent les ethnies Bassas et Bamileke. Nyobe, appelé aussi Mpodol, le "sauveur", multiplie les pétitions à l'ONU pour réclamer la fin de la tutelle française sur le Cameroun, sans grand succès... A Paris, ces démarches passent très mal et les autorités entendent bien juguler le succès croissant de l'UPC.  Rappelons que la guerre d'Indochine vient d'être perdue et que les affrontements en Algérie s'intensifient. Certes, le Cameroun représente un enjeu beaucoup moins important, mais on redoute néanmoins une contagion révolutionnaire aux autres colonies d'Afrique noire jusque là paisibles.

Nous sommes en outre en pleine guerre froide et l'UPC, proche des communistes, inquiète les autorités coloniales qui surveillent de très près l'organisation avant de l'interdire en 1955. Le parti est déjà passé à la dissidence en déclenchant des émeutes sévèrement réprimées en mai 1955 (à l'issue d'une dizaine de jours d'insurrection, on dénombre une vingtaine de morts). Les arrestations de militants se multiplient et les dirigeants upécistes se cachent. Nyobé a pris le maquis depuis quelques jours et se terre près de son village natal en pays bassa. Sa position reste très fragile. Résolument non-violent, il désapprouve l'insurrection du mois de mai qu'il estime prématurée et milite pour d'autres méthodes telles que le boycott des élections des députés à l'Assemblée territoriale de 1956 (loi cadre-Defferre). 

 

Pour les autorités coloniales, il est hors de question de transmettre le pouvoir à une organisation "crypto-communiste", hostile à l’ancienne métropole. Il est donc nécessaire de placer à la tête du pays indépendant, sinon des hommes de paille, au moins des obligés qui sauront renvoyer l’ascenseur. D’accord pour l’indépendance aux anciennes colonies, mais à condition de pouvoir les contrôler, politiquement et surtout économiquement. En 1956-1958, Pierre Messmer, nommé Haut-Commissaire, engage le pays dans un processus légal d'accession à l'indépendance (sic) avec l'approbation du gouvernement français. L’assemblée élue en 1956 répond aux attentes. Après avoir voté le statut d’état autonome sous tutelle, elle désigne  Henri-Marie M’Bida comme premier ministre, un modéré très anti-UPC, dont le choix a été avalisé par Messmer. En 1958, un jeune fonctionnaire musulman, Amadou Ahidjo devient le nouveau dirigeant, docile, du Cameroun.

 

Carte tirée de l'article de Marc Michel "la guerre oubliée du Cameroun", L'Histoire n°318, mars 2007.

 

Depuis les élections de 1956, l'UPC s'est dotée de strucutres armées en région bassa (CNO) comme en pays Bamiléké (SDNK). Pour les autorités françaises, il est plus que temps de lever l'hypothèque upéciste.

Messmer fait part de son expérience dans un ouvrage publié en 1998 : « les blancs s’en vont, récits de colonisation ». « (…) mon expérience de l’Indochine m’avait appris comment traiter une insurrection communiste. Les combats et les négociations avec le Vietminh m’avaient enseigné deux règles. On ne peut discuter utilement avec des dirigeants communistes que si on est en position de force, politique et militaire. Dans la négociation il faut être net et carré, ne jamais faire dans la dentelle. Face à Um Nyobe, qui tenait déjà le maquis quand j’avais été nommé haut-commissaire, j’avais d’abord mené la politique du containment, en l’empêchant de sortir du pays bassa, sa forteresse et assurant la sécurité des zones sensibles, la voie ferrée et la ville d’Edéa, avec son barrage hydroélectrique et son usine d’aluminium et celle d’Ezequa avec son industrie du bois. J’espérais aussi, à tort j’en conviens, qu’en laissant l’UPC tranquille dans ses forêts, elle condamnerait les élections sans les troubler, se limitant à des consignes d’abstentions qui avaient été d’ailleurs bien suivies lors des élections municipales. Mais puisque l’UPC avait choisi le terrorisme, je devais régir vite et fort. » 

 

 

En décembre 1957, les autorités coloniales décident de créer la "zone de pacification du Cameroun" en Sanaga maritime. Comme en Algérie, les forces armées coloniales procèdent au regroupement forcé  des villages; leur objectif: réduire par la force les maquis de l'UPC (avec si possible l’élimination physique de Ruben Um Nyobe).

 

 

Sans doute trahi par un de ses compagnons de combat, Ruben Um Nyobe est assassiné en septembre 1958 et son corps transporté dans le village le plus proche afin de prouver aux populations que le chef des nationalistes n’est plus. Beaucoup se rendent et abandonnent la lutte armée (photo ci-dessus). Depuis la région Bamiléké, Félix Moumié poursuit néanmoins la lutte à la tête de l'armée de libération du Kamerun (ALNK).

Alors que le pays accède à l'indépendance le 1er janvier 1960, de vastes zones du pays sont entrées en dissidence En vertu des accords de coopération militaire, les soldats fançais secondent activement le régime d'Ahidjo (qui mute rapidement en dictature) pour éradiquer la résistance upéciste qui se prolonge pendant presque dix ans. Les successeurs de Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié seront, eux aussi, assassinés. Le conflit franco-camerounais aurait fait  entre 70 000 et 120 000 morts.

 

On le voit, contrairement à une légende tenace, toutes les décolonisations africaines ne se sont pas déroulées pacifiquement et, aujourd'hui encore, malgré les travaux des historiens, cette guerre reste mal connue malgré les efforts inlassables de Mongo Mbeti. Le pouvoir politique français donne, il est vrai le mauvais exemple comme le prouve une phrase prononcée par le premier ministre François Fillon en mai 2009: "Je dénie absolument que des forces françaises aient participé, en quoi que ce soit, à des assassinats au Cameroun. Tout cela, c'est de la pure invention!" Quant à Ruben Um Nyobé, il n'a sans doute jamais existé...

 

 

* Amilcar Cabral.

Amilcar Cabral naît le 12 septembre 1924, à Bafatá, dans l’est de la Guinée-Bissau, de parents cap-verdiens. A l'époque, l'archipel du Cap-Vert et la Guinée Bissau sont sous domination portugaise. Le prénom du bambin en dit déjà long, ses parents ayant été inspirés par Hamilcar, le chef carthaginois (et donc Africain) qui fit trembler l'Empire romain sur ses bases! Au cours des années 1930, la famille regagne le Cap-Vert. L'archipel subit alors des sécheresses récurrentes qui provoquent des famines particulièrement meurtrières (cinquante mille morts entre 1941 et 1948). Cabral entend, à son niveau lutter contre ce fléau, qui n'est pas une fatalité. Il suit donc des études d’ingénieur agronome, à l’université de Lisbonne. Nommé directeur du Centre expérimental agricole de Bissau, il acquiert une connaissance précieuse du pays et de sa structure socioéconomique. Dans le même temps, il s'intéresse au panafricanisme dans le sillage de N'Khrumah notamment et se passionne pour la poésie de Senghor et son concept de négritude. Les autorités coloniales commencent à le trouver gênant et le contraignent à s'exiler en Angola, où il prend contact avec le mouvement nationaliste angolais.

 

 

 

 

En 1956, Cabral fonde à Bissau le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d'idéologie marxiste. Il tente alors de négocier avec les autorités métropolitaines de plus en plus isolées. En 1963, le PAIGC engage la lutte armée contre les forces d’occupation. Cabral anime avec sang-froid cette guérilla qui débute dans le sud du pays, avec des bases arrières en Guinée-Conakry (il obtient le soutien militaire des soviétiques). L'armée coloniale (près de 20 000 soldats mobilisés) se trouve très vite débordée. Les officiers portugais et leurs troupes ne tardent pas à douter du bien fondé de cet acharnement de la dictature à s'arque bouter sur son empire. Pour Bernard Droz: "Salazar avait fini par ériger l'Empire comme le plus solide rempart de son régime réactionnaire à tel point que, a contrario, anticolonialisme et antisalazarisme avaient fini par se confondre." D'ailleurs, ce sont ces officiers de l'Armée d'Afrique, notamment Antonio de Spinola qui a combattu en Guinée-Bissau, qui finiront par se retourner contre le pouvoir dictatorial du successeur de Salazar, Marcelo Caetano, renversé le 25 avril 1974.

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Sous l’impulsion de Cabral, la guérilla prend un essor rapide. En 1973, le PAIGC contrôle ainsi la majeure partie du pays. En 1972, Cabral remporte un grand succès puisqu'il parvient à organiser l'élection d'une Assemblée nationale. Cette même année, le conseil de sécurité de l'ONU somme le Portugal de mettre un terme à cette guerre coloniale d'un autre âge. Enfin, l'organisation internationale reconnaît l'Etat indépendant de Guinée-Bissau, le 24 septembre 1973. Par les accords d'Alger, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance sans drame majeur dès septembre 1974. Mais Cabral n'est plus, puisqu'il se fait tuer le 20 janvier 1973, près de sa résidence à Conakry, par des membres de son parti, avec la connivence des services secrets portugais. 

 

Tout au long de la lutte, Cabral tenta de maintenir soudé son organisation, en s'appuyant sur les milieux populaires . Meneur d'homme très souple préférant la persuasion aux purges, il ne parvint cependant pas à apaiser totalement les tensions entre combattants guinéens et cadres cap-verdiens. L'oeuvre de Cabral n'en reste pas moins conséquente. Pour Augusta Conchiglia, "Cabral laisse une oeuvre théorique remarquable, qui est constamment réévaluée. Sa réflexion sur le rapport entre libération nationale et culture est plus que jamais d’actualité. Contrairement à la tendance dominante à l’époque d’importer mécaniquement les théories marxistes, Cabral a fait une relecture des catégories sociopolitiques du marxisme à la lumière des réalités africaines". Surtout, aux yeux de très nombreux Guinéens, Cabral fait figure de héros national. A l'échelle du continent, il reste aussi un martyr, qui est allé jusqu'au sacrifice pour faire triompher ses idées et libérer ses compatriotes de la tutelle européenne.

 

Les musiciens ne tardèrent pas à rendre hommage à ces grands hommes, comme l'atteste la sélection ci-dessous. A l'applaudimètre, Lumumba semble l'emporter avec des hommages musicaux dans tous les genres musicaux et sur tous les continents (salsa, reggae, dub, rumba). Amilcar Cabral est surtout célébré dans l'Afrique lusophone, mais pas exclusivement comme le prouve les morceaux de l'Orchestra Baobab ou de de Jaliba Kouyaté. Sankara l'incorruptible ne pouvait laisser indifférents le rappeur Akpass (merci Etienne pour la découverte) ou le reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Le morceau de Tiken Jah Fakoly dresse une impressionnante liste de "martyrs", dirigeants assassinés, journalistes abattus... Dans le refrain, il prévient: "nous pouvons pardonner, mais jamais oublier".

Dans le même esprit, le chanteur congolais Franklin Boukaka oppose, dans sa chanson « Les immortels », les dirigeants politiques régnants aux grandes figures disparues. Il n'hésite pas à associer l’opposant politique marocain Mehdi Ben Barka, exilé à l’étranger en 1963 et assassiné sur le territoire français en octobre 1965 à Lumumba, Simon Kimbangu, au Che Guevara, à Ruben Um Nyobe ou encore à André Matswa… tous assassinés ou morts au nom d'un idéal. Ses textes, très critiques à l'encontre des autorités congolaises, lui attirent des haines tenaces. En 1972, il est assassiné à la suite lors du coup d’Etat manqué contre le président Marien Ngouabi.

 

 

 

Franklin Boukaka: « Les Immortels »

Africa mobimba e ……………………….(L'Afrique tout entière)
Tokangi maboko e ……………………….(A croisé les bras)
Tozali kotala e ………………………..(Nous observons impuissants)
Bana basili na kokende…………………..(La perte de ses enfants)
(...)

Oh o Mehdi Ben Barka ……………………(Oh ! Mehdi Ben Barka)
Mehdi nzela na yo ya bato nyonso………….(Mehdi, ta voie est celle de toute l'humanité)
Mehdi nzela na yo ya Lumumba……………..(Mehdi, ta voie est celle de Lumumba)
Medhi nzela na yo ya Che Guevara………….(Mehdi, ta voie est celle de Ché Guevara)
Medhi nzela na yo ya Malcom X…………….(Mehdi, ta voie est celle de Malcom X)
Medhi nzela na yo ya Um Nyobe…………….(Mehdi, ta voie est celle de Um Nyobe)
Medhi nzela na yo ya Coulibally…………..(Mehdi, ta voie est celle de Coulibally)
Medhi nzela na yo ya André Matsoua………..(Mehdi, ta voie est celle de André Matswa)
Medhi nzela na yo ya Simon Kimbangu……….(Mehdi, ta voie est celle de Simon Kimbangu)
Medhi nzela na yo ya Albert Luthuli……….(Mehdi, ta voie est celle de Albert Luthuli)

 

 

 

 

 

1. Tiken Jah Fakoly: "les martyrs".

2. Rico Rodrigue: "Lumumba".

3. EC Arinze: "Lumumba calypso".

4. Miriam Makeba: "Lumumba".

5. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba".

6. Charles Iwegbue and his archibogs"Aya Congo Lumumba".

7 Balla et ses Balladins: "Lumumba".

8 Maravillas de Mali: "Lumumba"

9. Les Cols bleus:" Chant dédié à Lumumba"

10. Yuri Buenventura: "Patrice Lumumba"

11 Tiken Jah Fakoly: "Foly"

12 Apkass: "L'incorruptible est mort"

13 Alpha Blondy: "Sankara".

14 A tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)

15 Tony Lima "Amilcar Cabral"

16 Orchestra Baobab: "Cabral

17 Jaliba Kouyaté: "Amilcar Cabral".

 Une autre petite sélection de morceaux en hommage à Lumumba:

1. Vincent Courtois et Ze Jam Afame: "l'arbre Lumumba".

2. African Jazz: "Vive Patrice Lumumba".

3. Ok Jazz: "Lumumba héros national".

4. Le discours de Lumumba et son contexte.

5. Franco et Ok Jazz: "Liwa ya Emery".

6. E.C Arinze: "Lumumba calypso".

7. Maravillas de Mali: "Lumumba".

8. Miriam Makeba: "Patrice Lumumba". 

 

 

Sources:

- Elikia M'Bokolo: "Afrique noire. histoire et civilisations", Hatier, 2004.

- "Afrique, une histoire sonore1960-2000". Une sélection des archives de RFI et de l'INA présentée par Philippe Sainteny et Elikia M'Bokolo, chez

Frémeaux et Associés.

- Marie Cissako: "Que reste-t-il de Thomas Sankara?, in Offensive n°26, mai 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun, une guerre inconnue (1955-1971)", in L'Atlas histoire  du Monde diplomatique, octobre 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun: retour sur une décolonisation sanglante", in Afriscope n° 15, mars-avril 2010.

- Rendez vous avec X (France Inter): "la décolonisation du Cameroun" (deux émissions).

- Bernard Droz: "Histoire des décolonisations", Seuil.

 

Liens:

- Rue 89: "Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n'a pas oublié."

La bande son des indépendances africaines.

par blot Email

Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

 

- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

 

- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

 

- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

 

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

 

- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

 

- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".

 

- La bande son des inédpendances".

 

- Le dossier "Samarra en Afrique".

 

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Nous nous proposons ici de dresser un inventaire (très lacunaire) des ressources disponibles pour mieux connaître ou découvrir les musiques africaines contemporaines, en particulier celles qui apparaissent ou se transforment lors des accessions à l'indépendance.

 

Dans les jeunes Etats souverains, la musique joue un rôle essentiel. Elikia M'Bokolo explique dans le livret du coffret "Africa 50 years of Music":

"la musique a toujours été partie intégrante du quotidien des Africains et (...) constitue l'élément clé des manifestations sociales: musique de cour ou musique de travail, de fête ou de veillées funèbres, musique associée à des rituels collectifs ou propre aux divers groupes d'âge et à chacun des deux sexes. Phénomène central dans la société, la musique africaine ne saurait donner lieu à une distinction entre une "musique classique" et une "musique populaire". Toutes les variétés musicales africaines sont "populaires". On peut à la rigueur opérer une distinction entre musique "traditionnelle" et musique "contemporaine" à condition de dire aussitôt que la musique traditionnelle est constamment traversée, voire refondée par des innovations et que la musique "contemporaine ne se fait pas faute de puiser abondamment dans les 'traditions'".

 

Pour rendre la lecture du post plus agréable, nous vous proposons une sélection musicale en 32 titres (ci-dessous ou en bas de page).

 

 

* Des livres indispensables:

 

- Gérald Arnaud et Henri Lecomte: "l'Afrique de toutes les musiques". L'ouvrage fait la part belle aux musiques traditionnelles et présente les instruments de musiques spécifiquement africains. Mais cette somme n'a rien d'assommante et les auteurs, fins connaisseurs de leur sujet parviennent à le rendre passionnant. Surtout, comme son titre le suggère, ce livre restitue parfaitement la richesse et la diversité des musiques du continent. Il nous transporte dans une passionnante odyssée, du Maghreb au monde mandingue en passant par l'Afrique australe.

 

Gérald Arnaud, par ailleurs journaliste au Nouvel Obs, vient de sortir une biographie consacrée à "Youssou N'Dour, le griot planétaire" (coll. Voix du Monde, Editions Demi-Lune).

 

- Franck Tenaille: "le swing du caméléon", Actes sud, 2000. L'auteur propose une galerie de portraits savoureux de quelques une des plus grandes figures de la musique africaine. Citons, parmi d'autre Joseph Kabasele, Miriam Makeba, Alpha Blondy, Zao, Fela Kuti, Thomas Mapfumo... En arrière plan, l'histoire africaine pointe nécessairement son nez puisque la musique se trouve alors au coeur des mutations sociales.

 

"L'épopée de la musique africaine, Rythmes d'Afrique Atlantique", ed. Hors Collection, mars 2008". Ce livre revient sur la naissance, le développement et les transformations de certaines musiques populaires d'Afrique de l'ouest. L'auteur se penche sur la genèse des nouveaux courants musicaux qui irradient le continent souvent sous l'impulsion des jeunes pouvoirs politiques (Sékou Touré en Guinée, Modibi Keita au Mali et dans une moindre mesure Senghor au Sénégal). Chaque chapitre correspond à un pays et permet de replacer l'essor des musiques urbaines dans son contexte politique et social. Une riche iconographie (en particulier de superbes pochettes de disques) complète cet ouvrage passionnant.

 

L'année dernière, Florent Mazzoleni a consacré une biographie à "Salif Keita, la voix du mandingue", Editions demi-lune, 2009.

 

 

* Des disques.

 

- Les trois compilations Golden Afrique proposent sur 2CD une sélection de morceaux présentés dans un livret copieux et bien documenté. Le premier volet retrace l'évolution musicale dans quelques pays d'Afrique de l'ouest notamment le Mali, les Guinée (Bissau et Conakry), le Sénégal, la Gambie et la Côte d'Ivoire. La rumba congolaise et ses dérivés ont l'honneur de Golden Afrique 2, tandis que le 3 est consacré aux musiques de l'Afrique australe.

 

A l'occasion du cinquantenaire des indépendances, trois très beaux coffrets (commercialisés à des prix accessibles) permettent de se (re)plonger dans le patrimoine musical africain, d'une extraordinaire richesse et diversité. [Le terme musique africaine n'a d'ailleurs pas grand sens (parle-t-on de musique européenne?)]

 

 

- Le coffret Free Africa (Le Son du maquis) propose sur quatre disques une sélection éclectique, mais en même temps cohérente. Les artistes les plus illustres (Miriam Makeba, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora), côtoient des musiciens moins connus (les orchestres Super Biton du Biton du Mali ou Super Eagles de Gambie). Le coffret fait la part belle à la musique mandingue ou encore à l'éthio-jazz, au détriment de l'Afrique  anglophone ou lusophone, pas totalement oubliés néanmoins (Bonga). Accompagné d'un copieux livret rédigé par Florent Mazzoleni (par ailleurs chargé de la sélection musicale), nous vous recommandons chaudement ce bel objet.

 

- Le coffret Afriques indépendantes (1960-2010) sorti par Frochot Music dresse un panorama des musiques d'Afrique francophone en cinq disques: Afrique engagée ("Douze chansons littéralement historiques, douze chroniques inoubliables de l'accession de l'Afrique à son indépendance."), Mali et Guinée où Sékou Touré et Modibo Keita soutiennent les musiques nationales dans le cadre de la politique d'autenthicité, le Sénégal berceau du mbalax, enfin le Congo et son irrésistible rumba qui se diffuse sur l'ensemble du continent. Contrairement à ce que laisse penser l'intitulé de la compilation, la sélection se focalise avant tout sur les années 1960, 1970.

- Encore plus copieux, le coffret "Africa 50 years of Music" composé de 18 CD est annoncé pour début juillet sur le label Discograph.

 

 

La collection African Pearls (Syllart Productions) vaut largement le détour. Les copieux livrets (souvent rédigés par Florent Mazzoleni) offrent de nombreuses clefs politico-sociales permettant de mieux appréhender ces musiques. Le premier volet de la série "rumba on the river" s'intéresse aux très riches musiques congolaises, notamment la rumba dont Kabasela, l'OK Jazz, Tabu Ley Rochereau ou les Bantous de la capitale deviennent les représentants les plus populaires. Les deuxième et troisième volets consacrées aux musiques traditionelles de la Guinée et du Mali font la part belle aux djelis. Les volumes dédiés aux musiques sénégalaises et ivoiriennes soulignent la multiplicité des influences musicales dans la région (cubaine notamment), mais aussi l'attrait des studios d'Abidjan pour les musiciens des pays alentours.

La série se focalise désormais sur les années 1970 ("Electric Mali", "Guinée 70's: the discotheque years", "Congo 70's: Rumba rock"), période d'effervescence musicale extraordinaire pour toute l'Afrique de l'ouest. Le funk et la soul se mêlent alors aux rythmes traditionnels donnant naissance à des musiques authentiquement africaines à l'instar du mbalax sénégalais.

 

- "Authenticité: the syliphone years". Plongée dans le catalogue du label d'Etat Silyphone, instrument de la politique culturelle d'authenticité voulue par Sékou Touré qui entend promouvoir une nouvelle forme de musique populaire (entre tradition et modernité). Les grands orchestres nationaux et fédéraux de Guinée y brillent de mille feux.

 

- Analog Africa. Ce label exhume des pièces d'une grande rareté, mais toujours d'une grande qualité. Parmi les dernières sorties, citons deux très belles rééditions de morceaux de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou ou encore des compilations de funk béninois. Le blog du label propose l'écoute d'extraits de nombreux morceaux, mais aussi des podcasts.

- Ethiopiques. Certes l'Ethiopie ne fut pas colonisée, hormis la courte occupation italienne (1936-1941), mais son extraordinaire patrimoine musicale ne saurait être négligé. La collection Ethiopiques (Buda records) initiée par Francis Falceto, s'y emploie depuis plus de dix ans et compte désormais près d'une trentaine de volumes. Les livrets sont d'une remarquable précision et les belles découvertes constantes.

- Le label anglais Soundway ressuscite des trèsors oubliés. les rééditions font la part belle au highlife ghanéen (collection Ghana soundz) ou encore à l'Afro-beat (collection Nigeria special).

 


* Musiques et indépendances africaines sur la toile.

 

En cette année de commémoration, la musique au temps des indépendances n'est pas oubliée sur la toile. Voici quelques liens particulièrement intéressants (n'hésitez pas à nous signaler vos trouvailles sur le sujet):

 

1. Un dossier passionnant sur le site de RFI.

- Indépendance et musique: la Guinée sous le signe de l'authenticité.

- Côte d'Ivoire: l'eldorado musical.

- Sénégal: influences transatlantiques.

- Mali: indispensable culture.

- Cameroun: opposition de styles.

- Ghana, Nigéria, les années dorées.

 

 

2. Le site de la médiathèque de la communauté française de Belgique propose une présentation synthétique de quelques courants musicaux africains.

 

 

3. Florent Mazzoleni: "Les années 1970 ont été un laboratoire à ciel ouvert pour les musiciens africains" (Africultures).

 

 

 

 

4. Gérald Arnaud écrit régulièrement des articles sur Africultures. Citons parmi beaucoup d'autres:

- "Indépen-danses".

- "Saga Makeba 1 et 2" (Africultures). Bel hommage à "Mama Africa".

 

 

5 Le blog d'Elisabeth Stoudmann (journaliste à Vibrations) constitue une véritable mine pour tout amateur de musique africaine.

 

 

6. Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: “Un pays, une musique, un hymne” et de RFI: “L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains“. Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée “Horoya”; Sénégal: “Pincez tous vos koras, frappez vos balafons“; Cameroun: “le chant du ralliement“.

 

 

7. Sur la galaxie des blogs, la musique africaine occupe une place de choix grâce aux soins de quelques passionnés: Matsuli, worlservice et ses podcasts.

- Voodoo funk: la crème de la musique de l'Afrique de l'ouest sur ce blog extrêmement précieux qui propose des sélections de très grande qualité.

 

8. Le site de l'Afrique enchantée sur France Inter dont nous vous parlions ici.

 

 

 

Nos sélections:

Théoriquement tout fonctionne, mais si le lecteur met du temps à se lancer, cliquez sur "bande son des indépendances 1, 2, 3 ou  4 by bricabraque", vous serez dirigés vers notre page sur 8 tracks. 

 

 

Bande son des indépendances 1

 

1. Bembeya Jazz National: "Armée guinéenne". (Guinée C.)

Le Bembeya Jazz National est le groupe le plus célèbre des grandes heures de la musique guinéenne, au cours des années 1960. Sékou Touré utilise alors la musique comme une véritable arme de propagande et entend développer la politique de "l'authenticité". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de cette ode dédiée à l'armée nationale.

 

2.Orchestre de la Paillote (puis Keletigui et ses tambourinis): "Kadia blues". (Guinée C.)

La musique guinéenne s'impose rapidement comme une des plus belles et créatrice du sous-continent. La compagnie discographique d'Etat, Silyphone, diffuse de très beaux disques à l'instar de ceux de l'orchestre de la paillote devenu ensuite Keletigui et ses Tambourinis. Ce sublime instrumental met en valeur la trompette de Djigui Touré et  la guitare deLenké Condé à la guitare. Créé en 1964, le groupe doit son nom à un club de danse aux toits en paille (la paillote).

 

3. Miriam Makeba: "Lumumba".(Afrique du Sud/Guinée C.)

La chanteuse sud-africaine lutta tout au long de sa carrière contre le régime d'apartheid et le racisme en général. Réfugiée aux Etats-Unis, son soutien aux Black-Panthers l'oblige bientôt à s'exiler de nouveau, en Guinée-Conakry. Choyée par Sékou Touré, elle devient bientôt l'ambassadrice culturel de la Guinée à l'étranger et y enregistre quelques unes de ses plus belles chansons, en particulier cet hommage à Patrice Lumumba.

 

4. Bonga: "Mona Ngi Xica".(Angola)

En 1972, le chanteur angolais Bonga enregistre son premier album, le magistral Angola 72, sur lequel sa voix, éraillée et chaude, donne corps à la "saudade", sorte de blues africain lancinant aux accents teintés de mélancolie comme sur le somptueux Mona Ki Ngi Xica.

 

5. Super Mama Djombo: "Dissan na m'bera". (Guinée Bissau)

Cet orchestre de Guinée-Bissau fut pendant les dernières années de la colonisation portugaise, l'enseigne musicale du parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) mené par Amilcar Cabral. Comme en Guinée-Conakry et au Mali, une fois l'indépendance acquise, les autorités entendent s'attacher les services d'orchestres et promouvoir la musique moderne comme facteur important d'identité nationale.

Ce titre est chanté en kriol, synthèse de portugais et des langues locales, par Dulce Neves, seule femme du groupe. Il aborde de manière très critique les développements politiques après l'indépendance. L'orchestre réclame du gouvernement du respect pour ceux qui se sont battus afin d'obtenir la libération du pays. Le groupe reprend en cœur:" Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle." 

 

6. Stella Chiweshe: "Chachimurenga (future mix)".(Zimbabwe)

Stella Chiweshe, une des très rares femmes marizambira (un musicien animant les cérémonies familiales mbira, au cours desquelles les esprits des ancêtres sont appelés à s'exprimer par la bouche d'un médium, le joueur de mbira, le piano à pouce, à lames métalliques). Au cours des années 1980, elle accède à une carrière internationale qui lui permet de faire découvrir la musique shona dans le monde entier. Pour en savoir plus sur les chants de Libération de l'ancienne Rhodhésie du sud, cliquez ici.

 

7. Orchestra Baobab: "Jin ma jin ma".(Sénégal)

Un des orchestres phares des nuits dakaroises, particulièrement influencé par les musiques cubaines, comme ce fut souvent le cas dans la musique sénégalaise.

8. Papa Wemba. (Zaïre/RDC)

Avec son orchestre Zaïko Langa-Langa fondé en 1969, Papa Wemba bouscule les codes de l'ancienne rumba, dont le tempo s'accélère sous l'effet des guitares électriques et de la batterie. Très populaire, le chanteur à la voix puissante est aussi le "pape des sapeurs" (la Société des ambianceurs et personnes élégantes).

 

Bande son des indépendances 2

 

 

1. Maravillas de Mali: "Radio Mali". (Mali) Cet orchestre malien au son afro-cubain très prononcé fut justement formé à Cuba dans le cadre de laccopération culturelle avec le Mali de Modibo Keita qui opte pour le socialime une fois l'indépendance obtenue, tout en maintenant des liens importants avec la France.

 

2. Franco: "Café".(Zaïre/RDC)

Le principal rival du Grand Kalle (voir titre 2) reste Franco Luambo Makiadi (1938-1989), alias Franco. Ce monstre sacré de la rumba congolaise n'a que 11 ans à la mort de son père. S'entraînant sur des guitares de fortune, il devient très tôt un prodige de la guitare et attire les clients vers le stand de sa mère, vendeuse de beignets. À 17 ans, il fonde l'OK Jazz qui devint par la suite le TPOK Jazz (TP signifiant Tout Puissant). La devise de l'orchestre est "On Entre O.K. On Sort K.O.". C'est en effet sur scène, avec ses nombreux compères, qu'il donne le meilleur de lui-même. Il devient très vite l'attraction à Kinshasa et Brazzaville. Son  répertoire dansant aux paroles satiriques fait mouche auprès du public. Les filles raffolent du guitariste et le surnomment bientôt "Franco de mi amor".

 

3. OK Jazz Mujos: "Cuento Nama". (Zaïre/RDC) Encore une des nombreuses émanations de la formation vedette de Franco. Les cuivres subliment cet enregistrement des années 1960.

 

4. Gnonnas Pedro: Yiri yiri boum".(Bénin)

Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.

 

5. Miriam Makeba: "Djiguinira".(Afrique du Sud/Guinée C.) Encore un classique enregistré par "Mama Africa" lors de ses années guinéennes.

 

6. Tout-Puissant Orchestre Poly-rythmo de Cotonou: "Hwe towe hun". (Bénin)

L'orchestre star du Bénin fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Les musiciens associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues aux musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains).

 

7. Les Amazones de Guinée: "Samba"(Guinée C.) Cet orchestre guinéen est composé des membres de la brigade féminine de la gendarmerie de Conakry. Impossible de rester de marbre à l'écoute de ce morceau joué lors d'un concert à Paris au début des années 1980. Le groupe est toujours en activité.

 

8. Alpha Blondy: "Brigadier Sabari".(Côte d'Ivoire)

Le reggae jamaïcain interpelle de nombreux artistes africains notamment l'Ivoirien Alpha Blondy qui s'en sert pour transmettre ses messages. Cette chanson interprétée en daoula, pimentée de quelques mots français, évoque un passage à tabac par la police lors d'une "opération coup de poing".

 

Bande son des indépendances 3.

 

 

1. Les Bantous de la capitale: "Machette". (Congo Brazzaville)

Ce groupe fit les belles soirées des pistes de danse de Brazzaville grâce à sa rumba endiablée. Fondé en 1959, le groupe s'est reformé en 2004: belle longévité!

 

2. Franco et Sam Mangwana: "Coopération". (Zaïre / Angola)

Ces deux cadors de la musique congolaises se retrouvent en 1982  pour enregistrer ce très gros succès. Les fidèles auditeurs de l'Afrique enchantée reconnaîtront sans mal le générique de l'émission.

 

3. The funkees: "Abraka". (Nigeria)

Un morceau ultra funky des funkees, formation relativement obscure du Nigeria.

 

4. Geoffrey Oryema: "Land of Anaka". (Ouganda)

Un morceau tiré du premier album (1990) du chanteur ougandais: "Exile" (surtout célèbre pour la chanson "Ye ye ye" qui servait de générique à l'émission le "cercle de minuit").

 

5. N°1 de Dakar: "Yaye boye" (Sénégal)

Cet orchestre est une des nombreuses émanations du Star Band de Dakar (voir plus bas). Dirigé par Pape Seck, il regroupe de très grandes voix accompagnées par un trio d'instruments à vent.

 

6. Pat Thomas et Marijata: "I need more". (Ghana)

Une introduction irrésistible pour ce morceau de highlife ghanéen.

 

7. Fela Kuti: "No agreement Pt 2". (Nigeria)

Fela Hildegart Ransome est sans doute un des musiciens les plus influents du XXème siècle. Ce saxophoniste hors pairs naît en 1938, dans une famille bourgeoise nigériane, très engagée.

Il mélange jazz, rythm and blues aux musiques en vogue à ce moment là au Nigeria (highlife, ju-ju) au sein de son groupe, les koolas lobitos. En 1969, sa rencontre avec une militante noire des Black Panthers, Sandra Smith, l’influence considérablement. Il change le nom de son groupe qui devient Africa 70. Il chante désormais en pidgin (l’anglais du petit peuple), et plus en yoruba, afin d’accroître son auditoire, tout cela sur fond de cuivres envoûtants, de percussions hypnotiques, d’envolées de saxophone. Il donne ainsi naissance à l’Afrobeat. Enfin, il adopte un nouveau nom, celui de Fela Anikulapo (celui qui porte la mort dans sa gibecière) Kuti (qui ne peut être tué par la main de l’homme).

Dans ses chansons, il s’en prend aux militaires qui accaparent le pouvoir et imposent la dictature, mais dénonce aussi la collusion de ces derniers avec les grands groupes pétroliers étrangers, qui ont fait main basse sur l’or noir, ressource principale du Nigeria.

 

8. Les Ambassadeurs internationaux: "Mandjou" (Mali, Côte d'Ivoire...).

 En 1973,  le Malien Salif Keita quitte le Rail Band (voir ci-dessous) et intègre les Ambassadeurs du Motel (les musiciens se qualifient ainsi car ils sont de différentes nationalités). Il y rencontre le compositeur-guitariste guinéen Kanté Manfila, début d'une fructueuse collaboration.

En 1978, les Ambassadeurs (devenus Internationaux) s'installent à Abidjan, la nouvelle capitale culturelle de l'Afrique de l'Ouest, qui éclipse progressivement Conakry. Ils y enregistrent l'album Mandjou. Dans le titre éponyme, Salif loue Sékou Touré et les membres de sa famille. L'écho du morceau est énorme dans toute l'Afrique de l'Ouest.

 

Bande son des indépendances 4:

 

 

1. OK Jazz: "Liwa ya wech" (Zaïre / RDC). Voir ci-dessus.

 

2. African Jazz: "Table ronde" (Zaïre / RDC).

Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba, y introduisant également tumbas et trompettes. Jusqu'en 1963, l'ensemble établit les canons de ce style raffiné sur des paroles très romantiques. Sa musique puise dans les répertoires des danses cubaines telles que la charanga, le bolero, le cha-cha-cha, le mambo... Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. L'African Jazz attire donc très vite les nombreux talents du pays comme Nico Kasanda, alias  Dr Nico, ou le grand chanteur Tabu Ley Rochereau.

Lors de la réunion de la table-ronde organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, le gouvernement belge et les leaders congolais négocient les conditions d'obtention de l’indépendance du Congo belge, Patrice Lumumba prend dans ses bagages les musiciens de l’African jazz. Dans la foulée du morceau 'indépendance cha cha', Kabalese compose ce titre consacré aux pourparlers de la Table Ronde.

 

3. Star Band n°1 de Dakar: "Guajira Van".

Le plus connu des orchestres sénégalais voit le jour en 1960, année de l'indépendance. Il met le feu aux poudres du club Miami grâce aux instruments amplifiés et à une section de cuivre efficace. Le répertoire est composé de musiques cubaines particulièrement appréciées dans le pays: cha-cha-cha, pachanga, rumba... A partir du début des années 70, les influences locales (peulh, malinké, wolof) s'impose avec l'apport d'instruments traditionnels tels que les tambours sabar et tama.

 

4.Tabu Ley Rochereau: "Tabalissimo".

Autre classique congolais interprété par le rossignol congolais. Ce remarquable chanteur racontait qu'il avait dû apprendre des rudiments d'espagnol afin de pouvoir intégrer l'African Jazz de Kabasele. Dans les années cinquante, vouloir faire carrière sans maîtriser la langue des Cubains était impensable...

 

5. Jaliba Kouyate: "Amilcar Cabral".

Morceau plein de fièvre en hommage à Amilcar Cabral.

 

6. Rail Band: "Madi guindo".

H. Lee dans le livret d'une réédition en l'honneur du Rail Band revient sur l'importance du groupe: "le Rail Band, c'est bien autre chose qu'un orchestre de bal comme la période des indépendances en produisit des centaines. C'est le laboratoire où s'élaborèrent, tout au long de trois décennies, les fusions qui font aujourd'hui la musique de l'Ouest africain. Des dizaines de chanteurs et de musiciens y ont fait carrière. Tous les styles en vogue s'y sont croisés, du jazz à la pop internationale, du classique mandingue au folklore bambara, de l'afrobeat au soukouss congolais. "

 

On doit la formation de cette institution à Aly Diallo chef de gare et priopriétaire du buffet-hôtel de la gare de Bamako. Afin d'offrir à sa clientèle des divertissements dignes de cenom, il charge le multi-instrumentiste Tidiani Koné de former un orchestre. Il recrute un orchestre de Dar-Es-Salam, qui constitue l'ossature de la formation. C'est lui aussi qui parvient à convaincre un jeune albinos surdoué: Salif Keïta. Bien que dans une situation très difficile (il dort sur un bout de carton avec les SDF de la ville), il rechigne à intégrer le groupe. C'est que Salif est un Keïta, un membre de l'ancienne famille royale et il ne veut pas salir son nom prestigieux en chantant pour de l'argent. Mais, Tidiani parvient tout de même à convaincre Salif Keïta qui fait ses premiers assais en 1970. Très vite, il devient le chanteur le plus aimé du public malien.

 Le répertoire du groupe est très varié afin de séduire tous les publics. En tout cas, Salif Keïta se spécialise dans ce que l'on appelle à l'époque le "folklore modernisé", c'est-à-dire les grands thèmes malinkés arrangés à la guitare, célébrant notamment les héros de la tradition comme Sundjata Keïta.

 

 

7. Ali Farka Touré et Toumani Diabaté: "Kala djula".

Extrait du sublime dernier album enregistré par Ali Farka Touré (il meurt quelques mois plus tard en 2006) avec Toumani Diabaté, virtuose de la kora.

 

 

8. Bonga: "Sodade".

 En 1974, Bonga enregistre l'album "Angola 74" à Paris où il vient de s'installer. Il y reprend un classique, Sodade, sur un thème universel, celui du mal du pays. Ce morceau sera popularisé 20 ans plus tard par Cesaria Evora.

 

Les décolonisations africaines en musique (2) 1960-1990

par blot Email

Dans un premier épisode, nous nous sommes intéressés aux premières décolonisations en Afrique noire, de 1957 à l'année 1960. Il semble possible de distinguer deux autres périodes dans ce processus qui court de 1957 à 1990.

 

- Une deuxième phase s’étend de 1960 à 1965 avec la décolonisation hésitante des possessions britanniques en Afrique orientale (Tanganyika, Kenya, Ouganda) et centrale (les Rhodésies ainsi que le Nyassaland).

- L'ultime phase, particulièrement longue et conflictuelle, oppose d'un côté le Portugal salazariste, les régimes d'apartheid du Zimbabwe et de l'Afrique du Sud aux mouvements nationalistes africains déterminés à obtenir satisfaction.

Dans un troisième épisode, nous étudions le cas spécifique de l'Afrique du Sud.

 

 

  • La seconde phase des décolonisations africaines (1960-1965).

 

L'Afrique occidentale.

 

L'émancipation des deux derniers territoires d'Afrique de l'ouest encore colonisés, la Sierra Leone et la Gambie, ne pose guère de difficultés. Dans ces deux petits pays aux ressources modestes, les Britanniques adoptent le processus gradualiste classique de transfert des pouvoirs qui s'y réalise sans heurts, en 1961.

Dans les territoires britanniques d'Afrique orientale et centrale en revanche, la question politique est compliquée par l'existence d'une population hétérogène: un colonat blanc important, des groupes asiatiques et une population noire majoritaire mais marginalisée.

 

 Julius Nyerere lors de l'indépendance de la Tanzanie.

 

 L'Afrique orientale:


- En décembre 1961, le Tanganyika accède à l'indépendance sous la houlette du Tanganyika African National Union (TANA) de Julius Nyerere (qui présidera aux destinées du pays jusqu'en 1985). Ce leader charismatique rassure les Britannique par sa modération. Membre du Commonwealth, le nouvel État s'unit en 1964 au Zanzibar pour former la Tanzanie.

 

- En Ouganda, les forces ethniques centrifuges menacent d'éclatement cette entité territoriale. Dans le cadre de l'Indirect rule, les Britanniques s'étaient appuyés sur la monarchie et l'aristocratie ganda au détriment des autres groupes ethniques. Andrew Cohen, nommé à la tête de la colonie en 1952, tente de la conduire vers davantage de démocratie, en assurant désormais une meilleure représentation aux différents groupes ethniques. Craignant pour son autorité, le Kabaka, c'est à dire le souverain du Bouganda, un protectorat administré séparément, proteste (en 1953). Il est aussitôt déposé et déporté ce qui contribue au bout du compte à souder les populations derrière lui. Il est donc réintronisé en 1955 après avoir accepté un compromis. A partir de 1959, des troubles éclatent et des actions de boycottage sont menés contre les boutiques tenues par l'importante minorité asiatique du pays qui a profité du boom économique des années 1950. Ces troubles accélèrent l'obtention de l'autonomie interne en 1961 avant l'accession de l'Ouganda à l'indépendance le 9 octobre 1962. Milton Obote, dirigeant de l'Uganda People's Congress, en devient le président.

 

- Au Kenya, l'indépendance n'est acquise qu'après une longue lutte. Dans cette colonie de peuplement, l'économie de plantation domine. Les propriétaires blancs monopolisent les terres fertiles des hauts plateaux (Londres leurs accorde l'utilisation exclusive de ces White Highlands) dont ont été expropriées les populations indigènes, contraintes de se louer comme ouvriers agricoles auprès des nouveaux détenteurs du sol.

 

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 Répression des soulèvements au Kenya lors de la guerre des Mau Mau.

 

En 1947, un économiste kikuyu, Jomo Kenyatta fonde l'Union africaine du Kenya, dont le slogan “un homme, un vote” entend remettre en cause les profondes inégalités liées à la colonisation. L'administration coloniale ne pouvait accéder à cette demande. Or, dans le même temps éclate une insurrection paysanne encadrée par les Mau-Mau, une société secrète traditionnelle, dont les membres faisaient serment de lutter pour la libération de leur terre et s’attaquaient aux Kenyans «loyalistes», employés de l’Etat, enseignants… D'une manière générale, les Mau-Mau entendent expulser les colons européens par les armes. Il développent bientôt des techniques de guérillas efficaces. En 1952, les Britanniques refusent toute réforme et proclament l'état d'urgence (il se prolonge pendant 8 ans). Ils en profitent pour arrêter Jomo Kenyatta qui est condamné à sept ans de prison pour collusion avec les Mau-Mau. Pourtant, ce dernier dénonce les violences perpétrées par les Mau-Mau. Finalement la rébellion est vaincue en 1955. Libéré, Kenyatta crée un nouveau parti, le KANU qui remporte les élections et devient l'interlocuteur obligé des autorités coloniales qui acceptent de négocier. L'indépendance est finalement obtenue en décembre 1963.

 

 

  Jomo Kenyatta dans les rues de Nairobi, le 1er juin 1963.

 

L'Afrique centrale:

 

Au nom du principe du partenariat (partnership) et de "l'association des races", le Royaume uni crée la Fédération d'Afrique centrale qui groupe les Rhodésies et le Nyassaland, en 1953. Dans les faits, 290 000 Blancs conservent la suprématie politique. Les minorités asiatiques jouent, quant à elles, un rôle important dans l'économie. Enfin, les Noirs, de loin les plus nombreux, restent marginalisés. Cette fédération, contrôlée par la minorité blanche, permettait donc d'engager une politique d'apartheid, à l'exemple du système sud-africain.

 

C'est au Nyassaland, où les Blancs restent très peu nombreux, que les contestations se développent d'abord. Sous la direction du docteur Hastings Banda, le Nyassaland African Congress, fondé en 1945, lance le pays dans une action de désobéissance civique contre la fédération à partir de 1958. En Rhodésie du Nord, Kenneth Kaunda se lance dans une confrontation directe et radicale contre le premier ministre de la Fédération, le syndicaliste Roy Welensky. Pour couper court aux velléités contestatrices, les autorités répriment fermement dans l'ensemble de la Fédération, ce qui accuse encore davantage les antagonismes entre Blancs et Noirs. La situation s'avère bientôt ingérable et convainc le gouvernement britannique Macmillan de la faillite de la fédération. Au cours d'une tournée en Afrique au début de 1960, Macmillan demande aux Blancs d'accepter le "vent du changement" en Afrique. Ceci aboutit à la dissolution de la Fédération en 1963. En 1964, le Nyassaland devient indépendant sous le nom de Malawi et la Rhodésie du Nord sous celui de Zambie. La Rhodésie du Sud en revanche conserve alors son statut de self-governing colony.

 

  • La phase finale des décolonisations africaines (1965-1990).

 

De la Rhodésie au Zimbabwe

En 1965, le premier ministre Ian Smith déclare l'indépendance de la Rhodésie du Sud unilatéralement, rompant avec le Royaume Uni, qui voulait une participation noire au gouvernement comme préalable à l'indépendance. L'importante minorité blanche refuse précisément cette évolution et impose un régime d'apartheid en tout point comparable à celui de l'Afrique du sud. La communauté internationale finit par s'émouvoir. L'ONU et l'Organisation de l'Unité Africaine condamnent ce régime raciste.

 

A partir des années 1970, une guerre de libération est menée depuis les Etats voisins par deux mouvements:

- la ZAPU, Zimbabwe African Porpular Union, de Joshua N'Komo soutenue par l'URSS et qui opère depuis la Zambie voisine.
- la ZANU, Zimbabwe African National Union, de Robert Mugabe, aidée quant à elle par la Chine et dont la base arrière se situe au Mozambique.

 

Robert Mugabe et Holden Roberto.

 

Les deux mouvements parviennent à faire front commun pour lutter plus efficacement contre le régime de Ian Smith. Ce dernier bénéficie du soutien de l'Afrique du sud, mais aussi de quelques puissances occidentales qui réussissent à contourner l'embargo de l'ONU en vendant des armes.

 En fait, aucune bataille décisive n'intervient et des négociations s'ouvrent au Royaume Uni en 1979. Le Front de libération se trouve en position de force puisqu'il contrôle de vastes zones du territoire. En décembre 1979, les accords de Lancaster House à Londres sont signés. Les intérêts des Blancs sont sauvegardés, mais des élections multipartites et multiraciales doivent être organisées dans les deux mois suivant la signature de l'accord.

 

Le parti de Robert Mugabe l'emporte très largement. En avril 1980, la proclamation de l'indépendance de la Rhodésie à lieu. Elle devient alors le Zimbabwe.

 

 

La décolonisation portugaise.

 

A l'exception de la Zimbabwe et de la Namibie, ce sont donc les colonies portugaises qui ferment la marche des indépendances, obtenues au prix de longues guerres très meurtrières. Le dictateur Salazar refusait toute idée d’émancipation. Alors que les autres empires coloniaux disparaissent, l'Estado Novo s'investit soudainement dans un empire jusque là plutôt négligé et n'entend rien des désirs d'émancipation qui se font jour dans la colonie. Lisbonne forge l'idée d'une égalité entre la métropole et l'outre-mer, menant à contre-temps une politique de recolonisation, avec une promesse de réussite outre-mer permettant de soulager la crise économique chronique qui touche alors la métropole. L'immigration est donc facilitée, notamment en Angola, colonie la plus vaste (10X la métropole) et la plus riche (pétrole, diamant, fer, café, etc.) de l'empire.

 

Le Portugal avait élaboré en Angola une doctrine coloniale fondée sur l’assimilation et l’intégration. Dans les faits, les colons ( les civilisados), citoyens portugais bénéficient de privilèges au détriment des autochtones, victimes de discriminations. Au sein de ces derniers, on distingue:

 - une minorité (Noirs ou métis) qui profite du statut d’assimilés (assimilados), conférant tous les droits attachés à la citoyenneté portugaise.

- Les non-assimilés restent soumis au statut de l'indigena (95% de la population de l'Angola). Ils réclament bientôt une évolution sociale et politique de leur pays.

Malgré les promesses, Guinée-Bissau, Mozambique et Angola végètent dans le marasme économique.
Le sous-équipement sanitaire et scolaire, l'immobilisme autoritaire du régime contribuent un peu plus à marginaliser les populations colonisées.

 

Pourtant, une apathie trompeuse semble régner dans les colonies portugaises au cours des années 1950. Les colons en armes, l'armée, la police politique (PIDE) assurent le maintien de l'ordre, guère perturbé par une population qui semble résignée. D'autre part, le Portugal, membre de l'OTAN, insiste sur son rôle de rempart contre le communisme en Afrique australe.

Face aux inégalités flagrantes, la fiction d'une nation multiraciale vole bien vite en éclat. Les arrestations sous prétexte de subversion se multiplient à partir de 1959-1960, ce qui pousse de nombreux nationalistes à l'exil.

 Timbre angolais (1975).

 

Les meneurs des mouvements de libération (Amilcar Cabral en Guinée, Agostinho Neto en Angola, Marcelino de Santos au Mozambique), des assimilados, formés dans les universités portugaises, adhèrent au marxisme et coopèrent avec le parti communiste portugais clandestin. Ils forment bientôt leurs propres partis:

 - le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) d'Amilcar Cabral (en 1956).

 - le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) de Samora Machel (il remplace de Santos tué lors des combats) qui entre en rébellion en 1964.

 - En Angola, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) d'Agostinho Neto.

 Dans ce pays, d'autres organisations, non marxistes, combattent aussi contre les troupes portugaises. Ainsi l'Union des populations de l'Angola (UPA), qui devient plus tard le Front National de Libération de l'Angola (FLNA) de Holden Roberto se réclame de l'ethnonationalisme

 

 

Sur le plan international, le Portugal se trouve dans la ligne de mire des pays afro-asiatique à l'ONU. Ainsi, en décembre 1961, l'Assemblée générale de l'organisation adopte une résolution condamnant la politique coloniale portugaise. Par ailleurs, au cours des années 1960, les colonies portugaises se retrouvent cernés par des pays nouvellement indépendants qui servent dès lors de bases arrières aux mouvements de libérations (la Guinée-Conakry pour la Guinée-Bissau, le Congo-Léopoldville pour l'Angola, la Zambie et la Tanzanie pour le Mozambique).

 

Finalement, une révolte éclate à Luanda en février 1961, bientôt relayée par une insurrection paysanne massive. Les mouvements nationalistes lancent des actions de guérilla. Ces révoltes, mal préparées, sont suivies de représailles particulièrement sanglantes et déclenchent l'exode de populations très nombreuses vers la République du Congo.

 La guérilla armée gagne la Guinée-Bissau en 1963 et le Mozambique en 1964. La force militaire portugaise, épaulée par la redoutable police secrète (PIDE) arrête, emprisonne et traque les révoltés, sans pour autant en venir à bout. De nombreux nationalistes poursuivent la lutte en exil depuis les pays voisins.

 

A partir de 1965, les Portugais doivent combattre sur tous les fronts. Pour vaincre, les autorités engagent des moyens considérables. En 1971-1972, le Portugal consacre la moitié de son budget à la préservation de son empire et porte à 4 ans le service militaire! On compte alors 200 000 soldats outre-mer. Les techniques de contre-guérilla se révèlent assez efficaces sur le terrain. En Angola, le MPLA et le FLNA sont contenus, mais dans le Sud, l'armée affronte un nouvel adversaire, l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola créée par Jonas Savimbi en 1966). En revanche, en Guinée-Bissau, le PAIGC parvient à contrôler de vastes régions à partir de 1968.

 

 Amilcar cabral, le charismatique leader du PAIGC et chef incontesté de guerre de libération en Guinée-Bissau.

 

Inflexibles, les autorités portugaises accélèrent la politique de peuplement des colonies, surtout en Angola (avec un maximum de 550 000 Blancs dans les colonies portugaises en 1973).Elles tentent en parallèle d'attirer les investisseurs étrangers afin d'assurer le développement économique de la colonie pour mieux convaincre la communauté internationale de la validité de son action outre-mer. Mais il est trop tard.

A partir du début des années 1970, le Portugal se trouve dans l'impasse, de plus en plus isolé. En 1970, le conseil de sécurité de l'ONU obtient la condamnation solennelle du pays. L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) sert également de forum aux nationalistes.

Ces conflits de décolonisation s'internationalisent bientôt, puisque les mouvements nationalistes africains recherchent des appuis extérieurs, principalement dans le bloc de l'Est. La Chine et l'URSS fournissent des conseillers militaires et des armes. La rivalité sino-soviétique est telle qu'elles soutiennent des factions opposées (en Angola, la Chine épaule l'UNITA et le FLNA tandis que l'URSS  soutient le MPLA) qui se combattent sur le terrain. Ses divisions expliquent en partie la difficulté des mouvements nationalistes à s'imposer.  

 

Défilé organisé par le MPLA dans un stade de Luanda, en 1975.

 

En fait, c'est en métropole que le sort des colonies se jouent. Les très lourdes dépenses budgétaires consacrées à la guerre et la conscription obligatoire suscitent un vif mécontentement populaire au Portugal qui entraîne la chute la chute de la dictature en 1974 (Révolution des oeillets). C'est ce soulèvement qui permet le processus d'émancipation dans les colonies aboutissant aux indépendances.

Le PAIGC dirige la Guinée-Bissau indépendante en septembre 1974 et obtient l'année suivante le rattachement du Cap Vert.


Luis Cabral (frère d'Amilcar), nouveau président de la Guinée-Bissau et vice-président du PAIGC s'entretient avec des soldats de l'armée de Libération, en juin 1974 (photo: AFP).

 

Le cessez-le-feu en Angola et au Mozambique s'accompagne d'incidents très graves entre Blancs et Noirs précipitant le départ des 300 000 colons portugais. Après de très longues négociations entre les factions rivales, le Mozambique accède à l'indépendance en juin 1975 et l'Angola au mois de novembre. Dans ce nouveau pays, l'UNITA, le MPLA se livrent à une véritable course au pouvoir. L'appui de troupes cubaines envoyées par Castro permet finalement au MPLA d'Agostinho Neto de contrôler la capitale, mais les combats ne font alors que commencer. Au Mozambique, ce sont aussi les "marxistes" du FRELIMO qui s'imposent. Les nouveaux Etats se trouvent alors confrontés aux divisions héritées de la période de lutte anticoloniale. La lutte entre formations "marxites" et "antimarxistes" s'avère en outre propice aux interventions étrangères dans le cadre de la guerre froide (nous en reparlerons dans un autre épisode).

 Affiche de propagande du FRELIMO (Mozambique).

 

La Namibie.

L'ancienne colonie allemande du Sud-Ouest africain possède d'importantes richesses minières (diamants, uranium...). Elle est placée sous mandat de l'Union sud-africaine à l'issue de la grande guerre et prend le nom de Namibie en 1967. A cette date, l'Afrique du Sud a annexé le territoire comme cinquième province de l'Union (après un référendum très encadré). Cette appropriation pure et simple du territoire est dénoncée par le comité de décolonisation de l'OUA, mais aussi par l'ONU qui retire en 1966 son mandat à l'Afrique du sud. Reste que, sur le terrain, cette dernière n'entend absolument pas se retirer.

A partir de 1966, la SWAPO (South West Africa People's Organisation), une organisation nationaliste fondée en 1960, lance la lutte armée contre les forces sud-africaines. Les premers affrontements virent au désastre pour le mouvement nationaliste dont les dirigeants sont presque tous arrêtés. Finalement, les combats reprennent de plus bel au cours des années 1970 à partir des Etats voisins (dits de la "ligne de front": Bostwana, Zambie, Malawi et Tanzanie) où se sont repliés les nationalistes.

La guerre civile angolaise complique la donne. En effet, le MPLA au pouvoir dans le pays, jouit du soutien des Soviétiques et des Cubains ce qui convainc progressivement les Etats-Unis d'intervenir à leur tour en épaulant l'UNITA. L'organisation angolaise "non-marxiste" reçoit également une aide importante de l'Afrique du sud. Cette dernière soumet son retrait de la Namibie au départ des Cubains d'Angola. Cette stratégie se fonde sur sa volonté de maintenir à la fois une domination économique sur l'Afrique australe, mais aussi son régime d'apartheid. Dans cette optique, elle a besoin d'un "glacis protecteur" de bastions blancs constitué par les colonies portugaises (jusqu'en 1975) et par la Rhodésie du Sud (Zimbabwe en 1980). Ainsi, elle finance et arme tous ceux qui combattent les mouvements de libération lors de la colonisation (le Portugal, les autorités rhodésiennes), puis les mouvements anticommunistes une fois l'indépendance obtenue (UNITA).

Cette situation complexe et l'incapacité de l'ONU et de l'OUA d'abréger ces conflits expliquent la longueur et la cruauté des guerres d'Afrique australe.

 

Finalement, la Namibie accède à l'indépendance en 1990 (une fois les Cubains partis d'Angola). Sam Nujoma, ancien dirigeant de la SWAPO devient le président du nouvel Etat.  

 

 

1. Bob Marley: "War".

L'empereur éthiopien Haïlé Sélassié prononce une allocution devant l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, le 4 octobre 1963, quelques mois seulement après la création de l'Organisation de l'Unité Africaine à Addis-Abeba. 

Treize ans plus tard, le Jamaïcain Bob Marley met en musique une partie du discours. Au-delà de la musique, l'intérêt de la chanson "War" est de fournir un instantané de la situation du continent africain en 1963. A cette date, le Maghreb, la plupart des pays d'Afrique noire francophone, anglophone et belge, sont indépendants. L'Afrique australe, en revanche, reste soumise et ferme la marche du processus de décolonisation. De fait, les colonies portugaises restent solidement tenues par le Portugal salazariste (Marley chante "en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui itennent nos frères, en Angola, au Mozambique...)", tandis que le régime d'apartheid sévit toujours an Afrique du Sud et en Rodhésie ("en attendant que les régimes ignobles et malheureux qui tiennent nos frères (...) en Afrique du Sud, dans un esclavage moins qu'humains aient été renversés..."). Au nom du panafricanismeet de la solidarité entre Etats du Tiers-Monde, Selassie appelle à la lutte contre le colonisation et les régimes racistes.

2. Super Mama Djombo: "Alma".

 Amilcar Cabral est le fondateur du Parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Pendant 13 ans, il mène la guérilla contre les troupes portugaises. En 1974, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance, mais Cabral n'est plus là pour assister à ce moment tant attendu, car il a été assassiné. Il devient aussitôt le héros national et, d'une manière générale, un des grands martyrs des luttes de libération. Les musiciens et chanteurs ne tardèrent pas à exalter sa mémoire. C'est la cas ici avec le Super Mama Djombo qui devient le groupe officiel du PAIGC et donc du pays. La formation chante ici:

"une âme chante. C'est Amilcar Cabral qui chante pour la victoire / Cabral nous a appris comment nous rassembler pur combattre / et toujours lutter pour l'unité de notre peuple. / Il nous a montré une vision claire du monde

Il nous a donné les outils et un guide pour nous aiderles plus jeunes construiront sur son travail. (...) / nous suivrons toujours les traces d'Amilcar Cabral."

 

3. Sam Mangwana: "Moçambique oyé".

Une célébration de l'indépendance du Mozambique par le Congolais Sam Mangwana.

 

4. Mirol: "Independancia". Ce morceau et le suivant évoquent l'indépendance de l'Angola et le surtout le nouveau régime marxiste aux mains du MPLA d'Agostinho Neto dont on vante les mérites ici.

 

5. David Ze: "Guerrilhero". Au cours des années de guerre civile qui suivent l'indépendance, ce compositeur angolais est assassiné, avec deux autres musiciens de talent, Artur Nunes et Urbano do Casto, en 1977.

 

6. Sonny Okosun: "Fire in Soweto".

En Afrique du sud, toute tentative de remise en question du régime de l'apartheid est combattue avec violence par le pouvoir blanc tout au long des années 1960 et 1970. Les leaders noirs comme Nelson Mandela dirigeant de l’ANC (African National Congress ) sont incarcérés,malmenés, voire tués. Les manifestations sont réprimées avec une brutalité meurtrière. Les manifestations étudiantes de 1976 se soldent par plus de 600 victimes. La répression est systématique et ne laisse que peu d'espoir.

Depuis 1975, les Etats voisins du Mozambique et de l'Angola se sont libérés du joug colonial portugais. En exil, les leaders de l'ANC continuent d'ailleurs la lutte depuis ces pays.

 

 

7. Thomas Mapfumo: "Nyarai".

Dans les années 1970, en Rhodésie du Sud, alors que la Zimbabwe African National Union (ZANU) tentent de renverser le régime d'apartheid. Les musiciens, avec leurs moyens, prennent part au combat pour l'indépendance du pays en développant les chimurenga songs. Ces chants de la guerre de libération introduisent des messages politiques dans les formes musicales inspirées des mélodies traditionnelles d'hommage aux ancêtres. Les autorités interdisent alors ces pratiques musicales traditionnelles, notamment l'usage du mbira, le piano à pouce, à lames métalliques, cher aux shona, l'ethnie majoritaire au Zimbabwe. Dans ce morceau, Mapfumo chante:

"Nous célébrons la naissance du Zimbabwe (...) Félicitations aux camarades / félicitations à tous ceux / qui ont combattu / pour libérer le Zimbabwe / tous les esprits ancestraux les en remercient / la nation toute entière les remercie / félicitations M. Mugabe / ainsi qu'à tous ceux / qui ont combattu dans la guerre de libération / ils ont libéré le Zimbabwe (...) Félicitations à M. Machel / et à tous ceux qui se sont battus / ils ont libéré le Zimbabwe."

 

 

8. Bob Marley: "Zimbabwe".

 Les 17 et 18 avril 1980, le stade Rufaro de Salisbury (rebaptisée Harare) accueille les festivités de l'indépendance. De nombreux dirigeants internationaux ou dignitaires, tels le prince Charles sont présents, ainsi que les artistes tels que Thomas Mapfumo et ses Black Unlimited, mais aussi Bob Marley. Le Jamaïcain jouit d'une immense popularité dans le pays, d'autant plus qu'il a composé en 1979 un hymne à la gloire du nouvel Etat, sobrement intitulé Zimbabwe.

 

Sources:

 

  • Afrique, une histoire sonore. Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.
  • Dossier consacré aux indépendances africaines sur le site de l'émission "la fabrique de l'Histoire" (France culture): "boulevard des indépendances".
  • L'émission 2000 ans d'histoire (France Inter) consacrée à "La fin des colonies françaises" avec Bernard Droz.
  • Marc Michel, Décolonisations et émergence du Tiers-Monde, Carré histoire, Hachette supérieur, 2005.
  • Bernard Droz, "La décolonisation", Documentation photographique n°8062, mars-avril 2008.
  • H. d'Almeida-Topor, Naissance des Etats africains, XXème siècle, Casterman, 1996.
  • Numéro spécial de L'Histoire consacré à "La fin des colonies. Afrique 1960", n°350, février 2010.

 

 

Liens:

 

 

 

Quand les Cubains tentaient d'exporter la Révolution en Afrique.

par blot Email

 

Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto (Photos : D.R. / Arte).


Les nombreux pays africains qui accèdent à l’indépendance autour de 1960 intéressent tout particulièrement Moscou et Washington qui y voient un moyen de diffuser leurs modèles respectifs et d’accroître leurs zones d’influence. Les jeunes Etats sont sommés de choisir leur camp (à moins qu’ils n’adhèrent au mouvement des non-alignés, qui peinent néanmoins à rester en dehors de la rivalité est-ouest).

 
 Avec la révolution cubaine de 1959, les barbudos emmenés par les frères Castro et Che Guevara renversent Batista.
Progressivement Cuba intègre le bloc de l’est. Très vite, Cuba joue un rôle essentiel en Afrique… Au cours des années 1970, des centaines de milliers de Cubains combattront au Congo, en Angola, Guinée-Bissau… Ils combattent au nom d'un idéal : l'internationalisme. Ils entendent aider les pays encore sous le joug colonial à se libérer, et les Etats nouvellement indépendants à se débarasser de toute tutelle néocoloniale; tout cela sans tirer pour autant profit de leurs richesses (dans l'idéal en tout cas).

 

 

Le Che entend mener une guerre de guérilla similaire à celle qui a permis la prise de pouvoir en 1959. Il souhaite mettre sur pied dans les points chauds du tiers-monde des armées populaires afin de multiplier les fronts pour combattre l'impérialisme yankee, afin de "créer deux, trois, plusieurs Vietnam" .

 

* Le Che en Afrique et l’échec congolais.

 

Amilcar Cabral et Fidel Castro.

 

   Le Che, ambassadeur de la révolution cubaine à l’étranger, part pour une tournée africaine. Il parcourt une douzaine de pays entre décembre 1964 et février 1965. Il se rend surtout dans les pays considérés comme révolutionnaires: le Ghana de NKrumah, l'Algérie de Ben Bella, la Guinée de Sékou Touré, le Congo Brazzaville de Massemba-Débat, l'Egypte de Nasser, le Mali de Modibo Keita... Il entend prendre contact avec tous les dirigeants nationalistes qui se battent encore pour obtenir leur indépendance et aussi avec les nouveaux régimes socialistes du continent. 

 

  Affiche rassemblants le dirigeant cubain, Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto après la célébration de l'indépendance de l'Angola, en 1975.

 

Le Che à Alger émet des critiques très dures face au "dévoiement bureaucratique" du grand frère soviétique qui n'hésite pas à exploiter les pays du Tiers-Monde selon le Che. De retour à la Havane, Castro lui reproche ces critiques. La décision est en tout cas prise d’exporter la guérilla révolutionnaire façon cubaine. Le Che n'apparaît plus en public. Les journaux l'annoncent en République Dominicaine, en Colombie. En fait, il se trouve en Afrique, en République du Congo. Il se rend incognito (il s'est fait coupé les cheveux, rasé la barbe, a subi une opération qui lui modifie la mâchoire) dans les maquis de l’est du pays ( tenus par le mouvement marxiste Simba pro-Lumumba), en lutte contre le pouvoir central (soutenu par la Belgique).

  

* Pourquoi la République du Congo (ex-Congo belge)?

 

En novembre 1964, Joseph-Désiré Mobutu, commandant de l'armée, a fomenté un coup d'Etat en République du Congo. Il impose aussitôt sa dictature, avec l'accord tacite des puissances occidentales, dont les entreprises convoitent les riches sous-sol congolais.

  

 

 Le Che alias "commandant Ramon" alias "Tatu".

 

  Le Congo intéresse depuis longtemps les Cubains. Le premier ministre, Patrice Lumumba avait fustigé l'attitude de l'ancienne métropole lors de la cérémonie d'indépendance (1960). Ses critiques lui aliénèrent sans doute d'autres dirigeants d'Europe de l'ouest. Très vite, Lumumba se trouve dans une situation très difficile et se voit contraint de réclamer l'aide internationale face à la sécession katangaise (la riche province minière du pays) qui menaçait l'unité du pays. Les puissances occidentales font la sourde oreille, à la différence des Soviétiques. Mais il est trop tard pour lui... Il est finalement trahi par son ancien secrétaire, le général Mobutu, qui est devenu l'homme fort du pays depuis qu'il contrôle la capitale. Traqué par les hommes de Mobutu, les services secrets belges, les agents de la CIA, Lumumba est arrêté le 3 décembre 1960 et transféré au Katanga, aux mains de son pire ennemi, M. Tshombé. Le 17 janvier 1961, il est assassiné.. Des liens ont en tout cas été tissés entre le Congolais et les dirigeants Cubains. Ces derniers décrètent d'ailleurs trois jours de deuil national à la suite de l'assassinat de Lumumba.

  

D’après les informations recueillies par le Che lors de son premier voyage, c’est là que le mouvement révolutionnaire serait le plus avancé, proche de remporter la victoire. 

 


  Le Che et ses barbudos au Congo.

 

  Après avoir traversés le lac Tanganyika depuis la Tanzanie, Le Che, et les quelques barbudos qui l’accompagnent, déchantent vite. Les rebelles ont perdu du terrain face aux troupes gouvernementales. Le mouvement s’avère particulièrement divisé, si bien que les hommes passent plus temps à se quereller qu’à lutter contre l’adversaire. Le chef de zone Laurent-Désiré Kabila ne bouge guère de la Tanzanie voisine. Surtout, les malentendus culturels qui séparent guérilleros cubains et soldats congolais révoltés, transforment l’expédition en un véritable fiasco. Les Cubains rentrent au pays, dépités.

 Si le Che et Castro avaient retenus le Congo c'est aussi parce qu'il se trouvait au centre du continent et pouvait donc constituer une extraordinaire base arrière pour aider à l’émancipation de l’Angola voisin, mais aussi de l’Afrique du sud où le régime de l’apartheid semble encore très solide. Intéressons-nous désormais à ces deux points chauds.

  

* Le soutien à l'ANC en Afrique du sud.


  

Pour son premier voyage hors d'Afrique du sud depuis sa libération (février 1989), Nelson Mandela se rend à Cuba (en juillet 1991). Cela ne doit rien au hasard. S'adressant à Fidel Castro, il lance: « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous, qui nous avez aidés à entraîner nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins, etc., vous n’êtes jamais venu chez nous .» En effet, Castro soutient les différentes organisations africaines en lutte contre le régime de l'apartheid qui continue de sévir avec virulence en Afrique du Sud Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe).

 

* La guerre d’Angola.

 Au Congo Brazzaville, en 1964, Che Guevara rencontre les leaders des mouvements nationalistes (ceux qui se réclament du marxisme en tout cas) en lutte pour leur indépendance dans les colonies portugaises: 

  - Amilcar Cabral, puis Luis Cabral, fondateurs du «Partido Africano da Independencia da Guiné e Cabo Verde» (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert ou PAIGC);

  - Agostinho Neto, le chef du mouvement populaire de libération de l’Angola aux prises avec la métropole portugaise.

  

  

En Angola où la guerre de libération dure depuis les années soixante. Cuba envoie à Agostinho Neto, dès le milieu des années 1960, une division entière. Mais à la veille de la « révolution des Œillets », qui met fin à la dictature salazariste, en 1974, le MPLA n'a pas remporté de succès militaires significatifs.

 La révolution des œillets (1974) précipite en tout cas les choses. Le nouveau régime qui s'impose au Portugal accorde l’indépendance à toutes ses colonies. La guerre est pourtant loin d'être finie...

 

Trois mouvements s’opposent désormais:

  •  le MPLA d’Agostinho Neto, résolument dans le camp socialiste,  
  • le FNLA de Holden Roberto et
  •  l’UNITA menée par Jonas Sawimbi, un dissident du FNLA.

 

Chacun des blocs lorgne sur ce pays riche en ressources pétrolières et diamantifères. Les Etats-Unis arment et financent les deux mouvements qui se battent contre le MPLA. Le gouvernement sud-africain, qui a fait de la Namibie voisine une province, a peur de la contagion socialiste. Aussi, en accord avec les Américains, ils entrent directement dans le conflit aux côtés de l’UNITA.


 

  

Le MPLA l'emporte finalement grâce à l'appui décisif de près de 35 000 soldats cubains envoyés par Castro. C'est donc épaulé par les troupes cubaines, armées par Moscou, que Neto parvient à conserver le contrôle de la capitale Luanda. Il proclame l’indépendance le 11 novembre 1975. La guerre, malheureusement, ne fait que débuter. L’UNITA et le FNLA continuent de combattre et le conflit reste un des plus meurtriers qu’est connue l’Afrique au XXème siècle. Les Cubains poursuivent l’envoi de soldats ( On estime que près de 350 000 Cubains ont combattu en Angola durant toute la durée de la guerre). L'élection de Reagan en 1980 consitue un tournant important. Celui-ci débloque des fonds substantiels qui permettent à l'UNITA de Sawimbi de reprendre l'avantage. Lors de la bataille de Cuito Canavale, en 1987, ses troupes écrasent la coalition angolo-cubaine. C'est l'impasse. Il faut dialoguer.

 

  En juillet 1988, un accord en 14 points est enfin trouvé entre l’Afrique du sud, le MPLA et Cuba. L’Afrique du sud promet de renoncer à la Namibie (des élections doivent être organisées sous le contrôle des Nations Unies), tandis que Cuba s’engage à retirer son contingent d’Angola. En décembre 1988, le protocole d’accord est ratifié. Il aboutit à l’indépendance de la Namibie et contribue à desserrer l’étau de l’apartheid en Afrique du sud. Six mois après, tous les militaires cubains ont quitté l’Afrique. Avec la chute du mur, en novembre 1989, Cuba n’a de toute façon plus les moyens d’exporter cette révolution en Afrique.

  En guise de conclusion, rappelons que la volonté première de ne pas s’aligner sur les Etats-Unis et l’Union Soviétique aura finalement été un voeu pieux pour de nombreux pays d'Afrique subsaharienne. En pleine Guerre froide, l’Afrique et ses étendues riches en ressources naturelles stratégiques restent un enjeu permanent pour les superpuissances.

 

Que reste-t-il de l'engagement internationaliste cubain en Afrique? Sur le plan politique, à peu près rien, en revanche, Castro continue à envoyer des médecins. C'est finalement sur le plan culturel que les legs semblent les plus solides, particulièrement dans le domaine musical. Nous vous le prouvons dans la suite de cet article: "de la Havane à Kinshasa, on danse la rumba".

  

Pour aller plus loin.

 * Un documentaire passionnant de Jihan El Tahri: "Cuba, une odyssée africaine".

Documentaire

éditeur : ARTE / Temps noir Big Sister / ITVS / BBC

parution : 2007

 

 Un documentaire passionnant, en deux parties, qui revient sur l'engagement des Cubains en Afrique.

 

* un livre.


 

* Ernesto Guevara Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo
Métailié (2000)



Le journal du Che durant son expédition au Congo en 1965. Il y raconte l'échec de l'intervention internationaliste. Il livre une analyse sévère et on se rend compte à le lire à quel point il était peu préparé aux réalités congolaises.

  Extraits: "« Ceci est l’histoire d’un échec. […] Pour être plus précis, ceci est l’histoire d’une décomposition. Lorsque nous sommes arrivés sur le territoire congolais, la Révolution était dans une période de récession ; ensuite sont survenus des épisodes qui allaient entraîner sa régression définitive ; pour le moment, du moins, et sur cette scène de l’immense terrain de lutte qu’est le Congo. Le plus intéressant ici n’est pas l’histoire de la décomposition de la Révolution congolaise […], mais le processus de décomposition de notre moral de combattants, car l’expérience dont nous avons été les pionniers ne doit pas être perdue pour les autres et l’initiative de l’Armée prolétaire internationale ne doit pas succomber au premier échec. »".

 

Sources:

  •  Article du magasine Jeune Afrique intitulé: "Le rêve africain de Castro".
  •  Le dossier qu'Arte consacre au documentaire "Cuba une odyssée africaine".
  • L'émission l'Afrique enchantée (sur France inter) du 18 janvier 2009: "Cubafrica".

 

Liens:

 Sur Samarra:

 


Sur l'histgeobox, plusieurs titres permettent d'évoquer:

 

  

* Ailleurs sur la toile:

- "Che Guevara est lui aussi Africain".

 

Orchestra Baoba: "Amilcar Cabral".

par blot Email

Amilcar Cabral.

 

Amilcar Cabral est le fondateur du Parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Pendant 13 ans, il mène la guérilla contre les troupes portugaises. En 1974, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance, mais Cabral n'est plus là pour assister à ce moment tant attendu, car il a été assassiné. Il devient aussitôt le héros national et, d'une manière générale, un des grands martyrs des luttes de libération. Les musiciens et chanteurs ne tardèrent pas à exalter sa mémoire.


La suite de l'article est à lire sur L'Histgeobox.

Samarra en Afrique

par Aug Email



Sur l'histgeobox et sur Samarra, voici tout ce que vous pouvez trouver sur l'Afrique. Le classement est d'abord thématique puis par pays :

 

 

L'Afrique a une histoire... :

 

 

Faits et méfaits de la colonisation :

 

 

Le rôle des troupes coloniales :

 

  • Félix Mayol : “Bou Dou Ba Da Bouh” La création du corps des tirailleurs sénégalais, leur rôle dans la conquête coloniale en Afrique, puis leur engagement en Europe au cours de la Grande Guerre.
  • C.A.M.P. : “Hosties noires”. Les tirailleurs en tant que sentinelles de l'Empire dans l'entre-deux-guerre, puis leur participation à la deuxième guerre mondiale.
  • C.A.M.P. : ”Thiaroye”. Le massacre du camp de Thiaroye, le 1er décembre 1944, qui reste un symbole fort de l'injustice coloniale et des promesses non tenues par la France.
  • Zao: “Ancien Combattant”. L'engagement des tirailleurs africains dans les guerres coloniales jusqu'à la dissolution du corps avec les indépendances. Désormais la mémoire des tirailleurs est une mémoire vive.

 

Décolonisations et indépendances en musique:


 

 

L'Afrique d'aujourd'hui :

 

 

 

Des chansons sur la Françafrique sur l'histgeobox :

 




Retrouvez tous les articles par pays (classés
ci-dessous par ordre alphabétique)
 


Afrique du Sud :

 

 

 

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Rwanda

 

  • 1994 : Génocide au Rwanda : Entretiens (podcast) avec Jean Hatzfeld et Lean-Pierre Chrétien, Livres, BD, musique, chronologie pour comprendre le Génocide.

 

 

Sénégal :

 

 

 

Sierra Leone :

 

 

 

Somalie :

 

  • 194. K'Naan : "Somalia" (2009) Le rappeur canadien d'origine somalienne parle des conditions de vie en Somalie et de la piraterie. L'occasion pour nous de revenir sur l'histoire contemporaine de la Somalie et sur les origines de la piraterie.

 

 

Soudan :

 


 

 

Zimbabwe :

 

 

 

[illustration : extrait d'Aya de Yopougon]