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Art District ou le Hip Hop en toute liberté
Le hasard vous fait parfois entendre des sons qui vous accrochent tout de suite l'oreille. Ce fut mon cas en entendant l'album d'un groupe de Hip Hop que je ne connaissais pas. Son nom : Art District, en soi tout un programme. Donner ou redonner au Hip Hop toute sa dimension artistique loin des clichés commerciaux. Le Hip-Hop est par essence eccléctique et Art District l'a bien compris. Le groupe puise dans des styles variés : le jazz bien sûr (le groupe compte plusieurs instrumentistes) mais aussi la soul, la musique classique et beaucoup d'autres dont la liste constitue l'essentiel des paroles de la superbe chanson "Moz'Art District". Sans rien céder sur la forme, ils sont exigeants sur le fond. Leur musique est une invitation : Invitation à la fête, à la danse, à la solidarité et à l'engagement pour la paix et la démocratie. Bref, comme l'aurait dit Afrika Bambaataa : "Peace, Love, Unity & Havin'Fun". Leur premier album Live In The Streets est sorti en 2011.

[Photo : Bartosch Salmanski - m4tik.fr- Avec l'aimable autorisation du groupe]
Nous avons décidé de creuser un peu et nous avons demandé au groupe de répondre à nos questions. Mr. E (leur MC), s'est chargé des présentations.
1. Depuis quand fonctionne votre groupe ? Comment s’est-il formé ?
Le groupe fête ses 5 ans cette année. Le projet Art District (AD) a démarré en 2007 suite à la rencontre de Rhum One (beatboxer/beatmaker) et Geo (batteur). Ils avaient envie d'allier du beatbox avec de la batterie dans une formation hip-hop live. Geo avait côtoyé Seb (clavier) au Conservatoire, Rhum connaissait Sam (basse) et moi Mr. E (MC) de mes freestyles spontanés dans les rues de Strasbourg et l’équipe a appris à se connaître à l'occasion de jam sessions de Strasbourg. On a travaillé 2 ans à cinq avant de rajouter une trompette et un saxophone en 2009 (Serge et Romux).
2. Quelles sont vos sources d’inspiration musicales, en particulier dans le Hip Hop ? Comment définiriez-vous votre style ?
Le point fort d’Art District est que nos influences viennent de styles très variés. Des Red Hot Chili Peppers à Miles Davis en passant par Electro Deluxe. En matière de Hip-Hop, il est clair que The Roots est notre référence par excellence (presque tous les artistes qui nous influencent sont cités dans le morceau “Back in the Day” [Clip à voir ci-dessous. Vous pouvez vous amusez à repérer les pochettes de disques connus...]). Mais la meilleure réponse est la dernière phrase de “Moz’Art District”: “Influenced by everything around.” C'est de cette façon que l'on définit notre style ou tout simplement : nous sommes un groupe de Hip-Hop. Le hip-hop est à l'origine un genre nourri d'influences diverses, un métissage musical dans lequel nous nous retrouvons.

"Cause an artist never really stops being influenced by everything around
All the beauty he ever found in every sound
Words weren’t found but understanding remained
The remainder of what’s left to do lies inside of you and it’s itching to explode
Inside the moment of creation
an instinct of the collective imagination" ("Moz'Art District")
3. Parlez-nous un peu de vos textes. Êtes-vous porteurs de messages particuliers ?
Les messages et thèmes abordés varient d'un morceau à l'autre. Il était très important pour nous de rendre hommage aux artistes hip-hop d'antan et on l'a fait sur « Back in the Day ». Parallèlement on a été influencé par d'autres artistes et d'autres styles que le hip-hop, et on en parle sur « Moz'Art District ». « My Muse » est notre "invocation" à la muse; c'est une chanson sur l'inspiration et le processus de création. A la base, le rap est un style engagé avec des commentaires sociaux et politiques. « Live in the Streets » est une chanson qui parle du printemps arabe et des mouvements populaires partout dans le monde. Notre méta-récit coïncide avec celui du hip-hop en général. C'est à dire: « Peace, love, unity and having fun ».
4. J’ai cru comprendre que vos horizons géographiques et culturels étaient différents. Cela est-il parfois un problème dans votre travail ou au contraire une richesse ?
Je viens de New York, mais je suis installé à Strasbourg depuis six ans. Sinon, le reste du groupe est Alsacien et habite également en région. Nos différences culturelles sont presque inexistantes aujourd'hui car les Français sont très américanophiles et je suis un ricain très franchouillard (le seul dans le groupe qui préfère les escargots au MacDo).
5. Quels sont vos projets à court et à plus long terme ?
A court terme on se prépare pour les belles dates qui arrivent (Printemps de Bourges, Les Eurockéennes, Festival de Jazz de St. Germain des Prés, etc...)
Concernant le plus long terme, nous travaillons sur un deuxième album ainsi que sur un projet de clip pour « Moz'Art District ». Nous cherchons aussi à nous exporter plus en dehors de l'hexagone.
Un grand merci à Mr. E et à Charlotte
Art District - Back In The Day HD from Art District on Vimeo.
Premier clip officiel du groupe Art District. Réalisé par Eve-Agency.
Retrouvez le groupe sur la toile :
- Le site du groupe, en particulier la page des paroles et celle des concerts (le 25 avril au Printemps de Bourges, en juin aux Eurockéennes)
- Leur page Facebook
- Le titre "Usual" en concert à la Flèche d'Or, "Live In The Streets" à la Bastille et le magnifique "Moz'Art District".
Notre bande son des émeutes d'Août 2011 en Angleterre.

Comme Aug l'avait annoncé dans son précédent post sur le NHS nous poursuivons sur nos blogs le dossier consacré à "L'Angleterre en crise". S'ajoute aujourd'hui une rétrospective des émeutes qui éclatèrent entre les 6 et 11 août 2011 Outre-Manche. Bien sûr, nous vous proposons de la parcourir en musique. Aug et moi avons sélectionné quelques titres qui nous semblent faire écho aux évènements. Nous vous les présentons comme un fil rouge, avec un clip et quelques extraits des paroles pour éclairer notre choix. Vous pouvez retrouver notre sélection, en playlist, à la fin de ce post.
Bonne lecture, Bonne écoute sur l'Histgeobox !
Le Rap de la Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe
Si je vous dis Hip-Hop et Nouvelle-Orléans, cela ne vous évoque sans doute pas grand chose. Les plus affûtés d'entre vous me diront peut être Lil' Wayne ou Bounce, mais guère plus. Pour tenter d'y voir plus clair et faire connaissance avec la scène rap de Big Easy (l'un des surnoms de la ville), nous avons demandé à l'un des spécialistes français sur ce sujet de nous servir de guide. Jean-Pierre Labarthe a en effet publié un livre sur l'histoire musicale de la ville et en prépare actuellement un autre sur la scène rap de "Nawlins".
Cette scène rap a connu une renommée au niveau national et international à partir des années 1990 avec le succès du "bounce". Selon un autre spécialsite, Nick Cohn, le bounce est un style de musique au départ basé sur l'appel-réponse des chants indiens du Mardi-Gras. Son rythme est basé sur le Triggerman beat détourné du classique "Drag Rap" des Showboys. Le tout épicé par des aboiements, une ligne de basse typique des second lines, et du funk de la Nouvelle-Orléans. Il combine donc différentes traditions musicales de la ville tout en s'inscrivant dans le mouvement hip-hop,. Bien sûr, d'autre styles de rap existent à Nola mais le bounce domine, plus de 20 ans après son apparition. Le rap de la ville n'est pas "conscient" au sens de Public Enemy ou KRS-One, mais il a des choses à nous dire sur ce qu'est la vie ou la survie d'un jeune "niggaz" dans une ville en déclin depuis des décennies et ravagée par un ouragan sans prédédent en 2005. Avant de découvrir les morceaux emblématiques et des liens, revenons donc avec Jean-Pierre Labarthe sur l'histoire du rap à Nola.

- Quand émerge la scène rap de la Nouvelle-Orléans et dans quel contexte?
La culture hip hop est bien née à New York et s'est répandue rapidement à travers le pays. La Nouvelle-Orléans n'est pas épargnée par ce mouvement culturel et artistique apparu dans le South Bronx, loin s'en faut ! Nous sommes en 1984, les premiers bourgeons rap viennent d'éclore grâce à l'alliance de jeunes artistes tels que DJ Mannie Fresh, Mia X ou DJ Wop, lesquels, épaulés par le transfuge new yorkais Denny Dee, viennent de former le premier crew de rap à La Nouvelle-Orléans : New York Incorporated. Du côté de la production discographique, on peut dire qu'elle s'élabore pas à pas. Rien de comparable avec le foisonnement vinylique du nord-est du pays, dans le Sud on compte les sous que l'on doit sortir de sa poche et « We Destroy » est un de ces 12‘’ séminaux réalisé par le Ninja Crew de Sporty T (4 Sight records, 1986) qui véhicule son petit buzz local. Patience et endurance sont à l'ordre du jour! Pour preuve, il va falloir attendre 1989 pour voir DJ Mannie Fresh et MC Gregory D réaliser un authentique album de rap: D Rules The Nation !
- Quels en sont alors les têtes d'affiche?
Les têtes d'affiches sont les précités DJ Mannie Fresh, Mia X, DJ Wop, Sporty-T mais aussi et surtout Gregory D qui accomplissent un hip hop directement influencé par la côte Est. A partir de 1991/1992, hormis MC Thick et Tim Smooth de West Bank, la grande majorité des artistes surfent sur la vague hédoniste du Bounce: MC Heavy (Gangster Walk), Black Menace (Going Off), 3-9 Posse (Ask Them Hoes), MC J'Ro'J (Let's Jump), Bust Down (Nasty Bitch), Daddy Yo (I'm Not Yo Trick Daddy), Ice Mike (Bring Da Heat), Lil Slim (Bounce Slide Ride), DJ Jimi (Where They At?), Joe Blakk (It Ain’t Where Ya From), Juvenile (Bounce For The Juvenile), Da Sha Ra (Still Bootin' Up) etc...
- Quel est le rapport des rappeurs de la N.O. au passé musical et au patrimoine de la ville?
Le Bounce vient des différents housing projects
(Magnolia [Photo ci-contre], St Bernard, Lafitte, Iberville, St Thomas, Calliope, Melpomene) et résulte d’un métissage culturel typiquement local. En vérité, le côté fusionnel du Bounce n’a rien d’extravagant lorsqu'on regarde le passé musical de la ville. Au préalable les artistes emblématiques tels que Jelly Roll Morton, Professor Longhair puis les Funky Meters ont su au mieux dans leurs styles respectifs explorer les privilèges d’une pareille situation géographique pour construire un schéma musical totalement hybride, systématiquement en adéquation avec le foisonnement ethnique de la cité portuaire.
En ce qui concerne les danses, vu que La Nouvelle-Orléans alias « La ville aux mille danses » était une des rares villes américaines où le vaudou était toujours vivace avant Katrina, les secousses corporelles du Bounce peuvent par moment évoquer la transe cultuelle voire certaines danses africaines comme la Mapoula Dance en provenance de la Côte d'Ivoire. Lors des block ou teen parties se sont les inévitables deejay’s qui intiment l’ordre à leur auditoire de suivre un protocole qui dicte les diverses façons d’appréhender le twerk (danser sur du Bounce). Le roi du twerk n'est autre que DJ Jubilee (Take Fo' records), il vient de St Thomas et a composé de multiples variantes qui permettent aux danseurs d’épancher leur soif de défoulement à la faveur des Walk the dog, Tiddy boppin’, Ride the bike, Hop in a circle, Do the sissy walk, Do the nikki, Do the Jubilee all, Penis poppin’, Stick your booty
out, Shake it like a dog….
Au niveau musical, tous accomplis autour de 1992/93: "Bounce ! Baby, Bounce !" par Everlasting Hitman, "Ya’ll Holla" par Ricky B, "Get it Girl" par Warren Mayes, "Bounce Slide Ride" par Lil’ Slim et "Second Line Jump" par 2Blakk véhiculent une production digitale bon marché boostée par le sempiternel sousaphone des fanfares. Cette alchimie singulière qui confond passé et présent, tradition et innovation cristallise l’évolution sociale de Big Easy au cours des années 80, une décennie qui a vu la classe ouvrière afro-orléanaise péricliter suite à la raréfaction des opportunités qu’offrait jusque là le business du pétrole. En effet, ayant fini par se reporter sur l’activité réfrénée du port, la diminution des industries extractives condamne la masse dite laborieuse à un statut végétatif avilissant, décuplant par la même occasion ce besoin d’épanchement affiché par la jeunesse à travers le hip hop, mais entérinant une criminalité sidérante principalement liée au business de la drogue régenté par les gangs de la ville. Entre temps, la métropole a fini par faire du tourisme son ambition nouvelle.
- L'ouragan Katrina a-t-il changé la donne? Où en est le rap de Nola en 2011?
Suite à l'intrusion catastrophique de Katrina, l'exode forcé vers Atlanta, Miami, Houston, Baton Rouge etc... privilégié par la grande majorité des rappeurs et producteurs, car sensé leur apporter un avenir professionnel assurément meilleur, a été culturellement et sans nul doute artistiquement catastrophique. Néanmoins, réapparu plus essentiel que jamais du cumul des gravats qui jonche la cité, le combat Bounce est à nouveau à l'ordre du jour. Hormis que le rétablissement de la ville passe impérativement par la réappropriation de son patrimoine musical, on peut avancer que le lent rétablissement a été renforcé par le fait que le Bounce a joué un rôle primordial dans la reconstruction de l'identité collective de la communauté noire locale épouvantablement fragmentée par l'intrusion de l'ouragan.
A un moment où le rap mainstream déclamé par les jeunes Curren$y, Corner Boy P, Gudda Gudda ou Kidd Kidd (alias Nutt Da Kidd) oriente à nouveau les projecteurs sur la ville endeuillée, rien ne semble réfréner l'ardeur vengeresse des emcee's de l'underground. Pour preuve, l'anathème « Fuck Katrina and fuck Rita! » placardé sur la pochette de la compilation Bouncedown Volume 4 traduit le prosaïsme avec lequel les artistes Peacachoo, Gotty Boy Chris, Kilo, 10th Ward Buck, South Rakas Crew, 5th Ward Weebie, DJ Money Fresh, Hot Boy Ronald... ont décidé de malmener verbalement les ouragans, sous couvert de s'en prendre aux complices bureaucratiques de George W. Bush à cet instant encore en place à la Maison Blanche!
On peut affirmer que le Bounce se défend de tout individualisme ou cloisonnement communautaire. Katey Red (photo ci-contre), un (e) artiste transsexuel(le) qui est actuellement une notoriété très respectée du genre prouve soir après soir le caractère altruiste de ses intentions, c'est à dire rassembler pour une fête sans égal les gens que la bonne société capitaliste a pris le soin de séparer. Car à l'instar des bars gays de l'underground new yorkais des années 70 d'où émergea la fusion musicale homo érotique dite disco, les clubs Ceasar's, Da Chatroom et The Venue sont - toutes proportions gardées - les sites cruciaux de Big Easy où s'opèrent une vivifiante libération cathartique. La teneur chaleureuse du sissy bounce a ce pouvoir d'annihiler comme le fit la disco-funk en son temps les critères raciaux, professionnels ou bien sexuels. Du moins le temps de la performance!
- 8 titres pour retracer l'histoire du rap à la Nouvelle-Orléans.

1>> Gregory D & Mannie Fresh - « Buck Jump Time » - 1990
Exemple type du Bounce du début des années 90 par l'un des pygmalions du emceeing à Nola, Gregory D, et le futur producteur du célèbre label Cash Money, Mannie Fresh. Le mix s'approprie le beat digital de « Drap Rap (Triggerman) » des Showboyz (1986) mais aussi le pouls des fanfares locales.
2>> MC T.T.Tucker & DJ Irv - « Where Dey At » - 1991
Le premier vrai hit Bounce de la ville qui absorbe une fois de plus « Drap Rap (Triggerman) » des Showboyz. Le titre ne véhicule aucune philosophie particulière si ce n'est celle de faire danser les homies. Ce sample sera utilisé jusqu'à plus soif par les deejays de la Nouvelle-Orléans. A Memphis (Tennessee), c'est DJ Spanish Fly et quelques autres qui s'en emparent, s'en servant notamment pour établir la base rythmique du « gangsta walk » - un genre de breakdance locale.
3>> U.N.L.V. - « Drag'em Tru The River » - 1996
Titre emblématique de l'évolution du rap et des mentalités. L'émancipation féconde des côtes Est et Ouest poussent les labels locaux a réévaluer leur style. Les choses évoluent à la vitesse grand V dans le rap et les patrons des différents labels ont installé le débat sur le terrain glissant de la provocation. Le succès et l'argent attisent les ambitions, aussi une rude compétition est de mise entre les différents labels qui se titillent verbalement par artistes interposés. Il s'agit ici d'un des plus violents « diss » de l'histoire du rap à la Nouvelle-Orléans. Les poulains du label Cash Money records, le trio U.N.L.V., n'y vont pas avec le dos de la cuillère pour acculer le valeureux Mystikal (Big Boy records) dans le cordes du rap game et le rouer de coups. Mystikal répondra avec son mordant habituel via « Here I Go (Back From Tha River)» à l'agressivité manifeste du trio U.N.L.V. qui va être dérouté de son ascension fulgurante par la perte d'un de ses membres, Yella Boyee, assassiné en cette même année 1996 dans de mystérieuses circonstances.

4>> Master P - « Mr Ice Cream Man » feat. Silkk The Shocker & Mia X - 1996
Percy Miller alias Master P est le producteur providentiel qui va changer à tout jamais la donne dans le Sud. Rappeur plutôt insignifiant, c'est surtout en tant qu'homme d'affaire qu'il excelle. Travailleur acharné, armé d'une stratégie commerciale solide et à la tête d'un crew soudé, il va faire de son label No' Limit, fondé en 1990, une machine a récolter les disques d'or et de platine. Son ascension est si éblouissante qu'il figure rapidement en tête du box-office dressé par le magazine Fortune des plus grandes fortunes des moins de 40 ans. Son déclin sera aussi fulgurant que le fut sa réussite. Reste «Mr. Ice Cream Man » scandé avec son frère Sillk The Shocker, une pépite old school qui n'a plus le lustre d'antan mais qui cristallise l'émergence du rap parvenu et scintillant au niveau national!

5>> Juvenile - « Ha » - 1998
Juvenile vient lui aussi de la scène Bounce. D'ailleurs il a composé avec DJ Jimi un Bounce qui figure désormais au Panthéon des classiques du genre: « Bounce For The Juvenile » (1991). Il intègre le label Cash Money aux alentours de 1996 et réalise dans la foulée deux albums – Solja Rag en 1997 et 400 Degreez en 1998. C'est le bouche à oreille qui fait décoller 400 Degreez. L'effet boule de neige est tel, que l'album va devenir la meilleure vente jamais réalisé par le label (4 millions d'exemplaires vendus). Les charts nationaux retiennent deux hits « Back That Azz Up » et surtout « Ha» qui valide un phénoménal « off beat flow » plus un vrai pot-pourri des jargons ethniques de la Nouvelle-Orléans...

6>> B.G. feat. Big Tymers & Hot Boys « Bling Bling » - 1999
Le terme Bling bling qui n'était au départ qu'un idiotisme parmi tant d'autres trouvé par l'un des quatre Hot Boys de Cash Money, Lil' Wayne pour désigner son pendentif doré, est devenu une expression qui fait désormais parti du langage populaire universel.
Pas d'erreur possible. Revoir la vidéo du titre « Bling Bling » vomissant un inventaire de biens matériels allant de l’hélicoptère, à la voiture de luxe en passant par le hors-bord, est une épreuve en soi. Donc tout est parti de là, mais ce n'est pas tout! A cet instant, au grand dam des puristes, des militants hip-hop du Nord, les parvenus de Cash Money ont commis un crime de lèse-majesté. Lequel? Celui de travestir l’éthique à la fois subversive et unificatrice des pionniers de l'electro funk rap des années 80 pour se vautrer dans la gaudriole. Et ça barde!
Déambulant sur l’up tempo sudiste serti de synthétiseurs distordus, de toutes ces polémiques, B.G. n’en a cure. Le clip le montre, entre arrogance et nonchalance, la bouche sertie d’or, louangeant l’arrivisme outrancier dans toute sa splendeur. A juste titre, B.G. & C° signent là une des plus belles paraboles existentialistes du hip hop moderne en prenant l'establishment du disque à son propre jeu: En effet, dans le Sud, qui à cet instant précis n'a pas succombé à la fièvre du « bling rap »?
7>> Mystikal « Bouncin' Back (Bumpin Me Against The Wall) » – 2001
Son aventure guerrière dans le Golfe n'a rien changé à sa prime revendication.
Le Bounce n'aura jamais les faveurs de Mystikal, un genre de rhétorique que lui-même et le boss de Big Boy records, son premier label officiel, qualifient de primaire, plutôt rébarbatif. Son style s'oriente très vite vers le funk/rap, une façon de s'épancher dont il maitrise tous les éléments: la grandiloquence, l'énergie, la hargne gutturale héritée de James Brown et puis les hits qu'il enfile comme des perles («Ain't No Limit », « That's The Nigga », « Shake Ya Ass ») sous l'égide de Master P/Jive records qui ont pris son destin en main.
Hit ultime avant l'emprisonnement de Mystikal en 2004, « Bouncin' Back (Bumpin Me Against The Wall) » est en tout et pour tout le « Sex Machine » des années 2000, c'est à dire le truc idéal pour prendre d'assaut le dance-floor et tourner le dos durant quelques 5 minutes à la routine qui mine, qui opprime.
8 >> Lil' Wayne « A Milli » - 2008
Enfant prodige, Dwayne Carter alias Lil Wayne intègre Cash Money alors qu'il n'a que 11 ans. Il lui faut attendre la première décennies des années 2000 et les départs successifs des autres membres du label, suite à des polémiques trésorières, pour émerger. C'est par la diffusion d'un chapelet de mixtapes diffusées sur internet que sa côte grimpe et qu'il obtient une immense popularité. Une ère nouvelle s'éveille, les grands labels doivent désormais consulter internet pour savoir quel rappeur est dans la course et lequel ne l'est pas ou plus. « A Milli »
a été joué des dizaines de fois avant sa sortie et son succès – double disque de platine, plus un nombre incalculable de récompenses.
Vu que Lil' Wayne n'habite plus la Nouvelle-Orléans depuis des lustres et que le producteur Bangladesh de « A Milli » est d'Atlanta, il est sujet aux railleries les plus virulentes du côté de la Louisiane. Malgré un « Georgia Bush » évocateur accompli en 2006; beaucoup ont du mal à accepter cette réussite insolente synonyme de trahison envers ceux qui se débattent pour émerger du K.O. infligé par Katrina. De plus son mentor Baby « Birdman » Williams qui vient d'engager l'acteur/rappeur canadien Drake au cours d'une affaire considérée comme « l'une des plus grandes guerres d'offres de tout les temps» accentue ce profond sentiment de mépris qui n'a pas échappé au jeune MC orléanais K. Gates, lequel Gates n'a pas manqué de le signaler dans « Who Dat » (2010): « Une dédicace à Birdman qui signe des Canadiens et considère les artistes locaux comme des Aliens.»
Propos recueillis par Aug
Un très grand merci à Jean-Pierre Labarthe !
Ces 8 titres sont visibles dans la playlist vidéo ci-dessous, il s'agit pour la plupart des clips réalisés par les rappeurs, j'ai ajouté en fin de playlist deux vidéos dans lesquelles IceboogyXXL explique image à l'appui comment produire un titre bounce sur son ordinateur avec le logiciel FL Studio, très instructif ! Retrouvez ensuite d'autres titres évoqués dans l'entretien ainsi que beaucoup d'autres dans deux playlists sur les premières années et la période suivante.
Playlist # 2 : Le rap de la Nouvelle-Orléans, des débuts aux années 1990
Playlist # 3 : Le rap de la Nouvelle-Orléans, des années 1990 aux années 2000
Comme d'habitude, quelques repères géographiques avec la google map ci-dessous. Rappeurs, producteurs, labels, radios, lieux qui comptent dans l'histoire du hip hop à la Nouvelle-Orléans seront progressivement référencés sur cette carte qui compte déjà de nombreuses notices sur le rap aux Etats-Unis, en France, au Royaume-Uni et ailleurs (n'hésitez pas à me faire des ssuggestions de localisation !):
Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande
Sources et liens :
- Jean-Pierre Labarthe, Un siècle de musique à la Nouvelle-Orléans, Scali, 2008. Vous pouvez suivre l'actualité de Jean-Pierre Labarthe sur son blog, ou sur Twitter. Un livre co-écrit avec Charlie Braxton intitulé Gangsta Gumbo devrait sortir prochainement. Il présente sur le site abcdrduson 5 classiques du "Dirty South".
- Nick Cohn, Triksta. Un écrivain blanc chez les rappeurs de la Nouvelle-Orléans, Éditions de l'Olivier, 2006. Nick Cohn, journaliste et historien de la musique, originaire d'Irlande du Nord, nous offre une plongée passionnante dans le rap game de "Nawlins". On le suit avec bonheur sur les traces de Soulja Slim ou aux côtés de l'imprévisible Choppa.
- Hors-série de Rap Mag (avri-mai 2010) sur la Nouvelle-Orléans.... et le thème rap et prison. Il faut dire que de Lil'Wayne à C-Murder, la liste des rappeurs de la ville passés par la case prison est plutôt longue. Heureusement, ils passent aussi par la case départ pour empocher quelques dollars ! Le numéro est un bon aperçu du travail de quelques rappeurs, on apprend plein de choses même si on reste parfois un peu sur sa faim.
Sur la toile :
- Where They At: New Orleans Hip-Hop and Bounce in Words and Pictures. Un superbe site réalisé par Allison Fensterstock, une journaliste et Aubry Edwards, une photographe sur le bounce, ses lieux (clubs, quartiers), ses protagonistes (rappeurs, producteurs, dj, disquaires, labels,....). Une mine d'informations très agréable à consulter. Le site tient son nom du tube pionnier du bounce évoqué par Jean-Pierre Labarthe : MC T.T.Tucker & DJ Irv - « Where Dey At » - 1991
- Matt Miller, Emory University, "Dirty Decade: Rap Music and the U.S. South, 1997-2007", Southern Spaces, 10 June 2008. Une étude complète de l'émergence du "Dirty South" dans ses aspects musicaux et esthétiques, ville par ville.
- David Diallo, "Representing the Dirty South: Parochialism in Rap Music", GRAAT On-Line Occasional Papers – December 2008. Un papier très intéressant sur le rapport des rappeurs du Sud à leur espace d'origine.
Retrouvez notre dossier sur l'histoire et la géographie du rap et du Hip Hop ainsi que nos autres articles sur la Nouvelle-Orléans :
- Katrina, 2005 : Entretien avec Romain Huret
- Blacksad : un privé à la Nouvelle Orléans
- Treme, Nola après Katrina
- Faire de la musique après Katrina (à venir)
- La Nouvelle-Orléans dans la BD francophone
- Le Funk de la Nouvelle-Orléans (à venir)
- Petite histoire de la Nouvelle-Orléans :
- La fondation (1718-1763)
- De l'ère espagnole à la vente (1763-1803)
- Le XIXème siècle (1803-1865)
- Reconstruction et ségrégation (1865-1965)
- Entre déclin et catastrophes (1965-2011)

X-Mas Jam (Augmix #15)
Pour achever l'année, je vous propose quelques titres, anciens ou récents, qui ont bercé mes oreilles en 2010. Faute de temps, je ne vous les présente pas en détail comme d'habitude... Retrouvez tous les titres à écouter en fin d'article. Enjoy !
Laissons les faire leur entrée....
....Puis un détour par le Mali avec Amadou et Mariam....
L'un des plus fameux diss de l'histoire du Hip-Hop fut clos par ce titre de Boogie Down Productions "The Bridge Is Over". L'enjeu de la dispute : l'origine du rap. Bronx ou Brooklyn ? Marley Marl plié en quelques mesures par les représentants du Bronx, DJ Scott La Rock (décédé peu après) et KRS-One (samples de Sly & Robbie et Billy Joel):
Et l'un des meilleurs titres du "Teacher" : KRS-One : "MC's Act Like They Don't Know" (1995), avec DJ Premier aux manettes... (sample de "The Breaks" de Kurtis Blow
Vous connaissez sans doute la Danse Hongroise n°5 de Brahms....
....Peut être grâce au Dictateur de Chaplin...
... J'aime beaucoup cette utilisation par le rappeur anglais Professor Green :
L'un des meilleurs titres de Gangstarr "Who's Gonna Take th Weight". "Guru is the Mike and Premier is the anchor.." (samples de Maceo & the Macks, Kool and the Gang et LL Cool J):
Assassin, l'un des groupes emblématiques du rap français des années 1990 :
Une version un peu plus pêchue ici
Petite visite de Philadelphie avec l'un des premiers titres du groupe The Roots. "Hé, Black Thought et ?uestlove, vous me passez un peu de popcorn ?" :
Que faire quand on ne perce pas véritablement dans le rapgame et qu'on a du groove et une belle voix comme Aloe Blacc ? De la soul ! "If I share with you my story, will you share your dollar with me?" :
"T'aimer me tue..."
Soul toujours avec Ben L'oncle Soul :
Quand Raphaël se confie à Jeanne d'Arc :
Oxmo pour terminer :
Retrouvez également la sélection de novembre de Blot
Toute l'équipe de Samarra vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année !
"Empire State of Mind" : Quand Jay-Z et Alicia Keys nous font visiter New York
En suivant Jay-Z et Alicia Keys, je vous propose sur l'histgeobox d'en apprendre plus sur la ville de New York, ville mondiale et ville fragmentée, attractive et très diverse.
Vous trouverez dans cet article un portrait de la ville avec des cartes et des statistiques, de nombreuses photos prises par VServat et Sara K (Many Thanks !), une playlist d'autres titres sur la "Big Apple" et de nombreux liens.
Et bien sûr regarder le superbe clip de cette chanson....
Un monde de Rap (1-II) Royaume-Uni

Article à lire, voir et écouter en cliquant sur le lecteur ci-dessous ou en podcast. Playlist complète, carte, sources et liens à la fin.
Retrouvez la première partie sur les années 1980 et 1990 en cliquant ici.
- De Roots Manuva à Dizzee Rascal
J'ai terminé la première partie de la présentation de la scène rap britannique par Roots Manuva qui émerge à la fin des années 1990. Entamons cette deuxième partie sur les années 2000 par le même Roots Manuva puisqu'il est toujours, en ce début de deuxième décennie du XXIème siècle, l'une des locomotives du rap made in UK. Je vous fait écouter deux extraits de titres issus de son dernier album Slime & Reason, sorti en 2008. Observez-le d'abord dans "Again and Again" jouer une partie de cricket très originale puis dans le mystique et magnifique "Let The Spirit".

L'autre tête d'affiche du rap britannique, c'est donc Dizzee Rascal. S'il vit aujourd'hui dans la douce quiétude de la campagne anglaise au coeur du Kent, il a grandi à Bow, au nord-ouest de Londres. Son père est Nigérian et sa mère Ghanéenne.
A 19 ans en 2003, il a obtenu le Mercury Prize (prix annuel décerné depuis 1992 au meilleur album britannique ou irlandais) pour Boy in Da Corner, une première pour un rappeur. Il a depuis enchainé trois autres albums et autant de succès jusqu'à Tongue N' Cheek sorti en 2009. Son tube le plus connu, c'est "Bonkers" c'est-à-dire cinglé... "Certains pensent que je suis cinglé mais je suis juste libre !"
- Le "Grime", émergence du style UK ?
Dizzee Rascal est souvent annoncé comme le meilleur représentant du style "grime" c'est-à-dire "sale". Sale par l'univers décrit par les MC, par la rythmique plutôt violente inspirée du dancehall jamaïcain, par la rapidité du flow, les phrases courtes, les mots répétés. Mais le grime c'est aussi une décomplexion à rapper sans dissimuler son accent, le langage et les sujets de tous les jours. C'est le moment décisif où les rappeurs vont cesser d'imiter le rap américain. Wiley est sans doute celui qui marque la rupture, il est le "parrain" du grime. Le grime se développe donc à la fin des années 1990, au sein d'une riche scène underground (entre rave, jungle et style garage) dans le quartier de Bow au Nord-Est de Londres. C'est l'épicentre du MCing britannique.

Dizzee Rascal est celui qui va faire émerger cette scène au grand jour. Il fait alors partie d'un collectif créé en 2002 : Roll Deep. Ce collectif compte également Wiley (Photo ci-contre) et Tinchy Stryder. Si Roll Deep continue son chemin sous l'impulsion de Wiley, c'est sans Dizzee et Tinchy Stryder qui ont entamé avec succès une carrière solo. Rascal rejette d'ailleurs le terme grime qu'il considère comme une invention de toutes pièces par des journalistes. Wiley préfère lui parler d'Eskibeat. Sur les traces de Rascal, de nombreux artistes prennent le micro et connaissent le succès. Le grime a même sa série télé interactive : Dubplate Drama.
Inspirée par le grime et par les disques de Salt-N-Pepa qu'écoutaient sa mère, la jeune rappeuse Lady Sovereign a grandi dans un HLM à Wembley. Son ascencion est très rapide puisqu'elle a signé un contrat avec Def Jam après avoir bluffé Jay-Z qui lui demandait un freestyle...
Toujours dans la mouvance Grime, le très jeune Chipmunk (né en 1990, de Tottenham) a été consacré meilleur artiste Hip-Hop en 2009 aux MOBO awards (MOBO signifie Music of Black Origin). Dans le même temps, le trio N-Dubz (de Camden Town au nord de Londres) était sacré meilleur groupe. Le groupe, créé en 2000, a produit deux albums en 2008 (Uncle B) et 2009 (Against All Odds). Chipmunk et N-Dubz ont été, avec Tinchy Stryder, les plus gros vendeurs de disques Hip-hop en 2009 au Royame-Uni.
Même si certains comme Dappy de N-Dubz se distinguent souvent dans la rubrique des faits divers, ils savent aussi se mobiliser pour des bonnes causes comme pour ce titre de 2009 "I Got Soul" qui dénonce l'utilisation des enfants-soldats. Le collectif Young Soul Rebels rassemble entre autres Chipmunk, Tinchy Stryder et N-Dubz.
De nombreux rappeurs comme Professor Green (vidéo ci-dessous), Jammer et Tinie Tempah s'inscrivent également dans ce courant. Le rap britannique ne se limite pas au grime, nous allons le voir. D'ailleurs il y a aussi quelques gangstas comme Giggs.
- Diversité
Dans un autre style, le rappeur The Streets (de son vrain nom Mike Skinner), originaire de West Heath à Birmingham, a déja sorti quatre albums depuis 2002 et est un des rappeurs les plus connus du pays.

Autre lauréate du Mercury Prize, cette fois-ci en 2009, la jeune Speech Debelle, récompensée pour Speech Therapy. De son vrai nom Corynne Eliott, elle est née en 1983 à Londres. Elle grandit sans père avec sa mère jusqu'à l'âge de 19 ans (écoutez la très belle chanson qu'elle écrit à ce père qu'elle n'a jamais connu "Daddy's Little Girl"). Elle quitte alors sa mère et va vivre quelques années dans la précarité. Une expérience qui constitue en grande partie la toile de fond de son premier album Speech Therapy (Le mot signifie également orthophonie en anglais). Speech Debelle est en effet une jeune rappeuse qui croit aux vertus de la parole. L'album est sorti en 2009 sur le label Big Dada et est produit en partie par Wayne Lotek qui produit également les disques de Roots Manuva. Manuva que l'on retrouve en featuring sur "Wheels In Motion". L'ensemble de l'album est une petite merveille qui mêle sonorités jazz et folk.
Malheureusement, le succès commercial n'a pas été au rendez-vous, des concerts ont été annulés (dont un à Nancy...) et Speech Debelle a décidé de rompre avec son label. Aux dernières nouvelles, les choses se seraient arrangées... Elle travaille en ce moment sur un nouvel album annoncé pour bientôt, ça s'appellera The Art of Speech.
Enfin pour terminer évoquons un personnage inclassable et détonnant, que l'on ne peut bien sûr enfermer dans le seul Hip-hop : M.I.A. Elle est née à Londres, mais a vécu une partie de son enfance au Sri-Lanka, d'où ses parents sont originaires. Elle fait partie de la communauté tamoule, minoritaire au Sri-Lanka. Elle revendique fièrement cette origine et n'hésite pas à parler d'un "génocide" pratiqué par la majorité cinghalaise de l'île. Cela lui a valu de nombreuses menaces, y compris de l'armée srilankaise. Elle est davantage inspirée par le rap américain. Elle a connu la célebrité grâce au titre "Paper planes" qui figure dans la B.O. de Slumdog Millionnaire et dans lequel elle sample "Straight to Hell" des Clash ("Paper Planes" a lui même été samplé par Kanye West, voir ici). Elle vient de sortir son troisième album : Maya.
Voilà, tout ceci n'est qu'un aperçu subjectif. N'hésitez pas à me signaler erreurs, omissions et suggestions. Hope you enjoyed the vibe !
Retrouvez tous les artistes évoqués dans la carte du hip-hop ci-dessous :
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Sources et liens :
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Pour commencer : Thomas Blondeau, "Angleterre : U.K. Resistance", Muziq n°4, mars-avril 2009
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Lisez le très bon article que Joël Vacheron consacrait à Speech Debelle, il est paru dans le numéro 115 de Vibrations. Et du même journaliste : Grime: Wiley, la récréation est terminée.
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Heroes of UK Hip-Hop : Un très bon site sur les pionniers du Hip-Hop au Royaume-Uni.
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Le quotidien The Guardian et son supplément dominical The Observer sont une mine pour la musique du Royaume-Uni en général et le rap en particulier. Parmi les articles les plus récents : Rosie Swash, "Label of love : Big Dada", The Guardian, 8 june 2009; Simon Hattenstone, "Dizzee Rascal : Fight to the top", The Guardian magazine, 31 july 2010; Alexandra Topping, "First Dizzee Rascal, now the British urban scene is getting crowded"; "Tinchy Stryder: 'Jay-Z liked what he saw in me. I reminded him of him'"; "Are you ready for the British MCs?"; "N-Dubz and the second coming of Brit pop"; "Jammer: who needs a record deal?".
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Sur Mondomix : "M.I.A. repousse les frontières", et un entretien avec l'artiste.
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Mine d'or : le site Grimepedia pour tout savoir sur les artistes, les mixtapes, les albums.
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Votre dose quotidienne de Grime sur Grimedaily
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Notre dossier sur l'histoire et la géographie du Rap et du Hip-Hop
Un monde de Rap (1-I) Royaume-Uni

Inaugurons cette nouvelle série évolutive sur le rap dans le monde par une scène plutôt méconnue, celle du Royaume-Uni. Dans une première partie, nous évoquerons les années 1980 et 1990 avant d'aborder les années 2000 la semaine prochaine. Nous poursuivrons ensuite notre tour du monde par des pays comme l'Afrique du Sud, le Sénégal, le Canada et bien d'autres. Cet article est disponible en podcast, vous pouvez donc l'écouter avec le lecteur ci-dessous ou le télécharger en vous abonnant au flux des podcasts de Samarra. Vous trouverez au fil de cet article des vidéos et à la fin une playlist et de nombreux liens pour écouter les titres évoqués en entier. ENJOY !
A l'heure d'entamer cet aperçu du paysage rapologique du Royaume-Uni, posons-nous cette question : le rap britannique est-il un rap de seconde catégorie qui n'aurait jamais pu se développer à l'ombre du grand frère américain ? En juillet, le nouveau Premier Ministre britannique David Cameron a reconnu lors de sa visite à Washington que le Royaume-Uni était le "junior partner" (partenaire de rang inférieur) dans la relation spéciale entre les deux pays. Est-ce également vrai pour le rap ? Quelques éléments de réponse.
Il est vrai que le rap britannique est longtemps resté embryonnaire, mais il semble avoir pris son envol depuis les années 1990. Les amateurs de rap d'Outre-Manche ont longtemps assouvi leur passion en écoutant le rap américain, d'autant plus qu'il n'y avait pas la barrière de la langue (seulement celle du slang....). Depuis les années 1990, ce n'est plus tout à fait vrai grâce à quelques pionniers. Essayons d'y voir un peu plus clair et de voir ce qui fait la spécificité du rap made in UK.
- Qui et où ?
Comme aux Etats-Unis et en France, les rappeurs sont souvent mais pas exclusivement issus des minorités, en particulier les immigrés ou descendants d'immigrés des anciennes colonies britanniques comme les West Indies (Jamaïque, Caraïbes), l'Afrique (Nigeria, Ghana) et le sous-continent indien (Sri Lanka, Inde, Pakistan). Mais précisons, et c'est sans doute une spécificité , que la scène Hip-Hop a toujours mêlé des rappeurs de toutes origines.
Nous allons essentiellement ici parler du rap anglais et principalement de ce qui se passe à Londres. Je ne suis pas suffisamment pointu pour vous parler du rap écossais, gallois ou nord-irlandais, pour autant qu'il existe véritablement !
A la question posée par le magazine Start Up en septembre 2008 : "Pourquoi le Hip-Hop n'a-t-il jamais vraiment percé au Royaume-Uni ?", Roots Manuva répondait : "Commercialement, c'est vrai. Mais philosophiquement, il a pris. La scène est simplement plus petite. Je crois que le multiculturalisme est spécifique à Londres et Birmingham [La deuxième ville anglaise avec plus d'un million d'habitants, 3,8 avec l'Aire urbaine]. Les régions sont lentes à s'adapter. Il y a des petites scènes hip-hop originales comme à Cambridge, Leeds, mais ça reste petit."
Si on regarde la carte du Hip-Hop au Royaume-Uni, Londres est donc surreprésentée, en particulier ses quartiers péricentraux de l'Est (Bow en particlier) et du Sud.
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Mais revenons un peu en arrière et précisément aux années 1980.
- Les pionniers : Tim Simenon et Bomb The Bass

[Tim Simenon au milieu des années 1980; source]
En 1987, Tim Simenon, crée le groupe Bomb The Bass. Il est originaire de Brixton, un quartier multiethnique du sud de Londres qui compte une forte communauté caribéenne. Ce quartier a connu des émeutes retentissantes en 1981 suite à la multiplication excessive des contrôles de police, puis de nouveau en 1985 et 1995.
Dans sa musique, Simenon recourt massivement au sampling. En 1988, assisté de Pascal Gabriel, il se lance dans la réalisation du titre "Beat Dis", présenté au départ comme une production underground newyorkaise. Il est très inspiré par le son de New York. A l'image du "mur du son" du Bomb Squad (les producteurs de Public Enemy), Bomb The Bass empile les samples, pas moins de 72 pour le titre "Beat Dis" qui est un gros succès (2ème au Box-office britannique). Public Enemy est d'ailleurs samplé ainsi que de nombreux artistes hip-hop (Bambaataa, EPMD, Funky 4+1, Scholly D). L'inévitable Funky Drummer de James Brown et Prince sont également de la partie (La liste complète ici). Même si la direction prise ensuite par Simenon et le Bomb The Bass les emmènent davantage vers la dance et la house, preuve est faite que le hip-hop peut s'enraciner en terre anglaise. Pendant une dizaine d'années, de nombreux rappeurs se lancent dans le game, avec plus ou moins de réussite. Les maisons de disque, au départ enthousiastes, retirent peu à peu leurs billes du hip-hop qui continue pourtant en mode underground. Signalons Three Wize Men, Hijack, London Posse, Silver Bullet, Black Prophetz, Gunshot, Rodney P ou The Creators qui font partie de la première génération du hip-hop au Royaume-Uni. Au milieu des années 1990, beaucoup de chemin reste encore à parcourir...

- Le rôle de Big Dada
En 1997, le label Ninja Tune lance Big Dada, sa branche consacrée au Hip-Hop. A l'origine de cette
initiative, le journaliste Will Ashon (ci-contre photo trouvée sur son blog). Ashon était frustré car personne ne pouvait se procurer les titres obscurs dont il parlait dans ses articles. Au mariage d'un de ses amis, il croise Peter Quicke du label Ninja Tune. Il le convainc de sortir un premier single pour voir. Il s'agit de "Misanthropic" du duo Alpha Phryme (voyez ici la version originale). Il faut alors un nom au nouveau label. En hommage au rappeur du Bronx Kool Keith, qu'Ashon surnomme Mac Dada, ce sera Big Dada. Au début, seuls des singles sortent sur le label.
Puis, un peu comme en France, une compilation va mettre sur orbite quelques artistes. En 1998, Big Dada sort donc la compil Black Whole Styles. Elle rassemble le meilleur du rap britannique dont Roots Manuva et l'Américain Saul Williams. C'est en 1999 que Big Dada décolle vraiment en signant le prometteur Roots Manuva. Celui-ci pose comme condition la production d'un album entier. En parallèle, plusieurs rappeurs américains trouvent, de manière fugace ou plus durable, un refuge musical propice à leurs créations au Royaume-Uni, à l'image de MF Doom ou de Saul Williams.
- Roots Manuva : la locomotive
Avec Brand New Second Hand en 1999 (signifiant quelque chose comme "Une occasion toute neuve"), Roots Manuva obtient la reconnaissance. De son vrai nom Rodney Hilton Smith, il est né en 1972. Ses parents sont venus de Jamaïque mais il grandit à Stockwell au Sud de Londres. La musique sur laquelle il rappe
est très inspirée par l'univers sonore jamaïcain (dub, ragga, reggae). Pourtant la musique profane n'était pas la bienvenue dans sa famille. Son père est un pasteur pentecôtiste qui lui a donné une éducation très stricte. Mais comme le dit Roots lui-même, c'est finalement la rue qui l'a emporté. Influence jamaïcaine donc pour la musique. Ajoutez à cela beaucoup d'humour et un délicieux accent cockney (l'accent des quartiers populaires de l'Est et du Sud de Londres). Pour vous donner un petit aperçu de l'humour à la Roots Manuva, regardez ces trois clips que je vous ai choisis. Le premier c'est celui de "Witness (1 hope)", son plus grand tube, issu de son deuxième album (Run Come Save Me). N'ayant rien gagné lors des jeux auxquels il participait à l'école primaire, il revient dans celle-ci vingt ans plus tard pour se rattraper...
Voici donc la playlist des titres évoqués cette semaine et de nombreux autres :
Sources et liens dans l'article qui couvre la deuxième époque, celle des années 2000.





17.04.12 21:42:55,
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