Samarra


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"Los Herederos" : la pauvreté en héritage.

par vservat Email

 

Voilà un documentaire qui ne vous fera pas traverser  les magnifiques paysages d'une terre arctique où les ours polaires sont en sursis au milieu d'une nature que l'homme s'emploie sans arrêt à souiller, ni plonger dans le bleu pur de l'océan dans le sillage des dernières baleines. Pas de commentaires racoleurs s'adossant à un catastrophisme outrancier sur  fond de musique gradiloquente pour vous expliquer les méfaits du réchauffement climatique. Le sujet mérite retenue et humilité, il n'est pas porteur  d'une grande esthétique visuelle, et ne s'inscrit pas dans l'air du temps car reste très peu sensationnaliste : pas de fin du monde en vue, ni de crime sanglant, ni de révélations fracassantes.

 

 

"Los herederos" ("Les enfants héritiers") est un documentaire d'E. Polgovsky datant de 2008. Il n'arrive qu'en cette fin d'année 2011 en France couvert de récompenses, mais sans doute trop grave, et décalé, il est fort mal distribué hors des salles d'art et d'essai volontaristes. "Los herederos" nous emmène au Mexique,dans 5 régions différentes du pays, toutes rurales mais inidentifiées. Sur les pentes abruptes d'une forêt luxiriante d'altitude sur lesquelles il est malaisé d'avancer, dans les plaines où paissent quelques chèvres, sur un plateau qu'un paysan labourre et ensemence de maïs, dans des régions moins enclavées ou les grandes exploitations commerciales donnent concombres, tomates, et haricots en abondance. Partout des enfants, dépenaillés, chaussures trouées, vêtements élimés, qui portent, cueillent, coupent, tissent, taillent. Le matin qui se lève annonce une journée de labeur à malaxer  la terre dans une briquetterie, dans les champs à ramasser les légumes qu'il faut ensuite porter dans des sceaux sans ployer sous la charge, dans la montagne escarpée au sol glissant pour débiter quelques bouts de bois de chauffage. Ici, les petits vont chercher de l'eau, là ils vont cuire les galettes de maïs, ailleurs, la petite semeuse dépose les grains de mais dans les sillons et les recouvre d'une terre poussée par ses sandales un peu grandes, une autre se mettra à actionner le rouet pour alimenter le métier à tisser en fil

 

 

Dans ces campagnes très pauvres, qui ne connaissent qu'un très faible développement, en marge ou aux périphéries de la mondialisation,comme on dit dans les programmes scolaires de géographie, pas de voiture, pas d'électro ménager, pas d'eau courante, pas de réseau électrique. On vit sommairement, et les enfants prennent leur part aux activités qui assurent la subsistance des familles. Cette pauvreté, le réalisateur nous le dit très subtilement, est une pauvreté qui se transmet de génération en génération. Par la symétrie de certains plans, sur les mains d'une aÏeule déformées par des années de labeur et celles d'une petite fille qui abîme les siennes en actionnant les rouages des appareils de filage, par les baskets trouées d'un jeune garçon qui ressemblent à celles d'un adulte qui effectue des travaux de terrassement, E. Pougolsky établit une filiation. Au travail, le regard des enfants est dur, déjà, celui de la jeune fileuse est vide, comme celui de la femme âgée et voutée au visage parcheminé. La peine, l'effort, la concetration au travail se lisent sur les visages des enfants. On ne sait rien de leur état d'esprit, le documentaire étant quasi muet de commentaires. La parole des enfants au travail n'est pas recueillie, et malgré l'aridité de la méthode, cela n'enlève rien à la force de conviction de ce qui est montré. De temps à autre, un morceau de musique vient habiller les images, les accompagner dans un tourbillon de plans plus rapides qui évoque l'oubli d'un âpre quotiqien et l'étourdissement  de la fête, durant laquelle les enfants se parent de masques, dansent et rient. Il n'y a pas que de l'accablement et une dénonciation en creux dans "Los Herederos", on y trouve aussi des fulgurances poétiques, en pointillés.

 

 

 

Los Herederos - Les enfants héritiers - Bande Annonce 

 

 

Le travail des enfants concerne presque 250 millions de garçons et de filles âgés de 5 à 17 ans dans le monde. Au Mexique, 3.5 millions d'enfants sont au travail (pour une population totale de 10 millions d'habitants) et 70% d'entre eux ne reçoivent aucun salaire pour le travail effectué (1) . Cela n'empêche pas leur scolarisation, qui n'est pourtant pas montrée à l'écran soit qu'elle soit considérée comme hors sujet, soit que le documentariste est choisi de nous laisser une part de travail à faire, mais vraisemblablement pas pour susciter la commisération du spectateur, on comprend rapidement que ce n'est pas le fond de commerce de notre documentariste.

 

 

A l'heure où la seule façon d'envisager le progrès pour l'humanité est imposé par les grandes puissances mondiales comme une véritable religion sous la forme du développement durable (ou soutenable), à coup de culpabilisation du chaland, "Los herederos" remet les pendules à l'heure et nous questionne fortement sur cette grille de lecture possible du développement futur des sociétés. En effet, dans ces espaces en marge de la mondialisation et de la financiarisation de l'économie, la déforestation est une question de survie avant d'être une question environnementale, l'agriculture fonctionne à l'énergie animale et humaine, et les déchets se récupèrent. Les problématiques de ces paysans ne cadrent pas avec celles du développement durable, et le mettent sur la touche. "Los Herederos" replace au centre ce que le développement durable, dans son instrumentalisation la plus malhonnête, a mis en option : la question sociale, celle des solidarités Nord/Sud, le progrès pour tous aujourd'hui et non le progrès pour demain réservé aux enfants de ceux qui, consentants ou à leurs corps défendnats, auront su distancer les autres.

 

 

 (1) Source "le Grand Journal", journal francophone du Mexique. N. Quirion, 12/06/2009

 

Gringo, ne m'appelle pas "mangeurs de haricots".

par blot Email

La chanson Frijolero du groupe de rock mexicain Molotov propose un aperçu radical des rapports et des représentations qu'ont les habitants de part et d'autre de la frontière Etats-Unis/Mexique.

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Sur les traces des espaldas mojadas.

par blot Email

 

Délit de fuite

Caricature trouvée dans Courrier International: "délit de fuite".

  

Le Mexique, membre de l’OCDE, de l’OMC, a pourtant le plus fort revenu par habitant de toute l’Amérique latine. Il s'agit d'un pays émergent non dépourvu de ressources. Par ses liens avec les Etats-Unis , c’est presque un pays « du nord ». Les deux Etats font partie de l'ALENA, l'Association de Libre échange des Etats d'Amérique du Nord, par exemple. Elle a permis d'accroître les échanges économiques entre les deux pays (échanges libres de droit, encouragement aux investissements). Pour autant, les termes de ces échanges sont inégaux et le Mexique souffre d'un rapport de domination, en tout cas de dépendance, à l'égard des Etats-Unis. Par exemple, les Etats-Unis absorbent 85 % des exportations mexicaines, alors que le Mexique ne fournit qu'un cinquième des achats américains.

 

Le niveau de développement plutôt moyen du pays permet de classer incontestablement le Mexique dans les pays du Sud. Les écarts de revenus qui le séparent du grand voisin du Nord restent très importants et expliquent que les flux de clandestins ne risquent pas de se tarir.

http://img229.imageshack.us/img229/6019/garycoronadopggk1.jpg

Photo empruntée au site Laïus d'Olibrius qui commente une intéressante série de clichés de migrants pauvres qui tentent de rejoindre un pays du Nord (2003 © Gary Coronado).

 

Ainsi des milliers de migrants poussés par la pauvreté quittent leurs pays dans l'espoir de trouver du travail et un avenir meilleur chez le grand voisin du Nord. Ce voyage est dangereux et semé d'embuches. 

La chanson  interprétée par Lila Downs dépeint avec humour les pérégrinations mouvementées d'un migrant confronté à toutes sortes de dangers. Sans le sou, affamé, esseulé, désorienté, il ne parvient pas à échapper aux gardes frontières.

 Malheureusement, dans la réalité, l'issue de ces migrations se termine souvent bien plus mal.

  

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Sin Nombre et La Vida Loca : au coeur des Maras en Amérique centrale

par Aug Email

Un film magnifique du jeune réalisateur américain Cary Joji Fukunaga est actuellement en salles en France. Le réalisateur est originaire d'Oakland en Californie mais vit à New York. Son père est d'origine japonaise et sa mère d'origine suédoise. Il a vécu dans plusieurs pays dont le Mexique. C'est justement dans le sud de ce pays, au Chiapas, qu'il nous emmène avec Sin Nombre. Nous suivons deux histoires parallèles de jeunes latino-américains qui vont se croiser sur un train en route pour El Norte : les Etats-Unis, eldorado tant désiré en Amérique Centrale. Sayra est une jeune fille qui vit à Tegucigalpa, capitale du Honduras. Séparée de son père remarié, elle le retrouve après plusieurs années pour gagner les Etats-Unis. Willy  "Casper" vit au Chiapas, il fait partie d'une clica (cellule locale) de la Mara Salvatrucha. Entre violence imposée et subie (la sienne et celle de ses supérieurs) et désir normal d'adolescent de son âge, il dispose de peu de liberté. Le film est très sombre et en même temps plein d'espoir. Il montre l'Amérique latine dans sa réalité sociale sordide, celle des bidonvilles (image saisissante à Tegucigalpa), de la pauvreté, de la drogue, de la violence omniprésente et insupportable. Il nous montre aussi ce que peuvent représenter les Etats-Unis pour ses jeunes sans espoir de s'en sortir là où ils ont grandi.

  

Pour "Sans Nom" (Sin Nombre), Fukunaga a lui-même parcouru le Mexique, n'hésitant pas à monter sur le toit de ces trains de marchandises que les migrants empruntent vers le Nord. Il y a vu la violence et la cruauté parfois à l'oeuvre, mais aussi la solidarité. Question récurrente : "Pourquoi partent-ils ?" Fukunaga répond dans une interview au LA Times en donnant cet exemple d'un Hondurien qui ne gagnait que 3$ par jour dans son pays et qui peut en gagner 13 dans la construction aux Etats-Unis. "Ce n'est pas parce qu'il pense que nos rues sont pavées d'or, ce n'est pas parce qu'il pense que tout sera rose." Il s'est également rendu en prison pour rencontrer des membres de gangs. Pour jouer les rôles principaux, il a choisi deux jeunes acteurs remarquables. Ironiquement, Paulina Gaitan qui joue l'Hondurienne Sayra est mexicaine et Edgar Flores, qui joue le jeune Mexicain, vient du Honduras. C'est son regard qui a séduit Fukunaga. Ces deux jeunes acteurs ont su donner au film toute sa force.

Pour prolonger le film, voici ce que j'aurais aimé savoir en sortant de la salle de projection...

 

L'immigration hispanique aux Etats-Unis

 

 

Le Mexique est le pays qui compte le plus de ressortissants aux Etats-Unis avec plus de 26 millions de personnes (chiffres de 2004). Viennent ensuite les Philippines et l'Inde. Les Hispaniques représentent aujourd'hui 15 % de la population américaine. Depuis 2000, ils sont plus nombreux que la minorité noire (12% environ). La carte ci-dessus vous indique leurs régions d'installation privilégiées : les grandes métropoles et le Sud-Ouest (qui correspond d'ailleurs aux Etats appartenant au Mexique jusqu'au XIXème siècle...).

Parmi les Hispaniques, les Porto-Ricains (Etat associé aux Etats-Unis) sont plus de 3 millions, les Cubains 1,5 millions (en particulier en Floride), les Salvadoriens 1,2 millions et les Dominicains 1 million. Les autres pays comptent moins d'un million de leurs ressortissants aux Etats-Unis. Les Guatémaltèques sont 0,7 millions, les Honduriens 0,5 et les Nicararaguayens 0,3.

 

 

 Qu'est-ce que les Maras ?

 

Les Maras sont des gangs transnationaux formés de jeunes. Ils sont implantés dans toute l'Amérique centrale et aux Etats-Unis. Ils ont été formés dans les années 1980-1990 après la fin des guerres civiles qui ont frappé les pays d'Amérique centrale pendant la Guerre froide. Les deux principaux sont la Mara Salvatrucha 13 (MS13) à laquelle appartient le héros du film et la Mara 18 (M18). Ils tiennent ces numéros des rues de Los Angeles où ils auraient été créés. Rien n'est sûr cependant sur leurs origines. Il s'agit peut être au départ de groupes d'autodéfense des migrants. Après les émeutes de Los Angeles en 1992, de nombreux centre-Américains sont expulsés des Etats-Unis. Coïncidant avec la fin des guerres civiles, en particulier au Salvador, cet évènement ramène au pays de nombreux jeunes affiliés aux gangs.

 

Très implanté au Honduras et au Nicaragua, la plaque tournante de ce réseau est néanmoins le Salvador en raison du nombre important de Salvadoriens aux Etats-Unis, en particulier en Californie.

L'entrée dans la clica d'une mara se fait entre 9 et 12 ans, la moyenne d'âge des mareros étant de 17-20 ans. C'est un milieu essentiellement masculin (à 90%). Les jeunes mareros ont souvent été victimes de violences domestiques, connaissent la prison, mais la plupart savent lire et écrire. L'entrée dans une clica n'implique pas l'arrêt de l'école. Avec le temps, les maras ont pris de l'ampleur et leur activité s'est criminalisée (Trafic de drogues et de clandestins vers le Nord notamment). Les responsables sont devenus de véritables professionnels. L'un des signes distinctifs de l'appartenance, les tatouages, a d'ailleurs tendance à se faire plus discrets pour ne pas se faire repérer. Les maras ont en effet de nombreux rites (salutation, initiation par la violence subie ou à accomplir, souvent le meurtre) à l'image des mafias.

 

De nombreux débats agitent les sociétés centre-américaines sur les origines et la véritable ampleur du phénomène. Les maras sont-elles les seules responsables de la criminalité ? Faut-il employer la manière forte ou la prévention pour réduire leur importance ?

Si le Salvador et le Honduras comptent le taux d'homicide le plus important de la région (55 pou 100 000 habitants), la violence n'est pas le seul fait des maras. Depuis le 11 septembre, les partisans de la manière forte ont trouvé un allié dans le gouvernement américain qui y voit un véritable problème de sécurité nationale. Les anciens mouvements armés de gauche des années de la Guerre froide, aujourd'hui devenus partis politiques, voient une permanence entre les méthodes des militaires et des compagnies de séccurité privée qui prolifèrent aujourd'hui (éxécutions extra-judiciaires) et celles du passé. La réponse à la violence par la violence ne semble en tout cas pas porter de fruit comme au Salvador, malgré l'aide des Etats-Unis. Au contraire, elle a renforcé la cohésion des maras. Le Nicaragua et le Honduras misent davantage aujourd'hui sur la prévention avec des résultats plus probants. Reste la difficulté de la réinsertion, comme après les guerres civiles, de ces jeunes habitués dès leur plus jeune âge à une violence sans limite.

 

Un photographe et réalisateur français, Christian Poveda, a été assassiné le 2 septembre 2009, probablement par un membre de la Mara 18. Il enquêtait sur les maras. Son film La vida loca, est sorti le 30 septembre. C'est un documentaire sur cet univers des gangs d'Amérique centrale. N'hésitez pas à donner votre avis si vous l'avez vu. Voyez ci-dessous la bande-annonce du documentaire.

 

Des liens

 

 

 

[Cartes réalisés par E.Augris. à partir des données du recensement des Etats-Unis et de l'Atlas de l'Amérique latine dirigé par Olivier Dabène, Autrement, 2006]

Arthur H et la soif de l'or.

par blot Email

 

Le 24 janvier 1848, James Marshall, découvre des pépites d'or dans un gros tas de cailloux alors qu'il répare un moulin à eau. L'annonce officielle de la découverte entraîne aussitôt la ruée vers l'or, direction la Californie.

Le talentueux Arthur H conte les mésaventures d'un de ces chercheurs d'or. Il souligne l'espoir immense qui habite ces hommes qui ont souvent tout quitté et son interprétation semble insister sur "la fièvre de l'or" qui brûle l'homme de l'intérieur. Il dépeint aussi les douleurs physiques liées à la quête des précieuses pépites.

 

Lire l'article et écouter ce superbe morceau sur L'Histgeobox.

Sur la platine: février 2009.

par blot Email

 

 

Du funk carioca, de la grande musique guinéenne, du reggae et un hommage en chanson à Boris Vian sur la sélection musicale du mois.

 

C'est à découvrir ici.

Samarra en Amérique latine

par Aug Email

 

En films et en musique :

Un film pour explorer les inégalités en Amérique latine, entre bidonville et Gated community à l'américaine.

 

 

 

Sur l'histgeobox, des titres sur l'Amérique latine :

 

Une chanson d'amour pour le pays natal du chanteur, l'Uruguay, l'occasion aussi de se plonger dans une société en souffrance.

Les dérives de la mondialisation et les risques qu'elle engendre.

L'Argentine contée par une jeune fille issue des quartiers pauvres.

Le nouvel désordre mondial vu par Kenny Arkana.

La dictature argentine et ses disparus.

L'impérialisme économique américain vu d'Amérique latine.

 

Ode aux paysans et sans-grades, en Amérique latine.

Yupanqui chant ici pour les cultivateurs indiens, victimes de toutes les exploitations et misères.

Sur les disparitions organisées par les dictatures d'Amérique latine au cours des années 1960 et 1970.

Un des nombreux hommages musicaux au Che.

Sur le commerce triangulaire et la traite.

La conquête du Mexique par Cortes

Un ska pour comprendre la prise du pouvoir par Fidel Castro

Un ska pour comprendre la crise de Cuba de 1962

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