Samarra


Tags: moyen orient

Quelques BD sur nos étagères...

par Aug Email

Voici quelques BD qui traînent sur nos étagères depuis quelques temps ou qui viennent tout juste d'y arriver !

 

Les meilleurs ennemis : Une histoire des relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient par Jean-Pierre Filiu & David B. (Futuropolis, 2011; Première partie 1783-1953)

 

Dans le flot des nouvelles qui nous proviennent du monde entier, il est parfois difficile d’y voir clair. Que ce soit pour comprendre les enjeux d’une crise lointaine ou pour maîtriser les évolutions, le journal télévisé ou même la presse écrite sont souvent loin d’être suffisants. Vous serez sans doute sceptique si je vous dis que la BD peut y contribuer… Et pourtant, elle offre la possibilité d’embrasser de vastes sujets, parfois brûlants. Il en est ainsi de l’ouvrage à quatre mains signé par Jean-Pierre Filiu et David B. Ce projet, de l'aveu même des deux auteurs, est né à Blois il y a quelques années, lors des Rendez-Vous de l'histoire organisés chaque année sur les bords de Loire. Les débats et conférences permettent à des historiens spécialistes de différentes périodes et régions d'échanger avec leurs pairs ainsi que des écrivains...et donc des dessinateurs de BD ! Le goût de David B. pour l'histoire n'est pas nouveau. L'un des tous premiers articles de ce blog était consacré à sa série Par les chemins noirs sur l'aventure de D'Annunzio à Fiume. Jean-Pierre Filiu est pour sa part un historien réputé de l'Islam et des relations internationales, notamment à Sciences-Po. [Ci-contre, les deux auteurs présentant la BD à Blois, octobre 2011;Photographie Aug]

 

 

Ils ont donc choisi de retracer les relations entre les Etats-Unis et le Moyen Orient en remontant assez loin dans le temps, dès la création des Etats-Unis. Ils commencent même par évoquer l'épopée de Gilgamesh, récit babylonien antérieur au XVIIème siècle... avant notre ère !  Mais c'est pour mieux parler du présent et de la Guerre en Irak, à l'heure où les dernières troupes américaines viennent de quitter le pays. Ils alternent les temporalités et les échelles. Le premier volume couvre ainsi un siècle et demi, du bombardement de la Régence de Tripoli par des expéditions américaines (deux siècles avant l'intervention de 2011...) au coup d’Etat orchestré par la CIA pour renverser Mossadegh en Iran en 1953. Mais à l’intérieur de ce temps long qui permet de montrer les tendances sur le long terme, les auteurs se penchent sur des évènements ponctuels qu’ils estiment importants ou révélateurs des caractéristiques de la politique américaine au Moyen-Orient. Ainsi de la rencontre en 1945 entre le Président Franklin Rossevelt et le roi Ibn Saoud qui scelle l'alliance garantissant au premier un approvisionnement en pétrole et à l'autre la garantie de la sécurité. L'épisode iranien de 1953 occupe une large place tant il constitue pour la CIA un cas d'école de sa capacité à intervenir de manière indirecte mais très efficace, notamment en finançant ceux qu'elle veut favoriser. Rappelons que le coup d'Etat qui a permis au Shah de s'accaparer le pouvoir a été encouragé par les Américains après que le Premier Ministre Mossadegh, de tendance progressiste, ait décidé de nationaliser l'industrie pétrolière, se mettant à dos les Britanniques et les Américains. Quant aux échelles, on passe sans difficulté (c’est le grand avantage de la BD…) des grandes idées des relations internationales (isolationnisme, unilatéralisme, réalisme,…) aux anecdotes les plus improbables : les fils Saoud voulant regarder des films peu recommandables à bord du Quincy en 1945, le Shah d’Iran montant sur une table pour discuter avec Kermit Roosevelt de la CIA....

 

Vous ne vous ennuierez donc pas en lisant ce premier tome. Les deux autres tomes qui couvrent les périodes les plus récentes devraient suivre si le succès est au rendez-vous. Nous les attendons avec impatience ! Voici un extrait qui parle de la naissance du terme de "Moyen Orient" dans le discours occidental.

 

 

 

AD La Nouvelle-Orléans après le déluge par Josh Neufeld (La Boîte à Bulles, 2011)

 

Josh Neufeld est un dessinateur de New York. En octobre 2005, il s'est porté volontaire pendant quelques semaines dans le Mississippi pour venir en aide aux victimes de l'ouragan Katrina qui venait de frapper le Golfe du Mexique. Il y a beaucoup discuté avec les réfugiés de la Nouvelle-Orléans de ce qu'ils avaient alors enduré. Il en a fait la base d'une BD, d'un "comic" au sens américain du terme. L'essentiel de son oeuvre n'est d'ailleurs pas une oeuvre de fiction mais relève du reportage BD voire du roman graphique. Son prochain travail (déjà publié en anglais) porte d'ailleurs sur Bahreïn). Ceux qui suivent Samarra connaissent notre intérêt pour la Nouvelle-Orléans. Je vous invite d'ailleurs à vous reporter à notre dossier sur le sujet pour en savoir plus sur l'histoire de la ville et l'ouragan Katrina.


L'auteur suit cinq personnages pour explorer cinq manières différentes de traverser l'épreuve terrible du passage du cyclone. Son usage de la couleur est intéressant dans une ville où la couleur de peau peut déterminer beaucoup de choses, à commencer par la vulnérabilité face aux aléas. Les images sont en effet saturées par une couleur qui domine chaque séquence : le cyclone, l'inondation, la vie après. Même si la réaction des autorités est abordée, c'est une histoire vue d'en bas qui nous est contée au travers de la lutte pour sauver ce qui peut l'être, la perte des repères habituels, la disparition des objets les plus chers, l'altération des capacités de jugement, la violence individuelle ou institutionnelle, la solidarité, l'absence de solidarité...

Le titre évoque d'ailleurs l'idée que ce fut pour beaucoup une "année zéro". A.D. en anglais signifie Anno Domini (Année du Seigneur), c'est l'équivalent de notre "après Jésus-Christ". (pour voir le blog de Josh Neufeld)

 

Voici un petit extrait issu de la version originale :

 

 

Une balle dans la tête par Corbeyran et Jef (Emmanuel Proust, 2009)

 

 La dernière BD dont je vous parle aujourd'hui a pour décor l'Irlande. Elle associe, ce qui n'est pas courant, le conflit nord-irlandais et les mythes les plus anciens de l'île. L'histoire met en scène des jeunes de l'IRA, luttant contre la présence britannique au début des années 1970. Le chef du groupe se fait tirer dessus lors d'une manifestation qui dégénère. Son frère est prêt à toutes les représailles. Pour éviter un bain de sang, l'un des membres du groupe décide de renouer avec des pratiques occultes traditionnelles pour identifier le tireur...

Il se rend donc régulièrement dans un tumulus qui ressemble fortement à celui de Newgrange qui ne se situe pas au Nord mais dans la République d'Irlande, tout près du site de la fameuse bataille de la Boyne (1690). Il s'agit d'un monument construit à l'époque néolithique (vers 3200 av. J.-C.). Sa pièce centrale est éclairée lors du solstice d'hiver. Le site est classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Le voici en photo suivi de deux extraits de la BD [photos Aug].

 

 

 

 

 

 

 

Le jeu des hirondelles, une BD sur Beyrouth en guerre et bien plus encore

par died Email

BEYROUTH, 1984

C'est un peu dans la lignée de Persepolis de Marjane Satrapi que Zeina Abirached a publié en 2007, son magnifique album, Le jeu des hirondelles, mourir, partir, revenir. Le parallèle est bien sûr trop évident entre ces deux femmes : elles dessinent en N/B, une BD sur la guerre et le Moyen-Orient. Pour autant, il me semble que sur la forme et le dessin, il y a bien des différences que nous allons essayer de mettre en exergue ici.


Le point de départ de cette BD est un reportage télévisé datant de 1984 consultable sur le site de l'INA où l'auteur, Zeina Abirached reconnaît sa grand-mère interviewée par un journaliste où elle dit :

" Vous savez, je pense qu'on est quand même, peut-être, plus ou moins, en sécurité, ici". Au moment, où elle prononce ces mots, on entend des déflagrations de mitraillettes.

"Ici", c'est en fait à Beyrouth pendant la guerre civile (1975-1990), il n'est pas question de présenter l'histoire très complexe du Liban. Rappelons, de manière très synthétique que le Liban est un ancien protectorat français et que depuis longtemps, il existe une communauté francophone importante. Indépendant en 1926, le Liban est un Etat où cohabitent principalement quatre communautés : les Chrétiens maronites, les musulmans sunnites, les chiites et les Druzes (musulmans hétérodoxes) qui vont se déchirer pendant quinze longues années. La présence de camps palestiniens et l'intervention des deux grands pays voisins (la Syrie et Israël) n'ont pas arrangé la situation.

 

Le récit de cette BD propose telle une tragédie classique, une unité de lieu et une unité de temps : le lieu est l'appartement à Beyrouth dans lequel, un soir, une petite fille et sa famille attendent le retour de leurs parents partis rendre visite aux grands-parents.

 

L'intérêt de cette BD est de décrire le quotidien d'une ville en guerre dans les années 80, le bruit des bombes, les difficultés quotidiennes (l'absence d'eau courante et de nourriture par exemple), la peur, l'attente, la destruction....
Sans jamais entrer dans le conflit, il se dégage au fil des pages, une universalité du quotidien des civils subissant la guerre qui nous amène à partager et à deviner de l'intérieur d'un appartement ce conflit sans jamais le représenter réellement.


 

 

Si le récit est une sorte de chronique, un peu à la Anne Franck.....la forme en est bien différente : Abirached prend le parti d'une stylisation du dessin : les personnages sont assez naïfs, avec une touche rétro dans leurs traits et des formes simples et géométriques (la chevelure des personnages est particulièrement stylisée). Elle utilise et abuse du noir qui est omniprésent sur les pages et surtout elle multiplie les effets visuels narratifs par des zooms, des gros plans d'objets, des répétitions ....on en arrive parfois à se rapprocher de l'abstraction par le biais de formes géométriques.....un vrai jeu visuel...


En cherchant à comparer, le style de ces personnages....J'ai enfin trouvé une comparaison (qui vaut ce qu'elle vaut) : les personnages me font, en effet, penser au générique d'une vieille émission des années 70 : histoire sans parole....dont voici un extrait.... hélas, je n'ai pas réussi à mettre la main sur le nom du dessinateur.



 

Enfin, je n'ai pas résisté à la mise en illustration de la tirade la plus célèbre de Cyrano...

 
Ainsi Zeina Abirached réussit à nous raconter une histoire avec beaucoup de poésie et de naïveté feinte qui dépeint de l'intérieur le conflit inextricable du Liban comme pour en exhorter tous ses vieux fantômes. D'ailleurs, elle a poursuivi dans ce sens en publiant également : Je me souviens, (Beyrouth) Catharsis et 38 rue Youssef Semaani qui sont présentés sur ce site.




JC Diedrich

 

Comment devient-on terroriste ? (2) Shahidas

par Aug Email

 

Décidément, Laurent Galandon a l'art de s'intéresser à des sujets qui nous préoccupent. Nous vous avons parlé régulièrement sur ce blog de ses différents scénarios mis en image par des dessinateurs variés (Arno Monin, A. Dan). Après avoir travaillé sur la Seconde Guerre mondiale et Mai 68 avec Arno Morin, la Guerre d'Algérie avec A. Dan, il s'intéresse à un sujet plus contemporain (à l'image de Gemelos).

En écrivant ce scénario, Laurent Galandon a tenté de comprendre ce qui poussait des femmes à commettre des attentats-suicides. Depuis l'attentat perpetré en 2002 à Jérusalem par une jeune Palestinienne de 26 ans, des femmes ont malheureusement contribué à ces actions terroristes. Le tout récent double attentat dans le métro de Moscou, probablement commis par des femmes, vient de le rappeler.

Shahidas nous emmène donc en Egypte, au Caire plus exactement. Ici encore, comme dans le roman de Mahi Binebine dont je vous parlais la semaine dernière, la somme des frustrations est un élément d'explication mais n'est évidemment pas suffisant. Il y a toujours cette partie de mystère sur les motivations intimes et psychologiques du passage à l'acte. Nous suivons, avec Laurent Galandon et grâce au dessin sobre de Frédéric Volante, un policier qui tente d'avancer dans un monde fragile et déstabilisant et de comprendre pourquoi des jeunes filles décident de mourir en "martyres" (la traduction en français du mot shahidas). C'est évidemment une histoire sombre et qui laisse peu de place à l'espoir. Sur un sujet complexe qui échappe rarement au manichéisme, les auteurs parviennent  néanmoins à nous faire réfléchir sans apporter de réponse toute faite.

Nous avons demandé à Laurent Galandon de répondre à quelques questions sur Shahidas, ce qu'il a fait bien volontiers. Nous le remercions pour cela.

 

  • Pourquoi avoir choisi de traiter ce sujet ?

Parce que je ne comprenais pas ce qui pouvait pousser ses femmes (mais également les hommes) à un tel acte : donner sa vie en cherchant à en détruire le plus possible. Je ne suis pas sûr de pouvoir y apporter une explication parfaite aujourd'hui.

 

  • A partir de quelles sources et documents avez-vous travailler ?

Comme pour chacune de mes histoires, j'ai connu un temps de recherche documentaire assez long. Les documents francophones sur le sujet sont assez rares. Je me suis donc appuyé sur de articles de presse, quelques sites qui évoquent le sujet et d'un ouvrage - intitulé également Shahidas - construit autour  de rencontres avec des Shahidas (arrêtées avant de se faire exploser) et d'enquête auprès de familles de victimes ou de kamikazes.

 

  • Quel message avez-vous voulu faire passer ? 

Pour moi, Shahidas reste avant tout un thriller. Et je ne sais pas si mes histoires, celle-ci comme les autres, cherchent à faire passer un message. Il s'agirait plutôt d'attirer l'attention et la curiosité des lecteurs et, éventuellement de les inviter à aller plus loin si le sujet les intéresse. Néanmoins, j'espère que Shahidas peut également modérer les jugements trop hatifs à l'égard de ses femmes poussées à de telles extrémités.

 

  • Quels sont vos projets pour l'année 2010 ?

En avril, le premier tome du Cahier à fleurs sera en librairie. Il s'agit de l'histoire d'une famille arménienne confrontée au premier génocide du 20ème siècle. En mai, le second tome conclura Tahya El-Djazaïr. Enfin, dans le courant du dernier trimestre, le premier volet d'une nouvelle histoire, Les Innocents coupables devrait également paraître. Il s'agit ici de l'histoire de quatre poulbots conduits dans une colonie pénitenciaire agricole, lieu que la presse dénoncera (tardivement) comme des Bagnes d'enfants.

 

 

Voici la bande-annonce du tome 1 de Shahidas, le tome 2 est annoncé pour la fin de l'année :

 


Shahidas - Cycle 1 - Tome 1/2
envoyé par grandangle-bd

 

  • Shahidas de Laurent Galandon et Frédéric Volante, Bamboo (coll. Grand Angle), 2009

 

Précisons que le roman L'attentat de Yasmina Khadra (dont nous vous parlerons sans doute prochainement) évoque également les femmes-kamikazes.

Nitin Sawhney: "Days of fire".

par blot Email

London Undersound est le nom du huitième album de Nitin Sawhney. Un fil conducteur sinistre relie les différents morceaux de cet album d'un grand éclectisme musical: les attentats de Londres en 2005 et leurs multiples conséquences.

L’album s’ouvre sur Days of Fire interprété par le rappeur Natty qui y rapporte sa propre expérience. Il reste en effet très marqué par la mort du Brésilien Charles de Menezes, pris par erreur par la police pour un poseur de bombe à la sortie de la station de métro Stockwell. Nitin Sawhney explique: " Natty était présent lors des attentats du 7 Juillet, puis par une étrange coïncidence, il était tout proche de la scène de fusillade de Jean-Charles de Menezes deux semaines après. En deux semaines seulement, la conception que l’on avait de Londres a été totalement bouleversée."
Ce morceau poignant nous invite à nous intéresser à la recrudescence des attentats perpétrés par des mouvements islamistes depuis maintenant deux décennies.

 

Lire la suite sur l'Histgeobox.

Dans la peau d'un soldat israélien

par Aug Email

Si la guerre des Six-jours de 1967 est certainement un tournant dans le conflit opposant Israël à ses voisins arabes, l'invasion du Liban en 1982 marque également un changement important dans la société israélienne.

A cette date en effet, une partie de la société se met à douter sérieusement de la légitimité de certains combats. D'autant plus qu'une partie de ces combats a été décidée par des hommes qui ne respectaient pas toujours les volontés de leurs supérieurs. Il en est ainsi du ministre de la défense d'alors, Ariel Sharon, allant plus loin que ce que souhaitait le Premier Ministre Menahem Begin. Idem pour la prise de l'ancien château croisé de Beaufort au sud du Liban en juin 1982. Ce poste avancé israélien était ensuite le seul au nord du fleuve Litani.

 

Deux films récents (disponibles en DVD) évoquent ce tournant en insistant sur le traumatisme des soldats israéliens qui ont dû, sur le terrain, accomplir des missions peu glorieuses malgré les apparences : Permettre aux phalanges libanaises de massacrer les civils palestiniens des camps de Sabra et Chatila à Beyrouth et servir de cibles vivantes au Hezbollah pour éviter une fuite "déshonorante" sur la frontière nord. Au-delà du contexte précis dans lequel ils s'inscrivent, ces films posent des questions universelles que les Israéliens n'ont pa complètement résolues (comme en témoigne la récente guerre à Gaza) : Comment un soldat doit-il se comporter face à des civils ? Le soldat doit-il obéir à ses supérieurs en toutes circonstances ?

 

Valse avec Bashir

 

Le réalisateur Ari Folman était soldat au Liban en 1982, il tente avec ce film d'animation très original, de se rappeler quel rôle il a eu lors du massacre de Sabra et Chatila. Retrouvez l'article que j'avais consacré au film et à cet évènement l'été dernier. (chronolgie, lectures,...)

 

Beaufort

 

Il s'agit au départ d'un roman de Ron Leshem qui évoque la dernière année de la défense de Beaufort avant son évacuation en 2000. Le narrateur est Liraz, un jeune officier plein de défauts et de qualités mais apprécié par ses hommes. La vie quotidienne du soldat est présentée de manière détaillée, les souffrances, les frustrations, l'amitié. L'invisibilité de l'ennemi renforce l'angoisse de ces hommes très différents dans le civil mais soudés  par la situation qui les rassemble.

 

Même si l'action se passe essentiellement dans ce morceau de territoire libanais contrôlé par Tsahal et des supplétifs libanais (la fameuse ALS) de 1982 à 2000, Ron Leshem nous offre une plongée passionnante dans la diversité de la société israélienne, divisée entre Ashkénazes et Séfarades, laïcs et religieux, pacifistes et nationalistes. C'est un très beau roman sur le traumatisme de la guerre, les difficultés de la réinsertion et le peu de considération dont bénéficient les soldats sur le terrain.

 

[Carte du Sud-Liban en 2000 avec la position du cchâteau de Beaufort; source]

Le film de Joseph Cedar ne restitue pas complètement l'atmosphère du livre même si Ron Leshem  a coécrit le scénario. Tout en contemplation, il ne nous plonge pas suffisamment dans les tréfonds de l'âme de l'officier Liraz comme le fait le roman.

 

Retrouvez des BD, des livres, des films, des musiques sur le Moyen Orient dans le dossier de Samarra.

 

 

Le grand mal, Medz Yeghern, une BD sur le génocide arménien

par died Email

Ceux qui pensent que la BD est un art mineur, réservée essentiellement aux enfants, je vous invite à lire ce livre, Medz Yeghern, le Grand mal de Paolo Cossi.






En effet, il aborde un sujet assez original pour ce type de support, le génocide arménien. Bien sûr, le dossier spécial de l'Histoire d'avril dernier, la pétition sur Internet émanant de Turcs demandant pardon au peuple arménien, les travaux d'historiens turcs décrivant ce génocide (Fuat Dündar, Taner Akçam) semblent  contribuer à faire sortir progressivement de l'oubli ce génocide encore méconnu du grand public.
Il n'en demeure pas moins que le sujet reste encore très sensible pour les autorités turques (plus particulièrement ches les nationalistes).
Surtout quand l'Assemblée nationale de la France a reconnu officiellement le génocide arménien par une loi dite  mémorielle (octobre 2006). Cela a fortement déplu aux autorités turques. Bref, encore beaucoup de crispations autour de cet événement historique.
 



Cette BD a pour grande vertu de présenter dans une histoire courte, la réalité de cet "épisode" de la 1ère GM. Le dessin est un peu austère, car en noir et blanc mais ce qui saisit immédiatement le lecteur c'est le réalisme des scènes et des attitudes des personnages. Sans tomber, certes,  dans un "hyper réalisme," Paolo Cossi n'hésite pas à montrer les actes les plus violents de cette extermination du peuple arménien. Il s'inspire, comme il le signale en note, de véritables photographies prises lors des massacres. Mais parfois le dessinateur prend une certaine liberté à représenter ces massacres par quelques déformations qui évoquent des images de cauchemar. A d'autres moments, ce sont de gros plans sur les visages ou sur les regards qui ne sont pas sans rappeler certains plans de films du cinéma expressionniste.
L'histoire raconte comment une jeune arménien du nom d'Aram, soldat de l'armée turque est éloigné du front pour être exécuté avec d'autres jeunes arméniens. Par chance, il survit et trouve de l'aide auprès d'un Turc qui n'accepte pas cette épuration ethnique (voilà une petite trouvaille scénaristique qui évite tout manichéisme). Par ailleurs, des témoins extérieurs, en particulier Allemands, alliés des Turcs dans cette guerre, tentent de dénoncer ces crimes. 


Dans la préface de cette belle BD, Antonia Arslan déplore que ce génocide ne soit  toujours pas abordé dans nos programmes scolaires : qu'il se rassure. Désormais, il se trouve en bonne place dans les programmes : en classe de 3è et en 1ère. II est  d'ailleurs, le 1er génocide du 20è siècle qui est étudié dans la perspective d'un second, plus connu, celui des juifs. Il n'en demeure pas moins que la question peut être sensible encore dans des classes où nous avons des jeunes d'origine turque mais que cela ne nous empêche pas de rechercher une certaine vérité historique, la plus objective possible. La multiplication des travaux, des supports et des approches peut nous faciliter la tâche. Cette BD trouvera donc bientôt sa place dans notre CDI.



Après une rapide recherche sur Youtube, je constate que certains documents mis en ligne proviennent de la propagande turque (sans doute nationaliste). Eh, oui, le Net est également un moyen de diffuser une histoire revue et corrigée voire de la pure désinformation...Rien de neuf sous le soleil, ce qui nécessite sur le sujet (Arménien) un certain sens critique.

En attendant, voici un petit reportage extrait de Soir 3 (résumant rapidement le génocide et donnant la parole aux témoins du massacre).




JC Diedrich

Samarra au Moyen Orient et en Asie Centrale (Histgeobulles 3)

par Aug Email

 Ce dossier recense les Bande-dessinées, les mangas, les films, périodiques et livres qui abordent l'histoire et la géographie de l'Asie centrale (y compris l'Afghanistan) et du Moyen Orient (y compris l'Iran). Pour les pays de l'Asie orientale et méridionale, voir notre dossier spécifique sur cette région.

 

Des BD qui sont parfois aussi des films (à moins que ce ne soit l'inverse...)

 

 

  • Zeina Abirached, Mourir Partir Revenir. Le jeu des hirondelles, Cambourakis, 2007. Beyrouth en 1984. Une jeune fille raconte le quotidien d'une famille dans le Beyrouth en guerre du début des années 1980.
  • Les auteurs de manhwa (la BD coréenne) n'hésitent pas à s'aventurer hors de leurs frontières. Un exemple avec Naplouse de Kim Bo-Hyun qui raconte l'histoire d'une jeune coréenne qui part retrouver son petit ami photographe américain en mission en Palestine. Elle découvre la vie des Palestiniens et part sur les traces du dessinateur de fresques qui ornent les murs de Naplouse. Le premier tome est paru chez Hanguk.
  • L'un des auteurs de BD israéliens les plus connus, Uri FInk, livre régulièrement ses chroniques. Il raconte dans Israël-Palestine entre guerre et paix (Berg International) la vie d'un Israélien qui veut la paix mais "qui est entrainé dans des logiques qui le dépassent".
  • L'Américain Joe Sacco avait consacré plusieurs BD-reportages à la Palestine dans les années 1990, au moment où les premiers espoirs de paix liés aux acoords d'Oslo semblaient mettre fin aux abus les plus criants de l'occupation. Sa plongée pleine d'humour et d'intelligence dans le quotidien en Cisjordanie et à Gaza est très instructive. Joe Sacco, Palestine. Une nation occupée et Palestine. Dans la bande de Gaza parus chez Vertige Graphic en 1996. Retrouvez l'article consacré sur ce blog à un autre album de Joe Sacco sur la guerre en Bosnie, Goražde.
  • Comment devient-on terroriste ? (2) Shahidas. Des femmes terroristes en Egypte. Un entretien avec le scénariste Laurent Galandon.
  • L'italien Paolo Cossi nous offre un récit graphique pour comprendre le génocide arménien de 1915. La BD vient de paraître chez Dargaud. Cela s'appelle Medz Yeghern.
  • Ted Rall a plusieurs qualités, c'est un très bon reporter qui sait dessiner et qui a de l'humour. Illustration avec Passage Afghan, paru en 2004 et La route de la soie en lambeaux, annoncé pour août dernier et qui paraît enfin à La Boîte à Bulles. Rall est américain et a voulu se rendre compte sur place des effets de la "guerre contre le terrorisme" en Afghanistan après le 11 septembre 2001.
  • Kaboul Disco ou l'histoire de Nicolas Wild, dessinateur qui se retrouve à Kaboul en 2005. 2 tomes parus à La boîte à bulles.
  • Stéphane Clément. Chroniques d'un voyageur. L'engrenage turkmène par Daniel et Paûle Ceppi.

 

  • Faisons une place à part à la BD-reportage photo Le Photographe de Guibert, Lefèvre et Lemercier récemment rééditée en édition intégrale dans la collection Aire Libre chez Dupuis. Le photographe DIdier Lefèvre y raconte merveilleusement bien son voyage en Afghanistan  à l'été 1986, alors que le pays est envahi par les Soviétiques depuis 1979. Il accompagne une équipe de Médecins Sans Frontière encadrée par des moujahidines.

 

De la musique

 

  • "La Guerre du Golfe a eu sa (belle) part de désinformation (si, si, je vous jure, n'en déplaise aux journalistes qui trouvent qu'ils ont fait honnêtement leur travail), le chanteur Jean Leloup en a aussitôt fait une chanson érotico-sarcastique..." En 1990, c'est l'heure de la "conscientisation" par Jean Leloup
  • Médine, le rappeur du Havre, a consacré un titre de son album Jihad à Malcolm X et à Massoud, héros de la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan : "Du Panshjir à Harlem"L'Algérino  reprend un concept proche dans son titre "Etoile d'un jour" sur son album Les derniers seront les premiers.
  • Une chanson du Colonel Bagshot sur la guerre des Six-jours de 1967.

 

 

  • Le groupe de rock russe DDT s'est rendu célèbre en 1980 par son titre  "Не стреляй!" ("Ne tire pas").  Iouri Chevtchouk et son groupe DDT deviennent alors célèbres... et suspects avec ce titre qui invite les jeunes soldats soviétiques à ne pas tirer ! Nous vous en parlons plus en détail sur l'histgeobox où vous pouvez écouter ce titre emblématique.
  • L'Afghanistan est également évoqué dans la chanson "Washington Bullets" des Clash en 1981. Plus de détails sur l'histgeobox.

 

    Des films

     

    La terre est un des enjeux essentiels du conflit qui oppose depuis plusieurs décennies Israël et les Arabes. Bien sûr, il y a également des enjeux symboliques non négligeables, ils se superposent et s'enchevêtrent sur cette terre que chacun s'accorde à penser comme sienne. Face à la complexité de ces enjeux, une approche trop manichéenne est souvent de mise. Le cinéma offre parfois, mieux que la télévision et internet, la possibilité de se plonger dans un univers qui nous est inconnu quand bien même il fait partie de notre univers médiatique.
    Deux films réalisés par des cinéastes israéliens nous permettent cette plongée.

     

    En kiosque

     

     

    Nous retenons pour ce dossier une conception très large de la notion de Moyen Orient incluant tous les pays suivants :

    Egypte, Israël, Palestine, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Irak, Iran, Koweït, Arabie Saoudite, Qatar, Barheïn, Emirats Arabes Unis, Oman, Yemen, Afghanistan, Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan) et Caucase (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan).

    Pour le reste de l'Asie (orientale et méridionale), retrouvez la sélection de BD, mangas, manhwas et manhuas sur l'Asie.

     

     

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