Tags: musique
Les indépendances africaines: internet, radio, TV.
* Des podcast et émissions de radio:
- L'émission "archives d'Afrique" présentée par Alain Foka sur RFI s'intéresse à l'histoire contemporaine de l'Afrique à travers ses grands hommes: Mamadou Dia, Amilcar Cabral, Modibo Keïta.
- "50 ans 50 émissions" consacrées aux indépendances africaines sur Africa N°1.
* Page web que France Inter consacre à l'événement. On y trouve d'anciennes émissions de la radio consacrées à l'histoire de l'Afrique contemporaine ("Afrique enchantée", "et pourtant elle tourne", "2000 ans d'histoire").
* Des émissions TV:
France Télévision, jusque là très discrète en cette année de commémoration des indépendances africaines, propose à partir du dimanche 10 octobre, une série de documentaires intitulée "Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle." Réalisés par Alain Ferrari et Jean-Baptiste Péretié, ils ont été écrit avec Elilikia M'Bokolo et Philippe Sainteny, éminents spécialistes de l'histoire de l'Afrique contemporaine. A voir sur France 5 tous les dimanches en prime time pendant 4 semaines.
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- UNE AUTRE HISTOIRE DU 20E SIECLE : Episode 1 (1885 - 1944) LE CREPUSCULE DE L'HOMME BLANC Dimanche 10 Octobre 2010 à 20:36
- Episode 2 : L’Ouragan africain (1945-1964).
- Episode 3 : Les Aventures chaotiques de la démocratie (1964-1989).
- Episode 4 : La Longue Marche vers l’unité (1989-2010).
Présntation ici
- Des débats sur la chaîne France 24: "Afrique, le défi démocratique"/ "France-Afrique, que reste-t-il de nos amours?" ...
* Des sites web consacrés aux 50 ans d'indépendances:
- Dossier complet du CNDP.
- Le Monde.fr: Diaporama animé sur l'histoire de la décolonisation française.
- Sur France 24 (à compléter avec le site Facebook).
-RFI: "il y a 50 ans les indépendances".
- Sur la section Toulon de la LDH: "cinquantenaire des indépendances : y a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ?"
- "Cinquante ans de décolonisation africaine" par Achille Mbembe que le site du quotidien Le Messager.
- Un site de l'ONU dédié à la décolonisation.
* Musiques et indépendances africaines.
Pour les lecteurs de Mediapart: "Afrique: la bande-son des indépendances".
- Un dossier passionnant sur le site de RFI.
Ces chansons qui font l'histoire.
A écouter sur France info cet été, une excellente série consacrée aux chansons qui font l'histoire. Au cours des sept semaines de l'été, Bertrand Dical propose une chronique quotidienne sur Ces chansons qui font l'histoire. Les morceaux retenus brillent par leur éclectisme, tant au point de vue des genres musicaux, des thèmes ou encore des époques. Asimbonanga de Johnny Clegg, Les Divorcés de Michel Delpech, La Marseillaise, Le Régiment de Sambre et Meuse, Lili Marleen, Wannabe des Spice Girls, Amazing Grace… Le podcast de l'émission ici.
Un complément passionnant aux titres del'histgeobox. (213 morceaux au compteur et des projets dont nous vous reparlerons bientôt).

Bertrand Dical présente le projet sur son blog.
Le 25 août, le livre Ces chansons qui font l’histoire devrait sortir (coédition France Info-Textuel, la couverture ci-contre) avec onze chansons de plus.
Les horaires de l'émission : du lundi au vendredi à 9h47, 11h47, 13h37, 17h37 et 21h37, le samedi à 9h49, 11h40, 13h47, 15h47, 17h17, 18h40, 21h17, 23h17 et 0h40, le dimanche à 10h17, 13h37, 17h37, 21h47 et 23h07."
Books : le pouvoir de la musique.

C'est l'été, enfin du temps devant soi pour lire et donc bronzer intelligent. Une première piste : le magazine Books. Pour ceux qui ne l'auraient jamais feuilleté, le principe en est le suivant : réunir sur un thème une série d'articles parus dans la presse spécialisée traitant des meilleurs livres qui abordent le sujet choisi.
Ce numéro spécial aurait mérité de s'intituler "Les pouvoirs de la musique" en raison du spectre très large que couvrent les articles réunis. La partie introductive est constituée d'un entretien avec Jacques Attali. L'expérience mené en 1952 par John Cage qui composa un morceau de 4"33' de silence, étudié par Kyle Gann, compositeur et musicologue, lui succède, prenant le sujet à contrepied.
Les passionnés de sciences se plongeront dans la deuxième partie du dossier qui aborde successivement les liens entre la musique et l'évolution de l'homme, l'utilisation thérapeutique de la musique et la stimulation qu'elle provoque sur le cerveau humain.
En toute subjectivité, la troisième partie est LE morceau de choix du magazine. Elle débute par la traduction du premier chapitre d'un ouvrage du journaliste spécialiste du Gospel, Robert Darden. Son livre, "People Get ready ! A new history of Back Gospel Music", traite du pouvoir émancipateur des negro spirituals et de leur forme discographique : le Gospel. Travaillant sur des sources parfois étonnantes, tels les enregistrements de negro sprituals a cappella par le musicologue Lomax, en Alabama, dans les années 30, ce premier chapitre retrace la genèse, l'utilisation et la trasmission du patrimoine chanté des Afro Américains jusqu'au tube mondial de Moby "Trouble so hard". On y découvre comment certains spirituals permettaient aux esclaves de prendre la fuite en se constituant une carte chantée du parcours à suivre vers la liberté. On y lit aussi la retranscription de l'émouvant témoignange de Mme Brown, esclave de Nashville, dont le père s'est mis à chanter "Trouble in Mind" après avoir été violemmet fouetté par son maitre. Le livre n'est pas encore traduit en français mais si le reste de son contenu est aussi riche que son premier chapitre, l'investissement risque d'être icontournable.
On trouvera également dans cette partie la chronique d'une biographe de Bob Marley publiée en 2006 par CJ Farley, dans la New york Review of Books. Elle est l'occasion de suivre le chemin de cet artiste fondamental du XX siècle, des faubourgs de Kingston à l'interprétation de "Redemption Song" à Pittsburg lors de son dernier concert. Un portrait très émouvant et éclairant qui cite des textes forts, ceux de "Slave driver", de "No woman, no cry" ou de "Get up, stand up" qui devint l'hyme d'Amesnesty international. Une biographie qui interroge aussi les trajectoires historiques et identitaires du peuple Noir.
On glisse ensuite doucement vers la fin des 70's et le début des années 80 pour une nouvelle démonstration de la force émancipatrice de la musique. Alice Echols publie en 2010 "Hot Stuff, disco and the remaking of american culture". Chroniqué dans le New York Times, on comprend, par son étude historique, comment le disco contribua à l'affirmation et la libération des identités gays à cette époque.
Avant de s'achever sur un portrait d'Eminen le rappeur blanc, le magazine reprend un article de The Nation s'interrogeant, à la faveur de la sortie du livre "Can't stop, won't stop" de Jeff Chang, sur l'évolution de la culture hip-hop, de son statut constestaire et menaçant l'ordre établi, à sa récupération et son intégration dans le business musical dans un pacte funeste avec "l'hypercapitalisme". Un papier aussi captivant que désolant sur la trajectoire d'une forme extremement riche et complexe de contre-culture qui s'est transformée et pervertie, au fil de sa pénétration par l'argent, et de la disparition tragique de ses figures emblématiques.
Le dernier volet du dossier est également assez convaincant, abordant les liens souvent forts et paradoxaux entre la musique et le pouvoir politique. Quelques articles retiennent particulièrement l'attention. Les relations entre Prokofiev et le pouvoir stalinien sont présentées dans toutes leur complexité par l'historien de la musique Simon Morrisson dans une étude intitulée "The People's artist. Prokofiev's soviet years" chroniquée dans la NY Review of Books. 3 articles abordent les phénomènes d'instrumentalisation du 4° art dans le contexte des camps de concentration (à la fois moyen de survie et outil de propoagande et de d'asservissement pour les SS), dans le cadre des nouvelles conflictualités (Irak/Guantanamo) et dans celui des activités de Muzak Corporation, firme productrice de musiques d'ambiances destinées soit à stimuler (la production des vaches laitières ou la productivité des employés de Black et Decker!) soit à anesthésier (ce quon appelle la musique d'ascenseur ou de supermarché).

Au détour de ces questionnements éclairants, la chronique de la biographie de l'artiste Nigérian Fela par John Collins dans The Observer Music Monthly, est l'occasion de découvrir, (ou de se remémorrer), la personnalité à la fois provocante, iconoclaste, engagée et terriblement talentueuse de celui qui s'était autoproclamé "The Black President".
Bonne lecture!
Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante.
Au moment des indépendances, il devient fondamental pour les nouveaux Etats d'Afrique noire de fonder leur légitimité sur une unité nationale et de trouver des ferments de cohésions. Dans cette optique, toute une symbolique d'appartenance se met en place. L'histoire devient ainsi un enjeu crucial. Les jeunes Etats qui viennent de s'affranchir de la tutelle coloniale tournent logiquement leurs regards vers la période pré-coloniale.
L'histoire légitimante.
Le passé, parfois manipulé, est invoqué afin de valoriser la filiation entre les luttes anticolonialistes et l'accession à l'indépendance afin de légitimer l'Etat-nation contemporain.

Behanzin, sa famille et sa suite lors de son exil à Blida (Algérie), en 1906.
Pour les nouveaux gouvernants, il apparaît fondamental d'enraciner les habitants dans une histoire qui plonge ses racines dans la période précoloniale (et parfois très loin comme le prouve le cas de Soundiata Keita, empereur du Mali au XIIIème siècle: pistes audio 1 et 2 en fin d'article). Une histoire dont l'existence même avait été contestée par les colonisateurs. Comme le rappelle Marc Michel (voir source 1): "La pénétration européenne s'est heurté à des résistances beaucoup plus acharnées que la littérature coloniale ne le laisse souvent supposer, elle qui exaltait avant tout l'héroïsme et les sacrifices des colonisateurs". Aussi, un processus d'héroïsation aboutit, dans chaque pays, à honorer des personnages revendiqués comme nationaux même si leur action s'était, en réalité, déroulée dans d'autres cadres, comme ce fut le cas de Samori en Guinée, d'El Hadj Omar au Mali, de Béhanzin au Dahomey ou de Shaka en Afrique du sud. Pourtant, à y regarder de plus près, il est possible de distinguer les résistances armées opposées par les Etats et les résistances "civiles", plus diffuses, opposées par les populations.

Timbre à la gloire de Lat Dior, damel du Cayor.
* Dans la première catégorie, il est possible de placer les résistances menées par des souverains hégémoniques comme l'empereur toucouleur El Hadj Omar ou l'almamy Samory Touré (pistes audio 6 et 7). Le caractère despotique de leurs Etats leur aliène de nombreux soutiens, dans la population ou encore dans leur propre lignage. Ils ne peuvent donc s'appuyer sur un soutien populaire suffisant pour compenser leur infériorité militaire. Ahmadou, qui succède à El Hadj Omar, doit fuir après une défaite en rase campagne, quant à Samory, après un repli stratégique vers l'est, il lutte avec panache jusqu'à sa capture.

Parfois, les résistances d'Etat s'appuient sur une vaste adhésion populaire.
- Ainsi, les Wolof du Cayor font front derrière leur damel (roi), Lat Dior, pendant plus de 20 ans de 1864 à 1886 (pistes 4 et 5).
- En Afrique australe, dans la région du Transvaal, le 22 janvier 1879, une armée zouloue forte de 20 000 hommes triomphe des Britanniques à Isandhlwana. Cette victoire démontre la cohésion de la nation zouloue réalisée par Shaka (piste audio 3) une cinquantaine d'années auparavant.
- Depuis 1874, Prempey (ci-dessous), un des souverains des Ashantis (Ghana) entre en conflit avec les Anglais à propos de l'esclavage. Il est finalement déporté aux Seychelles en 1896 sur ordre du secrétaire aux colonies, Chamberlain. La résistance des Ashantis ne désarme pas pour autant et les Anglais n'en viennent à bout qu'en 1901 après avoir cherché une collaboration avec les princes.
- Les Dahoméens appuient la résistance acharnée du roi d'Abomey, Béhanzin, en 1892-1894 (piste audio 8).
- En 1896, les Malgaches se soulèvent après l'attaque française de 1895. Gallieni, appelé en catastrophe, engage une répression brutale (exécution de ministre) qui aboutit à l'abolition de la royauté en 1897.

* Les résistances des "populations sans Etats", moins connues, donnèrent pourtant souvent du fil à retordre aux colonisateurs. La "pacification" de la Côte d'Ivoire menée par Angoulvant dure de 1908 à 1915. Il s'agit ici d'une succession de guérillas sans cesse renaissantes. Les forces coloniales en viennent à bout en procédant à la fois à des expéditions punitives, un quadrillage progressif des populations, mais aussi en instaurant dialogue et collaboration avec des chefs fidèles. Cette méthode est celle dite de la "tâche d'huile" consistant à coupler la pacification militaire à la création de marchés, d'écoles... Au bout du compte, Angoulvant considérait que l'indigène ne comprenait que la "manière forte". Ce type de pénétration coloniale ne fut donc d'aucune façon pacifique (comme le terme pacification pourrait le laisser entendre).
Exaltation des résistances africaines lors des indépendances.
Au moment des indépendances, les jeunes Etats commémorent ces événements dont l'histoire coloniale avait déformé le sens et la portée. Les défaites des puissances impérialistes sont célébrées comme il se doit. C'est le cas par exemple de la victoire des troupes éthiopiennes de Ménélik sur 5 000 Italiens à Adoua dont le retentissement dépassa largement la seule Ethiopie qui avait d'ailleurs échappé à la colonisation. Son écho se propagea dans toute l'Afrique et devint une référence de la protestation panafricaine postérieure.

Dans cette entreprise de réappropriation mémorielle et historique, certains dirigeants politiques africains ne se génêrent pas pour prendre quelques libertés avec le passé ou la géographie comme le prouvent les deux exemples suivants:
- En 1957, la Gold Coast devient le Ghana par référence à un ancien empire ouest-africain qui n'avait, en réalité, aucune implantation dans ce qui allait former l'Etat contemporain. Pour, NKrumah, ce choix n'est pas anodin, puisqu'il confère une certaine "épaisseur historique" au jeune Etat.
- Dès 1958, date de l'indépendance du pays, le dirigeant de la Guinée-Conakry, Sékou Touré, développe sa politique de "l'authenticité". Il aspire à rompre avec la période coloniale et ses vestiges, afin de se débarasser notamment de la "colonial mentality" fustigée par Fela Kuti. Le régime entend alors valoriser ceux qui luttèrent contre la colonisation à l'instar de Samory Touré (lointain aïeul de Sékou Touré), Béhanzin; quitte à passer sous silence le fait que ces chefs rencontrèrent parfois de vives résistances au sein de leurs Etats, bien loin d'une nation soudée derrière son chef. Par exemple, dans son empire, Samory Touré harcelé par les Européens, tente à tout prix de se procurer les armes lui permettant de rivaliser avec eux. L'acquisition de ces armes contribua sans doute à accentuer la pression sur les populations (en razziant des esclaves dont la revente lui permet de se procurer les ressources pour ses achats de fusils auprès des traitants du Libéria) dont certaines n'hésitèrent donc pas à traiter avec les colonisateurs...

Statue à la gloire de l'almamy Samory Touré (Guinée).
Il ne faut pas perdre de vue non plus que les rapports entretenus entre les colonisateurs et les chefs africains ne sont pas monolithiques et ne se réduisent pas à la lutte armée. De nombreuses trêves, traités, accords entrecoupent les périodes de combats. Enfin, comme le rappelle Marc Michel (source 2): "les Européens n'auraient jamais pu conquérir l'Afrique sans le concours des Africains eux-mêmes; c'est là un point capital." "Les tirailleurs (dont les premières unités sont créées par Faidherbe en 1857) sont devenus le fer de lance de la conquête (...)." Le recrutement des tirailleurs (ou Haoussas, équivalent des "Sénégalais" pour les Britanniques) sont des volontaires attirés par les opportunités d'ascension sociale qu'offre l'engagement, ainsi que l'attrait de l'uniforme.
Dans ces conditions, Jean-Paul Gourévitch (source 5) estime qu'"il est donc tout aussi inexact de présenter ces maîtres d'empire comme des brutes sanguinaires que dans faire les héros de l'indépendance africaine luttant contre les Blancs colonisateurs et infidèles. Ces souverains se sont constitués des empires avant que la France n'arrive. C'est pour défendre leurs territoires, leurs privilèges et souvent le trafic d'esclaves qu'ils se procurent dans les royaumes étrangers qu'ils prennent les armes contre la France. Cette résistance des royaumes africains, qui s'apparente dans certains cas (Lat Dior, Samory) à celle de Vercingétorix contre les Romains, mérite une contre-histoire de la colonisation française en Afrique qui n'a pas encore trouvé son chantre."

On peut être surpris de retrouver Béhanzin sur un timbre guinéen. Il s'intègre en fait dans une série consacrée aux "héros et martyrs de l'Afrique".
* Changements de toponymie: quand Léopoldville devient Kinshasa.
Le recours au passé devait rendre aux peuples africains leur dignité perdue sous la colonisation et réhabiliter leurs cultures. Dans cette optique, dans les années qui suivirent immédiatement l'indépendance, une révision des programmes scolaires intervint dans chaque pays, en particulier pour l'enseignement de l'histoire. Dans le même but, plusieurs Etats abandonnèrent les noms imposés par les Européens, à l'instar de l'Oubangui-Chari, qui devint République centrafricaine en 1960, du Nyassaland qui s'appela le Malawi en 1964, ou encore de la Rhodésie du Nord qui se proclama Zambie en 1964.
Parfois, ces changements de noms interviennent bien après les indépendances comme le prouve le cas de la République du Congo (ex Congo belge) qui devient le Zaïre (le "fleuve" en langue kikongo). Mobutu se lance alors dans une politique dites "d'authenticité" qui se caractérise notamment par l'abandon des toponymes issus de la colonisation: Léopoldville cède ainsi la place à Kinshasa. Mobutu abandonne aussi son nom de naissance, Joseph Désiré Mobutu, et se fait appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ("le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l'arrêter").


Le Dahomey devient en 1975 le Bénin. Le timbre de droite rend hommage à El Hadj Omar (l'empire toucouleur ne s'est pourtant jamais étendu jusqu'au Bénin).
Les changements de régimes ou d'orientations politiques précipitent souvent ces changements de nom. Le Dahomey devient la République populaire du Bénin en 1975 lorsque Mathieu Kérékou oriente son pays dans la voie du marxisme-léninisme. Thomas Sankara débaptise la Haute-Volta en 1984 lui préférant le nom de Burkina Faso ("le pays des hommes intègres"). Le renversement du régime de l'apartheid en Rhodésie du sud s'accompagne de l'adoption d'un nouveau toponyme, celui de Zimbabwe, en référence à l'imposant palais du Great Zimbabwe.

Vue aérienne du site du Great Zimbabwe.
Mais laissons la parole à Steve Biko qui milite dans l'extrait ci-dessous pour une réhabilitation de l'histoire des Africains. Steve Biko était un jeune militant charismatique sud-africain du Mouvement de la conscience noire et meneur de l'explosion de colère qui embrase Soweto en juin 1976. Il meurt en détention le 12 septembre 1977.
" L'histoire de l'homme noir dans ce pays est très décevante à la lecture. Elle est présentée seulement comme une longue succession de défaites. Les Xhosas étaient des voleurs qui firent la guerre pour des affaires de vols; les Boers ne provoquèrent jamais les Xhosas, mais menèrent seulement des "expéditions punitives" pour donner une leçon à ces voleurs. Des héros comme Makana qui étaient avant tout des révolutionnaires ont été dépeints comme des fauteurs de troubles superstitieux qui mentaient au peuple en racontant des histoires de boulets se transformant en eau. De grands bâtisseurs de nations comme Shaka sont des tyrans cruels qui attaquaient fréquemment des tribus plus petites sans autre raison que quelque dessein sadique. Non seulement l'histoire qu'on nous enseigne est totalement dépourvue d'objectivité, mais il y a aussi une affligeante déformation des faits qui soulève le coeur même de l'étudiant non informé.
Ainsi nous devons prêter une grande attention à notre histoire si nous voulons, en tant que Noirs, nous aider dans l'avènement de notre propre conscience de soi. Nous réécrire notre histoire et produire dans celle-ci les héros qui ont été le noyau de notre résistance contre les envahisseurs blancs. Il faut en révéler davantage, et l'accent doit être mis sur les tentatives couronnées de succès, dans la construction d'une nation, menées par des hommes tels que Shaka, Moshoeshoe et Hintsa. Ces domaines demandent une recherche intensive, pour fournir certains chaînons manquant qui font encore cruellement défaut. Nous serions certes bien naïfs de nous attendre à ce que nos conquérants écrivent des histoires dépourvues de préjugés. Mais nous devons détruire le mythe selon lequel notre histoire commence en 1652, année où Van Riebeeck a débarqué au Cap."
Extrait de Steve Biko: I write what I like, San Francisco, Harper and Row, 1986, pp89 sqq. (trad. B. Salaing). Cité dans l'ouvrage d'Hélène d'Almeida Topor (source 4).
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Sélection audio:
1. Rail Band: "Soundiata L'exil".
Au XIIIème siècle, Soundiata Keïta conquiert un vaste empire s'étendant du Sénégal à l'ouest jusqu'au centre du Niger à l'est et du centre du Sahara au nord au sud de la Côte d'Ivoire. Depuis des siècles, son épopée est contée et chantée par les djeli, plus connus sous nos latitudes sous le nom de griots.
Le morceau est chanté par Mory Kanté. Ce joueur de kora guinéen appartient à une prestigieuse lignée de griots. Dès l'enfance, il acquiert une grande renommée en jouant dans les fêtes de quartier et les mariages. Il apprend alors à jouer de la kora auprès du grand maître malien Batourou Sékou Kouyaté. En 1971, il intègre le rail band de Bamako en tant qu'instrumentiste, avant d'en devenir le chanteur lorsque Salif Keïta quitte le groupe pour rejoindre les Ambassadeurs. Sur ce titre de plus de 25 minutes, Mory Kanté narre une partie de la saga de Sundjata Keïta, la période de l'exil. Laissez-vous envelopper et porter par ce chef-d'oeuvre!
2. Tiken Jah Fakoly: "Sundjata".
L'autre grand reggaeman ivoirien (avec Alpha Blondy) multiplie les chansons engagées dans lesquelles il dénonce le néocolonialisme qui maintient de nombreux pays africains dans une dépendance stérile, mais aussi les régimes autoritaires encore trop nombreux sur le contitent. Ses prises de positions tranchées le contraignirent à quitter la Côte d'Ivoire pour le Mali. Il revient sur son attachement à la figure tutélaire de Sundjata Keïta: " J'ai chanté Sundjata car cet homme a libéré mon peuple et changé l'histoire du Mandingue. Mon père me racontait son histoire, les griots autour de moi le chantaient, et puis j'ai lu des bouquins."
3. Ladysmith Black Manbazo: "King of Kings".
A partir des années 1810, la guerre devient endémique entre les peuples d'Afrique du sud. Cette suite de séquences tragiques se nomme Mfecane ("écrasement"), ce qui traduit bien l'extrême violence de cette période qui jette "les groupes humains les uns contre les autres comme une série de dominos, au cours d'affrontements sans merci" (Marc Michel: source 2). Chaka Zulu est un puissant chef de guerre qui mène une véritable révolution militaire auprès du peuple zoulou. L'armée, très mobile, repose sur une impitoyable discipline qui assure son efficacité et permet aux Zoulous de s'imposer dans la région du Natal au détriment d'autres peuples banthous contraints de migrer. Les héritiers de Chaka poursuivent ses innovations et défient bientôt les conquérants blancs, d'abord les Afrikans lors du Grand Trekk, puis les Anglais qui subissent une terrible défaite à Isandhlawana en 1879, sous le règne de Cestshwayo, dernier successeur de Chaka.

4. Ouza et ses Ouzettes: "Lat-Dior".
5. Orchestra Baobab: "Lat Dior".
La résistance à la pénétration coloniale française en Afrique de l'ouest fut beaucoup plus importante qu'on ne le croit souvent. Après celle d'El Hadj Omar et avant Samori Touré, Lat-Dior, roi du Kayor (actuel Sénégal), lutte pendant 25 ans contre les troupes coloniales.
Lat Dior est considéré comme un héros national au Sénégal. Aussi, de nombreux artistes du pays lui ont rendu hommage en composant des morceaux à sa mémoire.
6. Bembeya Jazz: "Regard sur le passé 1".
Une fois la conquête achevée et les territoires solidement contrôlés, le colonisateur s'emploie à transmettre sa vision de l'histoire des conquêtes coloniales. Dans les écoles africaines, l'histoire coloniale présente Samory sous les traits d'un chef sanguinaire. L'idéologie coloniale s'attelle en effet à présenter les adversaires de la pénétration européenne en Afrique comme des chefs de bandes, cruels et fourbes.
Henri Wesseling (source 3) écrit: "Samori est l'une des figures légendaires qui marquèrent l'histoire de l'Afrique occidentale. Ses adversaires coloniaux français le dépeignirent comme un dictateur cruel et un tyran impitoyable, et le baptisèrent: "Samori le sanglant". Cependant eux aussi reconnurent ses qualités militaires et admirèrent son esprit d'indépendance, comme l'attestent les autres surnoms dont ils l'affublèrent: "le Bonaparte du Soudan" et le "Vercingétorix" africain. Dans l'historiographie nationaliste postcoloniale, Samori est décrit comme un héros et militant indépendantiste d'Afrique de l'ouest, comme la personnification de la résistance africaine. Ce qui est certain en tout cas, c'est que Samori fut le plus grand organisateur militaire et bâtisseur d'empire de l'histoire de l'Afrique occidentale."
Le Bembeya Jazz National est le groupe le plus célèbre des grandes heures de la musique guinéenne, au cours des années 1960. Sékou Touré utilise alors la musique comme une véritable arme de propagande et entend développer la politique de "l'authenticité". Il faut rompre avec la période coloniale et ses vestiges. Le régime entend alors valoriser ceux qui luttèrent contre la colonisation à l'instar de Samory. Le Bembeya chante les louanges de l'almamy sur l'album "retour sur le passé" (1968), particulièrement populaire dans toute l'Afrique de l'ouest.

7. Alpha Blondy: "Bory Samory".
Dans ce reggae, Alpha Blondy chante "Fuis Samory, fuis".
8. Antoine Dougbè: "Ako Sea Guera-Behanzin".
A partir du milieu du XIX° siècle, grâce à des traités commerciaux (1851) ou des accords de protectorat (1883), la France s'implante dans la région de Cotonou et Porto-Novo. Elle doit alors compter avec le royaume d'Abomey du roi Béhanzin qui tente de reconquérir la région occupée par les Français. Après de rudes combats entre 1892 et 1894, il est finalement capturé en janvier 1894 et mourra en exil à Alger en 1906. Tous les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey. Mais, ne nous y trompons pas, cette conquête fut particulièrement difficile. Les Français y furent confrontés à une véritable armée et à un Etat remarquablement organisé qui oppose durant deux années une résistance acharnée et inattendue. Ils doivent notamment compter avec les redoutables "Amazones" du roi Béhanzin, une garde prétorienne composée de femmes particulièrement déterminées. Placées en première ligne, elles combattent jusqu'à la mort.
Sources:
1. Marc Michel: "la colonisation européenne", la documentation française, août 1997.
2. Marc Michel: "Essai sur la colonisation positive", Perrin, 2009.
3. Henri Wesseling: "Les empires coloniaux européens", Folio histoire, 2009.
4. Hélène d'Almeida Topor: "Naissance des Etats africains", Casterman, 1996.
5. JeanPaul Gourévitch: "La France en Afrique. Cinq siècles de présence: vérités et mensonges", Acropole, 2008.
Liens:
Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances.
- La ruée vers les indépendances (1957-1960).
- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).
- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.
- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."
- Le dossier "Samarra en Afrique".
- "L'épopée mandingue en musique".
- Ressouces sur les indépendances africaines (radio, web, lectures).
Libérons Lapiro.
Nous vous avons déjà parlé de ce chanteur emprisonné par le pouvoir camerounais.
"Freemuse et Mondomix ont déposé une pétition à l'ambassade du Cameroun à Paris pour demander la libération du chanteur Lapiro. Ce dernier purge une peine de 3 ans de prison au Cameroun pour avoir chanté "Constitution constipée", chanson qui dénonce les manoeuvres du président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, pour se faire réélire. "
Pour en savoir plus, allez faire un tour sur Mondomix
Willie Mitchell (1928-2010).
Trompettiste de formation, Willie Mitchell est avant tout reconnu en tant que producteur et arrangeur. C'est en tant qu'artiste qu'il intègre Hi records, dont il reprend rapidement les rênes. Il y produit durant les années 1970 une soul particulièrement originale autour de quelques artistes phares tels que le sensuel Al Green et sa voix surnaturelle, le son plus rugueux teinté de blues de Syl Johnson, Ann Peebles ou encore O.V. Wright. Tous s'appuient sur un groupe de musiciens hors-pairs: le Hi- rythm.
Mitchell vient de disparaître, mais l'alchimie musicale qu'il a su créer lui survivra longtemps.
Liens:
- un portrait du génial producteur (en anglais) et quelques uns de ses morceaux.
- Ses morceaux furent largement utilisés par la crême des artistes hip hop tels que les membres du Wu Tang Clan: la preuve ici.
- Une petite sélection du meilleur de Hi Records. Que de la très bonne musique!
Sur les traces des espaldas mojadas.

Caricature trouvée dans Courrier International: "délit de fuite".
Le Mexique, membre de l’OCDE, de l’OMC, a pourtant le plus fort revenu par habitant de toute l’Amérique latine. Il s'agit d'un pays émergent non dépourvu de ressources. Par ses liens avec les Etats-Unis , c’est presque un pays « du nord ». Les deux Etats font partie de l'ALENA, l'Association de Libre échange des Etats d'Amérique du Nord, par exemple. Elle a permis d'accroître les échanges économiques entre les deux pays (échanges libres de droit, encouragement aux investissements). Pour autant, les termes de ces échanges sont inégaux et le Mexique souffre d'un rapport de domination, en tout cas de dépendance, à l'égard des Etats-Unis. Par exemple, les Etats-Unis absorbent 85 % des exportations mexicaines, alors que le Mexique ne fournit qu'un cinquième des achats américains.
Le niveau de développement plutôt moyen du pays permet de classer incontestablement le Mexique dans les pays du Sud. Les écarts de revenus qui le séparent du grand voisin du Nord restent très importants et expliquent que les flux de clandestins ne risquent pas de se tarir.

Photo empruntée au site Laïus d'Olibrius qui commente une intéressante série de clichés de migrants pauvres qui tentent de rejoindre un pays du Nord (2003 © Gary Coronado).
Ainsi des milliers de migrants poussés par la pauvreté quittent leurs pays dans l'espoir de trouver du travail et un avenir meilleur chez le grand voisin du Nord. Ce voyage est dangereux et semé d'embuches.
La chanson interprétée par Lila Downs dépeint avec humour les pérégrinations mouvementées d'un migrant confronté à toutes sortes de dangers. Sans le sou, affamé, esseulé, désorienté, il ne parvient pas à échapper aux gardes frontières.
Malheureusement, dans la réalité, l'issue de ces migrations se termine souvent bien plus mal.
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09.10.10 09:46:07, 

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