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Un disque par sa pochette : Midlife, un kaleidoscope des années Blair ou années Blur.

par vservat Email

 
Blur/Blair : deux parcours imbriqués: 

Groupe anglais, fer de lance de la "Britpop", Blur nait précisément en 1990. En 1994, sort son 3° album intitulé Parklife, qui propulse le groupe en haut des charts européens;  cette même année, Anthony Blair (4°ligne, 1ère vignette) prend la tête du parti travailliste qu'il travaille à "rénover", traçant une troisième voie, avec une orientation libérale nette.

De 1997 à 2007 Tony Blair est premier ministre. La carrière de Blur s'arrête (temporairement?) sur le plan de la production discographique en 2003, année de sortie de "Think tank" (encore un outil politique fort prisé de T. Blair, à croire que le hasard fait bien les choses).
 
Projetons nous en 2009 lorsque Blur fait paraître un "best of" intitulé Midlife dont la pochette est un heureux montage de quelques étapes marquantes des années Blair qui deviennent donc les années Blur et inversement. Elle s'inspire graphiquement des célèbres guides "Beginner's guide to" dont voici d'autres exemplaires :
 

 
 
Que voit-on sur celle de Midlife? 
 
Quelques repères pour le groupe et le contexte musical d'abord. Le comté de l'Essex (1ère vignette, 1ère ligne)  d'où sont originaires les deux fondateurs du quatuor (Damon Albarn et Graham Coxon) et l'Union Jack (2ème ligne) au vent ,symbole d'une Angleterre qui a retrouvé une certaine aura après l'entre-deux que constituèrent les années Major (1990-1997). C'est aussi le symbole du retour de la pop nationale, ou Brit pop, incarnée par le tandem Oasis-Blur, alors que se déchaine la vague grunge aux Etats-Unis, les deux mouvements s'opposant  de part et d'autre de l'Atlantique. On ajoutera à ces deux premières vignettes celle du pack de lait qui marche (3° photo, 1ère ligne). Il s'agit d'une image tirée du clip "Coffee & TV", titre de l'album "13", paru en 1999, qui a largement contribué à la popularité du groupe.

Les 90's : entre grandes réalisations et nouvelles interrogations.

Les années 90 sont des années sandwiches constituant la dernière ligne droite avant le grand saut dans le nouveau millénaire. Le passage à l'an 2000 fera l'objet en Grande Bretagne de travaux pharaoniques notamment sur les bords de Tamise. Londres, ville mondiale, ne doit pas rater son examen de passage et deux grands édifices sortent de terre : la Millenium Wheel (London eye)  et le Millenium Dome (2° ligne, 3° vignette de la pochette). Destiné à être une salle d'exposition pour la "Millenium experience", sous la plus grande bâche du monde, cette construction futuriste devint assez rapidement un gouffre financier et nécessita d'être reconvertie pour être rentabilisée (aujourd'hui c'est la plus grande salle de concert couverte de la capitale anglaise rebaptisée O2 Arena). Livré dans les temps, le projet ne fut pas pour autant une réussite.
 
 
La pochette du disque nous renvoie également aux grands bouleversements qui ont parcouru les années Blair et donc l'Angleterre des années 90 dans les domaines scientifiques. On reconnait aisément Dolly sur la deuxième vignette de la 1ère ligne ; premier mammifère cloné, Dolly est une brebis issue des travaux en génétique d'un laboratoire écossais. Née en juillet 96, elle meurt en 2003 et ouvre le débat du clonage animal et au delà même, de celui des hommes. Il est à noter que 1996 est une année particulière dans ces domaines : la crise dite de la "vache folle" qui s'est abattue sur l'Angleterre (et au delà) depuis la fin des années 80, prend alors une nouvelle dimension puisqu'il est  établi, à cette date,  que l'ESB (Encéphalite Spongiforme Bovine) est transmissible à l'homme par ingestion de produits carnés. Est-ce alors un hasard si la dernière vignette de la première ligne nous montre une grande manifestation, sans doute de l'ALF, (Animal Liberation Front)  une des plus importantes associations de lutte contre la vivisection en Grande Bretagne. Apparentée aux mouvements eco-terroristes, cette organisation fit un retour en force au cours des années 90 grâce à des actions spectaculaires dont la plus contestée fut l'enlèvement d'un journaliste infiltré dans ses rangs qui sera soumis à la torture et brûlé au fer rouge pendant sa détention. 

Les années 90 : instabilité planétaire, globalisation et émergence de la question climatique.

La pochette de "Midlife" nous emmène bien au delà des frontières de l'Angleterre et de l'Europe. Placée en position assez centrale (3°ligne, 2° vignette), une photo de la guerre du Golfe. Dans le désert koweitien, un puits de pétrole est en flamme, au premier plan se trouve un soldat irakien. En août 1990, après que Saddam Hussien a envahi le Koweit, une vaste coalition intervient dans la région pour stopper les ambitions irakiennes. La Grande Bretagne ,  en effectifs, fournira le 3° contingent de soldats de l'opération "tempête du désert". La photographie renvoie à la fin du conflit lorsque les soldats irakiens sabotent les puits de pétrole koweïtiens afin de gêner l'aviation des alliés, et perturber  l'économie mondiale, via la flambée des cours du pétrole. L'évocation de cette opération ne peut que nous ramener à la participation ensuite très critiquée, en 2003, de la Grande Bretagne en appui de l'intervention américaine en Irak. Cette constance du gouvernement Blair dans son soutien indéfectible à la politique étrangère des Etats-Unis nourrira une contestation intérieure très forte et coûtera au premier ministre britannique une bonne partie de son ancienne popularité.
 
4 vignettes évoquent la "globalization",  phénomène que nous traduisons en France par "mondialisation". On peut commencer par celle qui se rattache à la mondialisation des modes de vie  (la tennis bleue Adidas, 3°ligne dernière vignette) et des habitudes alimentaires exportées depuis les Etats Unis par des Sociétés TransNationales surpuissantes (ici Mac Donald's). Blur s'est formé au moment où ouvrait en Russie le premier restaurant MacDonald's (4°ligne, 2°vignette), c'est à dire en 1990. Emblématique de la mondialisation menée par les pays à économie de marché, l'image porte aussi en elle l'idée de la recomposition géopolitique du monde, les frites du géant du fast food écrasent le sachet de carton rouge marqué de la faucille et du marteau, signifiant ainsi le triomphe du camp occidental sur celui du bloc soviétique abattu à la fin des années 80. 
 
La mondialisation touche également les communications et l'information. Les années 90 sont celles d'un accès généralisé à une multitude de sources d'informations : de nouvelles fleurs décorent les balcons et terrasses du monde riche  : les antennes paraboliques (4° ligne, 3° vignette). Profusion d'images, individualisation de leur  diffusion, profusion de paraboles : on pourrait croire que le monde avance vers davantage de libertés et de diversité. Pourtant on sait que les médias sont dès cette époque contrôlés par quelques grands groupes qui inondent le monde d'images identiques, calibrées, contrôlées. CNN est l'emblème de ces nouveaux médias.
 
Enfin, les années 90 sont celles de la prise de conscience mondiale de la crise climatique illustrée sur la pochette de l'album par les deux ours polaires flottant sur un bout détaché de banquise. (4°ligne dernière vignette). Les problèmes de la couche d'ozone, des gaz à effets de serre et de la biodiversité sont à l'ordre du jour du sommet de la Terre qui se tient à Rio en 1992 sous l'autorité des Nations Unies. Peu contraignant pour ce qui concerne les décisions qu'il prend, ce sommet est suivi 10 ans plus tard de celui de Johannesburg qui met au cœur des discussions le développement durable notamment par la gestion des ressources terrestres (eau, énergie etc). En ce laps de temps, la question angoissante de l'avenir de l'humanité est devenue centrale. Les discours catastrophistes les plus outranciers occupent désormais de façon incontournable  le paysage médiatico-politique laissant parfois une petite place à une réflexion raisonnée sur le sujet. Est-ce pour oublier ces peurs, pour tourner le dos aux interrogations suscitées par l'avenir incertain, le nouvel ordre mondial, la consommation qui s'emballe jusqu'à l'indécence, ou tout simplement pour planter dans le décor ce nouvel idéal de la réussite matérielle mesurée par l'argent que la dernière vignette (3°ligne, 1ère image) nous montre des boules de bingo
Les différentes hypothèses peuvent être validées comme ultime voie de lecture de cette décennie riche en bouleversements apposés, dans un choix forcément subjectif ,sur la pochette de ce "guide pour les débutants", un guide qui doit permettre de rendre la musique et le parcours du groupe Blur, ancrés dans les années 90, beaucoup moins "flous".
 
Pour replonger dans les années Blur, quelques titres majeurs qui animèrent les années 90 et nous accompagnèrent jusqu'en 2003 (seuls 2 titres visibles ici, cliquez sur le titre de la playlist pour couter 10 autres morceaux) :
 

Découvrez la playlist les années Blur : la playlist avec Blur

 

Histoire et géographie du Rap

par Aug Email

 [Afrika Bambaataa]

 

Le coin des Fly-Girls et des B-Boys

Vous êtes fan ou vous découvrez l'univers du rap, voici de quoi satisfaire votre curiosité

 

 

La petite histoire du rap à lire, à écouter (en podcast, avec une playlist) et à voir (vidéos, photos, cartes). Voici les épisodes :
 

Prélude

  1. The Founding Fathers : DJ Kool Herc, Afrika Bambaataa et Grandmaster Flash
  2. Old School
  3. Un "Message" dans l'Amérique de Reagan
  4. Les années 1980 : From Ol' School to Nu School
  5. Public Enemy : Power To The People And The Beats
  6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
  7. La réponse de NYC
  8. Le Dirty South se réveille:

Le Rap de la Nouvelle-Orléans : Entretien avec Jean-Pierre Labarthe

  1. Naissance du Rap en France
  2. ...

 

Consultez également la petite bibliothèque du rappeur (livres, films, bd, disques,...) et le lexique. Vous pouvez télécharger les podcasts des différents épisodes.

 

 

Un monde de rap à lire, à écouter (en podcast, avec une playlist) et à voir (vidéos, photos, cartes)

 

 

 

En complément à tout cela, consultez, grâce à Google maps, une cartographie du rap d'hier à aujourd'hui. Cette carte est évolutive. Elle vous permet d'accéder à des articles sur les différents artistes à partir de leur lieu d'origine,des lieux qu'ils ont fréquenté ou qu'ils évoquent dans leurs titres. Pour voir la carte dans une nouvelle fenêtre en plus grand, cliquez sous la carte.

 

 


Afficher Géographie du Rap et du Hip-Hop sur une carte plus grande

 

 

Sur l'histgeobox, des titres à l'écoute, qui sont présentés et analysés :
 

 

Des albums et des musiciens dont on vous parle sur Samarra :
 

 

 

Du côté des autres éléments du Hip-Hop (breakdance et graffiti) :

 

 

 

Connaissez-vous bien la Motown? (playlist, blindtest et quizz).

par blot Email

Les Temptations et les Supremes, deux groupes phares de l'écurie Motown.

 

Sélections de huit titres de la Motown.

1. Marvin Gaye et Tammi Terrell: "Ain't no mountain high enough". Chanson parfaite interprétée par le duo prometteur Marvin Gaye et Tammi Terrell. Tous deux enregistrèrent un album en commun, mais le décès prématuré de la chanteuse mettra un terme à leur collaboration. Le malheureux Marvin sera pou sa part assassiné par son père.

 

2. Gladys Knight and the Pips: "I'll be there (when you get home)." Les très nombreux enregistrements de la chanteuse épaulée par ses Pips attestent de sa créativité sans cesse renouvellée. Les sonorités rappellent ici la deep soul sudiste, ce qui permet de nuancer l'oppoisition systématique entre une soul profonde et bluesy (celle de  Stax) et une musique pop très édulcorée (qui serait celle de la Motown).

 

3. Temptations: "Message from a black man". La carrière des Temptations connaît un virage fondamental avec l'arrivée derrière les manettes du producteur Norman Whitfield. Cette soul psychédélique est en effet à des années lumières des ballades romantiques de leurs débuts ("My Girl", titre absolument irrésistible au demeurant).

 

4. The Funk Brothers: "Bernadette". Instumental stupéfiant où la basse de James Jamerson fait des ravages.

 

5. Diana Ross and the Supremes: "You keep me hangin' on". Au temps de leur splendeur (1964-1967), les Supremes furent le seul groupe capable de rivaliser avec les Beatles dans les charts pop américaines. Il faut dire que les jeunes filles avaient des aguments solides: voix de velours, mélodies accrocheuses, présence scénique déconcertante...

 

6. Stevie Wonder: "Superstition". Le petit génie dans ses oeuvres. Son introduction à l'orgue est absolument irrésistible. L'album dont est tiré ce titre ("Talking book" en 1972) est très bon, mais le chef d'oeuvre absolu de Wonder reste sans doute le double album "Songs in the key of life" (1976).

 

7. Edwin Starr: "Stop the war now". Qui a dit que les artistes Motown ne s'intéressaient pas à la situation géopolitique de leur pays? Ici, le trop méconnu Edwin Starr, clame haut et fort son refus de la guerre du Vietnam.

 

8. Detroit Spinners: "It's a shame". Le groupe ne fit qu'un petit tour chez Motown, mais y enregistra ce tube en or massif.


Blind-Test: une quinzaine de titres, en aveugle, les reconnaîtrez-vous?

 

 

Quizz: Si vous avez lu attentivement, les articles du blog consacrés à la Motown, ce questionnaire ne devrait pas vous poser trop de problèmes. Essayez.

 

 

Retrouvez les deux premiers volets de la série:

- La Motown fête ses 50 ans.

- Les raisons du succès de l'usine à tubes.

Petite histoire du Rap (prélude)

par Aug Email

Je vous propose d'entamer cette semaine une petite histoire du rap. Vous pouvez lire cette histoire ou l'écouter en podcast (avec extraits sonores et devinette à la fin). Sur cette page, retrouvez des liens, la géographie du rap en France et dans le monde (avec googlemaps) et la possibilité de télécharger ce podcast.

Pour écouter ce texte, cliquez ci-dessous :

Quand tout cela a-t-il commencé ? Bienheureux ceux qui le savent !

Comme pour beaucoup de genres musicaux, il est bien difficile de dater précisément les débuts.

Une chose est certaine, le rap n’est pas venu de nulle part, il est l’héritage d’une longue tradition musicale depuis le gospel jusqu’au Reggae. Autre certitude, le rap est né dans le Bronx, dans un quartier de New York livré à lui-même. Tentons d’y voir un peu plus clair.

Commençons par le nom. Le mot rap signifie en anglais américain quelque chose comme "baratin". Il est utilisé dans des expressions comme « Don’t give me this rap » (sors pas ton baratin) ou dans un autre sens « take the rap » (payer pour les autres).

Comme genre musical, le rap peut être défini ainsi (Rousselot et Lapassade) : « c’est la diction, mi-parlée, mi-chantée, de textes élaborés, rimés et rythmés, et qui s’étend sur une base musicale produite par des mixages d’extraits de disques et autres sources sonores ».

Le rap émerge dans un ensemble plus vaste que l’on a progressivement appelée la culture hip-hop et qui comprend également des danses urbaines (break, smurf, hype), des modes vestimentaires, des arts graphiques (graffiti, tag), un langage.

 

Aux sources musicales du rap

Les deux sources principales du Rap sont la musique noire américaine et la musique jamaïcaine, en particulier le reggae (Julien Blottière nous en parle prochainement).

Le rap s’inscrit en effet dans une filiation allant du Gospel à la funk en passant par le blues, le jazz, la soul, le rock.

Ces différents genres musicaux ont tous inspirés le rap, par leur rythmique, leur instrumentation, leurs mélodies (ne serait-ce que par les samples utilisés par les DJ).

Une tradition verbale existe déjà dans la culture afro-américaine, celle des dirty dozens, ces insultes à connotation sexuelle, le plus souvent adressées à la mère de la personne visée (le Motherfucker vient de là….). Mais là, il ne s’agit pas de politique. Pour retrouver les prémices du rap dans sa dimension politique et sociale, il faut s’intéresser au groupe des Last Poets. Ils sont en effet les précurseurs du rap par les thèmes qu’ils abordent (la défense de l’homme noir persécuté et son affirmation), par le langage qu’ils utilisent (celui de la rue parlé par les noirs), par le choix de la rime enfin. Le groupe se forme en 1969, il est proche des Black Panthers qui scandent alors leur slogan « Black Power ». Leur premier album sort en 1970. Ils vont, en parallèle à l’émergence du rap, mener une carrière de chanteurs militants, marquée par des titres comme « Niggers are Scared of Revolution » (« Les nègros ont peur de la révolution ») ou « Run, Nigger, Run » (« Cours, Négro, Cours »). [Retrouvez des informations sur ce groupe et le mouvement dans lequel il s'inscrit dans un article de J. Blottière sur "La musique au temps des Blacks Panthers"].

 

L’autre source importante du rap, surtout pour les conditions dans lesquelles la musique est réalisée, est la musique jamaïcaine, elle-même très liée aux genres précédemment cités. L’histoire de la musique est en effet faite d’allers-retours constants et d’influences réciproques. Dans les années 1950, parmi les animateurs de radio, une tradition du parler en rythme sur la musique diffusée se développe chez des DJ’s noirs de Floride. Les DJ’s jamaïcains, qui captent les radios de Miami et de la Nouvelle-Orléans, s’en inspirent pour créer le toasting. [Photo ci-contre : l'un des pères du toasting, U-Roy. Voyez ici] Mais en Jamaïque, le toasting se développe plutôt dans la rue, à bord de sound-systems mobiles, lancés par les disquaires pour faire connaître la musique que les gens n’ont pas les moyens de s’acheter. Les disques de reggae joués en version instrumentale, les dubs (sur les faces B le plus souvent) font ainsi les beaux jours de ces discothèques ambulantes que sont les sound-systems. Précisons qu’il y a alors de moins en moins de musiciens live du fait de l’émigration vers les Etats-Unis ou le Royaume-Uni et du développement du tourisme sur la côte Nord de l’île. Dans les années 1960, les sound-systems, (pour lesquels une personne suffit : le selector) remplacent donc progressivement les musiciens.

Au cours des années 1960, le toast débarque aux États-Unis et rencontre un grand succès dans les rues des ghettos. Les techniques évoluent, le parler des toasting s’américanise. Un DJ d’origine jamaïcaine, DJ Kool Herc (Clive Campbell, de son vrai nom) affirme le style DJ rap au début des années 1970, il est un des pères du rap. Je vous en reparle dans le prochain épisode.

Revenons donc aux États-Unis et plus précisément dans le Bronx.

[South Bronx Playground, années 1970]

 

Bronx, années 1970

Le rap naît dans les années 1970, dans les ghettos urbains des grandes villes des États-Unis, en particulier dans le quartier du Bronx à New York (au Nord de la ville de New York, voir la carte ci-contre [source]). Malgré l’émergence progressive d’une classe moyenne noire, l’essentiel de la communauté noire vit alors dans des ghettos aux cœurs des grandes villes, le plus souvent dans des projects (ces HLM à l’américaine).

Entre les années 50 et la fin des années 60, la moitié des blancs a quitté le South Bronx pour les banlieues plus éloignées et uniformes du New Jersey, du Queens et de Long Island. HLM et autoroutes sont alors concentrées dans le South Bronx pour les épargner à Manhattan.

Le South Bronx perd 600 000 emplois dans l’industrie, 40% du secteur disparaît. Au milieu de la décennie 70, le revenu annuel moyen par habitant du Bronx est à 2430 $, soit la moitié de la moyenne à New York et 40% de la moyenne nationale. Le taux de chômage de jeunes est à 60%, sans doute plus (80% par endroit).

La paupérisation du Bronx entraîne l’essor de l’économie parallèle. Celle de la drogue bien sûr, l’héroïne en particulier à partir de 1968. C’est aussi la période des grands incendies. De nombreux « marchands de sommeil », n’ayant aucun intérêt financier à l’amélioration des logements, mettent eux-mêmes le feu aux appartements pour être indemnisés, de mèche avec les assurances. Mais tout cela incite les autorités au laissez-faire et leur permettent de justifier la réduction des services publics. 7 compagnies de pompiers sont ainsi supprimées dans le Bronx. La municipalité de New York, sous le mandat d’Abraham Beame, va d’ailleurs tout droit vers une ruine financière (ce qui ne l’empêche pas de dépenser des millions contre les graffeurs, autre composante essentielle de ce qui devient le hip-hop…). Tout le monde semble purement et simplement envisager la disparition du Bronx et de sa population, à petit feu. La visite du président Jimmy Carter en 1977 n’y change rien. Le Bronx est devenu l’angle mort de la ville. Un quartier à l'abandon d'où va sortir une culture nouvelle.

Après 1968, les Black Panthers et d’autres mouvements politiques comme les Young Lords avaient tenté de s’implanter sans succès. Après 1971, « ne restaient que les gangs de jeunes pour remplir le vide laissé par les révolutionnaires » (Jeff Chang). Dans les années 1960, au fur et à mesure que des Afro-Américains, des Afro-Caribéens et des Latinos s’installaient dans des secteurs autrefois peuplés d’Irlandais, de Juifs et d’Italiens, des gangs de jeunes blancs s’attaquaient à eux. Cela suscita en réaction la formation de gangs noirs et latinos, défensifs au départ, qui allaient devenir des gangs comme les autres. Pendant quelques années, « ils structuraient le chaos ». Pourtant, cette structuration montrait ses limites et de véritables traités de paix signés entre gangs, notamment à l’initiative des Ghetto Brothers en 1971, devaient progressivement changer le climat sans faire disparaître la violence. C'est parmi les jeunes de ces gangs que l'on va trouver certains des fondateurs du hip-hop et du rap, à l'image d'Afrika Bambaataa dont je vous reparle dans le prochain épisode.

Avant de voir la prochaine fois comment est né le rap, précisons déjà qu'il ne vient donc pas de nulle part, mais le sample, le collage, le scratch, le cut, toute la gestuelle sur scène, vont progressivement lui donner de fortes spécificités qui en font un genre musical original promis à un bel avenir.

Voici la playlist des titres dont je vous ai parlé ainsi que d'autres morceaux précurseurs :

 

Découvrez la playlist Histoire du Rap (prélude) avec Gil Scott-Heron

 

 
5. Public Enemy : Power to the people and the beats
6. L’émergence du Gangsta Rap et de la Côte Ouest
7. La réponse de NYC
8. Le Dirty South se réveille
9. Naissance du Rap en France
...
 

 En attendant la suite dans deux semaines, vous pouvez consulter ici la petite bibliothèque du rappeur (livres, films, bd, disques,...) et le lexique (en construction). Répondez à la devinette en fin de podcast en laissant un commentaire à ce message. Consultez également la Petite géographie du Rap en France et dans le monde qui vous permet de retrouver des informations sur les artistes à partir d'une carte. Le dossier complet sur l'histoire et la géographie du rap. Pour télécharger le podcast, vous pouvez le faire (notamment avec itunes) en cliquant ici.

 

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