Samarra


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Hommages musicaux aux héros des indépendances africaines.

par blot Email


Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).

 

- La ruée vers les indépendances (1957-1960).

- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).

- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.

- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."

- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".

- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".

- La bande son des inédpendances".

- Le dossier "Samarra en Afrique".

 

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Au cours de la période de l'accession aux indépendances, les assassinats de leaders nationalistes charismatiques aboutirent à la constitution d'un panthéon panafricain de héros et martyrs. Ces morts atroces changent en destin les vies de ces hommes, qui souhaitaient tous rompre nettement avec les métropoles.

  Aux yeux de nombreux Africains, des meneurs de la trempe de Um Nyobé, Lumumba, Cabral ou encore Sankara sont autant de héros, eux qui n'hésitèrent pas à aller jusqu'au sacrifice pour faire triompher leurs idées et libérer leurs compatriotes de la tutelle européenne, à l'instar de Lumumba au Congo ou plus tard, dans un autre contexte, du Burkinabé Thomas Sankara. Nous allons nous intéresser à quatre grandes figures des indépendances africaines: le Camerounais Ruben UmNyobé, le Congolais Patrice Emery Lumumba, le Guinée-Bisséen Amilcar Cabral et enfin le Burkinabais Thomas Sankara. Le choix de ce dernier ne saurait surprendre dans une série s'intéressant aux indépendances africaines, dans la mesure où il aspire à mettre un terme à la relation néocoloniale qui unit alors la Haute Volta à la France. Il veut doter son pays d'une véritable indépendance.

Ces hommes ne sont pas des saints. Pas question donc de verser dans l'hagiographie. Mais, ils ne ressemblent pas non plus aux portraits que firent d'eux les propagandes coloniales.

 

Ce martyrologe permet d'identifier quelques points communs chez ces personnages.

* Tous connurent des morts tragiques, fauchant des hommes jeunes au faîte de leurs actions politiques. Lumumba meurt à 36 ans, alors qu'il occupait quelques jours plus tôt encore le poste de premier ministre du Congo. Dirigeant incontesté de l'Union des Populations du Cameroun, Um Nyobé décède à 45 ans. Sankara n'a que 38 ans lors de son assassinat, Amilcar Cabral 49 ans. Leurs assassins s'ingénient tous à les calomnier. Lumumba et Nyobé deviennent l'incarnation du péril communiste en Afrique, tandis que les autorités françaises dénigrent "Sankara l'autocrate", alors qu'elles s'acoquinent ailleurs avec des dictateurs "plus arrangeants". Et comme salir leurs mémoires ne suffit pas, il s'agit en outre de mettre en scène leurs corps ou de faire disparaître leurs restes. Le corps de Lumumba, comme celui de Ben Barka quelques années plus tôt, est dissous dans l'acide; la dépouille de Nyobé photographiée et exposée de longues heures durant.

 

* Tous sont de brillants rhéteurs, capables de subjuguer les foules grâce à leurs discours enflammés (cf: ci-dessous). La dénonciation véhémente du système colonial belge par Lumumba lors des cérémonies d'indépendance du Congo reçoit un accueil enthousiaste de l'auditoire quand le reste de l'assistance grince des dents. Le discours sur la dette prononcé par Sankara devant l'Assemblée générale de l'ONU.

 

* Ils impressionnent par leur courage physique et l'activité inlassable qu'ils déploient pour triompher: Ruben Um Nyobé prend le maquis et mène la guérilla depuis la forêt; Amilcar Cabral dirige l'armée de libération de Guinée Bissau et parvient à prendre possession des trois quarts du territoire guinéen.

 

* Tous aspirent à trancher le noeud goerdien qui unit les ex-colonies à l'ancienne métropole. Pour Sankara, il convient de mettre un terme définitif aux rapports néo-colonialistes (Sankara). Nyobé, Lumumba, Cabral réclament très tôt une indépendance véritable sur les plans politique, éconimique et culturel. Dans cette optique, Cabral, à la fois musicien et poète, place la culture au coeur de son projet.

 

* Dirigeants nationalistes, ils se réclament dans le même temps du programme panafricaniste formulé par NKrumah.  Sankara tente  par exemple de créer un front panafricain contre la dette.

 

Les points communs abondent certes entre ces individus, mais les différences sont légions. Tous s'inscrivent dans un contexte différent. Nyobé engage son combat dès 1948 alors que Sankara n'accède au pouvoir qu'en 1983. Le Camerounais reste fondamentalement un pacifiste quand Cabral combat sans relâche. Intéressons nous désormais plus en détail à ces quatre personnalités.

 

* Lumumba.

 

Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Il se place initialement dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. En 1958, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain. Les violentes émeutes de janvier 1959 entraînent le départ précipité des Belges. Lumumba dirige désormais le Mouvement national congolais (MNC). Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable des pourparlers belgo-congolais. En janvier 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui déterminent les conditions d'accesion du Congo à l'indépendance. En mai, son parti remporte la victoire aux élections. Le président Joseph Kasavubu le nomme premier ministre du jeune Etat qui célèbre son indépendance le 30 juin. Lors des cérémonies de passation des pouvoirs à Léopoldville, Baudoin, le roi des Belges, exalte la mission "civilisatrice" de la Belgique.

"L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie du Roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage et continuée avec persévérance par la Belgique. [...]

Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d'abord pour délivrer le bassin du Congo de l'odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite pour rapprocher les unes des autres les ethnies qui, jadis ennemies, s'apprêtent à constituer ensemble le plus grand des États indépendants d'Afrique […] Lorsque Léopold II a entrepris la grande oeuvre qui trouve aujourd'hui son couronnement, il ne s'est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur. […] Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. [...] Nous sommes heureux d'avoir ainsi donné au Congo, malgré les plus grandes difficultés, les éléments indispensables à l'armature d'un pays en marche sur la voie du développement.
[…] En face du désir unanime de vos populations nous n'avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance. C'est à vous, Messieurs, qu'il appartient de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance."

 

Le nouveau président du Congo, Joseph Kasavubu lui succède à la tribune. Il y remercie Dieu et le roi. C'est alors que Patrice Lumumba prononce son célèbre discours dans lequel il prend le contrepied du roi en présentant le régime de spoliation, d'exploitation et de ségrégation qui sévissait dans le Congo belge.

 

" Congolais et Congolaises, combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. A vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez. [...]

 

 Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force. Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers. Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres.
Qui oubliera qu’à un noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls blancs ? Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine Pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou, croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les blancs et des paillotes croulantes pour les noirs : qu’un noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un noir voyageait à même la coque des péniches au pied du blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au un régime d'une justice d'oppression et d'exploitation! [...]

Ainsi le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. [...]

Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail, en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique. Hommage aux combattants de la liberté nationale! Vive l'indépendance et l'unité africaine! Vive le Congo indépendant et souverain!»

 

On s'en doute, ce discours brillant et courageux lui aliène de nombreux soutiens.

 

 

 

Lumumba s'oppose dès l'indépendance aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Très rapidement, deux provinces dont le riche Katanga, font sécession, encouragées par les entrepreneurs belges soucieux de préserver leur mainmise économique et financière sur le Congo. Les rapports entre le président et le premier ministre deviennent exécrables. Lumumba se retrouve isolé et ses marges de manoeuvre très limitées: les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la sécession katangaise plonge un peu plus le pays dans le chaos. Désemparé, il se tourne vers l'ONU qui lui offre une aide timide et vers l'URSS. Il indispose ainsi les Occidentaux, les Américains en particulier, et offre un prétexte à Kasavubu pour le faire arrêter. Le 6 décembre 1960, le chef d'état-major de l'armée de la nouvelle République, le colonel Mobutu, procède à l'arrestation de Lumumba, accusé de collusion avec l'URSS. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Les soldats de Mobutu le traque à bord d'hélicoptères grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 6 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga (photo ci-dessous).

 

Il aurait été torturé longuement, fusillé avec un ancien ministre et le président du Sénat le 17 janvier 1961, en présence d'un officier belge. Leurs corps auraient été découpés et dissous dans l'acide. Si de nombreuses zones d'ombre entourent toujours ces assassinats, nous savons désormais que la CIA et la Belgique y furent impliqués. En 2001, la Belgique a d'ailleurs reconnu sa "responsabilité morale.

 

Lumumba est considéré au Congo comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. 

 

 

* Thomas Sankara

 

Depuis l’indépendance en 1960, la Haute Volta n’a connu qu’une succession de coups d’Etat, de tentatives de démocratisation avortées sur fond de corruption et de misère économique. Le pays est pauvre et sa population considérée par les pays voisins comme un vivier de main d’œuvre bon marché. C’est dans ce contexte que survient le putsch militaire du 4 août 1983. Thomas Sankara, un officier atypique, accède au pouvoir à 34 ans. Depuis 1981, il a participé à plusieurs gouvernements où il se fait remarquer par ses dénonciations virulentes de la corruption et du néocolonialisme. Ces critiques acerbes entraînent son arrestation en mai 1983. Il sort de prison à l’occasion du soulèvement d’une partie de l’état-major voltaïque.

 

L’accession au pouvoir d’une énième junte militaire en Afrique de l’ouest, voilà qui ne laisse rien augurer de bon. Pourtant très vite, le style politique de Sankara détonne dans le paysage françafricain. A la tête du Conseil national de la Révolution (CNR), il engage d’ambitieuses réformes. Pour en finir avec les errements des régimes précédents, il entame une réduction drastique du train de vie de l’Etat et réprime sévèrement la corruption. La Haute Volta est rebaptisée Burkina Faso, qui signifie le « pays des hommes intègres ». Dans une logique de démocratie participative, des comités de défense de la révolution (CDR), élus, supplantent les chefs traditionnels.

Le CNR multiplie les mesures sociales : campagne de vaccination, cours d’alphabétisation pour les adultes, construction de logements sociaux, d’écoles et d’hôpitaux, campagne de reboisement afin de lutter contre la désertification, interdiction de l’excision.

 

Au plan économique, Sankara dénonce la dépendance du Burkina aux aides alimentaires. Dans cette optique, il entend valoriser les cultures vivrières et industries locales afin d’accéder à l’autonomie alimentaire. "Celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés [...] Ils y en a qui demandent: mais où se trouve l'impérialisme? Regardez dans vos assiettes. Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c'est ça l'impérialisme, n'allez pas plus loin."

Dans ses harangues, Sankara dénonce le modèle consumériste néocolonial. Lors de la conférence internationale sur l’arbre et la forêt, à Paris en 1986, il affirme : « la plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayé de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »

 

En politique extérieure, Sankara fustige le FMI et la Banque mondiale et prend pour cible les Etats-Unis, Israël, l’Afrique du sud et la France néocoloniale qui cesse toute aide budgétaire. Le 4 octobre 1984, Sankara s’adresse à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations Unies, il y prononce un remarquable discours: "Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers Monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation culturelle, économique et politique. Nous voulons nous y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être "l’arrière monde d’un Occident repu".
Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés, et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques. [...]
".

Le CNR remporte quelques succès : les conditions de vie et la situation sanitaire des milieux les plus populaires s’améliorent, tandis que l’autonomie alimentaire progresse. Mais, ces résultats sont obtenus de manière autoritaire. Le régime sankariste restreint les libertés politiques. Syndicats, partis d’opposition sont interdits et l’information sévèrement contrôlée.

 

Les timides progrès économiques peinent à compenser l’absence de libertés et les mécontents se font plus nombreux et viennent grossir les rangs des ennemis de Sankara : les chefferies traditionnelles destituées, les classes moyennes et aisées malmenées, les dirigeants des pays voisins qui craignent une contagion révolutionnaire depuis le Burkina, Jacques Foccart, revenu à la tête de la cellule africaine de l’Elysée…

 

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné. Un coup d’état porte au pouvoir un de ses anciens compagnons, Blaise Compaoré qui impose un régime aux antipodes du précédent. Corruption, népotisme, privatisation ont de nouveau droit de cité.

Aujourd'hui, Sankara est devenu un véritable mythe et certaines de ses idées restent plus que jamais d'actualité (la priorité aux biens publics, le panafricanisme, la recherche d'autonomie alimentaire, matérielle et culturelle, la critique du développement).

 

 

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* Ruben Um Nyobe.


De 1955 jusqu'aux années 1960, le Cameroun devient le théâtre d’une guerre coloniale particulièrement cruelle. Dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, de violents incidents éclatent à Douala. Le colonat blanc, particulièrement conservateur, n'entend nullement remettre en cause l'ordre établi et repousse les timides réformes avancées  lors de la conférence de Brazzaville.
Les populations indigènes restent marginalisées, totalement écartées des postes de direction.

 

C'est pour lutter contre cet état de fait qu'est créé en 1948 l'Union des Populations du Cameroun (UPC) emmenée par Ruben Um Nyobé. L'UPC, qui gravite dans l'orbite du PCF, s'impose rapidement comme un parti de masse. Nyobé est un personnage intriguant et pétri de contradictions apparentes. Indépendantiste farouche, il n'en reste pas moins pacifiste; éduqué par des missionnaires américains, ce chrétien est tôt attiré par le marxisme.

D’origine modeste, Nyobé exerce différents métiers. Il fait l'école normale. C'est un intellectuel, très grand lecteur, un personnage charismatique qui jouit d'une très grande popularité dans le sud et le sud-ouest du Cameroun ou vivent les ethnies Bassas et Bamileke. Nyobe, appelé aussi Mpodol, le "sauveur", multiplie les pétitions à l'ONU pour réclamer la fin de la tutelle française sur le Cameroun, sans grand succès... A Paris, ces démarches passent très mal et les autorités entendent bien juguler le succès croissant de l'UPC.  Rappelons que la guerre d'Indochine vient d'être perdue et que les affrontements en Algérie s'intensifient. Certes, le Cameroun représente un enjeu beaucoup moins important, mais on redoute néanmoins une contagion révolutionnaire aux autres colonies d'Afrique noire jusque là paisibles.

Nous sommes en outre en pleine guerre froide et l'UPC, proche des communistes, inquiète les autorités coloniales qui surveillent de très près l'organisation avant de l'interdire en 1955. Le parti est déjà passé à la dissidence en déclenchant des émeutes sévèrement réprimées en mai 1955 (à l'issue d'une dizaine de jours d'insurrection, on dénombre une vingtaine de morts). Les arrestations de militants se multiplient et les dirigeants upécistes se cachent. Nyobé a pris le maquis depuis quelques jours et se terre près de son village natal en pays bassa. Sa position reste très fragile. Résolument non-violent, il désapprouve l'insurrection du mois de mai qu'il estime prématurée et milite pour d'autres méthodes telles que le boycott des élections des députés à l'Assemblée territoriale de 1956 (loi cadre-Defferre). 

 

Pour les autorités coloniales, il est hors de question de transmettre le pouvoir à une organisation "crypto-communiste", hostile à l’ancienne métropole. Il est donc nécessaire de placer à la tête du pays indépendant, sinon des hommes de paille, au moins des obligés qui sauront renvoyer l’ascenseur. D’accord pour l’indépendance aux anciennes colonies, mais à condition de pouvoir les contrôler, politiquement et surtout économiquement. En 1956-1958, Pierre Messmer, nommé Haut-Commissaire, engage le pays dans un processus légal d'accession à l'indépendance (sic) avec l'approbation du gouvernement français. L’assemblée élue en 1956 répond aux attentes. Après avoir voté le statut d’état autonome sous tutelle, elle désigne  Henri-Marie M’Bida comme premier ministre, un modéré très anti-UPC, dont le choix a été avalisé par Messmer. En 1958, un jeune fonctionnaire musulman, Amadou Ahidjo devient le nouveau dirigeant, docile, du Cameroun.

 

Carte tirée de l'article de Marc Michel "la guerre oubliée du Cameroun", L'Histoire n°318, mars 2007.

 

Depuis les élections de 1956, l'UPC s'est dotée de strucutres armées en région bassa (CNO) comme en pays Bamiléké (SDNK). Pour les autorités françaises, il est plus que temps de lever l'hypothèque upéciste.

Messmer fait part de son expérience dans un ouvrage publié en 1998 : « les blancs s’en vont, récits de colonisation ». « (…) mon expérience de l’Indochine m’avait appris comment traiter une insurrection communiste. Les combats et les négociations avec le Vietminh m’avaient enseigné deux règles. On ne peut discuter utilement avec des dirigeants communistes que si on est en position de force, politique et militaire. Dans la négociation il faut être net et carré, ne jamais faire dans la dentelle. Face à Um Nyobe, qui tenait déjà le maquis quand j’avais été nommé haut-commissaire, j’avais d’abord mené la politique du containment, en l’empêchant de sortir du pays bassa, sa forteresse et assurant la sécurité des zones sensibles, la voie ferrée et la ville d’Edéa, avec son barrage hydroélectrique et son usine d’aluminium et celle d’Ezequa avec son industrie du bois. J’espérais aussi, à tort j’en conviens, qu’en laissant l’UPC tranquille dans ses forêts, elle condamnerait les élections sans les troubler, se limitant à des consignes d’abstentions qui avaient été d’ailleurs bien suivies lors des élections municipales. Mais puisque l’UPC avait choisi le terrorisme, je devais régir vite et fort. » 

 

 

En décembre 1957, les autorités coloniales décident de créer la "zone de pacification du Cameroun" en Sanaga maritime. Comme en Algérie, les forces armées coloniales procèdent au regroupement forcé  des villages; leur objectif: réduire par la force les maquis de l'UPC (avec si possible l’élimination physique de Ruben Um Nyobe).

 

 

Sans doute trahi par un de ses compagnons de combat, Ruben Um Nyobe est assassiné en septembre 1958 et son corps transporté dans le village le plus proche afin de prouver aux populations que le chef des nationalistes n’est plus. Beaucoup se rendent et abandonnent la lutte armée (photo ci-dessus). Depuis la région Bamiléké, Félix Moumié poursuit néanmoins la lutte à la tête de l'armée de libération du Kamerun (ALNK).

Alors que le pays accède à l'indépendance le 1er janvier 1960, de vastes zones du pays sont entrées en dissidence En vertu des accords de coopération militaire, les soldats fançais secondent activement le régime d'Ahidjo (qui mute rapidement en dictature) pour éradiquer la résistance upéciste qui se prolonge pendant presque dix ans. Les successeurs de Nyobé, Félix Moumié et Ernest Ouandié seront, eux aussi, assassinés. Le conflit franco-camerounais aurait fait  entre 70 000 et 120 000 morts.

 

On le voit, contrairement à une légende tenace, toutes les décolonisations africaines ne se sont pas déroulées pacifiquement et, aujourd'hui encore, malgré les travaux des historiens, cette guerre reste mal connue malgré les efforts inlassables de Mongo Mbeti. Le pouvoir politique français donne, il est vrai le mauvais exemple comme le prouve une phrase prononcée par le premier ministre François Fillon en mai 2009: "Je dénie absolument que des forces françaises aient participé, en quoi que ce soit, à des assassinats au Cameroun. Tout cela, c'est de la pure invention!" Quant à Ruben Um Nyobé, il n'a sans doute jamais existé...

 

 

* Amilcar Cabral.

Amilcar Cabral naît le 12 septembre 1924, à Bafatá, dans l’est de la Guinée-Bissau, de parents cap-verdiens. A l'époque, l'archipel du Cap-Vert et la Guinée Bissau sont sous domination portugaise. Le prénom du bambin en dit déjà long, ses parents ayant été inspirés par Hamilcar, le chef carthaginois (et donc Africain) qui fit trembler l'Empire romain sur ses bases! Au cours des années 1930, la famille regagne le Cap-Vert. L'archipel subit alors des sécheresses récurrentes qui provoquent des famines particulièrement meurtrières (cinquante mille morts entre 1941 et 1948). Cabral entend, à son niveau lutter contre ce fléau, qui n'est pas une fatalité. Il suit donc des études d’ingénieur agronome, à l’université de Lisbonne. Nommé directeur du Centre expérimental agricole de Bissau, il acquiert une connaissance précieuse du pays et de sa structure socioéconomique. Dans le même temps, il s'intéresse au panafricanisme dans le sillage de N'Khrumah notamment et se passionne pour la poésie de Senghor et son concept de négritude. Les autorités coloniales commencent à le trouver gênant et le contraignent à s'exiler en Angola, où il prend contact avec le mouvement nationaliste angolais.

 

 

 

 

En 1956, Cabral fonde à Bissau le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d'idéologie marxiste. Il tente alors de négocier avec les autorités métropolitaines de plus en plus isolées. En 1963, le PAIGC engage la lutte armée contre les forces d’occupation. Cabral anime avec sang-froid cette guérilla qui débute dans le sud du pays, avec des bases arrières en Guinée-Conakry (il obtient le soutien militaire des soviétiques). L'armée coloniale (près de 20 000 soldats mobilisés) se trouve très vite débordée. Les officiers portugais et leurs troupes ne tardent pas à douter du bien fondé de cet acharnement de la dictature à s'arque bouter sur son empire. Pour Bernard Droz: "Salazar avait fini par ériger l'Empire comme le plus solide rempart de son régime réactionnaire à tel point que, a contrario, anticolonialisme et antisalazarisme avaient fini par se confondre." D'ailleurs, ce sont ces officiers de l'Armée d'Afrique, notamment Antonio de Spinola qui a combattu en Guinée-Bissau, qui finiront par se retourner contre le pouvoir dictatorial du successeur de Salazar, Marcelo Caetano, renversé le 25 avril 1974.

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Sous l’impulsion de Cabral, la guérilla prend un essor rapide. En 1973, le PAIGC contrôle ainsi la majeure partie du pays. En 1972, Cabral remporte un grand succès puisqu'il parvient à organiser l'élection d'une Assemblée nationale. Cette même année, le conseil de sécurité de l'ONU somme le Portugal de mettre un terme à cette guerre coloniale d'un autre âge. Enfin, l'organisation internationale reconnaît l'Etat indépendant de Guinée-Bissau, le 24 septembre 1973. Par les accords d'Alger, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance sans drame majeur dès septembre 1974. Mais Cabral n'est plus, puisqu'il se fait tuer le 20 janvier 1973, près de sa résidence à Conakry, par des membres de son parti, avec la connivence des services secrets portugais. 

 

Tout au long de la lutte, Cabral tenta de maintenir soudé son organisation, en s'appuyant sur les milieux populaires . Meneur d'homme très souple préférant la persuasion aux purges, il ne parvint cependant pas à apaiser totalement les tensions entre combattants guinéens et cadres cap-verdiens. L'oeuvre de Cabral n'en reste pas moins conséquente. Pour Augusta Conchiglia, "Cabral laisse une oeuvre théorique remarquable, qui est constamment réévaluée. Sa réflexion sur le rapport entre libération nationale et culture est plus que jamais d’actualité. Contrairement à la tendance dominante à l’époque d’importer mécaniquement les théories marxistes, Cabral a fait une relecture des catégories sociopolitiques du marxisme à la lumière des réalités africaines". Surtout, aux yeux de très nombreux Guinéens, Cabral fait figure de héros national. A l'échelle du continent, il reste aussi un martyr, qui est allé jusqu'au sacrifice pour faire triompher ses idées et libérer ses compatriotes de la tutelle européenne.

 

Les musiciens ne tardèrent pas à rendre hommage à ces grands hommes, comme l'atteste la sélection ci-dessous. A l'applaudimètre, Lumumba semble l'emporter avec des hommages musicaux dans tous les genres musicaux et sur tous les continents (salsa, reggae, dub, rumba). Amilcar Cabral est surtout célébré dans l'Afrique lusophone, mais pas exclusivement comme le prouve les morceaux de l'Orchestra Baobab ou de de Jaliba Kouyaté. Sankara l'incorruptible ne pouvait laisser indifférents le rappeur Akpass (merci Etienne pour la découverte) ou le reggaeman ivoirien Alpha Blondy. Le morceau de Tiken Jah Fakoly dresse une impressionnante liste de "martyrs", dirigeants assassinés, journalistes abattus... Dans le refrain, il prévient: "nous pouvons pardonner, mais jamais oublier".

Dans le même esprit, le chanteur congolais Franklin Boukaka oppose, dans sa chanson « Les immortels », les dirigeants politiques régnants aux grandes figures disparues. Il n'hésite pas à associer l’opposant politique marocain Mehdi Ben Barka, exilé à l’étranger en 1963 et assassiné sur le territoire français en octobre 1965 à Lumumba, Simon Kimbangu, au Che Guevara, à Ruben Um Nyobe ou encore à André Matswa… tous assassinés ou morts au nom d'un idéal. Ses textes, très critiques à l'encontre des autorités congolaises, lui attirent des haines tenaces. En 1972, il est assassiné à la suite lors du coup d’Etat manqué contre le président Marien Ngouabi.

 

 

 

Franklin Boukaka: « Les Immortels »

Africa mobimba e ……………………….(L'Afrique tout entière)
Tokangi maboko e ……………………….(A croisé les bras)
Tozali kotala e ………………………..(Nous observons impuissants)
Bana basili na kokende…………………..(La perte de ses enfants)
(...)

Oh o Mehdi Ben Barka ……………………(Oh ! Mehdi Ben Barka)
Mehdi nzela na yo ya bato nyonso………….(Mehdi, ta voie est celle de toute l'humanité)
Mehdi nzela na yo ya Lumumba……………..(Mehdi, ta voie est celle de Lumumba)
Medhi nzela na yo ya Che Guevara………….(Mehdi, ta voie est celle de Ché Guevara)
Medhi nzela na yo ya Malcom X…………….(Mehdi, ta voie est celle de Malcom X)
Medhi nzela na yo ya Um Nyobe…………….(Mehdi, ta voie est celle de Um Nyobe)
Medhi nzela na yo ya Coulibally…………..(Mehdi, ta voie est celle de Coulibally)
Medhi nzela na yo ya André Matsoua………..(Mehdi, ta voie est celle de André Matswa)
Medhi nzela na yo ya Simon Kimbangu……….(Mehdi, ta voie est celle de Simon Kimbangu)
Medhi nzela na yo ya Albert Luthuli……….(Mehdi, ta voie est celle de Albert Luthuli)

 

 

 

 

 

1. Tiken Jah Fakoly: "les martyrs".

2. Rico Rodrigue: "Lumumba".

3. EC Arinze: "Lumumba calypso".

4. Miriam Makeba: "Lumumba".

5. Spencer Davis Group: "Waltz for Lumumba".

6. Charles Iwegbue and his archibogs"Aya Congo Lumumba".

7 Balla et ses Balladins: "Lumumba".

8 Maravillas de Mali: "Lumumba"

9. Les Cols bleus:" Chant dédié à Lumumba"

10. Yuri Buenventura: "Patrice Lumumba"

11 Tiken Jah Fakoly: "Foly"

12 Apkass: "L'incorruptible est mort"

13 Alpha Blondy: "Sankara".

14 A tribe called Quest: "Steve Biko (stir it up)

15 Tony Lima "Amilcar Cabral"

16 Orchestra Baobab: "Cabral

17 Jaliba Kouyaté: "Amilcar Cabral".

 Une autre petite sélection de morceaux en hommage à Lumumba:

1. Vincent Courtois et Ze Jam Afame: "l'arbre Lumumba".

2. African Jazz: "Vive Patrice Lumumba".

3. Ok Jazz: "Lumumba héros national".

4. Le discours de Lumumba et son contexte.

5. Franco et Ok Jazz: "Liwa ya Emery".

6. E.C Arinze: "Lumumba calypso".

7. Maravillas de Mali: "Lumumba".

8. Miriam Makeba: "Patrice Lumumba". 

 

 

Sources:

- Elikia M'Bokolo: "Afrique noire. histoire et civilisations", Hatier, 2004.

- "Afrique, une histoire sonore1960-2000". Une sélection des archives de RFI et de l'INA présentée par Philippe Sainteny et Elikia M'Bokolo, chez

Frémeaux et Associés.

- Marie Cissako: "Que reste-t-il de Thomas Sankara?, in Offensive n°26, mai 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun, une guerre inconnue (1955-1971)", in L'Atlas histoire  du Monde diplomatique, octobre 2010.

- Thomas Deltombe: "Cameroun: retour sur une décolonisation sanglante", in Afriscope n° 15, mars-avril 2010.

- Rendez vous avec X (France Inter): "la décolonisation du Cameroun" (deux émissions).

- Bernard Droz: "Histoire des décolonisations", Seuil.

 

Liens:

- Rue 89: "Pierre Messmer, un soldat que le Cameroun n'a pas oublié."

Benda Bilili!

par blot Email

Nous vous avons déjà parlé du Staff Benda Bilili, fantastique groupe congolais composé de 8 Kinois malmenés par l'existence. Depuis une dizaine d'années, ces musiciens animaient les nuits de Kinshasa grâce à leur musique survoltée, savant mélange de rumba zaïroise, de funk et de reggae. La sortie l'année dernière d'un album salué par la critique permit au groupe de tourner un peu partout en Europe. Les prestations du Staff permirent à la formation de sortir de la confidentialité dans laquelle restent malheureusement trop souvent cantonnés de nombreux groupes africains. Or, l'aventure continue avec la sortie d'un film documentaire à la gloire du staff.

 

Ce film sur la misère, pas du tout misérabiliste, narre l'histoire passionnante du groupe autour de la figure du leader Papa Ricky et de Roger, l'enfant des rues de Kinshasa.

Les réalisateurs filment les bonheurs et déboires du groupe entre 2004 et 2009. Cette durée rend l'entreprise passionnante et ce documentaire si singulier. Le spectateur assiste à "l'intronisation du petit Roger, enfant des rues et génie du satongé, cet instrument fabriqué à partir d'une boîte conserve et d'un fil de fer. Au fil des ans, on verra Roger devenir un homme et une star." [cf: Mathilde Blottière dans le n°3165 de Télérama]

 

Le documentaire dresse un portrait en creux du pays. l'histoire du groupe est compté, avec ses bonheurs et ses déboires (nombreux). L'énergie prodigieuse du groupe écarte toute forme de sensiblerie ou de pathos. Belle leçon de courage et de persévérance qui ne saurait surprendre de la part d'un groupe qui chante: "un homme n'est jamais fini / la chance arrive sans prévenir / un jour, c'est sûr, on réussira".

 

La bande annonce:

 

Bonus:

- Le making of du film.

- D'autres extraits ici.

- Lire l'entretien qu'accordent Renaud Barret et Florent de la Tullaye (PDF) à Elisabeth Stoudmann pour Le Courrier.

- La critique de Télérama (bise soeurette) et un entretien filmé avec les deux réalisateurs (au festival de Cannes en 2010).


Enfin pour terminer un morceau interprété sur scène(là où ils sont les meilleurs, même si leur album est excellent).

 

 

 

Histoire des tirailleurs sénégalais en musique.

par blot Email

Garde d'un ouvrage d'art. Tonkin (vers 1953).

 

- La création du corps des tirailleurs sénégalais, leur rôle dans la conquête coloniale en Afrique, puis leur engagement en Europe au cours de la grande guerre:

1. Félix Mayol: "Bou Dou Ba Da Bouh".

- Les tirailleurs en tant que sentinelles de l'Empire dans l'entre-deux-guerre, puis à leur participation à la deuxième guerre mondiale:

2. C.A.M.P.: "Hosties noires".

- Le massacre du camp de Thiaroye, le 1er décembre 1944, qui reste un symbole fort de l'injustice coloniale et des promesses non tenues par la France.

3. C.A.M.P.:"Thiaroye".

- L'engagement des tirailleurs africains dans les guerres coloniales jusqu'à la dissolution du corps avec les indépendances. Désormais la mémoire des tirailleurs est une mémoire vive.

4. Zao: "Ancien Combattant".


Plongée dans l'histoire du Bénin avec l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou.

par blot Email

 A partir du milieu du XIX° siècle, grâce à des traités commerciaux (1851) ou des accords de protectorat (1883), la France s'implante dans la région de Cotonou et Porto-Novo. Elle doit alors compter avec le royaume d'Abomey du roi Béhanzin  qui tente de reconquérir la région occupée par les Français. Après de rudes combats entre 1892 et 1894, il est finalement capturé en janvier 1894 et mourra en exil à Alger en 1906. Tous les établissements français de la région furent regroupés au sein de la colonie du Dahomey.

 

A partir de 1899, le Dahomey fut intégré à l’Afrique occidentale française (AOF). Très vite, le sud du territoire se distingue par l'important niveau de scolarisation des populations par l'intermédiaire des nombreuses missions religieuses qui s'y implantent. Le Dahomey devient ainsi  un des principaux foyers politiques et intellectuels de l’AOF. De nombreux Dahoméens occupent alors des postes de fonctionnaires et de cadres dans les autres territoires d'AOF. Dans ces conditions, le pays connaît une importante et précoce fermentation politique. Des partis se créent et une presse d'opposition au système colonial prospère. En 1958, le pays devint la «république du Dahomey», un État autonome au sein de la Communauté française.

 

http://www.afrique-express.com/archive/OUEST/benin/beninphotos/kerekoujeune.jpg

Le jeune Mathieu Kérékou.

 

L'indépendance fut proclamée le 1er août 1960, à Porto Novo, la capitale du nouvel État. Le président Hubert Maga se trouve très vite dans unesituation délicate avec le retour contraint au pays de nombreux cadres et fonctionnaires dahoméens licenciés par les pays de l'AOF devenus indépendants. La stabilité du régime est ainsi rapidement mise à mal. En 1963, le colonel Christophe Soglo impose un gouvernement tripartite fragile. Finalement, il s'empare seul du pouvoir en 1965, avant d'en être chassé deux ans plus tard. Un Conseil présidentiel associant les membres du triumvirat précédent (Justin Ahomadegbé, Sourou Migan Apithy et Hubert Maga) est instauré en 1970, mais reste bien fragile face à l'instabilité politique endémique.

Le coup d'état militaire perpétré par le commandant Mathieu Kérékou  (originaire du Nord du pays à la différence des anciens dirigeants originaires du sud) en 1972 met un terme à cette instabilité. Il prend la tête du gouvernement militaire et s'appuie sur un vaste soutien d'une population lassée par les coups d'Etats militaires à répétition (5 en 12 ans!). Après trois ans à la tête du pays, Kerekou donne une orientation marxiste-léniniste au régime. Toujours en 1975, il abandonne le nom de Dahomey (trop lié aux ethnies du sud du pays aux yeux de Kerekou), remplacé par celui de Bénin, en référence à un royaume qui s’était autrefois épanoui au Nigeria voisin. La "République populaire du Bénin" rejoint donc le camp socialiste, après avoir adopté une nouvelle constitution, instaurant un régime à parti unique.


Le drapeau porte les trois couleurs de l'unité panafricaine : le vert, le jaune et le rouge.

 

Les tentatives de coups d'Etat avortées aboutissent au durcissement du régime. La censure, l'arrestation des opposants (ainsi les trois premiers présidents du pays sont emprisonnés durant 9 ans) et les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient. Nombre d'intellectuels se voient dans l'obligation de s'exiler.

 

Le régime s'appuie, selon un schéma classique sur des organisations de masse qui diffusent les discours du Conseil National de la révolution. L'encadrement de la population est assuré par une propagande constante: discours, chansons... Dans la sélection ci-dessous, le troisième titre permet d'entendre un morceau intitulé "la jeunesse béninoise marche fièrement". Les paroles très simples contribuent à la formation idéologique des organisation de jeunesse. Extrait: "La jeunesse béninoise marche fièrement / remplie de vaillance comme un régiment ". Le refrain remplit en choeur permet de galvaniser la foule "pour la Révolution / nous sommes prêts / pour la production / nous sommes là / gloire immortelle à la République populaire du Bénin / gloire immortelle au parti de la Révolution populaire du Bénin / gloire immortelle au socialisme scientifique"...

 

Dans le domaine économique, Kérékou entreprend une vague de nationalisation des banques et de l'industrie pétrolière. Et, durant une dizaine d'années, le régime dispose d'une certaine assise populaire. Sans être un eldorado, l'économie est stable, les salaires sont payés... Mais, progressivement la situation se dégrade. Au cours des années 1980 les finances de l'Etat virent dans le rouge (sans mauvais jeu de mot), les fonctionnaires ne perçoivent plus leurs salaires et la corruption gangrène l'économie du pays. Bref, le régime, qui bafoue en plus les libertés fondamentales, perd ses derniers soutiens dans la population. En décembre 1989, l'Etat se déclare en situation de cessation de paiement, alors que les banques sont en faillite. Le Bénin est paralysé par de grandes grèves qui rassemblent des milliers d'étudiants. La "république populaire du Bénin" ne l'est plus du tout. Kérékou remise donc Marx au placard et renonce à l'idéologie marxiste-léniniste. Il y est aussi incité par le contexte international: le mur de Berlin vient de s'écrouler et le bloc soviétique d'imploser.

 

L'année suivante le discours de la Baule prononcé par François Mitterrand fait sensation. Le président français y appelle à la démocratisation du continent. Le grand mérite de Kérékou est de relever ce défi. Il est le premier dirigeant d'un régime autoritaire africain à tenter l'ouverture vers le mulitpartisme. Cette transition se déroule certes sous la pression de la rue, mais elle a lieu et ne se termine pas en coup d'Etat ou en répression comme ce fut le cas trop souvent ailleurs. Une conférence nationale s'ouvre en 1991 et réunit les partis d'opposition. Elle permet au pays de se doter d'une constitution et d'organiser des élections libres. Kérékou est battu lors des élections de mars 1991 par Nicéphore Soglo qui hérite d'un pays dans une situation économique catastrophique. Les caisses sont vides et les mesures drastiques imposées par le FMI ne contribuent à miner sa position. Accusé de népotisme, Soglo se fait ainsi battre lors des élections de 1996 par un certain ... Mathieu Kérékou (qui triomphe de nouveau lors de la présidentielle de 2001 en réunissant 84 % des suffrages).



 

En matière culturelle, le leader de  "la République populaire du Bénin" alterne le chaud et le froid. Il interdit les rituels vaudaous (dont le pays est le berceau), instaure un couvre-feu, malmène tous ceux qui ne se plient pas aux canons du socialisme scientifique alors en vogue dans le pays. Mais, dans le même temps, il incite les musiciens à se tourner vers les rythmes traditionnels béninois et n'hésite pas à soutenir les talents muciaux (tant qu'ils vantent les bienfaits du régime et louent ses mérites personnels). Une usine de pressage de disque ouvre d'ailleurs ses portes à Cotonou, tandis que les labels Satel et Polydisco prospèrent sans être inquiétés par le régime en place. Aussi, au cours de ces années, le Bénin s'impose comme un foyer musical d'une extraordinaire vitalité. Il est temps de s'y intéresser.

 

Une des formations stars du pays est l'orchestre poly Rythmo de Cotonou formé en 1965 sur les fondations du Sunny Black Band. Grâce à leurs instruments électrifiés, les musiciens embrasent les discothèques de la ville et acquièrent rapidement une grande popularité qui dépasse les frontières de l'Etat pour gagner l'ensemble de l'Afrique de l'ouest. Ils font alors la renommée des nuits béninoises au Canne à Sucre notamment. 

 

 

L'orchestre doit sa notoriété à la virtuosité de la dizaine de musiciens qui le compose, mais aussi à la diversité de son répertoire. Sur scène, ils reprennent des standards funk et soul américains, des tubes afro-cubains, mais aussi les succès de la chanson française d'alors. Ils enchaînent ainsi les hits dans de nombreuses langues, en mina, fon, français, yoruba... Si leur impressionnante discographie souffre parfois de quelques faiblesses, ils parviennent néanmoins  la plupart du temps à associer avec bonheur funk, soul, salsa, afrobeat aux ryhtmiques caractéristiques du culte vaudou, originaire de la région (le rythme sakpata dédié à la divinité de la terre et des maladies contagieuses ou encore le sato, un grand tambour, mais aussi un rythme joué en hommage aux morts qui se marie à merveille aux guitares, cuivres et claviers utilisés par le Poly-Rythmo). Ces rythmes vaudous furent d'ailleurs interdits par les missionnaires européens et par le régime marxiste de Kérékou.

 

 

Sans être un orchestre officiel inféodé au pouvoir en place à l'instar du Bembeya Jazz guinéen ou encore du Super Mama Djambo de Guinée Bissau, l'orchestre poly-rythmo s'est en tout cas très bien accomodé du régime de Mathieu Kérékou. Le groupe a en effet droit de citer tous les jours sur les ondes de la radio nationale et ne rechigne pas, de temps à autre, à exalter le régime marxiste national.

 

Des membres fondateurs du groupe ne restent que quatre musiciens: Maximus Ajanohoun (guitariste), Pierre Loko (saxo), Bento Gustave (basse) et Mélomé Clément (accordéoniste, guitariste et chanteur), auxquels sont venus s'ajouter d'autres musiciens tels que le guitariste virtuose du groupe, Fifi Leprince. Ce dernier témoigne dans un entretien accordé à Elodie Maillot pour le magazine Vibration de la plasticité du répertoire de la formation et son adaptation aux évolutions politiques et culturels du pays:

"On écoutait de tout: de la variété française, congolaise, cubaine, du funk, de la soul et même de la musique arabophone. Lorsqu'il y avait une visite officielle d'un pays arabe au Bénin, il fallait jouer le répertoire de leur terroir. Même Sékou Touré, le président guinéen, avait été surpris de voir comment on reprenait les tubes de son Bembeya Jazz national".

 

L'Orchestre Poly-Rythmo dans ses oeuvres.

Un des plus gros succès du groupe: "Gbeti Majro".

Morceau tiré de l'excellente compilation sortie en 2004 sur Soundway: "OPRC: the kings of Benin urban grooves (1972-1980)".

 

En 1982, la mort de deux des membres fondateurs, Papillon (guitare) et Yehoussi Leopold (batterie), entraîne le déclin du groupe qui périclite alors pour quelques années; les survivants du groupe continuant de jouer de manière épisodique au Bénin. Or, à la faveur de rééditions des trésors de l'OPRC, ce dernier jouit d'une nouvelle popularité en Occident. En 2004, une compilation sortit sur le label anglais Soundway remporte un succès d'estime. En 2008-2009, le label allemand Analog Africa prend le relais en sortant deux volumes irréprochables. Mieux, la journaliste Elodie Maillot (Radio France, Mondomix, Vibrations) est parvenue à convaincre les membres du groupe  de se lancer dans une tournée européenne.  Ils se sont ainsi produits  à l'automne dernier au festival Marsatac, à Marseille. Ce fut l'occasion d'une rencontre entre Tout Puissant Orchestre Poly-Rythmo et le groupe de rock écossais de Franz Ferdinand, des fans inconditionnels du groupe béninois.

 


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Mais, le riche patrimoine musical du Bénin des années 1960-1970 ne se réduit pas à l’Orchestre Poly-Rytmo, loin s'en faut (de la même manière que Fela est loin d'être le seul musicien digne d'intérêt dans cette région). Le monumental travail d'exhumation des merveilles sonores du pays opéré par Samy Ben Redjeb, patron d'Analog Africa, le prouve. Deux sublimes compilations sorties récemment permettent de découvrir plusieurs formations tout à fait dignes d'intérêt.


 

1. Antoine Dougbè et l'OPRC: "Ako Sea Guera-Behanzin".

Ce morceau évoque un des grands rois du royaume d'Abomey. D'ailleurs, le rythme tchinkounmey, dont Anatole Houndeffo Alokpon s'est fait une spécialité, renvoie aux funérailles royales de la cour du roi d'Abomey.

2. Mathieu Kérékou: "plaidoyer pour le parti unique". Extrait d'un discours de Kérékou tiré du coffret "Afrique, une histoire sonore (1960-2000)", édité chez Frémeaux et associés en partenariat avec RFI et l'INA.

3. Formation idéologique: "La jeunesse béninoise marche fièrement."

Chanson de propagande à la gloire du régime marxiste de Kérékou. Les mauvaises langues parleront plutôt de "laxisme-béninisme".

4. Gnonnas Pedro and his Dadjes band: "Pt. Yhombi moniga wezon".

Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.

5. Orchestre Poly-Rythmo: "Hwe towe hun". L'orchestre star du pays fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Ils y associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues. L'influence des musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains) complètent cet assaisonnement musical réussi.

6. El Rego et ses commandos: "feeling you got". De nombreux orchestre urbains de danse voient le jour au Bénin au cours des années 1960. Et, à l'instar de ce qui se faisait en Guinée ou au Mali, chaque ville et préfecture possède alors son orchestre moderne. Une ville comme Cotonou concentre les talents tels que El Rego et ses commandos ou encore les Volcans de la capitale.

 

7. Les volcans de la capitale: "Oya ka jojo".

8. Leon et Germain Keita et le black santiago: "madou yeye". Rencontre au sommet entre les deux frères Keita (Mali) et l'orchestre des Black Santiago (Bénin). Plus d'informations ici.

 

 

 

Sources:

- Florent Mazzoleni: "L'épopée de la musique africaine", Hors Collection.

- Jean Sellier: "Atlas des peuples d'Afrique", la découverte, 2008.

- Reportage d'Elodie Maillot au Bénin pour le magazine Vibrations de février 2009.

- Mondomix n° 36, septembre-octobre 2009:"OPRC: la renaissance à l'âge de la retraite".

- Afrique, une histoire sonore (1960-2000), Frémaux et associés.

 

Liens:

- Le blog Oro propose une plongée dans la richesse du patrimoine musicale béninois (entre autres), une vraie merveille.

- Des mixes de musique du Bénin sur le blog Voodoo Funk : "Mede Woui", "Beware", "beyond the beat", "life is a game".

- Le site officiel du poly-rythmo.

- Le site d'Analog Africa (qui propose d'intéressants podcasts).

* Des articles consacrés au groupe béninois sur Libération.fr: "Fièvre groovy poly rythmée", Vibration, l'Humanité.fr, soul brothers.fr.

* Pour compléter sur d'autres musiques africaines, voir les nombreux articles de L'Histgeobox et Samarra rassemblés dans notre dossier Afrique:

- L'épopée mandingue en musique.

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré

- La musique comme outil de propagande dans la Guinée de Sékou Touré... suite

- De la Havane à Kinshasa: on danse la rumba. (Cuba en Afrique/2)

 

De la Havane à Kinshasa: on danse la rumba.

par blot Email

Comme nous vous le disions il y a peu sur Samarra, si les Barbudos cubains ne sont pas parvenus à exporter leur révolution en Afrique, il en va tout autrement des rythmes et musiques de l'île.Une vogue afrocubaine exceptionnelle s’empare de toute l’Afrique subsaharienne, avant même les indépendances.

 

Orquestra Aragon.

 

* Une influence culturelle majeure.

 

La musique cubaine notamment, amenée par les marins de passage, bénéficie d’un engouement extraordianire. Les boîtes de nuit dans les villes portuaires accueillent les marins et donc les musiques cubaines. Certains groupes cubains deviennent d'ailleurs particulièrement populaires en Afrique à l'instar de l'Orquestra Aragon (adepte des charangas, cha cha cha) , la doyenne des formations cubaines qui vient de souffler ses soixante-dix bougies... En 1959, le groupe monte sans hésiter dans le train de la révolution castriste et devient même  l'ambassadeur de la musique cubaine à l'étranger. A partir de 1971, le groupe mène plusieurs tournées en Afrique où l'Aragon a acquis une immense popularité. Rafael Lay Jr explique: "ces voyages étaient en outre financés par notre gouvernement, c'était une façon de poursuivre l'aventure africaine du Che." Le groupe créé d'ailleurs une rythme inspiré de ses expériences en Afrique de l'ouest, le chalonda. 

Dans l'autre sens, des étudiants africains se rendent à Cuba pour étudier et enregistrer (voir ci-dessous le cas des Maravilhas de Mali).

 

 

 

Cha cha cha, merengue, pachanga deviennent extrêmement populaires en Afrique et inspirent à leur tour les chanteurs et musiciens locaux. Ceci vaut particulièrement pour le Congo où la rumba congolaise s’impose très vite (les Congolais empruntent notamment aux Cubains, le jeu des claves). Ailleurs, des groupes tels que le Bembeya Jazz national en Guinée, l’orchestre Baobab au Sénégal, les Maravilhas de Mali mettent les musiques cubaines à l’honneur, reprenant de nombreux standards dans leur répertoire où en introduisant des cuivres et rythmes typiquement cubains dans leur musique.

Au fond, cette influence musicale cubaine en Afrique est un juste retour des choses, dans la mesure où la rumba cubaine est un mélange de musiques latino-américaine et de rythmes importés par des esclaves d'Afrique centrale au milieu du XIXème siècle. Toutefois, ne nous y trompons pas, si les Congolais se réapproprient cette musique enivrante, ils y ajoutent leur touche personnelle: une polyphonie de guitare, qui remplace  le piano adopté par les Cubains.

 

Dans son livre "Afrique noire, histoire et civilisations", E. M'Bokolo revient sur la genèse de la rumba congolaise. Cette danse est adoptée dès les années 1930 par les Congo bars, des lieux de sociabilité masculine, fondés sur des relations de travail et de voisinage. "Le développement de la rumba correspond à un besoin d'autonomie, sinon à une volonté de résistance, à l'égard des pouvoirs coloniaux, dont la politique consista (...) à contrôler les loisirs des Noirs." "Son développement accéléré après 1940 serait dû à la conjonction de plusieurs facteurs: l'existence de puissants moyens de diffusion, en particulier Radio-Brazzaville, l'ancienne station de la France Libre; l'émulation entre les grands centres urbains, en particulier entre Kinshasa et Brazaville; le mariage heureux entre les artistes congolais et "les pauvres blancs" de Léopoldville." En effet, les immigrants grecs ou chypriotes qui contrôlent alors une partie du commerce de détail fondent les premières maisons d'édition de disques d'Afrique noire. Une industrie musicale unique en Afrique voit le jour et assure le triomphe de créateurs exceptionnels tels que l'African Jazz de Joseph Kabasele, l'O.K. Jazz avec Franco Luando Makiadi ou encore l'orchestre des Bantous de la capitale

Dès le début des années 1970, la rumba congolaise commence à perdre du terrain au profit de nouveaux foyers musicaux.

 

Nous vous proposons ci-dessous, une sélection de quelques morceaux de cette salsa/rumba africaine, où l'influence cubaine est toujours décelable.

 

 

 Le Bembeya Jazz national.

 

1. Bembeya Jazz National: "Sabor de guajira"(1968). Le Bembeya est une formation guinéenne très connue qui prit s'en essor dans le cadre de la politique d'authenticité développée par Sékou Touré en Guinée au lendemain de l'indépendance. Touré tourne le dos à l'ancienne métropole (la France). La Guinée se réclame alors du marxisme-léninisme et les accords de coopérations sont nombreux. La musique du Bembeya, synthèse parfaite des styles afro-cubain et mandingue, se veut aussi un puzzle de toutes les traditions guinéennes.

 

2. Maravillas de Mali: "Lumumba". Le Mali devient indépendant en 1960. Le nouveau leader du pays, Modibo Keïta opte pour le socialisme (adapté aux réalités africaines) tout en défendant l'idée du non-alignement. L'économie est rapidement socialisée, tandis quil multiplie les accords de coopération technique, culturel. Le souvenir de Lumumba est ici chanté par les Maravillas de Mali, un orchestre malien formé à Cuba.

 

3. Orchestra Baoba: "El carretero". Cette formation sénégalaise star reprend ici un classique cubain (écrit par le merveilleux Guillermo Portabales et popularisé par le Buena Vista Social Club).

 

4. Gnonnas Pedro: "Yiri yiri boum". Le Bénin de Mathieu Kérékou se réclame là encore du marxisme léninisme, toutefois les mauvaises langues parlent plus volontiers de "laxisme-béninisme". Le pouvoir en place accordent une grandes importances aux formation musicales du pays. Certaines d'entre elles jouissent d'ailleurs d'une très grande popularité (notamment l'Orchestre Poly-rithmo de Cotonou qui parvint pendant un temps à concurrencer sérieusement Fela. Nous vous en reparlons très bientôt). Gnonnas Pedro est aussi le leader d'un de ces groupes clefs du funk béninois.

 

Africando.

 

5. Africando: "Yay boy". Ce groupe d'afro-salsa ne cesse de mettre en valeur les liens entre les rythmes d'Afrique et ceux de Cuba. La formation fut créée en 1992 par deux cadors de la musique d'Afrique de l'ouest: le producteur sénégalais Ibrahim Sylla et le flûtiste  malien Boncana Maïga, membre fondateur des Maravhilas de Mali, formé au conservatoire de la Havane de 1963 à 1973.

 

6. African Jazz: "indépendance cha cha". Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba nationale, y introduisant également tubas et trompettes. Jusqu'en 1963 Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. Nous avons déjà présenté ce morceau, véritable hymne des indépendances africaines, sur l'histgeobox.

 

7. Franco: "Tcha tcha tcha de mi amor". Grand rival de Kabasele, Franco reste sans conteste le plus populaire des chanteurs congolais.

 

8. Tabu Ley et l'African fiesta: "Guantanamera". Autre classique cubain interprété par le rossignol congolais. Ce remarquable chanteur racontait qu'il avait dû apprendre des rudiments d'espagnol afin de pouvoir intégrer l'African Jazz de Kabasele. Dans les années cinquante, vouloir faire carrière sans maîtriser la langue des Cubains était impensable.

 

Sources:

- E. M'Bokolo: "Afrique noire, histoire et civilisations, .

- Mondomix n°36 avec un article consacré aux 70 ans de l'Orchestra Aragon.

- Florent Mazzoleni: "Les musiques africaines".

- L'Afrique enchantée: émission Africuba.

 

Ecouter:

* Deux des huit titres précédents sont issus de deux très belles compilations consacrées à l'influence cubaine dans la musique africaine.

- "Congo to Cuba", du label américain Putumayo (2002).

 http://ecx.images-amazon.com/images/I/51JFYRSD4ZL._SL500_AA240_.jpg

-" De Dakar à Cuba, on danse la rumba", du label français Cantos (2005) avec entre autres: Franco, Tabu Ley Rochereau, Orchestra Baobab, Bembeya Jazz, Grand Kalle, Gnonnas Pedro... (voir le détail ici).Ne sachant trop comment intituler cet article, je me suis inspiré de ce disque.

http://www.afrisson.com/local/cache-vignettes/L350xH350/arton2297-42df9.jpg

 

Sources:

- Mondomix n°35, juillet-août 2009.

- F. Mazzoleni:"l'épopée de la musique africaine", Hors collection, 2008.

- E. M'Bokolo:"Afrique noire, histoire et civilisation", Hatier, 2008.

- Deux émissions de l'Afrique enchantée: Africuba et Cubafrica.

 

Liens:

 

- "Quand les Cubains tentaient d'exporter la révolution en Afrique". Le premier épisode de l'influence cubaine en Afrique.

- "Che Guevara est lui aussi Africain".

- Afrisson: "la salsa africaine" avec une petite discographie savoureuse.

- Article de RFI sur la rumba congolaise.

Histoire du Congo en musique 3 : les années Mobutu.

par blot Email

 

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* Mobutu Sese Seko organise son coup d'Etat militaire, le 24 novembre 1965,  renversant le président Joseph Kasavubu. Il détient désormais seul le pouvoir. Il impose progressivement sa dictature. C'est le début du "règne du Maréchal" (dont nous parle Etienne Augris sur L'Histgeobox).  Cette dictature repose sur l'autorité incontestée du chef qui s'appuie sur un parti unique ( le mouvement populaire de la révolution). Evidemment, les libertés essentielles sont bafouées, notamment la liberté d'expression. L'embrigadement de la population se fait par l'intermédiaire du MOPAP (mobilisation, propagande et animation politique) ou par la surveillance des Congolais.

 

 

Mobutu engage le pays dans la voie de la Zaïrianisation qu'il présente comme une révolution culturelle. Il entend débarasser le Congo des stigmates de la colonisation. Le pays prend ainsi le nom de Zaïre. Les toponymes d'origine coloniale sont supprimés. Ainsi Léopoldville devient Kinshasa. Lui même abandonne son nom de naissance, Joseph Désiré Mobutu, et se fait appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ("le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l'arrêter"). Les costumes à l'occidental (« abacost » - contraction de « à bas le costume ») sont bannis au profit de tenues traditionnelles africaines ou de vestes à col Mao. Le franc congolais est remplacé par le zaïre (le zaïre vaut alors deux dollars!!).  

 

* Mobutu place la musique au coeur de sa politique d'authenticité.

 

 Mobutu est en effet un grand amateur de musique et il admire profondément les intéprètes de la rumba congolaise. Il comprend très vite que la musique peut constituer un excellent outil de propagande politique (à l'instar de la Guinée de Touré ou le Ghana de NKrumah). Ainsi, il protège les artistes et les financent. Ces derniers chantent alors les louanges du chef suprême lors des cérémonies officielles et des déplacements du dictateur dans tout le pays. On vante les mérites du "rédempteur", du "guide", du "pacificateur", du "bâtisseur", du "créateur", du timonier", du "pharaon moderne", du "guide clairvoyant". Les slogans du parti unique se retrouvent dans les chansons. La Mopap (l'organisation chargée de la propagande) met en valeur tous les thuriféraires du régime via la radio (Voix du Zaïre) et la télévision nationale. Ainsi, beaucoup de chanteurs et musiciens se mettent au pas. Il faut dire à leur décharge que les dix premières années de règne de Mobutu se caractérisent par une forte croissance économique, qui tend à masquer l'absence de libertés.

 

Thomas Callaghy (1987) présente quatre méthodes qui furent utilisées par l’État zaïrois pour mobiliser et maintenir le soutien au régime :

- les monuments et les affiches,

-les marches politiques,

- les réunions de masse,

- l’animation politique.

 

Les dimensions culturelles de la politique du retour à l'authenticité sont bien décrites par Graeme Ewens, dans sa biographie de Franco: "Congo Colossus: the life and legacy of Franco & OK Jazz".

" Beaucoup d'analystes pensent que cette politique d'authenticité prônée par Mobutu, servit à faire diversion en flattant l'ego nationaliste des zaïrois, pendant que ses dignitaires et lui se remplissaient les poches (on estima sa fortune personnelle à près de 5 milliards de dollars).
Mais, paradoxalement, l'authenticité eut un certain bénéfice sur le plan culturel et plus particulièrement dans la musique Zaïroise. Les musiciens Zaïrois se re-approprièrent définitivement la rumba, venu de cuba, en lui adjoignant le phrasé, l'esthétique local et cette touche inimitable, qui la distingue indiscutablement."

 

 

Les musiciens congolais doivent composer avec le nouveau pouvoir. Les ténors de la rumba congolaises adoptent des attitudes très contrastées. Joseph Kabasele, intime de Lumumba, se fait progressivement marginalisé au sein de sa formation l'African Jazz au profit de Tabu Ley Rochereau. Wendo Kolosoy, un des fondateurs de la rumba congolaise avec son tube Marie-Louise en 1948, se retire de la scène musicale congolaise pendant tout le règne de Mobutu. Il faut dire que Kolosoy était, lui aussi, un ami de Lumumba.

 

 Pochette du disque candidat na Biso Mobutu de Franco Luambo Makiadi et l'OK Jazz, en 1984. Cliquez sur l'image pour l'agrandir, vous y verrez la prose grossière d'un membre de la MOPAP (Mouvement, Propagande et Animation Politique), l'organisme de propagande zaïrois.


Quand Mobutu prend les rênes du Zaïre en 1965, Franco Luambo Makiadi, le leader du très populaire OK Jazz, révise son penchant pour Lumumba.
Sa carrière s'épanouit dès lors dans la proximité du pouvoir. En cette période du parti unique, Luambo devient le musicien repère des grandes nuits présidentielles où pavane tout le gotha politique et mondain du pays. Il amasse sans coup férir biens matériels et gloire spirituelle. L'ex-Président de la République, le maréchal Mobutu, l'élève au rang de Grand Maître de la musique zaïroise. Il donne à son ensemble musical le cachet d'une entreprise au faîte de sa renommée. L'OK Jazz est devenu le Tout Puissant OK Jazz. "Le retour à l'authenticité" fut un grand tournant dans la carrière du géant Franco Luambo Makiadi: les mélodies courtes et accrocheuses qu'il privilégiait jusqu'alors, cédent la place à des compositions plus longues, plus baroques, plus moralisantes et plus ancrées dans la peinture de la société zaïroise.

 

 

Pochette arrière d'un disque de Franco sorti en pleine période de l'authenticité culturelle. On peut y constater que le chanteur accepte de se fondre dans le moule mobutiste, reprenant à son compte les slogans du régime: "Et voilà que Luambo Makiadi (Franco), guitariste auteur compositeur émérite et griot populaire, nous présente aujourd'hui un 30 cm qui couvre les dix années de notre révolution zaïroise authentique: dix années de révolution, dix années de dur labeur, dix années victorieuses..." En 1984, il va plus loin en interprétant le titre candidat na biso Mobutu en pleine campagne électorale. Certes, les enjeux sont limités, dans la mesure où seul le parti unique, celui de Mobutu, participe à ces "élections", il n'empêche que l'on y entend Franco chanter: "le candidat pour nous / C'est Mobutu/ Mobutu tu es un envoyé du ciel / Ouvrez l'oeil, vous les membres du comité central /  car les sorciers n'ont pas abandonné la lutte / quand vous retiendrez la candidature de Mobutu / regardez-vous dans le blanc des yeux / Mobutu sache qu'il y a encore plein de sorciers dans la famille".

 

 

Musicalement, Franco mêle toujours avec bonheur chachacha, biguine pour créer sa rumba. Surtout, il ne faut pas oublier que la marge des manoeuvres des artistes reste limitée dans une dictature. Par ailleurs, Franco, auteur de près de 150 albums, ne saurait être réduit à un vulgaire thuriféraire de Mobutu. Dans de nombreux morceaux de la période dictatoriale, Franco dresse un tableau peu flatteur de la société zaïroise, et indirectement de son guide. Les relations entre Franco et Mobutu sont d'ailleurs souvent orageuses. Le chanteur se fait arrêter et conduire en prison en 1977-78. Le pouvoir lui reproche d'avoir chanté trois chansons "immorales". Le sorcier de la guitare est néanmoins élevé au rang de commandant de l'ordre du Léopard, l'animal fétiche de Mobutu. L'immense popularité du chanteur le protège et le maréchal décrète trois jours de deuil national à la mort du chanteur!!

 

 

D'autre part, Mobutu sait manier avec parcimonie la censure. Au bout du compte, les chanteurs connaissent les lignes à ne pas franchir, quitte à s'autocensurer. Un chanteur comme Tabu Ley Rochereau connu pour ses sympathies lumumbiste, ne sera jamais inquiété par le pouvoir. Mieux, Franco consacre une chanson à Lumumba lorsque celui-ci sera élevé au rang de héros national (1966) par Mobutu, pourtant à l'origine de son exécution! Il est vrai que l'on peut y voir aussi un bel exemple de la duplicité et du cynisme du dictateur. 

 

 

Sources:

- Le livret rédigé par Graeme Ewens pour la compilation Golden Afrique vol. 2 consacrée aux musiques congolaises (RDC et Congo Brazzaville).

- L'émission l'Afrique enchantée (France inter) du 10 août 2006 consacrée aux "louanges du pouvoir".

- Florent Mazzoleni: "l'épopée de la musique africaine", Hors Collection, 2008.

- Le formidable blog world service, notamment l'article our candidate.

 

Liens:

 

* Les deux premiers volets de la série sur L'Histoire du Congo en musique:

- Histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise de pouvoir de Mobutu.

- Histoire du Congo en musique 2: hommages musicaux à Patrice Lumumba.

 

* Kinshasa 1974: Ali vs Foreman.

 

 
* L'histoire du Congo en chansons (sur L'Histgeobox):

Voici, à travers quatres titres, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation.

Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.

Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.

* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.

* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo"

L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.

 

* Franco: sa vie son oeuvre.

 

Annexes:

 

- Titre de Franco et l'OK Jazz qui chante les mérites du candidat Mobutu lors des élections (sic) de 1984.

Chansons et sida.

par blot Email

Caricature de Plantu.

 

C'est en 1980 que les premiers cas, de ce que l'on n'appelle pas encore le sida, sont repérés à Los Angeles. Cinq patients sont atteints de violentes pneumopathie. Ils ont en commun d'être homosexuels et de se droguer. C'est la raison pour laquelle, certains ont voulu croire que le sida était l'affaire des gays. Dès 1983, on découvre que la transmission par voie sexuelle chez les hétéros est avérée. Cette maladie mortelle touche aussi les toxicomanes par injection, les hémophiles qui ont besoin de transfusions sanguines. Les scientifiques du monde entier entament alors des recherches sur ce mal qui fait de plus en plus de victimes. Le 20 mai 1983, l'équipe du professeur Montagnier, de l'institut Pasteur, identifie le nouveau virus. Simultanément, des chercheurs américains isolent le même virus que l'on nomme alors le VIH, virus d'ummunodéficience humaine. La maladie qu'il provoque sera appelée  sida (syndrome d'immunodéficience acquise) à partir de 1985.

 

 

Le virus détruit les défenses naturelles du corps et provoque l'apparition de maladies graves. Le sida se transmet par relations sexuelles non protégées, par transfusion sanguine ou par l'allaitement d'une mère contaminée à son bébé. A partir de 1980, la maladie se répand rapidement dans le monde entier.  Dans les pays riches, des campagnes d'information vont permettre de limiter l'épidémie, mais pas de l'arrêter. A l'heure actuelle, et malgré les progrès de la médecine, il n'existe toujours pas de vaccin contre le sida, mais désormais, une vingtaine de médicaments permettent de limiter l'évolution de la maladie.  Ces antirétroviraux permettent de stabiliser le sida, mais en aucune façon de guérir de la maladie. Depuis 1996, avec l'utilisation de la trithérapie, le nombre de décès dus au sida a chuté sensiblement partout où les traitements sont disponibles.

 

 Cliquez sur la carte pour l'agrandir.

 

Depuis l'apparition de la maladie, 20 millions de personnes sont mortes du sida dans le monde et près de 40 millions de malades vivent avec le VIH aujourd'hui, 65% vivent en Afrique, principalement en Afrique subsaharienne.

 

L'Afrique est aujourd'hui le continent le plus touché. Au départ le sida est un sujet particulièrement tabou, car il est lié au sexe. Le manque d'éducation de nombreux malades entretient la culture de la superstition et du fatalisme. Pour beaucoup, les personnes atteintes du sida ont été frappées par une malédiction ou ensorcelées. Comme le rappelle Soro Solo, dans son émission l'Afrique enchantée, en Côte d'Ivoire, on attribue le décès de vedettes de la chanson ou de la télé à d'autres maladies que le sida, qui reste encore une maladie honteuse. Comme le rappelle Marc Gentili, président de l'Académie nationale de médecine, "le sida est plus dévastateur dans les pays pauvres, où il y a un manque d'hygiène et où les gens vivent dans la promiscuité. Les habitants ne peuvent pas se nourrir correctement. Les malades du sida ont besoin d'aliments riches en protides, difficiles d'accès et chers dans les pays d'Afrique." Les femmes restent les plus touchées par la maladie, dans la mesure où certains maris imposent des relations non protégées, alors qu'eux-mêmes sont contaminés. Elles donnent naissance dans la moitié des cas à des enfants séropositifs (c'est en Afrique que l'on trouve 90% des enfants infectés!). Bref les conséquences de la maladie s'avèrent particulièrement catastrophiques sur le continent.

 

 

Les sommes considérables investies ces dernières années pour lutter contre le VIH/SIDA en Afrique subsaharienne semblent porter leurs fruits, mais les progrès restent inégaux et nécessitent encore des efforts accrus, notamment dans le domaine de la prévention, selon le Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2008, publié le 28 juillet par le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA. Ce dont n'a certainement pas besoin l'Afrique, c'est en tout cas la venue d'un pape qui campe sur les positions officielles de l'Eglise. Le Vatican reste opposé à toute forme de contraception. Ainsi, en mars dernier,  depuis l’avion qui le conduisait à Yaoundé, dans le cadre d’un voyage en Afrique, le pape Benoît XVI a lancé : abordant le problème du Sida, il a estimé que l’on ne pouvait « régler le problème de cette pandémie avec la distribution de préservatifs. » Au contraire, a-t-il insisté, leur utilisation aggrave le problème. »

 

Caricature de Plantu.

 

A côté des associations telles que Aides (fondée en 1984) ou Act up, les artistes, notamment les musiciens, seront parmi les premiers mobilisés pour imposer les campagnes de prévention (pour l'utilisation du préservatif, de seringues jetables pour les toxicomanes).Line Renaud est une pionnière puisqu'elle fonde, dès 1985, l'Association des artistes contre le sida. En 1990 se monte l'association Sol en si, dont le but est d'aider les enfants de parents séropositifs. Surtout, la pandémie inspirera des chansons, plus ou moins réussies, autour de ce fléau.

 

 

1. Hilarion Nguema: "Sida" (1986). Derrière une rythmique enlevée, ce titre est révélateur de la méconnaissance de la gravité de la maladie, dans un premier temps tout cas. On y entend le chanteur gabonais Hilarion Nguema relativiser. Pour lui, il faut bien mourir de quelque chose.

 

2. Barbara: "Sid'amour à mort" (1987). Une chanson émouvante de la grande dame qui s'est engagée très tôt aux côtés des malades, mais tout cela loin des projecteurs. Elle fait distribuer des préservatifs lors de ses spectacles, joue dans les hôpiteaux... La première à aborder de front ce problème du sida en France. Le soir de la première de son spectacle au Châtelet, elle interprète ce titre en l'introduisant par ces mots: "c'est une chanson que j'aurais vraiment ne jamais avoir écrite".

 

3. Jean-Louis Aubert: "Sid'aventure" (1989). Ce texte plus allusif évoque lui aussi la maladie. D'ailleurs, Barbara et Aubert se retrouveront côte à côte autour de cette lutte contre le sida. Ils composeront ensemble une chanson intitulée "le couloir", dont ils abandonnent l'intégralité des droits à l'association Act Up.

 

4. Neneh Cherry: "I got u under my skin". Reprise d'un classique par Neneh Cherry pour une des nombreuses complations (15 à ce jour) élaborées par la Red Hot Organiszation qui lutte contre la pandémie.

 

 

5. Mano Solo (1993): "Pas du gâteau". Chanson marquante, même si elle n'est pas directement centrée sur le sida. Mano Solo y fait en tout cas référence à sa maladie et clame son envie de vivre malgré tout. Mano Solo regrettera sa prise de position, puisque de nombreux medias l'étiquettent comme le "chanteur à sida".

 

6. Franco: "Attention na sida". Sur ce titre, le grand maître de la rumba congolaise, Franco Luambo Makiadi, chante alternativement en français et en lingala. Il chante:

"Et vous Monsieur , et vous citoyens
Attention aux prostituées
Evitez des partenaires multiples

Et vous Madame et vous la citoyenne
Exigez des messieurs le port d'un préservatif
Mettez vous même un produit qui vous protège

Ouvriers, bureaucrates, cadres
A l'atelier, à l'usine, au bureau
Dans vos causeries , répandez le message de la lutte contre le SIDA
Celui qui en sait plus, renseigne son prochain
Ne vous gênez pas
Le temps passe vite,
Et avec lui meurent chaque jours les victimes du SIDA

Le bon remède c'est l'information
Le meilleur remède c'est de bien se préserver ".

(...)

 

Educateurs à l'école, au collège, au lycée et même à l'Université
Les parents comptent sur vous pour les épauler dans cette exaltante tâche d'éducation des jeunes
Parents ne vous couvrez pas la face
Dites à vos enfants, dites à ces jeunes tout ce que vous savez sur et contre le SIDA

Chercheurs du monde entier attention,
C'est à vous qu'appartient l'efficacité de la lutte contre le SIDA
Nous attendons le vaccin
Nous attendons le médicament
Ils tarderont à venir, certes, 5, 10 ans
Echangez-vous les expériences
Ne travaillez pas en cercle fermé
Le temps presse
Le mal vous lance progressivement un défi
Un défi qui paraît inébranlable

Comme PASTEUR, comme FLEMING, comme CURIE,
Comme tant d'autres génies du siècle dernier
Sachez à votre tour vaincre ce mal qui terrorise l'humanité
Chassez du corps humain ce fléau qui l'anéanti
Ne perdez pas du temps en vous disputant sur la paternité de telle ou telle découverte
Cela ne vous avancera pas !

Bo sala mosala mama
Ba chercheurs bo tika ko kabola bikolo mama

Médecins vous savez mieux que quiconque comment le SIDA s'attrape
Ne montrez pas au malade que vous avez peur de lui
Ne détruisez pas, par votre langage, par votre comportement, le moral du malade
Même s'il est mourant, c'est par vous que tout le corps médical prendra courage
Pour soigner cette terrifiante maladie, le SIDA

Médecins attention au secret médical, c'est un secret professionnel
Le dossier du malade ne concerne que le malade ou ses proches
Ne dites pas à n'importe qui, n'importe quoi qui puisse éveiller la panique
Votre devoir est comme toujours sacré"

(...)

 

"Gouvernants des pays riches
Aidez les pays pauvres, offrez leur les moyens de lutter contre le SIDA
Ne leur fournissez pas des armes qui les incitent à s'entretuer
L'arme idéale c'est la lutte contre le SIDA frères et soeurs

Nations du monde entier entraidez vous
Faites des échanges sur vos expériences sur le SIDA
Multipliez rencontres, conférences afin que des connaissances se développent

Autorités politiques,
Utilisez les radios, les télévisions, les journaux
Pour informer les populations des dangers du SIDA
Il faut les informer comment en être protégé
Un même combat doit nous mobiliser
Nous devons tous lutter contre le SIDA.....Ah !"

 

 

Paroles trouvées sur ce site.

 

7. Raggasonic: "J'entends parler du sida" (1993).

 

8. M: "Le radeau" (2003). Chanson, elle aussi très allusive, qui dépeint la mort d'une malade.

 

Sources:

- Les docs de l'actu n°6. "Les 100 dates de l'histoire du XXème siècle", p97.

- Les docs de l'actu n°9. "L'atlas du monde", pp78-79.

- Playlist chanson: le sida dans la chanson (Télérama.fr).

- P. & J.P. Saka: "L'histoire de France en chansons", Larousse.

- L'Afrique enchantée (France inter) du 22 mars 2009: "quand le sida est arrivé..."

- 2000 ans d'histoire (France inter) du 30 mars 2009: le sida.

 

Liens:

- Sida en Afrique: les progrès ne sont pas homogènes.

 

- "Le pape sourd au sida" sur l'excellent blog de Colette Braekman.

 

Liens:

- Franco chante attention au Sida.

- Red Hot Organization mobilise les artistes contre le Sida.

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