Samarra


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Le sport européen à l'épreuve du nazisme, une exposition du Mémorial de la Shoah.

par vservat Email

 

Le titre de l'exposition, précisons le au préalable, est assez mal choisi car il ne correspond que très partiellement à son contenu. Elle ne déroute pas d'ailleurs le visiteur que par cette relative inadéquation, en effet, le Memorial de la Shoah et Patrick Clastres, commissaire scientifique de l'exposition, ont pris le parti de valoriser la place du contenu par rapport à celle des documents. Ceux-ci, bien que nombreux, sont discrets et de dimension modestes, tant et si bien que la mise en place pourrait sembler un peu datée dans sa conception. Pourtant, choisir de privilégier le texte, le fond, aux illustrations, surtout sur ce type de sujet est tout à fait louable et, en l’occurrence, permet de faire dériver le contenu vers des domaines plus pointus, moins galvaudés ou attendus.

 

Les JO de Berlin et le nazisme en guise de moment emblématique :

 

Parmi les incontournables du sujet, il y a les J.O. de Berlin qui se déroulent en août 1936. On peut, pour cette thématique qui occupe une part modeste de l’exposition, retrouver les liens qui unissent sport et nazisme. Dans le cadre d’un projet de régénération de la race visant à la création d’un homme nouveau par un régime résolument eugéniste, mais aussi d’un pays qui regarde droit devant vers la guerre pour s’assurer un espace vital à la mesure de ces ambitions dominatrices, on saisit ce qui a pu pousser les nazis à instrumentaliser le sport. Beauté du corps, référence à l’Antique (travaillée par L. Riefenstahl), ordre, discipline, courage, possibilité de fédérer les allemands tout autant que rejet des l’intellectualisme, séduisent les nazis. Dans ce stade de Berlin conçu par A. Speer, l’architecte emblématique du régime, il y a d’une part, un enjeu sportif totalement inféodé à la nécessaire légitimation d’un discours politique sur la supériorité de la race allemande qu’Hitler entend illustrer lors de cette manifestation, mais aussi, d’autre part, une grande entreprise diplomatique de normalisation. Quelques athlètes juifs en guise de caution, un directeur du CIO qui joue au naïf tout en étant lui-même assez attiré par les idées d’extrême droite, et l’entreprise de communication de Goebbels est une très belle réussite dans l’ensemble. Bien sûr, Jesse Owens remporte 4 médailles d’or dont celle du saut en longueur gagnée de justesse contre l’athlète allemand Luz Long, mais au final l’Allemagne domine la compétition avec ses 89 médailles.

 

 

 

JO de Berlin, 1936. Un billet d'entrée poiur les compétitions de handball (à gauche) et la médialle ainsi que la couronne de laurier du champion de lutte poids moyen E. Poilvé.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 


C’est autour de ce « moment » que l’exposition rayonne selon une logique qui n’est pas simple à saisir de prime abord. Des J.O. de Berlin seront tirés un certain nombre de questionnements qui vont permettre au visiteur d’élargir son champ d’étude et de réflexion :

Comment les autres régimes alliés ou inféodés au nazisme (celui de l’Italie de Mussolini ou celui de Pétain) vont-ils s’emparer du sport pour en faire un instrument de contrôle politique et social ? Comment d’autres mouvements politiques s’en saisissent-ils et à quelles fins ? Quels changements apporte l’entrée en guerre ? Alors que des pratiques sportives sont attestées dans les camps de concentration, dans les ghettos, dans les centres de mise à mort qu’est-ce qui se joue, en ces lieux, autour du sport ?

 

 

Le sport entre propagande et instrument de persécution, normalité et outil de résistance :

 

Le sport, dans ses manifestations publiques et ses instrumentalisations fut donc aussi un levier utilisé par les persécutés ou les opposants aux totalitarismes. Ainsi, ces contre jeux organisés à Barcelone en juillet 36 lors des Olympiades populaires qui préservent l’idéal olympique en s’ouvrant largement aux participants quelles que soient leurs origines. Ainsi encore, le mouvement sioniste et revendicatif des « muscles juifs» qui tente de lutter en promouvant le sport dans les communautés juives contre les préjugés antisémites selon lesquels les Juifs seraient devenus inaptes aux exercices physiques à force de s’être adonnés aux activités intellectuelles. Enfin, la fédération Maccabie constitue un autre exemple d’initiatives visant à contrebalancer l’utilisation du sport au seul profit des régimes totalitaires. Il y a donc bien des réponses et des formes de résistance qui se développent par et autour des activités sportives.

 

 

 

Affiche des OLympiades Populaires de Barcelone qui précèdent les JO de Berlin en juillet 1936.

 


Affiche pour les deuxièmes maccabiades en 1935.

[photos@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans surprise réelle, on découvre que les régimes amis du nazisme ont  utilisé le sport comme outil de propagande ou de captation de la jeunesse. Pour la France de Vichy c’est surprenant et  paradoxal car le sport et ses pratiques semblent bien éloignés de son chef Philippe Pétain déjà fort âgé.  Il faut aller débusquer certains documents moins lisibles que les immenses affiches du CGEGC (Commissariat Général à l’Education Générale et Sportive) pour comprendre à quel point le sport ne fut pas une annexe des politiques d’exclusion et de persécution antisémites européennes mais bien un point nodal et lire les lettres envoyées par l’UGIF (Union Générale des Israélites de France) demandant de pouvoir utiliser des stades de banlieue parisienne pour pratiquer des activités sportives, demandes déboutées car tombant sous les prescriptions  des lois d’exclusion des Juifs des espaces publics instaurées par Vichy.

 

 

 

 

 

Brochure de propagande de Vichy à l'initiative du Commissariat Général à l'Education Génrale et Sportive.

[photo@vservat]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quand l’Europe s’embrase, le sport garde son importance jusque dans les zones les plus mortifères de la persécution et de l’entreprise génocidaire contre les Juifs. Son place est alors très ambivalente. Dans les camps de concentration,  dès la constitution de ceux qui suivent la Retirada des républicains espagnols dans le sud de la France par exemple, le sport est un moyen de maintenir humanité et normalité. A Gurs, à St Jean de Verges, à Rivesaltes, les hommes se regroupent dans les baraques en fonction de leurs affinités sportives et organisent des tournois à l’intérieur des camps.

L’usage du sport sert pourtant le plus souvent la cause des geôliers : en 44, lorsque la Croix Rouge visite le camp de Terezin, une partie de foot est organisée en cette occasion, laissant croire à une vie de simples prisonniers pour les détenus.  Le sport est souvent perverti par les nazis et utilisé contre les prisonniers, ou les habitants des ghettos comme instrument de brimade, d’humiliation. Par son truchement, les nazis ou leurs partisans peuvent martyriser leurs victimes jusqu’à l’épuisement et même la mort.


 
 
 
 
 

 

Ballon de foot sous un lit du ghetto de Lodz et notice biographique d'A. Nakache, surnommé le "nageur d'Auschwitz" dans la partie de l'exposition consacrée aux trajectoires individuelles de sportifs.

 

[photos@vservat]

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est bien à une multitude de lectures des rapports complexes, contradictoires parfois, inattendus à d’autres moments, entre le sport et le nazisme que nous convie cette exposition du mémorial de la Shoah qui présente, en outre, quelques parcours individuels de sportifs (celui d’Alfred Nakache le nageur d’Auschwitz, ou celui de l’allemande Helène Mayer qui bien qu’ayant des ascendants juifs, fit le salut nazi en recevant sa médaille d’argent d’escrimeuse en 36 aux JO de Berlin). Leurs trajectoires en ces temps d’une violence extrême illustrent pertinemment les enjeux des questions abordées dans l’exposition centrale.

C’est pourtant dans celle-ci qu’on a envie de finir ce parcours en lisant la dernière lettre de Luz Long à Jesse Owens, symbolique de l’amitié sincère qui lia les deux hommes et porteuse de valeurs bien plus en adéquation avec celles du sport que celles qu’Hitler choisit en 36 pour présider à leur confrontation sportive. Envoyée par Luz Long du front nord africain, elle parvient à Owens en 1943, son ami et ancien concurrent trouvant la mort peut après à Cassino, au mois de juillet : « Après la guerre, va en, Allemagne, retrouve mon fils et parle lui de son père. Parle lui de l'époque où la guerre ne nous séparait pas et dius lui que les choses peuvent être différentes entre les hommes. Ton frère Luz.

 

 

 

 Luz Long et Jesse Owens aux Jeux Olympiques de Berlin, 1936. [photo@vservat]

 

Entretien avec Eddy Vaccaro: co-auteur de la BD "Championzé".

par blot Email

Eddy Vaccaro.

 

Après l'entretien que nous a accordé Aurélien Ducoudray, nous avons posé les mêmes questions à Eddy Vaccaro, le dessinateur de la très belle bande dessinée intitulée "Championzé: un destin de Battling Siki" sortie début 2010 chez Futuropolis. Il y revient sur son rôle dans la genèse de l'oeuvre, sa collaboration avec Aurélien Ducoudray et ses projets (dont vous pouvez prendre connaissance sur son blog qui vaut le détour.

 

Un très grand merci à Eddy Vaccaro.

 

 

- Pouvez-vous revenir sur votre parcours?

 

Eddy Vaccaro: je suis arrivé à la bd après des études d'arts appliqués et d'arts plastiques. La bd n'était pas une passion, juste un petit plaisir que je me faisais de temps en temps. En fait, je voulais être musicien, j'ai joué dans pleins de groupes, j'ai enregistré des disques mais le monde de la musique est si difficile que je m'en suis lassé. A ce moment là, j'ai découvert des auteurs de la nouvelle vague de BD indépendante des années 90 qui m'ont beaucoup touché et ça m'a donné envie d'essayer, en apprenant sur le tas. C'est comme ça que j'ai sorti mes 2 premiers albums avec au scénario le chanteur et leader du groupe dans lequel je jouais, Guillaume Pervieux. Ensuite j'ai fait un album avec Tarek chez EP éditions et Luc Brunschwig m'a contacté en tombant sur mon blog pour participer au collectif "Paroles d'illettrisme" chez Futuropolis. c'est lui aussi qui m'a mis en contact avec Aurélien pour dessiner Championzé.

 

- Comment avez-vous découvert l'existence de Battling Siki et qu'est-ce qui vous a convaincu de lui consacrer un album?

 

Eddy Vaccaro: je le connaissais sans le connaître. Une amie m'avait appris qu'elle avait un ancêtre noir champion du monde de boxe dans les années 20 et un an après on me propose d'illustrer cette histoire. J'ai fait le rapprochement, elle a confirmé. Coïncidence incroyable!

 

- Quels aspects de la personnalité de Siki souhaitiez-vous mettre en évidence?

 

Eddy Vaccaro: de mon côté, j'ai d'abord respecté le scénario d'Aurélien, ensuite, en travaillant ensemble sur le découpage, on a ajouté des passages caricaturaux voire drôles qui n'étaient pas prévus dans la mise en scène originale. Je pense qu'on se l'est permis parce que siki était un homme haut en couleur, rigolard, parfois excessif mais humble. Le reste de sa personnalité, ce sont les médias qui l'ont façonné, et il est difficile de distinguer "les vérités" de la légende. 

 

http://www.reserveabulles.com/vaccaro/images/general/siki-essai-couv.jpg

 

- Pouvez-vous revenir sur votre collaboration. Vous connaissiez-vous avant de travailler sur Championzé? Quels sont vos rôles respectifs?  

 

Eddy Vaccaro: pour la documentation, j'ai cherché sur internet ainsi que sur des livres contenant des photos d'époque. Aurélien m'a fourni des journaux du début du siècle qui m'ont bien aidé et même influencé graphiquement car on y trouve beaucoup de caricatures assez drôles et de bonne qualité. Ensuite, j'ai regardé le film du combat Siki-Carpentier qui est disponible facilement sur internet ainsi que d'autres films traitant de la vie de boxeurs (Ali, Cinderella Man, Raging bull, Hurricane, etc...). Avec tout ça, un peu d'imagination et l'approbation d'Aurélien j'ai créé le monde de Siki à ma sauce, comme je le sentais. Après un story-board rapide, j'ai utilisé toute une gamme de crayons plus ou moins gras, d'une manière assez directe, parce que je n'aime pas rester des heures sur une case, que j'ai envie de raconter une histoire sans tout décrire et que j'ai besoin de faire passer l'émotion directement, en gardant la spontanéité du premier jet. Le crayon le permet parfaitement, je le reprends avec du "correcteur blanc" que j'utilise comme de la peinture blanche. 

 

- Quels sont vos projets respectifs ou en commun ( une série sur les boxeurs "maudits" à l'instar de Jack Johnson)?

 

Eddy Vaccaro: Actuellement je travaille avec Clément Baloup sur l'adaptation d'une nouvelle de Robert-louis Stevenson, "le club du suicide". Ensuite, on repart avec Aurélien pour les scenarii décrits dans son entretien

 

- Enfin que retenez-vous de "l'expérience Championzé"? 

 

Eddy Vaccaro: tout d'abord, le plaisir de travailler avec Aurélien, qui est devenu un véritable ami, ensuite la découverte d'un homme et de son époque et l'envie d'aller voir l'Afrique! Car finalement, les passages où Siki est enfant sont ceux que j'ai préféré dessiner!

 


Liens:

- Boula Matari, le blog d'Aurélien Ducoudray.

- Le blog d'Eddy Vaccaro.

- Pascal Ory présentait la BD pour la fabrique de l'histoire sur France Inter.

- L'émission Café crimes de Jacques Pradel sur Europe 1 consacrée à Battling Siki.

- Deux autres articles consacrés à la boxe (à Mohamed Ali) sur Samarra.

- "Dans les coulisses de Championzé" sur le site de Futuropolis.

 

Entretien avec Aurélien Ducoudray co-auteur de la bande dessinée "Championzé".

par blot Email

Aurélien Ducoudray (photo empruntée à son profil blogger).

 

Nous vous avons parlé, il y a peu, du destin hors du commun de Battling Siki auxquels Aurélien Ducoudray et Eddy Vaccaro s'intéressent dans une très belle bande dessinée intitulée "Championzé: un destin de Battling Siki" sortie début 2010 chez Futuropolis. Aurélien Ducoudray a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Il y revient sur le genèse de la BD, la personnalité complexe de Siki ou encore ses projets (les deux compères se lancent dans une trilogie consacrée à des boxeurs atypiques. On attend la suite avec impatience). Un grand merci à Aurélien Ducoudray pour ses réponses à nos questions. 

 

- Pouvez-vous revenir sur vos parcours respectifs?

 

 Aurélien Ducoudray: un bac éco, des études d'anglais ratées, diplôme de photographie de la rue, ensuite photographe de presse ( gamma pour des sujets humanitaires en Afrique et Bosnie) puis journaliste écrit, journaliste télé et enfin actuellement réalisateur de documentaires et scénariste! sans oublier 150 boulots d'intérim pour se payer des billets d'avions dans le but de faire des photos!! bref de l'image et des histoires depuis le début!

 

 

- Comment avez-vous découvert l'existence de Battling Siki et qu'est-ce qui vous a convaincu de lui consacrer un album?

 

 

Aurélien Ducoudray: dans une note de bas de pages d'une encyclopédie de la boxe, complètement par hasard!! Après avoir fait deux documentaires vidéos sur des boxeurs je ne comprenais toujours pas ce qui poussait deux hommes à monter sur un ring pour se balancer des coups de poings dans la figure!! Pour rien au monde je n'y monterais!! Pour l'un de mes documentaires, j'ai fixé une caméra sur un casque d'entraînement pour voir ce que voyais un boxeur en combat, je l'ai posé au bout de 15 secondes d'entraînement! C'était trop effrayant!!

Donc Battling siki vient de l'envie de prolonger cette expérience mais par l'intermédiaire d'un récit... bien moins dangereux! C'est avant tout le fait qu'il ait disparu des livres de boxe qui m'a intrigué... Pourquoi? Un champion du monde ce n'est quand même pas rien. La Fance n'en a pas des collections. C'est là qu'a commencé l'enquête...

 

 

- Quels aspects de la personnalité de Siki souhaitiez-vous mettre en évidence?

 

 

Aurélien Ducoudray: c'est moins la personnalité de siki que la façon dont le monde le percevait à l'époque qui nous a intéressé, avec en filigramme ( en très très gros filigranne!!) le racisme évident et simplet de l'époque... et puis bien sur aussi le fait que Siki, aussi bas qu'il puisse tomber, avait toujours la force de se relever... une métaphore évidente pour un boxeur!!

 

 

- Vous êtes parvenus à marier avec bonheur histoire et fiction, ce qui pourtant devait représenter un vrai défi compte tenu des nombreuses zones d'ombre dans la biographie du boxeur. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre manière de travailler (sur quelles sources? Comment avez vous tranché sur les multiples théories qui entourent les combats ou l'existence de Siki?)

 

 

Adrien Ducoudray: Plusieurs livres étaient sortis sur Siki: un de Jean marie Bretagne, que je conseille plus que vivement et un autre en anglais de Peter Benson sur les matchs truqués dans la boxe. J'ai complété ces sources par de nombreux articles et journaux d'époque qui se sont révélés, malgré le black out ( sans jeu de mot) fait sur Siki, faciles à trouver.

Après avoir croisé toutes les infos il n'en restait plus qu'une dont on était vraiment sûr: Siki était noir et champion du monde de boxe!!  Je me trouvais donc devant un arbre dont le tronc était ce postulat et toutes les autres informations (souvent contradictoires) représentaient les branches ( la figure du baobab). Au lieu de choisir une voie comme dans un labyrinthe et suivre une branche j'ai décidé de me mettre tout en haut de l'arbre et de regarder quelle ombre il pouvait projeter sur la société de l'époque. Cette ombre, c'était le récit de Siki avec toutes ces incohérences, ainsi je n'avais pas a choisir, je pouvais me servir de tout!!

 

- Pouvez-vous revenir sur votre collaboration. Vous connaissiez-vous avant de travailler sur Championzé? Quels sont vos rôles respectifs?

 

Aurélien Ducoudray: On ne se connaissait pas, nous avons été " mariés" par notre éditeur de l'époque Futuropolis: Luc Brunschwig. Il m'a convaincu ( je ne l'étais pas au début, ne connaissant pas bien le travail d'Eddy) et au premier essai sous la plume d'Eddy, Siki est apparu simplement...

Sinon pour la manière de travailler, j'ecris le scenario dialogué en entier, le soumets à l'éditeur, j'attends le feu vert, il me trouve ou je trouve moi même ( c'est plus dur car j'habite à la campagne, loin des ateliers de dessinateurs et des festivals) un dessinateur, ensuite j'aime bien lui confier le premier découpage, puis en rediscuter...

Sur Championzé je n'ai demandé à Eddy de ne changer qu'une seule case, ce qu'il n'a pas fait!

 

 

- Quels sont vos projets respectifs ou en commun ( une série sur les boxeurs "maudits" à l'instar de Jack Johnson) ?

 

Aurélien Ducoudray: Et oui ! Une trilogie ( après je pense qu'Eddy en aura marre de la boxe!!) avec l'histoire de Young Perez, champion du monde tunisien français au début des années 30 déporté à Auschwitz III et une histoire de "Primo Carnera" boxeur italien égérie du fascisme sous Mussolini, qui a la particularité d'être devenu champion du monde sans avoir gagné un seul combat, puisque tous truqués!!

Je planche également sur un road movie africain au pays des masques et de la magie: " le repas des hyènes", l'histoire d'un petit garçon forcé, pour sauver son village et sa famille, d'accompagner une hyène monstrueuse qui ne retrouve plus le chemin de l'enfer.

 

 

- Enfin que retenez-vous de "l'expérience Championzé"?

 

Aurélien Ducoudray: le plaisir qu'on parle encore de Siki et l'envie de repartir sur ses traces en Afrique!

Après nous être intéressés à la manière dont il a été vu dans les années 20 par les Européens, traiter de comment il est perçu aujourd'hui par les Africains.

Si un habitant de saint Louis lit cet article et qu'il peut nous accueillir, nous sautons dans l'avion tout de suite!!!

 

 

Liens:

- Jean-Marie Bretagne: "Battling Siki" Philippe Rey, 2008.

- Boula Matari, le blog d'Aurélien Ducoudray.

- Le blog d'Eddy Vaccaro.

- Pascal Ory présentait la BD pour la fabrique de l'histoire sur France Inter.

- L'émission Café crimes de Jacques Pradel sur Europe 1 consacrée à Battling Siki.

- Deux autres articles consacrés à la boxe (à Mohamed Ali) sur Samarra.

- Championzé, une histoire de Battling Siki.

 

Comment devient-on terroriste ? (1) Casablanca

par Aug Email

Il y a plusieurs manières de réagir face au terrorisme. On peut répondre par un assaut de virilité et montrer ses muscles. C'est ce qu'ont fait les Etats-Unis de Georges Bush avec les effets désastreux que l'on connaît (Irak, Guantanamo, waterboarding,...). On peut également essayer de comprendre les raisons qui ont poussé des hommes ou des femmes jeunes à se faire sauter en tuant le plus possible de personnes quelles qu'elles soient. Comprendre n'est pas justifier mais tenter de désamorcer les mécanismes qui conduisent aux attentats-suicides. Naturellement, les écrivains et les artistes sont en première ligne dans cette quête.

Je vous propose de découvrir deux exemples récents de cette démarche, dans des genres assez différents. Cette semaine, je vous parle du très beau roman Les étoiles de Sidi Moumen. La semaine prochaine, je vous parlerais de la BD de Galandon et Volante Shahidas (+ un entretien avec Laurent Galandon).

 

Les étoiles de Sidi Moumen de Mahi Binebine

 

Le 16 mai 2003 à Casablanca, quatorze jeunes hommes déclenchent une ceinture d'explosifs à la même heure en différents lieux de la capitale économique du Maroc.  On relève plus de 40 morts et des dizaines de blessés au Centre culturel juif, à la Casa de Espana, à l'hôtel Fara, dans un restaurant et près du Consulat de Belgique. 12 d'entre eux meurent et 2 ne parviennent pas au résultat esperé et sont arrêtés.

Parmi les terroristes, 11 venaient d'un bidonville de Casablanca appelé Sidi Moumen.

 

Le peintre et écrivain marocain Mahi Binebine (voir sa biographie en fin d'article) s'est inspiré de ces évènements pour son roman Les étoiles de Sidi Moumen paru chez Flamarrion en 2010 (une adptation au cinéma par Nabil Ayouch est prévue). Les étoiles de Sidi Moumen, c'est le nom d'une équipe de foot qui n'a rien d'officiel. Elle rassemble quelques uns des nombreux enfants qui vivent à Sidi Moumen et qui tirent quelque argent de la décharge. L'un d'entre eux se fait appeler Yachine. Il est en effet le gardien de but et son idole est le légendaire gardien soviétique surnommé "l'araignée noire" : Lev Yashin. Lev Yashin a gardé les buts de l'équipe d'URSS à 75 reprises (il a participé à pas moins de 4 coupes du monde de 1958 à 1970) et joué au football jusqu'à plus de 40 ans. Il reste l'un des meilleurs gardiens de l'histoire du football. Mais revenons à Sidi Moumen. C'est donc le jeune Yachine qui nous narre cette descente aux enfers annoncée comme une montée au paradis.

 

 

La fin est donc connue d'avance. Mais Mahi Binebine choisit de suivre cette bande jusqu'à son funeste destin dans les beaux quartiers de la métropole. Auparavant, il nous décrit ce quartier de Sidi Moumen "confluence naturelle de tous les déclins". Ce bidonville est peuplé de Marocains qui, "venus des campagnes desséchées et des métropoles voraces, chassés par un pouvoir aveugle et des nantis sansgues [...], se coulent dans le moule d'une défaite résignée, s'habituent à la crasse, jettent leur dignité aux orties, apprennent la débrouille, le rafistolage d'existences."

Au milieu de cette misère, il y a donc ces garçons qui survivent grâce à la décharge. "Au commencement, il y eut la décharge et la colonie de garnements qui germaient dessus. Le religion du foot, les bagarres incessantes, les vols à l'étalage et les courses effrénées, les avatars de la débrouille, le haschich, la colle blanche et les errances qu'ils entraînent, la contrebande et les petits métiers, les coups à répétition qui pleuvent, les fugues et leur rançon de viols et de maltraitances...". [photographie trouvée sur le site de l'auteur]

Bien sûr, rien n'est écrit d'avance et on se prend à rêver d'une autre fin.  La misère et la religion ne sont pas les seules explications au terrorisme. Les hasards sont légion dans cet itinéraire complexe. Un seul mot d'une être aimée aurait peut être changé beaucoup de choses. Il y a bien entendu la dérive collective d'une bande savamment manipulée par des êtres habiles qui envoient ces jeunes à la mort en leur promettant le paradis. Mais il y a aussi les méandres de la pensée de chaque individu, singulièrement unique.

Nos futurs kamikazes sont d'ailleurs habités par le doute, jusqu'à l'instant final. Ainsi à propos du voile que se voit imposée celle qu'il aime, Yachine pense  : "Je trouvais cependant que les yeux, en terme de séduction, étaient bien plus efficaces que les cheveux; mais à ce train, c'était la burqua qu'il aurait préconisée."

La langue juste et précise de Mahi Binebine fait de ce roman un ouvrage précieux qui est bien sûr une fiction mais qui, mieux sans doute que n'importe quel reportage, nous aide à ouvrir les yeux. Comme lors des attentats de Londres en 2005 commis par des jeunes nés au Royaume-Uni, les attentats de Casablanca ont profondément ébranlé le Maroc, considéré jusqu'alors comme exempt de tout risque de terrorisme.


  • Bio de Mahi Binebine :

Mahi Binebine est un artiste marocain ayant pendant longtemps vécu en France (il y a enseigné les maths). Son grand frère, un brillant officier, a été enfermé dans le bagne de Tazmamart par Hassan II après le coup d'Etat manqué de Skhirat en 1971. Cette absence, qui dure jusqu'en 1991, le marque durablement, notamment dans son oeuvre de peintre et d'écrivain. En 2002, il décide de se réinstaller à Marrakech. Il devient l'une des figures importantes symbolisant le renouveau du Maroc sous Mohammed VI. Ses peintures se vendent dans le monde entier et sont exposées au musée Guggenheim de New York. Vous pouvez consultez le site de l'artiste et voir quelques unes de ses oeuvres.

 

P.S. : Rappelons que le terme de "bidonville" est attesté pour la première fois en 1953 dans un article du Monde signé R. Gauthier qui traitait de l'habitat informel de Casablanca. Les habitations y étaient construites avec des matériaux de récupération, en particulier des bidonvilles.

 

Rendez-vous la semaine prochaine pour un entretien avec Laurent Galandon, scénariste de la BD Shahidas.

 

Le foot raconté avec humour et pertinence

par Aug Email

Saviez-vous qu'à Samarra on aime le foot ?

Et quand en plus le foot nous permet de voyager dans le temps et dans l'espace, on adore. C'est ce que nous propose le hors-série du très décalé magazine So Foot qui réussit à parler du foot avec humour et pertinence. Au programme de ce hors-série, 50 légendes. on y croise des noms connus (Maradona, Di Stefano, Puskas, Romario,Garrincha...), des moins connus (Lutz Eigendorf par exemple), des matches historiques (défaite de l'Italie contre la Corée du Nord en 1966), des évènements tragiques (accident d'avion de Superga en 1949, le  Heysel en 1985). Bref, c'est passionnant et c'est le genre de magazine que l'on dévore du début à la fin en franchissant allègrement les époques, les pays, les styles de jeux et de joueurs.

Je vous le recommande donc vivement !

Quelques titres d'articles pour vous donner envie :

  • René Higuita, le nez dans la schnouf
  • Le Dynamo Kiev nucléaire de Valeri Lobanovski
  • Le penalty le plus long du monde
  • La Lazio de 1974, fasciste et armée jusqu’aux dents
  • Lutz Eigendorf, la Stasi aux trousses
  • Bob Marley, Jah footballeur
  • Entre le Salvador et le Honduras, la guerre du foot n’a pas eu lieu
  • Le Honved Budapest fait le Mur

 

Consultez ici le sommaire complet sur le site de So Foot.

Je vous conseille également un autre site passionnant si vous vous intéressez à l'histoire du foot : Wearefootball (parce que le football dure plus que 90 minutes). Il est alimenté par des professeurs d'histoire passionnés de foot.

Kinshasa 1974: Mohammed Ali vs George Foreman.

par blot Email

 

Affiche du combat.

 

On doit la tenue de ce match exceptionnel, à Kinshasa, en 1974, au fantasque Don King, un jeune promoteur sorti de prison trois années auparavant. Il parvient à  réunir la somme fabuleuse de 10 millions de dollars nécessaires à l'organisation de l'événement. L'affiche proposée fait saliver tous les amateurs de boxe puisqu'elle oppose George Foreman, le champion du monde poids lourd, alors invaincu, à Mohammed Ali, le plus médiatique des boxeurs, qui tente de revenir au plus haut niveau, après deux échecs. 

 


Le choix de la capitale zaïroise comme théâtre du combat ne manque pas de surprendre les observateurs.
Il revêt en tout cas une
forte symbolique et politique. Nous sommes alors en pleine période d'affirmation du Tiers-Monde. Par ailleurs, ce déplacement en Afrique ne peut que séduire un champion comme Ali, attaché aux valeurs panafricaines.
 Muhammad Ali débarque le 11 septembre à Kinshasa. Il y bénéficie d'une extraordinaire popularité et les jeunes Kinois prennent d'emblée fait et cause pour lui.
Cet accueil enthousiaste constitue un choc et une révélation pour Ali qui lance : "Je suis ici chez moi ". Invité par Mobutu, il poursuit : "Mr le président, je suis citoyen américain depuis 32 ans, et je n’ai jamais été invité à la Maison Blanche, soyez assuré de l’honneur d’être convié à la Maison Noire".

 

George Foreman et son chien loup (BE059352| Standard RM| © Bettmann/CORBIS).


 L'accueil des Zaïrois ne semble pas de trop pour le boxeur dont tous les spécialistes annoncent la déroute. Foreman a écrasé deux des précédents vainqueurs d'Ali (Frazier et Norton qu'ils terrasse en moins de cinq minutes alors qu'il avait fallu 24 rounds à Ali pour en venir à bout!). A 25 ans, ce colosse semble invincible. Au contraire, Ali paraît sur le déclin, son dernier titre de champion remonte à 7 ans, face à Sonni Liston. Il tente bien de se rassurer en multipliant les déclarations fracassantes
: " Foreman est lent et ses pieds sont plats. Tout le monde croit qu’il va m’anéantir ! Vous n’avez pas retenu la leçon face à Liston ? Je vais quitter la boxe comme j’y suis entré : avec fracas, en détrônant un monstre invincible ! Vous qui croyez que Foreman va me punir ! Je vais démontrer pourquoi votre George ne peut pas me battre. Ce combat ne sera pas seulement le plus grand événement de la boxe : il sera le plus grand événement de l’histoire : le plus important cataclysme jamais vu et pour ceux qui ignorent tout de la boxe : le plus grand des miracles !". Dans son for intérieur, il semble pourtant terrifié.



 



Seulement voilà, la préparation de Foreman est profondément bouleversée par une blessure à l’arcade. Le combat risque même de ne pas avoir lieu. Ali a beau jeu d'affirmer que son adversaire se dégonfle. Finalement, l'affrontement sera repoussé de cinq semaines (
les deux champions s'engagent également à rester sur place dans l'intervalle), le temps pour Foreman de se démoraliser dans un environnement qui lui est hostile. D'une part, il redoute la chaleur et l'humidité du climat zaïrois. D'autre part, il ne comprend pas l'hostilité de la population à son égard: "Je suis deux fois plus noir qu’Ali, et pourtant les gens ici ne m’acclament pas !" Ce désamour a plusieurs origines. D'abord, il ne peut rivaliser avec le "frère d'Amérique". Ali dispose en effet d'une côte de popularité inouïe et sa vivacité tranche avec le côté "nournours placide" de Foreman. Ensuite, son arrivée sur le tarmac de l'aéroport avec un berger allemand rappelle de très mauvais souvenirs aux Zaïrois. Les autorités coloniales belges utilisaient en effet ces chiens pour réprimer.

 


Acculé dans les cordes, Ali encaisse les frappes très lourdes de Foreman pendant les premiers rounds du combat.

 

Quoi qu'il en soit, le 30 octobre 1974 à 3 heures du matin (cet horaire permettait la retransmission à une heure de grande écoute aux Etats-Unis), les deux hommes entrent sur le ring. Dès son entrée dans le stade, Foreman comprend qu'il aura fort à faire face à un adversaire porté par 80 000 spectateurs qui chantent "Ali, Buma Yé !" (Ali, tue le !). Une fois que le gong retentit, Foreman se lance dans la bataille et prend incontestablement le dessus sur son adversaire qu'il parvient à acculer dans les cordes. Ali ne pourra donc pas "danser, voltiger" comme il s'y attendait. Il encaisse et encaisse les violentes frappent de Foreman dans le ventre. Son endurance et sa résistance sont d'autant plus remarquables que les observateurs avaient été impressionnés par la marque des poings de Foreman sur le punching ball lors de l'entraînement. Si Ali a du mal à masquer sa douleur, il tient bon. Le long travail de sape psychologique de son adversaire se poursuit puisqu'Ali ne cesse de le provoquer et de l'insulter lors des corps à corps: "C’est ton meilleur coup Georges ? Tu n’as que cela à m’offrir ? Tu es une fillette !".

 

Ali multiplie les provocations et ne cesse d'insulter Foreman, avant et durant le combat.

 

Foreman continue à cogner, mais il ne parvient pas à faire chuter Ali. Le combat se prolonge inhabituellement pour le Texan. Pour la première fois, un adversaire dépasse le quatrième round. Ses assauts semblent de plus en plus mal coordonnés et perdent en puissance. La moiteur de la nuit kinoise n'arrange rien. Au fond, il s'épuise sans succès. Il perd en lucidité et relâche sa défense, ce qui ne pardonne pas face à la "guêpe" Ali. Au cours du 8ème round, une droite fulgurante envoie le champion du monde au tapis. Sonné, il ne peut reprendre le combat. La foule exulte. Ali remporte ainsi son pari fou et se replace au sommet de la boxe mondiale.




Ali avec le dictateur zaïrois, Mobutu.
 

Foreman mettra de nombreuses années avant de se remettre de cette défaite. Il reste incrédule face à la défense d'Ali:
"J’ai livré les coups les plus puissants de ma vie. Ils auraient mis le monde entier KO". Il abandonnera même la boxe plusieurs années, avant de récupérer son titre à 46 ans, plus de vingt ans après le combat de Kinshasa. Aujourd'hui, George Foreman jouit d'une belle popularité et il a réussi sa reconversion (qui ne connait pas les fabuleux grills George Foreman?). Il mérite beaucoup mieux que l'image de colosse un brin limité qui lui a longtemps collé à la peau.


Ali, quant à lui, tient sa revanche et le fait savoir dès la sortie du ring: "Rampez connards de journalistes, je vous avais dit que ce type n’était rien ! Ne me donnez jamais plus perdant jusqu’à mes 50 ans..."
Les organisateurs peuvent se frotter les mains. Ce match est un immense succès. PDes millions de téléspectateurs ont regardé la rencontre. Don King réussit son coup de poker et s'installe aux commandes du boxing business. Mobutu, l'hôte des sportifs, ne lésine pas sur les moyens et utilise l'organisation de cette rencontre comme outil de propagande. Un festival musical eut d'ailleurs lieu avant le combat. Tout le gratin de la musique noire americaine et africaine était présent: BB King, James Brown, The Spinners, les as de la Fania All Stars (video ci-dessous) mais aussi l'Ok Jazz de Franco, Zaiko Langa Langa ...

 


Néanmoins, pendant ces festivités, les affaires courantes se poursuivent comme le rappelle l'excellent documentaire When we were kings. Ainsi, alors même que l'affrontement a lieu, on continue de torturer dans les geôles kinoises, dont certaines se situent sous le stade...

 

La fine fleur du funk et de la soul a fait le voyage à Kinshasa. Ici, un James Brown moustachu.

 

Approfondir:

 

- Le livre de Norman Mailer: "Le combat du siècle" qui retrace toute la tension et l’ambiance extraordinaire qui a précédé le match de Kinshasa.


 

-  On retrouve Norman Mailer dans le documentaire When We Were Kings qui se focalise sur le combat titanesque de 1974 (ci-dessus un extrait, autour du fameux 8ème round au cours duquel Foreman va au tapis).L'intérêt du documentaire réside surtout dans la mise en perspective du combat. Le réalisateur revient largement sur le contexte africain du combat et met en évidence le choc culturel que constitue ce voyage des deux boxeurs en Afrique. Au-delà des simples déclarations de solidarités avec ses frères de couleurs, Ali découvre un pays et des populations dont il ne connaissait manifestement pas grand chose. 

 

Liens:

- Hommages musicaux à Mohammed Ali.

Mohammed Ali: hommages musicaux.

par blot Email

La future terreur des rings.

Cassius Clay naquit à Louisville en 1942. Il portait le nom d'un général abolitionniste du XIX° siècle qui avait affranchi ses esclaves. Le jeune garçon serait venu à la boxe un peu par hasard. Alors qu'il vient de se faire voler son vélo, il s'adresse à un policier, Joe Martin, qui est aussi entraîneur de boxe. Ce dernier prend Cassius sous son aile. Aussitôt le jeune homme se distingue par son tempérament difficile, ses déclarations pleines de crânerie, mais aussi par des dons exceptionnels pour le noble art.

 

Il se distingue par l'agilité de son jeu de jambe, la précision de son punch, son endurance. En 1960, il remporte le titre de champion olympique des mi-lourds à Rome. Il devient alors professionnel et rencontre celui qui sera son entraîneur pendant près de 20 ans, Angelo Dundee. Il peut aussi compter sur le soutien d'hommes d'affaires de Louisville, trop heureux de pouvoir valoriser la cité grâce à ce champion.

 

 

A 22 ans, il remporte le titre de champion du monde des poids lourds (en 1964) contre Sonny Liston, à Miami. Dès sa sortie du ring, il clame: "je suis le plus grand, j'ai secoué le monde". Dès cette époque, Clay agace. Ses détracteurs lui reprochent sa "big mouth", sa grande gueule, sa vantardise, son arrogance. Il n'hésite pas à se moquer de ses adversaires et à insulter ses adversaires noirs qu'il traite d'"oncle Tom" à l'image de Floyd Patterson.

 

 

On apprend alors que Cassius Clay s'est converti à l'islam et qu'il convient désormais de l'appeler Muhammad Ali. Cette décision lui aliène une partie de l'Amérique blanche dans la mesure où il intègre les Black Muslims, une organisation musulmane traditionnaliste à la réputation sulfureuse. C'est Malcom X qui débauche l'athlète. Une intense, mais brève, amitié, dédute alors. Ali devient un emblème fantastique pour la secte dont l'image est écornée par l'assassinat de Malcom X en 1965 (imputé par beaucoup au dirigeant des Black Muslims, Elijah Muhammad).

 

 

En 1967, Ali affirme son opposition à la guerre du Vietnam. Il refuse de servir sous les drapeaux, ce qui entraîne la perte de sa licence. Il lance: "Le Vietcong ne m'a rien fait". Pour lui, ces combattants sont des opprimés, à l'instar des Noirs américains. Cette prise de position intervient alors que l'opinion américaine n'est pas encore retournée. Le rejet du conflit se produit au cours des trois années de suspension d'Ali, qui devient dès lors très populaire. Quoi qu'il en soit, cette suspension reste un désastre pour un boxeur en pleine possession de ses moyens.

 

En 1971, Ali tente de reconquérir sa couronne en affrotntant Joe Frazier, au cours de ce que certains ont appelé le "match du siècle". Ali y encaisse les coups avec une grande abnégation. Mis à part un knock out, il parvient à tenir debout alors que les coups de Frazier redoublent, la mâchoire cassée. C'est en tout cas la première défaite d'Ali. Il perdra de nouveau face à Norton et se fera encore casser la mâchoire au cours du combat.

 

 

Mais le retour triomphal d'Ali se produit à Kinshasa, en 1974 (nous vous en parlerons dans un prochain billet). Entre temps, Ali passe dans l'écurie du fantasque Don King, un petit voyou devenu le maître du boxing business (désormais, les combats représentent une véritable mâne financière). Contre toute attente, il parvient à triompher alors que Foreman fait figure d'épouvantail (il n'a fait qu'une bouchée de Norton et Frazier). Ali semble alors à son apogée. Il conservera son titre encore six ans et livrera quelques autres combats homériques tels que le match qui l'oppose à Frazier à Manille en 1975. Les deux hommes repoussent leurs limites dans ce combat à mort. Finalement Frazier est arrêté à la 15ème reprise à la demande de son manager (afin de sauver ses yeux). Ali, quant à lui, s'évanouit. Il s'agit en tout cas d'une étape clef de sa carrière. Son médecin tente alors de le convaincre d'arrêter de combattre, en vain. Ali poursuit jusqu'en 1980. C'est sans doute là tout le drame pour ce boxeur qui sut, tout au long de sa carrière, encaisser les coups, sans rien montrer. Ainsi, en 1974, à Kinshasa, Ali encaisse les coups de Foreman, sans ciller, attendant la moindre défaillance de son adversaire. Cette stratégie s'avère gagnante sur un match, mais traumatisante pour l'organisme à long terme.

 

Mohammed Ali porte la flamme olympique lors de la cérémonie d'ouverture des J.O. d'Atlanta (1996). Ali est aujourd'hui atteint de la maladie de Parkinson (le mal du boxeur), particulièrement invalidante.

 

Mais au-delà de sa biographie, Ali est devenu une véritable icône moderne. Les photographes, musiciens, romanciers, journalistes ne s'y sont pas trompés.  Les  hommages musicaux ci-dessous démontrent l’énorme popularité du personnage.

 

1. Don Covay: "Rumble in the jungle". Ce très grand chanteur soul (à la voix assez proche de celle de Mick Jagger) évoque le match ("rumble in the jungle") organisé à Kinshasa par Don King, avec l'accord de Mobutu.

2. Orchestre G.O. Orchestra: "Welcome to Kinshasa".
Cet orchestre congolais revient sur l'organisation du match, en 1974. Cuivres et choeurs irrésistibles.

3. Dennis Alcapone: "Cassius Clay". Toaster star et fidèle du label Treasure Isle de Duke Reid, Dennis Alcapone rend hommage à celui que l'on appelle encore Cassius Clay. Il interprétera aussi "Muhammad Ali" une fois le boxeur converti (à retrouver sur une compilation de titres reggae sur le thème de la boxe).

4. Tom Russell: "Muhammad Ali". L'inoxydable Tom Russell livre ici une biographie en musique. Il revient sur les étapes de la carrière du boxeur. Depuis Louisville jusqu'au refus de la guerre du Vietnam en passant par "les petites phrases" qui firent aussi la célébrité d'Ali.

5. Mohammed Ali: "Ali's historical theme song". Ali au micro sur un album de 1976 où il fait la promotion d’une bonne hygiène bucco-dentaire! Musicalement, c'est très mauvais, mais la palme du mauvais goût revient sans conteste à la pochette

6. Mohammed Ali la "grande bouche". Ali possède une solide répartie et entame son travail de déstabilisation de l'adversaire avant de monter sur le ring. Ci- dessous, quelques extraits tirés du documentaire "When we were Kings".

Commentaire d'un journaliste: "Cassius Clay comme Corbett, Tunney et Braddock révolutionne l'histoire des poids lourds".

 

Conférence de presse d'Ali et Don King au Waldorf Astoria Hôtel de New York, en septembre 1974.

"Mohammed Ali: - Je finirai comme j'ai débuté en terrassant un monstre que personne n'arrivait à battre. ça c'est le petit Cassius Clay de Louisville battant Liston, deux fois vainqueur de Patterson. I l allait me tuer! Mais il cognait plus fort, il allongeait, il boxait mieux que George. Et je ne suis plus ce gamin de 22 ans qui se sauvait devant S. Liston. J'ai roulé, je suis pro. J'ai eu la mâchoire explosée deux fois. Je suis méchant, j'abats des arbres et ici, en plus, je me suis battu comme un alligator. Oui, un alligator. J'ai catché avec une baleine, mis des menottes aux éclairs, foutu la foudre en taule. La semaine dernière, j'ai tué un roc, massacré une pierre et expédié une brique à l'hosto. Je suis pire qu'un mal incurable.

Don King - Méchant!

M. A. - Oui!

D. K. - Je te crois.

M. A. - Rapide! Hier soir, j'ai éteint la lumière, j'étais au pieu avant qu'il fasse noir.

D. K. - Incredible.

M. A. - Rapide. Vous baisserez le nez quand je battrai George Foreman, vous tous. Vous pariez sur lui, mais il est mal barré. Vous verrez, je suis le plus grand."

7. Trio Madjesi: "8ème round". "Serrez vos gants car au 8ème round, c'est le k-o". Le groupe congolais revient sur le "combat du siècle" et notamment le 8ème round au cours duquel Foreman s'écroule.

8. Sir Mack Rice: "Muhammad Ali". Une petite bombe funky irréprochable pour terminer. La plupart des titres qui composent cette sélection proviennent de la compilation "Hits and Misses" de l'excellent label allemand Trikont, spécialisé dans les rééditions pointues et soignées.

 

 

Ali aura aussi droit à son dessin animé sur la NBC (en 1977), modestement intitulé "I'm the greatest".

 

 

Tout cela prouve qu'Ali est plus qu'un simple champion de boxe (ce qui est déjà pas mal en soi). Certes, il est devenu la référence absolue dans le monde de la boxe, mais il a su aussi épouser les grandes causes de son temps (le Vietnam, les droits civiques), sans jamais se renier. Surtout, il reste un personnage particulièrement charismatique. Il suffit  de regarder ses interviews de jeunesse pour s'en convaincre. Arrogant, provocateur, l'homme en a horripilé plus d'un, mais on ne peut lui retirer son sens de la formule (”je danse comme un papillon, pique comme une abeille”) et sa répartie qui fait mouche la plupart du temps.

 

 Sources:

- L'émission 2000 ans d'histoire de Patrice Gélinet sur France Inter avec le romancier Patrice Lelorain.

 

Liens:

 

- Thrilla in Manilla (1975), le troisième et terrible combat Ali / Frazier.

 

- Rumble in the jungle (1974). Ali / Foreman, le "combat du siècle".

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