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Les indépendances africaines 3: les pères des indépendances africaines.
Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).
- La ruée vers les indépendances (1957-1960).
- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).
- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.
- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."
- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".
- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".
- La bande-son des inédpendances.
- Le dossier "Samarra en Afrique".
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Au lendemain de la seconde guerre mondiale, toute une génération de leaders africains, formés par le syndicalisme ou les universités de la métropole animent et dirigent les nouveaux syndicats et partis politiques africains. Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Modibo Keita (Soudan-Mali), David Dacko (Oubangui), Sékou Touré (Guinée), Ruben Um Nyobé (Cameroun) pour ne citer que les plus célèbres, portent les aspirations nationalistes.
Comme le rappelle Marc Michel, "les institutions de l'Union française [...] constituèrent des lieux d'apprentissage pour la classe politique en formation et des espaces de sociabilité pour les futurs dirigeants africains [...] qui purent y nouer des amitiés personnelles et des alliances politiques." La constitution de la IVème République qui fonde l'Union française permet pour la première fois une représentation autochtone (même limitée) et joue donc un rôle non négligeable dans l'affirmation de cette élite politique nouvelle. Les affaires locales se traitent dans des assemblées territoriales: 3 Grands Conseils à Dakar, Brazzaville et Tananarive. Les territoires d'outre-mer envoient en outre des représentants à l'Assemblée de l'Union française, au Conseil de la République et à l'Assemblée nationale (une vingtaine de députés en 1946). Si ces derniers interviennent surtout dans les débats qui portent sur les colonies, leurs votes s'avèrent souvent décisifs en politique intérieure, dans un Parlement où les majorités se font ou se défont à quelques voix près. Neuf d'entre eux sont membres du gouvernement (Senghor, Houphouët, Modibo Keita, Hubert Maga...) à un moment ou à un autre, et trois se succèdent même à la vice-présidence de l'Assemblée nationale.
Le président René Coty et Gaston Defferre, alors ministre de la France d'Outre-mer entourés de notables africains, à Paris, le 14 juillet 1956.
Néanmoins, les réalisations de l'Union française restent très modestes. Face à un contexte internationale de plus en plus favorable aux mouvements nationalistes, des réformes s'imposent. La loi Cadre-Defferre, adoptée le 23 mars 1956, accorde l'autonomie interne aux territoires d'outre-mer qu'elle dote d'une "personnalité" politique propre, en instituant des exécutifs locaux responsables devant des assemblées législatives locales. Toutefois, la France continue de contrôler les attributs de la souveraineté internationale (monnaie, défense, politique extérieure). Beaucoup d'élus applaudissent à l'esprit nouveau de la réforme. Le problème reste que les Africains sont divisés en gros entre deux tendances. D'un côté les partisans du maintien des fédérations de l'AOF et de l'AEF telles qu'elles existent alors (Senghor ou Sékou Touré notamment). De l'autre, ceux (Houphouët ou encore Léon M'Ba) qui considèrent qu'il faut constituer les territoires en Etats souverains, au risque de précipiter la balkanisation de l'Afrique.
Le conflit algérien précipite la chute de la IVème République et met un terme à l'Union française. Lorsqu'il revient au pouvoir en 1958, De Gaulle propose la création d'une Communauté française, au sein de laquelle la France conserverait des prérogatives dans des "domaines réservés" (affaires étrangères notamment). Les populations de l'Union française sont donc appelées à se prononcer lors du référendum instituant la Communauté française. Le oui l'emporte partout, sauf en Guinée qui devient aussitôt indépendante. La Communauté ne durera que quelques mois, jusqu'à l’accession des colonies françaises à l’indépendance. En 1960, quinze Etats africains apparaissent alors, avec 15 chefs d'Etats à leur tête. Ces derniers sont pour la plupart d'anciens parlementaires ayant siégé à l'Assemblée nationale sous les IVème et Vème Républiques.
Ils s'imposent comme l'incarnation du combat national.

Senghor, Houphouët-Boigny et Youlou, les tous nouveaux présidents sénégalais, ivoirien et congolais lors de la conférence de la Table africaine organisée à Abidjan le 24 octobre 1960.
* Des démocraties aux "démocratures".
Les présidents du SénégalDans la plupart des nouveaux Etats, la démocratie semble être de mise. Les constitutions garantissent théoriquement la séparation des pouvoirs, la pluralité des opinions, en parallèle avec l'instauration du suffrage universel. Inspirées par l'ancienne puissance coloniale, elles instaurent des régimes parlementaires dans les anciennes colonies britanniques, plutôt semi-présidentielles pour celles de la France où l'exécutif est généralement prépondérant.
Or rapidemant, à quelques rares exceptions, une dérive autoritaire balaie les régimes constitutionnels. Dans ces "démocratures", le chef de l'Etat concentre progressivement tous les pouvoirs en minimisant le rôle des corps intermédiaires tels que les Assemblées, nationales, Conseils, ou autres syndicats. Bernard Droz dans son "histoire de la décolonisation" (voir sources) attribue ce phénomène à de "multiples facteurs, pour partie légués par l'ère coloniale, pour une autre liés aux structures ethniques et sociales des pays considérés. L'absence d'une tradition étatique antérieure au sentiment national, la faible cohésion d'Etats pluri-ethniques, ou pluri-religieux ancrés parfois dans un cadre territorial artificiel, l'apprentissage trop bref, voire inexistant ou manipulé, du débat politique, des masses rurales et urbaines peu alphabétisées, coiffées par une bourgeoisie avide de conquérir les places, sont autant d'éléments d'explications."
Le présidentialisme renforcé s'impose dans de nombreux Etats et s'incarne dans un leader charismatique qui s'identifie à la conquête de l'indépendance. Cette personnalisation du pouvoir s'accompagne de l'instauration du parti unique; ce qui contribue à vider de toute signification des consultations électorales qui aboutissent à légitimer ce qu'il faut désormais appeler des dictatures. Pour justifier l'instauration du monopartisme, les dirigeants avancent l'idée qu'il est le creuset de la cohésion nationale indispensable au décollage économique. Les nouveaux dirigeants s'appuient généralement sur une administration pléthorique, souvent recrutée dans l'entourage directe du "président" ou sur une base ethnique. La corruption et le népotisme sont érigés en mode de gouvernement dans plusieurs pays. Face à l'instabilité ou aux errements du pouvoir civil, l'armée s'impose souvent comme recours possible.
Des éléments internes (évoqués plus haut), mais aussi externes, expliquent cette tendance à l'accaparement du pouvoir par un chef et son clan.
* Le rôle de l'ancienne métropole (l'exemple français).
Certains pères des nations africaines bénéficièrent du soutien indéfectible de l'ancienne métropole soucieuse de maintenir ses intérêts. Dans cette optique, la France soutient les chefs d'Etat qui coopèrent et n'hésite pas à appuyer les régimes qui risquent d'être renversés par la rue ou des putschs. Le Gabonais Léon MBa est ainsi ramené au pouvoir par les paras français après un putsch en 1964. Le falot Ahidjo bénéficie de l'appui logistique de l'armée française pour venir à bout de la guérilla révolutionnaire menée par l'UPC. A contrario, elle écarte ou tente de se débarrasser des dirigeants "gênants". Exemple: au Togo, Sylvanus Olympio semble vouloir s'émanciper du giron français. Il met en cause le franc CFA et se rapprochent du bloc de l'est. Il est assassiné en 1963 avec la complicité des services secrets à Lomé au Togo).
L’un des maîtres d’oeuvre de cette stratégie fut Jacques Foccart, secrétaire général pour les affaires africaines et malgaches à l’Elysée auprès du général de Gaulle, puis de Pompidou, et encore en 1986-1988, lors de la première cohabitation. Influent grâce à un réseau d’informateurs, il préconise l’intervention française pour soutenir les chefs d’Etat africains "amis" au pouvoir, même si il s'agit de dictateurs cruels.
Dans cette optique, en vertu des accords militaires passés lors des indépendances, la France intervient à de nombreuses reprises dans des pays africains depuis les années 1960 (Sénégal pour le maintien au pouvoir de Senghor, au Gabon pour éviter les renversement de Mba, puis Bongo, au Cameroun en soutien à Ahidjo). D'autre part, la présence de nombreux conseillers techniques français dans l'entourage direct des présidents africains, même longtemps après l'obtention des indépendances, font douter plus d'un observateur de la réelle souveraineté de ces Etats.
De ce point de vue là, la France a joué un rôle contre la démocratie dans certains pays, en permettant le maintien au pouvoir d'autocrates redoutables.

* Le contexte de guerre froide a joué également un rôle dans la perpétuation au pouvoir de dirigeants qui savent parfaitement jouer des logiques de la bipolarisation du monde. Mobutu par exemple devient un expert en ce domaine. Lorsque les alliés occidentaux renâclent à lui fournir les subsides nécessaires à éponger la dette zaïroise (qui correspondait assez bizarrement à sa fortune personnelle...), il menace de se tourner vers le bloc socialiste. Si la plupart des anciennes colonies de la France intègrent le camp occidental, certaines se rapprochent du bloc de l'est: la Guinée dès 1958, puis le Congo Brazzaville ou encore la République populaire du Bénin de Kérékou.
Dans le cadre de la bipolarisation du monde, les Etats doivent choisir leur camp. Le spectre communiste incite les démocraties occidentales à fermer les yeux sur le caractère dictatorial des pays amis tant qu'ils ne remettent pas en cause leurs intérêts (République centrafricaine sous Bokassa, Mobutu au Zaïre). Ne nous méprenons pas: ces facteurs externes ne sauraient minimiser les responsablités des dirigeants africains dont on a déjà vu qu'ils savaient parfaitement tirer profit du contexte international (à l'instar de Mobutu).
* Personnalisation du pouvoir et culte de la personnalité.
La tendance à la personnalisation des pouvoirs justifie l'usage d'une propagande qui aboutit très souvent à l'instauration d'un véritable culte de la personnalité. Les qualités attribuées aux dirigeants sont mises en exergue. Des surnoms symboliques permettent d'exprimer les vertus des nouveaux "stratèges" ou "guides éclairés". Ainsi Kwamé NKrumah n'est rien moins qu'Osaqyefo (le général victorieux), Katamanko (l'infaillible), Kukudurini (l'indomptable), Lasapieko (l'homme de parole), Oyeadieye (l'homme d'action), Nugeno (l'invincible), Asondwehene (le pacificateur). Au Congo (futur Zaïre), lors des cérémonies officielles, on vante les mérites de Mobutu, à la fois "rédempteur", "guide", "pacificateur", "bâtisseur", "créateur", timonier", "pharaon moderne" ou encore "guide clairvoyant". Au Kenya, la vive résistance à la colonisation menée par Kenyatta de 1951 à 1962, vaut à ce dernier le surnom de "javelot flamboyant" (Burning spear). Puis, en tant que président de l'Etat indépendant jusqu'à sa mort en 1978, il devient le Mzee (l'Ancien), l'homme d'expérience, sage et lucide, capable de dispenser un enseignement. Le président de la Tanzanie, Julius Nyerere, soucieux de transformer les mentalités, préfère le titre de Mwalimu (professeur, maître). L'inamovible Félix Houphouët-Boigny, qui préside aux destinées de la Côte d'Ivoire de l'indépendance en 1960 jusqu'à sa mort en 1993, sera tour à tour le "magicien invincible", puis le "bélier, défenseur du peuple" (Boigny), enfin le "vieux", dépositaire de la conscience morale et politique, figure paternelle rassurante. Dans les régimes qui se réclament du socialisme, les qualificatifs insistent sur l'aspect révolutionnaire. Sékou Touré devient ainsi le "Combattant suprême de la Révolution" ou encore le "grand stratège".
Le culte de la personnalité atteint des sommets au Ghana. Kwamé NKrumah s'appuie ainsi sur des mouvements de jeunesse à l'instar des Jeunes Pionniers, qui rassemblent des milliers d'enfants au début des années 1960. Encadrés par des moniteurs formés en URSS ou en RDA, les Pionniers louent les mérites personnel du dr NKrumah dans la version de l'hymne national pour les Jeunes pionniers:
" Ghana debout!
Intrépide, défends les droits de l'Afrique
Belles femmes de notre Ghana
célébrez la toute-puissance morale de Kwame NKrumah
la liberté et la justice
pour l'amour et l'unité de notre pays
nous vivrons et mourrons pour toi, ô Mère Patrie"
Personnification symbolique des nations indépendantes, l'autoritarisme qu'impose certains leaders leur aliène de nombreux soutiens. Ainsi, le Togolais Sylvanus Olympio, NKrumah au Ghana ou le Malien Modibo Keita trouvent peu de défenseurs lors des coups d'état militaires qui les renversent respectivement en 1963, en 1966 et 1968.
La tendance à la personnalisation des pouvoirs n'est pas générale et les bilans contrastés ou ambivalents. Et l'opprobre justifiée qui recouvre le souvenir d'un Mobutu ne saurait être généralisée. De nombreux dirigeants réussirent ainsi à se maintenir au pouvoir de longues années en conservant une grande popularitéà l'instar de Houphouët-Boigny, Kenneth Kaunda en Zambie, Julius Nyerere en Tanzanie, Jomo Kenyatta au Kenya ou encore Leopold Sedar Senghor, premier président de la République du Sénégal en 1960, qui quitte volontairement le pouvoir en 1980. Aussi , afin d'éviter toute généralisation simplificatrice, mieux vaut passer au cas par cas.
Les pères des nations africaines.
Les musiciens, avec une plus ou moins grande spontanéité, rendent hommages aux leaders africains. Ces derniers comprennent très tôt tout l'intérêt qu'ils peuvent tirer des chansons, directement accessibles au plus grand nombre. Les titres qui louent les mérites des dirigeants se multiplient, notamment en Guinée ou au Mali où les dirigeants développent une intense politique culturelle, censée valoriser le riche patrimoine musical mandingue.
Les pères des indépances retenus ci-dessous peuvent parfois surprendre. Amilcar Cabral meurt par exemple avant l'accession de la Guinée-Bissau à l'indépendance. Pour autant, c'est lui qui dirige la longue guérilla qui y mène et reste dans le coeur de la population le héros national.
* Kwame NKrumah. [chanson: E.T. Mensah and his tempos: "Kwame Nkrumah"].
Dans la colonie britannique de Gold Coast, la vie politique se développe véritablement au lendemain de la guerre. En 1949, le docteur Kwame NKrumah fonde le Parti de la Convention du Peuple. Il lance en 1950, une "campagne d'action positive"(désobéissance civile,boycott, grèves). Son emprisonnement par les autorités coloniales contribue à accroître sa popularité et il devient vite le héros national. Face à l'agitation provoquée par cette arrestation, les autorités s'empressent de le relâcher. Il devient premier ministre à la suite de la victoire de son parti aux élections législatives de 1951. Les négociations avec les colons se poursuivent et aboutissent à l'indépendance le 6 mars 1957. La Gold Coast devient la première colonie d'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance.
Nkrumah est en outre le champion du panafricanisme. Son ouvrage L'Afrique doit s'unir (1963) devient le bréviaire de tous les tenants des "Etats-Unis d'Afrique". L'auteur y écrivait ainsi: "La survivance de l'Afrique libre, les progrès de son indépendance et l'avance vers l'avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l'unité politique. (...) Tel est le défi que la destinée a jeté aux dirigeants de l'Afrique. C'est à nous de saisir cette occasion magnifique de prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une nation souveraine, en constituant bientôt, pour la plus grande gloire et prospérité de son pays, les Etats-Unis d'Afrique." Mais, dans le contexte de la guerre froide, ces espoirs seront rapidement déçus et les égoïsmes nationaux empêchent l'intégration régionale.
En politique intérieure, NKrumah n'aura pas beaucoup plus de succès. Dès son accession au pouvoir, il lutte contre le néocolonialisme et engage le pays dans la voie socialiste tout en instaurant un régime autoritaire avec l'instauration du parti unique en 1964. Il impose le culte de la personnalité et s'autoproclame l'Osaqyefo, le Rédempteur. Sa politique économique incohérente n'assure pas le développement économique du Ghana, pourtant potentiellement très riche. Il est renversé par un coup d'état en 1966, alors qu'il se trouve en voyage en Chine. Réfugié dans la Guinée de Sékou Touré, il décède en 1972, à Bucarest.
* Sékou Touré. (chanson: S.E. Rogie: "Sekou Touré" dans un français pour le moins hésitant.).
L'ascension politique d'Ahmed Sékou Touré reste tout à fait exceptionnelle. Simple receveur à la poste de Conakry en 1946, il fonde alors le Syndicat des Postes et des Télécommunications, le premier syndicat de Guinée. Cinq ans après, il dirige le Parti Démocratique Guinéen (PDG). Dix ans plus tard, devenu maire de Conakry, il représente la Guinée à l'Assemblée nationale française. En 1956, la mise en place de la loi cadre-Defferre irrite le leader guinéen qui regrette la suppression des cadres fédéraux de l'AOF et de l'AEF au profit de territoires dotés de capitales. Tout comme Senghor, il redoute une "balkanisation" de l'Afrique. De retour au pouvoir en 1958, de Gaulle propose la création d'une Communauté française, au sein de laquelle la France conserverait des prérogatives dans des "domaines réservés" (affaires étrangères notamment). Aussi, du 20 au 29 août, le général de Gaulle effectue une tournée dans plusieurs capitales africaines afin de présenter aux populations son projet.
Sékou Touré souhaite accélérer le processus d'accession à l'indépendance (dont le projet de constitution ne souffle mot) Le 25 août 1958, lors d'un discours tenu dans la mairie de Conakry, il lance à de Gaulle le cinglant: "Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l'opulence dans l'esclavage". La Guinée est le seul pays à rejeter massivement la proposition de de Gaulle lors du référendum. Ce choix entraîne la rupture immédiate avec la métropole. La Guinée accède à l'indépendance le 2 octobre 1958, tandis que Sékou Touré s'autodésigne premier président du pays. Le général de Gaulle, outré par le ton du discours du 25 août, suspend immédiatement toute aide à la Guinée et démantèle les infrastructures existantes. Désormais, les relations entre la Guinée et son ancienne métropole seront particulièrement ombrageuses. L'orientation socialiste du régime guinéen creuse encore le fossé. Avec le Ghana , elle devient le chef de file des pays africains "progressistes". En novembre 1958, NKrumah et Touré tentent de bâtir l'Union Ghana-Guinée, susceptible d'entraîner un bouleversement des frontières coloniales et des zones d'influences européennes. Le pays devient aussi un foyer d'accueil pour les révolutionnaires africains en lutte contre la domination coloniale (notamment l'UPC camerounais). Mais, si Touré s'impose en tant que modèle pour les plus radicaux, il fait figure d'épouvantail pour les autres dirigeants de la Communauté française.

En politique intérieure, le nouveau chef de l'Etat guinéen instaure un régime très dur. Il fustige à longueur de discours "l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme" et réprime toute forme d'opposition. La terreur policière est encore aggravée par les nombreuses tentatives de coups d'états dont le régime fait l'objet (17 au total durant toute la période Touré). Désormais, le dictateur vit dans la hantise du putsch et sombre dans la paranoïa, qui le conduit à massacrer tous ces rivaux potentiels. Il n'hésite pas à faire fusiller la quasi-totalité de son gouvernement en 1964. Par exemple, le fondateur des Ballets africains et ex-ministre de l'intérieur, Keita Fodéba, est jeté en prison en 1969, où il décède (sans doute des suites de tortures). Le coup d'Etat manqué d'exilés guinéens du 22 novembre 1970, appuyé par les Portugais, plonge le pays dans la terreur, marquée par des arrestations et exécutions en série. Cette date devient d'ailleurs symbolique. Des centaines de milliers de Guinéens fuient alors le pays. Des milliers d'opposants meurent sous la torture dans les sinistres geôles du camp Boiro. On estime que le Président Ahmed Sékou Touré s’est rendu coupable de la mort ou de la disparition de quelque 50 000 personnes. En 1984, à la mort de Touré, le colonel Lansana Conté s'empare du pouvoir, utilisant à nouveau la violence et la contrainte.
* Félix Houphouët-Boigny (chansons: Alpha Blondy: "Jah Houphouët" et Moussa Doumbia: "Houphouët Boigny" sur le lecteur 8 tracks seulement).
Originaire du village de Yamoussoukro, au centre de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny devient médecin. Il représente un courant modéré du nationalisme. Il créé en 1946 le Rassemblement démocratique Africain (RDA, associé à l'UDSR, le parti de Mitterrand).
Félix Houphouët-Boigny est élu député à la première Assemblée constituante française, en 1945. Il est même à plusieurs reprises ministre dans des gouvernements français.
27 novembre 1960, Félix Houphouët-Boigny est élu Président de la République. Il est réélu à six reprises en 1965, 1970, 1975, 1980, 1985 et 1990. A la tête de son parti unique qu'il tient d'une main de fer, et dont il évince ses rivaux, le parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), il préside aux destinées de la Côte d'Ivoire pendant 33 ans. Tout au long de son "règne", il maintient des liens étroits avec l'ancienne puissance coloniale (signature d'accords de défense, accords d'assistance militaire...) et s'oppose aux thèses fédéralistes de Senghor (projet de fédération malienne). Pour Bernard Droz, il "est le principal artisan, avec le général de Gaulle, des indépendances "balkanisées", de 1960".

Le pays connaît dans les années 1960-1970 une exceptionnelle réussite économique fondée sur le café et le cacao. Le pays connaît alors une grande avance sur ses voisins : taux de scolarisation élevé, réseau routier dense, politique sociale redistributrice... Cette prospérité attire. Mais l'effondrement des cours du cacao en 1978 met un terme au "miracle ivoirien". De nombreuses tensions apparaissent alors dans le pays.
Au bout du compte, il semble juste de tirer un bilan contrasté de la très longue présidence d'Houphouët-Boigny. Incontestablement, le régime était et resta autoritaire jusqu'au bout. Le décollage économique du pays ne fut pas durable. La corruption et le népotisme régnèrent. Néanmoins, l'aménagement du territoire ivoirien, en terme d'infrastructures de transports notamment, reste sans équivalent en Afrique de l'ouest. Le pays connut, certes dans un cadre autoritaire, une grande stabilité politique, qui contraste avec l'anarchie actuelle du pays, déchiré par les débats sur l'ivoirité.
* Léopold Sédar Senghor (discours lors de l'accession du Sénégal à l'indépendance).
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Senghor lors de l'inauguration du premier festival mondial des arts nègres à Dakar, en 1966.
Léopold Sédar Senghor naît dans une famille de commerçants aisés et mène de brillantes études. Agrégé de grammaire en 1935, il théorise ave Césaire le concept de "négritude" et développe en parallèle une oeuvre poétique remarquable. Au lendemain de la guerre, il s'engage en politique aux côtés de la SFIO, avant d'animer en 1948 à la Chambre des députés le groupe des Indépendants d'outre-mer, rival du puissant RDA de Houphouët-Boigny. Il accuse ce dernier de vouloir "balkaniser" l'Afrique française et milite au contraire en faveur de vastes entités fédérales. La loi cadre-Defferre, en partie élaborée par Houphouët, ruine ses espoirs de fédération de l'Afrique de l'ouest. En janvier 1959, il annonce la création de la fédération du Mali (en référence à l'illustre empire du Mali du XIIIe-XVe siècles. Deux mois plus tard seulement, la Haute-Volta et le Dahomey se retirent de la fédération. Des querelles personnelles précipitent la ruine du projet, qui ne réunit alors plus que le Soudan et le Sénégal. Le 20 août 1960, Senghor proclame l'indépendance du Sénégal qui quitte la fédération. Le Soudan accède à l'indépendance le 22 septembre sous le nom de Mali. Le 5 décembre, Senghor est élu président du Sénégal. Les institutions, en grande partie calquées sur celles de la Vème République, confère un large pouvoir au président, épaulé par un chef de gouvernement, en l'occurence Mamadou Dia. Marqué nettement à gauche, Dia se consacre avec beaucoup de compétences aux questions politiques. Il mène une rude bataille contre la corruption et s'attire alors les foudres des milieux d'affaires français et sénégalais. Senghor, qui entend conserver des relations étroites et cordiales avec l'ancienne métropole, condamne son second à la prison à vie en 1962, pour une prétendue tentative de coup d'état. On assiste alors à une personnalisation du pouvoir. Le président parvient à "récupérer" de nombreux opposants auxquels il propose des postes importants (d'autres dirigeants useront de ce stratagème, notamment Houphouët-Boigny). Senghor semble alors de plus en plus coupé des préoccupations de ses concitoyens. Face aux mécontentements, il a la lucidité de démocratiser la vie politique, tout en instaurant une véritable liberté de la presse... La libération de Mamadou Dia illustre cette tendance.
A la surprise générale, après avoir dirigé pendant vingt ans le Sénégal. Il annonce sa démission le 31 décembre 1980, à la surprise générale. Défenseur acharné de la francophonie, il est élu à l'Académie française en 1983. Par sa stature, Senghor est parvenu à faire du pays une démocratie (quelque peu malmenée actuellement à en croire nombre d'observateurs).
* Modibo Keita. [chanson: African Jazz: "Matanga ya Modibo"]
Modibo Keita et John F. Kennedy en 1961.
Ce syndicaliste passé par l'école normale William Ponty, remporte les élections de 1959 à la tête de son Union soudanaise. Après l'échec de la fédération du Mali, il prend la tête du Mali et se rapproche de la Guinée de Sékou Touré. Il lance une campagne de nationalisations et de collectivisation. Rapidement les dissensions s'accentuent avec l'ancienne métropole. Les bases militaires françaises sont évacuées, un franc malien est créé. En politique intérieure, le plan quinquennal échoue et la multiplication des équipements luxueux improductifs grèvent le budget de l'Etat. Si Modibo Keita cultive son image de marque de sage, son autoritarisme heurte de nombreux Maliens qui lui reprochent en outre sa politique puritaine. En 1968, il est renversé par un coup d'état dirigé par le lieutenant Moussa Traoré.
* Fulbert Youlou. [chanson des Bantous de la Capitale: "Tokumisa Congo"]
Le premier gouvernement congolais en 1960.
Au Congo Brazzaville (ancien membre de l'AEF), une rivalité traditionnelle oppose les M'Bochis du Nord aux Kongos et Laris du Sud. A la suite du référendum de 1958, Fulbert Youlou devient chef du gouvernement dans le cadre d'une véritable guerre civile. Il parvient à se faire élire président en 1961. Plutôt favorable aux thèses panafricaines, Youlou rencontre rapidement de vives résistances dans son pays. Il faut dire que sa personnalité dérange. Cet abbé arbore des soutanes Dior et collectionne les conquêtes féminines. Il gouverne de manière très autoritaire et se met à dos les étudiants ainsi que l'opposition politique. Les dépenses du nouvel Etat explosent ce qui conduit Youlou à réduire le traitement des fonctionnaires. A la mi-août 1963, une révolte populaire chasse l'abbé du pouvoir (il se réfugie en Espagne).
* Léon Mba. [chanson: Franco et le TPOK Jazz: "Président Léon M'Ba"]

Léon Mba à droite et Albert Bongo.
Le premier chef d'Etat du pays est Léon Mba. Il obtient le soutien du général de Gaulle et de Foccart (le monsieur Afrique du général). Il faut dire que Mba a tout pour rassurer. Depuis plusieurs années, il militait en effet pour que le Gabon soit transformé en un département français et pour qu'un drapeau tricolore figure dans un angle du drapeau gabonais! Entre temps, Albert-Bernard Bongo intègre le ministère des affaires étrangères, où il se fait repérer par le président gabonais.
En 1962, à 27 ans, Bongo devient son directeur de cabinet. Or, très vite, le président se transforme en autocrate et l'armée le renverse le 17 février 1964 à la faveur d'un coup d'état. Les troupes françaises interviennent aussitôt afin de rétablir le fidèle Mba dans ses fonctions. Mais malade (il a un cancer), il tente de se trouver un dauphin potentiel. Bongo semble l'homme de la situation. Après un entretien test avec de Gaulle, il est adoubé comme successeur désigné. En 1966, il devient vice-président et le successeur constitutionnel. Il accède donc à la présidence de la République gabonaise à la mort de Mba en 1967.
* Patrice Lumumba. [chansons: African Jazz: "Vive Patrice Lumumba" et De piano: "Gouvernement ya Congo". Le chanteur énumère ici les membres du gouvernement congolais]

Patrice Emery Lumumba lors de son arrestation.
Originaire de la province du Kasaï, le jeune Lumumba fréquente les cercles culturels de Léopoldville (future Kinshasa). Dans son ouvrage "Congo, terre d'avenir" qu'il écrit en 1956, il se place dans l'orbite du parti libéral belge de tendance modérée. A partir de 1958, il infléchit son discours et participe à la formation du Mouvement national congolais (MNC). Cette même année, il assiste à la conférence des peuples africains d'Accra qui le pousse vers un radicalisme anticolonialiste et panafricain. Ses talents d'orateur et son charisme l'imposent vite comme un intermédiaire indispensable dans le contexte de la décolonisation du Congo. En 1960, il participe activement aux négociations de la Table Ronde de Bruxelles qui aboutissent à l'indépendance du Congo. En mai 1960, son parti remporte la victoire aux élections. D'emblée, il s'oppose aux autre dirigeants congolais tenants de la partition du pays. Il devient le premier ministre du président Kasavubu. Lors des célébrations de l'indépendance du Congo, le 30 juin 1960, en présence du roi des Belges, Lumumba se lance dans un discours courageux dans lequel il rappelle en effet les dégâts provoqués par le colonialisme. Il se créé à cette occasion de nombreuses inimitiés.
Les rapports se tendent très vite entre Kasavubu et Lumumba. Le pays a très peu de cadres formés. Les forces de l'ordre ne lui obéissent plus et la rébellion sécessioniste du Katanga plongent le pays dans une période de chaos. Isolé et sans marge de manoeuvre,le premier ministre en appelle à l'ONU, en vain. Il se tourne alors vers l'URSS. Les puissances occidentales, Belges et Américains notamment, voient donc en lui un communiste. Dans le contexte de la guerre froide, cela n'est pas bon pour Lumumba. Il est destitué, placé en résidence surveillé. Il tente de fuir vers Stanleyville au nord-est, une ville tenue par ses partisans. Il est trahi par son chef d'état-major, Mobutu. Le 3 décembre, ce dernier lance à la radio: "Au nom de l'armée nationale, je peux vous dire que monsieur Lumumba est un homme fini. La chasse à l'homme est ouverte. Les soldats de Mobutu traque l'ancien premier ministre à bord d'hélicoptère grâcieusement fourni par la CIA. Capturé le 3 décembre, il est livré à son grand rival, Moïse Tschombé, le dirigeant du Katanga, qui le fait assassiner en janvier 1961. Le corps de Lumumba et de ses partisans sont déterrés et leurs corps plongés dans de l'acide sulfurique, fourni par l'union minière du Katanga, toujours aux mains de belges.
Lumumba est considéré au Congo comme le premier comme un véritable "héros national" et son nom reste associé aux luttes anticolonialistes africaines. Le courage et l'assassinat de Lumumba l'ont placé au panthéon des martyrs de l'Afrique
* Mobutu Sese Seko. [chanson: Verckys et l'orchestre Vévé: "Mobutu 10 ans"]

Mobutu Sese Seko organise son coup d'Etat militaire, le 24 novembre 1965, renversant le président Joseph Kasavubu. Il détient désormais seul le pouvoir. Il impose progressivement sa dictature. C'est le début du "règne du Maréchal" (dont nous parle Etienne Augris sur L'Histgeobox). Cette dictature repose sur l'autorité incontestée du chef qui s'appuie sur un parti unique ( le mouvement populaire de la révolution). Evidemment, les libertés essentielles sont bafouées, notamment la liberté d'expression. L'embrigadement de la population se fait par l'intermédiaire du MOPAP (mobilisation, propagande et animation politique) ou par la surveillance des Congolais.
Mobutu engage le pays dans la voie de la Zaïrianisation qu'il présente comme une révolution culturelle. Il entend débarasser le Congo des stigmates de la colonisation. Le pays prend ainsi le nom de Zaïre. Les toponymes d'origine coloniale sont supprimés. Ainsi Léopoldville devient Kinshasa. Lui même abandonne son nom de naissance, Joseph Désiré Mobutu, et se fait appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ("le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l'arrêter"). Les costumes à l'occidental (« abacost » - contraction de « à bas le costume ») sont bannis au profit de tenues traditionnelles africaines ou de vestes à col Mao. Le franc congolais est remplacé par le zaïre (le zaïre vaut alors deux dollars!!).
Mobutu protège les artistes et les financent. Ces derniers chantent alors les louanges du chef suprême lors des cérémonies officielles et des déplacements du dictateur dans tout le pays. On vante les mérites du "rédempteur", du "guide", du "pacificateur", du "bâtisseur", du "créateur", du timonier", du "pharaon moderne", du "guide clairvoyant". Les slogans du parti unique se retrouvent dans les chansons. La Mopap (l'organisation chargée de la propagande) met en valeur tous les thuriféraires du régime via la radio (Voix du Zaïre) et la télévision nationale. Ainsi, beaucoup de chanteurs et musiciens se mettent au pas. Il faut dire à leur décharge que les dix premières années de règne de Mobutu se caractérisent par une forte croissance économique, qui tend à masquer l'absence de libertés.
* Julius Nyerere. [chanson: Salum Abdallah & Cuban Marimba: "Tulime mashimba"]

Julius Nyerere (à gauche) et Kwame Nkrumah.
Intellectuel brillant, Julius Nyerere obtient un diplôme d'histoire à l'université d'Edimbourg en 1952. Il s'attache à construire au Tanganyika une conscience nationale transcendant les clivages hérités de la colonisation en fondant la Tanganyika African National Union (TANU). Il adopte une stratégie légaliste et rassure les Britanniques par sa modération. Le charismatique leader devient président de la République en 1962 après la proclamation de l'indépendance. Le nouvel État s'unit en 1964 au Zanzibar pour former la Tanzanie, membre du Commonwealth. Nyerere se retire volontairement du pouvoir en 1985 après avoir tenté d'instaurer un "socialisme à l'africaine" fondé sur l'autosuffisance, la propriété collective, la tolérance et la solidarité. Salum Abdallah vante dans sa chanson les mérites de cette politique: "Nous te remercions Tanzanie pour ton économie socialiste / en travaillant tous ensemble nous prospérerons / notre professeur Nyerere invite tous les compatriotes à se serrer les coudes / travaillons ensemble sans paresse, redoublons d'efforts pour cultiver la brousse / cultivons les champs pour le bien être économique de la Tanzanie".
Le bilan de ses années au pouvoir s'avère contrasté. La corruption et le recours occasionnel à la force doivent être mis en balance avec le rejet de toute forme de racisme.
* Jomo Kenyatta. [chanson: Oliver de Coque and his expo 79: "Jomo Kenyatta"]
Elève des Missions né en pays Kikuyu vers 1893, Jomo Kenyatta devient employé municipal à Nairobi et milite à la Kikuyu Central Association, une formation africaine anticolonialiste. Ses séjours à Londres et Moscou contribuent à sa formation politique.
Panafricaniste convaincu, il participe au congrès de Manchester en 1945. Au lendemain de la guerre, il intègre la Kenya African Union dont il prend la direction en 1947. Le slogan “un homme, un vote” entend remettre en cause les profondes inégalités liées à la colonisation. Au sein du KAU, une minorité (composée surtout de Kikuyus) opte pour une action plus radicale. Ce mouvement Mau-Mau, une société secrète traditionnelle dont les membres prêtent serment, mettent au point des techniques de guérillas efficaces. En 1952, les autorités coloniales proclament l'état d'urgence et condamnent Kenyatta à sept ans de prison, au prétexte qu'il serait l'instigateur de la révolte (pourtant, ce dernier dénonce les violences perpétrées par les Mau-Mau). Les Britanniques utilisent toute une gamme de techniques pour vaincre les opposants: envoi de troupes; utilisation de blindés et de l'artillerie, bombardement des camps ennemis, déplacement des populations villageoises suspectées d'aider les Mau-Mau afin. Face à la dureté de la répression, l'insurrection s'affaiblit avant de prendre fin en 1956.

L'Etat d'urgence levé en 1960 s'accompagne de concessions de la part des Britanniques: quelques ouvertures sur le plan économique et démocratique afin de répondre en partie aux revendications de la majorité noire. Les colons blancs doivent par exemple accepter le droit de propriété des Africains de toutes ethnies sur les hautes terres en 1959. Les Britanniques autorisent progressivement la formation de partis politiques. Aussi, lors des élections législatives de 1961, la KANU (Union nationale africaine du Kenya) s'affirme. Libéré en 1960, Kenyatta s'impose comme l'incarnation du combat national, ce qui lui permet de conduire les négociations avec Londres. Aux élections de 1963, la KANU remporte les deux tiers des suffrages. Kenyatta devient alors premier ministre. L'indépendance est proclamée en décembre 1963 et de 1964 à sa mort en 1978, Kenyatta est président de la République du Kenya. Son bilan de dirigeant sera plutôt décevant. Sous sa présidence, les inégalités sociales se creusent et la modernisation de l'économie ne profite qu'à une minorité. Le népotisme et l'autoritarisme du "vieux lion" deviennent rapidement insupportables aux yeux de ses concitoyens.
* Amilcar Cabral. [chanson: Jaliba Kouyate: "Amilcar Cabral"]
Amilcar Cabral naît le 12 septembre 1924, à Bafatá, dans l’est de la Guinée-Bissau, de parents cap-verdiens. A l'époque, l'archipel du Cap-Vert et la Guinée Bissau sont sous domination portugaise. Le prénom du bambin en dit déjà long, ses parents ayant été inspirés par Hamilcar, le chef carthaginois (et donc Africain) qui fit trembler l'Empire romain sur ses bases! Il suit donc des études d’ingénieur agronome, à l’université de Lisbonne. Nommé directeur du Centre expérimental agricole de Bissau, il acquiert une connaissance précieuse du pays et de sa structure socioéconomique.
Dans le même temps, il s'intéresse au panafricanisme dans le sillage de N'Khrumah et se passionne pour la poésie de Senghor et son concept de négritude. Les autorités coloniales commencent à le trouver gênant et il est contraint de s'exiler en Angola, où il prend contact avec le mouvement nationaliste angolais. En 1956, Cabral fonde à Bissau le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), d'idéologie marxiste. Il tente alors de négocier avec les autorités métropolitaines de plus en plus isolées. Les empires français et britanniques sont désormais en grande partie démantelés et l'ONU devient une tribune puissante pour les mouvements de libérations des dernières colonies.

Ces négociations échouent et, en 1963, le PAIGC engage la lutte armée contre les forces d’occupation. Cabral anime avec sang-froid cette guérilla qui débute dans le sud du pays, avec des bases arrières en Guinée-Conakry (il obtient le soutien militaire des soviétiques). L'armée coloniale (près de 20 000 soldats mobilisés) se trouve très vite débordée. Sous l’impulsion de Cabral, la guérilla prend un essor rapide qui ne tarde pas à mettre l’armée coloniale en difficulté. En 1973, le PAIGC contrôle ainsi la majeure partie du pays. En 1972, Cabral remporte un grand succès puisqu'il parvient à organiser l'élection d'une Assemblée nationale. Cette même année, le conseil de sécurité de l'ONU somme le Portugal de mettre un terme à cette guerre coloniale d'un autre âge. Enfin, l'organisation internationale reconnaît l'Etat indépendant de Guinée-Bissau, le 24 septembre 1973. Par les accords d'Alger, la Guinée-Bissau accède à l'indépendance sans drame majeur dès septembre 1974. Mais Cabral n'est plus, puisqu'il se fait tuer le 20 janvier 1973, près de sa résidence à Conakry, par des membres de son parti, avec la connivence des services secrets portugais.
Le président du jeune Etat n'est autre que le frère d'Amilcar, Luis Cabral. La Ginée-Bissau connaît pour quelques années la stabilité. Tout au long de la lutte, Cabral tenta de maintenir soudé son organisation, en s'appuyant sur les milieux populaires . Meneur d'homme très souple préférant la persuasion aux purges, il ne parvint cependant pas à apaiser totalement les tensions entre combattants guinéens et cadres cap-verdiens. L'oeuvre de Cabral n'en reste pas moins conséquente. Pour Augusta Conchiglia, "Cabral laisse une oeuvre théorique remarquable, qui est constamment réévaluée. Sa réflexion sur le rapport entre libération nationale et culture est plus que jamais d’actualité. Contrairement à la tendance dominante à l’époque d’importer mécaniquement les théories marxistes, Cabral a fait une relecture des catégories sociopolitiques du marxisme à la lumière des réalités africaines". Surtout, aux yeux de très nombreux Guinéens, Cabral fait figure de héros national.
* Agostinho Neto. [ chanson: Africa Negra: "Camarada Neto"]

Neto et Castro.
Agostinho Neto est le chef du mouvement populaire de libération de l’Angola aux prises avec la métropole portugaise. La guerre de libération dure depuis le début des années soixante. Malgré l'appui des Cubains, à la veille de la « révolution des Œillets », en 1974, le MPLA n'a pas remporté de succès militaires significatifs. La fin de la dictature salazariste précipite les choses. Le nouveau régime qui s'impose au Portugal accorde l’indépendance à toutes ses colonies. La guerre est pourtant loin d'être finie... Trois mouvements s’opposent en Angola : le MPLA d’Agostinho Neto, résolument dans le camp socialiste, le FNLA de Holden Roberto et l’UNITA menée par Jonas Sawimbi, un dissident du FNLA. Chacun des blocs lorgne sur ce pays riche en ressources pétrolières et diamantifères. Les Etats-Unis arment et financent les deux mouvements qui se battent contre le MPLA. Le gouvernement sud-africain, qui a fait de la Namibie voisine une province, a peur de la contagion socialiste. Aussi, en accord avec les Américains, ils entrent directement dans le conflit aux côtés de l’UNITA.
Le MPLA l'emporte finalement grâce à l'appui décisif de près de 35 000 soldats cubains envoyés par Castro. C'est donc épaulé par les troupes cubaines, armées par Moscou, que Neto parvient à conserver le contrôle de la capitale Luanda. Il proclame l’indépendance le 11 novembre 1975 et met en place une dictature calquée sur le modèle sociétique. Le MPLA devient le parti-Etat. Les libertés essentielles sont bafouées et les médias contrôlés. Une tentaive de putsch ratée en 1977 sert de prétexte à Neto pour purger le MPLA de tous ses "fractionnaires". Il s'arroge les pleins pouvoirs. Gravement malade, Neto est soigné à Moscou où il décède le 10septembre 1979.
Pendant ce temps, la guerre se poursuit. L’UNITA et le FNLA continuent de combattre et le conflit reste un des plus meurtriers qu’est connue l’Afrique au XXème siècle. En juillet 1988, un accord en 14 points est enfin trouvé entre l’Afrique du sud, le MPLA et Cuba.
* Samora Machel. [chanson: The people of south Africa: "U. Machel"]

Les colonies portugaises restent contrôlées d'une main de fer au début des années 1960. Pourtant, après l'Angola, la guérilla armée gagne la Guinée-Bissau en 1963 et le Mozambique en 1964. A partir de 1965, les Portugais doivent combattre sur tous les fronts. En fait, c'est en métropole que le sort des colonies se jouent. Les très lourdes dépenses budgétaires consacrées à la guerre et la conscription obligatoire suscitent un vif mécontentement populaire au Portugal qui entraîne la chute la chute de la dictature en 1974 (Révolution des oeillets). C'est ce soulèvement qui permet le processus d'émancipation dans les colonies aboutissant aux indépendances. Au Mozambique, ce sont les "marxistes" du FRELIMO qui s'imposent. Comme en Angola, la lutte entre formations "marxites" et "antimarxistes" s'avère en outre aux interventions étrangères. Le guerillero marxiste qui s'empare des rênnes du pays se nomme Samora Machel. Le président instaure le parti unique, la réforme agraire et tente de créer une société socialiste. Les difficultés économiques ne tardent pas à frapper le pays. Dès 1980, Machel se détourne du socialisme et réclame l'aide du FMI.
Dans le même temps, Machel soutient les mouvements de libération sud-africain et zimbabwéen (ANC et ZANU). En représailles, les régimes d'apartheid de l'Afrique du Sud et de la Rodhésie du sud (jusqu'en 1980) soutiennent la Renamo (Résistance nationale mozambicaine, un mouvement armé qui lutte contre le gouvernement mozambicain et donc le Frelimo de Machel appuyé par les Soviétiques. La guerre civile s'abat sur le pays pour longtemps. En 1984, les accords de Nkotami signés par l'Afrique du Sud et le Mozambique prévoient la fin des combats, mais ils sont violés par les 2 camps. La guerre très meurtrière se poursuit et les pourparlers ne donnent rien. L'avion de Samora Machel s'écrase au retour de négociations menées en Zambie, en 1986. Malgré l'autoritarisme du régime, la grande pauvreté d'une majorité de Mozambicains, la guerre civile, Machel parvient à conserver une certaine popularité, savamment entretenu par les organes de propagande.
* Nelson Mandela. [chanson: Salif Keita: "Mandela"]
Nelson Mandela fait partie de la jeune génération des cadres de l'African National Congress (créé en 1912) qui lutte depuis soixante ans contre le régime raciste sud-africain et sa politique d'apartheid. Il opte pour une confrontation directe, mais non violente, avec l'adversaire, organisant un vaste mouvement de désobéissance civile contre les Pass Laws qui interdisent les déplacements des non-Blancs à l'intérieur du pays. La répression s'abat sur le mouvement qui organise en 1955 un "congrès du peuple", au cours duquel est adoptée la "Charte de la liberté" fondée sur l'égalité raciale, la démocratie, la nationalisation des grandes entreprises... L'influence grandissante de l'ANC précipite une série de procès contre les leaders du mouvement, contraints à opérer dans la clandestinité. Après le massacre de Sharpeville en 1960, les dirigeants de l'ANC abandonnent la résistance passive pour la lutte armée.
En 1962, la police arrête une partie de la direction clandestine de l'ANC, notamment Nelson Mandela, qui fait désormais figure de dirigeant de l'organisation. Le procès de Rivonia, en 1964, condamne Mandela et 7 autres co-accusés à perpétuité dans la prison de Robben Island, au large du Cap. Le régime se maintient encore près de trente ans, mais les massacres, le racisme institutionnalisés mettent progressivement les autorités au ban des nations. La chute du mur de Berlin précipite la fin d'un régime qui ne peut plus se targuer auprès des occidentaux de constituer le dernier rempart contre le communisme en Afrique australe.

Après 26 ans d'incarcération, Mandela est libéré le 11 février 1990. Cette libération suscite une allégresse immense dans toute l'Afrique, elle représente un signal fort de liberté et de justice pour tout le continent. L'année 1991 voit l'abrogation de la plupart des lois de l'apartheid. En concertation avec De Klerk, c'est lui qui assure la transition démocratique du pays dans un climat pourtant explosif. Lors des premières élections libres et multiraciales d'avril 1994, l'ANC l'emporte et Nelson Mandela devient le premier président noir du pays. De Klerk et Mandela reçoivent conjointement le prix Nobel.
Aujourd'hui, le pays, gangréné par la violence et les tensions sociales, bénéficie néanmoins d'une certaine stabilité et n'a pas sombré dans le chaos comme tant d'observateurs le redoutaient. On doit incontestablement cet état de fait à la personnalité exceptionnelle de Mandela. Fr. X. Fauvelle-Aymar (voir sources) rappelle à ce propos: "Il faut dire (...) ce que ce tour de force doit à la personnalité et à la vision politique de Nelson Mandela, héros de la lutte des Noirs contre l'apartheid durant un quart de siècle, et qui sut acquérir dans les années 1990, auprès de ses concitoyens blancs, une popularité due en partie à sa rhétorique consensuelle et à son action volontariste dans un registre symbolique et identitaire auquel les Afrikaans étaient particulièrement sensibles [...]. De même, le "geste" politique consistant à ne pas briguer de second mandat en 1999 permit à la figure inentamée du père de la nation de conserver un prestige moral sans égal, à l'heure où les chefs d'Etat de certains pays africains avaient sans discontinuer présidé aux destinées de leur pays depuis les années 1970."
Sources:
* Hélène d'Almeida-Topor: "Naissance des Etats africains", Casterman, 1996.
* Bernard Droz: "Histoire de la décolonisation", Points, Seuil, 2009.
* L'Histoire n° 306. Fr. X. Fauvelle-Aymar: "Et l'Afrique du sud inventa l'Apartheid", février 2006.
* L'Histoire n°350, février 2010.
- Marc Michel: "Et l'indépendance vint à l'Afrique".
- Pap Ndiaye: "Senghor, le président poète".
* "Afrique, une histoire sonore" (Frémeaux et associés). Présenté et commenté par E. M'Bokolo et Ph. Sainteny.
* Le magazine Jeune Afrique qui consacre de nombreux articles aux indépendances africaines.
* L'émission archives d'Afrique sur RFI.
La bande son des indépendances africaines.
Il y a un demi-siècle, 18 colonies d'Afrique subsaharienne proclamaient leur indépendance. Cette décolonisation se caractérise par son calme apparent et sa soudaineté. En suivant un fil directeur, la musique, nous vous proposons de revenir sur les années qui mènent aux indépendances (exceptionnellement, nous abandonnons notre prisme musical pour cet article).
- La ruée vers les indépendances (1957-1960).
- Les seconde et troisième phases des décolonisations africaines (1961-1990).
- L'Afrique du sud: ultime décolonisation africaine.
- "50 ans d'indépendance africaine: "la fin des colonies."
- "Indépendances africaines 1: l'histoire légitimante".
- "Indépendances africaines 2: les forces de l'émancipation".
- La bande son des inédpendances".
- Le dossier "Samarra en Afrique".
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Nous nous proposons ici de dresser un inventaire (très lacunaire) des ressources disponibles pour mieux connaître ou découvrir les musiques africaines contemporaines, en particulier celles qui apparaissent ou se transforment lors des accessions à l'indépendance.
Dans les jeunes Etats souverains, la musique joue un rôle essentiel. Elikia M'Bokolo explique dans le livret du coffret "Africa 50 years of Music":
"la musique a toujours été partie intégrante du quotidien des Africains et (...) constitue l'élément clé des manifestations sociales: musique de cour ou musique de travail, de fête ou de veillées funèbres, musique associée à des rituels collectifs ou propre aux divers groupes d'âge et à chacun des deux sexes. Phénomène central dans la société, la musique africaine ne saurait donner lieu à une distinction entre une "musique classique" et une "musique populaire". Toutes les variétés musicales africaines sont "populaires". On peut à la rigueur opérer une distinction entre musique "traditionnelle" et musique "contemporaine" à condition de dire aussitôt que la musique traditionnelle est constamment traversée, voire refondée par des innovations et que la musique "contemporaine ne se fait pas faute de puiser abondamment dans les 'traditions'".
Pour rendre la lecture du post plus agréable, nous vous proposons une sélection musicale en 32 titres (ci-dessous ou en bas de page).
* Des livres indispensables:
- Gérald Arnaud et Henri Lecomte: "l'Afrique de toutes les musiques". L'ouvrage fait la part belle aux musiques traditionnelles et présente les instruments de musiques spécifiquement africains. Mais cette somme n'a rien d'assommante et les auteurs, fins connaisseurs de leur sujet parviennent à le rendre passionnant. Surtout, comme son titre le suggère, ce livre restitue parfaitement la richesse et la diversité des musiques du continent. Il nous transporte dans une passionnante odyssée, du Maghreb au monde mandingue en passant par l'Afrique australe.

Gérald Arnaud, par ailleurs journaliste au Nouvel Obs, vient de sortir une biographie consacrée à "Youssou N'Dour, le griot planétaire" (coll. Voix du Monde, Editions Demi-Lune).
- Franck Tenaille: "le swing du caméléon", Actes sud, 2000. L'auteur propose une galerie de portraits savoureux de quelques une des plus grandes figures de la musique africaine. Citons, parmi d'autre Joseph Kabasele, Miriam Makeba, Alpha Blondy, Zao, Fela Kuti, Thomas Mapfumo... En arrière plan, l'histoire africaine pointe nécessairement son nez puisque la musique se trouve alors au coeur des mutations sociales.
"L'épopée de la musique africaine, Rythmes d'Afrique Atlantique", ed. Hors Collection, mars 2008". Ce livre revient sur la naissance, le développement et les transformations de certaines musiques populaires d'Afrique de l'ouest. L'auteur se penche sur la genèse des nouveaux courants musicaux qui irradient le continent souvent sous l'impulsion des jeunes pouvoirs politiques (Sékou Touré en Guinée, Modibi Keita au Mali et dans une moindre mesure Senghor au Sénégal). Chaque chapitre correspond à un pays et permet de replacer l'essor des musiques urbaines dans son contexte politique et social. Une riche iconographie (en particulier de superbes pochettes de disques) complète cet ouvrage passionnant.

L'année dernière, Florent Mazzoleni a consacré une biographie à "Salif Keita, la voix du mandingue", Editions demi-lune, 2009.
* Des disques.
- Les trois compilations Golden Afrique proposent sur 2CD une sélection de morceaux présentés dans un livret copieux et bien documenté. Le premier volet retrace l'évolution musicale dans quelques pays d'Afrique de l'ouest notamment le Mali, les Guinée (Bissau et Conakry), le Sénégal, la Gambie et la Côte d'Ivoire. La rumba congolaise et ses dérivés ont l'honneur de Golden Afrique 2, tandis que le 3 est consacré aux musiques de l'Afrique australe.
A l'occasion du cinquantenaire des indépendances, trois très beaux coffrets (commercialisés à des prix accessibles) permettent de se (re)plonger dans le patrimoine musical africain, d'une extraordinaire richesse et diversité. [Le terme musique africaine n'a d'ailleurs pas grand sens (parle-t-on de musique européenne?)]
- Le coffret Free Africa (Le Son du maquis) propose sur quatre disques une sélection éclectique, mais en même temps cohérente. Les artistes les plus illustres (Miriam Makeba, Manu Dibango, Salif Keita, Cesaria Evora), côtoient des musiciens moins connus (les orchestres Super Biton du Biton du Mali ou Super Eagles de Gambie). Le coffret fait la part belle à la musique mandingue ou encore à l'éthio-jazz, au détriment de l'Afrique anglophone ou lusophone, pas totalement oubliés néanmoins (Bonga). Accompagné d'un copieux livret rédigé par Florent Mazzoleni (par ailleurs chargé de la sélection musicale), nous vous recommandons chaudement ce bel objet.
- Le coffret Afriques indépendantes (1960-2010) sorti par Frochot Music dresse un panorama des musiques d'Afrique francophone en cinq disques: Afrique engagée ("Douze chansons littéralement historiques, douze chroniques inoubliables de l'accession de l'Afrique à son indépendance."), Mali et Guinée où Sékou Touré et Modibo Keita soutiennent les musiques nationales dans le cadre de la politique d'autenthicité, le Sénégal berceau du mbalax, enfin le Congo et son irrésistible rumba qui se diffuse sur l'ensemble du continent. Contrairement à ce que laisse penser l'intitulé de la compilation, la sélection se focalise avant tout sur les années 1960, 1970.
- Encore plus copieux, le coffret "Africa 50 years of Music" composé de 18 CD est annoncé pour début juillet sur le label Discograph.
- La collection African Pearls (Syllart Productions) vaut largement le détour. Les copieux livrets (souvent rédigés par Florent Mazzoleni) offrent de nombreuses clefs politico-sociales permettant de mieux appréhender ces musiques. Le premier volet de la série "rumba on the river" s'intéresse aux très riches musiques congolaises, notamment la rumba dont Kabasela, l'OK Jazz, Tabu Ley Rochereau ou les Bantous de la capitale deviennent les représentants les plus populaires. Les deuxième et troisième volets consacrées aux musiques traditionelles de la Guinée et du Mali font la part belle aux djelis. Les volumes dédiés aux musiques sénégalaises et ivoiriennes soulignent la multiplicité des influences musicales dans la région (cubaine notamment), mais aussi l'attrait des studios d'Abidjan pour les musiciens des pays alentours.
La série se focalise désormais sur les années 1970 ("Electric Mali", "Guinée 70's: the discotheque years", "Congo 70's: Rumba rock"), période d'effervescence musicale extraordinaire pour toute l'Afrique de l'ouest. Le funk et la soul se mêlent alors aux rythmes traditionnels donnant naissance à des musiques authentiquement africaines à l'instar du mbalax sénégalais.
- "Authenticité: the syliphone years". Plongée dans le catalogue du label d'Etat Silyphone, instrument de la politique culturelle d'authenticité voulue par Sékou Touré qui entend promouvoir une nouvelle forme de musique populaire (entre tradition et modernité). Les grands orchestres nationaux et fédéraux de Guinée y brillent de mille feux.

- Analog Africa. Ce label exhume des pièces d'une grande rareté, mais toujours d'une grande qualité. Parmi les dernières sorties, citons deux très belles rééditions de morceaux de l'Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou ou encore des compilations de funk béninois. Le blog du label propose l'écoute d'extraits de nombreux morceaux, mais aussi des podcasts.
- Ethiopiques. Certes l'Ethiopie ne fut pas colonisée, hormis la courte occupation italienne (1936-1941), mais son extraordinaire patrimoine musicale ne saurait être négligé. La collection Ethiopiques (Buda records) initiée par Francis Falceto, s'y emploie depuis plus de dix ans et compte désormais près d'une trentaine de volumes. Les livrets sont d'une remarquable précision et les belles découvertes constantes.
- Le label anglais Soundway ressuscite des trèsors oubliés. les rééditions font la part belle au highlife ghanéen (collection Ghana soundz) ou encore à l'Afro-beat (collection Nigeria special).
* Musiques et indépendances africaines sur la toile.
En cette année de commémoration, la musique au temps des indépendances n'est pas oubliée sur la toile. Voici quelques liens particulièrement intéressants (n'hésitez pas à nous signaler vos trouvailles sur le sujet):
1. Un dossier passionnant sur le site de RFI.
- Indépendance et musique: la Guinée sous le signe de l'authenticité.
- Côte d'Ivoire: l'eldorado musical.
- Sénégal: influences transatlantiques.
- Mali: indispensable culture.
- Cameroun: opposition de styles.
- Ghana, Nigéria, les années dorées.
2. Le site de la médiathèque de la communauté française de Belgique propose une présentation synthétique de quelques courants musicaux africains.
3. Florent Mazzoleni: "Les années 1970 ont été un laboratoire à ciel ouvert pour les musiciens africains" (Africultures).
4. Gérald Arnaud écrit régulièrement des articles sur Africultures. Citons parmi beaucoup d'autres:
- "Indépen-danses".
- "Saga Makeba 1 et 2" (Africultures). Bel hommage à "Mama Africa".
5 Le blog d'Elisabeth Stoudmann (journaliste à Vibrations) constitue une véritable mine pour tout amateur de musique africaine.
6. Les jeunes Etats se dotent d'hymnes. Sur le sujet, voir les synthèses de Jeune Afrique: “Un pays, une musique, un hymne” et de RFI: “L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains“. Enfin, les analyses détaillées que RFI proposent de quelques hymnes: Guinée “Horoya”; Sénégal: “Pincez tous vos koras, frappez vos balafons“; Cameroun: “le chant du ralliement“.
7. Sur la galaxie des blogs, la musique africaine occupe une place de choix grâce aux soins de quelques passionnés: Matsuli, worlservice et ses podcasts.
- Voodoo funk: la crème de la musique de l'Afrique de l'ouest sur ce blog extrêmement précieux qui propose des sélections de très grande qualité.
8. Le site de l'Afrique enchantée sur France Inter dont nous vous parlions ici.

Nos sélections:
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Bande son des indépendances 1
1. Bembeya Jazz National: "Armée guinéenne". (Guinée C.)
Le Bembeya Jazz National est le groupe le plus célèbre des grandes heures de la musique guinéenne, au cours des années 1960. Sékou Touré utilise alors la musique comme une véritable arme de propagande et entend développer la politique de "l'authenticité". Ce célèbre orchestre guinéen fut particulièrement choyé par Sékou Touré qui en fit l'orchestre officiel lors des grands événements nationaux (visites de chefs d'Etats étrangers notamment). Le répertoire de la formation compte ainsi de nombreux morceaux à la gloire du chef d'Etat, de son parti (le PDG), ou encore du jeune Etat guinéen à l'instar de cette ode dédiée à l'armée nationale.
2.Orchestre de la Paillote (puis Keletigui et ses tambourinis): "Kadia blues". (Guinée C.)
La musique guinéenne s'impose rapidement comme une des plus belles et créatrice du sous-continent. La compagnie discographique d'Etat, Silyphone, diffuse de très beaux disques à l'instar de ceux de l'orchestre de la paillote devenu ensuite Keletigui et ses Tambourinis. Ce sublime instrumental met en valeur la trompette de Djigui Touré et la guitare deLenké Condé à la guitare. Créé en 1964, le groupe doit son nom à un club de danse aux toits en paille (la paillote).
3. Miriam Makeba: "Lumumba".(Afrique du Sud/Guinée C.)
La chanteuse sud-africaine lutta tout au long de sa carrière contre le régime d'apartheid et le racisme en général. Réfugiée aux Etats-Unis, son soutien aux Black-Panthers l'oblige bientôt à s'exiler de nouveau, en Guinée-Conakry. Choyée par Sékou Touré, elle devient bientôt l'ambassadrice culturel de la Guinée à l'étranger et y enregistre quelques unes de ses plus belles chansons, en particulier cet hommage à Patrice Lumumba.
4. Bonga: "Mona Ngi Xica".(Angola)
En 1972, le chanteur angolais Bonga enregistre son premier album, le magistral Angola 72, sur lequel sa voix, éraillée et chaude, donne corps à la "saudade", sorte de blues africain lancinant aux accents teintés de mélancolie comme sur le somptueux Mona Ki Ngi Xica.
5. Super Mama Djombo: "Dissan na m'bera". (Guinée Bissau)
Cet orchestre de Guinée-Bissau fut pendant les dernières années de la colonisation portugaise, l'enseigne musicale du parti Africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) mené par Amilcar Cabral. Comme en Guinée-Conakry et au Mali, une fois l'indépendance acquise, les autorités entendent s'attacher les services d'orchestres et promouvoir la musique moderne comme facteur important d'identité nationale.
Ce titre est chanté en kriol, synthèse de portugais et des langues locales, par Dulce Neves, seule femme du groupe. Il aborde de manière très critique les développements politiques après l'indépendance. L'orchestre réclame du gouvernement du respect pour ceux qui se sont battus afin d'obtenir la libération du pays. Le groupe reprend en cœur:" Laisse moi marcher de ce côté de la rue / Ne m'écrase pas avec une voiture officielle."
6. Stella Chiweshe: "Chachimurenga (future mix)".(Zimbabwe)
Stella Chiweshe, une des très rares femmes marizambira (un musicien animant les cérémonies familiales mbira, au cours desquelles les esprits des ancêtres sont appelés à s'exprimer par la bouche d'un médium, le joueur de mbira, le piano à pouce, à lames métalliques). Au cours des années 1980, elle accède à une carrière internationale qui lui permet de faire découvrir la musique shona dans le monde entier. Pour en savoir plus sur les chants de Libération de l'ancienne Rhodhésie du sud, cliquez ici.
7. Orchestra Baobab: "Jin ma jin ma".(Sénégal)
Un des orchestres phares des nuits dakaroises, particulièrement influencé par les musiques cubaines, comme ce fut souvent le cas dans la musique sénégalaise.
8. Papa Wemba. (Zaïre/RDC)
Avec son orchestre Zaïko Langa-Langa fondé en 1969, Papa Wemba bouscule les codes de l'ancienne rumba, dont le tempo s'accélère sous l'effet des guitares électriques et de la batterie. Très populaire, le chanteur à la voix puissante est aussi le "pape des sapeurs" (la Société des ambianceurs et personnes élégantes).
Bande son des indépendances 2
1. Maravillas de Mali: "Radio Mali". (Mali) Cet orchestre malien au son afro-cubain très prononcé fut justement formé à Cuba dans le cadre de laccopération culturelle avec le Mali de Modibo Keita qui opte pour le socialime une fois l'indépendance obtenue, tout en maintenant des liens importants avec la France.
2. Franco: "Café".(Zaïre/RDC)
Le principal rival du Grand Kalle (voir titre 2) reste Franco Luambo Makiadi (1938-1989), alias Franco. Ce monstre sacré de la rumba congolaise n'a que 11 ans à la mort de son père. S'entraînant sur des guitares de fortune, il devient très tôt un prodige de la guitare et attire les clients vers le stand de sa mère, vendeuse de beignets. À 17 ans, il fonde l'OK Jazz qui devint par la suite le TPOK Jazz (TP signifiant Tout Puissant). La devise de l'orchestre est "On Entre O.K. On Sort K.O.". C'est en effet sur scène, avec ses nombreux compères, qu'il donne le meilleur de lui-même. Il devient très vite l'attraction à Kinshasa et Brazzaville. Son répertoire dansant aux paroles satiriques fait mouche auprès du public. Les filles raffolent du guitariste et le surnomment bientôt "Franco de mi amor".
3. OK Jazz Mujos: "Cuento Nama". (Zaïre/RDC) Encore une des nombreuses émanations de la formation vedette de Franco. Les cuivres subliment cet enregistrement des années 1960.
4. Gnonnas Pedro: Yiri yiri boum".(Bénin)
Aussi surnommé le "baobab de la musique béninoise", Pedro popularise le style agbadja, du nom d'un tambour qu'il associe aux sonorités afro-cubaines. Sa disparition en 2004 donnera lieu à des funérailles nationales, en présence de Mathieu Kérékou.
5. Miriam Makeba: "Djiguinira".(Afrique du Sud/Guinée C.) Encore un classique enregistré par "Mama Africa" lors de ses années guinéennes.
6. Tout-Puissant Orchestre Poly-rythmo de Cotonou: "Hwe towe hun". (Bénin)
L'orchestre star du Bénin fut très largement influencé par les sonorités des pays anglophones voisins, le highlife du Ghana et l'afro-beat du Nigeria. Les musiciens associent la musique béninoise traditionnelle, notamment les rythmes qui ponctuent les cérémonies vaudoues aux musiques noires américaines (funk, rythmes afro-cubains).
7. Les Amazones de Guinée: "Samba"(Guinée C.) Cet orchestre guinéen est composé des membres de la brigade féminine de la gendarmerie de Conakry. Impossible de rester de marbre à l'écoute de ce morceau joué lors d'un concert à Paris au début des années 1980. Le groupe est toujours en activité.
8. Alpha Blondy: "Brigadier Sabari".(Côte d'Ivoire)
Le reggae jamaïcain interpelle de nombreux artistes africains notamment l'Ivoirien Alpha Blondy qui s'en sert pour transmettre ses messages. Cette chanson interprétée en daoula, pimentée de quelques mots français, évoque un passage à tabac par la police lors d'une "opération coup de poing".
Bande son des indépendances 3.
1. Les Bantous de la capitale: "Machette". (Congo Brazzaville)
Ce groupe fit les belles soirées des pistes de danse de Brazzaville grâce à sa rumba endiablée. Fondé en 1959, le groupe s'est reformé en 2004: belle longévité!
2. Franco et Sam Mangwana: "Coopération". (Zaïre / Angola)
Ces deux cadors de la musique congolaises se retrouvent en 1982 pour enregistrer ce très gros succès. Les fidèles auditeurs de l'Afrique enchantée reconnaîtront sans mal le générique de l'émission.
3. The funkees: "Abraka". (Nigeria)
Un morceau ultra funky des funkees, formation relativement obscure du Nigeria.
4. Geoffrey Oryema: "Land of Anaka". (Ouganda)
Un morceau tiré du premier album (1990) du chanteur ougandais: "Exile" (surtout célèbre pour la chanson "Ye ye ye" qui servait de générique à l'émission le "cercle de minuit").
5. N°1 de Dakar: "Yaye boye" (Sénégal)
Cet orchestre est une des nombreuses émanations du Star Band de Dakar (voir plus bas). Dirigé par Pape Seck, il regroupe de très grandes voix accompagnées par un trio d'instruments à vent.
6. Pat Thomas et Marijata: "I need more". (Ghana)
Une introduction irrésistible pour ce morceau de highlife ghanéen.
7. Fela Kuti: "No agreement Pt 2". (Nigeria)
Fela Hildegart Ransome est sans doute un des musiciens les plus influents du XXème siècle. Ce saxophoniste hors pairs naît en 1938, dans une famille bourgeoise nigériane, très engagée.
Il mélange jazz, rythm and blues aux musiques en vogue à ce moment là au Nigeria (highlife, ju-ju) au sein de son groupe, les koolas lobitos. En 1969, sa rencontre avec une militante noire des Black Panthers, Sandra Smith, l’influence considérablement. Il change le nom de son groupe qui devient Africa 70. Il chante désormais en pidgin (l’anglais du petit peuple), et plus en yoruba, afin d’accroître son auditoire, tout cela sur fond de cuivres envoûtants, de percussions hypnotiques, d’envolées de saxophone. Il donne ainsi naissance à l’Afrobeat. Enfin, il adopte un nouveau nom, celui de Fela Anikulapo (celui qui porte la mort dans sa gibecière) Kuti (qui ne peut être tué par la main de l’homme).
Dans ses chansons, il s’en prend aux militaires qui accaparent le pouvoir et imposent la dictature, mais dénonce aussi la collusion de ces derniers avec les grands groupes pétroliers étrangers, qui ont fait main basse sur l’or noir, ressource principale du Nigeria.
8. Les Ambassadeurs internationaux: "Mandjou" (Mali, Côte d'Ivoire...).
En 1973, le Malien Salif Keita quitte le Rail Band (voir ci-dessous) et intègre les Ambassadeurs du Motel (les musiciens se qualifient ainsi car ils sont de différentes nationalités). Il y rencontre le compositeur-guitariste guinéen Kanté Manfila, début d'une fructueuse collaboration.
En 1978, les Ambassadeurs (devenus Internationaux) s'installent à Abidjan, la nouvelle capitale culturelle de l'Afrique de l'Ouest, qui éclipse progressivement Conakry. Ils y enregistrent l'album Mandjou. Dans le titre éponyme, Salif loue Sékou Touré et les membres de sa famille. L'écho du morceau est énorme dans toute l'Afrique de l'Ouest.
Bande son des indépendances 4:
1. OK Jazz: "Liwa ya wech" (Zaïre / RDC). Voir ci-dessus.
2. African Jazz: "Table ronde" (Zaïre / RDC).
Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba, y introduisant également tumbas et trompettes. Jusqu'en 1963, l'ensemble établit les canons de ce style raffiné sur des paroles très romantiques. Sa musique puise dans les répertoires des danses cubaines telles que la charanga, le bolero, le cha-cha-cha, le mambo... Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. L'African Jazz attire donc très vite les nombreux talents du pays comme Nico Kasanda, alias Dr Nico, ou le grand chanteur Tabu Ley Rochereau.
Lors de la réunion de la table-ronde organisée à Bruxelles du 20 janvier au 20 février 1960, le gouvernement belge et les leaders congolais négocient les conditions d'obtention de l’indépendance du Congo belge, Patrice Lumumba prend dans ses bagages les musiciens de l’African jazz. Dans la foulée du morceau 'indépendance cha cha', Kabalese compose ce titre consacré aux pourparlers de la Table Ronde.
3. Star Band n°1 de Dakar: "Guajira Van".
Le plus connu des orchestres sénégalais voit le jour en 1960, année de l'indépendance. Il met le feu aux poudres du club Miami grâce aux instruments amplifiés et à une section de cuivre efficace. Le répertoire est composé de musiques cubaines particulièrement appréciées dans le pays: cha-cha-cha, pachanga, rumba... A partir du début des années 70, les influences locales (peulh, malinké, wolof) s'impose avec l'apport d'instruments traditionnels tels que les tambours sabar et tama.
4.Tabu Ley Rochereau: "Tabalissimo".
Autre classique congolais interprété par le rossignol congolais. Ce remarquable chanteur racontait qu'il avait dû apprendre des rudiments d'espagnol afin de pouvoir intégrer l'African Jazz de Kabasele. Dans les années cinquante, vouloir faire carrière sans maîtriser la langue des Cubains était impensable...
5. Jaliba Kouyate: "Amilcar Cabral".
Morceau plein de fièvre en hommage à Amilcar Cabral.
6. Rail Band: "Madi guindo".
H. Lee dans le livret d'une réédition en l'honneur du Rail Band revient sur l'importance du groupe: "le Rail Band, c'est bien autre chose qu'un orchestre de bal comme la période des indépendances en produisit des centaines. C'est le laboratoire où s'élaborèrent, tout au long de trois décennies, les fusions qui font aujourd'hui la musique de l'Ouest africain. Des dizaines de chanteurs et de musiciens y ont fait carrière. Tous les styles en vogue s'y sont croisés, du jazz à la pop internationale, du classique mandingue au folklore bambara, de l'afrobeat au soukouss congolais. "
On doit la formation de cette institution à Aly Diallo chef de gare et priopriétaire du buffet-hôtel de la gare de Bamako. Afin d'offrir à sa clientèle des divertissements dignes de cenom, il charge le multi-instrumentiste Tidiani Koné de former un orchestre. Il recrute un orchestre de Dar-Es-Salam, qui constitue l'ossature de la formation. C'est lui aussi qui parvient à convaincre un jeune albinos surdoué: Salif Keïta. Bien que dans une situation très difficile (il dort sur un bout de carton avec les SDF de la ville), il rechigne à intégrer le groupe. C'est que Salif est un Keïta, un membre de l'ancienne famille royale et il ne veut pas salir son nom prestigieux en chantant pour de l'argent. Mais, Tidiani parvient tout de même à convaincre Salif Keïta qui fait ses premiers assais en 1970. Très vite, il devient le chanteur le plus aimé du public malien.
Le répertoire du groupe est très varié afin de séduire tous les publics. En tout cas, Salif Keïta se spécialise dans ce que l'on appelle à l'époque le "folklore modernisé", c'est-à-dire les grands thèmes malinkés arrangés à la guitare, célébrant notamment les héros de la tradition comme Sundjata Keïta.
7. Ali Farka Touré et Toumani Diabaté: "Kala djula".
Extrait du sublime dernier album enregistré par Ali Farka Touré (il meurt quelques mois plus tard en 2006) avec Toumani Diabaté, virtuose de la kora.
8. Bonga: "Sodade".
En 1974, Bonga enregistre l'album "Angola 74" à Paris où il vient de s'installer. Il y reprend un classique, Sodade, sur un thème universel, celui du mal du pays. Ce morceau sera popularisé 20 ans plus tard par Cesaria Evora.
"Armée française allez-vous en !"

Dans sa chanson "armée française", l'Ivoirien Alpha Blondy dénonce les interventions militaires françaises à répétitions qui constituent à ses yeux autant d'atteintes à la souveraineté nationale des pays concernés.
Au cours des années soixante, les pays nouvellement indépendants d’Afrique de l'ouest doivent choisir leur camp dans le contexte de la guerre froide. Propagande et contrepropagande vont bon train. Or, selon un accord tacite avec les Etats-Unis, c'est la France qui a pour mission de tenir ce pré-carré hors de portée de l'influence communiste ou, en tout cas, d'un régime hostile aux intérêts Occidentaux.
Pour la France, son importante présence militaire en Afrique lui permet de maintenir son influence sur le continent. L'ancienne métropole n'hésite pas à y intervenir, à plus ou moins juste titre (même une fois le Mur de Berlin détruit).
Sur l'histgeobox, nous revenons sur quelques unes de ces interventions.
De la Havane à Kinshasa: on danse la rumba.
Comme nous vous le disions il y a peu sur Samarra, si les Barbudos cubains ne sont pas parvenus à exporter leur révolution en Afrique, il en va tout autrement des rythmes et musiques de l'île.Une vogue afrocubaine exceptionnelle s’empare de toute l’Afrique subsaharienne, avant même les indépendances.
Orquestra Aragon.
* Une influence culturelle majeure.
La musique cubaine notamment, amenée par les marins de passage, bénéficie d’un engouement extraordianire. Les boîtes de nuit dans les villes portuaires accueillent les marins et donc les musiques cubaines. Certains groupes cubains deviennent d'ailleurs particulièrement populaires en Afrique à l'instar de l'Orquestra Aragon (adepte des charangas, cha cha cha) , la doyenne des formations cubaines qui vient de souffler ses soixante-dix bougies... En 1959, le groupe monte sans hésiter dans le train de la révolution castriste et devient même l'ambassadeur de la musique cubaine à l'étranger. A partir de 1971, le groupe mène plusieurs tournées en Afrique où l'Aragon a acquis une immense popularité. Rafael Lay Jr explique: "ces voyages étaient en outre financés par notre gouvernement, c'était une façon de poursuivre l'aventure africaine du Che." Le groupe créé d'ailleurs une rythme inspiré de ses expériences en Afrique de l'ouest, le chalonda.
Dans l'autre sens, des étudiants africains se rendent à Cuba pour étudier et enregistrer (voir ci-dessous le cas des Maravilhas de Mali).
Cha cha cha, merengue, pachanga deviennent extrêmement populaires en Afrique et inspirent à leur tour les chanteurs et musiciens locaux. Ceci vaut particulièrement pour le Congo où la rumba congolaise s’impose très vite (les Congolais empruntent notamment aux Cubains, le jeu des claves). Ailleurs, des groupes tels que le Bembeya Jazz national en Guinée, l’orchestre Baobab au Sénégal, les Maravilhas de Mali mettent les musiques cubaines à l’honneur, reprenant de nombreux standards dans leur répertoire où en introduisant des cuivres et rythmes typiquement cubains dans leur musique.
Au fond, cette influence musicale cubaine en Afrique est un juste retour des choses, dans la mesure où la rumba cubaine est un mélange de musiques latino-américaine et de rythmes importés par des esclaves d'Afrique centrale au milieu du XIXème siècle. Toutefois, ne nous y trompons pas, si les Congolais se réapproprient cette musique enivrante, ils y ajoutent leur touche personnelle: une polyphonie de guitare, qui remplace le piano adopté par les Cubains.
Dans son livre "Afrique noire, histoire et civilisations", E. M'Bokolo revient sur la genèse de la rumba congolaise. Cette danse est adoptée dès les années 1930 par les Congo bars, des lieux de sociabilité masculine, fondés sur des relations de travail et de voisinage. "Le développement de la rumba correspond à un besoin d'autonomie, sinon à une volonté de résistance, à l'égard des pouvoirs coloniaux, dont la politique consista (...) à contrôler les loisirs des Noirs." "Son développement accéléré après 1940 serait dû à la conjonction de plusieurs facteurs: l'existence de puissants moyens de diffusion, en particulier Radio-Brazzaville, l'ancienne station de la France Libre; l'émulation entre les grands centres urbains, en particulier entre Kinshasa et Brazaville; le mariage heureux entre les artistes congolais et "les pauvres blancs" de Léopoldville." En effet, les immigrants grecs ou chypriotes qui contrôlent alors une partie du commerce de détail fondent les premières maisons d'édition de disques d'Afrique noire. Une industrie musicale unique en Afrique voit le jour et assure le triomphe de créateurs exceptionnels tels que l'African Jazz de Joseph Kabasele, l'O.K. Jazz avec Franco Luando Makiadi ou encore l'orchestre des Bantous de la capitale.
Dès le début des années 1970, la rumba congolaise commence à perdre du terrain au profit de nouveaux foyers musicaux.
Nous vous proposons ci-dessous, une sélection de quelques morceaux de cette salsa/rumba africaine, où l'influence cubaine est toujours décelable.
Le Bembeya Jazz national.
1. Bembeya Jazz National: "Sabor de guajira"(1968). Le Bembeya est une formation guinéenne très connue qui prit s'en essor dans le cadre de la politique d'authenticité développée par Sékou Touré en Guinée au lendemain de l'indépendance. Touré tourne le dos à l'ancienne métropole (la France). La Guinée se réclame alors du marxisme-léninisme et les accords de coopérations sont nombreux. La musique du Bembeya, synthèse parfaite des styles afro-cubain et mandingue, se veut aussi un puzzle de toutes les traditions guinéennes.
2. Maravillas de Mali: "Lumumba". Le Mali devient indépendant en 1960. Le nouveau leader du pays, Modibo Keïta opte pour le socialisme (adapté aux réalités africaines) tout en défendant l'idée du non-alignement. L'économie est rapidement socialisée, tandis quil multiplie les accords de coopération technique, culturel. Le souvenir de Lumumba est ici chanté par les Maravillas de Mali, un orchestre malien formé à Cuba.
3. Orchestra Baoba: "El carretero". Cette formation sénégalaise star reprend ici un classique cubain (écrit par le merveilleux Guillermo Portabales et popularisé par le Buena Vista Social Club).
4. Gnonnas Pedro: "Yiri yiri boum". Le Bénin de Mathieu Kérékou se réclame là encore du marxisme léninisme, toutefois les mauvaises langues parlent plus volontiers de "laxisme-béninisme". Le pouvoir en place accordent une grandes importances aux formation musicales du pays. Certaines d'entre elles jouissent d'ailleurs d'une très grande popularité (notamment l'Orchestre Poly-rithmo de Cotonou qui parvint pendant un temps à concurrencer sérieusement Fela. Nous vous en reparlons très bientôt). Gnonnas Pedro est aussi le leader d'un de ces groupes clefs du funk béninois.

Africando.
5. Africando: "Yay boy". Ce groupe d'afro-salsa ne cesse de mettre en valeur les liens entre les rythmes d'Afrique et ceux de Cuba. La formation fut créée en 1992 par deux cadors de la musique d'Afrique de l'ouest: le producteur sénégalais Ibrahim Sylla et le flûtiste malien Boncana Maïga, membre fondateur des Maravhilas de Mali, formé au conservatoire de la Havane de 1963 à 1973.
6. African Jazz: "indépendance cha cha". Joseph Kabasele, connu sous le pseudo de Grand Kalle, fonde en 1953 l'orchestre African Jazz avec lequel il révolutionne la musique congolaise, en électrifiant la rumba nationale, y introduisant également tubas et trompettes. Jusqu'en 1963 Grand Kallé et l'African Jazz figurent parmi les artistes les plus populaires d'Afrique. Nous avons déjà présenté ce morceau, véritable hymne des indépendances africaines, sur l'histgeobox.
7. Franco: "Tcha tcha tcha de mi amor". Grand rival de Kabasele, Franco reste sans conteste le plus populaire des chanteurs congolais.
8. Tabu Ley et l'African fiesta: "Guantanamera". Autre classique cubain interprété par le rossignol congolais. Ce remarquable chanteur racontait qu'il avait dû apprendre des rudiments d'espagnol afin de pouvoir intégrer l'African Jazz de Kabasele. Dans les années cinquante, vouloir faire carrière sans maîtriser la langue des Cubains était impensable.
Sources:
- E. M'Bokolo: "Afrique noire, histoire et civilisations, .
- Mondomix n°36 avec un article consacré aux 70 ans de l'Orchestra Aragon.
- Florent Mazzoleni: "Les musiques africaines".
- L'Afrique enchantée: émission Africuba.
Ecouter:
* Deux des huit titres précédents sont issus de deux très belles compilations consacrées à l'influence cubaine dans la musique africaine.
- "Congo to Cuba", du label américain Putumayo (2002).

-" De Dakar à Cuba, on danse la rumba", du label français Cantos (2005) avec entre autres: Franco, Tabu Ley Rochereau, Orchestra Baobab, Bembeya Jazz, Grand Kalle, Gnonnas Pedro... (voir le détail ici).Ne sachant trop comment intituler cet article, je me suis inspiré de ce disque.

Sources:
- Mondomix n°35, juillet-août 2009.
- F. Mazzoleni:"l'épopée de la musique africaine", Hors collection, 2008.
- E. M'Bokolo:"Afrique noire, histoire et civilisation", Hatier, 2008.
- Deux émissions de l'Afrique enchantée: Africuba et Cubafrica.
Liens:
- "Quand les Cubains tentaient d'exporter la révolution en Afrique". Le premier épisode de l'influence cubaine en Afrique.
- "Che Guevara est lui aussi Africain".
- Afrisson: "la salsa africaine" avec une petite discographie savoureuse.
- Article de RFI sur la rumba congolaise.
Quand les Cubains tentaient d'exporter la Révolution en Afrique.

Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto (Photos : D.R. / Arte).

Le Che entend mener une guerre de guérilla similaire à celle qui a permis la prise de pouvoir en 1959. Il souhaite mettre sur pied dans les points chauds du tiers-monde des armées populaires afin de multiplier les fronts pour combattre l'impérialisme yankee, afin de "créer deux, trois, plusieurs Vietnam" .
* Le Che en Afrique et l’échec congolais.

Le Che, ambassadeur de la révolution cubaine à l’étranger, part pour une tournée africaine. Il parcourt une douzaine de pays entre décembre 1964 et février 1965. Il se rend surtout dans les pays considérés comme révolutionnaires: le Ghana de NKrumah, l'Algérie de Ben Bella, la Guinée de Sékou Touré, le Congo Brazzaville de Massemba-Débat, l'Egypte de Nasser, le Mali de Modibo Keita... Il entend prendre contact avec tous les dirigeants nationalistes qui se battent encore pour obtenir leur indépendance et aussi avec les nouveaux régimes socialistes du continent.

Affiche rassemblants le dirigeant cubain, Fidel Castro et le président angolais Agostinho Neto après la célébration de l'indépendance de l'Angola, en 1975.
* Pourquoi la République du Congo (ex-Congo belge)?
En novembre 1964, Joseph-Désiré Mobutu, commandant de l'armée, a fomenté un coup d'Etat en République du Congo. Il impose aussitôt sa dictature, avec l'accord tacite des puissances occidentales, dont les entreprises convoitent les riches sous-sol congolais.
Le Che alias "commandant Ramon" alias "Tatu".
Le Congo intéresse depuis longtemps les Cubains. Le premier ministre, Patrice Lumumba avait fustigé l'attitude de l'ancienne métropole lors de la cérémonie d'indépendance (1960). Ses critiques lui aliénèrent sans doute d'autres dirigeants d'Europe de l'ouest. Très vite, Lumumba se trouve dans une situation très difficile et se voit contraint de réclamer l'aide internationale face à la sécession katangaise (la riche province minière du pays) qui menaçait l'unité du pays. Les puissances occidentales font la sourde oreille, à la différence des Soviétiques. Mais il est trop tard pour lui... Il est finalement trahi par son ancien secrétaire, le général Mobutu, qui est devenu l'homme fort du pays depuis qu'il contrôle la capitale. Traqué par les hommes de Mobutu, les services secrets belges, les agents de la CIA, Lumumba est arrêté le 3 décembre 1960 et transféré au Katanga, aux mains de son pire ennemi, M. Tshombé. Le 17 janvier 1961, il est assassiné.. Des liens ont en tout cas été tissés entre le Congolais et les dirigeants Cubains. Ces derniers décrètent d'ailleurs trois jours de deuil national à la suite de l'assassinat de Lumumba.
D’après les informations recueillies par le Che lors de son premier voyage, c’est là que le mouvement révolutionnaire serait le plus avancé, proche de remporter la victoire.

Le Che et ses barbudos au Congo.
Après avoir traversés le lac Tanganyika depuis la Tanzanie, Le Che, et les quelques barbudos qui l’accompagnent, déchantent vite. Les rebelles ont perdu du terrain face aux troupes gouvernementales. Le mouvement s’avère particulièrement divisé, si bien que les hommes passent plus temps à se quereller qu’à lutter contre l’adversaire. Le chef de zone Laurent-Désiré Kabila ne bouge guère de la Tanzanie voisine. Surtout, les malentendus culturels qui séparent guérilleros cubains et soldats congolais révoltés, transforment l’expédition en un véritable fiasco. Les Cubains rentrent au pays, dépités.
Si le Che et Castro avaient retenus le Congo c'est aussi parce qu'il se trouvait au centre du continent et pouvait donc constituer une extraordinaire base arrière pour aider à l’émancipation de l’Angola voisin, mais aussi de l’Afrique du sud où le régime de l’apartheid semble encore très solide. Intéressons-nous désormais à ces deux points chauds.
* Le soutien à l'ANC en Afrique du sud.
Pour son premier voyage hors d'Afrique du sud depuis sa libération (février 1989), Nelson Mandela se rend à Cuba (en juillet 1991). Cela ne doit rien au hasard. S'adressant à Fidel Castro, il lance: « Avant toute chose, vous devez me dire quand vous viendrez en Afrique du Sud. Nous avons reçu la visite de tas de gens. Et vous, qui nous avez aidés à entraîner nos combattants, qui avez financé notre lutte pour qu’elle puisse continuer, qui avez formé nos médecins, etc., vous n’êtes jamais venu chez nous .» En effet, Castro soutient les différentes organisations africaines en lutte contre le régime de l'apartheid qui continue de sévir avec virulence en Afrique du Sud Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe).
* La guerre d’Angola.
- Amilcar Cabral, puis Luis Cabral, fondateurs du «Partido Africano da Independencia da Guiné e Cabo Verde» (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert ou PAIGC);
- Agostinho Neto, le chef du mouvement populaire de libération de l’Angola aux prises avec la métropole portugaise.

En Angola où la guerre de libération dure depuis les années soixante. Cuba envoie à Agostinho Neto, dès le milieu des années 1960, une division entière. Mais à la veille de la « révolution des Œillets », qui met fin à la dictature salazariste, en 1974, le MPLA n'a pas remporté de succès militaires significatifs.
La révolution des œillets (1974) précipite en tout cas les choses. Le nouveau régime qui s'impose au Portugal accorde l’indépendance à toutes ses colonies. La guerre est pourtant loin d'être finie...
Trois mouvements s’opposent désormais:
- le MPLA d’Agostinho Neto, résolument dans le camp socialiste,
- le FNLA de Holden Roberto et
- l’UNITA menée par Jonas Sawimbi, un dissident du FNLA.
Chacun des blocs lorgne sur ce pays riche en ressources pétrolières et diamantifères. Les Etats-Unis arment et financent les deux mouvements qui se battent contre le MPLA. Le gouvernement sud-africain, qui a fait de la Namibie voisine une province, a peur de la contagion socialiste. Aussi, en accord avec les Américains, ils entrent directement dans le conflit aux côtés de l’UNITA.

Le MPLA l'emporte finalement grâce à l'appui décisif de près de 35 000 soldats cubains envoyés par Castro. C'est donc épaulé par les troupes cubaines, armées par Moscou, que Neto parvient à conserver le contrôle de la capitale Luanda. Il proclame l’indépendance le 11 novembre 1975. La guerre, malheureusement, ne fait que débuter. L’UNITA et le FNLA continuent de combattre et le conflit reste un des plus meurtriers qu’est connue l’Afrique au XXème siècle. Les Cubains poursuivent l’envoi de soldats ( On estime que près de 350 000 Cubains ont combattu en Angola durant toute la durée de la guerre). L'élection de Reagan en 1980 consitue un tournant important. Celui-ci débloque des fonds substantiels qui permettent à l'UNITA de Sawimbi de reprendre l'avantage. Lors de la bataille de Cuito Canavale, en 1987, ses troupes écrasent la coalition angolo-cubaine. C'est l'impasse. Il faut dialoguer.
En juillet 1988, un accord en 14 points est enfin trouvé entre l’Afrique du sud, le MPLA et Cuba. L’Afrique du sud promet de renoncer à la Namibie (des élections doivent être organisées sous le contrôle des Nations Unies), tandis que Cuba s’engage à retirer son contingent d’Angola. En décembre 1988, le protocole d’accord est ratifié. Il aboutit à l’indépendance de la Namibie et contribue à desserrer l’étau de l’apartheid en Afrique du sud. Six mois après, tous les militaires cubains ont quitté l’Afrique. Avec la chute du mur, en novembre 1989, Cuba n’a de toute façon plus les moyens d’exporter cette révolution en Afrique.

Que reste-t-il de l'engagement internationaliste cubain en Afrique? Sur le plan politique, à peu près rien, en revanche, Castro continue à envoyer des médecins. C'est finalement sur le plan culturel que les legs semblent les plus solides, particulièrement dans le domaine musical. Nous vous le prouvons dans la suite de cet article: "de la Havane à Kinshasa, on danse la rumba".
Pour aller plus loin. * Un documentaire passionnant de Jihan El Tahri: "Cuba, une odyssée africaine". éditeur : ARTE / Temps noir Big Sister / ITVS / BBC
Documentaire
Un documentaire passionnant, en deux parties, qui revient sur l'engagement des Cubains en Afrique.
* un livre.

* Ernesto Guevara Passages de la guerre révolutionnaire : le Congo
Métailié (2000)
Le journal du Che durant son expédition au Congo en 1965. Il y raconte l'échec de l'intervention internationaliste. Il livre une analyse sévère et on se rend compte à le lire à quel point il était peu préparé aux réalités congolaises.
Extraits: "« Ceci est l’histoire d’un échec. […] Pour être plus précis, ceci est l’histoire d’une décomposition. Lorsque nous sommes arrivés sur le territoire congolais, la Révolution était dans une période de récession ; ensuite sont survenus des épisodes qui allaient entraîner sa régression définitive ; pour le moment, du moins, et sur cette scène de l’immense terrain de lutte qu’est le Congo. Le plus intéressant ici n’est pas l’histoire de la décomposition de la Révolution congolaise […], mais le processus de décomposition de notre moral de combattants, car l’expérience dont nous avons été les pionniers ne doit pas être perdue pour les autres et l’initiative de l’Armée prolétaire internationale ne doit pas succomber au premier échec. »".
Sources:
- Article du magasine Jeune Afrique intitulé: "Le rêve africain de Castro".
- Le dossier qu'Arte consacre au documentaire "Cuba une odyssée africaine".
- L'émission l'Afrique enchantée (sur France inter) du 18 janvier 2009: "Cubafrica".
Liens:
Sur Samarra:
- L'histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise du pouvoir de Mobutu.
- Histoire du Congo en musique 2 : Hommages à Patrice Lumumba.
- Histoire du Congo en musique 3 : La dictature de Mobutu, son culte de la personnalité et la propagande (notamment musicale) au Zaïre.
- Le dossier que Samarra consacre à l'Afrique
Sur l'histgeobox, plusieurs titres permettent d'évoquer:
- le Congo de Lumumba, puis de Mobutu: indépendance Cha cha de Joseph Kabasele.
- Lord Brynner: "Congo war", en particulier sur le coup d'état de Mobutu, l'élimination de Lumumba et la guerre du Katanga.
- Baloji: "ceci ne vous rendra pas le Congo". L'histoire récente du Zaïre, puis de nouveau Congo.
- Bobby Kalphat: "South West of Rhodesia". Les derniers moments de la Rhodésie du Sud et son régime d'apartheid (où l'on croise Mugabe, futur dirigeant-dictateur du Zimbabwe).
- Orchestra Baobab: "Cabral". Hommage au héros de la libération de la Guinée-Bissau.
- E.T. Mensah: "Kwame NKrumah". Sur une autre des grandes figures de "l'Afrique rouge".
* Ailleurs sur la toile:
- "Che Guevara est lui aussi Africain".
Histoire du Congo en musique 3 : les années Mobutu.
* Mobutu Sese Seko organise son coup d'Etat militaire, le 24 novembre 1965, renversant le président Joseph Kasavubu. Il détient désormais seul le pouvoir. Il impose progressivement sa dictature. C'est le début du "règne du Maréchal" (dont nous parle Etienne Augris sur L'Histgeobox). Cette dictature repose sur l'autorité incontestée du chef qui s'appuie sur un parti unique ( le mouvement populaire de la révolution). Evidemment, les libertés essentielles sont bafouées, notamment la liberté d'expression. L'embrigadement de la population se fait par l'intermédiaire du MOPAP (mobilisation, propagande et animation politique) ou par la surveillance des Congolais.
Mobutu engage le pays dans la voie de la Zaïrianisation qu'il présente comme une révolution culturelle. Il entend débarasser le Congo des stigmates de la colonisation. Le pays prend ainsi le nom de Zaïre. Les toponymes d'origine coloniale sont supprimés. Ainsi Léopoldville devient Kinshasa. Lui même abandonne son nom de naissance, Joseph Désiré Mobutu, et se fait appeler Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga ("le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l'arrêter"). Les costumes à l'occidental (« abacost » - contraction de « à bas le costume ») sont bannis au profit de tenues traditionnelles africaines ou de vestes à col Mao. Le franc congolais est remplacé par le zaïre (le zaïre vaut alors deux dollars!!).
* Mobutu place la musique au coeur de sa politique d'authenticité.
Mobutu est en effet un grand amateur de musique et il admire profondément les intéprètes de la rumba congolaise. Il comprend très vite que la musique peut constituer un excellent outil de propagande politique (à l'instar de la Guinée de Touré ou le Ghana de NKrumah). Ainsi, il protège les artistes et les financent. Ces derniers chantent alors les louanges du chef suprême lors des cérémonies officielles et des déplacements du dictateur dans tout le pays. On vante les mérites du "rédempteur", du "guide", du "pacificateur", du "bâtisseur", du "créateur", du timonier", du "pharaon moderne", du "guide clairvoyant". Les slogans du parti unique se retrouvent dans les chansons. La Mopap (l'organisation chargée de la propagande) met en valeur tous les thuriféraires du régime via la radio (Voix du Zaïre) et la télévision nationale. Ainsi, beaucoup de chanteurs et musiciens se mettent au pas. Il faut dire à leur décharge que les dix premières années de règne de Mobutu se caractérisent par une forte croissance économique, qui tend à masquer l'absence de libertés.
Thomas Callaghy (1987) présente quatre méthodes qui furent utilisées par l’État zaïrois pour mobiliser et maintenir le soutien au régime :
- les monuments et les affiches,
-les marches politiques,
- les réunions de masse,
- l’animation politique.
Les dimensions culturelles de la politique du retour à l'authenticité sont bien décrites par Graeme Ewens, dans sa biographie de Franco: "Congo Colossus: the life and legacy of Franco & OK Jazz".
" Beaucoup d'analystes pensent que cette politique d'authenticité prônée par Mobutu, servit à faire diversion en flattant l'ego nationaliste des zaïrois, pendant que ses dignitaires et lui se remplissaient les poches (on estima sa fortune personnelle à près de 5 milliards de dollars).
Mais, paradoxalement, l'authenticité eut un certain bénéfice sur le plan culturel et plus particulièrement dans la musique Zaïroise. Les musiciens Zaïrois se re-approprièrent définitivement la rumba, venu de cuba, en lui adjoignant le phrasé, l'esthétique local et cette touche inimitable, qui la distingue indiscutablement."

Les musiciens congolais doivent composer avec le nouveau pouvoir. Les ténors de la rumba congolaises adoptent des attitudes très contrastées. Joseph Kabasele, intime de Lumumba, se fait progressivement marginalisé au sein de sa formation l'African Jazz au profit de Tabu Ley Rochereau. Wendo Kolosoy, un des fondateurs de la rumba congolaise avec son tube Marie-Louise en 1948, se retire de la scène musicale congolaise pendant tout le règne de Mobutu. Il faut dire que Kolosoy était, lui aussi, un ami de Lumumba.
Pochette du disque candidat na Biso Mobutu de Franco Luambo Makiadi et l'OK Jazz, en 1984. Cliquez sur l'image pour l'agrandir, vous y verrez la prose grossière d'un membre de la MOPAP (Mouvement, Propagande et Animation Politique), l'organisme de propagande zaïrois.
Quand Mobutu prend les rênes du Zaïre en 1965, Franco Luambo Makiadi, le leader du très populaire OK Jazz, révise son penchant pour Lumumba. Sa carrière s'épanouit dès lors dans la proximité du pouvoir. En cette période du parti unique, Luambo devient le musicien repère des grandes nuits présidentielles où pavane tout le gotha politique et mondain du pays. Il amasse sans coup férir biens matériels et gloire spirituelle. L'ex-Président de la République, le maréchal Mobutu, l'élève au rang de Grand Maître de la musique zaïroise. Il donne à son ensemble musical le cachet d'une entreprise au faîte de sa renommée. L'OK Jazz est devenu le Tout Puissant OK Jazz. "Le retour à l'authenticité" fut un grand tournant dans la carrière du géant Franco Luambo Makiadi: les mélodies courtes et accrocheuses qu'il privilégiait jusqu'alors, cédent la place à des compositions plus longues, plus baroques, plus moralisantes et plus ancrées dans la peinture de la société zaïroise.

Pochette arrière d'un disque de Franco sorti en pleine période de l'authenticité culturelle. On peut y constater que le chanteur accepte de se fondre dans le moule mobutiste, reprenant à son compte les slogans du régime: "Et voilà que Luambo Makiadi (Franco), guitariste auteur compositeur émérite et griot populaire, nous présente aujourd'hui un 30 cm qui couvre les dix années de notre révolution zaïroise authentique: dix années de révolution, dix années de dur labeur, dix années victorieuses..." En 1984, il va plus loin en interprétant le titre candidat na biso Mobutu en pleine campagne électorale. Certes, les enjeux sont limités, dans la mesure où seul le parti unique, celui de Mobutu, participe à ces "élections", il n'empêche que l'on y entend Franco chanter: "le candidat pour nous / C'est Mobutu/ Mobutu tu es un envoyé du ciel / Ouvrez l'oeil, vous les membres du comité central / car les sorciers n'ont pas abandonné la lutte / quand vous retiendrez la candidature de Mobutu / regardez-vous dans le blanc des yeux / Mobutu sache qu'il y a encore plein de sorciers dans la famille".

Musicalement, Franco mêle toujours avec bonheur chachacha, biguine pour créer sa rumba. Surtout, il ne faut pas oublier que la marge des manoeuvres des artistes reste limitée dans une dictature. Par ailleurs, Franco, auteur de près de 150 albums, ne saurait être réduit à un vulgaire thuriféraire de Mobutu. Dans de nombreux morceaux de la période dictatoriale, Franco dresse un tableau peu flatteur de la société zaïroise, et indirectement de son guide. Les relations entre Franco et Mobutu sont d'ailleurs souvent orageuses. Le chanteur se fait arrêter et conduire en prison en 1977-78. Le pouvoir lui reproche d'avoir chanté trois chansons "immorales". Le sorcier de la guitare est néanmoins élevé au rang de commandant de l'ordre du Léopard, l'animal fétiche de Mobutu. L'immense popularité du chanteur le protège et le maréchal décrète trois jours de deuil national à la mort du chanteur!!

D'autre part, Mobutu sait manier avec parcimonie la censure. Au bout du compte, les chanteurs connaissent les lignes à ne pas franchir, quitte à s'autocensurer. Un chanteur comme Tabu Ley Rochereau connu pour ses sympathies lumumbiste, ne sera jamais inquiété par le pouvoir. Mieux, Franco consacre une chanson à Lumumba lorsque celui-ci sera élevé au rang de héros national (1966) par Mobutu, pourtant à l'origine de son exécution! Il est vrai que l'on peut y voir aussi un bel exemple de la duplicité et du cynisme du dictateur.
Sources:
- Le livret rédigé par Graeme Ewens pour la compilation Golden Afrique vol. 2 consacrée aux musiques congolaises (RDC et Congo Brazzaville).
- L'émission l'Afrique enchantée (France inter) du 10 août 2006 consacrée aux "louanges du pouvoir".
- Florent Mazzoleni: "l'épopée de la musique africaine", Hors Collection, 2008.
- Le formidable blog world service, notamment l'article our candidate.
Liens:
* Les deux premiers volets de la série sur L'Histoire du Congo en musique:
- Histoire du Congo en musique 1: de l'indépendance à la prise de pouvoir de Mobutu.
- Histoire du Congo en musique 2: hommages musicaux à Patrice Lumumba.
* Kinshasa 1974: Ali vs Foreman.
* L'histoire du Congo en chansons (sur L'Histgeobox):
Voici, à travers quatres titres, l'histoire contemporaine du Congo-Kinshasa depuis la colonisation.
Ce morceau, composé lors de l'indépendance du Congo, devint un hymne dans tous les pays africains nouvellement indépendants.
Une superbe chanson qui permet d'aborder la déforestation en Afrique centrale, mais aussi l'assassinat de Patrice Lumumba.
* 124. Lord Brynner:"Congo war". (1966)Les difficultés du Congo juste après l'indépendance, entre guerre froide et tendances sécessionnistes. Un ska pour comprendre le rôle de Tschombé, Kasavubu, Lumumba et Mobutu.
* 136. Baloji : "Tout ceci ne vous rendra pas le Congo"
L'histoire récente du Congo, devenu Zaïre sous Mobutu, puis redevenu le Congo.
Annexes:
- Titre de Franco et l'OK Jazz qui chante les mérites du candidat Mobutu lors des élections (sic) de 1984.
Kinshasa 1974: Mohammed Ali vs George Foreman.

Affiche du combat.
On doit la tenue de ce match exceptionnel, à Kinshasa, en 1974, au fantasque Don King, un jeune promoteur sorti de prison trois années auparavant. Il parvient à réunir la somme fabuleuse de 10 millions de dollars nécessaires à l'organisation de l'événement. L'affiche proposée fait saliver tous les amateurs de boxe puisqu'elle oppose George Foreman, le champion du monde poids lourd, alors invaincu, à Mohammed Ali, le plus médiatique des boxeurs, qui tente de revenir au plus haut niveau, après deux échecs.
Le choix de la capitale zaïroise comme théâtre du combat ne manque pas de surprendre les observateurs. Il revêt en tout cas une forte symbolique et politique. Nous sommes alors en pleine période d'affirmation du Tiers-Monde. Par ailleurs, ce déplacement en Afrique ne peut que séduire un champion comme Ali, attaché aux valeurs panafricaines.
Muhammad Ali débarque le 11 septembre à Kinshasa. Il y bénéficie d'une extraordinaire popularité et les jeunes Kinois prennent d'emblée fait et cause pour lui.
Cet accueil enthousiaste constitue un choc et une révélation pour Ali qui lance : "Je suis ici chez moi ". Invité par Mobutu, il poursuit : "Mr le président, je suis citoyen américain depuis 32 ans, et je n’ai jamais été invité à la Maison Blanche, soyez assuré de l’honneur d’être convié à la Maison Noire".

George Foreman et son chien loup (BE059352| Standard RM|
L'accueil des Zaïrois ne semble pas de trop pour le boxeur dont tous les spécialistes annoncent la déroute. Foreman a écrasé deux des précédents vainqueurs d'Ali (Frazier et Norton qu'ils terrasse en moins de cinq minutes alors qu'il avait fallu 24 rounds à Ali pour en venir à bout!). A 25 ans, ce colosse semble invincible. Au contraire, Ali paraît sur le déclin, son dernier titre de champion remonte à 7 ans, face à Sonni Liston. Il tente bien de se rassurer en multipliant les déclarations fracassantes: " Foreman est lent et ses pieds sont plats. Tout le monde croit qu’il va m’anéantir ! Vous n’avez pas retenu la leçon face à Liston ? Je vais quitter la boxe comme j’y suis entré : avec fracas, en détrônant un monstre invincible ! Vous qui croyez que Foreman va me punir ! Je vais démontrer pourquoi votre George ne peut pas me battre. Ce combat ne sera pas seulement le plus grand événement de la boxe : il sera le plus grand événement de l’histoire : le plus important cataclysme jamais vu et pour ceux qui ignorent tout de la boxe : le plus grand des miracles !". Dans son for intérieur, il semble pourtant terrifié.

Seulement voilà, la préparation de Foreman est profondément bouleversée par une blessure à l’arcade. Le combat risque même de ne pas avoir lieu. Ali a beau jeu d'affirmer que son adversaire se dégonfle. Finalement, l'affrontement sera repoussé de cinq semaines (les deux champions s'engagent également à rester sur place dans l'intervalle), le temps pour Foreman de se démoraliser dans un environnement qui lui est hostile. D'une part, il redoute la chaleur et l'humidité du climat zaïrois. D'autre part, il ne comprend pas l'hostilité de la population à son égard: "Je suis deux fois plus noir qu’Ali, et pourtant les gens ici ne m’acclament pas !" Ce désamour a plusieurs origines. D'abord, il ne peut rivaliser avec le "frère d'Amérique". Ali dispose en effet d'une côte de popularité inouïe et sa vivacité tranche avec le côté "nournours placide" de Foreman. Ensuite, son arrivée sur le tarmac de l'aéroport avec un berger allemand rappelle de très mauvais souvenirs aux Zaïrois. Les autorités coloniales belges utilisaient en effet ces chiens pour réprimer.

Acculé dans les cordes, Ali encaisse les frappes très lourdes de Foreman pendant les premiers rounds du combat.
Quoi qu'il en soit, le 30 octobre 1974 à 3 heures du matin (cet horaire permettait la retransmission à une heure de grande écoute aux Etats-Unis), les deux hommes entrent sur le ring. Dès son entrée dans le stade, Foreman comprend qu'il aura fort à faire face à un adversaire porté par 80 000 spectateurs qui chantent "Ali, Buma Yé !" (Ali, tue le !). Une fois que le gong retentit, Foreman se lance dans la bataille et prend incontestablement le dessus sur son adversaire qu'il parvient à acculer dans les cordes. Ali ne pourra donc pas "danser, voltiger" comme il s'y attendait. Il encaisse et encaisse les violentes frappent de Foreman dans le ventre. Son endurance et sa résistance sont d'autant plus remarquables que les observateurs avaient été impressionnés par la marque des poings de Foreman sur le punching ball lors de l'entraînement. Si Ali a du mal à masquer sa douleur, il tient bon. Le long travail de sape psychologique de son adversaire se poursuit puisqu'Ali ne cesse de le provoquer et de l'insulter lors des corps à corps: "C’est ton meilleur coup Georges ? Tu n’as que cela à m’offrir ? Tu es une fillette !".

Ali multiplie les provocations et ne cesse d'insulter Foreman, avant et durant le combat.
Foreman continue à cogner, mais il ne parvient pas à faire chuter Ali. Le combat se prolonge inhabituellement pour le Texan. Pour la première fois, un adversaire dépasse le quatrième round. Ses assauts semblent de plus en plus mal coordonnés et perdent en puissance. La moiteur de la nuit kinoise n'arrange rien. Au fond, il s'épuise sans succès. Il perd en lucidité et relâche sa défense, ce qui ne pardonne pas face à la "guêpe" Ali. Au cours du 8ème round, une droite fulgurante envoie le champion du monde au tapis. Sonné, il ne peut reprendre le combat. La foule exulte. Ali remporte ainsi son pari fou et se replace au sommet de la boxe mondiale.

Ali avec le dictateur zaïrois, Mobutu.
Foreman mettra de nombreuses années avant de se remettre de cette défaite. Il reste incrédule face à la défense d'Ali: "J’ai livré les coups les plus puissants de ma vie. Ils auraient mis le monde entier KO". Il abandonnera même la boxe plusieurs années, avant de récupérer son titre à 46 ans, plus de vingt ans après le combat de Kinshasa. Aujourd'hui, George Foreman jouit d'une belle popularité et il a réussi sa reconversion (qui ne connait pas les fabuleux grills George Foreman?). Il mérite beaucoup mieux que l'image de colosse un brin limité qui lui a longtemps collé à la peau.
Ali, quant à lui, tient sa revanche et le fait savoir dès la sortie du ring: "Rampez connards de journalistes, je vous avais dit que ce type n’était rien ! Ne me donnez jamais plus perdant jusqu’à mes 50 ans..."
Les organisateurs peuvent se frotter les mains. Ce match est un immense succès. PDes millions de téléspectateurs ont regardé la rencontre. Don King réussit son coup de poker et s'installe aux commandes du boxing business. Mobutu, l'hôte des sportifs, ne lésine pas sur les moyens et utilise l'organisation de cette rencontre comme outil de propagande. Un festival musical eut d'ailleurs lieu avant le combat. Tout le gratin de la musique noire americaine et africaine était présent: BB King, James Brown, The Spinners, les as de la Fania All Stars (video ci-dessous) mais aussi l'Ok Jazz de Franco, Zaiko Langa Langa ...
Néanmoins, pendant ces festivités, les affaires courantes se poursuivent comme le rappelle l'excellent documentaire When we were kings. Ainsi, alors même que l'affrontement a lieu, on continue de torturer dans les geôles kinoises, dont certaines se situent sous le stade...

La fine fleur du funk et de la soul a fait le voyage à Kinshasa. Ici, un James Brown moustachu.
Approfondir:

- Le livre de Norman Mailer: "Le combat du siècle" qui retrace toute la tension et l’ambiance extraordinaire qui a précédé le match de Kinshasa.
- On retrouve Norman Mailer dans le documentaire When We Were Kings qui se focalise sur le combat titanesque de 1974 (ci-dessus un extrait, autour du fameux 8ème round au cours duquel Foreman va au tapis).L'intérêt du documentaire réside surtout dans la mise en perspective du combat. Le réalisateur revient largement sur le contexte africain du combat et met en évidence le choc culturel que constitue ce voyage des deux boxeurs en Afrique. Au-delà des simples déclarations de solidarités avec ses frères de couleurs, Ali découvre un pays et des populations dont il ne connaissait manifestement pas grand chose.
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10.07.10 00:14:10, 

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