La 15éme édition des Suds à Arles en mode MiNiMuM (Epilogue, 18 juillet)
Une belle voiturée quitte le centre d'Arles pour rejoindre la Camargue. A son bord Axel Krygier, son graphiste et sa manageuse, convaincus par mes soins que cette journée buissonnière valait bien le sacrifice d’une grasse matinée dominicale.
Dans la Peugeot il y a aussi Eric, l'un des cameramen qui récoltent consciencieusement, pour les Suds, les images de chaque événement de cette folle semaine, ce qui permet à toute l'équipe du festival d'apprécier enfin, voir de découvrir, ce pourquoi ils ont mis tant d'énergie.

Klezmzer Chinois ou Guimbarde Kezmer ? Quoi qu'il en soit : Yom et Wang Li
Première étape et première ivresse, le domaine du château d'Avignon, dont l'on se demande pourquoi il se nomme ainsi si loin de la ville qui lui a donné son nom. A l'ombre de la fière bâtisse, les clarinettes de Yom et les guimbardes de Wang Li unissent leurs sortilèges qui nous grisent et nous guident avec le plus grand soin vers une onirique contrée.
Yom et Wang Li ouvrent de nouveaux espaces à la rêverie
Après le concert, alors que le stand de disques est dévalisé, je m'assure de la venue des artistes à Salins de Giraud. Mais déjà familiarisés par les rites sudistes, ils s'étonnent presque de ma question tant la réponse est évidente : "On range le matos et on arrive!"

Tellines trouvées sur internet
Bon on ne va pas les attendre, je réunis les troupes, réveille doucement notre chauffeur et l'on reprend la route. La distance à parcourir est plus longue que ce que j'imaginais, et un embryon d'inquiétude commence à se former à l'arrière de mon cerveau : "Et s'il n'y avait plus de tellines, lorsque l'on arrivera ?" Il s’est déjà produit, qu'en atteignant tardivement la place des arènes de Salins où se dressent tables, bancs, bar et cuisine et où se fondent villageois et festivaliers, il n'y est plus de quoi remplir la moindre petite barquette de ces délicieux coquillages, amoureusement cuisinés à l'ail et qui trouvent une résonnance quasi symphoniques lorsqu'on les déguste avec une anisette bien fraîche. Sans les tellines à la Tellinade, on se sent dépossédé, ça revient à visionner un film de Laurel sans Hardy, comme lire une histoire de Spirou sans Fantasio, ou d'assister à un concert de Titi sans Robin. Mais nous n'en sommes pas là. Les tellines rigolent dans leurs barquettes et tirent la langue à toutes les cacahuètes du monde.

Soro Solo, grand spécialiste des musiques africaines, découvre une nouvel tribu. Il ne cache pas son enthousiasme
Bref tout va bien, le soleil brille, les gens, contents de se retrouver ensemble une dernière fois, rigolent, dansent au son de la fanfare arabisante déjà entendue la veille au repas de quartier.
93 Super Raï Band , musiciens professionnels et stagiaires du festival animent la tellinade.
L'apéritif fait bientôt place au plateau repas. Cette année la daube de taureau et son riz camarguais ont avantageusement remplacé la traditionnelle paella et les pêches sont tout aussi dures et délaissées que les autres années.

Taureau, Gardian et Cheval un trio infernal
Certains doivent prendre un train et partent à regret, d'autres se dirigent déjà vers la plage, d'autres encore s'installent à la terrasse du café des sports, qui ressemble à un saloon, pour siroter une ou plusieurs camarguaises en attendant la course de taureaux.
Après quelques-unes de ces liqueurs à base de plantes régionales, quand les taureaux, conduits par des gauchos à cheval, s'élancent dans la rue sécurisée par des barricades, certains d'entre nous sont tentés de leur courir après. Ils se donnent le frisson d'affronter une bête demie sauvage, l'illusion de braver le Minotaure.
Oh la ! A ce stade il devient urgent d'aller se rafraîchir les idées!

Pêcheur au bout de sa ligne

Une caravane qui se dort au soleil

Une guitare bossa nova friendly
En quelques tours de roues, on rejoint la plage et retrouve des pêcheurs, des cerfs-volants, des festivaliers des caravanes et des guitares. Axel Krygier revisite le répertoire bossa nova avec un musicien provençal, Yom et Jean-Guillaume nagent jusqu'aux limites de baignade surveillée et Squaaly et moi barbotons plus modestement à quelques mètres de la rive. En plongeant les mains dans le sable, on pêche facilement des tellines, dégustées crues dans leurs sucs naturels.

Un clarinettiste klezmer (Yom) en plein exercice post baignade
En sortant de l’eau, le soleil est encore assez fort pour rapidement nous sécher. On échange encore quelques blagues absurdes et esquisse sur le sable des postures cocasses avant de reprendre la route avant la tombée de la nuit et le réveil des moustiques voraces.

Le soleil en se couchant embrase la Camargue
Le chemin du retour est émouvant, sur fond du fado moderne et classieux d’Antonio Zambujo, on longe les marais salants, on admire l'envol des flamands roses et l'on s'aveugle presque en regardant le couchant embraser les buissons, les arbres et le ciel.
Arrivés à Arles on rejoint tous les acteurs de l'organisation des Suds, place Nina Berberova, pour un ultime repas avalé sans faim ni force, conscients de clore ainsi, dans le partage, un magnifique hymne à la vie, en se promettant de tout faire pour remettre ça l'année prochaine.
OLÉ !



22.07.10 15:45:03,
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