Festival Les Suds à Arles 2009


Final raffiné

par Benjamin MiNiMuM Email

 Samedi c'est le grand jour, pour les stagiaires des différents Master Class qui ont enrichis les arlésiens et festivaliers durant toute la semaine. Ils vont faire démonstration de ce qu'ils ont acquit. Danseurs chanteurs et musiciens amateurs et même parfois professionnels en quête de perfection se retrouvent dans les rues ou sur les places à dévoiler leurs talents.


Restitution du Master Class de Martina A. Catella

 Pour les habitants du quartier de la Hauture aussi, c'est le grand jour celui du repas de quartier. La place de la Redoute accueille les Suds à Arles : les tables sont dressées, l’apéritif offert et chacun apporte ce qu'il a débusqué au grand marché du boulevard des Lices et se met à table par affinité ou au hasard pour un moment d'échange festif.

 
Sur Sudah
En fin de journée, c'est le dernier moment précieux cour de l'Archevêché avec le trio népalais Sur Sudha. Tablas, sitar et flûte de bambou bansuri. Le flûtiste fut élève du célèbre Hariprasad Chaurasia et professeur de Sunil Dev, jeune népalais découvert par le producteur Martin Meissonnier (Khaled, Seun Kuti...) Le trio joue des airs traditionnels, mais pratique aussi le raga comme en Inde du Nord. Leur approche semble classique, mais il ne faut pas s'y fier, le joueur de sitar met la même énergie qu’un guitar hero de rock dans son solo, le flûtiste joue avec les limites stridentes de son instrument et le tabliste transforme son instrument en palles d’hélicoptère lorsqu’il a la main. On s’étonne par moment d’assister à un concert de musique classique tant le trio se hisse par moment à la pointe des avant-gardes.
 
Sur Sudha
 
La Horde
 
Nous sommes accueillis au Théâtre Antique par la fanfare La Horde. Composée pour moitié d’enfants du pays et pour l’autre de cuivreux régionaux avérés, tous dirigés par Daniel Malavergne (joueur de tuba languedocien), notamment repéré chez Chin Na Na Poun aux côtés de Manu Théron et Patrick Vaillant. Ce soir l’humeur bien sûr est festive et conviviale. A l’oreille on pourrait se croire chez Fellini, comme une belle introduction à l’univers exubérant de Melingo.
 
La Horde 
 

Melingo les pieds sur le plateau
 
Sur scène Daniel Melingo prend toute sa dimension, une silhouette allongée et chapeautée à la Fritz Lang, une voix éraillée à la Paolo Conte, mais une présence unique d’argentin baroque, de comédien burlesque, de séducteur lunaire. On peut si l’on veut rire de toutes ses frasques : bruits de gorge incongrus, déguisements, disparition soudaine, jets de chaussures dans la fosse. On peut aussi pleurer lorsqu’empoignant sa guitare il entonne un « negrito » à fendre le cœur. On sent son passé rock et ses aspirations jazz, son naturel crooner et déconneur. On aura rarement vu sur cette scène un artiste tirer aussi pleinement bénéfice du majestueux décor naturel. Ce soir il a invité Juliette l’imposante chanteuse à textes qui lui donne la réplique, glisse son piano sous ses pas ou bénéficie de ses envolées de clarinette. Malgré une présence hors norme, la diva n’éclipse pas le bonhomme, incarnation vivante d’un rêve de cinéma baroque, d’un fantasme de metteur en scène frappé, d’une tradition déjantée de canción des bas fonds de Buenos Aires. Melingo n’a pas fini de surprendre.
 
Melingo chante "Negrito"

 L’Argentine est aussi à l’honneur à l’after, encadré par les sets malicieux de Rémy Kolpa Kopoul, roi des ondes (Nova) et des platines. Les jeunes fêtards sont éberlués de voir ce que le dj aux allures d’ancêtres sort de sa besace, il l’apostrophent gaiment et ne l’oublierons jamais.

 
RKK DJ set 
 
Bajofondo Tango Club
 
En étant rapide on pourrait qualifier le Bajofondo Tango Club de réponse argentine au Gotan Project. Lyrisme tango du bandonéon et basses profondes y font un mariage similaire. Mais le groupe du compositeur multi récompensé Gustavo Santaolalla (Brokeback Mountain, Babel.. ) s’octroie davantage de liberté que les esthètes franco argentins. Pour preuve, ce petit film capté à la fin de leur set, après qu’ils aient invité la majorité des filles des premiers rangs à venir danser avec eux sur scène.
 
Que vivent les bas fonds lorsqu’ils sont aussi joyeux !
 
 
Dimanche 19 juillet 
 
Lo Cor de la Plana messa payenne à l'église de Bacarin
 
Pas le temps de sentir la fatigue ou les excès d’ivresse, la dernière journée se boit d’une traite. Traditionnelle escapade au cœur de la Camargue, cette journée buissonnière nous conduit à Salins de Giraud. Première étape la messe, nous sommes dimanche, il fait chaud et les officiants sont passés maîtres dans la relecture païenne de chants chrétiens occitans d’autrefois. Véritables symbole de ce festival, le chœur masculin marseillais Lo Cor de la Plana est synonyme de délices harmonieux et d’énergies vocales, d’ancrage patrimonial et d’ouverture vers le monde, d’intériorité et de fête.
 
Lo Cor de la Plana 
 
 
Sport local 
 
Ils nous requinquent assez pour attraper un pastis et nous rendre aux Arènes, voir quelques jeunes téméraires courir après des vachettes, au son des cuivres rieurs de La Horde. Ensuite on vit un rare exemple d’un festival qui se dissout dans le domaine privé, autour d’une dégustation de tellines, coquillages camarguais, et de paêlla, le vin n’est pas en option, il est sur les tables et dûment partagé. L’ivresse renaît et sera doucement cueillie un peu plus loin par les vagues au large de la plage de Piémanson. Pour les irréductibles, le chemin du retour fait escale à l’Etang des Aulnes où le percussionniste indien Vivek offre un ultime set acoustique. Pour les autres un léger dîner vite suivi d’un lit douillet.
 

Jean François Lessad et Henri Maquet

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