Festival Timitar 2009

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Dernier tour de piste avant la sortie (du bloggeur Mondomix)

par Benjamin MiNiMuM Email

 

Le festival arrive à mi-chemin de sa glorieuse trajectoire qui l’emmènera jusqu’à la soirée de clôture de dimanche soir. Le reportage de Mondomix s’arrête malheureusement ici pour cette année
 
Traditions et fusions

les Ahydouss Aït Ouarine
 
Comme chaque jour à 19h30, la scène de la Place Al Almal démarre la soirée par la présentation d’une forme traditionnelle régionale. Suivant le rythme marqué par deux bendirs, les Ahydouss Aït Ouarine dansent en ligne en se tenant par la main. Ils chantent à l’unisson des poésies louant leur patrimoine du nord Atlas. Alors que les chanteurs se maintiennent en fond de scène, un enfant suit leur avancée latérale et marque la mesure alors que les percussionnistes dansent en se faisant face comme s’il s se défiaient.
 
Leur prestation est suivie par celle de Jouala, originaire de la région de Souss, ce groupe pratique le mélange de genres. Les rythmes  gnawa, rock, salsa, reggae se succède mais l’on peine à y distinguer une personnalité propre.
 
 
Etoile rasta et dj


Max Roméo
 
Max Roméo est une légende vivante du reggae. Son destin a croisé ceux de Bob Marley, Lee Scratch Perry ou même des Rolling Stones. Sans s’écarter d’une ligne classique, il n’a rien perdu ni de sa voix ni de sa classe. Accompagné d’un brillant groupe de jeunes musiciens où se distingue notamment une bassiste, évènement suffisamment rare dans le monde machiste du reggae, pour le souligner. Le public est aux anges car Roméo fait la part belle à ses tubes, reprend nombre de ceux de Marley sans les dénaturer, mais en leur apportant une touche actuelle et personnelle.
 
Entre chaque concert sur la place Al Amal c’est un dj venu des îles Canaries qui officie ce soir. Son set est énergique, chaloupé et fruité. Il est accompagné aux visuels par Italo Video, alias Stéphane Rinaldi, membre fondateur et graphiste de Stay Calm, producteur du fameux cd-dvd Fangafrika sur le hip hop en Afrique de l’Ouest.
 
 
Poésie Berbère

Iguidar
Inspiré par la démarche d’Izenzaren et autres groupes fondateurs des années soixante dix, Iguidar pratique une musique amazighe basée sur la poésie, celle de Agouad Aberrahmane et Hanafi Mohamed et les instruments traditionnels (banjos, guembri, bendir…). Jeunes et talentueux, il se dégage finalement plus de modernité et d’acuité artistique dans ce groupe, concentré sur une forme plutôt traditionnelle, que dans ceux qui cherchent une voie à travers la reproduction de formes étrangères à leur milieu.
 
Fusions
Sur la scène Bijaouane, la tendance est ce soir à la fusion. Après les prestations d’Amawass et de Sahara Génération de Souss, des nantais Orange Blossom, les prometteur Mazagan prennent la scène d’assaut.  Venu d’El Jadida, ils poussent eux aussi avec euphorie leur musique vers toutes les directions.
 
 

Dj Ritu devant l'écran animé par La Mariza
Les intermèdes sur cette scène sont assurés ce vendredi avec  beaucoup de grâce par deux femmes. La londonienne DJ Rutu et son mix pertinent d’électro oriental a fait équipe avec  La Mariza, Vj venue de Beyrouth qui retravaille notamment en couleurs acidulées des images prises le jour même sur la plage d’Agadir. Il ya beaucoup de fraîcheur inventives dans cette réunion impromptue.
 
Ce n’est pas la seule originalité du festival de Timitar de faire patienter le public entre deux concerts avec des intermèdes de haute volée. Il faut saluer une programmation équilibrée entre modernes et anciens et  locaux et internationaux Il faut souligner une organisation très professionnelle qui rend l’aventure des plus agréables. Quand on l’a goûtée, c’est une expérience que l’on rêve de vivre chaque année et de partager avec tous ses amis.

Multiplication par trois

par Benjamin MiNiMuM Email

Au second jour ce n’est plus une scène qui attire le public, mais trois. Il faut donc faire des choix dans un programme foisonnant au risque de rater un évènement ou de se perdre entre deux lieux.
Commençons par le Théâtre de Verdure où est présentée une création riche de promesses.

 
Tala, à la source (mot amazighe) du rythme (sens hindi)
La Sacem, les festivals Timitar et les Escales de St Nazaire se sont associés pour favoriser la rencontre artistique du marocain Majid Bekkas et du français Titi Robin. Le chanteur gnawa vient de se distinguer dans une autre création avec Joachim Khun et le guitariste et taquineur de bouzouki angevin a multiplié ces dernières années les croisements musicaux de tous acabits, de la danseuse indienne Gulabi Sapera, au réunionnais Danyel Waro en passant par le chanteur de qawwal pakistanais Faiz Ali Faiz ou la reine des gitans de MacédoineEsma Redzepova.
 

Majid Bekkas,Minino Garay, Khalid Elberkaoui et Titi Robin
 
Ce nouvel exercice le rapproche d'une enfance passée à côtoyer gitans et marocains et se nourrir de leurs cultures. Pour mener à bien cette nouvelle expérience les deux virtuoses ont chacun fait appel à deux collègues. Robin a réquisitionné le percussionniste argentin Minino Garay et le saxophoniste Renaud Gabriel Pion. Bekkas a choisit deux enfants d'Agadir, le percussionniste Khalid Elberkaoui et le joueur de ribab Foulane Bouhsine. Si les quelques jours de résidence commune n'ont pas suffit à consolider un répertoire originale, ni a générer un spectacle époustouflant, ils ont toutefois affermi  la cohésion de ses six acrobates autour de morceaux choisis dans les répertoires des deux têtes d'affiche. Cette mise en commun de solides savoir faire  a donné de jolis moments de croisements esthétiques inédits, dont on pourra constater l’évolution dès le 7 août à St Nazaire.
 
Première représentation de Tala
 
 
Parenthèse Cumbia
Crooner colombien

Place Al Jamal, l’ensemble colombien de cumbia traditionnelle  des gaiteros de San Jacinto, partage sa belle humeur avec le public marocain. Emmené par un fringant chanteur octogénaire les flutes entêtantes et les tambours puissamment sautillants, les gaiteros poussent irrésistiblement à la danse. Le charme d’une musique patinée par le temps dont les rouages ont prouvé leur efficacité depuis les années 1930 et leur ont valu un latin  grammy award en 2007.
Un poquito de cumbia

Interlude 

RKK à l'oeuvre 
Entre chaque concert sur la scène de la Place Al Amal le légendaire DJ RKK mixe. Pionnier du journalisme world français, Rémy Kiolpa Kopoul est un animateur de premier ordre de la scène musical internationale. Grands spécialiste et défenseurs des musiques latinos, ses oreilles n'ont pas d'oeillères. Son travail d'homme de radio et de dj garde toujours l'équilibre entre les visites savantes aux monuments historiques et  la découverte éclairée des avant gardes.
 
Gloire aux Rwais 
Retour au Théâtre de Verdure où l’orchestre Lahcen Id Hamou et les Rays El Fetouaki et Lhaj Lahoucine Amentag se sont réunis pour rendre un hommage aux maîtres (Rways) qui les ont formés au répertoire berbère. Sur scène 8 luth, 6 ribabs et 4 percussions qui en contrepoint ou à l’unisson forment une masse sonore énergique et enveloppante. Trois chanteurs se succèdent et revisitent des textes des années 40 pour le plaisir d’un public multi générationnel qui, le sourire aux lèvres, danse, marque le tempo, chante en cœur ou lance des youyous enthousiastes.
 
Chants et danses ancestrales 
 
 
Opération Equation Musique

VBH
Ce soir la scène Bijaouane accueille l’opération Equation Musique, résultat d’un partenariat de Timitar avec Culturesfrance et l’Organisation international de la Francophonie. Le but recherché est d’exposer le travail de développement d’artistes émergents effectué par des structures basées en Afrique aux professionnels de passage et au public local. Ainsi se sont succédés Menwar, grand représentant du séga  mauricien, l’ambianceur sénégalais Saintrick, le reggaeman kenyan Makadem, le rock fusion inventif des africains du sud Blk Jks, (prononcer Black Jacks), et le hip hop makossa des camerounais de VBH (Vise bien haut).
Cet intéressant panorama des musiques urbaines a mis en avant la génération qui monte et sur laquelle il faudra sans doute compter demain.
 
Blk Jks prononcer Black Jacks
 
 

Ouverture du festival Timitar

par Benjamin MiNiMuM Email

Pour la première soirée de sa sixième édition, le festival Timitar (signes en amazigh) se contente d’une seule scène mais la place Al Amal qui peut accueillir 80 000 personnes est presque pleine. Avec plus de 346 000 habitants (recensement 2004), Agadir est la première ville berbère au monde et ce festival en l’honneur de cette culture est chaque année très attendu

 
Ahwach, Rays et Raïssas
La plupart des musiciens traditionnels berbères se sont formés lors de rencontres festives et musicales rythmant la vie rurale. Dans le Souss au sud du Maroc les troupes d’Ahwach mélent chants, danses et poésies, durant des nuits entières. Ces groupes sont dirigés par des rays (hommes) ou raïssas (femmes). Maîtres musiciens, chanteurs et chanteuses expérimentés, ce sont les stars du monde berbère.
 

Raîssa Rakya Talbensirt
Ce soir accompagnés par les mêmes 10 musiciens et 5 danseuses nous découvrons tour à tour Rakya Talbensirt et Aârab Atigui. La première a additionné quarante années de carrière, elle est aimée et très respectéeet s’es lié avec le second au milieu des années 70.
 
Rayss Aârab Atigui
Les deux chanteurs ont longtemps fait équipe et, si Aârab Atigui s’est envolé seul vers le succès grâce ses tubes des années 80, ils partagent encore occasionnellement comme ce soir le même orchestre. La formation rassemble une dizaine de musiciens : banjos traditionnels, percussions, batterie et ribabs, instrument à corde unique et frottée par un archet dont le manche évoque la croix berbère. L’esprit de communion avec le public est évident, les vers sont repris par la foule et la musique énergique mène irrémédiablement vers la transe.
 


Extrait de la performance de Rayss Aârab Atigui

 

Carlinhos Brown le bahianais africain

 
Carlinhos Brown  en terre africaine

Portant une impressionnant couvre chef en paille, à mi chemin entre la coiffe indienne et celle d’un pharaon, Carlinhos Brown fait une énergique entrée en scène qui importe l’esprit du carnaval de Bahia en terre amazighe. C’est la première fois de sa vie que le musicien brésilien se produit au Maroc ou même en Afrique. Il est très excité par cette rencontre avec cette terre, qu’il considère comme celle des ses ancêtres. La situation le rend prolixe, à l’aide de mots arabes et de bribes de français, il communique son enthousiasme au public et diffuse un message d’amour et de paix sans abandonner une seconde de l’esprit festif qui l’anime. Musicalement il navigue avec souplesse entre les différentes esthétiques abordées durant sa carrière, samba, latin jazz ou pop. Il offer un show varié, dynamique et coloré qui ne laisse pas les marocains indifférents.

 


Carlinhos Brown en concert à Timitar

 

Vibrations gnawas


Hamid el Kasri
La soirée se termine avec l’un des maîtres gnaouas les plus appréciés du Maroc, Hamid el Kasri. Ils sont 15 sur scène dont le batteur Karim Ziad, co-programmateur du festival de musiques gnaoua d’Essaouira qui s’est tenu la semaine dernière. Les cordes alertes du guembri et la voix puissante du mâalem  sont soutenues par des arrangements musclés (percussions, claviers, guitare, basse, violon et trompette. Au premier rang de jeunes marocains hurlent de bonheur. La foule ondule, la ville vibre, cette première soirée s’achève sur une nouvelle transe joyeuse et libératrice.

Hommage à Izenzaren

par Benjamin MiNiMuM Email

Depuis 2004 Agadir accueille le festival Timitar qui célèbre les cultures berbères ou amazighes et leurs rencontres avec le monde.

Mercredi 30 juin 2009, le festival off prend le pas sur le in et démarre avec 24h d'avance sur une création théâtrale d'Abderrazak Zitouny à l'Hôtel de Ville d'Agadir. "Izenzaren un chant, une musique, un poème, un groupe toujours vivant" rend hommage à ces musiciens qui sont à la culture amazighe ce que représente Nass el Ghiwane pour le reste du Maroc . Ils sont un flambeau culturel, un emblème identitaire depuis les années 70,  époque où ces cultures n’avaient pas le droit de cité.
Ce soir 5 comédiens, danseurs ravivent l'univers poétique et politique du groupe s'aidant du français, de l'arabe, de l'amazighe ou du mime.  Leurs corps et leurs mots évoquent la souffrance, l’errance mais aussi l’amour ou la transe. Assis en fond de scène, les frères Izem,  HIcham au banjo et au chant lead, Abdelhadi au luth hajouj, Saïd et Hassan aux bendirs et Mohamed au tambour en terre, revisitent le répertoire d'Izenzaren qui avec le temps est devenu un genre musical à part le tazanzart.
Les 5 musiciens, se glissent dans leur rôle avec d'autant plus de pouvoir de conviction qu'Icham possède une voix aux ressemblances troublantes avec celle d'Abdelhadi Igout, l'étonnant leader du groupe culte.
C’est la première fois que le festival off rend hommage à des personnalités encore en vie, l’an passé ils étaient programmés pour la troisième fois à Timitar et cette année avec l’aide du festival et de l’association des amis d’izenzazren, ils ont suivi une résidence qui doit déboucher sur l’enregistrement d’un album de nouvelles compositions, le premier depuis 20 ans.