L'extase turco - persane
Le vendredi 18 septembre, dans le cadre des Veillées du Ramadan, l'Institut des cultures d'Islam a rendu un hommage à la culture turco – persane, dans la continuité de la Nuit du Destin du mercredi 16 septembre avec, comme fil conducteur le soufisme.
En première partie de soirée, l’écrivain français Nicolas Fargues, accompagné au kamantché et au daf, nous offrait une lecture du "Livre de Chams de Tabriz" du poète persan Rûmi. Jalal Ud Din Rumi, dont le nom signifie Majesté de la religion, était un poète persan du XIII e siècle. Considéré comme le chantre de l’amour mystique, on lui doit deux importants ouvrages, « Le Livre de Chams de Tabriz », chants d’amour et de deuil inspirés par son ami et maître spirituel, le derviche errant Chams Ed Din Tabrîzi, et le « Mathnawi », une reprise des Fables d’Esope, elle-même reprise par La Fontaine. Rûmi a également fondé l’Ordre des Mevlevi, ancêtres des actuels derviches tourneurs. Il fut très tôt surnommé Mowlânâ, notre maître, par ses disciples.
La lecture de vendredi soir était une création de Nahal Tajahod, écrivain française d’origine iranienne, auteure de deux romans sur le poète persan, « Roumi le brûlé » et « Sur les pas de Roumi », coécrit en 2006 avec l’écrivain et cinéaste français Jean-Claude Carrière, à l’origine également de la conception du spectacle. S’il fallait trouver une métaphore aux Veillées du ramadan organisées par l’Institut des Cultures d’Islam, filée de soirée en soirée, ce serait incontestablement celle du mysticisme poétique. Sans faillir à cette règle, la lecture de Nicolas Fargues, ponctuée par les instruments qui l’accompagnaient et des chants de lamentation, pointait du doigt son propre lyrisme.
A la poésie, la magie est venue s’ajouter en deuxième partie de soirée. Aux alentours de 23heures, le décor changeait, laissant la scène à une partie du public et invitant les autres à entourer, dans la cour, le danseur derviche Ziya Azazi.
D’origine persane, le terme derviche désigne, en farsi, le mendiant. L’évolution du mot, en arabe et en turc, lui a donné pour sens « le membre d’une confrérie religieuse de la lignée des soufis ». En pratiquant la sema, danse des derviches qui tire son nom de Chams, dont les mouvements rappellent ceux d’une toupie, le derviche tourneur vise l’extase, littéralement le fait d’être hors de soi.
La performance de Ziya Azazi, intitulée « Dervich in Progress », est une synthèse entre la danse rituelle des derviches et la danse contemporaine occidentale. Jouant avec les trois jupes sombres de son costume, Ziya Azazi fascine. Si traditionnellement, le costume du derviche tourneur est blanc, couleur du deuil, les couleurs de celui de Ziya Azazi traduisent sa démarche moderne, « son chemin est celui de la joie et de la répétition, du tournoiement jusqu’à l’extase ».
Jihane Bensouda
Les veillées du Ramadan : Muriel Bloch
Lors de la soirée du 17 septembre, l'Institut des Cultures d'Islam à Paris à reçu la conteuse Muriel Bloch. Elle nous a offert un grand voyage dans la littérature indienne en compagnie de Ganesh...
La Nuit du Destin

C’est donc dans cette perspective que l’Institut des Cultures d’Islam a eu l’ingénieuse idée d’inviter cinq confréries soufies pour animer la soirée entièrement consacrée à la Nuit du Destin, la tariqa Alâwiyya, la tariqa Burhaniya, la tariqa Naqshbandia, la tariqa Shâdhiliyya Yashrûtiyya et la tariqa Boutchiciya.

Le soufisme est un mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’Islam, apparu au VIIIe siècle. A l’origine inscrit dans la tradition sunnite, le mouvement s’est rapidement étendu au courant chiite. Le terme soufi, dont la traduction exacte reste incertaine, renverrait à la Sagesse divine et le soufi serait celui qui possède cette sagesse, cet être parvenu à la réalisation spirituelle totale.

Les récitations des versets du Coran et autres prières qui ont suivi, étaient chargées du même mysticisme que celui que l’on perçoit lorsqu’on arrive dans un pays musulman de nuit et qu’on entend l’appel à la prière du muezzin aux alentours de 5 heures du matin. Une voix s’élevait toujours en premier, pour être rejointe par toutes les autres au bout de quelques instants, et ainsi ces quelques quarante voix, féminines et masculines, ne formaient plus qu’une. La célébration convoquait chez le spectateur non seulement l’ouïe mais aussi la vue, une quarantaine de personnes, hommes et femmes, tous vêtus de djellabas blanches.

Sur la scène de la cour de l’Institut, les représentants de chaque confrérie (Shaykh) nous livraient une lecture et une interprétation du sens de cette nuit. Si les soufis tendent à l’intériorisation, à l’amour de Dieu, à la contemplation et à la sagesse, c’est à travers le Djihad – guerre intérieure que l’homme mène contre son égo – qu’ils peuvent prétendre à cette élévation.
Turquie, invitée d'honneur
La soirée de mardi était consacrée à la musique turque. En première partie, était projeté Crossing the bridge de Fatih Akin, qui vient tout juste d'être récompensé à la 66e Mostra de Venise par le prix spécial du jury pour Soul kitchen. Sorti en 2005, le film présente tous les styles de création, de la rue aux stars internationales, réunis à Istanbul.
La seconde partie de soirée était animée par Selim Sesler et sa bande, eux-mêmes protagonistes du film. Si la fraîcheur tombait avec la nuit, public et musiciens étaient bien décidés à se réchauffer! Et comme il est indiqué dans le documentaire : c'est impossible de rester assis dans une telle ambiance... S'enchaînent les "tubes", dont Butcher's Air, le fameux morceau de la bande originale de Head on, sur le tournage duquel les deux artistes se sont rencontrés. Pour un jour de semaine de la rentrée, les badauds étaient dans la place et, debout!
Texte et vidéo de Valérie Robert
Soirée Palestine
Dimanche 13 septembre, l’Institut des Cultures d’Islam nous emmenait en Palestine. Au menu : film, concert et spectacle de danse traditionnelle palestinienne ( sur la photo ci-dessous : la danse de la cuillère en bois)

En première partie de soirée, on pouvait assister à la projection du très beau film « L’anniversaire de Leïla », réalisé par Rashid Masharawi en 2009. Le jour de l’anniversaire de son unique fille Leïla, Abou Leïla, ex-juge et désormais taxi, a pour mission de trouver un cadeau, un gâteau, des bougies et de rentrer chez lui à 20heures pour fêter avec sa femme, l’anniversaire de sa fille. Or, le héros, magistralement interprété par l’acteur Mohammed Bakri, se heurte à toutes sortes de problèmes allant du plus anodin et facilement résolvable, rendre à la police le téléphone portable oublié dans son véhicule par un client, au plus ardu, son taxi lui est volé pendant un bombardement israélien. D’un sang froid impressionnant, qui aura cependant raison de lui à un moment donné, Abou Leïla accomplit tout de même sa tâche.Après l’interlude de la Compagnie Sémaver, la scène de la cour de l’Institut accueillait Moneim Adwan, chanteur gazaoui. Accompagné de Safwan Kenami au violon, le chanteur et oudiste palestinien nous a offert un concert sublime. Les morceaux, dominés par une certaine mélancolie, ressemblent à de longs poèmes et appellent au calme et à la contemplation.



21.09.09 18:21:26,
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