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Dans chaque festival, il y a une journée
magique qui marque les curs et les mémoires. Le samedi 31
juillet 1999. Ceux qui étaient aux Nuits Atypiques s'en souviendront
longtemps.
La journée avait joliment commencé avec le concert d'Annie
Flore aux Arcades. Décidément il émane de ce lieu
un truc spécial. Tous les concerts qui s'y déroulent ont
une atmosphère à nulle autre pareille. Annie Flore (chanteuse
gabonaise) s'y produisait à cappella en jouant des percussions.
Elle avait invité Qiu Xia He (merveilleuse joueuse de pipa) et
au débotté, Celso Machado (multi-instrumentiste brésilien)
les a rejoint. Ils étaient en totale improvisation et l'alchimie
entre les sensibilités africaine, chinoise et brésilienne
était superbe. Ils nous ont offert un " Blues des 3 continents
sur la veille Europe" de toute beauté.
Quelques minutes après le concert d'Annie et de ses invités,
démarrait celui des Kan Gasy. Venus de Madagascar, ils jouent une
musique traditionnelle très épurée et très
mélodieuse avec énergie. Tout en délicatesse, ils
ont emmené le public dans les méandres de l'Océan
Indien.
A 17h aux Arcades, Pascual Gallo et son complice Salavador Paterna chaviraient
Falmenco. A peine avaient-ils terminé que Celso Machado et Qiu
Xia He montaient sur la scène du village atypique. C'était
l'un des concerts attendus de la journée et ils nous ont comblés.
Il faut dire que cela fait 10 ans qu'ils jouent ensemble. Ils savent improviser
avec génie, réagissant au quart de tour (comme par exemple
lorsqu'une panne de courant les a privés d'électricité
durant de longues minutes et où ils se sont lancés dans
une pantomime rythmique). Spontanément, des enfants sont venus
s'agglutiner contre la scène. Et le concert fut splendide de bout
en bout.
A ce stade de la journée, nous avions déjà fait le
plein en émotions. Enfin, nous pensions avoir atteint notre quota.
Mais nous ne doutions pas de ce qui nous attendait
A 19h 30, Régis Gizavo a investit le Village Atypique, non seulement
la scène mais tout le site. Ce type là est d'une telle générosité
que personne ne lui résiste. Il allie talent, humilité et
finesse. Dès les premières notes, le public l'a immédiatement
suivi. L'air vibrait d'émotions, de joie. C'était vachement
bien et on a dansé comme des fous.
Nous attendions les grands concerts de la Scène Mosquée
en se disant : " Ca ne va pas être simple de passer après
tout ça ". Mais c'était sous estimer les A Filetta.
Ce groupe polyphonique corse nous a transporté. Le silence qui
régnait parmi les spectateurs était impressionnant. Pas
un murmure. C'était une atmosphère profonde, quasi-mystique.
Soudain le vent s'est levé et les feuilles des arbres se sont mises
à bruisser donnant l'impression que les harmonies vocales s'envolaient
vers les nuages et les étoiles.
La salsa des cubains d'Orlando Maraca a paru bien déplacée
en deuxième partie. Difficile de faire se succéder des polyphonies
et des " Arriba, arriba ! ". Mais bon, le public a bien dansé
quand même.
Mais le grand moment magique nous attendait aux Arcades, à 1h du
matin. Camel Zekri (musicien algérien et estimable citoyen du monde)
avait organisé un diwan avec le Diwan de Biskra (Algérie)
et Ali Keita (Mali) au balafon. Dans la vie, il y a des instants indicibles.
Comment rendre compte de cette spiritualité, de cette joie profonde
qui s'est emparé de nous ? Au-delà de la cérémonie
du diwan, qui en elle-même est une expérience fabuleuse (où
la musique chasse les mauvais esprits et soigne les âmes), Camel
a su amener les musiciens et le public vers autre chose, un moment de
partage unique. L'alliance des instruments maghrébins et du balafon
donnait déjà une dimension plus africaine -et plus ouverte-
au Diwan. Sans se mettre en avant, la guitare de Camel tirait la musique
vers quelque chose à la fois respectueuse de la tradition et totalement
universelle. Musicien d'exception, il sait organiser les choses avec souplesse
tout en mettant chacun en valeur. Et c'est naturellement que Celso Machado
et Qiu Xia He sont arrivés sur la fin, apporter leur contribution
à ce que nous étions en train de vivre. C'était bouleversant
et simple (Qiu est montée dans le fond de la scène avec
modestie, gardant son sac à main en bandoulière tout en
jouant des percussions. Le fils de Camel est venu se blottir dans les
bras de son père).
Camel a une vraie vision de l'expérimentation musicale et son humanisme
transcende sa musique. C'est un être de lumière.
Magali Bergès
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