Le Festival des suds est avant tout une mise en musique d'une des plus
belles villes du sud français. Des impeccables moments précieux
de la Cour de l'Archevêché (séduisante Rokia Traoré,
émouvante Maryo, enthousiasmants Gacha Empega et El Hilal) aux
spectacles grandioses donnés au Théâtre Antique (les
très en forme Orquesta Aragon, la majestueuse Belen Maya) la programmation
nous a emmené tout en douceur vers de formidables extases dont
le point d'orgue fut sans conteste la soirée qui réunit
les incroyables Dupain et le grand Goran Bregovic. Si la tension s'est
mise à grimper le dernier jour à cause de la présence
de Faudel, la Faudelmania était déjà moins palpable
au bout de quelques chansons (les enfants se fatiguent vite).
La vraie star de ce festival c'était la ville elle-même.
Arles est incontestablement une ville du sud, dans ses ruelles, on peut
se perdre comme dans un souk, on croise des chats alanguis sur des dalles
fraîches et l'on entend des mélopées épicées
qui s'échappent des arrières boutiques des cafés.
La musique s'y respire, comme on goûte l'air. Autour du pastis,
les gitans font des joutes sur leurs guitares armées de cordes
noires. Les papys chanteurs font le tour des gargotes pour ramasser trois
francs six sous. Les jeunes espoirs de la chanson occitane promènent
leur matos d'un bout à l'autre de la ville. Et durant le festival,
cette joyeuse population locale se mélange aux sudistes d'ailleurs.
Ainsi on a pu surprendre la jeune chanteuse Algérienne Souad Massi s'immiscer dans les joutes gitanes dès qu'elle eut fini de boulverser
les passants, happés par sa voix magique lors des scènes
en ville. Les Dupain entonnèrent quelques vieilles occitaneries
avec leurs anciens collègues de la Gacha Empega. Les cubains d'Orquesta
Aragon ou de la Banda Municipale De Santiago vendaient sous le manteau
leurs propres cds et des Havanes authentifiés à qui le voulait.
Roé, la star locale, semblait être de tous les apéros,
de tous les concerts. Quand les Fatche d'Eux ne s'arrétaient de
chanter, (sur des petites scènes, en plein cagnard, à la
gare pour l'arrivée de Goran Bregovic, ou à l'apéro
comme tout le monde) ils donnaient un coup de main à l'équipe
technique des Moments Précieux. Et tout ça se passe, Putaing
! sous un soleil qui n'enfinit pas de rigoler.
Benjamin MiNiMuM |