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Le téléphone sonnait sans cesse. Une victoire sans fête, est inimaginable
à Cuba. Je suis donc partie avec la caravane de joie, chez Compay Segundo,le
plus vieux musicien de la bande de Social Club, où tout le monde était rassemblé
pour célebrer le prix Grammy.
Plus de cinquante musiciens, critiques musicaux, photographes,
politiciens et responsables culturels du pays étaient rassemblés dans
un petit appartement, chez la jeune fiancée de Compay pour boire du rhum
. Tous les musiciens, que je rêvais la veille de retrouver à La Havane,
étaient assis autour d'une table, chantaient ensemble des chansons de
Buena Vista. Au milieu de l'assemblée, Compay Segundo, avec sa guitare,
Ruben Gonzalez, et Cachaito rayonnaient. De temps en temps, un homme se
levait, levait un verre de Havana club et portait un toast en l'honneur
de l'assemblée. Compay, considéré comme l'ambassadeur de Cuba à l'extérieur,
fut particulièrement célebré par cette phrase d'un politicien, présent:
"Chaque fois qu'un cubain part à l'étranger, les gens lui envoie
un message d'amitié pour Compay Segundo". Compay, modeste, s'est
levé et a annoncé que "ceci est la fête de tous les grands musiciens
qui ont participé à
la réalisation du disque comme Omara Portuondo, Felix Valov, Pio Leyva
et Ibrahim Ferrer, absents de cette l'assemblée. "Entre deux chants,
chaque musicien se levait et faisait un discours. Manuel Licea, surnommé
Puntillita, exprimait ses paroles du coeur avec beaucoup d'émotion "
Lorsque nous étions jeunes, nous faisions de la musique, pour l'amour
et non pas pour l'argent. Les jeunes, d'aujourd'hui, doivent suivre notre
exemple."
Durant toute la journée, ce petit appartement, connu un mouvement de
va et vient continu, d'admirateurs, qui informés par la radio, venait
féliciter les musiciens. Dès qu'un groupe partait,il cédait la place à
de nouvelles arrivées.
Accompagnée par un journaliste de la radio, Eduardo Rosillo, également
considéré comme l'un des plus grands critiques musicaux, nous sommes partis
pour un tour de ville. Notre déambulation, nous a conduit dans un fastfood,
le "Rapido" et c'est là que j'ai retrouvé, par hasard, un autre
des grands chanteurs de Buena Vista: Ibrahim Ferrer, absent chez Compay..
Accompagné de sa femme et de ses enfants, ils célèbraient, en famille,
le prix Grammy, assis autour d'une table, où s'étalait, entre poulets
rotis et cannettes de bierre cubaine, quelques bouquets de fleurs, offerts
par sa famille. Loin du bruit de la salsa du restaurant, Ibrahim, à la
voix de soie, chantait pour sa famille.
La célèbration de "Buena Vista" continua toute la semaine. Rosillo, consacra, un programme radiophonique de trois heures à ces artistes,
le Dimanche 28 Février. Le studio était devenu le point de rendez-vous
de tous ces vieux musiciens, oubliés mais devenus célèbres, aujourd'hui,
grâce à cet enregistrement produit par Ry Cooder chez World Circuit (distribué
en France par Night & Day).
Quelques jours plus tard, une conférence de presse et un concert
furent également organisés. On aurait dit que la ville de la Havane, vivait
au rythme de Buena Vista. Le mardi 3 mars, dans le grand jardin du palais
d'Amistad, les musiciens de Buena Vista et Afro Cuban All stars, endimanchés,
chantaient ensemble, avec beaucoup de joie, et fêtaient le Grammy américain.
La célébration de "Buena Vista" était l'une de mes plus belles
journée de mon séjour. Restera gravée dans ma mémoire, cette fête
spontanée et pleine d'émotion et de chaleur cubainne. Comme dit un journaliste
américain : "I was there when it happened".
Mina Rad |