| “ Le
Maroc bénéficie d’une situation géopolitique
particulière, je dirais même qu’il dispose,
depuis plusieurs siècles, d’une situation géocivilisationnelle
exceptionnelle (…) Face au grand vide culturel que risque
de créer la mondialisation, il devient crucial de trouver
les moyens de préserver le patrimoine immatériel
qui constitue l’identité des peuples et de leurs
valeurs civilisationnelles. ” Mohamed Benaïssa
Ces mots du ministre des Affaires étrangères
du royaume du Maroc furent prononcés dans belle ville
d’Assilah, petit port de pêche fortifié de
la côte atlantique nord marocaine, en ouverture du
colloque des 7, 8 et 9 août 2003. Les bases de la Convention
internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel
immatériel, adoptée à l’unanimité le
16 octobre 2003 par la Conférence générale
de l’Unesco, y furent établies. Et les paroles
du ministre trouvent une résonance particulièrement
dans le programme de ce jour, où le fruit de démarches
artistiques animées des meilleures intentions donnent
des résultats extrêmement contrastés.
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Musée
Batha :
Françoise Atlan, Aïcha Redouane accompagnées par l'Orchestre
de Fès et l'ensemble Al Adwar
Maroc, France
TRADITION JUDEO-ARABE
ET ART DU MAQUAM
Au jardin du musée Batha, Françoise
Atlan et Aïcha Redouane font revivre dans un même
spectacle des patrimoines musicaux dont elles se sentent
infiniment proches : celui des chants judéo-arabes,
conservés au sein des familles séfarades depuis
la “Reconquista” espagnole (1492) pour la première
; celui du maqâm dit classique, tel qu’il se
chantait au début du XXe siècle dans les pays
du Proche Orient pour la seconde. Les deux chanteuses ne
ménagent pas leurs efforts pour insuffler la vie de
leurs passions respectives à des notes, textes et
mélodies puisés dans des archives. Elles en
ont collectés auprès de musiciens en qui s’est
perpétuée la science de maîtres anciens.
Mohamed Briouel, directeur du Conservatoire de musique de
Fès, est de ceux-là. Héritier du grand
maître de l’école arabo-andalouse Gharnâti
(originaire de Grenade) feu Hadj Abdelkrim al-Raïs,
il accompagne Françoise Atlan non seulement dans les
recherches sur la tradition poétique et musicale judéo-marocaine
qu’elle mène à Fès depuis sept
ans, mais aussi dans l’interprétation des chants.
Les fruits de ce travail de longue haleine sont perceptibles
dans la cohésion entre la voix de Françoise
Atlan et l’ensemble de Mohamed Briouel. La tournée
américaine “Spirit of Fès” à laquelle
ils ont participé l’an passé a gommé les
imperfections qui paraissaient encore lors de la création
de leur spectacle, il y a deux ans, sur la scène de
Bab Makina. Comme un bon vin, la musique a mûri. La
voix a la saveur du pain d’épice, la rondeur
capiteuse des effluves du jasmin. Lorsqu’elle se mêle à la
clarté métallique du timbre d’Aïcha
Redouane, dont les trois musiciens de l’ensemble Al
Adwar se mêlent aux sept instrumentistes de l’orchestre
arabo-andalou, c’est une joie pure qui embaume les
sens et l’esprit.
Bab
Makina :
2éme partie, Sapho et l'Orchestre Oriental de Nazareth
France, Israël,
Palestine
Autant
Aïcha Redouane
et Françoise Atlan semblent respectueuses des traditions,
autant Sapho demeure fidèle à son rôle
de rebelle. La vocation sacrée de l’ex-poétesse
punk du Montparnasse époque Café de la Gare
demeure intacte dans son souci de désacraliser. De
même que Sid Vicious martelait “My Way” au
rythme effréné de sa basse électrique,
de même Sapho réserve au “Dormeur du Val”,
le poème de Rimbaud enfermé dans les livres
de classe, un traitement hard rock. À Oum Kalsoum
elle prête les effets de sa voix, à la limite
du cri. Interloqué quand la belle rampe à terre
au milieu de ses voiles, évoquant le calvaire des
réfugiés et victimes des famines en Afrique,
le public fassi prend le parti de jouir pleinement de cette
soirée contraste. Il chante en chœur décomplexé le
thème archi-connu d’Oum Kalsoum repris pour
la chanson “Les mille et une nuits”, à peine
les violons de l’orchestre de Nazareth en ont tracé les
premières notes. Il tape des mains à la demande
pressante de l’artiste, qui vient pour le final le
chercher dans ses rangs pour monter sur la scène danser à ses
côtés. La Déléguée Générale
de la Palestine, Leïla Chahid elle-même, dont
l’intervention fut très appréciée
au colloque du matin, ne boude pas son plaisir et se laisse
entraîner dans la danse, tout sourire.
Bab Makina : 1ére partie, Moneim
Adwan
Palestine
CHANTS SACRES ET POPULAIRES
DE PALESTINE
En début de
spectacle, son compatriote le chanteur et luthiste Moneim
Adwan ne semblait pas avoir trop envie de sourire en annonçant
que les quatre musiciens qui devaient l’accompagner
et dont le voyage était programmé quelques
jours après le sien, n’avaient finalement pas été autorisés à quitter
le territoire palestinien. Aux regrets exprimés par
le chanteur, le même public avait applaudi, debout.
Sa prestation, accompagnée du joueur de riqq de l’orchestre
de Nazareth, eut des accents bouleversants. Le flot aigu
de son chant, émaillé de mélismes à la
limite du sanglot, parfois incertain au début du concert
s’épanouit lors des derniers morceaux en un
appel fervent chargé d’inspiration. Monein Adwan
aura été ce soir la grande révélation
du festival de Fès. Son nom pourrait bien refleurir, “Inch’ Allah”,
sur les affiches de bien des festivals de musique du monde.
François
Bensignor
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès :
Marc Benaïche, Réalisation
multimédia & Production
François Bensignor, Textes & Interviews
Arnaud Cabanne, Réalisation vidéo
et son
Janine Langlois-Glandier, Associée
Catherine Zbinden, Coordination & Production
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