MERCREDI 2 JUIN
 
  Monein Adwan aura été ce soir la grande révélation du festival de Fès
 
 
   
 
Aïcha Redouane et Françoise Atlan
3'17
 
Sapho et l'Orchestre de Nazareth
3'14
   
 
Moneim Adwan
3'19
 
 
 
   
 
Françoise Atlan
7'41
 
Aïcha Redouane
9'21
   
 
Moneim Adwan
5'46
 
Sapho
10'
 
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“ Le Maroc bénéficie d’une situation géopolitique particulière, je dirais même qu’il dispose, depuis plusieurs siècles, d’une situation géocivilisationnelle exceptionnelle (…) Face au grand vide culturel que risque de créer la mondialisation, il devient crucial de trouver les moyens de préserver le patrimoine immatériel qui constitue l’identité des peuples et de leurs valeurs civilisationnelles. ” Mohamed Benaïssa

Ces mots du ministre des Affaires étrangères du royaume du Maroc furent prononcés dans belle ville d’Assilah, petit port de pêche fortifié de la côte atlantique nord marocaine, en ouverture du colloque des 7, 8 et 9 août 2003. Les bases de la Convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée à l’unanimité le 16 octobre 2003 par la Conférence générale de l’Unesco, y furent établies. Et les paroles du ministre trouvent une résonance particulièrement dans le programme de ce jour, où le fruit de démarches artistiques animées des meilleures intentions donnent des résultats extrêmement contrastés.

Musée Batha : Françoise Atlan, Aïcha Redouane accompagnées par l'Orchestre de Fès et l'ensemble Al Adwar
Maroc, France

TRADITION JUDEO-ARABE ET ART DU MAQUAM

Au jardin du musée Batha, Françoise Atlan et Aïcha Redouane font revivre dans un même spectacle des patrimoines musicaux dont elles se sentent infiniment proches : celui des chants judéo-arabes, conservés au sein des familles séfarades depuis la “Reconquista” espagnole (1492) pour la première ; celui du maqâm dit classique, tel qu’il se chantait au début du XXe siècle dans les pays du Proche Orient pour la seconde. Les deux chanteuses ne ménagent pas leurs efforts pour insuffler la vie de leurs passions respectives à des notes, textes et mélodies puisés dans des archives. Elles en ont collectés auprès de musiciens en qui s’est perpétuée la science de maîtres anciens. Mohamed Briouel, directeur du Conservatoire de musique de Fès, est de ceux-là. Héritier du grand maître de l’école arabo-andalouse Gharnâti (originaire de Grenade) feu Hadj Abdelkrim al-Raïs, il accompagne Françoise Atlan non seulement dans les recherches sur la tradition poétique et musicale judéo-marocaine qu’elle mène à Fès depuis sept ans, mais aussi dans l’interprétation des chants.

Les fruits de ce travail de longue haleine sont perceptibles dans la cohésion entre la voix de Françoise Atlan et l’ensemble de Mohamed Briouel. La tournée américaine “Spirit of Fès” à laquelle ils ont participé l’an passé a gommé les imperfections qui paraissaient encore lors de la création de leur spectacle, il y a deux ans, sur la scène de Bab Makina. Comme un bon vin, la musique a mûri. La voix a la saveur du pain d’épice, la rondeur capiteuse des effluves du jasmin. Lorsqu’elle se mêle à la clarté métallique du timbre d’Aïcha Redouane, dont les trois musiciens de l’ensemble Al Adwar se mêlent aux sept instrumentistes de l’orchestre arabo-andalou, c’est une joie pure qui embaume les sens et l’esprit.


Bab Makina : 2éme partie, Sapho et l'Orchestre Oriental de Nazareth
France, Israël, Palestine

Autant Aïcha Redouane et Françoise Atlan semblent respectueuses des traditions, autant Sapho demeure fidèle à son rôle de rebelle. La vocation sacrée de l’ex-poétesse punk du Montparnasse époque Café de la Gare demeure intacte dans son souci de désacraliser. De même que Sid Vicious martelait “My Way” au rythme effréné de sa basse électrique, de même Sapho réserve au “Dormeur du Val”, le poème de Rimbaud enfermé dans les livres de classe, un traitement hard rock. À Oum Kalsoum elle prête les effets de sa voix, à la limite du cri. Interloqué quand la belle rampe à terre au milieu de ses voiles, évoquant le calvaire des réfugiés et victimes des famines en Afrique, le public fassi prend le parti de jouir pleinement de cette soirée contraste. Il chante en chœur décomplexé le thème archi-connu d’Oum Kalsoum repris pour la chanson “Les mille et une nuits”, à peine les violons de l’orchestre de Nazareth en ont tracé les premières notes. Il tape des mains à la demande pressante de l’artiste, qui vient pour le final le chercher dans ses rangs pour monter sur la scène danser à ses côtés. La Déléguée Générale de la Palestine, Leïla Chahid elle-même, dont l’intervention fut très appréciée au colloque du matin, ne boude pas son plaisir et se laisse entraîner dans la danse, tout sourire.


Bab Makina : 1ére partie, Moneim Adwan
Palestine

CHANTS SACRES ET POPULAIRES DE PALESTINE

En début de spectacle, son compatriote le chanteur et luthiste Moneim Adwan ne semblait pas avoir trop envie de sourire en annonçant que les quatre musiciens qui devaient l’accompagner et dont le voyage était programmé quelques jours après le sien, n’avaient finalement pas été autorisés à quitter le territoire palestinien. Aux regrets exprimés par le chanteur, le même public avait applaudi, debout. Sa prestation, accompagnée du joueur de riqq de l’orchestre de Nazareth, eut des accents bouleversants. Le flot aigu de son chant, émaillé de mélismes à la limite du sanglot, parfois incertain au début du concert s’épanouit lors des derniers morceaux en un appel fervent chargé d’inspiration. Monein Adwan aura été ce soir la grande révélation du festival de Fès. Son nom pourrait bien refleurir, “Inch’ Allah”, sur les affiches de bien des festivals de musique du monde.

François Bensignor


L'Equipe de Mondomix en direct de Fès :

Marc Benaïche, Réalisation multimédia & Production
François Bensignor, Textes & Interviews
Arnaud Cabanne, Réalisation vidéo et son
Janine Langlois-Glandier, Associée
Catherine Zbinden, Coordination & Production

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