Dans
la vieille ville de Fès ceinte de muraille, dédale
de ruelles, la porte est un modèle offert à la
pensée.
Franchir le seuil des arches monumentales qui donnent accès à la
médina, c’est se projeter dans l’autre réalité d’un
monde où l’automobile n’a pas droit de cité. Franchir
les lourdes boiseries ouvragées qui signalent l’accès d’un
riad dans les hauts murs aveugles renforçant l’étroitesse
des venelles, c’est pénétrer dans l’univers intime
d’un rêve d’artiste. L’ordonnancement harmonieux des
espaces, des cours, des étages frappe autant que la richesse raffinée
des mosaïques et arabesques ornant murs et voûtes. Tout ici appelle à l’équilibre, à la
mesure, à l’harmonie. Voilà qui fait de Fès une ville
spirituelle.
Musée
Batha : Le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet.
France
LECONS DE TENEBRES
DE CHARPENTIER
En ce samedi après midi, l’ensemble d’Hervé
Niquet, le Concert Spirituel, a donc une place toute naturelle
sous les frondaisons touffues du chêne multicentenaire
du jardin du Musée Batha. Venu en nombre, le public
de mélomanes friands de musiques classiques est traversé
des silhouettes décalées de voyageurs de l’excentrique.
La spiritualité hippie semble encore résister
à la loi des bobos… Les mélodies baroques
s’épanouissent à travers la douceur ombragée
de l’après-midi. Ici encore, la musique d’Antoine
Charpentier ouvre les portes de l’esprit à la
contemplation de la mesure inspirée par le Grand Architecte
de l’Univers.
Bab
Makina
: Youssou
N'Dour et l'orcestre du caire de Fathy Salamh
Sénégal, Egypte
EGYPTE (MESSAGES DE
PAIX)
La nuit venue, une intense effervescence
règne aux alentours de Bab Makina. En groupes compacts,
les Fassis déambulent le long des remparts cernant
la place du concert. Ceux qui ne peuvent pas s’offrir
un billet d’entrée profiteront au moins de la
musique, mais aussi du message…
Ce n’est pas un hasard si Youssou
N’Dour a choisi
la ville de Fès
pour le lancement de la tournée
qui suivra la sortie de son nouvel album, Egypte, dont la
pochette est ornée du nom d’Allah en caractères
arabes. Le répertoire qu’il nous fait découvrir
sur scène est entièrement dédié aux
grands Marabouts qui sont à l’origine des confréries
musulmanes les plus influentes en Afrique de l’Ouest,
et notamment au Sénégal. Or, c’est à Fès
que l’un d’eux, Cheikh Tijiane Cherif, a fondé sa
confrérie, la Tijianiyya. Ses adeptes viennent en
pèlerinage auprès de son mausolée.
L’atmosphère électrique des grandes
premières a sur Youssou N’Dour un effet stimulant.
C’est un homme de chalenge et celui de convaincre ses
auditeurs du message de tolérance contenu dans la
religion musulmane, qui est la sienne, est un défi à la
hauteur de l’ambassadeur international pour l’Unesco
qu’il est aussi. Dans le contexte politique glissant
toujours plus loin vers les affres du conflit religieux,
Youssou N’Dour a choisi de faire entendre une autre
voix. Et quand la sienne s’élève sous
la lune, c’est comme s’il frappait à la
porte du paradis (pour paraphraser Bob Dylan).
Youssou a pris
son temps pour trouver la formule acoustique qui siérait le mieux à sa voix. La conjonction
des arrangements pour violons modernes orientaux de l’Égyptien
Fathy Salamah avec les sons wolofs des sabars ou mandingues
du duo balafon / kora évite tous les pièges
du placage plus ou moins forcé. La capacité d’improvisation
des virtuoses égyptiens au ney et au oud est proprement
phénoménale. Quant aux sabars, ils nous mènent
une danse à rebondir jusqu’au plafond d’étoiles.
Tout de blanc vêtu, Youssou est un prince de la mélodie.
La puissance de son salut au maître de la confrérie
des Mourrides, Cheikh Amadou Bamba, n’a d’égal
que la beauté du timbre étrangement intact
de sa voix. Les huit chansons de l’album ne peuvent
nous rassasier de ce bonheur d’écoute que l’on
voudrait se prolonger jusqu’au bout de la nuit. Youssou
remercie, descend de scène pour aller saluer Viviane
Wade, épouse du président sénégalais
installée au premier rang, puis offre à Fès
un dernier “Tijianiyya”, comme une promesse de
se revoir au seuil de la porte…
François
Bensignor
L'Equipe de Mondomix en direct de Fès :
Marc Benaïche, Réalisation multimédia & Production
François Bensignor, Textes & Interviews
Arnaud Cabanne, Réalisation vidéo
et son
Janine Langlois-Glandier, Associée
Catherine Zbinden, Coordination & Production
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