LUNDI 31 MAI
 
  le tourbillon velouté de leurs voix transporte l’auditeur.
 
 
   
 
Hussein Al Adhami
3'11
 
Meher & Sheher Ali
3'12
 
 
 
 
Meher & Sheher Ali
8'43
 
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L’esprit de Fès illumine le programme de cette journée. La passion maîtrisée à travers le langage de la voix, la métrique des cadences, la cohésion des timbres est l’aliment essentiel de l’art qui est offert à notre écoute.

Musée Batha : Hussein Al Adhami

Irak

CHANTS ET POESIES MYSTIQUES IRAKIENS

Le chanteur irakien Hussein Al Azami donne le ton sous l’ombre douce du jardin du musée Batha. Déjà hier, sa voix profonde faisait vibrer les cœurs des Fassis de tous âges et de toutes conditions rassemblés sur la grande esplanade de la place Bab Boujloud, où sont organisés des concerts gratuits chaque jour en fin d’après-midi. Pour l’ensemble irakien, dont les musiciens ne peuvent quasiment plus se produire en public dans leur pays depuis le déclenchement du conflit armé, ces concerts représentent une grande bouffée d’air. Ainsi nous livrent-ils une longue introduction instrumentale particulièrement enjouée. Constitué d’un oud, d’un qanoun (cithare sur table à cordes pincées), d’une petite vièle à pique jozza (ou djôzé) faite d’une noix de coco, d’un santour (cithare sur table à cordes frappées par de petites baguettes), et d’une derbouka, l’ensemble accompagnant le chanteur est un modèle d’orchestre destiné à l'art citadin de Bagdad, le “tchalghi bagdadi”.

Hussein Al Azami dégage une force vitale formidablement saine. Sa belle introduction vocale se propage lentement à la manière de vastes ondes glissant en volumes circulaires à partir d’une source qui s’épanche goutte à goutte. Les notes du santour, qui reprend en soliste, renforcent l’impression d’une pluie cristalline. Et la chaude résurgence du chant se déchire bientôt en un sanglot chargé d’émotion pure puis apaisé par les : “ Aman ! Aman ! Aman !… ” L’orchestre se ressert autour de la musique en un commentaire émaillé de finesse. Quittant les profondeurs du songe, la voix s’élève, forte, portant très haut le message d’appel. Reviennent les “ Aman ! ” puis le morceau s’achève en une chanson rythmée avec la joie des joueurs de vièle et de qanoun reprenant les paroles en chœur.

Pour ce concert, Hussein Al Azami a souhaité privilégier le côté enjoué du maqâm irakien à l’aspect sombre de certains de ses modes musicaux évoquant tristesse et douleur. Avec le “Maqâm Al Ajam Lusheiran”, il nous gratifie néanmoins d’un de ces moments sublimes, si particuliers à la technique vocale du maqâm irakien, où le pleur devient chant. Une indicible sensation émotionnelle vous envahit soudain, trouble vertigineux où les sanglots sublimés par la voix emportent dans leur flot l’impureté des pensées. En ces instants hors temps, le jardinier, tout à l’écoute, lâche son outil pour contempler la rose dont la lumière jaune orange resplendit d’une aura fragile.


Bab Makina : Meher Ali et Sheher Ali
Pakistan

CHANTS QAWWALI

L’Ensemble Qawwali de Mehr Ali et Sher Ali n’a besoin d’aucun artifice pour prendre possession de l’enceinte imposante de Bab El Makina. Habitués à se produire dans le grouillement humain qui se presse aux sanctuaires des Saints soufis lors de leur célébration au Pakistan, les dix chanteurs imposent la passion de leur musique dès le premier hymne à Ali qui lance leur concert. Lent, mesuré, ce début en l’honneur du beau-frère du Prophète révèle déjà l’originalité du groupe, qui se confirme tout au long d’un concert baigné de magie.

Contrairement à la plupart des ensembles de musique qawwali de notoriété mondiale, dont les prestations reposent sur les effets de virtuosité, d’amplitude vocale, de contraste dans les attaques, celui de Mehr Ali et Sher Ali s’appuie essentiellement sur le jeu des timbres. Entre les voix des chanteurs battant des mains et celles des deux frères, se tissent de délicats frottements, de très savants entremêlements de grains qui portent l’art du chant en chœur à un degré de raffinement rare. Inexorablement, le tourbillon velouté de leurs voix transporte l’auditeur envoûté vers l’illumination.

François Bensignor


L'Equipe de Mondomix en direct de Fès :

Marc Benaïche, Réalisation multimédia & Production
François Bensignor, Textes & Interviews
Arnaud Cabanne, Réalisation vidéo et son
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