kadem Saher étoile du chant arabe a chanté les femmes de Fès  
 
   
Musa Dieng Kala dans les branches du cèdre du musée Batha  
   
Kadem Saher a été élu citoyen d'honneur de la ville de Fès  
   
 
     


Edito 10 juin 2005




Le festival accueille des nomades aujourd’hui, des nomades modernes qui tracent des manières d’être au monde au delà des frontières trop étroites des états. Le Sénégalais installé au Canada, Musa Dieng Kala, a chanté l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba et Kadem Saher, irakien vivant au Caire, a chanté pour les femmes de Bab Makina.

Musa Dieng Kala est mouride, confrérie soufie implantée au Sénégal depuis la fin du XIXème siècle par Sheikh Ahmadou Bamba. La communauté Mouride est très puissante au Sénégal, ses membres sont souvent de riches commerçants qui irriguent le pays des devises gagnées à l’étranger. Diasporique, la culture mouride lance ses ramifications dans le monde. Ses membres dispersés tissent les réseaux d’une communauté transnationale par delà l’Atlantique noire, à l’image d’une Afrique qui comme nous le dit Musa Dieng Kala « a ses racines partout et ses fruits de l’Europe aux Etats Unis ».

Si musicalement le groupe de Musa Dieng Kala n’est pas la perle du Sénégal, le personnage touche. Au milieu de ses musiciens arlequins, il impose sa stature bronze. Il cherche l’énergie de la musique et tente un dialogue avec le public. Puisque nous sommes assis, il s’assied aussi au bord de la scène, mais quand il se relève, le public tranquille du musée Batha ne le suit pas. Pourtant l’audience apprécie sa voix chaude, sa philosophie pacifiste qui engage à l’action et les acrobaties de son flûtiste peuhl, mais au musée, les démonstrations restent contrôlées.

La musique bien qu’annoncée comme méditative est plutôt légère, portée par les belles arabesques de la flûte peulh. Une guitare et une batterie discrète forment la marque créole des voyages et des expériences de Musa Dieng Kala.

Kadem Saher avait enflammé la place Boujloud hier, cet irakien vivant au Caire s’inspirant de la poésie syrienne et étoile du chant arabe a été adopté par les fassis qui ont fait de lui l’un des citoyens d’honneur de la ville. C’est donc porteur de cette citoyenneté arabe qui relie Damas à Fès que Kadem Saher, beau comme un camion dans son costume sombre, s’est avancé sur la scène de Bab Makina,. Kadem Saher est une vraie star, sur son passage les femmes défaillent. Il a des airs de chanteur de charme, mais attention s’il est respecté dans le monde arabe c’est parce qu’il ne chante pas « n’importe quoi » m’a dit Saleha. Il puise dans les poèmes du syrien Nizzar Kabbani et construit son univers musical comme un griffonnage d’enfant qui « continuerai à croire au bleu du ciel » ou comme « une ville où gouvernent les femmes, chaque bouche close dans mon royaume dit ce qu'elle veut, chaque sein effarouché peut comme il lui plait s'envoler ou se poser ». Ses textes se conjuguent au féminin pour chanter la condition des femmes dans le monde arabe, la difficulté de trouver la voie de l’amour dans le carcan des normes comme dans cette déclaration d’amour inachevée :
Je te dirais je t'aime
Quand je serai guérie de ma névrose
Quand je deviendrai une seule personne
Je le dirai quand seront réconciliés en moi la ville et le désert
Quand toutes les tribus quitteront les plages de mon sang
Quand je me libérerai du tatouage bleu que les sages du tiers-monde ont gravé sur mon corps
et de toute les ordonnances de la médecine arabe que durant trente années j'ai subies.

Le public de Bab Makina, les téléphones portables en mode vidéo braqués vers la scène, reprend les textes. Les femmes voilées ou non, sont venues avec leurs filles, leur mari ou leurs fils et on sent des ondes de fierté parcourir l’assemblée.
Porté par une orchestration sucrée comme un loukoum dans la plus pure tradition de la variété arabe, il impose une voix singulière et invite à des voyages sensibles en terre féminine.
"Quand j'ai fait route sur tes mers, ma reine
je ne regardais pas les cartes
je ne portais de canot ni de bouée
mais j'ai vogué vers ton feu comme un bouddha
et j'ai choisi mon destin
Mon bonheur était d'écrire à la craie mon adresse sur le soleil
et sur tes seins de construire les ponts"

Nizzar Kabbani                    


Emilie Da Lage




 
   
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