GALERIE PHOTO 10 JUIN   EDITO 10 JUIN 2006
 
 

Salif Keïta et ses musiciens offrent un superbe concert final entre danse et émotion


Edito 10 juin 2006

Le soleil s’enfonce sous le tapis ouaté des hautes brumes, pâle projecteur éclairant le lavis monochrome du paysage terre de Sienne. Sur le tarmac tiède, nos pas rejoignent la passerelle. Mais nos pensées têtues demeurent enlacées au tourbillon de musiques qui les a fait danser, rire et pleurer pendant dix jours. Fès, ville sereine aux mille mystères, tes rendez-vous sont doux comme la corne de gazelle. Tu vas te rendormir et nous rêverons de toi en attendant d’autres printemps. Fès, ville de contrastes, que les joyaux de ton passé t’aident à bâtir un meilleur avenir pour tes enfants. Qu’ils trouvent en toi de quoi nourrir leurs besoins de futur et qu’à travers tes événements ils apprennent à mieux se connaître au contact avec l’autre.

Trois grâces
Ce dernier jour se décline harmonieusement sur la thématique du festival. Afin de consacrer l’union des pays frères du Maghreb, le concert de l’après-midi réunit trois belles voix de femmes. Le public marocain s’est déplacé en nombre pour écouter l’une de ses divas nationales, Karima Skalli, entourée de Nassima, Algérienne de Paris, et de la Tunisienne Leila Hejaiej. La première s’adresse au public en arabe, la seconde en français, la troisième en anglais.

Appartenant à la même génération, chacune d’elles a acquis une belle maîtrise du chant arabe classique. Karima et Leila ont chanté à l’opéra du Caire. En 2001, la première était l’une des quatre chanteuses participant à la tournée “Hommage à Oum Kalsoum”. Quant à Nassima, elle se consacre au répertoire arabo-andalous Gharnati. Sa voix capiteuse aux reflets d’ambre touche l’auditoire, qui reprend ses refrains, connus dans tout le Maghreb. Chacune possède sa couleur et son identité vocale personnelle. Celle de Leila sonne à la fois plus égyptienne et plus occidentale dans son approche. Celle de Karima s’épanouit dans un registre aigu, où l’héritage des voix berbères nasalisées donne à son timbre un éclat tout particulier. Le public de mélomanes qui s’est donné rendez-vous là savoure ce florilège d’extraits de musiques cousines qui constituent le patrimoine commun des cultures maghrébines.

Ambiance
Au moment où le cercle plein d’une lune laiteuse s’élève au-dessus de la porte crénelée de Bab El Makina, la face ronde et pâle de Salif Keïta, tombé à genoux à l’avant-scène, s’adresse à son public : « La musique, c’est spirituel, mais danser aussi, c’est spirituel. Alors levez-vous et dansez !… S’il vous plaît ! » Six mille corps se dressent, emportés par l’élan irrésistible d’un groupe rôdé par plusieurs mois de tournée. Mélange d’électrique et d’acoustique, la machine groove à la perfection, stimulée par les “Fofofofoy !” volontairement rauques du chanteur sur “Ladji”. Après une envolée sur sa calebasse, le percussionniste loge un petit tama sous son aisselle et entreprend de faire monter la tension. La danse s’empare de tout l’espace. “Calculer”, avec sa partie de guitare congolaise et sa basse en slap, puis “Kamoukie”, avec le contrepoint rythmique du kamele n’goni, poursuivent la dynamique. Les corps transpirent, de grands sourires restent imprimés sur les visages.

Les lumières s’éteignent. Seul avec sa guitare, Salif se fait mélancolique : « Dans l’avion, j’ai rencontré une femme qui a perdu son ami… Je lui dédie cette chanson. » Le silence, si rare ici, installe une impression d’intimité. Les deux choriste rejoignent le chanteur pour “Bobo”, qui finit dans un souffle, tout doux, tout doux : « Chéri tu me fais bobo… » Les musiciens reviennent et l’ambiance redémarre de plus belle. Des petites filles sont invitées à monter sur la scène. Le public acclame les artistes qui saluent. Il ne veut pas laisser partir Salif, qui revient seul, ébauche le refrain de son superbe duo avec Cesaria Evora : « Je t’aime, mi amor… », puis disparaît. Quel beau concert !

Commande
“Cantate Mare Nostrum” est l’aboutissement d’un travail organisé sous le label “Mômeludies”, qui dans un cadre pédagogique permet à des enfants d’être acteurs d’un spectacle musical. Composée et interprétée par Romain Didier, écrite par Allain Leprest, chantée par Enzo Enzo avec un chœur d’adolescents de Fès et de Savoie sous la direction de Gérard Authelain, cette création rassemblait aussi un grand orchestre de jeunes instrumentistes des deux pays. Le projet, coproduit par l’Ambassade de France au Maroc, l’Institut français de Fès et le Festival de Fès s’est construit sur deux ans. La création bénéficiait du savoir faire de professionnels de la chanson confrontés à la passion de jeunes amateurs. C’est sur cette ode à la fraternité entre les peuples des deux rives, fruit d’un échange entre jeunes Français et Marocains, que s’achevait la 12e édition du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde.

François Bensignor

 
   
 

Karima Skalli, Nassima et Leila Hejaiej


 
   
 

Salif Keïta en pleine forme


 
   
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