GALERIE PHOTO 9 JUIN   EDITO 9 JUIN 2006
 
 
Aygun BaylarL, jeune chanteuse azérie au talent généreux


Edito 9 juin 2006

En ce jour de prière musulmane, deux grands bonheurs nous sont offerts. La découverte du talent généreux de la jeune chanteuse azérie Aygun Baylar et un précieux moment d’extase à la soirée soufie “Madih et Samaâ”.

Magie du mugam
Concentré d’optimisme, ce petit bout de bonne femme toute en rondeurs musculeuses, possède de beaux grands yeux verts d’eau. Son visage de pleine lune s’illumine sans cesse de rires en éclats. Si certains considèrent le mugam azéri parmi les arts austères, Aygun Baylar leur apporte le démenti formel de sa passion et de son enthousiasme. Toute entière habitée de son chant, elle met chaque partie de son corps à contribution pour en extraire les sonorités les plus essentielles. Perpétuellement en mouvement, elle trouve la puissance de la note. Sa danse assise étrange fait de son corps un instrument.

Elle va chercher au plus profond d’émouvantes intonations d’enfant et sait utiliser le temps du chant long pour que monte à ses lèvres la parole des légendes. Sa technique prodigieuse peut être évaluée au niveau de celle de son génial aîné Alim Kasimov. C’est d’ailleurs l’un des musiciens réguliers de celui-ci, Asadullayev Togrul Mirnazim, qui l’accompagne au kemanche aux côtés du joueur de tar Gurbanov Rovshan Oktay. Tous trois s’écoutent, se regardent et nous emportent dans la course des mugams, à travers les torrents des montagnes et les vallées profondes et les déserts poudreux, où les chevaux ailés des poèmes épiques projettent leurs héros vers des mondes magiques.

“Madih et Samaâ”
C’est une autre magie qui préside à la soirée soufie. Un moment de partage profondément humain, où le chant collectif de poèmes mystiques a le pouvoir d’élever l’âme au-dessus des contingences de ce bas monde. À l’heure où le soleil disparaissait, la pluie du ciel nettoyait la poussière des rues. L’espace de Bab El Makina, rafraîchi et bondé, résonnait des accords sirupeux d’une variété arabo-égyptienne datée et sans âme. Le crooner tunisien Saber Rebaï réussissait sans coup férir son numéro de gendre parfait devant un public parfumé. Pourtant sa belle voix ténor avait du mal à effacer l’impression de mollesse pesant sur ses musiques et son orchestre pléthorique.

À nous les joies plus simples des confréries soufies. Le Festival de Fès des musiques sacrées du monde est sans doute l’un des seuls à proposer cette proximité non factice entre un public profane, cosmopolite et une pratique spirituelle dont les rameaux multiples irriguent et influencent la société marocaine dans son entier. Ce vendredi propose l’un des moments les plus forts. Guidé par les Sadates de la zaouia chantant avec ferveur le nom de Sidna Mohamed, nous effleurons du doigt la transcendante vitalité artistique d’une poésie musiquée toujours en prise avec ses fondements séculaires. De telles nuits soufies, peu savent en offrir.

François Bensignor

 
   
 

Aygun Baylar fait de son corps un instrument
 
   
 


 
Le Tunisien Saber Rebaï  
 

Dans la ferveur de la conférie
 
   

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