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La journée se termine calmement sur la Medina alors que la dernière soirée du festival s'annonce longue...

Édito 9 juin 2007

Le goût du départ : un mélange de nostalgie et de sourires -souvenirs pleins la tête. Déjà. Des cadeaux offerts à soi-même, non marchandés parce qu’inestimables. Le temps de faire ses valises ; celui de faire le tri. Jeter les rares moments “faiblards” du séjour –fatigue, passages à vide- pour ne conserver que les meilleurs : potes rencontrés, fous rires. La musique, bien sûr. La ville, surtout, au-delà de toute espérance. Cité magique qui, derrière de vieilles grilles rouillées, dissimule de fastueux palais, et des fêtes interlopes. Cité ocre et sèche, urbanisme d’or, d’Orient, capitale de la culture. Fès : ville plus fantasmée que visitée, par manque de temps. Sa présence enveloppante, aura consolatrice, établit la liste dressée de ses promesses, à voir, promis. Une place visitée, non par les itinéraires balisés de guides de voyage, mais au travers le prisme d’un festival. Un autre visage.

Le goût de l’ultime : pénétrer, une dernière fois, le jardin du musée Batha, comme une cérémonie, un rituel. Saluer "mon copain le chêne", s’arrêter sur ses nœuds, évaluer son impressionnante envergure, rêver d’une sieste sur ses branches, envier son âge et sa sagesse. Cueillir une fleur, alors que résonnent les premières notes de Waed Bouhassoun. Vêtue d’une somptueuse robe violette confectionnée pour l’occasion, la chanteuse syrienne, d’une beauté altière, offre un spectacle plein de grâce. Loin des discours pompeux, elle avoue avoir découvert Roumi il y a un an, pour la préparation du festival. Un coup de foudre, évoqué avec humilité, et joué dans l’intimité d’un tête-à-tête avec son luth. Sérieuse, les yeux pétillants, Waed Bouhassoun chante bien, comme tous les artistes présents depuis dix jours. Ce qui la distingue : une authenticité, une sincérité, ainsi qu’un profond respect envers son art et les textes de Roumi. Une modestie, que tous les musiciens devraient, au minimum, posséder. Hélas.

L’après-midi se prolonge avec la chanteuse ouzbèque Nâdira Pirmatova, la voix du Shash-maqam, accompagnée de Shurat Nabiev, grand joueur de tanbur. Entre les deux : une parfaite harmonie et une complicité solide, qui donne sens et sublime cette musique classique d’Asie Centrale, d’inspiration soufie. Fin du concert. Rangement des chaises et serrement de cœur.

A Bab Makina, le final se veut explosif : du gospel à gogo avec le London Community Gospel Choir. Paix et amour dans le monde, alleluia. Si louable soit l’intention, l’ensemble manque cruellement de groove, les arrangements batterie-synthé flirtent avec le mauvais goût, et le son laisse, encore une fois, à désirer. Pas grave. Lors de "Happy Days", la dernière chanson, toute l’organisation du festival relâche la pression et savoure la fin de ces “jours heureux”.

L’aventure s’achève. Il y aurait encore tant et tant à dire, des dédicaces à lancer : au personnel du backstage -Zineb, Brahim, Jawad, Hassania et les autres- qui comblèrent agréablement les attentes avant les interviews ; à Ali, vendeur de thé touareg ; à Omar, “journaliste personnel”. Encore tant et tant à dire. Imprimer l’émotion, essayer d’exprimer l’essentiel. Ne pas toujours y parvenir. Pour l’heure, le mot “fin” s’impose. Tous les départs devraient être soudains.

Anne-Laure Lemancel

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Waed Bouhassou
Waed Bouhassoun
Gnaoua de la rue

Nâdira Pirmatova
Nâdira Pirmatova


Nadia Benjelloun
Nadia Benjelloun, directrice des Rencontres de Fès et directrice internationale du festival
Jahida Wehbé



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