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  Photo du festival de Fès
Edito du festival de Fès
En direct du festival de Fès des musiques sacrées du monde
 
Photo du festival de Fès
Fouad Bellamine - Acryique sur toile. (Photo : Jean-Claude Laffitte)

Question de lumière

Venir à Fès, en cette quatorzième édition du festival des Musiques sacrées du monde, c’est marcher au-devant d’une méditation sur la lumière.

Celle qui vient d’en haut, crue, implacable et brûlante, découpant le bleu profond du lac de barrage sur le gris laiteux des collines rebondies, dessinant les courbes de niveaux avec les points vert sombre des oliviers.

Celle qui se reflète dans l’œil de la Princesse Lala Selma quand, sur le tapis rouge, altière dans son cafetan blanc au drapé scintillant, elle répond aux vivats des femmes qui vantent sa beauté.

Celle qui irradie de l’intérieur ce pèlerin sénégalais, Tidjane nimbé de grâce, laissant pour un instant le lieu de purification derrière le lourd ventail de la mosquée, afin d’humer la nuit de la médina.

Lumière & couleurs

En ouverture du festival, l’exposition “Les racines du ciel” présente à la galerie Dar Tazi des œuvres des peintres Mohamed Abouelouakar et Fouad Bellamine réunies dans la collection élaborée par Attijariwafa bank. Si ces deux peintres marocains interrogent la lumière, ils questionnent aussi l’éloignement des racines culturelles.

Originaire de Fès, élevé dans le labyrinthe de la médina, Fouad Bellamine vit aujourd’hui entre Paris et Rabat. Les œuvres qu’il présente ici sont les traces rémanentes d’émotions d’enfance. Réalisées en France, elles évoquent la violence des murs qui enferment, la puissance spirituelle des dômes et des coupoles, la fulgurance verticale de l’inspiration libérant des carcans. Mais toujours au cœur du geste amoncelant dans un déferlement les couches de matière, la lumière de la porte, un au-delà possible.

Mohamed Abouelouakar propose une fantaisie sublime sur le monde des vivants. Son discours onirique s’est frotté aux maîtres russes. Né à Marrakech, c’est à l’école de cinéma de Moscou qu’il s’éprend follement de la poésie de Marc Chagall. Elle transparaît dans ses grandes toiles. Quant à ses miniatures sur écorce de bouleau, elles procèdent du raffinement technique de l’icône. Chez lui, l’art byzantin se fond dans une modernité fantasque. De ce point de vue, l’œuvre d’Abouelouakar présente un cousinage certain avec celle, mystique et sublime, du cinéaste et plasticien géorgien Serguei Paradjanov.

Musique & lumières

Cette année, Fès célèbre le 1200ème anniversaire de sa fondation. On dirait Noël, avec ces guirlandes de lumières qui parent les avenues. Encadrant la scène dressée devant la porte monumentale de Bab El Makina, des affiches annoncent “Les Marocains fêtent leur histoire” ou “Douze siècle de la vie d’un royaume”. Le rituel d’ouverture est à la hauteur de l’événement.

À 8h le tapis rouge qu’empruntera son altesse royale est découvert de son film plastique. Le défilé de toilettes et personnalités conviées à cette soirée — sponsorisée notamment par l’ambassade de France et la Caisse d’Épargne — peut commencer.  De la seule meurtrière percée dans la tour carrée, côté jardin, s’élève la voix de Jessye Norman, si chère aux wagnériens. Les feux mordorés du soleil laissent la place aux projecteurs et le ballet des hirondelles à celui, plus diplomatique, des hôtes de la reine.

Conçu en crescendo, le répertoire proposé par Jessye Norman, avec l’Orchestre lyrique régional Avignon Provence dirigée par l’Américaine Rachael Worby, nous entraîne des climats baroques et feutrés du Messie de Haendel vers la passion populaire des standards du gospel : “Want two wings”, “Swing low, sweet chariot”, “Amazing grace”… Après un intéressant détour par Duke Ellington, arrangé pour orchestre symphonique, la voix de la cantatrice américaine peut montrer la mesure de sa puissance. Si les feux de son art vocal paraissent parfois légèrement ternis au cours de ce spectacle, la tessiture et la couleur de son chant demeurent inimitables. Elle s’épanouit dans la lumière, rend un hommage à la Princesse, puis rejoint l’ombre de la tour, laissant rayonner sa légende.

François Bensignor

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