Question de foi
En ce jour de shabbat, la question de la foi devient le centre d’attention. Elle habite le cœur et la voix des artistes qui nous submergent d’émotions.
Cette foi est la leur et leur musique la fait sienne. Nous sommes assemblés, offerts au mouvement des sons. Nous attendons la flèche qui ouvrira la porte du mystère.
Pendant que les pasteurs et guides spirituels entraînent leurs troupeaux aveugles, les musiciens dévoués à l’art de la foi ouvrent aux sens la parole des mondes.
Ghada Shbéïr
Quel étudiant en spiritualité ne rêverait de suivre l’enseignement de Ghada Shbeir ? Gageons que quelque vocation soit née dans la chaleur de cet après-midi sous la ramure du chêne séculaire. Car la femme splendide, dont la voix souffle sur le jardin des visions fugitives d’anges et de chérubins, est investie d’une connaissance rare. Professeur à l’Université Saint-Esprit de Kaslik au Liban, Ghada Shbeir est une spécialiste du chant syriaque en araméen. Ces dernières années, elle consacre sa recherche aux textes liturgiques conservés dans les monastères maronites. Ils témoignent d’une culture très ancienne héritée de l’Orient préislamique. En ces temps où l’écriture était sacrée, rare et secrète, la graphie des poèmes induisait la mélodie chantée par les moines. Considérant la force de sa foi, ils ont fait Ghada Shbeir dépositaire de cette science avant qu’elle ne se perde. Et comme ils ont bien fait ! Le velours sombre de sa voix dévoile les joyaux d’un trésor qui servit à forger les traditions de Méditerranée.
Qawwali / Gospel
L’expression de la foi afro-américaine saura-t-elle se mêler à celle des soufis pakistanais ? Cette question animait le microcosme des musiques du monde depuis qu’Accords Croisés, mené par le producteur franco-iranien Saïd Assadi, en a lancé l’idée. Fort du succès de la rencontre entre des flamencos et les qawwali de Faiz Ali Faiz, groupe fétiche de Martina Catella qui conçoit le projet, le tandem s’engageait avec une foi déterminée. Le challenge n’était pas gagné d’avance. D’abord approchée, Bernice Johnson Reagon se désiste à mi-parcours. Craig Adams reprend le flambeau avec son groupe, The Voices of New Orleans. La fougue populaire de ses prestations conviendra-t-elle ?
La réponse est tombée, hier, avec l’ovation debout du public fassi, hurlant sa joie. L’intensité de ce spectacle, dont le festival accueillait la création, a dû se propager par-dessus la muraille élevée jusqu’au cœur de la ville. C’est samedi soir et Fès célèbre le rituel de la fin de semaine comme ailleurs, au milieu des klaxons, sur les terrasses illuminées des rues aux airs de fêtes. La transe du boogie-woogie s’est emparée du scat mystique de la voix d’Ali Faiz. La monodie modale des Qawwali a absorbé les harmonies chromatiques du chœur gospel. La force de chaque ensemble s’est combinée à celle de l’autre dans une union de paroles sacrées. Après l’apothéose d’un magnifique “Amen/Amine”, il était encore quelques invités français pour regretter que le spectacle s’achève avec le nom d’Allah. Laissons les à leurs chimères de ministère de l’exclusion…
François Bensignor
N.B. : Qawwali/Gospel jouera à la salle Pleyel le 24 novembre 2008 |