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  Photo du festival de Fès
Edito du festival de Fès
En direct du festival de Fès des musiques sacrées du monde
 
Photo du festival de Fès
Entre chaque mouvement de l'oeuvre de Joseph Haydn, le comédien
Michael Lonsdale fait la lecture d'un texte du philosophe Michel Serres.

Question de croyance

Encore prétextes aux plus violents conflits contemporains, les paroles enfermées dans les livres sacrés ne cessent d’appeler le commentaire. Croire, peut-être, mais qui, dans quel but et pour quelle raison ?

Les Saints étaient pasteurs. Leurs sources étaient d’eau pure. La destinée de l’Homme d’aujourd’hui se joue dans le secret des banques et le visqueux liquide noir est seul à étancher sa soif de présent.

Si les demi-dieux du monde global détournent à leur profit l’une des dernières paroles du Christ : “Pardonnez leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font”, leur paradis virtuel les dispense-t-il de jugement ?

Quatuor Ysaÿe

Plusieurs années de soins attentifs donnent au jardin du musée Batha des allures d’Eden. On y respire la rose et le jasmin. Il y verdit le basilic et les petites tortues contournent les oranges roulées à terre dans les bosquets aux pieds des arbres. Même les petits cris d’un oisillon tombé du nid ne parviennent pas à altérer la calme sérénité de cet espace offert aux caresses du vent.

Peut-on rêver plus judicieux écrin à la délicatesse du Quatuor Ysaÿe. Son interprétation d’une des plus belles pièces de l’œuvre de Joseph Haydn, “Les sept dernières paroles du Christ en croix”, est une source de jouvence. La cohésion extraordinaire des quatre musiciens parvient à débusquer la quintessence du discours harmonique jusque dans les formules les plus élaborées de la composition. De sa complexité émane l’épure d’un verbe musical dont la charge émotive se plaît à stimuler le travail de l’esprit. La belle voix de Michael Lonsdale énonçant, à la manière d’une conversation intime, le texte de Michel Serres invite à cheminer toujours plus loin dans la pensée. La naissance du Christ comme parabole de l’adoption, du choix de filiation. Sa soif sur la croix comme une aspiration à l’amour, à l’immortalité. “Tout est consommé”, sa dernière phrase avant que de remettre son âme entre les mains du Seigneur, comme un appel à cette question : “À la fin, qu’aurons-nous fait en somme ?”

Hadra

Celle-ci effleure à peine la conscience de mon voisin à Bab El Makina. Il est venu pour applaudir “Hadra”, imposant spectacle issu du travail du metteur en scène Fadhel Jaziri avec des membres éclairés de confréries tunisiennes. Ce concept à permis, en partie grâce au soutien de la major Universal, de redonner à la réalité musulmane du Maghreb contemporain le sens que lui confère la mystique soufie. Farouchement confiant dans sa foi, mon voisin, donc, tenta de me convaincre — au court d’une de ces conversations fort civiles dont tant de Marocains, et notamment à Fès, détiennent le secret — qu’il serait dans mon plus grand intérêt de me convertir à l’Islam.

M’interrogeant sur ce que je pensais qu’il y avait “après” (sous-entendu la mort), il asséna son argument définitif, certain de forcer ma résistance d’athée : « Si tu deviens musulman, tu iras au Paradis ! ». Cette belle idée est sans doute implicite au message que répètent chaque jour à heure fixe les haut-parleurs des mosquées. Et les textes entonnés par la bonne trentaine de musiciens, chanteurs et danseurs participant à la “Hadra Tounisia”, n’allaient certainement pas la contredire. Pourtant, ni la modernité populaire des arrangements, ni la belle voix de Lofti Bouchnak, ni la pompe et l’encens, ni la ferveur du public fassi n’ont déclenché ma conversion. Question de croyance !…


François Bensignor
  Vidéo du festival de Fès
  Interview et concert du Quatuor Ysaÿe...

  Vidéo du festival de Fès
  Interview de Fadhel Jaziri, metteur en scène du spectacle "Hadra".

 
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