Question de convergence
Les Amoureux de la musique sont comme des pèlerins. Ils parcourent le monde, attentifs à la rumeur des sphères. Au cœur des rues de Fès, ils savent que se trouve la nourriture dont a besoin leur âme.
L’art des confréries entretient dans la ville un feu qui ne s’éteint depuis l’ancienne Andalousie. Cet art n’est pas à vendre. Il est une somme de connaissances élaborées par accumulation et transmises par le canal des hommes.
Le chercheur au cœur pur verra briller le feu. Celui qui considère la valeur des gens simples pourra boire à la source de cette connaissance, sur le chemin du son originel, révélée dans la communion du jeu.
Madhup Mudgal
Les éventails qui s’agitent n’ont pas raison de l’air torride qui a pris possession du moindre recoin d’ombre. Pourtant Madhup Mudgal n’a aucun mal à réveiller les esprits de la torpeur ambiante. Le répertoire qu’il a choisi est en effet fort éloigné des longs développements de l’art vocal classique hindustani, dont il est un brillant dépositaire. Le programme de cet après-midi est consacré à une douzaine de petites pièces dévotionnelles de la Bhakti. Les plus vives, populaires, faciles à fredonner, s’adressent aux déités du panthéon hindou : Rama, Krishna, Vishnou… Les plus méditatives évoquent l’essence divine manifestée à travers toute chose. La voix est belle, enveloppante : un instrument capable des variations les plus exquises, dont l’apparente simplicité des mélodies évoque la permanence de la beauté du monde.
Ismaël Lô
Ouvert par la rencontre, au hasard des ruelles, d’un pèlerin tidjane et grand lettré soufi venu du Sénégal, notre voyage s’achève en compagnie d’un autre membre de la Tidjaniya. Ismaël Lô, dont c’est le premier voyage à Fès, est plein d’une émotion sereine. À peine arrivé dans la ville sacrée, il s’est rendu au mausolée de Cheikh Tidjane Chérif, pour rendre hommage au fondateur de la confrérie.
Les concerts d’Ismaël et son groupe sont toujours des moments de partage, voués à la fraternité des relations humaines. Sa musique rayonne, peignant sur les visages des spectateurs toute la gamme des expressions qui traduisent la joie. Mais ce concert sera surtout marqué par la rencontre exceptionnelle, sur la scène de Bab El Makina, avec les membres de la confrérie Hamadcha de Fès dirigés par Abderrahim Amrani Marrakchi. Mondomix était là pour capter l’événement, et vous donne rendez-vous pour la prochaine édition du festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde du 29 mai au 6 juin 2009.
François Bensignor
Épilogue
Lourds de fatigue, mes yeux se ferment. Mon rêve s’ouvre sur un poème de Tahar Benjelloun composé pour une toile de Fouad Bellamine dans l’ouvrage cosigné pour les Amis de Livre Contemporain :
« La lenteur prend le temps en traître
Le corps s’assoupit et la parole respire
C’est le chemin vers le silence souverain
Le château intérieur
Les espaces infinis où scintille
L’ultime clarté du jour éternel »
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