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Hommage à la culture Haïtienne


Depuis le 10 janvier 2010, date du tremblement de terre terrible qui a touché l'Ile, Haïti vit un drame sans précédents. Si le pays est petit et très pauvre, sa culture est immensément riche. Nous lui rendons hommage en publiant un texte d'Arnaud Robert paru dans Mondomix en Mars 2008.


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"La musique en Haïti accompagne le geste"


Ils détalent. Nuit de carnaval, sur les mornes qui cerclent Portau- Prince. Les ensembles rara brandissent leurs trompes en métal de récupération ; elles soufflent en quinconce. Ce sont des jeunes gens qui en appellent à la foire, dont on perçoit le vrombissement mais dont on ne voit en général que le dos tant le cortège file. La musique en Haïti est un décor accéléré. Sur la route de Léogane, le long de la seule voie qui mène au Sud, les fanfares défient les sound systems. Artillerie de pétoires à pistons, pas d’uniformes, et des filles qui demandent 50 Cent ou la dernière scie de Dominicanie, patrie voisine, ennemie, mais qui fait danser.


La musique en Haïti accompagne le geste. Quand Jean-Bertrand Aristide, ancien président à l’oeil figé, prenait son avion vers nulle part, la rue s’agitait. Partisans. Opposants. Sur les mêmes chants aux paroles détournées. Formule politique, poétique, sur le pavé. Les orchestres dits "rasin", racine, avaient plutôt choisi le parti des contestataires. Le groupe haïtien le plus célèbre, Boukman Eksperyans, un temps produit par l’Island Records de Chris Blackwell, avait pris le maquis. Sur un reggae d’apparatchiks, puisé au vaudou des plaines du Nord, Boukman chantait encore la liberté. Et le groupe RAM, dont le patron gère l’Hôtel Olofson (une bâtisse coloniale en miettes où Graham Greene a écrit Les Comédiens), RAM réanimait les jeudis soirs dans le lobby. Une musique pop qui met les jeunes âmes en transe. Et personne ne s’en inquiète de ces possessions légères que le rythme induit.


Musique des racines, oui. Mais aussi musique de corps, prémisse du zouk, le compas. Inventé dans les années 60 par Jean-Baptiste Nemours, porté par le Tabou Combo, ce tempo à deux temps fonde les rengaines insulaires. Il n’y a pas un cabaret, même en temps de guerre sociale, où les hommes renoncent à inviter les filles pour s’y coller. Le compas est cela, avec sa production de masse, mâchée par des dizaines de stations radio. Ils parlent d’amour sans se soucier du temps qu’il fait. Ils aspergent le bruit ambiant. Depuis le tarmac de l’aéroport Toussaint-Louverture qu’un ensemble de troubadours tient sous une chaleur effrayante, pas pour les touristes mais les casques bleus et la diaspora, au son de "Haïti Chérie". La musique en Haïti est souvent si douce qu’elle vous fait l’effet de ces liqueurs de rhum rougies par le sucre. Sauf la voix de James Germain, albinos de Paris, qui exige (comme Harry Belafonte, comme David Walters) que la pluie tombe dans un "Mesi Bon Dyè" aux larmes sèches.


Sauf la voix de Azor, prêtre houngan qui rit large, mais se jette dans une ballade à guitare dès qu’il a quitté son temple ; il dit "Bye Bye" à une femme, sur un quai décrit par Syto Cavé. Sauf la voix de Boulo Valcourt, grosse bouille dans une arrière-cour pleine de chiens, qui a créé Haitiando en réponse à Africando et qui travaille ses cordes comme Baden Powell. Sauf, enfin, les rappeurs, qui font le gros de la production actuelle. Un soir, sur un terrain vague cadré de barricades, des milliers d’adolescents sapés comme à Brooklyn se jettent devant la scène. Défilé des petites consciences manifestes, qui scandent en créole la misère et l’oubli. Avec les mêmes mots que les gamins bouffis des banlieues cosmopolites dont ils s’inspirent.


Sur le bitume du quartier Canapé Vert, le gigantesque portrait d’un Wyclef Jean remusclé qui boit à la santé des assoiffés un cola local. Publicité pour la réussite, l’Amérique, les ghettos entrés à la télé. Beaucoup de rappeurs de Cité Soleil, de Bel Air, qui jouent aux gangstas avec de vrais flingues, vénèrent cette ascension.Les États-Unis sont si proches, qui renvoient leurs criminels d’origine haïtienne sur une île qu’ils ne connaissent plus. Forcément, les déportés marquent le hip-hop d’Haïti. Mais ce pays, cet infime pays qui ne possède qu’un tiers de petite terre, ne se situe pas seulement dans la parodie d’autrui. Il faudrait refaire cette histoire. Celle de l’influence haïtienne sur les musiques des caraïbes mais aussi américaines. À la Nouvelle-Orléans, territoire de fuite après l’indépendance de 1804, on ne compte plus les inventeurs de jazz (Louis Armstrong, Jelly Roll Morton) dont la génétique remonte à Port-au-Prince. Pas besoin de remonter si haut. Aujourd’hui, malgré le pétrole dont les ultimes gouttes sont essorées par les génératrices, il est des studios en Haïti qui fomentent du swing lambi, des vers érotiques, sur une langue qui est le ciment de l’identité haïtienne. Et un chant, que les cours du vaudou, les discothèques de l’élite, les bals du Champ de Mars et tous ces lieux où la musique est une résistance, partagent.


Texte Arnaud Robert
Photographie Alex Troesch



- Les familles françaises ayant de la famille ou des proches à Haïti peuvent contacter le centre de crise du Quai d'Orsay au 01 45 50 34 60.
- Faire un don à la Croix Rouge
- Faire un don à la Fondation de France



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- Haïti meurtrie par un séisme d'une rare violence



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