FR édition française
EN english edition
ES versión española
IT versione italiana

   
Inscription à la Newsletter   ok
ok
Le magazine des musiques en couleurs

LE MAGAZINE DES MUSIQUES EN COULEURS

Voyage musical

Musiques des guyanes et du Brésil
Brésil, Cuba, Jamaïque – ce triangle d or a davantage influé sur les musiques du monde que tout autre pays, toute autre région.

Voyage musical

Musiques des guyanes et du Brésil
Brésil, Cuba, Jamaïque – ce triangle d or a davantage influé sur les musiques du monde que tout autre pays, toute autre région.



Musiques des Guyanes et du Brésil


Réagir



Désordre et progrès
Brésil, Cuba, Jamaïque – ce triangle d’or a davantage influé sur les musiques du monde que tout autre pays, toute autre région. Outre leur situation géographique au carrefour des Amériques, de l’Europe et de l’Afrique, tous ces pays ont un point commun : l’esclavage. Ce sont les captifs africains qui ont inventé au fil de leur martyre les formes musicales les plus riches en émotions, les plus innovantes, les plus dansantes aussi. Colonisé par le Portugal, le Brésil devient en 1822 un empire indépendant gouverné par la famille royale portugaise en exil. L’esclavage n’est aboli qu’en 1888, un an avant l’instauration de la république. Puis se succèdent putschs militaires, dictatures et crises économiques, sur fond de corruption accentuée par la richesse de cet immense pays. Aujourd’hui encore, le génocide des Indiens se poursuit, peu à peu expulsés de leurs derniers réduits de la forêt amazonienne par les chercheurs d’or, les perceurs de routes et les grands propriétaires terriens.

Feu de tout bois
Tout est bon aux Brésiliens pour créer des rythmes : claquements de mains, battements de pied, ou tout instrument de la vie quotidienne susceptible d’engendrer une pulsation. La langue portugaise a amplement démontré qu’elle est le véhicule rêvé de tous les sentiments, de la saudade, le blues du Portugal et du Brésil, à l’allégresse. Autour de ce mélange entre rythmes et langue, c’est à Rio de Janeiro que se développent au XIXe siècle le choro, le maxique et la marcha qui vont donner naissance à la samba. Mais les autres villes du pays sont également riches de musiques, comme São Paulo ou Salvador de Bahia – c’est à São Paulo que s’opère la transformation du forro, musique rurale du Nordeste à base d’accordéon et de triangle et que se perpétue la tradition des joutes poétiques des repentistas. Parallèlement, chaque aire géographique développe sa propre version de la samba, paulista ou carioca. La samba est d’abord la musique du carnaval, des pauvres qui ne disposent pas d’autres instruments que de percussions rudimentaires. C’est donc dans les écoles de samba, qui préparent l’année durant le carnaval, que se développe cette polyrythmie. Le flûtiste Pixinguinha, Noël Rosa, Ary Barroso, Cartola puis Paulinho da Viola lui apportent ses premières lettres de noblesse, Carmen Miranda la popularise hors du pays. Depuis, le genre ne cesse de se régénérer et de s’adapter à toutes les évolutions de la musique populaire.

"Samba Triste" par Baden Powell :



Carmen Miranda :



Bossa nova et tropicalisme
La bossa nova est, elle, la musique de l’opulente minorité créole de Rio. Tom Jobim, João Gilberto, qui inventent le genre au début des années 60, sont des musiciens confirmés, souvent dotés d’une formation classique. Le poète Vinicius de Morães, les guitaristes Baden Powell, Toquinho ou Luiz Bonfa, les chanteuses Astrud Gilberto et Miúcha participent aux débuts de la bossa nova qui a vite fait de conquérir le monde. Vinicius Cantuaria, Arto Lindsay ou Bebel Gilberto continuent de faire vivre ce style depuis New York. A Salvador de Bahia, les influences noires sont prédominantes, aussi bien dans la musique que dans la persistance des cultes africains du candomblé. Dans les années 70, le concept d’anthropophagisme d’Oswaldo de Andrade, qui incite à l’enrichissement de l’identité brésilienne par ingestion et digestion des cultures étrangères, trouve une prolongation musicale via le mouvement tropicaliste. Au terreau brésilien Gilberto Gil, Caetano Veloso, Maria Bethania, Os Mutantes, Gal Costa ou Tom Zé vont ajouter des éléments venus notamment de la pop musique.

Joao Gilberto et Tom Jobim, "Desafinado" :  

Paulinho Da Viola et Maria Bethania dans "Saravah" de Pierre Barouh :





MPB et jazz

Ils s’inscrivent dans un mouvement plus large appelé MPB (Musica Popular Brasileira) où les artistes profitent des festivals de chansons organisés dans les grandes villes et retransmis à la télévision. Chico Buarque, guitariste inventif, fin compositeur et génial parolier, fait partie de cette vague de talents hors du commun. La chanteuse Elis Regina fut l’inoubliable interprète féminine de ce mouvement. Jorge Benjor y trouve la reconnaissance. A la fin des années 80, le succès de Marisa Monte est ressenti comme le prolongement des valeurs de la MPB. Venu du Minas Gerais, Milton Nascimento démarre une carrière qui lui fera aussi visiter le monde du jazz. D’autres artistes profiteront également du jazz pour affirmer leur personnalité comme les multi-instrumentistes Hermeto Pascoal et Egberto Gismonti, le clarinettiste Paulo Moura ou le génie du berimbau Nana Vasconcelos.

Chico Buarque, "Essa Moça Tá Diferente" :





Traditions et modernités

Dans les années 90, les jeunes musiciens se tournent vers leurs racines tout en assimilant les nouvelles technologies. A Bahia Daniela Mercury joue de l’axé musique, croisement entre les rythmes yoruba et d’autres éléments comme la samba, le reggae ou le funk. Les compositions du brillant percussionniste Carlinhos Brown sont reprises par de nombreuses stars. La chanteuse Daude est au croisement des genres. Forro, coco, embolada, marracatu ou frevo, les traditions du Nordeste sont extrêmement riches. Luiz Conzaga ou Jackson do Pandeiro sont les figures tutélaires de ces courants. Dès les années 70, Alceu Valença ou Geraldo Azevedo les mélangent au rock, mais c’est dans les années 90, sous l’impulsion du regretté Chico Science et de Naçao Zumbi, qu’elles entrent sur la carte des musiques du monde en se mêlant aux nouvelles musiques urbaines. Lenine en est le plus brillant héritier. Mestre Ambrosio, Renata Rosa et Silvério Pessoa présentent de ces musiques des versions proches de ce que l’on joue dans les campagnes. DJ Dolores entraîne les musiciens de ce mouvement sur les rivages électroniques. Dans la jeune génération, le chanteur Seu Jorge, la chanteuse Cibelle, le rappeur Marcelo D2 ou le producteur Apollo 9 semblent être les artistes les plus prometteurs.

DJ Dolores



Le poumon de la planète respire encore

Dans la forêt amazonienne, des styles autochtones survivent à l’ethnocide, même s’ils sont mal connus. Seul le boi, rythme venu de l’Amazonie centrale, s’est frayé un chemin jusqu’à l’extérieur de la jungle. En Guyane française, un mélange unique s’opère entre tribus amérindiennes, descendants d’esclaves et ex-colonisateurs. On assiste à un renouveau de l’aleke, rythme africain qui sous-tend des formes vocales proches de celles des Sérères d’Afrique de l’Ouest. Des groupes comme Bigi Ting ou Fondering et son charismatique chanteur Prince Koloni font revivre l’aleke en y ajoutant des touches reggae, voire hip-hop. Energy Crew pratique pour sa part une musique métissée, mêlant allégrement reggae, ragga et rhythm’n’blues. Au Surinam, l’ex-Guyane hollandaise, le kaseko, également développé par les descendants d’esclaves, connaît lui aussi un renouveau, avec des artistes comme Carlo Jones ou William Souvenir.

Extrait du mythique Orpheo Negro :



 

 

 




 Réagir

Pseudo *

Votre réaction (2000 caractères maximum) *

Votre réaction sera publiée aprés la validation de nos modérateurs.


 
  En discuter sur le forum


PHOTOS
 
video
Voyage sur le fleuve Amazone...
 


VIDEOS
 
video
Le Mondo'mix de Cibelle
 
video
Le Mondo'mix de Seu Jorge
 
video
Le Mondo'mix de Lenine
 
video
Rencontre avec Renata Rosa