07-04-2008, 03:37 PM
La Haute Autorité vous regarde ! Edito Mondomix Juillet - Août 2008
« […], la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu. »
George Orwell, 1984, roman paru en 1949
Internet pourrait-il devenir le « télécran » de Georges Orwell ? Il y’a quelques années j’aurai éclaté de rire aujourd’hui je suis inquiet.
Le projet de loi Hadopi (pour Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) ouvre une immense brèche dans la protection de la vie privée et si elle était adoptée légaliserait le filtrage de nos communications sur Internet pour juger de notre bon ou mauvais comportement vis-à-vis des œuvres protégées par le droit d’auteur.
Autant il est absolument nécessaire de trouver des solutions pour compenser l’importante fragilisation des industries culturelles depuis l’avènement de la copie massive via Internet, autant il est vraiment dangereux de porter atteinte à la vie privée et légaliser une surveillance généralisée dont les abus sont facilement imaginables. D’ailleurs lorsque j’entends les termes de « riposte graduée » ça me fait froid dans le dos… sommes nous en guerre ? Le choix des mots n’est jamais innocent et dénote fortement de l’état d’esprit général de ce projet de loi.
Lorsque la radio et la bonne vieille cassette avait porté atteintes aux droits d’auteur en permettant la copie illimitée de la musique, le législateur avait trouvé des solutions justes qui avaient générés de nouvelles ressources économiques pour le créateur. La mise en place d’une redevance collectée directement auprès des opérateurs de télécommunications pourrait financer la création artistique, comme c’est déjà le cas concernant la taxe pour copie privée sur les cassettes et disques durs ou la taxe sur les billets d’entrée au cinéma qui finance la création cinématographique française.
Les conséquences de la loi Hadopi pour la protection de la vie privée pourraient être désastreuses. D’ailleurs la CNIL, l’Arcep, le Conseil d’Etat et la Commission Européenne ont sévèrement critiqué ce projet de loi qui sera proposé au Sénat en juillet.
Ce serait vraiment un comble qu’au nom des Artistes et de la Création une loi fondée sur l’écoute et la délation puisse voir le jour.
Marc Benaïche
« […], la voix du télécran continuait à débiter des renseignements sur la fonte et sur le dépassement des prévisions pour le neuvième plan triennal. Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d’un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu’entendu. Naturellement, il n’y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillé. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu’elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu’elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l’habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l’obscurité, tout mouvement était perçu. »
George Orwell, 1984, roman paru en 1949
Internet pourrait-il devenir le « télécran » de Georges Orwell ? Il y’a quelques années j’aurai éclaté de rire aujourd’hui je suis inquiet.
Le projet de loi Hadopi (pour Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) ouvre une immense brèche dans la protection de la vie privée et si elle était adoptée légaliserait le filtrage de nos communications sur Internet pour juger de notre bon ou mauvais comportement vis-à-vis des œuvres protégées par le droit d’auteur.
Autant il est absolument nécessaire de trouver des solutions pour compenser l’importante fragilisation des industries culturelles depuis l’avènement de la copie massive via Internet, autant il est vraiment dangereux de porter atteinte à la vie privée et légaliser une surveillance généralisée dont les abus sont facilement imaginables. D’ailleurs lorsque j’entends les termes de « riposte graduée » ça me fait froid dans le dos… sommes nous en guerre ? Le choix des mots n’est jamais innocent et dénote fortement de l’état d’esprit général de ce projet de loi.
Lorsque la radio et la bonne vieille cassette avait porté atteintes aux droits d’auteur en permettant la copie illimitée de la musique, le législateur avait trouvé des solutions justes qui avaient générés de nouvelles ressources économiques pour le créateur. La mise en place d’une redevance collectée directement auprès des opérateurs de télécommunications pourrait financer la création artistique, comme c’est déjà le cas concernant la taxe pour copie privée sur les cassettes et disques durs ou la taxe sur les billets d’entrée au cinéma qui finance la création cinématographique française.
Les conséquences de la loi Hadopi pour la protection de la vie privée pourraient être désastreuses. D’ailleurs la CNIL, l’Arcep, le Conseil d’Etat et la Commission Européenne ont sévèrement critiqué ce projet de loi qui sera proposé au Sénat en juillet.
Ce serait vraiment un comble qu’au nom des Artistes et de la Création une loi fondée sur l’écoute et la délation puisse voir le jour.
Marc Benaïche